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Carte de visite

Gisèle Quenneville, Linda Godin et Daniel Lessard rencontrent des personnalités francophones et francophiles. Découvrez ces politiciens, ces artistes, ces entrepreneurs ou ces scientifiques dont l'histoire, extraordinaire, mérite d'être racontée.

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Hélène Dallaire : professeure de théâtre franco-ontarienne

Hélène Dallaire est l’incarnation même du théâtre français en Ontario. Elle a été enseignante de théâtre pendant plus de 30 ans, la majeure partie du temps à l’école secondaire MacDonald-Cartier à Sudbury. Elle a mené la troupe de théâtre de l’école, Les Draveurs, à des sommets de réussite. Si le théâtre est l’une des disciplines artistiques les plus développées en Ontario français, c’est un peu grâce à elle…



Réalisateur: Alexandra Levert
Année de production: 2015

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VIDÉO TRANSCRIPTION

Générique d'ouverture


Titre :
Carte de visite


Pendant que LINDA GODIN présente son invité, HÉLÈNE DALLAIRE, metteuse en scène et professeure, on montre des extraits de pièces ainsi que des images de différents théâtres ontariens.


LINDA GODIN

Le théâtre

est l'une des disciplines

artistiques les plus développées

en Ontario français.

Dramaturges, metteurs en scène,

comédiennes et comédiens,

compagnies de théâtre sont

nombreux. C'est dans les années

70 que naissent plusieurs de

ces troupes de théâtre comme

on les appelait à l'époque.

C'est aussi à ce moment-là que

des textes comme

Lavalléville

d'André Paiement et

Les murs

de nos villages de Jean Marc

Dalpé ont été créés.

Ces dramaturges sont des

incontournables du théâtre en

Ontario français tout comme

Hélène Dallaire. Son nom évoque

le théâtre. Point à la ligne.

Elle a été enseignante de

théâtre pendant plus de 30 ans,

dont la majeure partie à l'École

secondaire Macdonald-Cartier

à Sudbury.

Elle a mené la troupe de théâtre

de l'école, les Draveurs, à des

sommets de réussite et elle

s'implique dans le théâtre

communautaire. Dans le fond, le

théâtre est au coeur de sa vie,

de ses actions, de ses passions.


L'entrevue suivante se déroule au chalet d'HÉLÈNE DALLAIRE.


LINDA GODIN

Hélène Dallaire, bonjour.


HÉLÈNE DALLAIRE

Salut.


LINDA GODIN

Quand on dit "Hélène

Dallaire", tout de suite, c'est

le mot "théâtre" qui vient

en tête. Qu'est-ce que ce

mot-là représente pour vous?


HÉLÈNE DALLAIRE

Oh mon Dieu! Ça représente

toute ma vie. Je pense c'est ça.


LINDA GODIN

Littéralement.


HÉLÈNE DALLAIRE

Oui. J'ai étudié en théâtre.

J'ai enseigné le théâtre,

j'ai fait du théâtre, puis

j'en mange un peu.

Vraiment, c'est ce

qui me passionne.


LINDA GODIN

Ça vient d'où, ça?


HÉLÈNE DALLAIRE

Ça vient pas vraiment de ma

formation au secondaire. Parce

que souvent, on commence à faire

du théâtre à l'école secondaire.

C'est là où on a la piqûre,

tout ça, mais pas vraiment. Moi,

j'étais plutôt en chant. Puis je

suis allé en musique ma première

année à l'université. J'ai dit:

Ah bien, ça va bien aller.

J'allais en chant et je me suis

aperçu qu'il manquait quelques

notions. J'étais pas prête pour

faire des études en musique.

Il y avait des gens du

Conservatoire, alors les gens

étaient vraiment... bien

préparés et moi non. Alors, à la

fin de ma première année, j'ai

fait: Oh mon Dieu, qu'est-ce que

je fais? Je peux pas continuer

en chant. Alors j'ai rencontré

une personne qui m'a dit: "Viens

en théâtre. C'est vraiment bien.

Tu vas vraiment aimer ça." Puis

je suis allée et j'ai jamais

regardé en arrière. J'ai

fait ça toute ma vie.


LINDA GODIN

Et vous avez choisi

d'enseigner le théâtre plutôt

que de le jouer. Pourquoi?


HÉLÈNE DALLAIRE

J'ai toujours pensé que c'est

ce que je ferais dans ma vie.

