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Carte de visite

Gisèle Quenneville, Linda Godin et Daniel Lessard rencontrent des personnalités francophones et francophiles. Découvrez ces politiciens, ces artistes, ces entrepreneurs ou ces scientifiques dont l'histoire, extraordinaire, mérite d'être racontée.

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Louise Pitre : comédienne et chanteuse

Louise Pitre est une incontournable des comédies musicales à Toronto. Quand Louise Pitre monte sur scène, elle sait se faire entendre: sa voix est à couper le souffle et son énergie est foudroyante. En 2000, Louise Pitre faisait son entrée à New York sur Broadway. Pendant quelques années, elle tiendra le rôle principal dans la comédie musicale Mamma Mia. Son travail lui vaudra d’ailleurs une nomination aux Tony Awards.



Réalisateur: Alexandra Levert
Année de production: 2015

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VIDÉO TRANSCRIPTION

Pendant que GISÈLE QUENNEVILLE présente son invité, LOUISE PITRE, comédienne et chanteuse, on montre des images d'archives de différentes comédies musicales dans lesquelles a joué LOUISE PITRE. L'entrevue se déroule dans la maison de LOUISE PITRE.


GISÈLE QUENNEVILLE

Quand

Louise Pitre monte sur scène,

elle se fait entendre.

Sa voix est à couper le souffle.

Son look, toujours très glamour.

Pendant des années, elle a été

une incontournable des comédies

musicales à Toronto.

Mais en 2000, tout a changé.

Louise Pitre a fait son entrée

à New York, sur Broadway.

Pendant trois ans, elle a tenu

le rôle principal dans

Mamma

Mia!. Son travail lui a valu

une nomination aux Tony Awards.

Depuis ce temps-là, Louise est

rentrée au Canada. Elle épate

toujours ses fans à Toronto.

Mais elle aime bien aussi

se réfugier dans sa petite ferme

centenaire près d'Alliston.

Louise Pitre, bonjour.


LOUISE PITRE

Bonjour.


GISÈLE QUENNEVILLE

Louise, quand vous étiez

petite, est-ce que vous rêviez

d'être sur scène,

d'être sur Broadway?


LOUISE PITRE

Broadway, non. J'avais aucune

idée, c'était quoi, Broadway.

Mais oui, j'ai eu un rêve.

J'ai fait un rêve quand j'avais

à peu près 7-8 ans, et je me

suis levée, le lendemain matin,

puis j'ai dit à ma famille: "Ah,

j'ai fait un rêve incroyable,

puis j'étais sur scène,

puis j'avais une robe longue.

Puis tout le monde était debout,

puis tout le monde disait:

'Bravo! Bravo!'"

C'était vraiment mon rêve puis

j'ai raconté ça. J'en revenais

pas comment c'était beau,

ce rêve-là.


GISÈLE QUENNEVILLE

Donc, vous étiez

une enfant théâtrale?


LOUISE PITRE

Euh, théâtrale, oui, je pense.


GISÈLE QUENNEVILLE

Drama queen?


LOUISE PITRE

Oui. J'étais celle qui

chantait toujours, qui voulait

raconter une blague puis...

Je chantais tout le temps.

Puis j'étais toujours de bonne

humeur. Oui, j'aimais conter

des blagues, mais pas:

"Écoutez-moi tout le monde!"

Non, pas du tout. Parce que

j'avais aucune idée que c'était

peut-être quelque chose que

je pouvais faire pour gagner ma

vie, tu sais. Broadway, j'avais

jamais entendu parler de ça

ou de la comédie musicale.


GISÈLE QUENNEVILLE

Qu'est-ce que vous ressentez

quand vous montez sur scène?


LOUISE PITRE

Ah! Ça dépend.

Quand je fais des concerts,

surtout, c'est plus moi. C'est

vraiment Louise qui est sur

scène et qui va parler comme...

comme on se parle comme c'est

là. Ça fait que c'est plus

personnel. Je choisis ce que

je chante et quand je chante

une chanson que j'adore et qui

a de la pesanteur, je me sens

comme si j'ai déjà vécu.

Parce que ça se peut pas que

je ressente ce que je ressens

si profondément...

Il faut que ça vienne de plus

loin que juste ce que j'ai vécu.


