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Carte de visite

Gisèle Quenneville, Linda Godin et Daniel Lessard rencontrent des personnalités francophones et francophiles. Découvrez ces politiciens, ces artistes, ces entrepreneurs ou ces scientifiques dont l'histoire, extraordinaire, mérite d'être racontée.

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Jean-Claude Savoie : président du conseil d'administration Groupe Savoie

Jean-Claude Savoie est plus qu’un entrepreneur, son entreprise forestière est le coeur de toute une communauté en Acadie.
Jean-Claude Savoie est originaire de Saint-Quentin, une petite municipalité au nord du Nouveau-Brunswick.
Dans cette région, ce sont le bois et l’agriculture qui font vivre les gens et le Groupe Savoie, une entreprise forestière, est un fleuron de l’économie régionale.



Réalisateur: Alexandra Levert
Année de production: 2015

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VIDÉO TRANSCRIPTION

Début générique d'ouverture


[Début information à l'écran]

Carte de visite

[Fin information à l'écran]


Fin générique d'ouverture


Pendant que LINDA GODIN présente son invité, JEAN-CLAUDE SAVOIE, on montre des images du paysage de Saint-Quentin ainsi que de l'entreprise Groupe Savoie.


LINDA GODIN

Saint-Quentin est une petite

municipalité d'un peu plus de

2000 habitants. Quatre-vingts

pour cent sont francophones.

Elle est située au nord du

Nouveau-Brunswick, à l'intérieur

des terres. Ici, c'est

l'agriculture et le bois qui

font vivre les gens. Plusieurs

entreprises forestières sont

installées ici, dont le Groupe

Savoie, l'un des moteurs

économiques. L'entreprise a

trois usines au

Nouveau-Brunswick et une en

Nouvelle-Écosse. Elle emploie

plus de 500 personnes.

Jean-Claude Savoie en est son

propriétaire. Il est, comme on

dirait, un petit gars de

Saint-Quentin. Il est né ici,

et même après des études en

Ontario, il revient dans son

patelin et monte son

entreprise. Le Groupe Savoie

est un fleuron de l'économie

régionale et l'un des leaders

de l'industrie forestière au

Nouveau-Brunswick.


L'entrevue suivante se déroule dans la demeure de JEAN-CLAUDE SAVOIE.


LINDA GODIN

Jean-Claude Savoie, bonjour.


JEAN-CLAUDE SAVOIE

Bonjour.


LINDA GODIN

Vous n'étiez pas enligné pour

vous diriger en affaires.

Comment vous en êtes arrivé là?


JEAN-CLAUDE SAVOIE

Bonne question.

J'étais enseignant de carrière,

c'est-à-dire que j'ai enseigné

pendant huit ans.

Mais euh... mon père était

directeur général d'une usine

de sciage, puis il avait

toujours rêvé un jour d'être le

propriétaire de sa propre

usine. Puis on en parlait, on

en jasait, on discutait. En

tout cas, l'obstacle, c'était

l'argent. Ça fait que à nous

deux, on a emprunté sur la

valeur de nos maisons, puis

c'est ça, l'argent qu'on avait

pour investir pour réemprunter

pour acheter l'usine,

finalement.


LINDA GODIN

Mais est-ce que vous vouliez,

vous, depuis un jeune âge,

vous lancer en affaires?

Être en affaires?


JEAN-CLAUDE SAVOIE

Non, pas vraiment. Ce qui m'a

décidé, c'est peut-être le fait

qu'en enseignant ici, à

Saint-Quentin, le nombre

d'élèves diminuait, puis là, on

s'est mis à me faire

enseigner... J'ai une formation

en chimie puis en physique.

Ça fait que j'enseignais la

chimie et la physique. Un moment

donné: "Ça nous prendrait un

professeur pour l'histoire en

7e année." Bon, j'enseignais

l'histoire en 7e année. Je me

suis mis à enseigner toutes

sortes de choses que j'étais

pas prêt à enseigner. Quand mon

père a commencé à parler de ces

choses-là, ça m'a... L'idée

m'est venue que ce serait

peut-être une autre carrière

que je pourrais faire avec lui.

C'était quand même un bon

professeur dans son domaine.


LINDA GODIN

Oui, oui.


JEAN-CLAUDE SAVOIE

Ça fait que c'est comme ça que

j'ai changé de métier, par

accident peut-être.


LINDA GODIN

Un bel accident.


JEAN-CLAUDE SAVOIE

Bien oui.


LINDA GODIN

(Amusée)

Ha! Ha! Et au début de votre

entreprise justement, un

incendie. Deux années plus tard,

un deuxième incendie beaucoup

plus dévastateur, celui-là.

Vous avez failli faire faillite

à ce moment-là.


