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Carte de visite

Gisèle Quenneville, Linda Godin et Daniel Lessard rencontrent des personnalités francophones et francophiles. Découvrez ces politiciens, ces artistes, ces entrepreneurs ou ces scientifiques dont l'histoire, extraordinaire, mérite d'être racontée.

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François Therrien : paléontologue albertain

François Therrien est l’un des sept paléontologues attachés au Musée royal Tyrrell de Drumheller dans les Badlands de l’Alberta.
Les badlands sont un désert canadien aride que les dinosaures ont foulé il y a des millions d’années. C’est même l’un des plus fantastiques cimetières de dinosaures au monde et l’un des sites de fouilles les plus importants de la planète.
François Therrien est littéralement «tombé dedans» quand il était enfant; mais contrairement à d’autres garçons de son âge, son intérêt pour les dinosaures ne s’est jamais tari.



Réalisateur: Joanne Belluco
Année de production: 2015

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VIDÉO TRANSCRIPTION

Générique d'ouverture


Titre :
Carte de visite


Pendant que LINDA GODIN présente son invité, FRANÇOIS THERRIEN, spécialiste en paléoécologie des dinosaures au Musée Royal Tyrell, on montre des images des badlands de l'Alberta et du musée Royal Tyrell, où se déroule l'entrevue.


LINDA GODIN

C'est

impressionnant. On ne se

croirait pas au Canada.

Un territoire qui ressemble

à un désert avec ses hoodoos

formés par l'érosion.

Les Badlands, près de

Drumheller, en Alberta,

sont pourtant très connues.

Des dinosaures ont foulé ce sol

il y a des millions d'années.

C'est l'un des plus fantastiques

cimetières de dinosaures

au monde et l'un des sites

de fouille les plus

importants de la planète.

Le Musée Royal Tyrell

de Drumheller est responsable

de la recherche qui s'y fait.

François Therrien est l'un

des sept paléontologues

qui y travaillent.

Il est littéralement tombé

dedans quand il était petit.

Contrairement à d'autres garçons

de son âge, son intérêt pour les

dinosaures ne s'est jamais tari.


FRANÇOIS THERRIEN

La paléoécologie, comme je dis

toujours, c'est de l'écologie,

mais on met le mot "paléo" en

avant pour le rendre plus cool.


LINDA GODIN

François Therrien, bonjour.


FRANÇOIS THERRIEN

Bonjour.


LINDA GODIN

On est ici, au Musée

Royal Tyrrell. C'est

votre environnement

de travail, ça, ici.


FRANÇOIS THERRIEN

Oui, réellement, le Musée

Royal de Tyrrell, c'est la

meilleure place au Canada

pour étudier la paléontologie

et les dinosaures.

C'est le plus gros musée au

monde dédié à la paléontologie.

Et comme vous allez pouvoir

le voir, juste hors

de notre stationnement,

à l'arrière-scène, on voit

les Badlands. Donc un

paléontologue, de mon bureau,

j'ai juste à regarder dehors et

je peux voir les Badlands, dire:

"Oh, cet après-midi, plutôt

que de faire la paperasserie,

je vais aller à la recherche

de dinosaures." Et je fais

juste partir et je vais

à la recherche de dinosaures.

C'est réellement super.


LINDA GODIN

Oui, c'est un bel

environnement de travail, ça.


FRANÇOIS THERRIEN

Oui, oui.


LINDA GODIN

Est-ce que le paléontologue

que j'ai devant moi,

c'est le même que l'enfant

qui s'imaginait devenir

un paléontologue plus tard.


FRANÇOIS THERRIEN

Oui, tout à fait. Moi, j'ai

commencé à être intéressé par la

paléontologie et les dinosaures

à l'âge de 4 ans avec mon

premier livre de dinosaures que

j'ai reçu. Et, là, je crois que

la majorité des enfants passe

à travers une phase où ils sont

fascinés par les dinosaures.

La seule différence, c'est

que moi, j'ai jamais grandi

en dehors de cette phase-là, je

suis resté... J'étais trop borné

ou j'étais réellement passionné,

et j'ai réellement décidé

qu'un jour, j'allais devenir

paléontologue. Et j'ai

poursuivi mes études afin

d'atteindre cette carrière-là.

Et je suis un des chanceux qui a

été capable d'avoir un emploi

dans cette place de rêve, ici.