GISÈLE QUENNEVILLE

Est-ce que vous avez le trac,

aujourd'hui, quand vous montez

sur scène? Ou ça, c'est pff!

Ça fait partie du passé?


LOUISE PITRE

Non, des fois. Des fois,

ça dépend. Mon père est décédé,

mais il faisait de l'Alzheimer,

et ma mère maintenant en fait.

Donc, je pense que ce qui

me donne le trac maintenant,

c'est de penser: Mon Dieu,

j'espère que j'oublierai pas.


GISÈLE QUENNEVILLE

Parlons de Donna Sheridan.

Parce que vous étiez la première

à incarner le rôle de Donna

Sheridan sur Broadway.


LOUISE PITRE

Oui.


GISÈLE QUENNEVILLE

Pas une mince affaire. Comment

vous avez obtenu ce rôle-là?


LOUISE PITRE

Ça, c'est une histoire le fun.

Avant même de faire l'audition

pour

Mamma Mia!, je pense

que c'est un an avant,

on m'a demandé d'aller faire

une audition à New York

pour Napoleon. Je suis allée

à New York, j'ai fait cette

audition-là et quand j'ai fini

mon audition, Francesca

Zambello m'a suivie.

Puis elle dit: "Viens, je veux

te parler." Elle dit: "C'était

une très bonne audition, mais...

tu es pas ce qu'on cherche pour

le rôle. Je te le dis tout

de suite. Mais tu es parfaite...

Moi, je connais des gens qui

font un show. Ils s'en viennent

le faire ici. Ça s'appelle

Mamma Mia! et toi, tu serais

parfaite pour le rôle principal.

Je vais leur dire que j'ai

rencontré une femme. Il faut

absolument qu'ils te voient

pour ce rôle-là." Ça fait que

quand je suis arrivée pour faire

ma première audition pour

Mamma

Mia!, le gars d'Angleterre

dit: "Ah oui, Francesca Zambello

m'a dit qu'il fallait absolument

te voir pour ce rôle."

Ça fait que c'était comme déjà,

j'avais déjà été présentée

un petit peu, ça fait

que c'était spécial.


GISÈLE QUENNEVILLE

Une belle petite poussée.


LOUISE PITRE

Oui. Ça fait que j'ai fait

deux, trois auditions. Puis

la dernière fois qu'ils m'ont

appelée, ils m'ont appelée

sans me dire. Je pensais:

Une quatrième fois? Franchement!

Combien de fois je peux chanter

The Winner Takes It All, tu

sais! Mais non, cette fois-ci,

ils m'appellent. Ils me disent:

"Assoyez-vous." J'ai dit:

"OK..." Tout le gros panel.

ils sont une douzaine. Puis ils

me disent: "On t'offre le rôle."

Ils font jamais ça dans

une audition! Jamais!


GISÈLE QUENNEVILLE

Est-ce que c'est un rôle qui

vous a emballée dès le départ?


LOUISE PITRE

Non. Pantoute.


LOUISE PITRE rit.


GISÈLE QUENNEVILLE

Étiez-vous une fan

d'ABBA au moins?


LOUISE PITRE

Euh, oui puis non. Pour te

dire franchement, non, c'est pas

ce que j'écoutais, moi, quand

j'étais à l'université et qu'ils

étaient... célèbres. Non, moi,

j'écoutais

Earth, Wind and Fire

puis

Tower of Power, puis

c'est ça que j'aimais. Pas

Dancing Queen. Beurk! Mais

j'aimais Chess, la comédie

musicale qu'ils ont écrite.

Ah, Seigneur! Ça, c'est de toute

beauté. Mais non, ça m'a pas

emballée puis même après que

j'ai eu le rôle, j'avais jamais

vu le spectacle et je suis allée

en Angleterre. On est allés,

mon mari et moi, on venait de

se marier. On s'est mariés juste

avant que je commence à faire le

show. Puis on est allés voir

le show en Angleterre puis

j'avoue que je me suis dit:

Je viens de signer

pour faire ça pour un an?


GISÈLE QUENNEVILLE

Mais pourquoi

vous aimiez pas ça?


LOUISE PITRE

Ayoye! C'était... Hum...

