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Carte de visite

Gisèle Quenneville, Linda Godin et Daniel Lessard rencontrent des personnalités francophones et francophiles. Découvrez ces politiciens, ces artistes, ces entrepreneurs ou ces scientifiques dont l'histoire, extraordinaire, mérite d'être racontée.

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Glen Pitre : cinéaste louisianais

Le cinéaste Glen Pitre est reconnu comme étant le père du cinéma louisianais. Il est aussi associé à un genre cinématographique typiquement louisianais, les Gumbo Westerns. Né dans le bayou, il a tout de même réussi à se tailler une place dans la jungle hollywoodienne et a côtoyé les plus grands : Robert Redford, Meryl Streep, Robert Duvall… Après sa carrière à Los Angeles, il est définitivement revenu là où il se sent le mieux : en Louisiane, notamment tout près du quartier français à la Nouvelle-Orléans.



Réalisateur: Linda Godin
Année de production: 2015

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VIDÉO TRANSCRIPTION

Titre :
Carte de visite


On se promène dans différents quartiers de la Nouvelle-Orléans.


GISÈLE QUENNEVILLE (Narratrice)

La Nouvelle-Orléans, berceau du

jazz et du blues, pays de gombo

et de jambalaya. Une ville

de rues étroites et de maisons

multicolores. C'est ici,

à quelques pas du quartier

français, que le cinéaste

Glen Pitre a pignon sur rue. Ce

Louisianais à multiples talents

fait des films, écrits des

livres, raconte des histoires;

des histoires sur sa ville,

sa région et ses racines.


GISÈLE QUENNEVILLE rencontre GLEN PITRE, cinéaste et auteur, dans une grande salle quelque part à la Nouvelle-Orléans.


GISÈLE QUENNEVILLE

Glen Pitre, bonjour.


GLEN PITRE

Bonjour, Gisèle.


GISÈLE QUENNEVILLE

Pourquoi avez-vous décidé ou

choisi d'être cinéaste? Est-ce

que c'est un rêve que vous

caressiez depuis longue date

ou vous êtes tombé là-dedans?


GLEN PITRE

C'était un rêve depuis ma

jeunesse. J'étais un jeune petit

bougre et je voulais faire

des films ou, comme on dit

sur le bayou, faire des shows.

Des movies. Même dans les

années 60, les années 70. Sur

les petits villages de bayou, ça

parlait seulement le français.


GISÈLE QUENNEVILLE

Hum!


GLEN PITRE

Et d'habitude, ça pouvait

pas lire ni écrire, mais ça

pouvait conter des contes. Et

j'ai été élevé avec des contes

d'ouragans, des contes

de loups-garous, des contes

d'événements et tout ça. Et...

Je sais pas d'où ça vient, mais

j'avais l'idée de prendre tous

ces contes et faire des movies

avec, faire des shows avec.


GLEN PITRE

Donc, vous avez commencé

à faire des films. Parlez-moi

des premiers films

que vous avez faits.


GLEN PITRE

J'ai commencé à faire des

films avec... Comme je t'ai dit,

c'était des histoires que j'ai

entendues sur le bayou dans mon

village, et... je faisais

des films... c'était des films

ambitieux, c'était des films

d'époque avec des costumes et

tout ça, tout le monde habillé.

Il fallait trouver des chevaux,

des charrettes et tout. Mais

c'était fait... avec pas un sou,

presque pas un sou. Ça fait

qu'on n'avait pas d'argent pour

les comédiens, et aussi, c'était

en français. Mais il y avait pas

de comédiens professionnels

qui parlaient le français cajun,

comme on dit. Ça fait que

j'ai mis ma mère et mon père

et mon frère et mes voisins

et mes cousins et tout le monde:

"Viens, viens. On a besoin de toi."

Et des fois, tout le village,

il y avait des... Oh God,

c'était ambitieux.

J'ai fait des séquences avec

300 figurants et c'était tout

le monde dans le village qui...

C'était pas comme astheure

que tout le monde a

une video camera.

Dans le temps, c'était rare.


GISÈLE QUENNEVILLE

Maintenant, ça, c'était les

premiers films. À un moment

donné, vous avez fait un long

métrage de fiction en anglais,

Belizaire the Cajun. Mais

c'était par rapport... Le sujet,

c'était encore une fois

les Cadiens. Est-ce que c'était

important pour vous...