JEAN-CLAUDE SAVOIE

Là, ça ressemblait plus

à un accident.

Ça allait quand même pas bien.

La première année, une partie de

l'inventaire de notre matière

première, nos billots, a brûlé.

On s'en est quand même assez

bien tiré. Mais deux ans plus

tard, c'est l'usine qui a passé

au feu. On venait juste de

l'acheter, les assurances

couvraient à peu près la dette,

mais il restait quand même un

paquet d'autres choses à payer.

Puis les revenus n'étaient plus

là. On a failli y passer. On a

même été un an et quelques sans

salaire, sans... y a rien qui

se passait, là.


LINDA GODIN

Qu'est-ce que vous avez fait

pour ne pas faire faillite?


JEAN-CLAUDE SAVOIE

Euh... On a été chanceux dans

notre malchance. Quand la

banque a envoyé l'huissier

nous chercher les clés, je

connaissais l'avocat qui avait

été dans ma classe au collège.

Mon père connaissait le

comptable qui était venu avec

le huissier. On s'est entendu

avec eux autres pour faire la

vente de l'inventaire nous

autres mêmes. On avait déjà des

clients, on connaissait les

marchés, on connaissait les

prix. On a dit: Regarde, on va

vendre l'inventaire, puis on va

s'entendre, on va prendre des

arrangements. Tous les

paiements vont aller à la

banque pour payer la dette.

Ça fait que finalement, c'est ce

qu'on a fait, puis la banque

s'est payée de cette façon-là.

Ils s'en sont bien sortis, ils

ont rien perdu.

Ça fait que à ce moment-là, on

s'est tourné vers le

gouvernement pour avoir une

garantie de prêt. C'était la

seule façon que la banque nous

prêterait de nouveau, notre

fonds d'opération finalement.

Notre argent pour rouler.

Le gouvernement après... on est

allée en appel... En tout cas,

ça a fini par finir, on a

réussi à avoir une garantie

de prêt, puis on est reparti

avec ça. C'est là qu'on a

redémarré. La première fois,

c'était à zéro, là, on était en

bas de zéro. Mais on a

redémarré. C'était dans les

années début 80. Les taux

d'intérêt étaient à 19-20%.


LINDA GODIN

C'était énorme.


JEAN-CLAUDE SAVOIE

Ça a été difficile, très

difficile. Mais on a persévéré.

Nos clients nous ont quand même

bien supportés. Les clients

qu'on avait avant le feu

étaient encore là. On est

reparti avec ça. On a grossi

là-dessus. On a toujours

réinvesti à mesure ce qu'on

gagnait. Finalement, on s'en

est bien sorti.


LINDA GODIN

Aujourd'hui, qu'est-ce que

vous vendez, en fait, comme

types, comme sortes de bois?


JEAN-CLAUDE SAVOIE

On est à 100% dans les

feuillus, premièrement.

Ça fait que c'est pas du tout

les mêmes marchés que les bois

de construction, les 2 X 4,

2 X 6. On fabrique pas de ça

pour commencer. Au tout début,

on fabriquait des composantes

de palettes qui allaient vers

des fabricants de palettes

qui les assemblaient. Un moment

donné, l'étape suivante, ça a

été naturellement de les

assembler nous autres mêmes.

On a commencé à fabriquer des

palettes, ce qui nous a permis

de renflouer les coffres, puis

de réinvestir dans d'autres

valeurs ajoutées. Ensuite, on a

rajouté une usine pour

fabriquer des composantes

de bois franc, des petits bouts

de bois coupés de longueurs

spécifiques pour certains

clients.


LINDA GODIN

OK.


JEAN-CLAUDE SAVOIE

On fabrique des granules,

des produits de chauffage.

Les granules, c'est nouveau.

Ça fait cinq ans que l'usine

existe. Mais on en fait quand

même des assez gros volumes.

Ça aussi, on a quand même

beaucoup de succès. On fournit

des magasins comme par exemple,

Canadian Tire, Kent... C'est

des bons volumes.


LINDA GODIN

Oui, oui, oui. C'est des

grosses compagnies.


JEAN-CLAUDE SAVOIE

Oui.


LINDA GODIN

Vous l'avez dit tout à

l'heure, vous avez investi

beaucoup d'argent dans cette

compagnie-là. Avez-vous déjà

douté du futur de l'entreprise?


JEAN-CLAUDE SAVOIE

Bof, y a des moments, oui.

Je mentirais si je disais qu'il

y a pas des soirs, j'arrive à

la maison, je me disais...


LINDA GODIN

Ça marchera pas.


JEAN-CLAUDE SAVOIE

Je pense que je vais

vendre ça.


LINDA GODIN

(Amusée)

Ha! Ha! Ha!


