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Carte de visite

Gisèle Quenneville, Linda Godin et Daniel Lessard rencontrent des personnalités francophones et francophiles. Découvrez ces politiciens, ces artistes, ces entrepreneurs ou ces scientifiques dont l'histoire, extraordinaire, mérite d'être racontée.

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André Rhéaume : animateur radio, mélomane

C´est ici, sur la Sunshine Coast, que l´animateur radio André Rhéaume a choisi de s´installer.
Il est difficile de trouver des villages plus pittoresques que Gibsons en Colombie-Britannique. Situé à près de 15 kilomètres de Vancouver, on ne peut s´y rendre que par traversier.
Après une trentaine d´années comme animateur de radio à Vancouver, ce spécialiste en jazz et musiques du monde cherchait un endroit plus paisible pour se ressourcer et pour proposer ses choix de musique par Internet, cette fois, à ses fidèles auditeurs de partout dans le monde.



Réalisateur: Joanne Belluco
Année de production: 2015

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VIDÉO TRANSCRIPTION

Générique d'ouverture


Titre :
Carte de visite


Pendant que GISÈLE QUENEVILLE présente son invité, l'animateur radio et web ANDRÉ RHÉAUME, on montre des images du paysage de Gibsons.


GISÈLE QUENEVILLE

Il est difficile de trouver

des villages plus pittoresques

que Gibsons en

Colombie-Britannique.

Situé à peine à 16 km de

Vancouver, on ne peut s'y rendre

que par traversier.

Ici dans cette communauté de

4000 personnes, on vit de plein

air, d'art et de culture. C'est

ici qu'André Rhéaume a choisi

de s'installer l'an dernier.

Après une trentaine d'années

comme animateur de radio à

Vancouver, ce spécialiste de

jazz et de musique du monde

cherchait un endroit plus

paisible pour contempler la

nature, pour se ressourcer et

pour proposer des compilations

de musique à ses fidèles

auditeurs aux quatre coins de

la planète.


ANDRÉ RHÉAUME

(Citation tirée de l'entrevue)

C'est pas nécessaire de

comprendre le jazz, exactement

ce que c'est, pour aimer ça.

Et peut-être que j'en suis

un bon exemple.


L'entrevue suivante se déroule sur les quais du port de Gibsons.


GISÈLE QUENEVILLE

André Rhéaume, bonjour.


ANDRÉ RHÉAUME

Bonjour.


GISÈLE QUENEVILLE

André Rhéaume, vous êtes un

gars de la radio, un gars de

musique, de jazz en particulier.

Dites-moi: est-ce que la

musique a toujours fait partie

de votre vie dès un jeune âge?


ANDRÉ RHÉAUME

Ah oui. Oui, oui, oui.

Dans la famille, tout le monde

jouait d'un instrument.

Le piano, l'accordéon,

le violon et tout ça.

Et très jeune, moi-même, j'ai

commencé à la guitare. Et jeune,

j'ai fait partie de plusieurs

groupes de musiciens.

Et j'ai étudié la guitare

classique à l'école de musique,

à l'Université Laval.


GISÈLE QUENEVILLE

Donc très jeune, il y avait

de la musique chez vous.

Je pense aussi, très jeune,

vous avez fondé une compagnie

de disques.


ANDRÉ RHÉAUME

Oui.

Oui, effectivement. Bon,

on était des jeunes étudiants

de la ville de Québec.

Montréal, c'était... où tout le

business se faisait en musique.

Il y avait pas, à l'époque,

non, de maison de disques pour

répondre à ce que nous voulions

faire. Alors on s'est dit:

tiens, on aura notre propre

étiquette. Probablement les

premiers jeunes musiciens au

Québec à décider de lancer notre

propre marque de disques.


GISÈLE QUENEVILLE

Et ça a marché?


ANDRÉ RHÉAUME

Oui. Ça a marché très fort.

Ça a été un bon succès.

On a fait beaucoup de sous,

on a tout dépensé.

On s'est bien amusés.

Mais donc oui, ça a été une

expérience très intéressante

où on a beaucoup appris de

ce métier, comment faire...

D'autres ont appris avec nos

erreurs aussi. En souhaitant

qu'on n'a pas fait trop souvent

les mêmes erreurs.