... de mettre le pays cajun

sur le grand écran?


GLEN PITRE

Oui, oui, parce que ça, c'est...

Il y avait tellement des

histoires, il y avait tellement

des contes... à conter ici.

Et... c'est ça que je voulais

montrer au monde. C'est ça

que je voulais partager avec

le monde partout. Ça fait que,

vraiment, j'ai pas pensé à

faire autrement. C'était pas

jusqu'à... après Belizaire.

Et j'ai commencé à travailler

à Hollywood et des fois...

Avec quelqu'un dans le scénario.

"Tu peux réaliser ça?"

"Oui, oui, je peux le faire.

J'ai pas trop le temps,

mais je vais le faire pour toi."

Mais si c'était... si c'était un film...

... une idée pour un film qui

a commencé avec moi, c'était

tout le temps louisianais.

J'ai travaillé à Paris,

j'ai travaillé au Canada, j'ai

travaillé aux Indes, mais quand

je pouvais, j'ai travaillé

ici en Louisiane.


On présente un extrait du film : Belizaire the cajun


UNE FEMME

Promets-moi.

Don't tell

Matthew about the baby. Yeah?


UN HOMME

(En soupirant)


On revient à l'entrevue entre GISÈLE QUENNEVILLE et GLEN PITRE.


GISÈLE QUENNEVILLE

On dit que vous êtes

le père du cinéma cajun.


GLEN PITRE

Mieux que le grand-père,

peut-être.


GISÈLE QUENNEVILLE

Ha, ha, ha! Mais ça veut dire

qu'il n'y en avait pas,

de cinéma cajun, avant vous.


GLEN PITRE

Non, il y en avait pas. Il y

avait... il y avait des films

qui avaient quelques paroles

en français. Il y avait des

films qui étaient tournés

en Louisiane. Même...

Cecil B. DeMille, quand

il a fait le Buccaneer,

Les Boucaniers,

il a tourné quelques morceaux

ici en Louisiane. Mais...

vraiment, il y avait pas...

il y avait pas un cinéma d'ici.


GISÈLE QUENNEVILLE

Donc, si vous êtes le père

du cinéma cajun, est-ce qu'il

y a d'autres cinéastes cajuns

aujourd'hui? Est-ce que

vous avez eu des enfants?


GLEN PITRE

(En riant)

S'il y a des enfants. Hum...

Oui et non. Oui et non. Il y a...

En français...

... il y a presque rien.

On a perdu l'audience.

Il y a pas assez de monde

qui comprend assez le français ici

pour payer des salles

pour remplir les places.

Mais sur l'autre bord, il y a

beaucoup de jeunes cinéastes

qui sont après tourner des films

louisianais en anglais.

Mais que des... des histoires,

des contes, des films de fiction

et des documentaires aussi.


GISÈLE QUENNEVILLE

Vous, est-ce que vous faites

encore des films en français?


GISÈLE QUENNEVILLE

De temps en temps, de temps

en temps, mais... ça devient

rare. Des fois, on a fait...

Trois ou quatre ans passés,

on a fait un film pour Arte,

en France. On a tourné ici,

mais en français.


On présente un extrait du film : Cigarettes et nylons.


UN MILITAIRE

"Alors, suivez mon conseil,

signez, prenez l'argent...

et cherchez-vous

un bon petit mari français."


LA FEMME

C'est en anglais.


UN MILITAIRE

Forcément.


On reprend l'entrevue avec GLEN PITRE. Pendant l'entrevue, des photos d'archives défilent pour illustrer le propos.


GISÈLE QUENNEVILLE

Vous-même, vous avez été...

Et je sais pas, je dis "obligé",

mais je sais pas si vous avez

été obligé d'aller faire...

Vous êtes allé faire carrière

à Hollywood, vous avez passé

une vingtaine d'années là-bas et

vous avez fait des films, vous

avez travaillé avec des grands.

J'ai vu des photos, vous et

Robert Redford, Armand Assante,

qui était justement dans

Belizaire the Cajun,

et Tatum O'Neal, etc.

Est-ce qu'il fallait

que vous alliez à Hollywood

pour faire des films?

Ou pour faire de l'argent.


GLEN PITRE

Je peux passer dix semaines à

écrire un scénario et je peux...

C'est assez d'argent pour la

balance de l'année. Et je peux

faire mon propre ouvrage... pour

dix mois et travailler pour eux

pour deux mois. Ça fait que...

au moins, ça semblait comme ça.