JEAN-CLAUDE SAVOIE

Mais ça dure pas longtemps,

ces moments-là. Ils sont vite

passés, puis on se dit: Bien

voyons, c'est... Faut être

positif, puis quand on est

positif, on se retourne vite de

bord, puis... On a eu quand même

des moments très difficiles.

Il y a eu la récession de 2008

qui nous a...


LINDA GODIN

Ça, ça a dû vous faire mal.


JEAN-CLAUDE SAVOIE

Ça nous a fait peur aussi.

On a eu des moments difficiles.

On a fait toutes sortes de

choses. Comme par exemple, on

s'est entendu avec les employés

pour baisser les salaires de

tout le monde.

Y a la moitié de l'industrie qui

a disparu au Nouveau-Brunswick

dans ces années-là. Ça fait que

quand les gens voyaient les

autres usines qui fermaient,

ils se disaient: Faut faire

quelque chose. Puis on l'a

fait. Puis on a passé à

travers. On a pris certaines

décisions qui ont été

heureuses. On a quand même

continué la même production. On

a baissé les prix pour garder

nos clients. Ces clients-là

sont encore là aujourd'hui.

Ça fait que ça nous a permis de

tirer notre épingle du jeu quand

même assez bien.


LINDA GODIN

Et vous avez parti cette

entreprise-là avec votre père.

Ça a dû tisser des liens

très forts entre vous. Oui?


JEAN-CLAUDE SAVOIE

(Très émotif)

Ça fait euh...

25 ans, je crois qu'il est

décédé, puis c'est encore...

C'est encore difficile.

Parce que... Je suis parti

à 13 ans. J'ai été parti pendant

une douzaine d'années. Dans ce

temps-là, on allait au collège.

On disait "collège", c'était

des écoles privées,

des pensionnats.


LINDA GODIN

C'est ça, vous étiez

pensionnaire là-bas.


JEAN-CLAUDE SAVOIE

Bien oui. J'ai tout fait ça.

Ils m'ont pas toujours aimé,

parce que j'ai changé de place

souvent, mais... j'ai été quand

même pensionnaire pendant 3-4

ans, pour aller à Moncton en

64, la deuxième année que

l'université était commencée.

Puis là aussi, ça a pas duré

longtemps. Après trois ans, je

me suis fait déporter en

Ontario. J'ai fini mon bac

à Laurentienne, le bac

en sciences. Mais pendant toutes

ces années-là, j'étais absent

de la maison. Puis de revenir

travailler avec mon père, ça a

été spécial. Mon père

s'occupait plus de

l'administration. Moi, je

m'occupais plus des opérations

dans les usines. J'ai adoré. On

a été dix ans ensemble. J'ai

adoré ces dix années-là.

Quand il est parti, je suis

rentré dans le bureau. J'ai

sorti du bran de scie puis de

la graisse, puis je me suis mis

plus à l'administration.


LINDA GODIN

(Acquiesçant)

Hum, hum.


JEAN-CLAUDE SAVOIE

Mais il avait quand même fait

du bon travail. Ça allait bien.


L'entrevue se poursuit à l'extérieur de la maison, près d'un lac.


LINDA GODIN

Monsieur Savoie, vous aimez

beaucoup la chasse et la pêche.

Qu'est-ce que vous chassez

en particulier?


JEAN-CLAUDE SAVOIE

Le chevreuil, la perdrix...

c'est les deux principaux, oui.

De temps en temps, l'orignal,

quand je suis chanceux.


LINDA GODIN

Vous allez souvent

à la chasse?


JEAN-CLAUDE SAVOIE

Tous les automnes. Oui.


LINDA GODIN

Puis la pêche, ici, vous avez

un lac. Est-ce qu'il y a des

poissons là-dedans?


JEAN-CLAUDE SAVOIE

Ici, c'est la truite. Mais

j'aime beaucoup, beaucoup la

pêche au saumon que je pratique

sur la rivière Restigouche,

la rivière Kedgwick, qui est

tout près ici, d'ailleurs.


LINDA GODIN

Est-ce que vous allez à

l'extérieur de la province?


JEAN-CLAUDE SAVOIE

Il m'est arrivé d'aller au

Labrador, Terre-Neuve...

principalement, oui.


LINDA GODIN

Vous aimez donc vraiment

beaucoup la nature. Vous aimez

être dans le bois,

littéralement.


JEAN-CLAUDE SAVOIE

Ah oui, moi, j'aime ça, être

dans le bois. Même, le

printemps, je passe six

semaines à ma sucrerie. Je fais

du sirop d'érable, on est

dans le bois.


LINDA GODIN

Oui.


LINDA GODIN

J'aimerais ça, savoir si vous

êtes bon à reconnaître les

différentes essences de bois.