GISÈLE QUENEVILLE

Vous jouez quoi comme musique?


ANDRÉ RHÉAUME

Moi personnellement?


GISÈLE QUENEVILLE

Oui.


ANDRÉ RHÉAUME

Bien, je suis un guitariste

autodidacte. J'aime beaucoup le

blues. Je dirais que je suis

plus près du blues, plus près

du folk que du jazz. J'ai

peut-être pas la technique.

J'adore les guitares de jazz,

mes héros sont des guitaristes

de jazz, mais je suis plus

près, donc, du blues et de la

guitare folk.


GISÈLE QUENEVILLE

En 1970, vous vous êtes

embarqué dans une aventure qui,

je pense, a changé le cours de

votre vie; vous vous êtes

embarqué dans une aventure

à la radio.


ANDRÉ RHÉAUME

Oui.


GISÈLE QUENEVILLE

Une radio qui s'appelle

LS Radio, à Québec. Une radio

pas comme les autres. Peut-être

nous décrire cette radio-là.


ANDRÉ RHÉAUME

C'était à Lévis, donc face au

Château Frontenac, face à la

ville de Québec. LS Radio,

comme j'ai mentionné, j'étais

étudiant en guitare à l'époque,

j'étais connu aussi comme celui

qui possédait le plus de

disques. J'ai reçu les premiers

disques des Rolling Stones,

des Beatles

- mon frère était

en Angleterre, à Londres.

Et puis j'avais plusieurs

contacts un peu partout.

Puis j'ai rencontré des gens qui

m'ont dit: tu pourrais faire de

la radio. Et j'ai commencé une

émission, la nuit, qui

s'appelait Le Matin des

musiciens. Là, non seulement

je passais mes propres disques

et des groupes... à cette

époque, on a organisé des

concerts avec Pink Floyd à

Québec, des choses comme ça.


GISÈLE QUENEVILLE

Wow.


ANDRÉ RHÉAUME

Et là, ça s'est développé.

Au travers de cette émission,

je présentais des nouveaux

noms, des nouveaux artistes qui

commençaient à enregistrer

leurs trucs sur ruban, qui

avaient pas de maison de disques

et qui commençaient à se faire

connaître. Et j'étais aussi

dans un regroupement plus grand

de musiciens qui s'appelait

à l'époque le Ville Émard Blues

Band. De ce collectif...

c'était des gens qui

accompagnaient les Renée

Claude, Claude Dubois,

Robert Charlebois et tout ça,

qui eux étaient à Montréal.

Et finalement, on s'est tous

fait congédier, un beau

vendredi! Parce que c'était

devenu extrêmement populaire,

c'était une petite station...

pas beaucoup de pouvoir, mais

qui était en train de prendre

toute l'écoute de Québec.


GISÈLE QUENEVILLE

Alors pourquoi ça a pas

marché? Pourtant, c'était

populaire.


ANDRÉ RHÉAUME

Bien, la dame qui nous

protégeait, dans un sens,

qui était... une dame riche,

est décédée. Elle a hérité de

cette station de radio, qui

était située sur un centre

commercial. Puis à l'époque,

ça jouait des trucs... top 40,

top 50, c'était pas très fort.

Je me suis dit: j'ai rien à

faire avec une station de

radio. Puis Michel Trahan,

un gars de radio à l'époque, qui

était un leader dans le domaine

de la radio... par chance a

rencontré ces gens-là, qui lui

ont dit: "Tiens, en voilà une

station de radio. Voilà les

clés. Amuse-toi." Et au fur et

à mesure que le succès s'est

installé... où on avait

notre... l'originalité de faire

les choses... Bon, le

département qui faisait des

commerciaux nous demandait

d'être différents, de faire

vivre la station, ce qui est

tout à fait normal. Mais là, on

envoyait quelqu'un, un

animateur, lire de la poésie

de Gaston Miron chez un gars

qui vendait des voitures.

Ou des choses comme ça.

Au début, c'était drôle, ça

allait bien, tout se passait

bien... Et là, ce département

commerce est devenu plus

puissant, il aurait aimé

contrôler le contenu, en

faire un truc plus contrôlé.