Comment dire?

C'était... C'est pas...

Me semble, c'est pas moi.

Moi, j'aime les choses

avec plus de... d'émotions puis

de drames puis de... de vérité.


GISÈLE QUENNEVILLE

Moi, je suis allée voir un

spectacle sur Broadway, je pense

que c'était l'année dernière

puis, en fait, tout ce qui me

passait par l'esprit en les

regardant sur scène, je me dis:

Quel genre de vie ils ont,

ces gens-là? Parce qu'ils

travaillent six, sept jours

par semaine, toujours le soir.

Il faut toujours être

à son meilleur.


LOUISE PITRE

Hum-hum.


GISÈLE QUENNEVILLE

C'est quel genre de vie?


LOUISE PITRE

C'est une vie très difficile.

Je sais que ça parait pas.

Les gens quand ils viennent

voir ce que tu fais... Surtout

quand tu joues un gros rôle,

c'est huit fois par semaine.

Donc, mercredi et samedi,

tu le fais deux fois. Et ce que

je trouve ridicule, ça a pas

d'allure, c'est que tu as juste

un jour de relâche par semaine.

C'est pas assez. C'est pas

assez. Ça fait que ça devient,

après six mois, un an, deux

ans... Ayoye! Là, ça fait deux

ans que tu as juste un jour

par semaine pour essayer

de te reposer, de te remettre

de ta grosse semaine.

Non, ça fait que c'est...

Oui, c'est une vie difficile.


GISÈLE QUENNEVILLE

Vous avez fait ça pendant

trois ans à peu près.


LOUISE PITRE

Trois ans et demi

en tout et partout, oui.


GISÈLE QUENNEVILLE

Le rôle de Donna Sheridan.

Après trois ans et demi,

vous en aviez assez?


LOUISE PITRE

Oui. Bien, j'ai fait un an et

demi avec la troupe canadienne

qui était allée faire

la tournée, mais après ça,

deux ans à New York, oui.

Puis ce qui m'a vraiment aidée

à décider, c'est quand j'ai

réalisé que je n'avais plus la

force ou l'énergie de me lever

le matin pour aller prendre

la marche avec mon mari

et notre chien dans le parc.

Et là, j'étais tellement épuisée

que je pouvais même pas faire

face à ça, le matin. Je me

disais: Eille, là, minute.

C'est le temps de laisser aller.


GISÈLE QUENNEVILLE

C'était difficile, ça?


LOUISE PITRE

Non.

Et quand j'ai... C'est drôle,

hein, mais quand ça fait si

longtemps aussi, tu es tellement

habituée. Cette routine-là,

c'est ta vie depuis trois ans et

demi. Mais j'ai quitté et c'est

comme si ça m'a pris un mois

à réaliser à quel point

j'étais épuisée.

Et j'ai fait comme une petite

mini dépression, je pense. J'ai

jamais fait de dépression, mais

j'imagine que c'est à peu près

comme ça. Je me sentais comme...

Là, je n'étais plus bonne à

rien. Qu'est-ce que je vais

faire? C'est drôle. Mais ils

m'ont demandé d'aller faire

Sweeney Todd avec l'opéra de

Calgary. J'ai joué Mrs Lovett.

J'ai... Ah, Seigneur! Et ça,

ça m'a remise à ma place.

Pour revenir... Quitter

Mamma

Mia!, après trois ans et demi,

ces chansons-là que j'ai

chantées 50 000 fois. Je sais

pas combien de shows j'ai faits.

Je veux pas savoir. Mais c'est

comme... Aussitôt que je suis

partie, la porte s'est fermée.

That's it. Bang!


GISÈLE QUENNEVILLE et LOUISE PITRE sont à l'intérieur d'une grange.


GISÈLE QUENNEVILLE

Louise, toute ferme a une

grange. Alors, vous avez une

grange. On est dans la grange,

mais vous êtes pas fermiers,

alors qu'est-ce que vous

faites, ici, dans la grange?


LOUISE PITRE

Non, on est pas fermiers

du tout. Bien ici, on fait

des soupers. On s'est fait une

grosse table avec une vieille

porte de grange et on a eu le

souper pour le 80e anniversaire

de ma mère. Parce qu'elle

a grandi sur une ferme.

