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Carte de visite

Gisèle Quenneville, Linda Godin et Daniel Lessard rencontrent des personnalités francophones et francophiles. Découvrez ces politiciens, ces artistes, ces entrepreneurs ou ces scientifiques dont l'histoire, extraordinaire, mérite d'être racontée.

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Jean-Jacques Blais : ex-député fédéral

Jean-Jacques Blais a fait son droit parce que c´était la porte d´entrée naturelle vers la politique, parce qu´il rêvait de représenter ses concitoyens du nord de l’Ontario et parce qu´il voulait une tribune pour défendre la francophonie canadienne.
En écoutant Jean-Jacques Blais, on a l´impression que tout son monde tourne autour de la politique; cette passion qui animait aussi ses parents et grands-parents, libéraux, de génération en génération, comme c´est souvent le cas à Sturgeon Falls, dans le nord de l´Ontario, où il a grandi.



Réalisateur: Linda Godin
Année de production: 2015

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VIDÉO TRANSCRIPTION

Générique d'ouverture


Titre :
Carte de visite


Pendant que DANIEL LESSARD présente son invité, JEAN-JACQUES BLAIS, des photos de JEAN-JACQUES BLAIS à différents moments de sa vie défilent à l'écran.


DANIEL LESSARD

En écoutant

Jean-Jacques Blais, on a

l'impression que tout son monde

tourne autour de la politique,

cette passion qui animait

aussi ses parents et ses

grands-parents. Et on est

libéraux de génération, comme

c'est souvent le cas à Sturgeon

Falls, où il a grandi.

Jean-Jacques Blais a fait

son droit parce que c'était

la porte d'entrée naturelle

vers la politique, parce

qu'il rêvait de représenter

ses concitoyens du nord de

l'Ontario, parce qu'il voulait

une tribune pour défendre

la francophonie canadienne. Et

il le fait encore aujourd'hui.

Ses nombreuses lettres

au quotidien Le Droit

d'Ottawa en témoignent.


DANIEL LESSARD et JEAN-JACQUES BLAIS sont à présent assis dans le bureau de ce dernier.


DANIEL LESSARD

M. Blais, bonjour.


JEAN-JACQUES BLAIS

Bonjour.


DANIEL LESSARD

M. Blais, commençons

par la politique. Je pense

que ça vous a passionné.

Ça vous passionne encore?


JEAN-JACQUES BLAIS

Oui, toujours.


DANIEL LESSARD

Vous suivez ça de près...


JEAN-JACQUES BLAIS

Ah oui, je suis ça de près

parce que c'est la chose

la plus importante. De toutes

les sciences, de toutes

les activités, la politique

est la plus importante.


DANIEL LESSARD

Même si ç'a mauvaise

réputation des fois?

Les politiciens ont

mauvaise réputation.


JEAN-JACQUES BLAIS

Oui, bien ça ne devrait pas

avoir une mauvaise réputation,

mais c'est tellement présent

devant tout le monde.

Et tout le monde se sent...

vulnérable devant l'exercice

du pouvoir. Et c'est pour ça que

ça a une mauvaise réputation.


DANIEL LESSARD

Parce que l'exercice du

pouvoir, c'est pas une science

donnée, c'est pas facile.


JEAN-JACQUES BLAIS

C'est pas facile. Non, parce

qu'effectivement, le pouvoir

ne peut être exercé sans,

dans notre système, sans le

consentement des gens qui sont

affectés par son exercice. Donc,

ça devient très complexe parce

qu'il y a une concurrence,

il y a une compétition entre

les intérêts à l'intérieur d'un

corps politique. Et c'est ça

que le politicien doit régler.

Il doit composer avec cette

réalité-là et c'est très, très,

très difficile. Et il y a

toujours des insatisfaits.

Quand j'étais solliciteur

général, je savais que peu

importe la politique que

j'avançais, il y avait 50% des

gens qui n'étaient pas d'accord.


DANIEL LESSARD

Donc, il faut vivre avec ça.