J'ai toujours eu cette idée

que l'enseignement, c'était pour

moi. Peut-être parce que j'ai

tellement joué à l'école

quand j'étais petite avec les

voisines, mes cousines et tout

ça. Alors, j'ai fait mes études

en théâtre et à la fin de ma

quatrième année, je devais

décider qu'est-ce que j'allais

faire. J'ai fait demande au

Conservatoire de Québec. Alors,

je suis allé faire les auditions

au Conservatoire. On m'a

acceptée. Et puis après ça,

j'ai pris l'été pour

penser à mes affaires.

Et puis je suis allée en

enseignement. J'ai jamais

regretté. J'ai fait une année de

formation. Et puis après ça,

bien j'ai enseigné et j'ai

toujours... j'ai quand même

toujours fait du théâtre. Alors,

j'ai fait du théâtre avec des

étudiants, j'ai fait du théâtre

communautaire. Je suis

une professionnelle

du communautaire.

C'est vraiment... Et puis

je suis reconnue mondialement

dans mon village.


LINDA GODIN

Mais vous avez jamais eu

le désir de jouer?

Ça, c'était pas...


HÉLÈNE DALLAIRE

Oui, bien je peux pas dire que

j'avais pas le désir de jouer

parce que j'aime beaucoup ça.

Quand je suis arrivée à Sudbury

avec Hélène Gravel et Madeleine

Azzola, on a créé un spectacle

où là, je jouais. Ça s'appelait

De fil en aiguille. Et puis

j'ai vraiment repris le goût à

la scène. Mais en enseignant, je

faisais tous les rôles. Alors,

en faisant de la mise en scène

aussi, on joue tous les rôles.

On fait tous les aspects du

théâtre, alors ça aussi, ça

comblait très bien mon besoin.


LINDA GODIN

Vous avez enseigné le théâtre

en milieu scolaire pendant,

quoi, 30 ans à peu près.

C'est comment enseigner

aux élèves le théâtre?


HÉLÈNE DALLAIRE

C'est vraiment une occasion de

rencontre. C'est une occasion de

rencontre avec des personnes qui

commencent. On peut leur donner

le goût de le faire. C'est un

partage aussi. C'est une écoute.

C'est vraiment un bonheur parce

que les jeunes choisissent

de venir dans un cours

d'art dramatique ou un

cours de théâtre.


LINDA GODIN

Plutôt qu'un cours

de mathématiques.


HÉLÈNE DALLAIRE

Exactement. Alors, ils

choisissent de prendre le cours.

Alors, là, ils viennent dans

ta classe et au début, ils sont

tellement... ils sont gênés, ils

sont... Puis c'est de voir aussi

l'évolution. C'est de voir

comment ils vont embarquer

là-dedans... Comment tu peux

les embarquer. Je pense c'est

à force de grande écoute et puis

de comprendre d'où ils viennent

et voir... Il y en a qui sont

passionnés déjà quand ils nous

arrivent en neuvième année là.


LINDA GODIN

(Acquiesçant)

Hum-hum...


HÉLÈNE DALLAIRE

Ah non! J'enseigne encore.

J'enseigne à l'université

et c'est encore des gens

qui ont choisi d'être là.


LINDA GODIN

Et c'est différent parce

qu'ils ont choisi le cours

de théâtre. Quand vous vous

comparez à vos collègues

enseignants, ce que vous disiez:

"Quand je me compare,

je me console."


HÉLÈNE DALLAIRE

Ah mon Dieu! Moi, j'étais

celle qui avait toujours

de belles choses à

dire des étudiants.

Les autres disaient: "Oh mon

Dieu! Un tel, un tel là, il

était vraiment dissipé et il

était vraiment tannant dans ma

classe." Et moi, je disais: Ah,

mais moi, j'aime ça quand ils

sont de même. J'aime ça. Alors,

moi, je me voyais un peu comme

la personne qui enseigne art

dramatique de 9 à 13. En ce

temps-là, il y avait la 13e

année. Mais il y avait aussi

la personne qui s'occupe

de la troupe. Qui s'occupe de la

troupe de théâtre. Alors,

j'étais un petit peu deux

personnes. Il y en avait

vraiment où j'en prenais soin et

disais: Bon bien t'es pas prêt,

c'est correct. Tandis que quand

c'était dans la troupe, j'étais

beaucoup plus exigeante. Il y

avait toujours cette dualité-là

que je trouvais intéressante

et mon besoin de faire du

théâtre était vraiment

comblé avec la troupe.