Pour moi, une grange, c'est

comme une église, d'après moi.

Quand tu rentres dans

une grange, là, il y a une

sensation... Il y a rien d'autre

comme ça. Et moi, c'est les

craques. Quand c'est pas égal,

c'est pas tout fermé. La lumière

rentre. Et quand le soleil

se couche, ah, la lumière!

C'est magique, magique, magique.

C'est de toute beauté.


L'entrevue se poursuit dans la maison.


GISÈLE QUENNEVILLE

Louise, vous êtes née à Smooth

Rock Falls. Est-ce qu'il y a

une pancarte à Smooth Rock Falls

qui dit: "Lieu de naissance

de Louise Pitre"?


LOUISE PITRE

Ha! Ha! Non, je pense

pas qu'il y a une pancarte.


GISÈLE QUENNEVILLE

Il devrait peut-être

en avoir une.


LOUISE PITRE

Ha! Ha! Mais je suis

allée faire un concert.

J'ai fait une tournée dans

le nord de l'Ontario. Ça fait

quelques années. Je suis allée

à Kapuskasing pour faire

un concert.

Il y a beaucoup de gens

de "Smoute" Rock, comme ma mère

l'a toujours dit, qui sont venus

et je suis allée à Smooth Rock

rencontrer le maire de Smooth

Rock Falls puis ils m'ont donné,

tu sais, une plume puis je sais

pas! Je me rappelle

pas quoi d'autre!


GISÈLE QUENNEVILLE

Vous êtes pas restés là

longtemps, par exemple, hein?


LOUISE PITRE

J'avais 4 ans quand

on a quitté Smooth Rock Falls

pour aller à Montréal. C'est là

mon enfance. J'avais 12 ans

quand on est partis. 11-12 ans,

quand on a quitté Montréal

pour aller à Welland.


GISÈLE QUENNEVILLE

C'était comment arriver

à Welland pour une petite

fille de 12 ans de Montréal?


LOUISE PITRE

Ayoye! Ouais, c'était...

frappant. C'était...

La famille de ma mère, il y en a

plusieurs qui étaient là. Ses

frères étaient... Parce qu'ils

travaillaient dans les mines,

en Abitibi. Quand ça a fermé,

ils sont allés se chercher

de l'ouvrage dans les usines

à Welland. En tout cas, c'est

pour ça qu'on est allés là.

Parce que ma mère voulait

qu'on apprenne à parler anglais.

C'est pour ça qu'on a quitté

le Québec. Elle a eu peur quand

le FLQ et tout ça se passait.

C'est pour ça qu'on a quitté

le Québec, oui. Imagine,

ma mère qui parlait pas un mot

d'anglais. Mais vraiment,

j'apprécie sa façon de penser

pour dire: "Je veux que mes

enfants aient deux langues."


GISÈLE QUENNEVILLE

Très politisée aussi, hein?


LOUISE PITRE

"Et ne soient pas limités."

Oui, imagine, en tout cas.

Ça fait que c'est pour ça

qu'on s'est en allés à Welland.

Écoute, nous autres, on était

habitués à prendre le métro.

Tu sais, on venait d'avoir

l'Expo. C'était un autre monde

arrivés à Welland. Eille, le

laitier, il passait encore avec

les chevaux! Imagine! Ha! Ha!

Puis tu pouvais marcher pour

aller en ville, au centre-ville.

C'était un autre monde. C'est

quelque chose qu'on connaissait

pas. Personne parlait français

en dehors des classes. Tu sais,

c'était pas cool de parler

français. Moi, j'avais aucune

idée de ça. Ils m'appelaient

"Québec". Comme si c'était

quelque chose de terrible.

Moi, c'était la première fois

de ma vie... Moi, j'étais tout

le temps la fille cool dans ma

classe puis celle qui parlait

tout le temps puis qui disait

des jokes. Puis là, j'arrive

là puis je... Ah!

Ça fait que je me suis dit:

OK... Très bientôt, je vais

pouvoir vous dire ce que

je pense en anglais. Ça fait que

oui, j'ai travaillé fort pour

l'apprendre, mais wow!

Ça a pas été facile.


GISÈLE QUENNEVILLE

Est-ce que la musique vous a

aidée à l'école, par exemple?