LINDA GODIN tend différents bouts de bois à JEAN-CLAUDE SAVOIE.


LINDA GODIN

Ça, qu'est-ce que c'est?


JEAN-CLAUDE SAVOIE

Ça, c'est... on appelle ça

merisier. Le vrai nom, c'est

euh... bouleau jaune.


LINDA GODIN

OK. Ça, qu'est-ce que c'est?


JEAN-CLAUDE SAVOIE

Ça, ça ressemble à du tremble.


LINDA GODIN

J'ai trouvé ça sur le terrain

de votre entreprise.


JEAN-CLAUDE SAVOIE

Hé, boy,celle-là, elle est

pas mal dénaturée. Ça pourrait

être bouleau ou merisier, il

manque la surface. Ça, c'est

l'écorce intérieure.


LINDA GODIN

OK. Et ça, cette écorce?


JEAN-CLAUDE SAVOIE

Je pense que tout le monde la

reconnaît, celle-là. On faisait

des canots d'écorce avec

du bouleau.


L'entrevue reprend à l'intérieur de la maison.


LINDA GODIN

Monsieur Savoie, certains

disent qu'en affaires, pour

réussir, il faut avoir une tête

de cochon. Est-ce que

c'est votre cas?


JEAN-CLAUDE SAVOIE

Je me souviens

avoir déjà dit ça, oui.

Ma femme, elle le dit des fois

aussi. Peut-être bien pas

dans ces mots-là,

mais ça ressemble à ça.

Oui, il faut être persévérant.

Faut être têtu. Si quelqu'un dit

non, faut dire: Non, tu

t'es trompé, c'est pas non que

tu veux dire. Repenses-y

de nouveau.

Non, non. C'est vrai.

Faut être persévérant,

faut être têtu, faut...

Euh... même tête de cochon.

Ça pourrait être un adjectif

qu'il faudrait employer.


LINDA GODIN

C'est quoi, les autres

qualités d'un bon homme

d'affaires?


JEAN-CLAUDE SAVOIE

Quand on me pose la question,

moi, je dis que le succès

repose sur les gens que tu

choisis. Parce que la

comptabilité, je connais rien

là-dedans. Je suis pas

ingénieur. Il y a un paquet de

choses que je sais pas, mais

quand tu choisis les personnes

qui sont compétentes dans les

différents domaines que t'as

besoin pour faire opérer une

business, c'est... c'est déjà

un grand pas de franchi. Je

pense que ça a été la clé de

notre succès. D'avoir une

équipe de gens qui sont

compétents, puis qui peuvent

s'entendre, puis qui ont du fun

à travailler ensemble. Nos

meetings du lundi matin,

on a beaucoup de plaisir.


LINDA GODIN

Qu'est-ce qui fait qu'on

réussit en affaires?


JEAN-CLAUDE SAVOIE

Ça prend de la chance.

Faut de la chance.


LINDA GODIN

Quand même en partie.

Une tête de cochon

et de la chance.


JEAN-CLAUDE SAVOIE

Après que toutes ces choses-là

nous sont arrivées, on a eu la

chance de connaître des gens,

de pouvoir avoir une garantie

de prêt et tout ça, mais y a

aussi la chance du moment.

Quand on a reparti nos usines,

les marchés commençaient à

reprendre. Parce qu'il y avait

eu une récession aussi dans ce

temps-là, dans les années où

les intérêts ont monté à 20%.

C'était ce temps-là.


LINDA GODIN

(Acquiesçant)

Hum, hum.


JEAN-CLAUDE SAVOIE

On a été chanceux de pogner le

début de la vague, puis c'est

des choses comme ça qu'il

faut... Il faut faire notre

chance, mais faut aussi en

profiter quand elle passe.


LINDA GODIN

Est-ce qu'il faut toujours

grandir et innover pour

réussir? Parce que vous, c'est

pas mal ce que vous avez fait.


JEAN-CLAUDE SAVOIE

Si je regarde ceux qui sont

disparus dans les années

difficiles, je pense que c'est

ça, la réponse. Il faut... Il

faut voir c'est quoi qu'on peut

faire de mieux ou de plus avec

ce qu'on a. Je pense que ça

résume assez bien la situation.

Souvent aussi, ça vient de nos

clients. Un client nous

demande: Peux-tu faire ci,

peux-tu faire ça?

Puis si tu laisses passer ça,

puis que tu saisis pas

l'instant, tu saisis pas

l'occasion, un moment donné, y

a quelqu'un d'autre qui le

fait, puis là, tu te

retrouves... t'as perdu ton

marché ou t'as perdu ta

compétitivité. Oui, il faut...

Il faut rester éveillé.


LINDA GODIN

Oui. Toujours innover.