GISÈLE QUENEVILLE

En fait, votre style de

radio s'est même rendu

jusqu'à l'ONU. Vous vous êtes

allé à l'ONU présenter--


ANDRÉ RHÉAUME

Comment vous savez cette

chose-là? Bien, ça s'est fait

par l'ambassadeur d'Haïti.

À l'époque, il y avait de

grandes discussions, aux

Nations Unies, sur des moyens

de communication et comment

faire grandir les choses.

On diffusait déjà, nous,

ce qu'on appelle aujourd'hui

les musiques du monde.

Donc des artistes africains,

haïtiens, tout ça. On attirait

cette nouveauté--


GISÈLE QUENEVILLE

Ça se faisait pas ailleurs.


ANDRÉ RHÉAUME

Non, non, non. Non. Nulle

part ailleurs. Donc ces gens de

la politique se sont intéressés

à nous, nous ont invités aux

Nations Unies "possiblement"

pour participer à une radio

mondiale. Ce qui nous menait,

c'était pas l'âge, c'était une

force qui nous poussait

vers quelque chose qui est

encore là aujourd'hui.


GISÈLE QUENEVILLE

Quel est le legs,

diriez-vous, de cette station?

Qui a été en marge, finalement,

comme vous le faisiez pendant

même pas une année.


ANDRÉ RHÉAUME

Dans ce qui me touche, la

musique et l'idée de faire

connaître, je dirais que c'est

les radios communautaires.

Les radios universitaires.

Et aussi le fait que les gens

ont compris que c'était pas

nécessaire d'être...

de l'école des annonceurs pour

communiquer et se présenter

à la radio, et d'avoir des

histoires, des choses à

raconter. Que réellement...

les gens qui étaient ouverts,

à l'écoute, c'était pour

connaître les autres et

entendre leurs histoires,

pas nécessairement entendre

une voix qui arrive de

l'outre-tombe. Mais vraiment que

quelqu'un dise: moi, je suis

Unetelle, je suis Untel,

peut-être que dans la vie,

je travaille dans tel métier,

mais j'ai aussi une passion

de faire connaître.


GISÈLE QUENEVILLE

Après l'aventure à Québec,

vous avez... vous avez entrepris

une autre aventure, cette

fois-ci à Montréal, dans une

radio anglophone à Montréal.

Vous étiez animateur.

Vous parliez anglais?


ANDRÉ RHÉAUME

Non. Non, non.


GISÈLE QUENEVILLE

Ça doit faire drôle, ça, faire

de la radio en anglais quand on

parle pas anglais?


ANDRÉ RHÉAUME

La mission était comprise.

Je vais donner des opinions,

mais enfin, ça n'implique que

moi. J'ai déjà expliqué que je

me suis fait connaître par des

musiciens, que j'avais ces

contacts et tout. Et dans ce

qui se produisait à Montréal, ce

qui se développait, les nouveaux

talents qui sortaient à

l'époque, ils arrivaient pas

vraiment à se faire entendre

à Montréal, à la radio, même la

radio publique. Qui cherchait

des grands noms et tout ça, mais

était pas nécessairement

arrivée dans le développement

de talents, comme on dit.

Et ces gens-là ont parlé à une

autre radio folle qui s'appelait

CHOM-FM, qui est devenue

CHOM-FM, de dire: nous, on a un

gars à Québec qui fait de la

radio. Ça a l'air que ça va

tomber, mais il s'y connaît -

parce qu'il fallait opérer,

connaître aussi l'aspect

technique immédiatement à

l'époque -, il pourrait venir à

Montréal, c'est notre homme, et

puis il va vous faire connaître

les musiciens et tout. Sauf, il

y a un problème, c'est qu'il

parle pas anglais.


GISÈLE QUENEVILLE

C'est un méchant problème.


ANDRÉ RHÉAUME

Il sait dire "hello" et "I'm

hungry", mais à part ça,

ça va mal.

Ils ont dit: on s'en fout

complètement. Nous, on est

aussi fous que vous autres,

amenez-le. Alors je suis arrivé

à Montréal, à CHOM-FM,

où j'étais en ondes le soir,

de 10 h à 2 h, malgré moi.

Ma mission, oui, c'était de

jouer Bob Dylan, les Rolling

Stones et les groupes qui

étaient chauds et qui venaient

à Montréal à l'époque.