JEAN-JACQUES BLAIS

Il faut vivre avec ça. Il faut

essayer de trouver la façon

de donner une crédibilité aux

décisions et aux institutions

à l'intérieur desquelles

les décisions sont prises.


DANIEL LESSARD

Mais vous, M. Blais, vous êtes

pas arrivé en politique par

hasard en disant: "Un jour,

je vais faire de la politique."

Chez vous, vos parents,

vos grands-parents baignaient

là-dedans depuis longtemps.

Donc, vous avez passé...

Depuis que vous êtes né,

vous êtes en politique.


JEAN-JACQUES BLAIS

Oui. Il y a pas de doute. Mon

arrière-grand-père est arrivé

dans le nord de l'Ontario en

1895 et il a commencé à faire de

la politique en 1896. Il était

conseiller du township

de Rayside, qui est juste

à l'extérieur de Sudbury.


DANIEL LESSARD

Puis vos parents aussi?


JEAN-JACQUES BLAIS

Mon père a été le conseiller

de Sturgeon Falls le plus jeune.

Il a été élu à 22 ans. Ma mère a

été conseillère de Sturgeon

Falls pendant 13 ans et maire

suppléant. Et moi, j'ai fait

de la politique avec mon père

à l'âge de 11 ans, lorsqu'il

se présentait comme candidat

libéral à l'Assemblée

législative ontarienne.


DANIEL LESSARD

Libéral de père en fils,

de génération en génération.


JEAN-JACQUES BLAIS

Voilà. Je ne connais pas

de conservateur qui a été de

ma famille. Alors que mon père

disait, lorsqu'il a perdu son

élection en 1951, qu'il y avait

de ses beaux-frères qui avaient

voté pour les conservateurs.


DANIEL LESSARD

Qui avaient mal tourné.


JEAN-JACQUES BLAIS

C'était le plus proche

que les conservateurs sont

venus de ma famille.


DANIEL LESSARD

Donc, vous quittez Sturgeon

Falls. On y reviendra plus tard

sur votre vie à Sturgeon Falls.

Vous devenez avocat. En 1970,

vous êtes avocat. En 1972, vous

décidez, et c'est pas innocent,

de retourner à Sturgeon Falls;

pas pour faire du droit,

parce que vous aviez

la politique en tête déjà.


JEAN-JACQUES BLAIS

Oui. Oui, mais je ne savais

pas que c'était pour se

présenter, parce qu'il y avait

un député de Nipissing en 1970

qui était libéral et qui était

un ami de la famille et donc que

j'appuyais. Moi, je suis allé

à North Bay pour pratiquer le

droit. Mais il faut dire que

ce qui m'a motivé à partir de

Toronto pour aller à Sturgeon,

c'est que j'avais été défait

comme candidat à la commission

scolaire du Toronto

Métropolitain en 1969.

Et mon ambition, à l'époque,

c'était de devenir député

provincial afin de pouvoir

influencer un changement des

lois en éducation, parce que

c'est une responsabilité

provinciale, pour favoriser les

minorités francophones. Parce

que j'étais le produit d'une

école secondaire anglophone

à Sturgeon Falls, parce

qu'il n'y avait pas d'école

publique francophone au temps

où j'étais à l'école secondaire.

Et un des accomplissements dont

je suis le plus fier, c'est que

j'étais au gouvernement en 1982

lorsqu'on a introduit l'article

23 de la Charte des droits,

qui a enchâssé les droits

d'éducation des minorités

à travers tout le pays.


DANIEL LESSARD

Là où le nombre le justifie.


JEAN-JACQUES BLAIS

Ah oui, mais n'empêche

que la Cour suprême du Canada a

vraiment interprété cette close

de façon très généreuse.


DANIEL LESSARD

Donc, il n'y a jamais eu de

politique provinciale. Vous êtes

passé au fédéral pourquoi?

Parce que le poste est devenu

vacant, la candidature--


JEAN-JACQUES BLAIS

Justement. J'ai eu l'occasion.

