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Carte de visite

Gisèle Quenneville, Linda Godin et Daniel Lessard rencontrent des personnalités francophones et francophiles. Découvrez ces politiciens, ces artistes, ces entrepreneurs ou ces scientifiques dont l'histoire, extraordinaire, mérite d'être racontée.

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Bob Hartley : entraîneur-chef, Flames de Calgary

C’est un Franco-Ontarien qui a dirigé les destinées des Flames de Calgary, en tant qu’entraîneur, de 2012 à 2016. Bob Hartley est originaire de Hawkesbury, dans l’Est ontarien.
Au début, les performances de l’équipe s’étaient, somme toute, améliorées depuis son arrivée; ce qui avait permis à Bob Hartley d’être nommé meilleur entraîneur de la Ligue nationale de hockey pour la saison 2013-2014.
Calgary n’est pas qu’une ville de cowboys, c’est aussi une ville de hockey.
30 minutes avec Bob Hartley lorsque celui-ci avait le vent dans les voiles…



Réalisateur: Joanne Belluco
Année de production: 2015

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VIDÉO TRANSCRIPTION

Pendant que LINDA GODIN présente son invité, des extraits vidéos de la ville de Calgary défilent à l'écran.


LINDA GODIN

Calgary, au pied

des montagnes Rocheuses,

une ville de cow-boys et

du Stampede, mais aussi...

une ville de hockey.

C'est ici, au Saddledome,

que joue les Flames, l'équipe

de hockey professionnel.

Derrière cette équipe, un

entraîneur, Bob Hartley.

Originaire de Hawkesbury

dans l'Est ontarien,

il est l'entraîneur

des Flames depuis 2012.

Et les performances de l'équipe

se sont améliorées depuis

son arrivée. Bob Hartley

a été nommé Meilleur

entraîneur de la LNH.


BOB HARTLEY

Lorsque tu t'entoures de plein de

personnes, je pense que tu

as une chance de réussite.


LINDA GODIN et BOB HARTLEY sont à présent assis l'un en face de l'autre.


LINDA GODIN

Bob Hartley, bonjour.


BOB HARTLEY

Bonjour.


LINDA GODIN

C'est tout un honneur pour moi

d'avoir le meilleur entraîneur

de la Ligue nationale de

hockey devant moi.

C'était un honneur pour vous

aussi, j'imagine, de le recevoir.


BOB HARTLEY

Je pense que le trophée Jack

Adams c'est un honneur d'équipe,

parce que veut veut pas, il y a

pas un entraîneur qui fait

la différence à lui seul.

Les Flames de Calgary, on

est une organisation, on est

vraiment fiers de qui on est,

puis de nos réalisations et

surtout aussi, de nos projets

futurs. Ensuite, dans la chambre

des joueurs, c'est eux qui sont

les acteurs. Nous, on est là

pour mettre le projecteur.

On a gagné le trophée Jack

Adams, on avait besoin de

quelqu'un pour aller le

chercher, donc on m'a demandé.

(Rires)


LINDA GODIN

Quelle sorte d'entraîneur

êtes-vous?


BOB HARTLEY

Je pense que je suis un

entraîneur qui aime communiquer.

Je crois que la communication,

c'est la première clé pour

espérer du succès. Ensuite

de ça, bien, au niveau

professionnel, veut veut pas,

on est basés sur les résultats.

Donc il faut établir des buts

à court terme, des buts à long

terme, puis ensuite, exiger

des résultats, parce que c'est

vraiment les résultats et non

le processus qui font souvent

la différence entre le succès

et l'échec. Donc je pense qu'il

faut être exigeant, de l'autre

côté, il faut être humain.


LINDA GODIN

On vous dit à la fois humain,

dans votre relation avec les

joueurs, et en même temps, il

y a un joueur de l'équipe de

l'avalanche qui vous a traité

de bully ou d'intimidateur...

Vous vous situez où, alors?


BOB HARTLEY

Il faut comprendre qu'on

travaille avec un groupe.

Et puis un groupe, bien...

La beauté de notre sport ou la

beauté d'une entreprise, c'est

qu'on ait 23 employés, qu'on en

ait 100, qu'on en ait 500, il y

en aura pas un pareil. Donc pour

certains, les messages passent

plus ou moins bien, sont plus

ou moins compris. C'est certain

qu'il faut comprendre une chose

au niveau professionnel ou même

au niveau amateur, on peut pas

plaire à tout le monde. Ça,

c'est une chose... Je pense

que là-dessus, je me considère

comme un homme intègre, honnête.

