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Carte de visite

Gisèle Quenneville, Linda Godin et Daniel Lessard rencontrent des personnalités francophones et francophiles. Découvrez ces politiciens, ces artistes, ces entrepreneurs ou ces scientifiques dont l'histoire, extraordinaire, mérite d'être racontée.

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Marie-Hélène Thibeault : athlète canadienne

C´est ici, à Canmore, en Alberta, dans les Rocheuses, que Marie-Hélène Thibeault a choisi de s´établir après sa carrière de skieuse.
Canmore vit au rythme du ski. Slalomeuse depuis l´adolescence, Marie-Hélène Thibeault a fait partie de l´équipe canadienne de ski alpin avant de se blesser gravement et devoir renoncer à la compétition.
Marie-Hélène n´a pas pour autant quitté le sport, elle est aujourd´hui directrice exécutive de «Rapides et radieuses», un organisme qui encourage les jeunes athlètes féminines à ne pas décrocher du sport.



Réalisateur: Joanne Belluco
Année de production: 2015

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VIDÉO TRANSCRIPTION

Générique d'ouverture


Titre :
Carte de visite


Pendant que LINDA GODIN présente son invitée MARIE-HÉLÈNE THIBEAULT, on montre des images de la région des Rocheuses où elle s'est établie. Une rivière, une forêt, des pistes cyclables, des sommets enneigés, une bannière sur laquelle on lit le nom de la ville de Canmore. Suivent des images de la petite ville: une rue commerciale, une route nommée Olympic Way. Sur la route asphaltée, une athlète s'entraîne en patins sur roues avec des bâtons de ski. On montre le Bill Warren Training Centre.


LINDA GODIN

Les montagnes

Rocheuses. N'y a-t-il pas

symbole canadien plus connu?

Ses sommets enneigés font rêver

les skieurs de tout acabit.

Au pied de ces vastes montagnes,

Canmore, en Alberta,

vit au rythme du ski.

Entourée des Rocheuses,

cette ville de 12 000 habitants

voit sa population grimper de

5000 personnes en saison de ski.

C'est ici que Marie-Hélène

Thibeault a choisi de s'établir

après sa carrière de skieuse.

Slalomeuse depuis l'adolescence,

elle a fait partie de l'équipe

canadienne de ski alpin

avant de se blesser et devoir

renoncer à la compétition.

Marie-Hélène n'a pas pour autant

quitté le sport. Elle est

aujourd'hui la directrice

exécutive de Rapides

et Radieuses, qui vient

en aide aux jeunes sportives.


MARIE-HÉLÈNE THIBEAULT

Pour une fille, d'être perçue

forte, athlétique, rapide,

c'est pas encore tout à fait

vu aussi positivement.


L'entrevue se déroule dans une salle vide, vaste, dans laquelle un feu de foyer est allumé.


LINDA GODIN

Marie-Hélène Thibeault,

bonjour.


MARIE-HÉLÈNE THIBEAULT

Bonjour.


LINDA GODIN

On est entouré de montagnes,

ici. C'est magnifique. Vous, les

montagnes, vous connaissez ça.


MARIE-HÉLÈNE THIBEAULT

Oui, c'est vraiment une

passion pour moi. Les montagnes,

c'est un appel pour

la nature, l'aventure.

J'ai grandi dans les

Laurentides où, évidemment,

c'est plus des petites vallées,

mais là, maintenant, j'ai

la chance de vivre à Canmore,

en Alberta, où vraiment,

c'est de la vraie montagne.


LINDA GODIN

Est-ce que vous vous souvenez

de la première fois où vous avez

mis des skis ou vous avez skié?


MARIE-HÉLÈNE THIBEAULT

Je m'en souviens pas à 100%.

C'est comme toute mémoire très

lointaine, mais du souvenir

et des photos que j'ai vues, mes

parents, ce qu'ils me partagent,

c'est que j'avais 2 ans.

J'avais des petits skis

en plastique et, puis ma mère,

elle me laissait me gambader

à Montréal, sur le terrain

derrière la maison. Puis, je

faisais juste trottiner autour

du jardin, puis c'est comme ça

que j'ai fait mes débuts

en ski alpin. Mais là, c'était

seulement les fondations

et, puis je me suis rendue

quand même assez loin depuis.

Puis là, les montagnes, c'est

vraiment ça. J'ai fini le petit

jardin. J'explore au-delà de ça.


LINDA GODIN

Mais à quel moment

la compétition est entrée?


MARIE-HÉLÈNE THIBEAULT

Donc, mes parents ont fait

la décision, quand j'avais

4 ans, de déménager dans les

Laurentides. Donc, initialement,

on vivait dans le coeur de

Montréal, à Notre-Dame-de-Grâce.