Lui, il a eu un infarctus,

Carl Legault, donc, il a décidé

de ne pas se représenter.

Et on m'a approché pour tâter

mon intérêt et évidemment,

je n'ai aucunement hésité.


DANIEL LESSARD

Donc, en 1972, vous devenez

député... ministre aussi,

dès le départ?


JEAN-JACQUES BLAIS

Non, ç'a pris quatre ans.

J'ai été député d'arrière-ban.

Ensuite de ça, je suis devenu

secrétaire parlementaire

au leader de la Chambre. Ça, ce

fut en 1975 avec Mitchell Sharp

qui était le leader du

gouvernement en chambre. J'étais

son secrétaire parlementaire.

Donc, j'étais le député leader.

Et c'est ce qui a amené Pierre

Trudeau à m'inviter à me joindre

au cabinet. Bryce Mackasey a

donné sa démission et a quitté

le ministère des Postes et il y

a eu une vacance que le premier

ministre m'a invité à combler.


DANIEL LESSARD

Aux Postes.


JEAN-JACQUES BLAIS

Aux Postes.


DANIEL LESSARD

Pas facile, les Postes.

C'est l'époque où il y avait

beaucoup de conflits, non?


JEAN-JACQUES BLAIS

Bien oui, ç'a été après

la plus longue grève de

l'histoire des Postes au Canada.


DANIEL LESSARD

Et c'est vous

qui étiez ministre.


JEAN-JACQUES BLAIS

C'est moi qui suis devenu

ministre tout de suite après

cette grève et après que Bryce

Mackasey, qui a vécu la grève

et a démissionné. Et là, j'ai

été... Je me voyais avec le défi

de rebâtir les rapports entre

la gestion et les syndicats. Et

j'étais très heureux de le faire

parce que j'avais fait du droit

syndical à Toronto. J'avais

constitué deux syndicats lorsque

j'étais avocat à Toronto.

Donc, ça me fascinait.


DANIEL LESSARD

C'est pas étranger

pour vous. Vous saviez

de quoi il s'agissait.


JEAN-JACQUES BLAIS

Non, non, puis j'aimais

beaucoup les Postes. Mon père

avait été maître de poste

à Sturgeon Falls, à part ça.


DANIEL LESSARD

Oui. Donc, il y a eu

les Postes. Vous avez été

solliciteur général, vous avez

été ministre de la Défense.

Je me souviens de Marcel Masse,

un conservateur, mais je vous

en parle quand même, m'a déjà

dit: "C'est le ministère

le plus difficile qu'on peut

avoir si on est francophone."

Vous avez aimé ça, la Défense?


JEAN-JACQUES BLAIS

Ah oui, j'ai bien aimé ça.

J'ai bien aimé ça. Mais

il faut dire que j'ai été...

Avant la Défense, j'ai eu

Approvisionnements et services,

où là, j'ai rééquipé les Forces

canadiennes. La raison de--


DANIEL LESSARD

Alors ils vous aimaient

beaucoup, j'imagine.


JEAN-JACQUES BLAIS

Oui. Donc, moi, quand je suis

arrivé au... Une des raisons

pour lesquelles j'ai été

invité de prendre la Défense,

c'est vraiment le succès que

j'ai eu à rééquiper les Forces

canadiennes. En trois ans,

les navires, les F18, c'est moi

qui ai acheté ça. Les camions,

les Iltis, les armes à feu,

les mitrailleuses, et cetera.


DANIEL LESSARD

Et j'imagine aussi à la

Défense, M. Blais, il devait

y avoir une espèce de...

J'allais dire de valeur émotive

ou d'émotions d'attachées

à ça. Votre père a pas été...


JEAN-JACQUES BLAIS

Prisonnier de guerre.


DANIEL LESSARD

Prisonnier de guerre, oui.


JEAN-JACQUES BLAIS

Il a été pris prisonnier le

8 août 1944 et il a été relâché

au mois de mai 1945. Il a été

pris prisonnier en Normandie,

donc durant l'invasion

de la Normandie.