LINDA GODIN

Comme enseignante, quelle

sorte d'enseignante vous étiez?


HÉLÈNE DALLAIRE

Oh... J'aimais beaucoup--


LINDA GODIN

Sévère?


HÉLÈNE DALLAIRE

Oui... Non... Oui! Il y en a

qui me disaient: "Oh mon Dieu!"

Parce que je pense que j'ai un

physique quand même assez...

sérieux. Mais mon Dieu Seigneur,

c'est pas vraiment moi. Au

début, je pense qu'ils pensent

que je suis très sévère, mais

après un bout de temps, il

s'habitue que... on peut rire.

Mais quand c'est le temps de

travailler par exemple, j'ai

quand même une discipline.

Ça, c'est des choses

que j'ai apprises.

C'est... En même temps

que les étudiants aussi.


LINDA GODIN

Je sais pas si vous êtes

consciente, mais vous avez

formé de nombreux jeunes

professionnels des arts de

la scène aujourd'hui qui sont

dans le milieu aujourd'hui.

Vous êtes consciente de ça?


HÉLÈNE DALLAIRE

Oui. Je les rencontre des

fois. Et puis... Là, peut-être

parce que je me rappelle pas

tous les noms là, mais

oui, il y en a plusieurs.


LINDA GODIN

C'est une fierté,

ça, pour vous?


HÉLÈNE DALLAIRE

Oh, c'est un bonheur, oui.

C'est de les voir qui... qui

font ce qu'ils aiment et...

Je suis jamais... J'étais pas

celle à les pousser à s'en aller

en théâtre. Je pense pas que

j'ai jamais dit à quelqu'un:

"Ah, tu devrais vraiment aller

faire des études en théâtre." Je

trouvais ça trop difficile. Je

trouve que c'est un métier qui

est difficile. Puis de percer

dans ce métier-là, c'est

difficile. Je les laissais

prendre leurs décisions. Je leur

disais qu'ils avaient du talent.

Une fois qu'ils avaient pris

la décision d'y aller, là,

j'allais... Je pouvais les aider

à préparer les auditions...

J'aurais fait n'importe

quoi pour aider.


LINDA GODIN

Mme Dallaire, quel est

votre dramaturge préféré?


HÉLÈNE DALLAIRE

D'instinct, je vous

parle de Michel Tremblay.


LINDA GODIN

Votre pièce de

théâtre préférée?


HÉLÈNE DALLAIRE

Bien... Il y en a plusieurs,

mais là encore, j'irais avec

un texte de Michel Tremblay.

C'est Bonbons assortis.


LINDA GODIN

Nommez-moi un terme de

théâtre que vous aimez.


HÉLÈNE DALLAIRE

J'aime beaucoup "silence en

coulisses". J'aime vraiment

"silence en coulisses" parce

que, un, je travaillais avec

des étudiants et ils étaient

toujours turbulents et je

l'ai crié tellement de fois.

Et puis aussi pour tout ce que

ça veut dire. Ça va commencer.


LINDA GODIN

Votre chanteur ou

chanteuse préféré(e)?


HÉLÈNE DALLAIRE

Francis Cabrel.


LINDA GODIN

Pourquoi?


HÉLÈNE DALLAIRE

Pour son charme,

pour ses chansons.


LINDA GODIN

Un livre marquant?


HÉLÈNE DALLAIRE

Le parfum. Patrick Suskind.


LINDA GODIN

Hélène, comme enseignante,

vous vous êtes aussi occupée

de la troupe de théâtre des

Draveurs. La troupe de

théâtre de l'École secondaire

Macdonald-Cartier. Est-ce que

c'était comme obligatoire

pour vous de vous occuper

de la troupe de théâtre?


HÉLÈNE DALLAIRE

Non. Non. Mais ça

faisait partie de la tâche

d'enseignante d'art dramatique,

mais c'est que ça venait

d'ailleurs parce qu'à cette

époque-là, c'était Hélène Gravel

qui était là. C'est elle

qui... Elle et puis il y avait

Madeleine Azzola et il y

avait d'autres profs. Moi, je

regardais ça et j'étais vraiment

en admiration devant le travail

de ce groupe-là. Alors, moi,

j'étais à Kapuskasing, déménage

ici, déménage à Sudbury et j'ai

commencé à l'École secondaire

Macdonald-Cartier. J'ai

commencé à enseigner avec

les malentendants. Puis là

tranquillement, j'ai commencé à

travailler avec Hélène, puis

j'ai travaillé avec la troupe.