Et, puis mes parents eux-mêmes

étaient des passionnés

de nature. Donc, ils ont fait

un choix de famille de nous

emmener, de nous transposer,

transposer toute la famille

dans les Laurentides. Et, puis

ils ont même décidé d'établir la

maison directement sur la piste

de ski. Donc, je faisais du ski,

rendue peut-être à 6 ans, toute

seule, puis la compétition,

bien, dès 6-7 ans, c'était déjà

enclenché et, puis, pour moi,

c'était assez naturel,

dès mes débuts.


LINDA GODIN

Et, puis à 13 ans, là,

vous avez le choix d'aller

au Vermont, c'est ça?

Pour continuer votre carrière.

Ça, ça aurait pas été

possible au Québec?


MARIE-HÉLÈNE THIBEAULT

Bien, quand j'ai commencé

le secondaire, le secondaire,

c'est vraiment un âge critique

au niveau du ski alpin et, puis

si on veut s'engager au niveau

de la haute performance, il faut

qu'on soit à la recherche d'un

programme qui est plus concentré

sur le ski. Et, puis j'étais

quand même chanceuse. Dans

les Laurentides, à Mont-Rolland,

il y avait un programme d'option

ski. Donc, j'ai fait deux années

à ce programme-là, mais il

y avait un aspect qui était plus

récréatif. Donc, moi, à 12 ans,

quand j'ai vu Kerrin Lee-Gartner

gagner sa médaille aux

Olympiques, je me suis juré

d'être comme elle et, puis mes

parents ont su que si on voulait

faire vraiment le plongeon pour

plus vers la haute performance,

il fallait regarder à

l'extérieur du Québec, et

c'est là où on a eu connaissance

d'un programme vraiment unique

au Vermont. C'est une académie

exclusive pour les jeunes qui

veulent, dans le fond, devenir

des olympiens en ski alpin et en

ski de fond et, puis à l'âge de

13 ans, j'ai paqueté mes valises

et, puis je parlais vraiment pas

beaucoup en anglais, donc

je suis arrivée dans un milieu

où je savais, par contre,

que je pouvais poursuivre

ma passion et mon rêve.


LINDA GODIN

Ça a bien été ça,

cette période-là? Parce que

vous avez été quelques années

à ce programme-là, au Vermont.


MARIE-HÉLÈNE THIBEAULT

Exactement, j'ai passé quatre

années là, de 13 à 17 ans.

Et ce qui était vraiment

important pour moi, c'est que

je pouvais poursuivre mon rêve

athlétique et, puis c'était un

petit peu comme un

boot camp.

Donc, on se levait à 6h

du matin. Avec les professeurs,

les entraîneurs, on faisait

nos entraînements. On allait

à l'école. C'était très intense

aussi parce qu'on avait des

petites classes très intimes.

Après ça, on skiait. La montagne

était juste à côté de l'école.

Donc, tous les éléments étaient

en place pour fournir le succès

des jeunes élèves.


LINDA GODIN

À quel âge encore vous avez

été recrutée pour l'équipe

nationale de ski?

C'était à 16 ans?


MARIE-HÉLÈNE THIBEAULT

16 ans exactement.


LINDA GODIN

Comment ça a été

cette expérience-là?


MARIE-HÉLÈNE THIBEAULT

C'était intense! Donc,

j'étais, sur le coup,

évidemment extrêmement contente

parce que c'était mon objectif

de me qualifier pour l'équipe

nationale. C'était la prochaine

étape pour aller aux Olympiques.

Donc, j'étais très fière

d'atteindre cet objectif-là.

Et, puis une fois que je suis

arrivée sur l'équipe, bien, j'ai

eu des réalisations par rapport

à moi-même. En fait, c'est que

mes expectatives d'être athlète

de ce niveau-là étaient

différentes de l'expérience

en soit. Donc, ce

qui s'est passé--


LINDA GODIN

De quelle façon, oui?


MARIE-HÉLÈNE THIBEAULT

Bien, c'est que pour moi, tout

d'un coup, de faire juste du

ski, c'était presque rendu trop.

Quand j'étais aux études,

au secondaire, j'avais l'aspect

académique, l'aspect athlétique,

l'aspect social d'être dans

une petite communauté. Puis là,

tout d'un coup, j'arrivais

à l'équipe nationale et là,

c'était juste du ski.

Pour moi, personnellement,

j'ai réalisé à un certain point

que je pense que j'avais atteint

mon plateau et qu'il me manquait

d'autres choses dans

mon développement personnel.


LINDA GODIN

Mais, donc, vous avez été

à peu près un an sur l'équipe

nationale de ski et est arrivée

la blessure. Vous vous êtes

blessée... Racontez

ce qui s'est passé.