JEAN-CLAUDE SAVOIE

Oui, oui.


LINDA GODIN

Vous enseignez la chimie.

Vous enseignez les sciences.

Est-ce que ça, ça a été utile

dans votre entreprise ou pas du

tout, les sciences?


JEAN-CLAUDE SAVOIE

Je peux pas dire du tout,

parce que... mais je veux dire,

on fait pas de chimie, on fait

pas de physique, mais... Moi,

ce que je dis souvent, c'est:

Ce que j'ai appris, j'ai appris

à apprendre. Parce que

n'importe quel cours que tu

fais, t'apprends quelque chose

de nouveau, que tu connaissais

pas. Ça fait que quand t'as

appris comment apprendre,

après ça, tu peux apprendre

n'importe quoi. T'apprends à

chercher aussi.

T'apprends à questionner.


LINDA GODIN

Et c'est la chimie qui vous a

fait expulser de l'université

de Moncton, hein?


JEAN-CLAUDE SAVOIE

Oui, ça, c'est une...

une chimie explosive.


LINDA GODIN

Qu'est-ce qui s'est passé?


JEAN-CLAUDE SAVOIE

Ah bien, j'avais... Un de nos

professeurs nous avait montré

un certain produit qu'on pouvait

fabriquer assez facilement. Il

nous avait pas montré comment

le faire, mais je l'ai

découvert par moi-même.

Puis c'est une pâte que quand

c'est humide, tu peux faire

n'importe quoi avec, mais quand

c'est sec, faut pas y toucher.

Après que c'est sec, c'est

explosif. J'avais fait un petit

contenant. On s'amusait, on

sauçait des Q-Tips, puis on les

laissait sécher. Après qu'ils

étaient secs, tu le lançais, puis

(Imitation le son d'une explosion)

pow! Ça pétait. Je me suis

dit: Si j'en mettais en dessous

d'une poubelle, quand le gars

va venir vider la poubelle,

ça va péter. Ça va lui faire

une maudite peur.

Mais ils ont déménagé la

poubelle avant que ce soit sec.

Ça fait que ça a resté sur le

plancher, ça, ce produit-là.

Ça fait que quand il a vu ça,

le concierge, il a pris un

papier pour l'essuyer, puis ça

lui a pété dans les mains.

Ça fait que ça lui avait fendu

le bout du doigt. Puis ils ont

pas aimé ça. Ça fait que je me

suis ramassé en Ontario.


LINDA GODIN

C'est ça.

Ils vous ont expulsé.


JEAN-CLAUDE SAVOIE

Ouais, j'ai été expulsé.


LINDA GODIN

Mais vous êtes quand même

devenu, et vous êtes

présentement, le chancelier de

l'université de Moncton.


JEAN-CLAUDE SAVOIE

Quand ils m'ont appelé pour me

proposer l'honneur, j'ai dit au

gars, j'ai dit: Es-tu sûr que

tu sais tout ce qui s'est passé

à l'université de Moncton?

Il dit: Oui, oui, oui. On a vu

ça, mais c'est du passé.

C'est correct.


LINDA GODIN

Et c'est pas votre alma mater

non plus, l'université

de Moncton.


JEAN-CLAUDE SAVOIE

J'ai eu quand même un bac à

l'université de Moncton par

après. J'ai fait mon bac en

sciences à Sudbury, puis quand

je suis revenu ici, dans

l'enseignement, j'ai fait mon

bac par cours d'été,

cours du soir.


LINDA GODIN

En enseignement.


JEAN-CLAUDE SAVOIE

Oui, c'est ça. Ça fait que

j'ai un deuxième bac en

enseignement de l'université

de Moncton.


LINDA GODIN

Oui. Comment vous trouvez ça,

être chancelier?


JEAN-CLAUDE SAVOIE

C'est le chapeau que je trouve

drôle, mais...

J'aime bien ça. On rencontre

toutes sortes de gens

intéressants. On distribue les

doctorats honorifiques, puis

y a aussi toute la cérémonie,

ce qui entoure ces

cérémonies-là. Tous ces

jeunes-là qui reçoivent des

diplômes. C'est vraiment

intéressant.


LINDA GODIN

Oui.

Et même si vous n'êtes plus

enseignant, l'éducation a

toujours été importante

pour vous.


JEAN-CLAUDE SAVOIE

Ah bien, oui, oui.

L'éducation... On aide les

écoles ici, quand même

beaucoup.

On a aussi un fonds de bourses

pour l'université de Moncton.


LINDA GODIN

Pour vos employés aussi, hein?


JEAN-CLAUDE SAVOIE

À chaque graduation, à la fin

de l'année scolaire, les

enfants de nos employés qui

vont aux études secondaires, on

leur donne une bourse pour les

encourager à commencer.