Puis là, je trouvais ça

vraiment... J'ai trouvé

ma niche. J'ai commencé

à travailler avec eux.

C'est là où on a écrit

la pièce

Par osmose.


LINDA GODIN

Elle parle de quoi?


HÉLÈNE DALLAIRE

Elle parle d'assimilation et

de choix. Le thème, c'est: "Si

tu veux parler français, t'as

un choix. Si tu veux parler

anglais, c'est un choix et voici

les conséquences. Voici ce

qui peut arriver." Puis on avait

écrit ça. Bien c'était un

collectif. Puis j'avais

commencé, je m'étais impliquée

avec eux et on a travaillé.

Puis après ça, Hélène est allée

enseigner à l'université, à

la faculté d'éducation et moi,

j'ai continué à m'occuper de

la troupe les Draveurs à partir

de ce moment-là. Alors, j'ai été

là... assez longtemps. Donc

c'était pas obligatoire, mais

c'était un grand bonheur.

Mais c'est devenu aussi un cours

où les jeunes recevaient des

crédits. Alors, je pouvais

avoir tous les contenus

d'apprentissage, on pouvait

vraiment leur donner un crédit

soit de 9e, 10e, 11e ou 12e

année, peu importe, puis le but

du cours, c'était de monter

la pièce. Alors, ça m'a sauvée

et ça a permis à beaucoup

d'étudiants aussi de faire

partie de la troupe parce qu'il

y en a qui pouvaient peut-être

moins en soirée ou... Alors,

ça demande beaucoup d'heures.


LINDA GODIN

Oui... C'est une excellente

troupe de théâtre. Vous avez

gagné des prix au Festival

Sears à de très, très

nombreuses reprises.


HÉLÈNE DALLAIRE

Je pense que le secret de tout

ça, c'est juste le travail.

On travaillait vraiment fort

pour y arriver. Premièrement, on

faisait de la création. Les gens

qui participaient au Festival

Sears, c'est surtout des

anglophones et eux, ils ont des

pièces écrites en anglais. Des

pièces en un acte. C'est un

festival de pièces en un acte.

Ils en ont des centaines de

pièces. Il y a un répertoire

qui est très vaste. Pour les

francophones, il y en avait

moins, alors on a dit: Bon bien

on va écrire. Puis depuis le

début, les Draveurs, c'était ça.

C'était pour permettre aux

jeunes de créer en français,

de parler en français, de

s'exprimer, de dire ce qu'ils

avaient à dire en français et

puis de le dire avec les moyens

du théâtre, ce que le théâtre

peut permettre. Puis les jeunes

qui sont passés par là

ont appris de grandes

leçons je trouve.

Premièrement la discipline. Ça,

c'est le Festival Sears. Quand

tu dis que tu as deux heures

pour monter toute ta technique,

pour programmer tout ton

spectacle, tes éclairages...


LINDA GODIN

Éclairage, décor.


HÉLÈNE DALLAIRE

Éclairage, décor, son.

Et on n'y allait jamais

dans ce qu'il y a de facile.

Alors, ça prenait de la

discipline et ça prenait de

l'organisation, puis ça prenait

des gens qui sont bien formés.

C'était une équipe incroyable.

Tu "dois" t'entourer

si tu veux survivre.

Moi, je voyais encore des profs

qui viennent au Festival Théâtre

Action par exemple. Puis c'est

eux qui montent le décor, puis

ils ramassent les petits bas à

terre. Tu te dis: Non,

tu vas pas durer.


LINDA GODIN

Tu vas pas survivre. Puis vous

êtes pas arrêtée au théâtre en

milieu scolaire ou à enseigner

le théâtre. Vous avez fait du

théâtre communautaire. Elle est

où la différence entre faire de

la mise en scène pour des

élèves et des adultes.


HÉLÈNE DALLAIRE

C'est peut-être au niveau

justement de la discipline.

C'est peut-être au niveau de

tout le bagage qu'on doit

transmettre. On est entre

adultes. Quoiqu'il y a souvent

des étudiants qui font partie

des troupes communautaires, mais

c'est plus ludique. Pas

dans ce qu'on va présenter

nécessairement, mais dans

la façon de l'aborder. Tu sais,

les gens, ils viennent pour se

distraire, mais ils se rendent

très vite compte qu'il y a du

travail, c'est sérieux et

on le fait pour avoir quand même

quelque chose à

montrer qui est bien.