Mais aussi d'arriver à y

mélanger... les chansonniers,

les nouveaux groupes.

Et la nuit, c'était...

On m'amenait Léo Ferré, tiens.


GISÈLE QUENEVILLE

Mais là, vous, vous aviez

toutes les vedettes francophones

de l'époque, mais à la radio

anglaise. J'imagine que les

radios francophones étaient pas

très heureuses de ça.


ANDRÉ RHÉAUME

Non, non, non. C'était une

bagarre continuellement. Quand

ces choses-là, comme à Québec,

commencent à prendre de

l'expansion, il y a la

compétition qui veut imiter ou

qui veut combattre, veut nous

fermer. Ou il y a soudainement

le département commercial,

département des ventes qui

monte les prix et qui voudrait

que soudainement, on passe

plus de Bob Dylan que...

que de Bruce Cockburn.

Là aussi, il y a eu à un moment

donné une décision de doucement

éliminer les gens qui étaient

plutôt... trop à gauche.


Dans cette partie de l'entrevue, ANDRÉ RHÉAUME parle d'un lieu à Gibsons qu'il aime particulièrement.


ANDRÉ RHÉAUME

En suivant le soleil, pour

apprécier le coucher de soleil,

un soir, j'ai pris l'ancienne

route, je suis arrivé ici, à ce

parc, le parc Chaster.

Magnifique.


On montre des images de la plage du parc Chaster.


ANDRÉ RHÉAUME

La plage est

superbe. C'est long, c'est beau.

Et c'est frais. Il y a toujours

un bon vent ici. Et là, juste à

côté, il y a une pointe, c'est

la Gower Point. Et je voyais ce

tas de pierres là-bas. Je me

suis dit: mais qu'est-ce que

c'est? Et je m'approche et je

regarde. Il y a cette plaque

commémorative qui annonce que

le capitaine George Vancouver a

justement choisi cet endroit

pour se reposer, pour y camper.

Alors c'est devenu un de mes

lieux préférés.


On présent un extrait vidéo d'une émission de télévision animée par ANDRÉ RHÉAUME.


Début extrait vidéo


ANDRÉ RHÉAUME

La semaine dernière à

l'émission, nous vous avions

annoncé un festival jazz et

blues dans le cadre d'Expo 86.

Eh bien, c'est au beau milieu

d'une foire gastronomique que

nous sommes venus bouffer

les premières notes...


Fin extrait vidéo


L'entrevue reprend sur les quais du port de Gibsons.


GISÈLE QUENEVILLE

Monsieur Rhéaume, à un moment

donné, vous êtes vraiment parti

à l'aventure. Quitter le Québec

complètement pour vous

installer à Vancouver. Qu'est-ce

qui vous a amené à Vancouver?


ANDRÉ RHÉAUME

Deux choses.


GISÈLE QUENEVILLE

Ou qu'est-ce que vous n'aimiez

plus du Québec peut-être?


ANDRÉ RHÉAUME

Non, non, non. Deux choses.

On avait ce projet:

en camping, de partir de la

Baie-des-Chaleurs jusqu'à

Tofino, un petit village de

pêcheurs dans l'île Vancouver.


GISÈLE QUENEVILLE

Et "on", c'est qui?


ANDRÉ RHÉAUME

Moi, Suzanne, ma femme.

Et puis on avait deux enfants

à l'époque. Alors on a fait--


GISÈLE QUENEVILLE

Le grand voyage pancanadien.


ANDRÉ RHÉAUME

On a fait je grand voyage

comme les voyageurs, la

tradition des voyageurs.

Et tous les francophones,

d'ailleurs, à qui on parle ici,

ou venus dans l'Ouest, chaque

personne a une histoire à peu

près du genre. Donc on a fait

ça, ce voyage, avec l'idée de

s'arrêter en Alberta, où il y

avait possibilité encore

à la radio, à Edmonton.

Malheureusement, ça a pas

abouti parce qu'il y avait

une grève à Edmonton. Puis là,

on a rencontré des gens à

Edmonton qui ont dit:

Vancouver, c'est pas mal. Ils

portaient juste un petit veston.