DANIEL LESSARD

On dit souvent que les

militaires qui reviennent

de ce genre de mission là sont

secoués, que c'est difficile,

après. Il s'en est ressorti...

Il s'en est bien sorti?


JEAN-JACQUES BLAIS

Ah, bien, à l'époque,

vous savez... Il y a eu

des problèmes, évidemment. On

savait... Il n'en parlait pas.

Mon père n'en parlait pas

des conséquences. Il a beaucoup

dormi. Il nous a montré

les notes qu'il prenait,

le journal qu'il gardait et les

commentaires de ses collègues

qui étaient détenus aussi bien.

Et on disait tous qu'il avait

le grand avantage

de pouvoir dormir.


DANIEL LESSARD

Ah oui?


JEAN-JACQUES BLAIS

Donc, il dormait beaucoup.

C'était son soulagement.


DANIEL LESSARD

M. Blais, vous devenez

ministre en 1975. C'est

Pierre Trudeau qui est premier

ministre, personnage important

dans l'histoire du Canada.

C'était comment,

travailler avec Trudeau?


JEAN-JACQUES BLAIS

Ah, c'était un plaisir.

D'abord, il faut dire que ce qui

est vraiment stimulant, c'est

qu'on est dans le gouvernement,

autour de la table, et qu'on

ressent l'exercice du pouvoir.

Et vraiment, ça, pour n'importe

quelle personne, n'importe

quel humain, l'exercice

du pouvoir est un élixir.


DANIEL LESSARD

C'est une drogue.


JEAN-JACQUES BLAIS

C'est une stimulation. C'est

une drogue. Et puis, de faire

ça avec une personne qui sait

comment le faire et où nous

mener, avec une stratégie qui se

manifeste dans tous ses propos,

bien, vous savez, c'est

le grand plaisir.


DANIEL LESSARD

C'est plus facile.


JEAN-JACQUES BLAIS

Non, c'est pas seulement plus

facile. C'est vraiment enlevant.


DANIEL LESSARD

On reproche souvent à Stephen

Harper de tout contrôler, de

ne laisser aucun pouvoir à ses

ministres. Jean Chrétien m'avait

dit, une fois: "Moi, je nomme

quelqu'un ministre. S'il ne fait

pas sa job, je vais l'enlever,

mais je vais pas le suivre sans

arrêt." Est-ce que Trudeau vous

laissait beaucoup de latitude?


JEAN-JACQUES BLAIS

Voilà, oui, pas de doute de

ça. Évidemment, on travaillait

en tant qu'équipe. Et puis,

je me souviens qu'on a eu des

débats assez... assez vigoureux,

robustes. Et moi, un des

compliments qu'il m'a faits

que j'ai bien aimé, il m'a dit:

"Jean-Jacques, il dit, tu viens

au cabinet et tu vas te débattre

pour une position jusqu'à

quasiment la violence. Mais

une fois que le cabinet a décidé

ce qu'on a décidé, tu te rallies

et tu deviens une partie

de l'équipe." Et ça, c'est vrai,

et, puis lui était capable...

puis il m'a dit ça parce qu'il

voulait que je reconnaisse

que je devais participer

de façon très vigoureuse

à l'intérieur du cabinet,

mais qu'il était le boss.


DANIEL LESSARD

Et la solidarité,

c'était important.


JEAN-JACQUES BLAIS

Et la solidarité, c'était très

important. Et qu'il fallait que

les gens se rallient une fois

que le débat ait pris place.

Mais il voulait

stimuler le débat.


DANIEL LESSARD

La francophonie, M. Blais,

vous y avez consacré beaucoup

d'énergie, beaucoup de temps.

Encore récemment, vous avez

envoyé des lettres ouvertes au

journal Le Droit pour dénoncer

des situations qui vous agacent.

Est-ce que la francophonie

canadienne est en bonne

santé aujourd'hui?


JEAN-JACQUES BLAIS

Oui. Moi, je crois que oui.

Et puis, parce qu'elle s'étend,

elle devient moins tribale,

elle devient plus...