LINDA GODIN

Qu'est-ce qu'il faut pour

devenir paléontologue? Parce

qu'il n'y en a pas tant que ça

dans le monde. Est-ce qu'il faut

être définitivement passionné?

Est-ce qu'il faut

être entêté, aussi?


FRANÇOIS THERRIEN

Il faut définitivement

être passionné, parce que

la paléontologie, c'est pas

un genre d'emploi ou de carrière

qu'on fait juste pour le

salaire, parce qu'on se rendra

jamais loin. Il faut vraiment

être passionné. Et il faut être,

oui, un petit peu entêté.

Parce que des fois, c'est très

difficile, c'est très restreint,

il y a très peu d'emplois.

Il faut réellement être dédié.


LINDA GODIN

Est-ce qu'il y en a beaucoup

qui se... comment dire, qui

étudient la paléontologie,

mais qui ne finissent jamais par

travailler dans ce domaine-là

parce qu'il y a peu d'emploi?


FRANÇOIS THERRIEN

Oui, bien, il y a eu un petit

film très peu connu dans les

années 1990 qui s'appelle

Le Parc jurassique...


LINDA GODIN

Ah... Ha, ha!


FRANÇOIS THERRIEN

... qui a soudainement

généré un grand intérêt parmi

les jeunes. Moi, j'étais

un petit peu avant ça, donc

j'ai commencé ma carrière

avant que le film commence.

Donc, c'est pour ça, j'étais

dans un creux. Il y avait des

étudiants qui voulaient devenir

paléontologues, mais c'était

quand même un nombre moins de

ce qu'on voit aujourd'hui avec

la grande passion et l'intérêt

généré par la série de films des

Parc jurassique. Maintenant,

il y a un très grand nombre

d'étudiants qui, maintenant,

débutent leurs études

universitaires et qui doivent

leur passion pour les

paléontologues aux films

de Steven Spielberg. Maintenant,

c'est très compétitif et très

peu d'emplois, donc c'est

beaucoup plus difficile

de nos jours.


LINDA GODIN

Vous, votre spécialité,

en fait, c'est la paléoécologie.

Qu'est-ce que c'est?


FRANÇOIS THERRIEN

Bien, la paléoécologie,

comme je dis toujours, c'est de

l'écologie, mais on met le mot

"paléo" en avant pour le rendre

plus cool. C'est l'étude de

l'écologie ou des animaux du

passé, c'est-à-dire essayer de

reconstruire les environnements,

les écosystèmes dans lesquels

ils vécurent et un petit peu

de leurs comportements aussi.

Donc, c'est plus voir, plutôt

que d'étudier spécifiquement

une espèce et de savoir "est-ce

qu'il s'agit d'une nouvelle

espèce ou non", moi, je suis

plus intéressé à regarder

au-delà des os afin de pouvoir

reconstruire comment est-ce

que cet animal-là, ces

squelettes-là, de quoi est-ce

qu'ils avaient l'air quand les

animaux étaient vivants, comment

est-ce qu'ils se comportaient

par rapport à d'autres de leur

espèce ou par rapport à leur

proie. Ou les changements

climatiques: comment

est-ce que ç'a affecté

ces anciens écosystèmes-là.


LINDA GODIN

Est-ce que vous trouvez

ces informations-là dans

des fossiles, dans les os que

vous trouvez, ou plutôt dans

les plantes? Dans quoi vous

trouvez cette information-là?


FRANÇOIS THERRIEN

La paléoécologie, c'est

vraiment une recherche

multidisciplinaire. Il faut

faire appel à la biologie

qui va étudier les os,

mais aussi le métabolisme ou la

physiologie de ces animaux-là.

Mais aussi étudier la géologie

qui est l'étude des roches

mêmes, les roches qui

contiennent ces os-là ont aussi

une histoire à nous raconter.

Ils peuvent nous dire

beaucoup à propos des anciens

environnements. Est-ce que

ces os-là ont été préservés

dans des anciens marécages,

est-ce que c'était un désert,

est-ce que c'est un lac? C'était

réellement chaud, beaucoup

de précipitations? Ou plutôt

plus frais, tels que les

environnements qu'on a

aujourd'hui. Donc, les roches

ont aussi beaucoup d'histoires à

nous raconter. La paléoécologie,

c'est réellement où les deux

domaines se joignent. Il faut

pouvoir reconstruire la biologie

de ces animaux-là comme être

des animaux vivants, mais

il faut aussi être capable

de reconstruire leurs habitats

en étudiant les roches dans

lesquelles les fossiles

sont découverts.