MARIE-HÉLÈNE THIBEAULT

Bien, en fait, c'était vers

la fin de la saison. Donc, les

compétitions les plus intenses

sont souvent à la fin de la

saison pour se qualifier, pour

aller soit à des championnats

canadiens ou des championnats

junior mondiaux. Alors,

l'intensité se bâtit.

On augmente l'intensité

d'entraînement et, puis

c'est à ce moment-là que,

malheureusement, j'ai subi une

chute et que je me suis déchiré

le ligament croisé antérieur,

donc c'est un ligament au niveau

du genou. Et c'est une blessure

qui est assez fréquente,

malheureusement, en ski alpin

et même, en fait, c'est plus

fréquent au niveau des athlètes

féminines. Pour moi,

ça a été un point culminant

où je me suis dit: Bon, là il

faut que je décide: est-ce que

je continue à m'engager dans

mon ski ou peut-être est-ce que

c'est un signal que j'ai fait le

tour et là, je vais poursuivre

plus au niveau du développement,

retourner au niveau du

développement académique.


LINDA GODIN

Est-ce que les Jeux olympiques

étaient à portée de main

pour vous? Est-ce que

vous étiez vraiment, vraiment

sur le point d'y participer?


MARIE-HÉLÈNE THIBEAULT

L'année que j'étais sur

l'équipe, c'était l'année

des Jeux de Nagano.

Donc, déjà, les athlètes qui

avaient été choisis pour prendre

part à ces Jeux-là avaient

été sélectionnés et ce que ça

voulait dire, pour moi, c'était

qu'il fallait que je m'engage,

dans le fond, pour un autre

quatre ans. Alors, ça, sûrement,

c'est une bonne question et

justement, ça joue dans notre

tête parce que de s'engager pour

un autre quatre ans d'efforts,

d'intensité, d'engagement,

physiquement, mentalement,

c'est... c'est beaucoup.

Et, puis je pense que sûrement,

dans mon inconscient, je me suis

dit: Bien là, je viens de

me blesser. Mon expérience a été

positive, mais il y a des

aspects que je sens qu'il me

manque un peu. Donc, je suis pas

certaine si un autre quatre ans,

c'est nécessairement pour moi.


LINDA GODIN

Est-ce que vous regrettez

quand même de ne pas avoir été

aux Jeux olympiques, skier?


MARIE-HÉLÈNE THIBEAULT

Bien, c'est certain qu'il y a

toujours une petite portion

de nous qui se dit: Ah, j'ai

pas atteint mon but ultime.

Puis aussi, bien, j'ai réussi

mon but, mais un peu par la

porte arrière, par la suite, en

réussissant à aller travailler

à deux Jeux olympiques. C'est ça

qui m'a amenée dans l'Ouest,

en fait. C'est que j'ai déménagé

pour me joindre à Alpine Canada,

qui est la fédération qui

gouverne le ski alpin au Canada.

Et, puis eux, ils cherchaient

quelqu'un en charge

des relations médias, puis

ça m'a permis de réintégrer

mon ancienne famille. Et, puis

de suivre les athlètes, de les

supporter eux dans l'atteinte

de leurs objectifs.


On montre des images des montagnes en été et des pistes de ski de fond en bas des montagnes. L'entrevue se déplace sur ce site d'entraînement.


LINDA GODIN

Marie-Hélène, quelle sorte

de ski il se fait, ici?


MARIE-HÉLÈNE THIBEAULT

Ici, où on est exactement,

c'est le site du Canmore

Nordic Centre. Donc, c'est

pour les skieurs de fond.

Puis il y a deux techniques

de ski de fond: il y a le ski

classique et il y a le pas

de patin. Donc, on est vraiment

chanceux, ici, à Canmore,

on peut pratiquer les deux.


LINDA GODIN

Est-ce qu'il y a donc

beaucoup, beaucoup de pistes

pour le ski de fond?

Combien, je sais pas,

de kilomètres?


MARIE-HÉLÈNE THIBEAULT

Ici, à Canmore, ça vous

prendrait plusieurs journées

pour explorer tout l'emplacement

qui est possible, toutes

les pistes. C'est vraiment

exceptionnel. On a des skieurs

de niveau national et olympique

qui s'entraînent ici, sur

une base régulière. Et, puis

on a aussi les tout-petits.

Comme, j'ai partagé, moi, mes

enfants, c'est ici qu'ils ont

appris à faire le ski de fond.


LINDA GODIN

Les biathlètes aussi

pratiquent ici, évidemment.


On montre les installations pour le tir à la carabine.


MARIE-HÉLÈNE THIBEAULT

Oui, les biathlètes,

exactement. On a encore

l'infrastructure des Jeux

olympiques de 1988 pour le tir.

Et, puis le biathlon, c'est

un sport qui combine le tir

de précision et le ski de fond.