Parce que bon, c'est une langue

universelle à quelque part.


LOUISE PITRE

Pas au début, non, mais

à l'école secondaire,

éventuellement, oui.

Je me mettais au piano puis

je chantais des chansons de

Carole King puis Elton John,

des affaires de même. Parce que

j'ai aussi appris à jouer de

la trompette. C'est devenu mon

instrument dans l'orchestre.

Et là, c'était cool. Mais là,

j'étais cool parce que

je parlais anglais, tu vois.

C'était correct.


GISÈLE QUENNEVILLE

Vous avez fait des études

quand même en musique.

Vous vouliez faire quoi?


LOUISE PITRE

Je voulais enseigner

la musique à l'école secondaire.

C'est ça que j'étais pour faire.

Je suis allée à l'Université

de Western Ontario, à London.

Le piano, c'était mon

instrument. Et j'ai fait, oui,

quatre ans en éducation de

musique. Ça fait que j'étais...

Oui, c'est ça que

j'étais pour faire.


GISÈLE QUENNEVILLE

Comment ou d'où est venue

la piqûre pour la scène,

pour la comédie musicale?


LOUISE PITRE

Dans ma dernière année, ma

quatrième année d'université, il

y a un théâtre qui fait partie

de la bâtisse d'où on prenait

nos cours à la faculté de

musique. Et chaque année, il y a

un groupe qui s'appelle Purple

Patches... Mon Dieu, comment je

me rappelle de ça? Qui font une

comédie musicale, chaque année,

une fois par année. Et ils

faisaient les auditions pour

ce spectacle et un de mes amis

voulait faire l'audition,

aller faire l'audition

pour le spectacle. Alors,

moi, je l'ai accompagné

au piano. Ça fait qu'on fait son

audition et le directeur me dit:

"Excusez-moi, mais vous,

est-ce que vous voudriez faire

l'audition aussi? Me semble que

vous avez l'air d'avoir..."


GISÈLE QUENNEVILLE

C'était pour chanter?


LOUISE PITRE

Oui! Ça fait que je suis

retournée et j'ai chanté.

Et j'ai eu le rôle.


GISÈLE QUENNEVILLE

Et est-ce que vous aviez

l'habitude de chanter

comme ça devant du monde?


LOUISE PITRE

Bien, au piano, oui.

Je m'accompagnais, ça,

c'est correct, mais au piano,

pas debout, de même.

Ça fait que ça a été mon premier

show. Je l'ai fait, et c'est ça

qui m'a décidée de dire: OK,

je reste pas pour aller faire

l'éducation en musique, non. Je

pense qu'il faut que j'essaie de

faire ceci et je le fais depuis.


GISÈLE QUENNEVILLE

Qu'est-ce que vous avez dû

faire, au début, pour payer

le loyer ou pour acheter

l'épicerie?


LOUISE PITRE

Au début, ça, j'en suis très

fière, je suis déménagée à

Toronto, premièrement. Après

deux ans, là, j'ai décidé...

Bien, écoute, je travaillais

à l'Auberge du Petit Prince

qui était un très bon petit

restaurant français. C'est là

que j'ai commencé mon amour

avec la bouffe puis cuisiner,

puis tout ça. Mais je faisais

ça et je faisais mes petits

spectacles. Après ça,

j'ai pensé: Bien écoute,

il faut que j'aille à Toronto si

je veux vraiment faire ça. J'ai

travaillé comme secrétaire pour

Price Waterhouse

executive

search department. Parce

qu'on avait des dactylos

dans ce temps-là puis je faisais

quoi? 100 mots la minute.


GISÈLE QUENNEVILLE

Wow!


LOUISE PITRE

C'est pour ça que j'ai eu la

job. J'ai fait ça pendant deux

ans. Et pendant ce temps-là,

j'essayais de faire des

auditions aussi. Mais quand

j'ai finalement eu

Piaf... Ça,

c'est le petit show que je suis

allée faire à Thunder Bay, au

théâtre à Thunder Bay. Et c'est

là que j'ai décidé, j'ai dit:

"OK, là,

that's it, je fais

pas d'autre chose. Il faut

que je me décide à faire

seulement du théâtre."