Puis des fois, la vérité,

faut qu'elle soit dite.

Pour ça, je pense que... C'est

certain qu'on aime pas avoir du

côté négatif, mais dans le monde

où on est, surtout avec les

médias et tout ça, je pense que

de temps en temps, faut faire

face à la musique, puis il y

a aucun problème avec ça.


LINDA GODIN

C'est ça, vous avez pas

de misère à gérer la

critique non plus.


BOB HARTLEY

Non. C'est certain. Regarde,

je suis sorti d'une usine

pour aller travailler dans le

hockey. J'étais à l'usine PPG à

Hawkesbury dans les pare-brise.

Tous les jours, je paquetais de

1500 à 2000 pare-brise, puis il

y a personne qui m'applaudissait

ou personne qui me huait. Donc

c'était mon choix de quitter

l'usine pour faire partie du

métier d'entraîneur au hockey.

Je savais dès lors que je

m'exposerais à la critique,

puis ces choses-là, mais c'est

quelque chose qui vient avec

le territoire. Il y a personne

qui te met un fusil sur la tempe

pour te forcer à le faire.


LINDA GODIN

Qu'est-ce qui vous a pris,

vous diriez, de laisser un

emploi stable, alors que vous

aviez deux jeunes enfants,

deux bouches à nourrir, pas

énormément, pas vraiment

en fait, d'expérience

d'entraîneur... Qu'est-ce qui

vous a poussé à prendre

cette décision-là?


BOB HARTLEY

Un, j'avais débuté comme

entraîneur des gardiens de but

avec les Hawks de Hawkesbury,

dans ma ville natale. Je faisais

ça à titre de bénévole, parce

que comme vous dites, je

travaillais "sur les shifts"

comme on dit, de 7h à 3h,

de 3h à 11h, de 11h à 7h.

C'est certain que je pouvais pas

toujours être là, mais quand

même, j'étais là. Puis après un

début difficile, le président

de l'équipe, Jacques

Tranchemontagne, m'a offert

le poste, m'a dit: "Les kids

aimeraient bien ça, t'avoir

comme entraîneur." Puis en

dedans de moi, c'était la

panique, parce que un, j'avais

aucune ambition de devenir

entraîneur, je faisais ça pour

me tenir occupé. L'aréna était à

deux, trois rues de chez nous.

C'était pratique. Je restais

dans le sport que j'aime tant.

En même temps, je nourrissais

ma famille, puis j'avais du

plaisir à travailler à l'usine.

Lorsqu'il m'a offert le poste,

je l'ai refusé probablement

à deux, trois occasions.

J'ai même été voir

l'entraîneur en poste...


LINDA GODIN

Il insistait,

M. Tranchemontagne?


BOB HARTLEY

... pour lui dire: "Regarde,

faut qu'on gagne, parce que ton

poste est en danger." Je voulais

être honnête avec lui. Je savais

plus ou moins comment le métier

d'entraîneur, ou le groupe

d'entraîneurs travaillaient.

C'était ma première expérience.

Je me sentais le besoin d'être

honnête avec l'entraîneur en

place. Puis j'ai dit: "Regarde,

ça prend des résultats, parce

que ça brasse dans ma petite

ville natale." Puis au bout

de huit matchs, Jacques

Tranchemontagne m'a demandé,

après avoir congédié

l'entraîneur, d'être entraîneur

par intérim pour environ deux

semaines, qu'il y aurait un

autre entraîneur qui arriverait.

Dans tout ça, M. Tranchemontagne

voulait vraiment que je sois

entraîneur. Il y avait aucun

entraîneur qui s'en venait.

C'était juste d'acheter du temps.


Un extrait d'une entrevue avec JACQUES TRANCHEMONTAGNE joue pendant quelques secondes.


JACQUES TRANCHEMONTAGNE

On s'est rencontrés dans

un restaurant d'Hawkesbury. Puis

c'est là que je lui ai offert un

contrat, tout un contrat: 250

par semaine, puis deux habits.

Je lui ai donné 250 piastres

avant Noël, puis 250 piastres

à la fin de l'année. Puis

l'habit, bien, il en a pas eu.


BOB HARTLEY

Je suis tombé en amour avec

le métier d'entraîneur. J'ai eu

la piqûre, comme on dit. Et puis

l'année d'après, j'ai décidé

de faire du hockey mon

boulot à temps plein.