Des fois, ça... l'âme est

volée un peu par Hollywood parce

que ça offre un tas d'argent

et c'est des projets intéressants.

Mais il faut les travailler,

il faut trouver un moyen de...

... subsister, et Hollywood

a bien travaillé pour moi.

C'était bien bon pour moi.


GISÈLE QUENNEVILLE

Mais vous êtes pas resté.


GLEN PITRE

Mais j'ai jamais déménagé

là-bas. J'ai tout le temps voté ici.

(En riant)

Ici en Louisiane.

Mais j'ai gardé un appartement

à Los Angeles et j'ai été là,

d'habitude, une semaine par

mois, des fois deux mois à

la fois pour faire le montage

sur un film ou des fois écrire

le scénario si le producteur

voulait que je sois là.

Mais c'était jamais chez moi.


Dans un grand corridor, des décors et des accessoires sont entassés.


GISÈLE QUENNEVILLE

Glen, on est dans

vos bureaux, vos studios,

qui sont en fait dans une

ancienne caserne de pompiers.

Qu'est-ce qui se passait ici

avant que vous arriviez?


On voit l'extérieur de la bâtisse.


GLEN PITRE

C'était un centre d'enfants

qui a mis des pièces ici.

Et après ça, c'était pour

les auditions de ballet, de danseurs.

Et là, la ville a décidé de le vendre.

Et nous autres, on a offert le plus et--


GISÈLE QUENNEVILLE

Mais faut dire que

votre maison est juste

de l'autre côté.


GLEN PITRE

Droite dans la cour arrière.

Et c'est ici qu'on fait

des castings pour les comédiens.

Ici, on fait les petits

tournages. Pas des gros films,

mais des entrevues ou des...

On appelle ça des pick-up. C'est

des séquences que t'as manqué

un plan et il faut le refaire,

juste ce plan. On peut faire ça

ici. Il y en a qui tournent

des music videos ici. Il y a

des classes, des comédiens

parce qu'il y a tellement

de productions de films

en ce moment ici,

à La Nouvelle-Orléans.


On montre le détail des affiches accrochées aux murs.


GISÈLE QUENNEVILLE

J'ai remarqué, il y a des

pancartes intéressantes ici.

Est-ce que c'est la compagnie

de votre père, ça?


GLEN PITRE

C'est pas vrai du tout, non.


GLEN PITRE

Chaque film, je monte

pour une affiche avec mon nom.


On présente un autre extrait de : Cigarettes et nylons. Ensuite on retourne dans l'entrepôt.


GLEN PITRE

Et des fois, c'est le magasin.

Des fois, c'est le Shrimp Company,

des fois, c'est le bar

pour boire. Des fois, c'est ça,

c'est ça, juste pour jouer.

(rires)

Pour jouer. Et des fois,

je les garde.


Avant de reprendre l'entrevue principale dans la grande salle, on présente quelques images pittoresques de la Nouvelle-Orléans.


GISÈLE QUENNEVILLE

Glen, vous, vous avez grandi

dans un petit village qui

s'appelle Cut Off. Avec un nom

comme ça, il doit y avoir une

petite histoire qui va avec

le petit village, n'est-ce pas?


GLEN PITRE

Il y a une histoire, mais

c'est pas aussi romantique...


GISÈLE QUENNEVILLE

Qu'on pourrait l'imaginer.


GLEN PITRE

C'était "cut off" dans le sens

d'un raccourci.


GISÈLE QUENNEVILLE

Maintenant, vous parlez du

bayou Lafourche et le fait que

vous avez grandi sur le bayou

Lafourche. Et je sais qu'il y a

beaucoup de Cadiens qui disent:

"Bon bien moi, j'ai grandi sur

le bayou untel, le bayou untel."

Qu'est-ce que ça veut dire, ça,

"grandir sur un bayou"?

Est-ce que c'est tout

simplement grandir

sur le bord d'une rivière

ou est-ce qu'il y a plus?


GLEN PITRE

C'est différent. C'est

différent. Tout le monde

restait dans des villages

qui étaient longs, mais...

C'était pas des villages comme

tu crois, des villages.

"Cut off", c'est... c'est plusieurs

miles comme ça, mais c'est

peut-être... 300 pieds

comme ça, parce que c'est...


GISÈLE QUENNEVILLE

Tout le monde est au bord de l'eau.