LINDA GODIN

Et vous, est-ce que je me

trompe ou ce sont les prédateurs

qui vous intéressent

particulièrement?


FRANÇOIS THERRIEN

Oui, je les trouve réellement

fascinants. Quand j'étais jeune,

j'aimerais dire que j'étais plus

intéressé par les herbivores,

comme le tricératops

ou le stégosaure.


LINDA GODIN

Même pas le T-rex?


FRANÇOIS THERRIEN

Même pas le T-rex. Le

T-rex c'est, comme on dit en

anglais,

overrated. Il a trop

d'intérêt. C'est une superstar,

mais il y a beaucoup d'autres

animaux qui sont cools. Mais je

crois, selon moi, avec le temps,

ç'a été réellement l'étude des

prédateurs qui m'a intéressée.


LINDA GODIN

Quelle est "la" recherche

dont vous êtes le plus fier?


FRANÇOIS THERRIEN

Je pense, probablement... J'ai

encore plusieurs années en face

de moi, donc j'espère que je

vais avoir d'autres découvertes

importantes à faire, mais à

l'heure actuelle, ma découverte

la plus importante que j'ai

faite, ç'a été la découverte

des premiers dinosaures à plumes

ici, en Amérique du Nord. Depuis

la fin des années 90, on sait

maintenant que la grande

majorité des dinosaures était

couverte à plumes, mais toutes

les découvertes avaient été

faites soit en Chine ou en

Allemagne. Il n'y avait aucun

dinosaure à plumes qui avait

été découvert ailleurs dans

le monde. Et c'est vers la fin,

vers 2008-2009, qu'on a fait la

première découverte de dinosaure

à plumes ici, dans la vallée de

Drumheller, à environ quelques

kilomètres du musée. Donc, celui

qui a fait la découverte, qui a

été le chanceux d'être sur

le terrain quand on creusait

la roche et puis de découvrir

sur la façade de la roche qu'on

enlevait, les traces de plumes

préservées sur sa roche. Donc,

ç'a été réellement une grande

découverte qui nous a permis

de remplir, de combler

un manque qu'on avait

dans nos connaissances sur

les dinosaures, mais aussi

d'en apprendre plus sur

l'évolution des dinosaures

jusque vers les oiseaux.


LINDA GODIN et FRANÇOIS THERRIEN sont à l'extérieur, dans les badlands de l'Alberta.


LINDA GODIN

M. Therrien, on est dans un

environnement qui est vraiment

pas commun au Canada, presque

désertique. C'est vraiment

particulier, ça, aux Badlands.


FRANÇOIS THERRIEN

Oui, c'est en fait un

des critères pour la formation

des Badlands. Ça prend un climat

très aride, quasi désertique.

C'est ce qui va limiter

la quantité de végétation.

Comme vous pouvez voir, ici,

il y a juste des petits arbustes

ou bien même, à la prairie,

c'est seulement des herbes

qui poussent. On a pas de forêt

qui couvrirait le paysage pour

stabiliser le décor. Donc, avec

très peu de végétation, il y a

beaucoup d'érosion qui a lieu

avec les pluies, la fonte

des neiges. Et puisqu'il y a pas

beaucoup de végétation pour

tout stabiliser, on a l'érosion

qui forme ces Badlands-là

qui ont réellement un

appel désertique.


LINDA GODIN

On voit aussi des hoodoos.

Là, on en voit pas dans notre

arrière-plan, mais les hoodoos

qui sont vraiment particuliers,

comment ils se forment,

ces hoodoos-là?


FRANÇOIS THERRIEN

Oui, les hoodoos, ou les

cheminées de fée, sont des

caractères qui sont vraiment

typiques des Badlands. Ça se

forme quand il y a une roche

plus dure qui surplombe une

roche qui est un peu plus molle.

Donc, l'érosion va éviter la

roche plus dure et puis éroder

tout ce qui est alentour, les

roches plus meubles. Ce qui fait

qu'on va avoir un cap comme un

parapluie sur le dessus, fait

de roche dure, supporté par une

colonne de roche plus meuble.

Et ça, c'est juste les procédés

naturels d'érosion dans les

Badlands. C'est quelque chose

qu'on voit partout. Parfois,

c'est des exemples plus petits.

On voit des tout petits hoodoos.