Il commençait à faire froid un

peu à Edmonton. "C'est tout ce

dont on a besoin à Vancouver."

Alors l'idée n'était pas

nécessairement de venir à

Vancouver même. Puis on s'est

dit... Je connaissais déjà

quelqu'un à Vancouver qui

possédait une boutique de

disques, Fantasmagoria,

de Montréal. Je lui ai téléphoné

puis il me dit: "Tu devrais

venir nous donner un coup de

main pour lancer la boutique et

tout." Il savait que je m'y

connaissais en disques et tout

ça. Et on est arrivés ici

à Vancouver. Il pleuvait

d'ailleurs. Mais c'était

délicieux. On s'est dit: ça y

est, on est arrivés.


GISÈLE QUENEVILLE

Dites-moi, à un moment donné,

le nom d'André Rhéaume est

devenu synonyme de jazz,

n'est-ce pas? Parce que vous

avez décroché un poste à

Radio-Canada, vous avez commencé

à animer des émissions de jazz

(Propos en français et en anglais)

coast to coast, au réseau

national de Radio-Canada. Mais

dites-moi, à quel moment est-ce

que le jazz en tant que tel

est rentré dans votre vie?


ANDRÉ RHÉAUME

Je dirais que ça a commencé

avec CHOM, où déjà, la nuit, on

écoutait du Miles Davis, du

John Coltrane... J'écoutais déjà

du jazz. Mais l'idée de

commencer à m'associer aux

festivals de jazz, nombreux

festivals de jazz

- à Ottawa,

Toronto, Montréal ou Vancouver -

c'est ici, à Vancouver. J'ai

commencé à travailler dans

cette boutique de disques, des

gens de Radio-Canada ont dit:

"Mais est-ce que t'es André

Rhéaume qui était à LS Radio?

Qui était à CHOM? Tu devrais

venir faire des choses avec

nous." J'ai présenté un projet,

Ici Vancouver, l'émission Ici

Vancouver. Ça a été accepté et

le reste, c'est un peu de

l'histoire. Où j'ai continué à

faire ce que je faisais depuis

le tout début: rencontrer des

musiciens ici, les faire

connaître en ondes, des

musiciens de jazz, comme Brad

Turner, André Lachance, comme

Hugh Fraser et tous ces

gens-là. Mais aussi des

musiciens de Toronto, du Québec

et d'ailleurs au pays,

d'Alberta, qui m'envoyaient

leurs trucs que je faisais

connaître en ondes et que j'ai

même amenés ici en concert,

que ce soit Alain Caron ou même

Richard Séguin en concert ici.


GISÈLE QUENEVILLE

Dites-moi, est-ce que le jazz

en tant que tel est une musique

qui est difficile à

apprivoiser, à décortiquer,

à vulgariser?


ANDRÉ RHÉAUME

Non. Oui et non. Oui et non.


GISÈLE QUENEVILLE

Parce que moi,

je trouve que oui.


ANDRÉ RHÉAUME

Bon. Il y a plusieurs sortes

de jazz. Faut comprendre que

quand le jazz a été créé,

c'était une musique assez

simple, humble. Quand on pense

à Louis Armstrong, aux grands

architectes de jazz, c'était

une musique pour faire danser.

Et à un moment donné, on a un

peu oublié ça. C'est peut-être

devenu, oui, une musique

intellectuelle, une musique

de recherche, une musique

d'avant-garde. Donc il y a

quand même plusieurs niveaux

à cette musique. Mais j'aime

dire que c'est pas nécessaire

de comprendre le jazz,

exactement ce que c'est, pour

aimer ça. Et peut-être que j'en

suis un bon exemple.

J'ai l'oreille pour savoir

qu'est-ce que les gens vont

ressentir. Vraiment, si je

puise dans les musiques du

monde ou dans le jazz, je sais

que les gens vont pouvoir

comprendre ça, vont ressentir

ça. Le jazz vient... a des

racines en Afrique. Le jazz,

donc, vient des rythmes,

vient de l'esclavage, vient

du langage des tambours,

vient de beaucoup de choses.

Ne vient pas seulement

d'un gars qui peut prendre

sa trompette et jouer plus vite

que le train.

C'est complètement inutile.

Il perd tout le monde.