Alors, on a tout ce qu'il faut.

Les athlètes peuvent s'entraîner

aussi en été parce qu'on a des

pistes qui sont asphaltées pour

la pratique du patin sur roues.


LINDA GODIN

Marie-Hélène, vous êtes

la directrice exécutive

d'une fondation qui s'appelle

Fast and Female ou en

français, Rapides et Radieuses.

Qu'est-ce que c'est que

cette fondation-là?


MARIE-HÉLÈNE THIBEAULT

Donc, c'est un programme qui a

été lancé, il y a dix ans

maintenant, par Chandra

Crawford. C'est une médaillée

d'or olympique en ski

de fond de Canmore

et le but de l'organisme,

c'est d'inspirer les filles

à rester dans le sport. Donc, on

travaille avec des Olympiennes

dans plus de 20 sports. Et, puis

on se promène partout au Canada

où on tient des événements

de différentes durées: des

demi-journées, des journées

complètes. Le but, c'est d'aller

rejoindre les filles qui sont

déjà dans le sport, mais en les

exposant à des

role models qui

sont exceptionnels et positifs,

eh bien, les inciter à rester

dans le sport plus longtemps.


LINDA GODIN

Pourquoi les filles

plus que les gars?


MARIE-HÉLÈNE THIBEAULT

Donc, ce qu'on sait des

données, c'est que les filles

vont quitter le sport six fois

plus que les garçons quand

elles vont atteindre 14 ans. Et,

puis il y a différentes raisons

pour ça. Il y a des changements,

évidemment, hormonaux,

physiques, émotifs au niveau

des jeunes adolescentes qui font

en sorte que leur estime de soi,

leur confiance diminuent.

Et parfois, dans le contexte

sportif, ça, ça peut être plus

difficile pour elles de vivre

ces moments-là. Et, puis il y a

l'autre aspect aussi, c'est

que parfois le système sportif

s'est pas adapté aux besoins

changeants des jeunes filles.

Donc, au niveau des exigences

académiques, les filles comme

les garçons doivent balancer

plus d'exigences quand elles

arrivent au secondaire. Mais le

niveau sportif s'est pas adapté

à ça. On a des entraîneurs,

parfois, qui savent pas comment

aborder le coaching des athlètes

féminines. On a aussi le stigma,

en société, par rapport

aux athlètes féminines

qui est parfois négatif encore.

Donc, pour une fille, d'être

perçue forte, athlétique,

rapide, c'est pas encore tout

à fait vu aussi positivement. Il

y a plusieurs facteurs et, puis

Rapides et Radieuses, notre but,

c'est vraiment de contrer ça

en démontrant qu'il y a des

athlètes féminines olympiques

de haut niveau et qui sont

des

role models exceptionnels

et puis, qu'il y a tellement

à gagner à être une athlète

féminine. C'est ça que nous,

on essaie de prévaloir.


LINDA GODIN

Et pas que des skieuses, là.

Des athlètes de toutes

les compétitions.

Que ce soit du sport d'été

ou d'hiver. C'est pas...


MARIE-HÉLÈNE THIBEAULT

Tout à fait. Comme j'ai dit,

on a plus de 20 sports qui sont

représentés. On a des athlètes

même en rugby, en vélo

de montagne, en soccer,

en gymnastique, en ski alpin,

en ski cross, en snowboard.

Dans le fond, il y a aucune

limite des sports qu'on peut

rejoindre avec Rapides et

Radieuses, et c'est ce qui a été

vraiment enrichissant pour moi

parce que, dans le fond, quand

j'ai commencé avec Rapides et

Radieuses, il y a sept ans,

on était exclusivement dans

le ski de fond, de par le lien

avec Chandra dans son sport.

Et, puis puisque moi, j'arrivais

avec un bagage dans d'autres

sports, le ski alpin. J'ai aussi

beaucoup joué au tennis, dans

ma jeune carrière. J'ai exposé

Chandra, dans le fond,

aux bénéfices d'aller explorer

d'autres sports et, puis ce sont

les mêmes réalités dans tous

les sports au niveau des jeunes

filles et la rétention.


LINDA GODIN

Qu'est-ce que vous faites,

concrètement, pour prévenir

le décrochage chez

les jeunes athlètes?