Mais à certains cas, on a des

érosions de Badlands à l'échelle

macroscopique, c'est-à-dire

plusieurs mètres de hauteur

ou de largeur, mais c'est

réellement un processus qui se

produit à toutes les échelles,

du microscopique

jusqu'au très gros.


L'entrevue se poursuit au musée.


LINDA GODIN

M. Therrien, pourquoi

les Badlands sont un terreau

si fertile pour la découverte

de fossiles de dinosaures?


FRANÇOIS THERRIEN

Eh bien, c'est une combinaison

de deux faits. Le premier,

c'est on a... Les Badlands

représentent la géologie idéale

pour préserver des dinosaures.

C'est-à-dire que les roches qui

sont exposées dans les Badlands

sont des roches qui se sont

formées durant l'ère des

dinosaures et ont été formées

par des rivières et des lacs qui

coulaient à cette époque-là. Et

puisqu'il y avait des dinosaures

qui vivaient-là, chaque fois

que les rivières inondaient,

elles enterraient les animaux

qui étaient soit déjà morts

ou bien peut-être qui tuaient

des animaux qui étaient enterrés

lors des inondations. Et leurs

os étaient incorporés dans

la roche et avec les ères

géologiques, ces os-là se

sont transformés en fossiles. Et

puis, le deuxième phénomène est

un phénomène récent. C'est

le climat actuel de l'Alberta.

On a un climat très aride

de nos jours, qui a très peu de

végétation, surtout de grandes

prairies, très peu de forêts

pour couvrir le paysage. Donc,

avec les herbes des grandes

Prairies qui ont des racines

très limitées sont pas capables

de maintenir la stabilité

du sol. Donc, il y a beaucoup

d'érosion qui a lieu, et ce qui

mène à la formation des Badlands

le long des rivières. Donc,

c'est pour ça qu'on a beaucoup

de fossiles qui sortent de ces

roches-là. Ces roches-là se sont

formées durant l'ère des

dinosaures. Si les roches

avaient été formées à une autre

époque, par exemple, seulement

voilà 50 millions d'années,

ce serait des fossiles de

mammifères qu'on trouverait.

Donc, ce serait beaucoup

plus plate que des

dinosaures, mais...


LINDA GODIN

Ha, ha, ha! C'est sûr.


LINDA GODIN

On est chanceux, ici, en

Alberta. C'est ça, c'est des

os de dinosaures qui sortent

des Badlands. Donc, c'est

pour ça que la majorité des

paléontologues vont aller dans

les Badlands à la recherche

de fossiles. Mais la réalité,

c'est que n'importe où dans

la province, c'est possible

de faire des découvertes si vous

construisez une nouvelle maison,

un centre d'achat. Juste creuser

dans le sol, on creuse dans

des roches qui ont été déposées

durant l'ère des dinosaures.

Donc, c'est pour ça, on a

un potentiel de faire des

découvertes n'importe où.

Donc, c'est pour ça que

les paléontologues

adorent les Badlands.


LINDA GODIN

Qu'est-ce qu'on retrouve? Quel

type de dinosaures on retrouve

le plus ici, en fait?


FRANÇOIS THERRIEN

En Alberta, c'est réellement

une des meilleures places au

monde, je dirais qu'on est dans

le top 5 des meilleurs endroits

au monde où on peut découvrir

des os de dinosaures. On a

une grande diversité d'espèces,

on a beaucoup de dinosaures

à cornes, de dinosaures à bec de

canard, bien entendu, les petits

théropodes comme les raptors du

Parc jurassique. Bien entendu,

on a aussi les tyrannosaures.

Mais de loin, les fossiles qu'on

trouve le plus souvent, ce sont

des os de dinosaures à bec

de canard. Ces animaux-là ont

dû être extrêmement abondants

durant le Crétacé. Ils étaient

peut-être aussi communs que

les chevreuils ou les cerfs de

nos jours. Donc, c'est pour ça.

Si vous vous promenez dans les

Badlands et vous trouvez des os

de dinosaures, si vous dites

"dinosaures, bec de canard",

neuf fois sur dix,

vous allez avoir raison.


LINDA GODIN

Combien... Je sais pas

si ça se compte, mais combien de

nouvelles espèces de dinosaures

ont été découvertes ici,

dans cette région-ci?


FRANÇOIS THERRIEN

Ça dépend à quelle époque on

remonte. Si on remonte au début

du 20e siècle, c'était l'âge

d'or de la recherche de

paléontologie, ici, en Alberta.