LINDA GODIN

Vous avez eu la piqûre et vous

avez eu du succès aussi. Les

équipes pour lesquelles vous

avez travaillé dans la Ligue

junior majeur du Québec

ont bien performé aussi?


BOB HARTLEY

Oui, mais ça, des fois, il

faut être chanceux. Peut-être

la plus grande chance que j'ai

eue, à part de voir mes équipes

gagner des championnats, c'est

que j'ai toujours eu la chance

d'être entouré par de grandes

personnes. J'ai été dans de très

belles villes, mais qu'est-ce

qui fait la beauté d'une ville

ou qu'est-ce qui fait la beauté

d'une organisation, c'est les

gens. Puis j'ai compris ça

au cours de ma carrière,

lorsque tu t'entoures de bonnes

personnes, je pense que t'as

une chance de réussite.


LINDA GODIN

La première équipe pour

laquelle vous avez été

entraîneur dans la LNH, c'était

l'Avalanche du Colorado. Vous

avez gagné la Coupe Stanley

avec l'Avalanche, et vous

teniez absolument à l'apporter

dans votre ville natale et

à l'amener... et surtout la

montrer à vos anciens collègues,

à cette usine-là. C'était

vraiment important pour vous de

faire ça, de faire ce geste-là?


BOB HARTLEY

Oui, parce que c'était une

promesse que j'avais faite,

parce que je me souviens qu'une

fois que ma première saison à

Hawkesbury était terminée,

il fallait que je prenne une

décision. Ç'avait aucun bon

sens: je travaillais sur les

quarts de travail en plus de

diriger les entraînements. Donc,

je comptais sur le bout des

doigts les heures de sommeil que

j'avais par semaine. Avec deux

petits enfants, je me suis assis

avec ma femme, Micheline, puis

on a pris une décision: qu'on

allait pour le hockey. Le lundi

prochain, je me souviens,

on était dans le quart de

l'après-midi. J'ai rentré vers

2h à l'usine. J'ai été voir

le gérant. Je lui ai donné ma

lettre de démission. Il m'a

souhaité la bonne chance.

Ensuite, j'ai été sur la ligne

de travail, puis j'ai annoncé

à mes collègues que c'était ma

dernière semaine de travail,

que je m'en allais "coacher".

Et non seulement je m'en allais

"coacher", mais un jour que

j'étais pour gagner la Coupe

Stanley, puis que j'étais

pour l'amener au plant.

Et puis là, vraiment, mes

partenaires pensaient que...


Un extrait d'une entrevue avec MARCEL DUROCHER, un collègue de BOB HARTLEY à l'usine, joue pendant quelques secondes.


MARCEL DUROCHER

Il nous en parlait, mais moi,

je lui disais: "Tu rêves trop

haut, Bob. Tu vas rester."


LINDA GODIN

Il se passait quelque chose.


BOB HARTLEY

J'étais malade ou j'avais

commencé à boire, ou ces

choses-là. Et puis le soir

qu'on a gagné le septième match

au Colorado, je me souviens,

peut-être deux heures après le

match, le téléphone sonnait dans

mon bureau, puis c'était un de

mes collègues de travail qui

voulait me faire dire que oui,

j'honorerais ma promesse, puis

que j'amènerais la Coupe Stanley

à l'usine. Donc c'est chose

qu'on a faite. L'usine PPG avait

tellement bien fait ça. On avait

invité tous les employés, même

les gens retraités. Il y a

des gens qui sont venus du

Nouveau-Brunswick, du nord

de l'Ontario, d'anciens

travailleurs qui avaient quitté

la ville. Ils étaient tous

revenus. On avait eu une

magnifique journée.


Un extrait d'un reportage joue alors pendant quelques secondes.


REPORTER

Les gens de Hawkesbury

n'ont pas oublié Bob

Hartley. Le complexe sportif

de la ville porte son nom.

Ses anciens collègues

de travail ont profité

de son passage récemment

pour lui rendre hommage.

Ils ont également souligné

ses contributions particulières

au travail d'équipe.


MARCEL DUROCHER

Moi puis Bob, on était deux

joueurs de tours. N'importe qui

qui venait travailler dans notre

département, on surveillait

qu'est-ce qu'il faisait,

puis si on pouvait lui graisser

soit ses lunettes ou ses gants,

n'importe quoi, on le faisait.