GLEN PITRE

Oui. Et... quand ça a partagé

la terre, tout le monde

voulait un petit peu--


GISÈLE QUENNEVILLE

Être au bord de l'eau.


GLEN PITRE

Oui, sur le bord de l'eau.

Et l'eau... tout... l'eau était

tout pour nous. Tu fais

ton métier avec ça.

Parce que dans le village,

presque tout le monde était

des pêcheurs, des pêcheurs

de crevettes. On dit des

chevrettes, mais des pêcheurs

de crevettes. Des pêcheurs de

poisson, des pêcheurs d'huîtres.


GISÈLE QUENNEVILLE

On parlait français chez vous?


GLEN PITRE

Oui.


GISÈLE QUENNEVILLE

À Cut Off? Tout le monde

parlait français à Cut Off?


GLEN PITRE

Presque tous. Comme mes

voisins d'à côté, ils parlaient

pas anglais du tout. Trois

de mes quatre grands-parents

ont jamais appris l'anglais.


GISÈLE QUENNEVILLE

Mais... vous, vous êtes

allé à l'école en anglais.


GLEN PITRE

L'école était strictement

en anglais. Ma mère et mon père

étaient punis dans le temps

pour parler français à l'école.

Et même pas dans la classe.

Et même... dans le cours...

Non, c'était... Ça voulait...

... défaire le français.

Parce que l'idée est que ça,

c'était la barrière de... d'être Américain,

de devenir riche,

d'avoir une bonne vie

de moyenne classe, de tout ça.

C'était le français

qui était dans le chemin.

Il fallait le pousser à côté.


GISÈLE QUENNEVILLE et GLEN PITRE sont sur la galerie de la maison de GLEN.


GISÈLE QUENNEVILLE


Glen, vous, vous habitez dans

une magnifique maison typique

de La Nouvelle-Orléans.


GLEN PITRE

Vraiment typique.


GISÈLE QUENNEVILLE

Parlez-moi d'abord

de cette maison ici.

Elle date de quelle année?


On montre des détails architecturaux pendant la description.


GLEN PITRE (Narrateur)

1893. Et on appelle ça

un shotgun.

C'était dans le style

victorien, avec tous les

froufrous partout, mais on

appelle ça un shotgun parce

que c'est comme un fusil. C'est

une chambre après l'autre, après

l'autre, après l'autre, et ça

se dit... c'est pas tout à fait

vrai, mais ça se dit que

tu pourrais tirer en avant et

la balle va passer chambre après

chambre, après chambre et sortir

par la porte en arrière.


De nouveau sur la galerie, GISÈLE QUENNEVILLE poursuit son entrevue.


GISÈLE QUENNEVILLE

Alors, qui habitait ici ce

quartier à l'époque? Parce qu'il

faut dire qu'on est vraiment pas

loin du quartier français

de La Nouvelle-Orléans.


Des maisons cossues et toutes blanches sont présentées pour illustrer la différence entre francophones et anglophones.


GLEN PITRE (Narrateur)

Mais ça, c'était un quartier

des travaillants. C'était pas le

monde riche; ça, c'était plutôt

sur l'autre bord de la ville.

Sur l'ouest, c'était le quartier

américain. Et sur l'est, c'était

le quartier français. Et ici,

c'était le... ... la partie

de la ville qui était française.


Un extrait de : Hurricane on the bayou est présenté. L'extrait ouvre sur une vue aérienne d'une ville inondée.





NARRATEUR

L'oeil du cyclone Katrina a évité

La Nouvelle-Orléans.

Mais en l'absence de protection

naturelle suffisante, l'ouragan

a éventré toutes les digues.

La ville a été envahie

par les eaux.


On revient à l'entrevue principale dans la grande salle.


GISÈLE QUENNEVILLE

Glen, on parlait des ouragans

tantôt et... l'ouragan

qui a marqué, n'est-ce pas, la

Louisiane, La Nouvelle-Orléans,

c'était Katrina, il y a dix ans

de cela. Vous, vous avez fait

un documentaire sur l'ouragan.

Est-ce que vous étiez ici

quand ça a frappé?


GLEN PITRE

C'est une drôle d'histoire.

J'ai travaillé avec

Greg MacGillivray,

qui fait des films IMAX.

Il a fait 50 films IMAX.