Je dirais, dans un endroit aussi

restreint que le parc provincial

de dinosaures, qui a environ

80 kilomètres carrés, il y a

au-delà de 400 spécimens

de grande importance qui ont été

découverts dans cet endroit-là

dans les premiers 20 ou 30

années du 20e siècle. Il y a eu

une petite période morte durant

la Deuxième Guerre mondiale,

mais maintenant, on est dans

une renaissance de la recherche

de dinosaures. Et je dirais

que de nos jours, ici, dans les

Badlands de l'Alberta, on fait

une découverte d'une nouvelle

espèce de dinosaure peut-être

une par année ou une aux deux

années. Donc, c'est réellement

un nouveau rythme de découverte.

Il y a beaucoup d'équipes qui

vont sur le terrain, beaucoup

plus de gens qui sont à la

recherche. Et aussi, même,

un grand nombre de découvertes

sont faites par les membres

du public, des gens qui vont

en vacances, pêcher, faire

du bateau, faire du camping.

Et puis, ils découvrent des os

de dinosaures dans les Badlands

et ils contactent le musée

pour rapporter leur découverte.

Et il se trouve que ce sont

des nouvelles espèces.


LINDA GODIN

Mais vous dites "à peu près

une nouvelle espèce par année".

C'est beaucoup, ça. Est-ce

qu'ici puis en Alberta, c'est

un des lieux où on découvre

le plus de nouvelles

espèces présentement?


FRANÇOIS THERRIEN

Maintenant, l'Alberta est,

on pourrait dire, comme le

berceau d'une renaissance de la

paléontologie. Il y a beaucoup

d'équipes qui viennent

faire des fouilles ici.

Donc, ça explique pourquoi il y

a un grand nombre de découvertes

qui sont faites. Mais il y a

d'autres endroits dans

le monde où il y a beaucoup de

découvertes qui se sont faites,

par exemple, en Chine. Il y a

beaucoup plus de paléontologues

de nos jours qui travaillent là

qu'il y en avait au cours du 20e

siècle. Mais je dirais que oui,

l'Alberta, présentement, est

en train de revivre une période

de renaissance. Et ce nombre-là,

on s'attend à ce qu'il augmente.

C'est vraiment pas la fin.

Il y a beaucoup d'espèces.

On en connaît déjà beaucoup. Il

y a au-dessus de 50 espèces de

dinosaures connus de l'Alberta.

Je dirais même 50 connus du parc

provincial des dinosaures.

On peut doubler ça si on inclut

toutes les roches qu'on connaît

en Alberta. Mais ça, c'est juste

la pointe de l'iceberg. Il y a

beaucoup plus d'espèces qui ont

vécu ici. C'est juste qu'on

a pas encore découvert leurs

fossiles. Donc, il va y avoir

beaucoup de travail à faire

dans les années à venir.

Ça ne fait que commencer.


LINDA GODIN

Et vous, vous avez travaillé

dans d'autres sites, aussi,

de fouille en Arizona, au

Nouveau-Mexique. Jusqu'à

quel point ce site-ci est

différent des autres sites?


FRANÇOIS THERRIEN

Je crois qu'ici, en Alberta,

on est réellement chanceux. On

ne peut pas expliquer pourquoi

il y a une grande abondance

comme ça. J'ai fait, comme vous

l'avez mentionné, des fouilles

en Arizona, en Roumanie,

je suis aussi allé en Mongolie.

Mais ici, en Alberta, il y a

réellement quelque chose de

spécial. On ne sait pas trop

exactement pourquoi, mais il y a

un grand nombre de fossiles

de dinosaures qui sont préservés

ici. Et ça doit être

la combinaison de la bonne

géologie, on a les bonnes roches

pour préserver ces fossiles-là.

Mais il devait y avoir un autre

phénomène qui se produisait

aussi qu'on comprend pas trop.

On sait à l'époque que c'était

un climat quasi tropical.

Il y avait des palmiers qui

poussaient ici, il y avait

beaucoup d'espèces. Il y avait

une grande mer intérieure qui

couvrait le centre du continent

nord-américain. Donc, ça

devait être la combinaison

des environnements qui étaient

propices à la vie des

dinosaures, mais aussi quelque

chose à propos de la géologie

qui a favorisé l'ensevelissement

et la fossilisation de tous

ces animaux-là. Donc, l'Alberta

est réellement un site

pratiquement unique au monde

du point de vue de la grande

quantité de fossiles qu'on

trouve ici et c'est pour ça que

c'est, je dirais, dans le top 5

des meilleures places au monde

pour faire des fouilles

et des découvertes.