(Rires)


Une extrait vidéo de BOB HARTLEY derrière le banc de joueurs de hockey joue alors pendant quelques secondes.


BOB HARTLEY

Martin, tu lâches

de courir. Tu cours partout,

t'es jamais à ta place.

T'es un "tough", Martin.

T'es sur la glace...

Bien oui, mais criss, mais il

va... Que tu le frappes, que tu

le frappes pas, il va te brûler.

Oui, mais "angle"-le,

puis "drive"-le.


LINDA GODIN et BOB HARTLEY sont à présent de nouveau assis l'un face à l'autre.


MARCEL DUROCHER

M. Hartley, vous êtes

l'entraîneur des Flames de

Calgary depuis 2012, comment

ça va pour vous jusqu'à présent?


BOB HARTLEY

Ça va bien, parce que, un, on

a toujours des rêves. Un, c'est

d'accéder à la Ligue nationale.

J'ai été chanceux, parce

que mon premier contrat

professionnel était avec les

Nordiques de Québec. Ensuite,

les Nordiques ont été vendus

au Colorado. On est devenus

l'Avalanche. J'ai gradué avec

l'Avalanche trois ans après.

Nous avons gagné la Coupe

Stanley. Ensuite, j'ai été

à Atlanta, dans un marché... une

équipe d'expansion. Je pense que

je suis arrivé là, ça faisait

peut-être quatre ou cinq ans que

l'équipe existait. Donc c'était

une formation qui était encore

très jeune, qui apprenait à

gagner, qui apprenait à vivre

dans la Ligue nationale. Et puis

après un exil d'un an en Suisse,

j'ai eu la chance de revenir

dans la Ligue nationale avec

les Flames. Non seulement

je revenais dans la Ligue

nationale, mais je suis dans

un marché canadien. Puis

le fait peut-être d'être

franco-ontarien, d'être

canadien, bien, il y a toujours

une certaine fierté à évoluer

dans un marché canadien,

parce qu'on sait qu'à Calgary,

on a les Stampeders, notre

équipe de football, et les

Flames. On a les mêmes

propriétaires, donc on est de

bons frères, on se respecte

beaucoup. Puis on a une

excellente relation. Mais il

reste que travailler au Canada,

autant les médias, c'est pas

pareil, l'attente des

partisans, c'est pas pareil.

Aussi, tu regardes la façon

dont notre équipe est suivie.

Le "Red Mile" durant les séries

éliminatoires. On appelle nos

partisans le "Sea of Red", la

"mer rouge", parce que les gens

sont tous habillés en rouge.

Puis je peux te dire qu'une

fois que tu entres dans

l'amphithéâtre après que les

joueurs ont embarqué sur la

glace avant l'hymne national,

c'est incroyable. Tu vois ça,

c'est rouge, ça crie. Il y a

de l'électricité dans l'air.


LINDA GODIN

Quand vous avez commencé dans

la Ligue nationale de hockey,

dans vos premières années, vous

étiez avec l'Avalanche, vous

avez remporté la Coupe Stanley

assez rapidement avec l'équipe.

Et deux ans après, on vous a mis

à la porte. Est-ce que ça, c'est

difficile pour un entraîneur,

surtout après avoir

remporté la Coupe Stanley?


BOB HARTLEY

Ça m'a pris par surprise,

parce que un, c'est depuis 1987

que j'étais entraîneur, j'ai été

peut-être un des chanceux.

J'avais jamais goûté à la

médecine de se faire congédier.

Donc c'était de l'inconnu,

c'était de la surprise totale,

même si veut veut pas, on est

toujours conscient de ça, parce

que ça arrive aux gens autour de

nous. Un peu comme dans des

faits de la vie, des accidents,

n'importe quoi. On dit tout le

temps, ça arrive autour de nous,

mais peut-être ça m'arrivera pas

à moi. Mais ça m'est arrivé.

C'est là que j'ai réalisé que

le métier d'entraîneur, c'était

ce que je pensais un peu et puis

que Bob Hartley n'était pas plus

à l'abri des congédiements que

les autres. J'ai été chanceux,

parce qu'en dedans d'un mois,

j'étais déjà revenu à la barre

avec les Thrashers d'Atlanta.

Mais c'est quelque chose

que... Je me sentais bien avec

l'Avalanche du Colorado, parce

que ça faisait déjà neuf ans

et demi que j'étais dans

l'organisation. J'avais passé

cinq ans dans des équipes

mineures à Cornwall et à Hershey

et ensuite, j'avais gradué

avec l'Avalanche. Donc pour moi,

l'Avalanche du Colorado, c'était

mon équipe. J'avais le...