Des choses comme ça. On aide

aussi pour des modifications de

classes. Tout de suite, y a un

projet pour le Carrefour

étudiant. Ils veulent remeubler

ou refaire la décoration. Ça

fait qu'on travaille avec nos

employés pour leur faire des

meubles, leur faire des choses.


LINDA GODIN

Vous déplorez d'ailleurs la

disparition de l'enseignement

ou des cours de métier dans les

écoles au Nouveau-Brunswick.


JEAN-CLAUDE SAVOIE

Oui, ça, ça nous cause des

problèmes, parce qu'il y a

beaucoup d'élèves ou beaucoup

de jeunes qui sont plus manuels

que...


LINDA GODIN

Qu'intellectuels?


JEAN-CLAUDE SAVOIE

Oui. Je me souviens, quand

j'étais dans l'enseignement, y

avait des cours de menuiserie,

de mécanique. Puis y a beaucoup

de ces gens-là, aujourd'hui,

qui sont des contracteurs dans

la région. Mais ils sont tous

de cet âge-là. Des jeunes, y en

a plus, parce qu'ils ont arrêté

de donner ces cours-là.

Ça fait que ça, ça m'a vexé

considérablement et j'ai essayé

par tous les moyens de faire

bouger le ministère là-dessus,

mais ça reviendra jamais

comme c'était.


LINDA GODIN

Est-ce que vous, ça a un

impact sur votre main-d'oeuvre?


JEAN-CLAUDE SAVOIE

C'est que nous autres, on

emploie des gens qui sont

manuels, qui sont mécaniciens,

qui sont... On a une équipe de

menuiserie qui travaille à

l'année finalement. Puis on

voit la différence. Y a beaucoup

moins de ces jeunes-là qui

graduent finalement. C'est pas

bon pour personne. C'est pas

bon pour les gens de

l'industrie, mais c'est pas bon

aussi pour ces jeunes-là qui

auraient pu peut-être

développer un goût pour un

métier qu'ils auront peut-être

pas, ou qu'ils vont arrêter

l'école avant la 12e, parce

qu'ils ont pas la capacité de

prendre les maths, la physique

puis toutes ces choses-là.


LINDA GODIN

C'est ça.


JEAN-CLAUDE SAVOIE

En tout cas, c'est assez

compliqué, puis c'est de...

faire bouger Fredericton,

c'est pas toujours facile.


L'entrevue se poursuit dans un bâtiment de l'érablière de JEAN-CLAUDE SAVOIE.


LINDA GODIN

Monsieur Savoie, Saint-Quentin

est la capitale de l'érable des

provinces atlantiques. On est

dans votre sucrerie, ici. Vous

avez une érablière, vous

produisez du sirop d'érable.

C'est pas à cause de vous que

Saint-Quentin est le plus gros

producteur d'érable.


JEAN-CLAUDE SAVOIE

Je suis peut-être un des plus

petits. Moi, ce que j'ai, c'est

à peu près 1000 entailles.

Dans la région, y en a au-dessus

d'un million.


LINDA GODIN

Pourquoi faire

du sirop d'érable?


JEAN-CLAUDE SAVOIE

D'abord, c'est parce que j'ai

accès à des érables que je peux

entailler. Puis aussi, c'est un

loisir que j'ai commencé il y a

une dizaine d'années. Ce que je

fais depuis quelques années, je

donne ma production de sirop à

une fondation que j'ai

commencée. Puis la fondation

s'en sert pour ramasser des

fonds pour aider les gens qui

en ont besoin.


LINDA GODIN

(Acquiesçant)

Hum, hum. C'est une fondation

qui porte le nom de votre père,

la Fondation Hector Savoie.

C'était important pour vous de

créer cette fondation à

l'honneur de votre père?


LINDA GODIN

Oui, oui. Parce que mon père

était un homme très généreux,

puis je pense que je veux

continuer dans cette veine-là,

en faisant cette fondation-là.


L'entrevue reprend à l'intérieur de la maison.


LINDA GODIN

Monsieur Savoie, on dit que

vous avez un amour pour la

forêt néo-brunswickoise.

Qu'est-ce que ça veut dire

au juste?


JEAN-CLAUDE SAVOIE

Étant tout jeune, je pense que

j'avais 11 ans ou 12 ans, mon

père, avec trois de mes chums,

à chaque été, pour une semaine,

il nous apportait dans le bois

le dimanche avec une tente puis

tout notre équipement, puis on

passait la semaine là.

Il venait nous chercher le

samedi suivant.


LINDA GODIN

Vous étiez autonomes?


JEAN-CLAUDE SAVOIE

On était toujours là.


LINDA GODIN

Oui, c'est ça.