LINDA GODIN et FRANÇOIS THERRIEN sont dans les badlands.


LINDA GODIN

Combien il se fait de

fouilles, ici, par année, à peu

près? Dans cette grande région,

ou je sais pas, dans le sud

de l'Alberta, ou encore dans

l'ensemble de la province?


FRANÇOIS THERRIEN

C'est une question qui est

difficile à répondre parce

qu'il y a plusieurs équipes

de différentes institutions

à travers le Canada et même

à travers l'Amérique du Nord qui

viennent ici, dans les Badlands

de l'Alberta, pour faire des

fouilles chaque été. Je dirais

qu'il y aurait des équipes

de peut-être cinq ou six

différentes institutions

à travers l'Amérique du Nord

qui viennent ici à la recherche

de fossiles. Et bien entendu,

chaque équipe ne fera pas

seulement qu'une fouille durant

sa saison. Ils vont creuser

quelque chose ici, aller faire

une autre découverte ailleurs,

faire une autre fouille là.

Donc, c'est dur à répondre.

Mais je dirais que facilement,

il devrait y avoir au moins une

centaine de fouilles qui a lieu

à chaque année. Comme moi, par

exemple, je peux aller faire des

fouilles à l'année longue parce

que je fais juste sortir de

mon bureau et je suis dans les

Badlands. Et puis, c'est ça, je

peux faire peut-être une dizaine

ou une vingtaine de fouilles

à chaque année. Certaines vont

être beaucoup plus petites,

d'autres vont être

beaucoup plus grosses.


LINDA GODIN

C'est quoi la durée

moyenne d'une fouille?


FRANÇOIS THERRIEN

C'est une très bonne question.

Ça varie beaucoup d'après

plusieurs facteurs. Si on parle

d'une collecte d'un seul os: par

exemple, on a un os, mais il est

d'une importance scientifique,

donc on va le ramasser. Si c'est

un petit os, ça peut se faire

en dedans d'une heure. Mais si

on parle d'une grosse fouille

où il y a une grande partie

du squelette ou bien on parle

d'une couche fossilifère qui est

très grande, parfois même,

il faut enlever de la roche qui

surplombe la couche d'intérêt.

Donc, parfois, ça peut être

des fouilles qui peuvent prendre

plusieurs mois ou peut-être même

plusieurs années avant que la

couche soit totalement exposée

et que les os aient été

ramassés. Donc, ça varie

beaucoup. Si c'est un os unique

et que la roche est plutôt

meuble, facilement en dedans

d'une heure, mais si on parle

de beaucoup de roches qui doit

être enlevée ou bien d'un gros

squelette complet, on parle

de mois ou de plusieurs années.


L'entrevue se poursuit au musée.


LINDA GODIN

M. Therrien, qu'est-ce qui est

le plus excitant: le travail sur

le terrain ou en laboratoire?


FRANÇOIS THERRIEN

Ah, c'est une bonne question

parce qu'il y a des avantages

aux deux. Aller sur le terrain,

c'est réellement le

trill de

la découverte. On sait jamais

ce à quoi on a affaire.

Parfois, on va dans des régions

des Badlands qui sont si

éloignées qu'on se dit: Ça doit

être des dizaines de décennies

depuis que la dernière personne

est venue ici, passée

à la recherche de fossiles.

Et on voit vraiment des paysages

superbes ici dans le sud

de l'Alberta. Donc, c'est

réellement le

trill de la

découverte et de l'exploration.

On se sent réellement comme des

explorateurs. Mais de travailler

en laboratoire, c'est aussi

un autre genre d'exploration

parce qu'on essaie d'étudier des

choses qui étaient auparavant

inconnues, d'en apprendre

plus sur le monde du passé.

Et puis l'étude de fossiles,

bien souvent, ça nous permet

de découvrir: est-ce qu'on a

affaire à une nouvelle espèce

ou bien est-ce qu'on en apprend

plus sur le style de vie de ces

animaux-là? Est-ce que c'était

réellement un prédateur féroce

ou bien est-ce qu'il s'agissait

seulement d'un charognard

peureux; donc d'en apprendre

un peu plus. Donc, il y a

de l'avantage aux deux, mais mon

préféré, moi, c'est réellement

d'aller sur le terrain, de se

promener dans les Badlands à la

découverte de nouveaux fossiles.