MARIE-HÉLÈNE THIBEAULT

Au niveau de la programmation

de Rapides et Radieuses, on a

deux avenues. On a l'avenue

des événements. Donc, on va

physiquement rejoindre

les jeunes filles, les parents

et les entraîneurs aussi. Parce

qu'on a réalisé, avec le temps,

que de toucher, d'inspirer les

jeunes filles, ça, c'était une

composante de ce qu'on faisait

bien. Mais pour s'assurer

que quand les jeunes filles

retournent dans leur club,

ça se poursuit, ce bel

environnement-là, il fallait

aussi éduquer les parents

et les entraîneurs. Donc,

nos événements, concrètement,

ce qu'on fait, c'est qu'on a

notre plus gros événement, c'est

une conférence d'une journée

complète et, puis les jeunes

filles passent la journée

avec les ambassadrices et

en parallèle, les parents et les

entraîneurs ont des formations

sur la psychologie des athlètes

féminines, la nutrition,

la préparation physique

et d'autres sujets.

Donc, ça, c'est un volet de

ce qu'on fait. Et l'autre volet,

c'est éducatif et c'est virtuel.

Donc, on a du contenu sur notre

site Web. On a aussi toute une

communauté au niveau des réseaux

sociaux, sur Facebook, sur

Twitter. On veut que les filles

se sentent comme s'il y a

une communauté pour elles

et qu'elles sont pas

toutes seules dans leur club.


LINDA GODIN

Est-ce que ça marche?


MARIE-HÉLÈNE THIBEAULT

Bien, on a des résultats

qui sont toujours exceptionnels.

Dans le court terme, quand

on sonde nos participants

sur comment l'événement les a

touchés, dans 98% des cas,

les jeunes participantes, les

parents et les entraîneurs nous

disent qu'ils veulent revenir à

un événement. Parce que ça leur

a vraiment donné une nouvelle

perspective sur comment

ils doivent aborder la réalité

des jeunes athlètes féminines

dans le cadre du sport.

Au niveau de notre réseau

social, on a, je pense, plus

de 9000 gens qui nous suivent.

Donc, on sent vraiment que

ce qu'on produit comme contenu

supporte les gens dans leurs

démarches que ce soit les jeunes

filles, mais aussi les parents

et les entraîneurs.


LINDA GODIN

Et vos ambassadrices, qui

sont-elles et est-ce que ce sont

des femmes qui ont douté,

à un moment donné?


MARIE-HÉLÈNE THIBEAULT

Tout à fait. On a des

ambassadrices, c'est certain, on

a des Olympiennes qui ont gagné

des médailles aux Olympiques.

Donc, on serait surprises

de savoir quel pourcentage,

en fait, s'est questionné.

Parce que d'être athlète,

si on s'imagine que c'est

un cheminement et qu'une athlète

va atteindre son

peak à

25-26 ans, dans certains sports,

c'est une longue carrière

et nécessairement, durant

ce parcours-là, il va y avoir

des blessures, il va y avoir

des déceptions, il va y avoir

aussi des victoires et des beaux

moments, mais c'est vraiment...

On mesure, on se mesure

nous-mêmes quand on réussit

à passer à travers les défis.

Et nous, c'est ça qu'on invite

les ambassadrices à partager

parce que de passer des moments

forts, quand ça va bien, ça,

c'est facile. Comme tout

dans la vie, dans le fond.

Mais quand on dit aux athlètes:

"Soyez modestes. Partagez

vraiment les difficultés

que vous avez vécues." Parce que

quand on expose ça à nos jeunes

participantes, bien,

tout d'un coup, elles réalisent

que de devenir une championne,

c'est un

journey. C'est

un parcours, un cheminement.

Il va y avoir des hauts et

des bas, et vraiment, il faut

réussir à se développer

dans ce processus-là.


LINDA GODIN

Et quels sont vos objectifs,

dans le fond, de ce

programme-là? C'est-à-dire

de prévenir le décrochage. Parce

que, dans le fond, qu'est-ce

que ça fait, dans la vie

de ces jeunes adolescentes-là,

que de décrocher alors

qu'elles ont 12-13 ans?


MARIE-HÉLÈNE THIBEAULT

Oui. Bien, l'objectif ultime,

c'est qu'un jour, on n'ait plus

besoin de Rapides et Radieuses.

Parce que la société, le système

sportif va être tellement

efficace à garder les filles

qu'on n'aura plus besoin,

on n'aura plus de raison d'être.

Mais avant de se rendre

à ce point-là, ce qu'il faut

continuer à valoriser, c'est

que quand on perd les filles au

sport, bien, ça veut dire qu'on

leur donne pas la possibilité

de développer leur pleine

confiance. On leur donne pas

l'opportunité de développer

les aptitudes pour qu'elles

fassent les bons choix.

Des saines habitudes de vie

au niveau de leur santé. Des

amitiés qu'elles développent.

Le sport, c'est beaucoup ça.

C'est de se responsabiliser,

apprendre à fixer des objectifs,

apprendre à travailler fort.

Donc, quand on prive ou quand

une fille s'enlève de ces

opportunités-là, bien, ça va

avoir des impacts à long terme.


LINDA GODIN

Qu'est-ce qui vous

intéressait de vous engager

dans cette fondation-là?