J'ai jamais fait un autre

travail. J'ai pu gagner ma vie

depuis. Ça, c'est en 1984.


GISÈLE QUENNEVILLE

Qu'est-ce que votre maman...

Et je sais qu'elle est atteinte

d'Alzheimer, aujourd'hui. Mais

elle qui a pris cette décision

de déménager la famille

à Welland pour que vous puissiez

apprendre l'anglais, etc.,

qu'est-ce qu'elle pense de

sa petite fille qui est devenue

ce qu'elle est devenue?


LOUISE PITRE

Ma mère a toujours été,

pas pleine de compliments tout

le temps, tu sais. Très juste,

très vraie. Elle venait voir

les shows et elle disait:

"Oui, ça, c'était bon. Mais lui,

il est pas bien bon." Tu sais,

elle disait pas: "Oh mon Dieu,

que c'est magnifique!" toujours.

Ça fait qu'elle était réaliste.

Mais... elle était fière

de ce que je faisais. Elle

venait voir tous les spectacles

que je faisais, ce que

j'appréciais beaucoup. Mais elle

trouvait que je travaillais trop

fort. Mais j'ai dit: "Maman, je

ferais n'importe quoi peut-être

que vous diriez ça." Elle dit:

"Non, c'est pas ça. Je trouve

que tu travailles donc fort

puis t'es tout le temps

à recommencer, à chercher

la prochaine job.

Tu peux toujours retourner,

Louise, faire ton école normale

puis enseigner la musique parce

que là, tu aurais une pension

puis un plan dentaire." Ha! Ha!

C'est ça, elle, qui la rendait

malade. Pas de pension,

là... Wow!


GISÈLE QUENNEVILLE

Ça vous a pas dérangée

de ne pas avoir de pension

ou de plan dentaire?


LOUISE PITRE

Non, mais ça commence à

me déranger un peu plus! Ha! Ha!

Je vois l'âge qui s'en vient!

Ha! Ha! Puis là, je me dis:

Hum...

Right! Une pension

de professeur, ça aurait

été le fun! Ha! Ha!


GISÈLE QUENNEVILLE et LOUISE PITRE sont devant la maison de LOUISE PITRE.


GISÈLE QUENNEVILLE

Louise, on est devant votre

maison, une maison centenaire,

1857, à Alliston. Qu'est-ce qui

vous a amené ici, à Alliston?


LOUISE PITRE

C'est pas Alliston, c'est

la maison qu'on a trouvée,

par Internet, de New York.

On vivait là et on savait

qu'on s'en revenait au Canada

et on voulait pas aller vivre

à Toronto nécessairement. On

voulait un endroit calme et

beau. Je voulais de la verdure.

Je voulais voir quelque chose

de beau, arrêter de courir.

Ça fait qu'on a trouvé cette

maison par Internet, c'est tout

puis on est venus. Je suis venue

la voir, seule et j'ai appelé

mon mari. J'ai dit: "Je pense

que je viens de trouver notre

maison c'est où. C'est là

qu'il faut vivre." Puis,

il est venu le lendemain

puis deux jours plus tard...


GISÈLE QUENNEVILLE

Qu'est-ce que vous faites

ici? Comment vous passez

vos journées?


LOUISE PITRE

Oh mon doux! Il y a tellement

d'entretien, ici. Avec une

maison comme ça, avec le

parterre, quoique ça parait pas,

mais les jardins et tatata.

Je cuisine. On reçoit beaucoup

quand on est ici. J'aime inviter

des gens pour venir. Et quand

les gens viennent nous voir

ici, ils restent à coucher.

Ça fait que tu viens souper,

tu peux boire le vin que tu veux

parce que tu restes à coucher,

et le lendemain, on déjeune

ensemble. Après ça, tu t'en

retournes chez toi. Ça fait

des belles visites.


L'entrevue se poursuit à l'intérieur de la maison.


GISÈLE QUENNEVILLE

Louise, on vous reconnait

facilement pour la chevelure

blanche, n'est-ce pas? Moi,

je vous ai, je pense, toujours

connue comme ça. Est-ce qu'il

y a jamais eu de la pression

pour que vous vous teigniez

les cheveux?