LINDA GODIN

Quand vous découvrez...

je sais pas, une nouvelle espèce

ou de nouveaux fossiles, est-ce

que vous êtes très excité?

Quelles sont les émotions

qui vous mènent à ce moment-là?


FRANÇOIS THERRIEN

Bien, ici, en Alberta, on est

choyés. On est même gâté pourri

parce qu'il y a tellement d'os

de dinosaures ici que parfois,

il y a certains endroits

dans les Badlands où il est

impossible de faire un pas sans

écraser des os de dinosaures

sous ses pieds. Bien souvent,

on devient un petit peu gâté.

On se dit: Ah, c'est juste des

os de dinosaures, il y a rien

d'extraordinaire ici. Mais là,

c'est quand on va finalement

découvrir la pièce clef: un os

qui continue à s'étendre dans

la falaise et qu'on se met à

creuser, on se rend compte qu'il

se connecte à d'autres os, c'est

là qu'on devient très excités.

Et puis, c'est ça, c'est de

pouvoir découvrir, exposer

des nouveaux fossiles, de penser

qu'on est les premiers êtres

vivants à voir ces os-là depuis

que l'animal est mort voilà

75 millions d'années, c'est

réellement un

trill immense.

On dit: "Wow, on est les

premiers à pouvoir voir les os

de cet animal-là depuis qu'il a

été enseveli." Donc c'est

très excitant. Et puis,

quand on trouve qu'il s'agit

d'un squelette complet,

bien c'est encore mieux.


LINDA GODIN

La paléoécologie, qui est

votre spécialité, c'est donc

d'étudier l'environnement dans

lequel les dinosaures ont vécu.

Les changements climatiques

qu'on voit aujourd'hui, est-ce

que ça, c'est quelque chose...

Est-ce que vous faites parfois

des parallèles entre

le passé et le présent?


FRANÇOIS THERRIEN

Oui, tout à fait. Afin de

pouvoir répondre aux questions,

les changements environnementaux

dans lesquels on vit

présentement, que la planète est

en train de subir, afin de

pouvoir répondre aux questions,

est-ce qu'on s'en va vraiment

vers des gros changements

à l'échelle climatique ou bien à

l'échelle des écosystèmes? C'est

réellement la paléontologie qui

nous donne de la perspective,

parce que tous ces changements

climatiques là sont plutôt

récents, de pouvoir prédire

qu'est-ce qui va se passer,

c'est plutôt difficile. Mais

en étudiant la paléontologie,

ça nous donne un exemple. Parce

qu'il y a eu beaucoup de phases

de changements climatiques de

par le passé, et afin de pouvoir

étudier les fossiles, ça nous

donne une réponse quant à

la possibilité des changements à

venir. Donc de voir par exemple,

si on regarde par le passé, il

y a des périodes où le climat a

monté très rapidement, où

les températures ont chuté, et

de voir comment est-ce que les

écosystèmes, comment est-ce que

les animaux ont réagi. Est-ce

que la diversité a changé,

est-ce que certaines espèces

sont disparues, est-ce que

d'autres sont apparues? Donc,

de pouvoir étudier la

paléontologie, ça nous donne

beaucoup d'informations sur

ce qu'on peut s'attendre à voir

dans les décennies à venir

avec les changements globaux

qu'on voit présentement,

le réchauffement de la planète

Terre. Donc, la paléontologie a

une très grande importance

pour donner de la perspective,

mais aussi pour donner des idées

comment est-ce qu'on devrait

protéger les écosystèmes. Est-ce

que certaines espèces sont

plus sensibles à des

changements que d'autres?


LINDA GODIN

Et la paléontologie moderne,

vous avez des outils aujourd'hui

que les paléontologues d'il y a

20 ans avaient pas. Qu'est-ce

que ça vous permet de faire avec

ces outils modernes là qu'on

pouvait pas faire auparavant?


FRANÇOIS THERRIEN

Oui, maintenant, il y a

beaucoup de nouvelles

technologies qu'on utilise.

Certaines des technologies

que j'ai utilisées, ce sont

par exemple les CT scanners

médicaux, les rayons X.