GISÈLE QUENEVILLE

Vous avez rencontré les grands

du monde de jazz... d'hier et

d'aujourd'hui. Peut-être des

rencontres. Est-ce qu'il y a une

ou deux rencontres qui restent

avec vous?


ANDRÉ RHÉAUME

Johnny Griffin, qui a joué

avec Thelonious Monk, qui a joué

avec tous les grands architectes

de jazz. Je me souviens, me

promener à pied dans Vancouver,

où il m'a parlé de ses débuts,

et de sa vie et tout ça. Qui a

toujours insisté que... il faut

jouer ce qu'on vit. Sinon ça

sera pas ressenti. Ça va être

simplement un truc appris

à l'école ou autrement, dans

les bars. C'est très joli,

c'est très... peut-être

bien fait. Mais les gens vont

pas ressentir véritablement.


GISÈLE QUENEVILLE

Diriez-vous que c'est une

musique qui a évolué au fil des

30 dernières années que vous

l'avez étudiée, si vous voulez?


ANDRÉ RHÉAUME

Oui et non. J'ai parlé du

vécu. Ce qui est vécu dans ces

30 dernières années ne peut

être comparé à Billie Holiday

ou M. Grappelli ou des gens

comme ça, ou Miles Davis.

C'est pas possible. Eux l'ont

vécu dans leur corps. Le rejet,

la souffrance. Donc quand Billie

Holiday chante, c'est peut-être

pas la plus belle voix du

monde, mais les gens ressentent

ce que les gens ressentent

quand une grande artiste

d'opéra ou d'autres chansons

ressentent. Mais ça me fait

rigoler quand les gens nous

envoient un truc de presse en

disant: voici la nouvelle

Billie Holiday. Pauvre...

Non, franchement.

Espérons que la personne est

elle-même. Qu'elle a vécu des

choses assez intéressantes pour

le chanter et que les gens vont

le ressentir. Ce serait ma

première chose à dire.

J'espère que ça répond à la

question. Mais c'est la grande

difficulté des artistes

d'aujourd'hui. Il y a beaucoup

plus de moyens pour apprendre

cette musique, pour l'étudier...

et de le pratiquer entre les

gens et tout. Beaucoup moins

d'endroits pour le jouer,

de vivre de ça.

Mais le vécu ne peut être

comparé. Donc la musique

d'aujourd'hui doit se vivre

aujourd'hui. Je suis

aujourd'hui beaucoup plus...

intéressé par le métissage

musical qui se fait entre les

musiciens de jazz et les

musiciens venus de tous les

pays du monde. Parce qu'à mon

avis... Bon, il y a une menace

planétaire, il y a un mouvement

planétaire de toutes sortes, de

tous les niveaux, et la musique

fait partie de ça.


GISÈLE QUENEVILLE

Vous disiez qu'il y a de

moins en moins d'endroits où

on peut présenter, où on peut

jouer son jazz, finalement.

Pourquoi c'est comme ça?


ANDRÉ RHÉAUME

Bien... ça coûte très cher.

Les jeunes musiciens qui

pourraient être leaders d'un

projet, je pense ici au Cellar

Jazz Club à Vancouver, qui a été

obligé de fermer. Pourquoi?

Parce que tout le pâté de

maisons où ils étaient a été...

est en développement.

Pour parler de Vancouver,

aujourd'hui, il n'est plus

possible de vivre une vie

d'artiste des années 60, 70,

même 80. Ils n'en ont pas

les moyens. Donc pour répondre à

votre question: ça coûte trop

cher. Et il faut faire mille et

une choses pour survivre. Il

faut avoir aussi un vrai job

pour pouvoir jouer son jazz.

Donc c'est pas facile.


Une partie de l'entrevue se déroule en un autre endroit dans la ville de Gibsons.


GISÈLE QUENEVILLE

Monsieur Rhéaume, on est devant

le marché public de Gibsons,

qui, je pense, est

en quelque sorte le centre

névralgique de votre

communauté, n'est-ce pas?


ANDRÉ RHÉAUME

Oui. On y vient souvent, les

producteurs comme les gens qui

cherchent de bons produits

frais de la ferme et tout ça.