MARIE-HÉLÈNE THIBEAULT

Bien, l'histoire avec Chandra,

c'est un petit peu une histoire

particulière parce que quand

elle, elle a gagné sa médaille

d'or aux Olympiques, en 2006,

à Turin, moi, à ce moment-là,

je travaillais avec l'équipe

canadienne de ski alpin.

Et, puis j'étais au site de ski

alpin, donc je savais pas tout

ce qui se passait. Je savais

qu'on avait eu, le Canada, une

médaille d'or aux Olympiques,

mais c'est mon conjoint

qui m'appelle, il me dit:

"Marie-Hélène, il faut que

tu rencontres Chandra. Vous êtes

deux types d'énergie pareille.

Très positive, très énergique.

Il faut que tu rencontres

Chandra, un jour."

Mais ça a seulement été un deux

ans plus tard que nos parcours

se sont vraiment croisés quand

j'ai vu dans le journal local

qu'elle cherchait une directrice

exécutive pour Rapides et

Radieuses. Et tout de suite,

quand on s'est rencontrées,

on a réalisé: "OK, on va faire

une bonne équipe, toi et moi. Il

faut qu'on travaille ensemble."

Puis, Chandra a coursé encore

jusqu'en 2014, aux Jeux de

Sotchi. Donc, elle m'a donné

beaucoup de latitude pour

amener le programme, bâtir

l'organisation où c'en est

maintenant, et ça, pour moi, ça

valait beaucoup de savoir que

je pouvais amener mes idées,

mon leadership, mon sens de la

créativité, tout en, évidemment,

vérifiant avec elle qu'on était

sur la bonne voie. Mais ça a été

une dynamique de travail

vraiment fantastique

dès le début.


L'entrevue se déplace à l'extérieur avec CHANDRA CRAWFORD qui s'ajoute aux deux autres femmes.


LINDA GODIN

Chandra Crawford, vous avez

remporté une médaille olympique

aux Jeux de Turin. Vous,

vous avez pas décroché du sport.

Pourquoi avoir voulu créer

Rapides et Radieuses?


CHANDRA CRAWFORD

Même en 2005, avant d'avoir

gagné la médaille, j'ai déjà

commencé l'organisme parce que

le monde a besoin de ça. On a

besoin de quelque chose pour

garder les filles dans le sport,

pour leur donner plus

de confiance. Moi et mes amis,

on a commencé un tout petit

événement. Un événement.

Mais après ça, j'ai gagné

les Olympiques et c'est devenu

beaucoup plus grand.


LINDA GODIN

Comment vous travaillez

ensemble? Marie-Hélène,

comment c'est de travailler

avec Chandra?


MARIE-HÉLÈNE THIBEAULT

On manque pas d'énergie!

Chandra, c'est la bulle

de vision, d'enthousiasme. Parce

que, c'est certain que quand

on travaille avec une médaillée

d'or olympique, il y a pas

de limites. Tout est possible.

Alors, Chandra m'arrive

avec plein de belles idées.

Et, puis on échange. Moi,

souvent, je suis plus celle

terre à terre. Je vais dire:

"OK, oui, je vois l'idée."


LINDA GODIN

Est-ce que c'est réalisable?


MARIE-HÉLÈNE THIBEAULT

Exactement. Mais on a

vraiment une énergie

qui est complémentaire.

Et, puis ce qui est le plus

important, c'est qu'on est

tellement passionnées de voir

les filles avoir du succès dans

leur vie et comme sportives que

c'est ça qui nous unit toujours

dans notre motivation d'aller

au-delà de ce qui est possible.


LINDA GODIN

Mais vous avez l'air vraiment

d'avoir beaucoup de plaisir

à être ensemble. En tout cas,

vous êtes de bonnes amies aussi.


MARIE-HÉLÈNE THIBEAULT

Oui, on a beaucoup de plaisir.

Moi, j'ai beaucoup d'admiration

pour Chandra, ce qu'elle a

accompli et toute son énergie

qu'elle apporte et sa vision.

Ça demande beaucoup, beaucoup de

dévouement pour être une athlète

de haut niveau et ce qui est

le fun maintenant, c'est que

Chandra a terminé sa carrière,

alors elle est encore plus avec

Rapides et Radieuses et on peut

utiliser toute son expérience

pour bénéficier les prochaines

générations. Alors, on travaille

très fort et c'est ça.

Alors, c'est vraiment le fun

de travailler avec toi.


CHANDRA CRAWFORD

Merci! On travaille très fort!


L'entrevue avec MARIE-HÉLÈNE THIBEAULT se déplace dans la salle du début de l'entretien.