DANIEL LESSARD

"Moins tribale"?


JEAN-JACQUES BLAIS

Oui. Elle devient... Le

nationalisme est une dimension

qui, dans un pays comme le

nôtre, doit être amadouée, doit

être réduite autant que possible

pour que la citoyenneté soit

plus englobante, soit plus

universalisée. Et voilà, c'est

pour ça que le multiculturalisme

au Canada peut vraiment nous

mener à une grandeur en tant

que pays. Et ça, ça demande

quand même une ouverture,

une acceptation des gens

de différentes origines,

de différentes tendances,

différentes religions et

croyances, et cetera. Et

le Canada, dans ce contexte-là,

peut le faire dans les deux

langues. Et donc, en français

et en anglais. Et, quant à moi,

l'excellence du français

et de la culture française

et l'implication de la culture

française dans la vie

quotidienne canadienne d'une mer

à l'autre va encourager

ce multiculturalisme

à se manifester dans les deux

langues officielles.


DANIEL LESSARD

Quand les prophètes de malheur

disent: "Oh, les francophones

dits hors Québec vont

disparaître bientôt",

vous ne croyez pas ça?


JEAN-JACQUES BLAIS

Non. Pas seulement que ça,

c'est que je crois qu'avec

l'excellence de la citoyenneté

francophone au Canada,

qu'elle devient... elle rend

attrayante la dimension

francophone. Parce que vous

savez que pour les cours de

français, des cours d'immersion,

les demandes sont...


DANIEL LESSARD

Encore très nombreuses,

très grandes.


JEAN-JACQUES BLAIS

Encore très nombreuses et

vraiment, dépassent l'offre

des sièges qui sont disponibles.

Donc, de plus en plus, les gens

veulent apprendre le français.

Les gens acceptent le français

comme étant une réalité

canadienne. Ils sont très

sympathiques au français,

aux manifestations culturelles.

Maintenant, c'est ça,

l'espoir que je vois

dans la réalité française.


DANIEL LESSARD

La première bataille

que vous avez faite, c'était

l'école Étienne-Brûlé à Toronto.

De quoi s'agissait-il au juste?


JEAN-JACQUES BLAIS

Bien, c'est qu'à l'époque, il

n'y avait pas d'école française

publique. Moi, je suis un

produit de l'école secondaire

anglaise publique

de Sturgeon Falls.


DANIEL LESSARD

Parce qu'il n'y avait

pas d'école française.


JEAN-JACQUES BLAIS

Il n'y avait pas d'école

française. Mais quand je suis

arrivé à Toronto, je me suis

établi à Toronto parce

que je voulais me familiariser

avec le centre du pouvoir.

J'ai reconnu à un très bas âge

l'importance du pouvoir.


DANIEL LESSARD

D'être proche du pouvoir.


JEAN-JACQUES BLAIS

Et d'être proche du pouvoir.

Et je me suis rendu à Toronto

pour être proche du pouvoir.

Et quand je suis arrivé,

je me suis joint à des groupes

francophones, les Richelieu...

Et j'ai travaillé... L'ACFO,

l'ACFÉO qu'on l'appelait,

à l'époque. Je suis devenu

le président de la sixième

régionale de l'ACFO. J'ai

travaillé dans les communautés

où il y avait des communautés

francophones. Et puis, là, j'ai

vu qu'il y avait une occasion

d'encourager l'éducation en

français. On s'est réuni et on a

fait des demandes d'avoir des

cours de français, des classes

de français dans les écoles

"catholiques" séparées.

On a été refusés.


DANIEL LESSARD

Par le gouvernement?


JEAN-JACQUES BLAIS

Non, non, de par

les commissions scolaires.

Les commissions scolaires

anglophones catholiques

ne voulaient pas des

Canadiens-Français catholiques.

Donc, effectivement, on s'est

tourné vers les écoles

publiques. Et puis les écoles

publiques ont dit: "Pourquoi

pas?" Donc, on a commencé

à développer un projet d'école.