Plusieurs lieux de rencontre

aussi pour différents groupes,

pour venir s'organiser, pour

discuter et tout ça. Donc c'est

un lieu où... Souvent, c'est ici

que vont naître de grands

projets, de grands rêves.

C'est un lieu de rêves.


GISÈLE QUENEVILLE

Maintenant, c'est un marché

public. Et si je regarde autour

de moi, je vois des montagnes,

beaucoup d'arbres... Est-ce que

c'est agricole? Est-ce qu'il y a

des produits qu'on apporte ici?


ANDRÉ RHÉAUME

Oui. Tout le mouvement qu'on

appelle... retour biologique et

meilleure production et de bien

traiter la terre, et ainsi de

suite, vit très bien ici. C'est

évidemment que près de la mer,

où l'air est salin et tout,

c'est plus difficile. Mais c'est

une terre très riche qui

produit énormément. Tous les

bons produits. D'ailleurs à

l'année longue. Ça fait sourire

les gens, mais à l'année longue,

on a de bonnes salades fraîches

et des produits de la ferme.


GISÈLE QUENEVILLE

Vous avez pas de neige ici?


ANDRÉ RHÉAUME

Non. J'en ai pas vu encore.

Apparemment... Il y a une rumeur

qu'il y a eu une année où il y

en a eu un petit peu. Mais non,

ça reste très doux.


GISÈLE QUENEVILLE

Et l'hiver, il fait combien?


ANDRÉ RHÉAUME

L'hiver, ça vient au point de

geler et tout le monde court

se cacher. C'est énorme.


GISÈLE QUENEVILLE

Vous êtes pas des vrais

Canadiens ici.


ANDRÉ RHÉAUME

Non. Probablement pas.


On présente un extrait audio d'une émission de radio animée par ANDRÉ RHÉAUME.


Début extrait audio


ANDRÉ RHÉAUME

Bienvenue à cette nouvelle série

d'émissions appelée aussi le

Cloudcast. Des émissions

nourries par le va-et-vient de

la mer et ma passion pour le

jazz et les musiques du monde.

Tout comme la mer qui relie les

continents, ces musiques

relient les gens et leurs

cultures. J'espère que vous les

écouterez souvent. Et surtout

que vous les partagerez...


Fin extrait audio


L'entrevue reprend sur les quais du port de Gibsons.


GISÈLE QUENEVILLE

Monsieur Rhéaume, vous animiez

une émission nationale de

Radio-Canada à partir de

Vancouver.


ANDRÉ RHÉAUME

Oui. Ah oui.


GISÈLE QUENEVILLE

C'était incongru, ça, avec

Radio-Canada à l'époque,

d'avoir une émission nationale,

à partir d'ailleurs que

Montréal?


ANDRÉ RHÉAUME

Je dirais oui. Surtout de

cette nature. Peut-être parce

que c'était Vancouver.

Il y avait un côté exotique

à l'idée de recevoir ça.

Au début, il faut penser que

c'était après les matchs de

hockey des Canadiens de

Montréal! Tout de suite après le

match de hockey, qu'est-ce qu'on

avait en ondes? C'était le

bruit des vagues du Pacifique.

Mais les gens ont adoré.

Au Québec, ils ont adoré ça.

Les gens écrivaient: Ah, ça

fait du bien. Imaginez quand il

faisait moins 30 degrés! Et puis

il y a le bruit des vagues et

puis cette musique différente

qui entrait en ondes. Parce que

j'ai toujours mélangé les

musiques du monde, la chanson

francophone et le jazz.

C'était le mix de cette

émission, Ici Vancouver.

Cette émission qui a duré 31 ans

en ondes. Parallèlement à ça,

parce que j'ai créé des liens

avec les festivals de jazz,

j'enregistrais, en tant que

réalisateur, des concerts de

jazz de grands noms--


GISÈLE QUENEVILLE

Pas juste à Vancouver,

mais partout.


ANDRÉ RHÉAUME

Oui. Je suis allé à Montréal

aussi, à New York, à Toronto,

coanimer les National Jazz

Awards et ainsi de suite.


GISÈLE QUENEVILLE

Après justement une trentaine

d'années, par contre, tout ça

s'est terminé tout récemment.

Dans le sens que... on a annulé

votre émission. Vous êtes parti

à la retraite. Est-ce que

c'était difficile pour vous, ça?