Auparavant, on aurait jamais

pensé appliquer cette

technologie médicale là

aux fossiles, mais de nos jours,

c'est maintenant possible,

par exemple, de scanner

le crâne d'un dinosaure afin

de reconstruire le cerveau, la

grosseur du cerveau. Certaines

parties du cerveau peuvent nous

donner plus d'informations. Par

exemple, certaines parties du

cerveau peuvent nous donner de

l'information sur l'odorat, le

sens de l'odeur chez certaines

espèces, ou même le sens de la

vision. Donc, il y a plusieurs

recherches incluant certaines

recherches que j'ai faites

moi-même, qui maintenant

utilisent des CT scanners pour

reconstruire le mode de vie

de ces animaux-là. Maintenant,

sur le terrain, on utilise même

la technologie du GPS, le GPS

à très haute précision, pas

seulement le GPS qu'on utilise

dans nos voitures et qu'on se

perd toujours. Maintenant,

on a des GPS qui sont précis

au centimètre près. Donc,

maintenant, c'est possible

de cartographier des lits

fossilifères sans avoir recours

à du papier ou des appareils

photo. Maintenant, tout est fait

par GPS à haute précision. Donc,

il y a beaucoup de nouvelles

technologies qui sont étudiées

aujourd'hui qui avaient aucune

application à la paléontologie

auparavant ou originelle.


LINDA GODIN

Une question très importante:

des films comme

Le Parc

jurassique ou le

Monde

jurassique, jusqu'à quel point

ça représente les dinosaures

et le monde des dinosaures réel?


FRANÇOIS THERRIEN

Oui, la question, elle est

réelle. Je crois que le premier

film,

Le Parc jurassique,

l'original de 1993,

a été réellement...

Je crois que ç'a été le

moment-clef où les dinosaures

n'étaient plus présentés comme

étant des monstres, que tout

le monde s'enfuyait, avait peur

comme dans les vieux

King Kong

ou bien dans

Godzilla,

par exemple, mais ont réellement

essayé de montrer les dinosaures

comme étant des animaux vivants

avec plus ou moins de réalité

inclue dans la reconstitution.

Mais je crois que certains

aspects sont réellement inspirés

de la science, sont basés sur

la science. Donc, on essaie de

rendre ces animaux-là le plus

crédibles possible. Mais, bien

entendu, il y a toujours

une touche hollywoodienne

dans tous ces films-là. Donc,

il faut toujours prendre

avec un grain de sel tout

ce qu'on voit à la télé.


LINDA GODIN

Qu'est-ce que vous rêvez

de découvrir? Est-ce

qu'il y a quelque chose

que vous rêvez de découvrir?


FRANÇOIS THERRIEN

Il y a plusieurs choses

que je rêverais de découvrir.

Ma recherche, puisque c'est

la paléoécologie, je m'intéresse

beaucoup à l'extinction

des dinosaures. Est-ce que

l'extinction des dinosaures est

reliée à un impact météoritique

qui a eu lieu il y a 66 millions

d'années? Ce qui est un fait,

il y a aucun doute. Ou est-ce

que c'est plutôt relié à des

changements climatiques. Il y a

beaucoup de questions à savoir

est-ce que les dinosaures

étaient en cours d'extinction,

déjà, avant l'impact

météoritique ou bien est-ce

qu'ils allaient très bien

et puis ç'a été l'impact

météoritique? Je crois qu'une

des causes derrière le débat,

présentement, autour de

l'extinction des dinosaures,

c'est le fait qu'on trouve très

peu de dinosaures très près de

la couche qui a été déposée par

l'impact météoritique. Donc, de

pouvoir trouver un dinosaure qui

serait réellement un animal qui

est décédé la journée même de

l'impact météoritique, ce serait

super de pouvoir découvrir ça.

Donc, je dirais ma découverte,

c'est un souhait...


LINDA GODIN

Idéal.


FRANÇOIS THERRIEN

Ça se produira probablement

pas, ce serait de trouver un

tyrannosaure assis sur son nid,

juste en dessous de la couche

météoritique. Puis, s'il

préservait des empreintes

de plumes, alors là,

je serais comblé.


LINDA GODIN

Ça, ce serait...


FRANÇOIS THERRIEN

Ce serait, je crois,

la plus grande découverte

de ma carrière, de trouver ça:

un tyrannosaure à plumes assis

sur son nid qui est enseveli

en dessous de la couche produite

par l'impact météoritique

il y a 66 millions d'années.


LINDA GODIN

Je vous le souhaite.


FRANÇOIS THERRIEN

Ah bien, merci beaucoup.


LINDA GODIN

François Therrien,

merci beaucoup.


FRANÇOIS THERRIEN

Ça m'a fait plaisir, merci.


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