LINDA GODIN

Le coeur là.


BOB HARTLEY

Le coeur... Mon coeur était

avec l'Avalanche du Colorado.

Je pensais probablement

terminer ma carrière là.

Mais j'ai compris que le métier

d'entraîneur, il fallait

toujours garder

la valise proche.


LINDA GODIN

Ça fait une quinzaine

d'années que vous êtes dans

la LNH, si je me trompe pas?


BOB HARTLEY

Bien, je vais débuter ma 11e

saison. Entre ça, j'ai

travaillé à la télé,

j'ai travaillé aussi dans des

arénas privés au développement

des jeunes, des moins jeunes.

J'ai toujours resté autour

du sport comme on dit,

mais je crois que je

débute ma 11e saison.


LINDA GODIN

Et donc, vous êtes habitué

à la LNH, aux millions, au

glamour qui tourne autour

de ça. Est-ce que vous vous

êtes habitué à tout le glamour,

puis les célébrités, les joueurs

célèbres, la télé, les médias,

qui viennent avec le fait d'être

un entraîneur de la LNH?


BOB HARTLEY

Ça, c'est une excellente

question, parce que même à mes

débuts au Colorado, les Joe

Sakic, les Peter Forsberg,

les Patrick Roy... Les gens me

demandaient: "Comment c'est de

diriger des millionnaires? C'est

quoi la fameuse différence avec

les millionnaires?" Puis je peux

dire une chose: j'ai dirigé ces

gars-là, les Patrick Roy, les

Joe Sakic, les Raymond Bourque,

les Forsberg... et si on a les

Mark Giordano... J'ai dirigé

tellement de vedettes, mais

aussi je dois dire, tellement

de bonnes personnes que j'ai

jamais vu la différence

"argent". Il y a jamais un

joueur qui m'a dit: "Faut que

tu me fasses jouer, parce que je

fais sept millions par année ou

ces choses-là. Moi, là-dessus,

l'argent, j'ai déclaré l'an

passé, lorsque j'ai retranché

un des joueurs ici et que les

journalistes m'ont demandé:

"Mais c'est un de vos joueurs

les mieux payés", j'ai répondu:

"Je suis pas un banquier,

je suis un "coach".


LINDA GODIN

Et vous gérez bien

ce stress-là, à la fois de

performer pour que les fans

soient heureux, pour que la

direction de l'équipe soit

heureuse aussi, pour que les

gens de Calgary le soient, les

joueurs, vous gérez bien toute

cette pression-là en fait,

qui vient avec la job?


BOB HARTLEY

Moi, je dis toujours que

depuis 1987, j'ai jamais

travaillé une autre journée

de ma vie. Je m'amuse, je fais

ce que j'aime le plus. Je suis

conscient des dangers. Par

contre, il y a des dangers

partout dans la vie. Je vois des

usines fermer. L'usine de PPG

où je travaillais, où mes

partenaires me traitaient

de fou de quitter pour me lancer

dans l'aventure de coaching.

Malheureusement, l'usine a fermé

ses portes il y a une dizaine

d'années passées. Donc personne

est à l'abri des coupures,

personne est à l'abri des

échecs. Il faut que tu regardes

d'avance, il faut que tu penses

qu'avec le groupe de gens qui

t'entourent, nous allons faire

une différence, nous allons

gagner des matchs, nous allons

bien représenter les communautés

qu'on représente si fièrement.

Dans la vie, t'as deux choix:

soit le choix de la pression ou

le choix des défis. Et puis moi,

je pense que les défis, c'est

beaucoup plus positif que la

pression. La pression fait

malheureusement peur

à beaucoup trop de gens.


LINDA GODIN et BOB HARTLEY sont à présent dans l'aréna des Flames de Calgary.


LINDA GODIN

M. Hartley, on est dans les

estrades ici. Comment ils sont

les fans des Flames de Calgary?