ANDRÉ RHÉAUME

C'est impossible. Quand on

fait ce genre de choses, ou que

j'ai le genre de cheminement...

je me retire de quoi? On ne se

retire pas comme ça. Donc

immédiatement, les gens ont

réagi, via e-mail ou autrement,

en disant: mais qu'est-ce que

vous allez faire? On peut pas

s'arrêter comme ça. Donc

heureusement, avec les nouveaux

outils de communication,

en podcast en cloudcast,

j'ai créé cette série

d'émissions en cloudcast,

avec mon site, ma page de

musique, Andrerheaume.ca,

où les gens peuvent venir et

avoir ce qui était. Les

émissions se poursuivent, mais

diffusées d'une autre manière,

et mondialement.

Alors non, je me suis pas

arrêté.


GISÈLE QUENEVILLE

Et qu'est-ce que vous jouez

dans vos cloudcasts? Je sais

que... Je suis allée et j'ai vu

(Propos en français et en anglais)

qu'il y a un playlist de

peut-être une douzaine, une

quinzaine de chansons qui

apparaissent. Comment vous

choisissez ces chansons pour

qu'elles s'imbriquent une dans

l'autre?


ANDRÉ RHÉAUME

J'ai mes goûts personnels.

Je pourrais avoir une longue

liste ici d'artistes que j'aime.

Mais c'est surtout ceci. C'est

ce gars, par exemple, Pédro

Kouyaté, qui joue dans le métro

à Paris, qui est venu du Mali,

qui m'écrit, qui dit: "Moi, je

suis Pédro Kouyaté et on vient

de tourner un film au Japon

avec ma copine et tout et j'ai

quatre disques et je veux aller

faire une tournée en Afrique.

Il faut que je vous envoie ça.

J'ai écouté vos cloudcasts et ma

musique, elle fait partie de vos

cloudcasts." Bon. OK, Pédro,

envoie-moi tes trucs.

Pédro m'envoie ses disques et

effectivement, il a raison.

Alors Pédro fait partie de

mes cloudcasts. Alors

continuellement, chaque semaine,

j'en reçois de cette manière.

De Toronto. De Paris. De New

York et d'ailleurs, des gens qui

se connectent et qui, par

d'autres, disent: tu devrais

lui envoyer tes musiques parce

que lui, il va s'intéresser.


GISÈLE QUENEVILLE

Vous vous décrivez comme

un passeur, un défricheur

de la musique jazz.

Qu'est-ce que ça veut dire ça?


ANDRÉ RHÉAUME

Bien, ça veut dire que... moi,

c'est pas moi qui joue en ondes,

mais ces choses passent par moi.

Et j'ai, je pense, un peu comme

un chef dans une cuisine, une

certaine manière de les

présenter et de les agencer, de

les associer. Alors c'est ça

être un passeur. C'est de pas

bloquer, de faire passer des

choses qu'on ressent bien.

D'être utile aussi à ces

personnes.


GISÈLE QUENEVILLE

Depuis un an maintenant,

vous n'êtes plus à Vancouver,

toujours en

Colombie-Britannique,

ici, à Gibsons.


ANDRÉ RHÉAUME

Toujours sur la Côte

Vancouver. C'est la Côte

Vancouver.


GISÈLE QUENEVILLE

À quel point est-ce que

Gibsons rejoint ce que vous

faites et le jazz?


ANDRÉ RHÉAUME

Je dirais que...

c'est par les gens qu'on y

rencontre ici, c'est la façon de

communiquer, c'est la façon

d'être aussi.

Les gens sont toujours prêts à

un coup de main ou à assister

l'autre ici encore. Ça se voit

encore. Ça s'entend encore.

Pour moi, ça suffit. Quand je

ressens ça, je suis bien.

Si je suis bien, je communique

mieux. Si je communique mieux,

je suis plus ouvert à ceux qui

ont besoin d'un communicateur

ou d'un passeur.


GISÈLE QUENEVILLE

André Rhéaume, merci beaucoup.


ANDRÉ RHÉAUME

Merci à vous. Bienvenue sur la

côte de Vancouver.


GISÈLE QUENEVILLE

Merci.


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