LINDA GODIN

Oui, oui, oui. Il faut

être fier du résultat final.


HÉLÈNE DALLAIRE

C'est ça. Puis, je pense c'est

encore un peu dans l'humour,

dans la rencontre. Ça revient

souvent à ça. La rencontre avec

l'autre. Je t'écoute, je suis

là, on se respecte, on est

ensemble. Puis de faire

confiance. Alors, c'est

d'inspirer cette confiance-là,

de créer un lien et que les gens

puissent se laisser aller et...


LINDA GODIN

Dans tout processus théâtral,

comme metteur en scène,

qu'est-ce que vous aimez le

plus? Quelle étape? C'est-tu

plus la lecture de la pièce...


HÉLÈNE DALLAIRE

La partie qui m'intéresse le

plus, c'est lorsqu'on commence

à faire la mise en place.

Il y a la lecture du texte,

le décortiquage tout ça. Ça,

c'est... Je trouve ça long. Mais

moi, aussitôt, quand on se lève

et on commence à bouger dans

l'espace, quand je peux faire

vraiment mon métier de metteur

en scène, où je peux...


LINDA GODIN

Les premières étapes

de la répétition?


HÉLÈNE DALLAIRE

Les premières étapes, trouver

les personnages, savoir comment

on va occuper l'espace... Puis

ce que j'aime le moins, c'est la

fin de la pièce. J'ai tellement

de difficultés et tous ceux qui

ont passé avec moi à créer un

spectacle vont vous dire:

"OK, on sait pas comment ça va

finir." J'ai vraiment une phobie

de terminer. Je sais pas, c'est

comme si mon travail allait être

fini là et je suis pas prête à

le laisser aller. Comme un bébé

où un enfant que tu veux

pas laisser aller.


Une partie de l'entrevue se déroule à l'extérieur, dans la cour boisée du chalet.


LINDA GODIN

Hélène, on est à votre chalet

sur l'île Manitoulin qui est pas

très loin de Sudbury. Vous

passez beaucoup de temps ici?


HÉLÈNE DALLAIRE

Oh... Bien le plus qu'on peut

quand on travaille pas là, mais

oui. On passe l'été et des fins

de semaine. Peut-être des

fois l'hiver aussi on peut venir

quand le chemin est ouvert.

Parfois, on vient en raquettes

ou en ski, mais on

peut venir à l'année.


LINDA GODIN

Est-ce que c'est un

peu votre havre de paix?


HÉLÈNE DALLAIRE

Ce l'est. C'est aussi un

endroit incroyable lorsque

c'est le temps de créer. Il y a

plusieurs textes qui ont été

écrits ici. Plusieurs mises

en scène qui ont été

préparées ici aussi.


LINDA GODIN

Est-ce que vous créez à

un endroit particulier? C'est-tu

comme sur la terrasse ou c'est

plus à l'intérieur? Vous

avez un endroit fétiche?


HÉLÈNE DALLAIRE

Oui. La chaise berçante avec

mon ordinateur sur les genoux.

Un des textes de

Par osmose

que je me souviens qu'il a été

conçu dans le bois là-bas. On se

promenait en ski. En ski de

fond, puis il y avait un

monologue en particulier qui

devait être écrit et j'étais là:

"Oh..." Alors, on est partis,

elle et moi, on est allés en ski

et quand je suis revenue, j'ai

écrit le monologue et c'était...


LINDA GODIN

Il s'est comme construit.

Il a débloqué pendant cette

promenade en ski.


HÉLÈNE DALLAIRE

Absolument. C'est un

endroit magique ici.


L'entrevue reprend à l'intérieur du chalet.


LINDA GODIN

Hélène, vous avez enseigné

longtemps, longtemps, et

enseigné aussi ou fait

du théâtre communautaire.

Est-ce que vous êtes une grande

consommatrice de théâtre aussi?


HÉLÈNE DALLAIRE

Oui. Oui.


LINDA GODIN

Vous en faites pas juste.


HÉLÈNE DALLAIRE

J'en fais... Oui, j'en....

Oui. C'est certain, abonnée

au TNO, alors je vois

tout ce qui se passe là.