Et il y a eu un comité qui a

été formé et je suis devenu

vice-président ou coprésident

du comité. Et ensuite de ça, on

a présenté un projet au Toronto

métropolitain, et Toronto

métropolitain a dit: "Oui,

pourquoi pas?" Et puis,

on nous a construit une école.

Les catholiques nous ont dit:

"Ah, vous n'aurez jamais..."

Il y avait une école catholique

française qui avait 165

étudiants à Toronto, qui était

une école séparée, mais qui

offrait des cours de la neuvième

à la 13e année. Mais il y avait

165 étudiants. Puis, on nous a

dit: "Vous n'aurez pas plus

d'étudiants que nous en avons."

Première année, on a eu 800

étudiants. La deuxième, 1200.


DANIEL LESSARD

Ah, oui!


JEAN-JACQUES BLAIS

Et puis là, maintenant,

je sais pas quels sont les

chiffres, mais l'école a été

en grande demande, et c'est

un succès. Un fier succès.


Des images de la Colline parlementaire défilent à présent.


JEAN-JACQUES BLAIS

L'endroit que j'aime le plus,

que je favorise ici à Ottawa,

c'est l'endroit que j'ai vu lors

de ma première visite à Ottawa,

lorsque j'avais 10 ans et que

j'accompagnais mes parents.

C'est la Tour de Paix et la

Colline parlementaire. Et

j'ai eu le grand privilège de

l'occuper pendant 12 ans. C'est

d'être dans le centre nerveux

de son pays, parce que c'est

là où les décisions sont prises

qui affectent tous les citoyens

du pays. Et l'historicité

de la Colline parlementaire

est manifeste. Elle se relie

à Westminster, et Westminster

se relie à l'État de droit et à

Magna Carta. Et donc, nous donne

la connexion directe entre

Magna Carta, qui nous a donné

la liberté civile dans

l'administration publique,

et la réalité canadienne.


DANIEL LESSARD

M. Blais, restons dans

la francophonie. Vous avez été

associé de près au service en

français dans la ville d'Ottawa.

Vous connaissez bien la ville

d'Ottawa. Comment ça se fait

que la ville d'Ottawa

n'est pas bilingue?


JEAN-JACQUES BLAIS

Bien, il y a une résistance

politique. Évidemment,

les politiciens sont favorables.

Quant à moi, les élus ou,

du moins, la majorité

des élus sont favorables.


DANIEL LESSARD

Le maire Watson est

très francophile.


JEAN-JACQUES BLAIS

Je pense qu'il l'est.

Mais la question, c'est qu'ils

perçoivent que du point de

vue électoral, ils se nuiraient.

Qu'effectivement, la population

n'est pas prête à l'accepter.

Et moi, je vois très bien, étant

expérimenté dans le domaine, je

vois très bien cette résistance.

Je suis d'accord que la ville

doit être bilingue. Elle doit

devenir officiellement bilingue.

Le français et l'anglais doivent

devenir, pour la ville d'Ottawa,

des instruments de pouvoir.

Mais pour accomplir cela, quant

à moi, il faut travailler avec

la Commission de la capitale

nationale. C'est la Commission

de la capitale nationale qui est

l'instrument fédéral qui

réunit la ville de Gatineau

et d'Ottawa. Et pour ça,

ça veut dire qu'aussi, on doit

travailler à Gatineau à obtenir

à ce que Gatineau et la province

de Québec acceptent que

la ville de Gatineau soit

aussi officiellement bilingue.


DANIEL LESSARD

Une sorte de district

bilingue qui engloberait

Gatineau, Ottawa?


JEAN-JACQUES BLAIS

Justement. Mais que chacune

des villes serait là, et

qu'elles garderaient leurs

pouvoirs, qu'elles seraient

encore des créatures,

des créations des provinces,

mais qu'elles travailleraient à

l'intérieur d'une Commission de

la capitale nationale qui aurait

plus de pouvoir, plus puissante.