J'étais après travailler avec lui

sur un film. Le nom était

Avertissement d'ouragan

et c'était "si" un ouragan

de catégorie 5 tapait La

Nouvelle-Orléans. Et on a tourné

ça dans le mois d'avril, mois de

mars, mois d'avril, mois de mai,

en 2005. Et on croyait

qu'on était fini.

Et moi, j'étais à Los Angeles

après faire le montage.

Greg préparait son prochain

film sur les Alpes en Suisse.

Et ma femme, qui était ici à La

Nouvelle-Orléans, m'a appelé et

dit: "Il faut que tu reviennes

parce qu'il y a un ouragan qui

vient. Il faut prendre soin de

la maison." J'ai dit: "Oh, ça va

aller en Floride, tracasse-toi

pas." Elle a dit: "Non, non,

non, c'est sérieux, viens."

Ça fait que j'ai pris le dernier...

avant-dernier vol qui arrivait

à l'aéroport avant que

l'aéroport ferme. Et on a été

direct au gros magasin qui vend

le bois et prendre les feuilles

de bois pour mettre sur les

châssis partout. Et on a fait

ça ici en ville, notre maison.

Le jour après, on a été

sur le bayou parce qu'on avait

notre maison sur le bayou.

Et on a commencé à faire

la même affaire là-bas,

mais on a manqué de temps.

On n'avait pas assez de temps.

Et l'ouragan nous a pris là-bas.

C'était trop dur pour...

Ça a fermé les chemins. C'était

trop dur pour échapper. Ça fait

qu'on a passé l'ouragan là,

sur le bayou. Et c'était... pff!

I mean, le vent, le train...

Il y avait des morceaux

de maison qui étaient arrachés,

qui volaient avec le vent.

Et le jour après, il faut...

... batailler pour sortir

de la maison parce qu'il y avait

tellement de rivières qui

étaient à côté des portes.

Et tout était cloué. Ha, ha!

Et j'ai vu ça et c'était là, le

jour que les levées ont cassé et

l'eau est rentrée dans la ville.

Ça fait que j'ai appelé

en Californie et dit...


GISÈLE QUENNEVILLE

"Le film, ça marche plus."


GLEN PITRE

"Le film"... " Ça a changé le

scénario. Mais je suis ici, je

je vais trouver une caméra vidéo

ou quelque chose et je vais

aller dans la ville." Et Greg

a dit: "Non, non, non. On va

t'envoyer un IMAX camera."

J'ai commencé à parler. Il

a dit: "Je vais en envoyer deux,

une... par terre et une

autre par hélicoptère."

Et lui va en Switzerland.

Ça fait qu'on était ici dans

la ville avant le film, avant...


GISÈLE QUENNEVILLE

Hum-hum.


GLEN PITRE

Et après tourner premièrement

avec les helicopters

et avec des bateaux.

Parce que tout était...

(En soupirant)

C'est dur, c'est...

Tout ce que je connaissais

tellement bien était ruiné,

était foutu. Il y avait des...

Il y avait des boîtes, des

boîtes en carton, mais plein

de poches en plastique pour

des cadavres que tu peux prendre

ça, qu'ils "foldaient".

Il y avait... J'avais fait

beaucoup de films où tu dis:

"Coupe!" et tout le monde mort

se lève et s'en va manger,

va pour quelque chose à

boire. Mais ici, le monde était

vraiment mort, après flotter

sur l'eau. Il y avait du monde

sur le toit de leur maison

qui criait pour assistance.

On faisait ce qu'on pouvait.


Un nouvel extrait de Hurricane on the bayou montre l'ampleur de la catastrophe après Katrina et quelques sauvetages de rescapés.


NARRATEUR

Des milliers de personnes ont été

hélitreuillées.

La plupart n'ont pu sauver

que les vêtements

qu'ils avaient sur le dos.


On revient à l'entrevue principale dans la grande salle.


GLEN PITRE

C'était... Et chaque soir,

on arrivait à la maison...

ou chaque nuit... il fallait

appeler mes cousins, mes amis

qui restaient ici à

La Nouvelle-Orléans, mais ils

pouvaient pas rester longtemps,

et ça voulait connaître

sur leur maison, si j'ai passé

alentour. Ça fait qu'il faut...

J'avais une liste à appeler

pour dire: "Oui, non.

Tout ce que t'avais

la semaine passée..."


GISÈLE QUENNEVILLE

"Est plus là." Hum.