JEAN-CLAUDE SAVOIE

J'avais deux cousins qui

étaient un petit peu plus

vieux. Ils devaient avoir trois

ou quatre ans plus vieux que

moi. J'ai commencé... J'aimais

ça, j'adorais ça, y a rien que

j'aimais mieux que pouvoir

aller camper en forêt.

J'ai toujours gardé cet

amour-là. Aujourd'hui, je fais

de la chasse, de la pêche, j'ai

un petit lac où y a de la

truite. En tout cas... J'aime

la forêt, j'aime me promener en

forêt, j'aime la forêt. C'est

bon aussi que je travaille dans

le domaine où je suis. Ça me

donne l'occasion de voir la

forêt encore de plus près.


LINDA GODIN

Est-ce qu'il y a un lien entre

justement cet amour de la

nature que vous avez et votre

entreprise? Bien sûr, vous

travaillez le bois, mais

comment ça s'imprègne

sur votre entreprise?


JEAN-CLAUDE SAVOIE

Bien, euh... Peut-être pas sur

l'entreprise comme sur la façon

d'exploiter la forêt peut-être.

Ma philosophie derrière tout

ça, c'est que la forêt, c'est

un jardin. On peut le

récolter, mais faut faire

attention comment on le récolte

puis comment on le traite.

On est... certifié SFI, qui est

(Propos en anglais et en français)

Sustainable Forestry Initiative,

qui est un organisme de

certification finalement qui

s'assure que ce qu'on fait en

forêt reflète vraiment les

bonnes pratiques

environnementales, puis on est

vérifié à chaque année. On a

tout un paquet de procédures

puis pas mal épais de papiers

à remplir et des directives

à suivre.


LINDA GODIN

Et des critères sévères

à respecter.


JEAN-CLAUDE SAVOIE

Oui. La province aussi nous

suit quand même d'assez près

aussi. Tous les gens qui

opèrent en forêt au

Nouveau-Brunswick sont

certifiés SFI. Il faut l'être.

Sans ça, tu peux pas avoir accès

à la forêt.


LINDA GODIN

Qu'est-ce qui reste d'un

arbre, après que le Groupe

Savoie est passé?


JEAN-CLAUDE SAVOIE

Il reste les feuilles.


LINDA GODIN

C'est à peu près tout?


JEAN-CLAUDE SAVOIE

En général, on peut dire ça

comme ça. Presque tout ce qui

est dans l'arbre est disponible

pour chacun de nos produits.

Les granules, on les fait avec

les branches. On fabrique des

palettes avec la partie moins

belle de cet arbre-là. Puis la

partie la plus belle, on fait

des composants pour les

armoires, les meubles. Ça fait

qu'on se sert de tout

finalement. C'est de rajouter

de la valeur. Moi, ça a toujours

été... Puis mon père le disait

souvent aussi: "C'est de valeur

qu'on peut pas faire plus avec

notre bois." Cette pensée-là

m'habite à tous les jours. On

essaie toujours de faire plus

avec notre bois. Ça fait qu'on

récupère tout finalement.


LINDA GODIN

Êtes-vous plus capitaliste

ou environnementaliste?


JEAN-CLAUDE SAVOIE

Je dirais un mélange des deux.

On peut pas être seulement

environnementaliste. On

mangerait quoi. Moi, je crois

qu'il faut qu'il y ait une

balance entre les deux. Il faut

pas détruire sans penser au

lendemain, mais faut pas non

plus dire: On touche à rien,

puis on vit comme les hommes

des cavernes finalement.

Faut être quelque part

entre les deux.


LINDA GODIN

Est-ce que les gens, vos

fournisseurs, est-ce que vous

leur demandez à eux d'être

aussi écoresponsables que vous,

vous l'êtes?


JEAN-CLAUDE SAVOIE

On a quelqu'un qui s'occupe

justement des fournisseurs de

terres privées. Les plus

difficiles, c'est les petits

propriétaires qui ont 100 acres

ou 200 acres. Souvent, ils vont

faire à leur façon, puis y a

pas de manière qu'on peut les

faire faire autrement. Si

quelqu'un décide qu'il rase sa

terre, il va la raser. Euh...

Mais on essaie quand même de

leur faire comprendre que c'est

mieux de faire des coupes

sélectives, ou enfin, de faire

des pratiques plus acceptables.


LINDA GODIN

(Acquiesçant)

Hum-hum.


JEAN-CLAUDE SAVOIE

Mais les plus grands

producteurs, comme les Irving

ou les Acadian, ces gens-là qui

ont quand même des grandes

forêts industrielles, eux

autres, ils sont obligés de

suivre les règles

gouvernementales.