LINDA GODIN

Marie-Hélène, vous habitez

ici, à Canmore, dans les

Rocheuses, depuis quoi, sept ans

à peu près? Comment c'est d'être

entourée des Rocheuses comme ça?


MARIE-HÉLÈNE THIBEAULT

C'est beaucoup d'énergie,

les Rocheuses. On se tanne pas.

C'est inspirant. Ça "grounde".

Je sais pas ce serait quoi

le mot en français.

C'est ressourçant.


LINDA GODIN

Est-ce qu'il y a un rythme

de vie qui est particulier ici?

Parce que ça sent beaucoup,

comme dire, les sports

de plein air. Est-ce que

la ville bat à ce rythme-là?


MARIE-HÉLÈNE THIBEAULT

Tout à fait. Donc, on n’a pas

de grands édifices ici. Les gens

déménagent ici, pas pour des

grandes carrières en finances

ou en banque ou en quoi que ce

soit. Les gens viennent ici pour

le plein air, pour la qualité

de vie.


On montre des images du petit centre commercial, des montagnes, de grands espaces gazonnés, des athlètes qui s'entraînent en patins sur roues.


MARIE-HÉLÈNE THIBEAULT

Donc, vous serez pas

étonnée, quand vous traversez

le village de Canmore, de voir

des athlètes qui sont en patins

à roulettes, de voir des gens

en vélo, qui n'utilisent pas

beaucoup leur voiture.

On a des gens qui font de

l'escalade. On a vraiment tous

les sports qui sont représentés.

Le ski alpin. Et même ici,

le site où on est, aujourd'hui,

bien, c'était le site des Jeux

olympiques de 1988 en ski

de fond et en biathlon. Donc,

tout est très haut niveau ici.


LINDA GODIN

Mais ici, il se fait vraiment

beaucoup, beaucoup, beaucoup

de ski de fond et alpin,

n'est-ce pas?


MARIE-HÉLÈNE THIBEAULT

Oui. En termes des sports

d'hiver, c'est probablement

la mecque au Canada. Le ski

de fond, pour ceux qui sont

des amateurs, moi, je décris ça

comme des

autobahns. C'est des

autoroutes pour skieurs de fond.

On a des pistes damées. On a des

coupes du monde, ici, qui sont

venues. Même au ski alpin au lac

Louise. Donc, ce sont des pistes

où les meilleurs champions

du monde viennent s'entraîner.


LINDA GODIN

On connaît beaucoup Whistler,

au Canada, comme "la" station

de ski. Si on compare Whistler

à Canmore, qu'est-ce

qu'il y a à comparer?


MARIE-HÉLÈNE THIBEAULT

Au niveau du village, donc

Canmore, c'est très résidentiel.

Les gens qui y demeurent, on a

un gros pourcentage de gens,

c'est moins

transient que

Whistler où les gens vont être

plus en vacances. Tandis que

Canmore, c'est plus "groundé"

un petit peu. C'est une vie

communautaire. Les gens ont

des forts liens entre eux.

Aussi, un fait exceptionnel,

c'est que nous, on a 20% des

gens qui sont à Canmore qui ont

un petit grain de francophone.

Donc, pour nous, ça fait en

sorte que la communauté, quand

on vient ici, comme francophone,

bien, on se sent tout

de suite à la maison!


LINDA GODIN

Pourquoi vous, justement,

vous avez choisi de venir vivre

ici? Ça fait sept ans, c'est ça?


MARIE-HÉLÈNE THIBEAULT

Nous, mon conjoint est un

sportif aussi. Un ex-biathlète.

Donc, on était venus

s'entraîner. Lui étant en ski

de fond et moi, en ski alpin,

avant même de se connaître.

Puis, on était tout de suite,

tous les deux, tombés en amour

avec Canmore. Et quand j'ai eu

l'opportunité de déménager du

Québec pour venir travailler à

Calgary, bien là, je pouvais pas

m'arrêter juste à Calgary.

Je voyais les montagnes au loin.

Et là, l'attrait des montagnes

était trop fort. Alors, on a

déménagé après quatre ans de vie

à Calgary. Là, on s'est dit:

OK, on fait le plongeon,

on fait le saut. Et on s'est

établis à Canmore.


LINDA GODIN

Et, vous l'avez dit, tout

à l'heure, ici, il y a des

installations de haut niveau,

de haut calibre au niveau du ski

de fond en particulier et du ski

alpin. Est-ce qu'il y a beaucoup

d'athlètes, justement, de haut

calibre qui sont ici? Qui sont

venus s'établir, par exemple,

après une carrière? Est-ce

qu'il y en a beaucoup,

un peu comme vous?