Quand j'ai la chance, quand je

vais à Montréal, je vais en

voir. Quand je vais en voyage,

parce que je voyage

quand même pas mal,

et puis se permettre d'aller

voir ailleurs qu'est-ce qui

se fait aussi, alors oui. Il y a

des fois où par exemple, je vais

prendre une pause. L'été, c'est

peut-être le temps où j'en

consomme moins, mais oui, je

vais voir tout ce qui passe.


LINDA GODIN

Êtes-vous une grande

critique de théâtre?


HÉLÈNE DALLAIRE

Je pense que j'ai une capacité

de devenir très bon spectateur.

Une fois que je suis installée

dans mon fauteuil et que je fais

partie de cette collectivité-là

et je me dis qu'il va y avoir

une connexion qui va se faire,

je suis assise là. Je peux

facilement oublier que je suis

une personne de théâtre. Si je

m'emmerde, je vais regarder un

peu l'éclairage, comment c'est

accroché, d'où ça vient. On

reste toujours à avoir un petit

peu cet esprit de "ah bien moi,

je sais comment c'est fait,

ça. Je sais quel truc ils ont

utilisé." Non, mais j'ai quand

même une facilité à me laisser

aller si l'histoire

me passionne.


LINDA GODIN

Ça nourrit en même temps

votre création, j'imagine.


HÉLÈNE DALLAIRE

Oui, absolument. Surtout en

période de création, quand tu es

en train de monter une pièce,

tu vas en voir puis tu dis:

Ah OK, oui... Acteurs, des trucs

que tu peux aller chercher...

Non, ça, absolument.


LINDA GODIN

Puis là, vous avez pris

votre retraite de l'école, donc

d'enseignante théâtre scolaire.

Mais vous avez continué à

enseigner quand même le

théâtre au postsecondaire.


HÉLÈNE DALLAIRE

Oui.


LINDA GODIN

Pourquoi?


HÉLÈNE DALLAIRE

C'était un nouveau programme.

Il y avait déjà un programme qui

s'appelait Art d'expression puis

ce programme-là s'est terminé et

on commençait vraiment un autre

programme qui était un bac en

théâtre. Je donnais le cours

d'introduction à la pratique

théâtrale parce que je croyais

dans le programme, parce que je

trouve que c'est important qu'on

ait ça ici dans le Nord pour

faire partie de ce projet-là.

Parce que je trouvais ça

intéressant. Alors, j'ai

commencé, j'ai donné un premier

cours. C'était des étudiants que

je connaissais du secondaire.

Il y a juste un été

entre les deux là.


LINDA GODIN

C'est vrai hein.


HÉLÈNE DALLAIRE

Alors, j'ai dit: Je vous suis.

Je vous laisse pas tranquille.

Je vous suis. Ensuite de

ça, j'ai... Là maintenant,

j'enseigne le jeu, théâtre

franco-ontarien. Alors,

j'enseigne introduction et jeu

théâtre franco-ontarien. Puis il

y a aussi un cours qui s'appelle

Pédagogie pour des

étudiants en théâtre qui

aimeraient peut-être s'en aller

dans l'enseignement, mais sont

pas certains, ou en animation ou

en... oeuvrer dans les écoles.

Alors, moi je leur donne. C'est

un cours qu'on a créé

pour ça. C'est du sport.


LINDA GODIN

Oui. Et vous avez aidé au

Collège Boréal à la création

d'un programme sur les...


HÉLÈNE DALLAIRE

De techniques de

gestion de scène.


LINDA GODIN

C'est ça. Parlez-m'en

un petit peu.


HÉLÈNE DALLAIRE

Oui. Le collège voulait offrir

cet aspect-là du théâtre. À

l'université, on offre plus une

formation de jeu. Alors, pour

compléter ça, c'était un cours

sur ce qui se passe dans

l'arrière-scène. Alors, c'est

la régie, c'est l'éclairage,

le son, construction de décor,

travail en studio, il y a

plein de choses, alors on m'a

demandé si ça m'intéressait de

travailler à ce projet-là et ça

m'a emballée. J'ai toujours mis

l'accent aussi sur l'importance

de la technique dans une pièce

de théâtre. Je disais toujours:

Faites pas trop vos fins parce

que s'ils ferment l'éclairage,

vous avez beau faire une belle

déclamation, mais on vous verra

pas. Alors, c'est tout

l'aspect hors scène. Ça m'a

toujours intéressé.