BOB HARTLEY

Ça, c'est ce qu'on appelle

le "Sea of Red". Les gens sont

pratiquement tous habillés

en rouge, spécialement en séries

éliminatoires. C'est rouge,

rouge, rouge. C'est notre

sixième joueur... On parle de

marché canadien, c'est là qu'on

voit vraiment la ferveur des

fans et deux, trois heures

avant un match des séries

éliminatoires, ils sont aux

portes déjà. Ça chante, ça

hurle, ça crie, les "Go, Flames,

go". Je peux dire qu'on les sent

vraiment à partir du banc. C'est

vraiment lorsqu'on entre sur la

glace, le début du match, c'est

l'ovation debout. Ça fait trois

ans que je suis ici. Ils nous

ont tellement bien traités.

On a vraiment une belle histoire

d'amour, une belle complicité

avec nos fans. On va sur la

rue. Calgary, c'est quand même

pas une grande, grande ville.

Donc on est connu partout,

on nous reconnaît et on nous

traite vraiment bien.


Un extrait de BOB HARTLEY s'adressant à des joueurs dans le vestiaire joue alors pendant quelques secondes.


BOB HARTLEY

Il est quelle heure? L'heure

de gagner. L'heure de jouer,

c'est votre heure, les

"boys". C'est votre heure!

Eille, "J'aurais dû", là? On va

faire ça, mais qu'on ait 65 ans

dans notre chaise berçante, on

va se conter des affaires. Hein?

Là, il y a pas de "J'aurais dû".

Rentrez pas dans la chambre

après une première, après la

troisième, dans le bus à soir,

demain matin: "J'aurais dû",

"J'aurais dû", non, eille!

Allez-y, défoncez-vous,

amusez-vous, c'est votre temps.


LINDA GODIN et BOB HARTLEY sont à présent de nouveau assis l'un face à l'autre.


LINDA GODIN

M. Hartley, est-ce que

vous parlez en français avec

vos joueurs francophones?


BOB HARTLEY

Oui, lorsqu'on est un à un,

je pense que j'ai toujours dit

que je respecterais toujours

ma langue maternelle.

Je suis vraiment fier d'être

francophone et puis en même

temps, je comprends que le

langage officiel, le langage

"business" si on veut, du hockey

est l'anglais. Puis je vais

respecter ça. Lorsque je

travaille avec les anglophones,

s'il y a des Français, c'est

certain qu'on va parler en

anglais. Mais d'un à un ou

lorsqu'on est Martin Gélinas,

Jacques Cloutier et moi-même

ensemble, bien c'est certain

qu'on va parler en français.

Je pense que c'est juste normal.

J'ai dirigé des Russes, des

Finlandais, des Suédois, des

Ukrainiens, des Français de

France. Les gens, je pense

qu'on se doit d'être fiers de

nos langues, de nos héritages,

puis je pense qu'on respecte ça.


LINDA GODIN

Est-ce que c'est difficile

d'être francophone dans la Ligue

nationale présentement? Est-ce

que c'est difficile, à la fois

pour un entraîneur et pour un

joueur, d'être francophone?


BOB HARTLEY

Absolument pas. Pas dans mon

cas en tout cas, parce que moi,

j'ai jamais vu, j'ai jamais eu

d'expériences avec des barrières

de langue, ces choses-là, parce

qu'en bout de ligne, ce sont

des excuses tant qu'à moi.

Et faut toujours regarder,

lorsque la critique sort, faut

que tu regardes de quel angle

elle vient, dans quelles

circonstances. Puis moi, j'ai

toujours été bien traité. J'ai

été au Colorado, où la majorité

de l'administration était

francophone. On a été

traités comme des rois.

Ensuite, j'ai été dans le Sud

à Atlanta, où on m'a accueilli à

bras ouverts. J'ai jamais senti

absolument rien. Mes enfants ont

passé d'Hawkesbury à Hershey,

en Pennsylvanie, d'une école

française, franco-ontarienne, à

une école américaine totalement

en anglais. On a vécu certaines

difficultés d'adaptation au

début, parce que c'était

complètement normal. Je me

souviens, mon fils a fait un

test où il a seulement écrit son

nom et puis le reste, c'était

blanc. Le lendemain, le

professeur m'a appelé pour me

dire: "Qu'est-ce que je fais

avec ça?" J'ai dit que j'allais

demander à mon fils, qui m'a

dit: "Je savais les réponses,

mais je savais pas les écrire."

Donc c'est certain qu'il y a

eu un certain laps de temps où

on a eu besoin, surtout pour

les enfants, de s'acclimater.

Mais il reste que tout s'est

très bien fait. Moi là-dessus,

je peux pas dire un mot.

J'ai toujours été bien

traité, bien servi.