GLEN PITRE

"Est plus là."


Des extraits d'archives montrent l'équipe de tournage de Hurricane on the bayou.


GISÈLE QUENNEVILLE

Alors, vous faisiez ce

film-là, mais vous le viviez

également, vous étiez sinistré

vous-même. C'était votre ville.


GLEN PITRE

Oui. C'est différent.


GISÈLE QUENNEVILLE

Côté humain, ça a dû être

difficile, ça.


GLEN PITRE

Ah, c'est... Je pleure astheure.

Et c'était il y a dix ans...

tout... J'ai tout le temps

entendu parler du

post-traumatic stress

et, d'accord, peut-être que

c'est quelque chose, mais

c'est exagéré, tout ça. Mais...

(Avec émotion)

Après cet ouragan...

Il y avait pas un jour où

j'ai pas pleuré pour peut-être

un an... avec des affaires que

j'ai vues... Et nous autres,

on était chanceux. Tout était

arrangeable, tout était... L'eau

est arrêtée trois blocs d'ici.

On n'était pas inondé. On avait

du tracas avec le vent,

mais pas comme tous mes amis.

J'avais beaucoup d'amis

qui sont déménagés après ça,

jamais retournés. J'ai des amis qui...

qui se sont suicidés.

De bons cinéastes. Mais c'était trop.

c'était comme... Ma femme dit:

"C'était notre guerre."

C'est comme le monde

de l'Europe qui parlait

de la Deuxième Guerre,

c'était "notre" guerre.


Un nouvel extrait du film Hurricane on the bayou, est présenté. Un ciel couvert de nuages presque noirs avance sur un cimetière.


NARRATEUR

Le dimanche soir,

Katrina est devenue

l'un des plus gros cyclones

de cette puissance jamais vus.


Le cyclone vu de l'espace est monstrueux.


NARRATEUR

Son diamètre est alors

de 320 kilomètres.


Des dizaines de bateaux sont entassés et fracassés sur un pont.


On revient à l'entrevue avec GLEN PITRE dans la grande salle.


GISÈLE QUENNEVILLE

Comment est-ce que Katrina

a changé... La Nouvelle-Orléans,

les gens d'ici?


GLEN PITRE

Ça a changé... Il y a beaucoup

de monde qui est parti qui est

jamais retourné, qui va jamais

retourner, qui a été à Atlanta,

qui a été à Houston et commencé

de nouvelles vies là-bas.

Il y a... beaucoup de monde

qui est venu, qui a déménagé ici

pour les remplacer, parce que

le monde partout est venu

à La Nouvelle-Orléans après

cet ouragan pour les années

après pour donner la main,

pour refaire la ville. Et il y

en a pas mal qui est resté. Il y

a beaucoup qui était mauvais qui

a été nettoyé, comme les écoles

étaient... fameuses pour être...


GISÈLE QUENNEVILLE

Elles étaient pas bonnes,

les écoles ici?


GLEN PITRE

... malades, malades.


GISÈLE QUENNEVILLE

D'accord.


GLEN PITRE

Et ça, ça a beaucoup changé.

Il y a des affaires comme ça.

Le monde... La ville change

le monde et le monde

change la ville.


GISÈLE QUENNEVILLE

Et comment est-ce que

Katrina "vous" a changé?


GLEN PITRE

Ah! J'ai été élevé

avec des ouragans.

Quand j'avais 9 ans,

Betsy est passée, et...

c'était après détruire

la maison, notre maison, et

on était dedans pendant l'oeil

d'ouragan. On a fait comme les

trois petits cochons qui étaient

dans la maison de brique...

... pas loin, avec tout le voisinage.

Ça fait que... Et j'ai été

élevé avec des contes

d'ouragans. Mon grand-père,

un soir en 1893, a perdu quatre

frères et soeurs, un petit bébé

qui a été pris par l'eau.

Il a jamais vu encore.

Ça fait que... Tous les vingt ans...

On a des ouragans qui viennent

pour réveiller toutes

ces mémoires, pour te laisser

connaître qu'il y a pas

grand-chose qui dure

pour l'éternité.

On vit pour le moment et... il

faut prendre la joie où tu peux

et quand tu peux, et partager

avec les voisins à côté.


GISÈLE QUENNEVILLE

Glen Pitre, merci beaucoup.


GLEN PITRE

Merci, merci, Gisèle.


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