DANIEL LESSARD

Mais Gatineau, ville bilingue,

M. Blais, il y aurait, dans les

milieux nationalistes québécois,

toute une levée de boucliers.


JEAN-JACQUES BLAIS

Mais oui, mais pourquoi? Deux

poids, deux mesures. Je vous dis

que la réaction à Ottawa est une

réaction politique. La réaction

à Gatineau aussi, c'est

une réaction politique.

Si on demande du leadership

pour être capable de surmonter

le négativisme qui pourrait

se trouver dans la question

linguistique, pourquoi ne pas

demander la même chose des deux

régions, des deux municipalités?


DANIEL LESSARD

Vous pensez que vous allez

voir ça de votre vivant?


JEAN-JACQUES BLAIS

Non. Non, je le verrai pas de

mon vivant. J'espère qu'on verra

en 2017 à Ottawa, qu'Ottawa

deviendra ville bilingue.

J'espère que la province recevra

une demande du conseil municipal

à cet effet-là. Et il y a bien

des gens qui travaillent

là-dessus, et j'en suis un.

Je voudrais que ça se produise.


DANIEL LESSARD

Vous avez... Et je fais pas

nécessairement le lien avec ça,

mais bon. Vous avez passé

beaucoup de temps dans des

pays où il y a cet intégrisme,

l'islamisme poussé à l'extrême,

le terrorisme. Je pense à

l'Afghanistan où vous avez passé

beaucoup, beaucoup de temps.

Est-ce que vous pensez, M.

Blais, qu'un jour, l'Afghanistan

et le Pakistan que vous

connaissez bien, l'Irak où vous

êtes allé aussi, est-ce que ces

pays-là vont devenir des pays

complètement démocratiques un

jour ou si on rêve en couleurs?


JEAN-JACQUES BLAIS

Bien, il faut trouver des

solutions dans la gouvernance,

dans les systèmes de

gouvernance, pour être capable

d'adapter les institutions

qui existent dans ces pays-là

qui sont mus par des réalités

culturelles. Il faut être

capable d'adapter les réalités

qui font de nos pays des pays

démocratiques avec le respect

des droits de la personne,

d'être capable de prendre

ces réalités-là, et les rendre

adaptables aux réalités

culturelles dans les pays

où nous voudrions qu'il y ait

des améliorations. Par exemple,

dans ces pays-là, dans les pays

arabes, la force des tribus,

des organisations tribales,

est manifeste. C'est entre les

tribus où il y a des conflits.

Comment est-ce qu'on arrive

à trouver des solutions pour

qu'il y ait des agencements

entre les structures tribales

pour qu'elles puissent se

comprendre et qu'elles puissent

travailler ensemble.


DANIEL LESSARD

C'est ça qui est pas facile.


JEAN-JACQUES BLAIS

Et c'est ça qui est pas

facile, mais on n'arrivera pas à

des solutions si on leur impose

les principes de citoyenneté

qui sont polyvalents tels

que nous les avons au Canada

et dans les pays de l'OCDE.


DANIEL LESSARD

Le temps file trop vite,

M. Blais. Vous avez

encore des projets?


JEAN-JACQUES BLAIS

Ah oui! Je poursuis...

J'ai obtenu ma maîtrise

en droit international.

Et j'ai poursuivi mes études en

droit international pour obtenir

un doctorat. Ça n'a pas tout

à fait... ça n'a pas tout à fait

marché, parce que la richesse

académique n'était pas à la

hauteur. Mais c'est ce à quoi

je m'adresse, parce que je suis

passionné par la gouvernance.

Et l'État de droit, quant à moi,

est la solution aux maux de

l'humanité. Et le Canada vit, en

effet, un État de droit qui nous

favorise. Et comment sommes-nous

capables de transmettre

certaines de ces valeurs-là

qui sont adaptables aux pays qui

voudraient bien les recevoir?


DANIEL LESSARD

M. Blais, ce fut un plaisir.

Merci infiniment.


JEAN-JACQUES BLAIS

Mon plaisir d'être avec vous.


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