LINDA GODIN

Quand vous parlez anglais,

on entend encore votre accent

français, est-ce qu'on vous

agace parfois là-dessus ou pas?


BOB HARTLEY

Oui, des fois. Même, je pense

que c'est au Colorado qu'une

compagnie m'avait engagé pour

faire une publicité radio

en raison que ma voix était

tellement différente des

autres que ça ressortait.

C'est certain que je regarde mes

enfants, mes deux enfants, ils

parlent aussi bien en anglais

qu'en français. Ils ont

absolument aucun accent. Moi, de

mon côté, c'est mon trait. Puis

regarde, en autant que je me

fais comprendre, avec accent ou

pas d'accent, je peux vous dire

une chose, mon message est clair

et je pense qu'on me comprend.


LINDA GODIN

Entre la LNH et la LNH, vous

avez eu un passage où vous étiez

entraîneur... Vous avez été à

Zurich entre autres, en Europe.

Et vous avez aussi fait de la

télé. Comment vous avez trouvé

ça... Ça s'appelait comment la

série, Québec-Montréal, c'est ça?


BOB HARTLEY

Oui, la série

Montréal-Québec, j'ai adoré

ça. La série-réalité. Ça a été

probablement une des plus

belles expériences de ma vie,

parce que j'ai travaillé avec

des gens de la rue, comme

on dit. Moi, je mets beaucoup

de fierté là-dedans, parce que

pendant huit ans, j'ai travaillé

dans une usine, quatre ans à la

CIP, à Hawkesbury, l'usine à

papier, et ensuite quatre ans

avec l'usine de pare-brise PPG.

Donc je me revoyais dans ces

gens-là. Ils étaient tellement

nerveux autour des mille et

un microphones, les caméras

dans les chambres, les caméras

partout. On s'enfargeait dans

les fils. Le Colisée de Québec

rempli à craquer. Pour ces

gars-là qui étaient déconnectés

de la compétition depuis 2, 6,

10, 12 ans, c'était incroyable.

La rivalité Montréal-Québec,

bien, on voulait tellement

battre Montréal que les esprits

s'échauffaient. On se

faisait prendre au jeu.

Mais il reste qu'on a été

vraiment bien traités. On a

mis les joueurs dans un contexte

LNH, que ce soit par la

couverture médiatique que de

jouer au Colisée de Québec.

Comme j'ai dit, avec 15 000,

16 000 personnes, la musique,

ça chantait, ça criait. Donc on

revivait un peu le rêve d'être

dans la Ligue nationale.


LINDA GODIN

Vous avez beaucoup aimé

entraîner les jeunes.

Maintenant, c'est votre fils,

Steve, qui lui-même est

entraîneur et qui entraîne

des jeunes joueurs de hockey.

Il suit vos pas, votre fils?


BOB HARTLEY

Oui, puis regarde, vraiment,

il a été choyé depuis le début

de sa carrière. Il a passé,

je pense, deux ou trois ans

à Joliette, dans le Junior AAA.

Ensuite, il a gradué dans la

Ligue junior majeur du Québec

avec les Mooseheads d'Halifax,

avec les MacKinnon, Drouin

et compagnie, avec Dominique

Ducharme, son ancien entraîneur,

de qui j'ai été l'entraîneur

lorsqu'il avait 17 ans. Donc

c'est une roue qui tourne, comme

on dit, le hockey. Ensuite, il a

eu une offre de gérer sa propre

équipe avec les Grenadiers

de Châteauguay. Donc l'an passé,

c'était sa première expérience

comme entraîneur-chef dans

le Midget AAA, une ligue

que j'apprécie vraiment,

que je considère probablement

comme la meilleure ligue

Midget au Canada.


LINDA GODIN

Est-ce que vous vous parlez

souvent? Est-ce qu'il vous

demande souvent des conseils,

comme entraîneur professionnel?


BOB HARTLEY

Oui, non. On travaille

pendant deux semaines à notre

école de hockey en Pennsylvanie

tous les étés. J'aime enseigner,

j'aime montrer ma passion que

j'ai pour le sport du hockey aux

jeunes. Puis en même temps,

je pense qu'on a une belle

relation. On a une chance de

travailler ensemble. Il voulait

exercer le même métier que son

père. Je pouvais pas dire,

je pouvais pas l'empêcher.


LINDA GODIN

Merci beaucoup, et

surtout, bonne saison.


BOB HARTLEY

Merci beaucoup.


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