LOUISE PITRE

Oui et j'ai teint mes cheveux

pendant des années. Mais quand

j'ai eu 40 ans, j'ai décidé,

je veux voir... Parce que

les cheveux poussent très vite

et j'étais toujours rendue

chez le coiffeur pour refaire

la teinture. Je veux voir.

Ça fait que je les ai laissés...

Et je les ai jamais teints

depuis et jamais que j'ai eu

tant de compliments

pour mes cheveux

que quand je les ai laissés

aller au naturel au lieu

de dépenser des milliers

de dollars à changer de couleur

à tous les deux mois! Ha! Ha!


GISÈLE QUENNEVILLE

Mais après que vous ayez pris

cette décision-là, est-ce

qu'il y avait quand même

de la pression pour que vous

continuiez de les teindre?


LOUISE PITRE

Non, c'est drôle. C'est drôle.

Parce que là, tout le monde a

trouvé ça bien le fun, une fois

que c'était vraiment tout blanc.

Mais même, moi, ce qui m'a

surtout surprise, c'est...

Je me rappelle, une actrice que

je connais très bien, avec qui

j'ai déjà travaillé, et ça, je

me suis fait dire ça tellement

souvent: "C'est brave, Louise."


GISÈLE QUENNEVILLE

Hum...


LOUISE PITRE

Brave? Non, brave, c'est un

pompier qui s'en va dans une

maison en flammes pour aller

sauver le petit bébé au deuxième

plancher. Ça, c'est brave!

Mais avoir les cheveux blancs

sur scène, franchement! On est

rendus là? Ça, c'est brave?

Arrête. Mais j'ai été chanceuse,

le designer pour

Mamma Mia!,

lui, il en revenait pas de

mes cheveux. Il trouvait ça

fantastique. Il a dit:

"No way,

tu portes pas de perruque.

Les cheveux. Ah, j'aime ça les

cheveux argent, blancs." Puis à

New York, c'est devenu vraiment

quelque chose. Il m'appelait

The Silver Fox. Ha! Ha!

(Propos en anglais)

OK,

I'll take it! Ha! Ha! Ha!


GISÈLE QUENNEVILLE

Est-ce que, au fil des ans,

les types de rôles que vous

avez eu à jouer, est-ce que

ça a changé en vieillissant?


LOUISE PITRE

Non.


GISÈLE QUENNEVILLE

En devenant plus mature.


LOUISE PITRE

J'ai pas toujours été mature,

loin de là, dans ma vie privée.

Mais professionnellement, j'ai

toujours eu une voix un peu

plus basse. J'ai jamais joué

les rôles des ingénues, la fille

qui tombe en amour avec le gars.

Moi, j'étais toujours la mère

ou celle qui meurt ou celle qui

désespère. Comme les Fantine et

des Piaf et des

Blood Brothers.

Tu sais, des rôles comme ça,

toujours. Ce qui a été

difficile, c'est d'essayer

d'arrêter de jouer ces rôles-là

et de jouer quelque

chose d'autre.


GISÈLE QUENNEVILLE

Est-ce qu'il est plus facile

de vieillir au théâtre

qu'à la télé?


LOUISE PITRE

Ah!


GISÈLE QUENNEVILLE

Qu'au cinéma?


LOUISE PITRE

Bien oui, je pense. Je pense

que oui. À la télévision, ayoye.

Chaque ligne... Je sais pas

pourquoi qu'on est si obsédés.

J'en ai des lignes.

Je les ai gagnées, mes lignes et

je les enlève pas. Je veux voir

ce que j'ai survécu puis j'en

ai survécu, des affaires jusqu'à

date. J'ai pas eu la vie facile

tout le temps, mais j'ai

toujours pensé: Voyons,

ça pourrait être bien pire.

Regarde eux autres...

Je suis fière de ça et je veux

le garder. Oui, c'est difficile

au théâtre aussi de vieillir.

On pardonne pas aux femmes

de vieillir. C'est drôle. Mais

ce que je fais, je m'entraine

beaucoup depuis toujours

et ça, je peux faire quelque

chose pour mon corps et je vais

continuer de le faire. Je veux

être la femme qui est pleine

de rides, mais encore

avec des muscles.


LOUISE PITRE rit.