LINDA GODIN

Il fut un temps où on parlait

beaucoup de la coupe à blanc,

où l'industrie forestière se

faisait énormément critiquer

pour ça. Est-ce que l'industrie

a changé aujourd'hui? Est-ce

qu'elle gère mieux la forêt

qu'il y a 20 ou 30 ans,

par exemple?


JEAN-CLAUDE SAVOIE

Oui. Y a eu quand même des

changements. Un des changements

quand même assez importants,

c'est que la taille des coupes

à blanc a diminué de beaucoup.


LINDA GODIN

(Acquiesçant)

Hum-hum.

Mais il s'en fait encore?


JEAN-CLAUDE SAVOIE

Ah oui, il s'en fait encore.

C'est que les gens ont une

drôle de perception de c'est

quoi, la récolte forestière. Si

tu passes à côté d'un champ

d'avoine, un beau champ jaune

au mois de septembre, c'est

beau, c'est doré, les gens vont

dire: Regarde comme c'est

beau. Mais c'est une coupe

à blanc, ça.

Ça fait longtemps qu'elle a été

faite, mais y a plus jamais un

arbre qui va pousser là. Tandis

qu'en forêt, on fait une coupe

à blanc, c'est laid.

Y a des arbres de renversés, y a

des souches, y a toutes sortes

de... Ça a l'air du diable.

Mais passe là dans cinq ans, ça

va être une nouvelle forêt qui

va être là. Ça fait que c'est

un jardin qu'il faut récolter,

mais les intervalles sont

tellement grands qu'on a comme

perdu la notion que c'est un

jardin finalement. C'est un

endroit où on récolte des

choses. Mais va dans une coupe

à blanc en forêt, c'est plein

d'animaux, plein d'oiseaux,

plein de souris, d'écureuils,

des chevreuils, des orignaux,

des lièvres. Ça fait que... je

pense que

(Propos en anglais et en français)

I rest my case,

comme on dit en anglais.


LINDA GODIN

Oui, mais est-ce que

l'industrie forestière a changé

la façon dont elle gérait

la forêt, a appris à mieux

gérer la forêt?


JEAN-CLAUDE SAVOIE

Y a beaucoup moins de

gaspille. Je pense qu'une chose

qui faisait peut-être mal au

coeur aux gens, c'était le

gaspille qui se faisait. Comme

dans le temps, je coupais un

arbre, on prenait la plus belle

partie, puis le reste

restait là.


LINDA GODIN

Ce qui était le plus payant.


JEAN-CLAUDE SAVOIE

Ouais, c'était le plus payant,

mais y avait pas... Aussi,

l'autre problème, c'est qu'il y

avait pas vraiment de marché

pour le restant de cet

arbre-là. Il y avait peut-être

du bois de chauffage qu'on

aurait pu faire. L'industrie a

changé. On a des meilleures

pratiques environnementales, on

fait beaucoup plus de

sylviculture. Y a encore des

plantations. Des endroits où

les arbres ont tous 80, 90

ans... Une épinette, ça vit

quand même pas tellement vieux.

On les coupe, on plante autre

chose à la place. Ça fait que

c'est comme des jardins, mais

la rotation est tellement plus

longue.


LINDA GODIN

Là, vous êtes à la

semi-retraite. Est-ce que c'est

difficile pour vous de prendre

une retraite complète de

l'entreprise pour laquelle vous

avez à peu près mis

toute votre vie?


JEAN-CLAUDE SAVOIE

Oui, la retraite complète, je

pense... Je vois pas la journée

où ça pourrait arriver.


LINDA GODIN

Ah oui, hein.


JEAN-CLAUDE SAVOIE

Ça m'intéresse trop quand même

de savoir tout ce qui se passe.

Même des fois, peut-être qu'ils

me trouvent tannant...


LINDA GODIN

D'être toujours là

dans les parages.


JEAN-CLAUDE SAVOIE

Puis de demander pourquoi ci,

pourquoi ça, pourquoi vous avez

fait ça. Mais euh... Mais je

profite quand même de l'autre

moitié de ce temps-là pour la

pêche, la chasse, les voyages.

J'ai pris le temps de me

détacher un peu.


LINDA GODIN

Vous avez deux enfants. Est-ce

qu'il y en a un des deux qui va

prendre la relève de votre

entreprise?


JEAN-CLAUDE SAVOIE

Je crois que ça serait plutôt

ma fille qui semble plus

intéressée à se diriger

dans ce sens-là. Mon fils trouve

que c'est trop une grosse

affaire. C'est quand même

intimidant 600 employés

avec tout ce qui vient avec.

Ma fille et son chum s'enlignent

dans cette direction-là.


LINDA GODIN

Jean-Claude Savoie,

merci beaucoup.


JEAN-CLAUDE SAVOIE

Merci, ça m'a fait plaisir.


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