MARIE-HÉLÈNE THIBEAULT

Tout à fait. Je pense

qu'on a le ratio, je veux pas

me tromper, mais je pense

qu'on a le ratio le plus élevé

d'athlètes d'hiver olympiques

au Canada, donc qui s'étendrait

de Calgary jusqu'à notre région,

ici. Et, puis c'est certain que

les infrastructures, c'est un

gros attrait pour les athlètes

de ce niveau-là et,

certainement, en après carrière.


LINDA GODIN

Ici, il y a beaucoup

de francophones, étonnamment.

Qu'est-ce qui fait en sorte

que les francophones

viennent s'établir ici?


MARIE-HÉLÈNE THIBEAULT

Moi, je pense que c'est

des gens qui sont déjà des gens

d'aventure, de

outdoors

quand ils sont dans l'Est.

Mais que, évidemment, l'attrait

des Rocheuses est fort. Souvent,

les gens, ils se disent: Je vais

passer un été pour apprendre

l'anglais. Mais plusieurs

d'entre eux reviennent,

retournent pas au Québec

ou en Ontario ou peu importe,

même dans les Maritimes parce

qu'ils tombent en amour avec

les montagnes, avec la qualité

de vie qu'ils ont ici. Et c'est

vraiment une communauté qui est

proche. Quand on sent, dans

le fond, qu'on a une communauté

minoritaire dans un contexte

anglophone, alors on se tient

vraiment proche.


LINDA GODIN

On dit qu'une personne sur

cinq, à Canmore, parle français.

C'est 20%, c'est beaucoup, ça.

C'est comme presque une

exception en Alberta. Je veux

dire, il y a beaucoup de

Francophones, mais c'est au-delà

du 2% partout dans la province.

C'est exceptionnel, quoi.


MARIE-HÉLÈNE THIBEAULT

On est chanceux et c'est ça,

je pense que les gens, en plus

du facteur francophone, on a un

intérêt commun pour la nature

et puis, il y a des francophiles

aussi, dans ce groupe-là,

de 20%. On a des gens qui sont,

première langue, anglophones,

mais qui ont un intérêt, une

passion pour le français et ça,

je pense que ça parle aussi

de la culture des gens qui sont

ici. Donc, comme francophone,

on se sent vraiment bienvenu.


LINDA GODIN

D'où viennent-ils, justement,

ces francophones? Est-ce qu'ils

sont surtout des Canadiens

ou il y a quand même

pas mal d'Européens?


MARIE-HÉLÈNE THIBEAULT

La majorité sont Canadiens et

puis, vraiment, de partout. On

en a des Maritimes, comme je le

mentionnais, un petit peu plus

tôt. Les Maritimes, l'Ontario,

le Québec, ces gros bassins.

Parfois, on va entendre un petit

accent français. Donc, ça aussi,

c'est rafraîchissant.

Mais, non, les gens sont...

C'est rare si je passe pas une

journée sans côtoyer quelqu'un,

dans la rue, comme ça, et que

je vais parler français. Et

j'ai la radio en français. J'ai

tous les services en français.


LINDA GODIN

Et donc, vous réussissez quand

même à vivre assez bien ou assez

souvent, si je peux dire,

en français, ici.


MARIE-HÉLÈNE THIBEAULT

Tout à fait, tout à fait. On

a une école francophone aussi.

On a maintenant plus de

160 élèves qui vont à l'école

exclusivement en français.

On a même, pour la petite

communauté de Canmore, on a même

une école d'immersion française

où beaucoup de jeunes sont.

Parce que les gens valorisent

beaucoup le français. Donc,

c'est présent, c'est disponible.

Et aussi, il y a une ouverture

d'esprit au niveau

de la francophonie,

ce qui vaut beaucoup.


LINDA GODIN

Vos deux enfants font du ski.

Est-ce que vous espérez

qu'ils fassent de la compétition

quand ils vont être

un peu plus grands?


MARIE-HÉLÈNE THIBEAULT

Je sais pas si ils vont

écouter l'épisode!

Je devrais peut-être me

surveiller sur ce que je dis.

Mais c'est certain que la

compétition, pour moi, ça m'a

apporté beaucoup. J'ai pu

développer la personne que

je suis devenue, la rigueur, mes

passions et tout. Et, puis si

eux, c'est quelque chose qu'ils

désirent, je vais les supporter

à 200%. Mais, en même temps,

je sais que si on pousse,

quand l'intérêt n'y est pas, ça

peut aller à contre-effet. Donc,

si eux, ils veulent à 200%,

moi, je suis prête, je suis

au rendez-vous. Et si jamais

ils ont un autre intérêt et

qu'ils ont d'autres passions,

c'est le violon ou c'est l'art

ou quoi que ce soit,

je serai prête aussi.


LINDA GODIN

Marie-Hélène Thibeault,

merci beaucoup.


MARIE-HÉLÈNE THIBEAULT

Merci, Linda.

♪♪♪


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