LINDA GODIN

Et donc là, avec ce nouveau

programme à l'Université

Laurentienne en théâtre, le

nouveau programme en technique

au Collège Boréal qui existe

depuis quelques années, jusqu'à

quel point, ça apporte...

ça a un impact sur le

milieu culturel ici?


HÉLÈNE DALLAIRE

On peut se dire qu'un étudiant

de Chapeleau, de Hearst peut

étudier en français, peut

étudier dans les arts et venir

faire son cours ici à Sudbury.

C'est moins loin et c'est quand

même un milieu qui est connu

aussi. C'est moins épeurant pour

des étudiants qui veulent... qui

démontrent un intérêt pour ça.

C'est des gens qu'on implique

vraiment dans le milieu. Les

gens de technique et gestion de

scène, tu vas les voir en train

de faire des montages pour les

festivals, tu vas les voir en

train de vraiment s'ancrer

dans le milieu et...


LINDA GODIN

Ça enrichit le

milieu culturel.


HÉLÈNE DALLAIRE

Absolument, absolument. Puis

d'avoir des jeunes qui sont là

puis qui sont intéressés.


LINDA GODIN

Oui. Puis depuis... je dirais

peut-être une dizaine d'années

à Sudbury, le milieu de la

télévision, du cinéma s'est

beaucoup développé. Le théâtre

était déjà présent, je pense,

depuis très, très longtemps.

C'est une forme artistique qui

est très développée en Ontario,

mais au niveau de la télévision

et du cinéma, ça s'est beaucoup

développé. Ces jeunes-là qui

sont soit techniciens ou

comédiens viennent ici enrichir

ou aider au développement de

ce secteur-là, vous diriez?


HÉLÈNE DALLAIRE

Absolument. Parce que lorsque

tu mets sur pied des programmes,

il faut quand même qu'il y

ait une offre d'emploi

à un moment donné aussi.


LINDA GODIN

Si tu veux pas qu'ils

quittent la région.


HÉLÈNE DALLAIRE

Bien exactement. Ou

pour qu'ils s'inscrivent.

Qu'il y en ait des nouveaux qui

s'inscrivent aussi. Alors,

c'est tout relié. Si tu n'as pas

d'inscriptions, on va peut-être

le fermer. Alors, c'est

important que le milieu

nourrisse ces programmes-là

puis l'inverse aussi.


LINDA GODIN

Oui. Vous qui avez mangé

du théâtre à peu près...


HÉLÈNE DALLAIRE

À toutes les sauces.


LINDA GODIN

C'est ça. Oui, à toutes

les sauces pendant de très

nombreuses années, est-ce

que des fois, vous vous imaginez

votre vie sans théâtre?


HÉLÈNE DALLAIRE

Ah mon Dieu!


LINDA GODIN

Non?


HÉLÈNE DALLAIRE

Non. Je pense pas. Mais

peut-être un jour je vais

prendre ma retraite. Mais là,

je vais aller dans un foyer

pour vieillards et je vais

les faire bouger. Puis on va

monter des "pestacles".


LINDA GODIN

Des "pestacles", oui. C'est

ça. Mais de quoi êtes-vous le

plus fière quand vous regardez

votre carrière qui est pas finie

là, on s'entend. Vous avez une

retraite qui est très active.


HÉLÈNE DALLAIRE

De quoi je suis le plus fière?

Je pense que dans

chaque spectacle...

que j'ai monté, probablement

la rencontre que j'ai fait

avec ces gens-là et qu'ensemble

on a pu créer quelque chose

d'important pour nous à ce

moment-là. Un spectacle comme

celui que je viens de finir,

Silence en coulisses! que j'ai

présenté au mois de janvier, qui

était... J'ai jamais eu tant de

plaisir à monter un spectacle.

Moi, je vais voir tous mes

spectacles. J'assiste à chaque

représentation et je m'assois et

je regardais les spectateurs,

mais j'ai jamais, jamais eu

tant de plaisir. C'est ces

rencontres-là, c'est ces

souvenirs-là, il y en a

plusieurs là. C'est toujours

à partir du théâtre.

C'est toujours...


LINDA GODIN

Bien je vous souhaite d'en

faire encore très longtemps.


HÉLÈNE DALLAIRE

Oh mon Dieu! Merci.


LINDA GODIN

Merci beaucoup

Hélène Dallaire.


HÉLÈNE DALLAIRE

Ah mais ça m'a

fait bien plaisir.


Générique de fermeture


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