GISÈLE QUENNEVILLE

Pourquoi vous dites que vous

avez pas eu la vie facile?


LOUISE PITRE

Bien, c'est de ma faute.

J'ai fait des choix quand même

qui n'étaient pas très sages,

au cours des années. Surtout au

niveau de ma vie privée. C'est

pour ça que j'apprécie tellement

ce que j'ai maintenant.

Pour moi, la chose, "ma" chose

dans ma vie, la seule chose

dont je suis extrêmement fière,

c'est mon mariage avec Joe.

Je l'ai rencontré, je venais

d'avoir 40 ans et j'étais

vraiment déprimée. Je me disais:

OK, jamais je serai avec qui

que ce soit, pour vrai. J'arrête

parce que, évidemment, je sais

pas comment faire. J'ai aucune

idée. Et j'ai rencontré Joe

quand j'avais vraiment décidé

that's it. Je serai jamais

avec personne. Et c'est mon

meilleur ami et j'avais aucune

idée que ça pouvait être comme

ça. C'est mon cadeau. C'est mon

plus gros cadeau dans ma vie.


GISÈLE QUENNEVILLE

Joe, c'est Joe Matheson, votre

conjoint, bien sûr, qui est

également un homme de théâtre.


LOUISE PITRE

Oui.


GISÈLE QUENNEVILLE

Un comédien. Ça a des

avantages, des inconvénients

de faire tous les deux

la même chose?


LOUISE PITRE

Tu sais, il y en a tellement

qui disent: "Oh, il faut pas

que tu sois avec quelqu'un."

ou "Il faut parce qu'ils vont

comprendre." J'ai aucune idée.

Ça dépend des personnes.

Ça dépend... Lui, il pourrait

être n'importe quoi,

on s'arrangerait.


GISÈLE QUENNEVILLE

Vous, quand vous chantez,

vous chantez, je pense autant

en anglais qu'en français.

Est-ce qu'il y a une des deux

langues qui vous tient le plus

à coeur quand vous êtes

sur scène, quand vous chantez?


LOUISE PITRE

Mon amie qui s'appelle Louise,

mon amie Louise Dupuis-Dubois me

dit toujours que quand je chante

en français, c'est comme s'il y

a... Elle dit: "Tu chantes en

anglais, c'est dramatique, c'est

tout ça. Mais en français, il

y a comme un petit quelque chose

de plus." Eh oui, je pense,

écoute, c'est ma langue

maternelle. Et c'est comme si...

si ça vient d'un peu plus

loin, un peu plus creux.


GISÈLE QUENNEVILLE

Vous avez eu une cinquantaine

de rôles dans des différentes

comédies musicales,

différents shows.

Vous avez un rôle préféré?


LOUISE PITRE

Oh... Sais-tu quoi? Je viens

de faire mon rôle préféré.

L'année passée, à Chicago,

j'ai finalement eu la chance

de jouer Mama Rose dans

Gypsy.

Et je commençais à désespérer

que j'aurais jamais la chance

de jouer "ce" rôle...

que, d'après moi, je suis

née pour ce rôle-là. Et c'est

le meilleur, c'est la meilleure

comédie musicale d'après moi.

Je peux pas dire comment je me

suis sentie... jouer ce rôle-là,

de finir la dernière chanson

avant la dernière petite

scène que j'adorais et de...

En tout cas, c'est comme si

quand je faisais mon salut

à la fin de ce show-là, c'était

vraiment... Je voulais regarder

tout le monde et dire: "J'ai

absolument rien d'autre à vous

donner. Je vous ai tout donné."

Tout ce que j'ai appris, jusqu'à

date, dans ma carrière et dans

ma vie... Oh,

my God, je vais

pleurer en disant ça! Mais c'est

vrai. De pouvoir réaliser: "Wow,

j'en ai appris des affaires."

Puis là, je suis capable de

donner. Mais si j'avais pu,

j'aurais pris ma retraite le

dernier soir de ce show-là puis

j'aurais dit: "C'est ça

que je fais, c'est ça que

j'ai appris. Merci! Bonsoir!"


GISÈLE QUENNEVILLE

Louise Pitre, merci beaucoup.


LOUISE PITRE

Ha! Ha! Merci à vous!


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