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Carte de visite

Gisèle Quenneville, Linda Godin et Daniel Lessard rencontrent des personnalités francophones et francophiles. Découvrez ces politiciens, ces artistes, ces entrepreneurs ou ces scientifiques dont l'histoire, extraordinaire, mérite d'être racontée.

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Zachary Richard : auteur-compositeur-interprète

Francophone militant, écologiste engagé, poète, chanteur, auteur et compositeur, Zachary Richard est très attaché à sa Louisiane natale. Il est le plus américain des francophones et le plus francophone des Américains. Ses mélodies uniques nous mènent tout droit au fond des bayous et ses paroles évoquent une appartenance inconditionnelle à sa chère Louisiane. Zachary Richard a beau voyager en Europe et au Canada pour y donner des spectacles, tout le ramène au coeur du pays cajun. Il est un véritable ambassadeur de sa culture et de sa langue.



Réalisateurs: Joanne Belluco, Charles Pepin
Année de production: 2015

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VIDÉO TRANSCRIPTION

Générique d'ouverture


Titre :
Carte de visite


ZACHARY RICHARD joue de la guitare.


ZACHARY RICHARD

♪ Je m'appelle Jean ♪

♪ Jean Batailleur ♪

♪ Je m'ennuie tant

que ça me fait peur ♪

♪ Je suis orphelin

et abandonné ♪

♪ Sous la pleine lune

on m'a trouvé ♪


Pendant que l'animatrice, GISÈLE QUENNEVILLE fait une courte présentation de son invité ZACHARY RICHARD, auteur-compositeur-interprète celui-ci continue de chanter en s'accompagnant à la guitare.


GISÈLE QUENNEVILLE (Narratrice)

C'est un son unique.

Une mélodie qui nous

amène dans le fond des bayous.

Des paroles qui évoquent une

appartenance inconditionnelle

à sa chère Louisiane.


ZACHARY RICHARD

♪ C'est pas la peine ♪

♪ Faire comme si ♪

♪ Tout est foutu

tout est pourri ♪

♪ La vie est dure ♪

♪ Y'a pas d'espoir ♪

♪ Quand on est mauvais

comme moi ♪


GISÈLE QUENNEVILLE (Narratrice)

Zachary Richard voyage le

monde entier à faire des

spectacles, mais tout le ramène

ici, au coeur du pays cajun.


ZACHARY RICHARD

♪ Plus je vois clair ♪


GISÈLE QUENNEVILLE (Narratrice)

Il est le plus américain

des Francophones et le plus

francophone des Américains.

Un ambassadeur pour sa culture,

sa langue et son pays.


ZACHARY RICHARD

♪ Des fois je vois

l'étoile rouge ♪

♪ J'entends l'appel ♪

♪ Je sens le loup ♪

♪♪♪



GISÈLE QUENNEVILLE commence l'entrevue avec ZACHARY RICHARD dans un studio d'enregistement.


GISÈLE QUENNEVILLE

Zachary Richard, bonjour.


ZACHARY RICHARD

Bonjour, Gisèle.


GISÈLE QUENNEVILLE

Vous avez commencé où?

Où est-ce que vous avez eu

ces premiers débuts en musique?


ZACHARY RICHARD

À l'église.


GISÈLE QUENNEVILLE

À l'église?


ZACHARY RICHARD

À l'église, oui.

J'ai eu, c'est plutôt une épreuve,

de se faire éduquer

par les frères de La Salle.

Donc, c'était une éducation

assez stricte.

L'évêque du diocèse de Lafayette

a décidé qu'il voulait faire

concurrence aux Vienna Boys Choir.


GISÈLE QUENNEVILLE

Il visait haut.


ZACHARY RICHARD

Bien oui, complètement.

Puis on a failli le faire.

On a failli passer sur

le Ed Sullivan Show. On avait

tous des petits coats verts

avec l'emblème de l'évêque

sur la poche et puis, tous

les dimanches, on chantait

la grande messe, habillés

comme des moines, en soutane.

Donc, j'ai passé l'audition à

8 ans et je suis devenu ensuite

le premier soprano, puis on m'a

donné des cours. Parce que

j'avais la responsabilité de

tourner les pages pour le joueur

d'orgue en plus de chanter.

Et ça m'a donné, non simplement

l'amour de la chanson, mais

aussi la justesse, la technique.

Je chante depuis que j'ai 8 ans

d'une façon assez disciplinée,

mais toujours avec énormément

d'amour. Une fois que

j'ai atteint mes 12-14 ans,

j'ai délaissé le Bon Dieu

pour chanter pour le Diable

et le rock'n roll. Mais comme

disait ma grand-mère toujours:

"Le Bon Dieu te respecte

quand tu travailles, mais

il t'aime quand tu chantes."


GISÈLE QUENNEVILLE

Chanter en français, ça a

toujours fait partie de qui vous

étiez? Parce qu'en Louisiane,

c'est quand même anglophone.


ZACHARY RICHARD

Non, moi, je viens

d'une famille très typique. Dans

le sens que dans ma génération,

on passait sa vie en anglais,

c'est-à-dire l'école,

tout ce qui était officiel.

Mes parents me parlaient en

anglais. Mais il y avait mes

grands-parents qui étaient

unilingues francophones.

À l'époque, avant la télévision,

il y avait cette grande tradition

de contes. Mon grand-père

était un conteur.

Ma grand-mère était

une gigueuse. Ça giguait et ça

chantait, et autour du foyer

d'André Boudreau, il y avait une

telle joie de vivre, et je pense

que c'est pour ça que je parle

encore français. Parce que

j'essaie, subconsciemment

ou consciemment, de reproduire

cet amour que je sentais

dans cette maison.

Tout le monde riait, tout le

monde était de bonne humeur,

et il se passait tellement

de choses. Et moi, je voyais

ça et je voulais être comme eux.

Parce que de l'autre côté,

il y avait mes parents qui

me parlaient en anglais.

Ils étaient sérieux et bon,

il y avait l'école, et la radio,

et la télévision américaine,

mais je trouvais ça beaucoup

moins intéressant que les éclats

de rire et les contes, et puis

cette exubérance que je trouvais

chez mes grands-parents. Alors,

j'étais vraiment corrompu,

séduit, je sais pas, mais

j'étais vraiment attiré

par cette culture.

Et avec cette sonorité et cette

langue, cette langue, cet

accent, ce style de syntaxe,

tout ce qui est typique de la

Louisiane, qui est la langue que

j'essaie toujours d'honorer et

de... de promouvoir à ma façon.


GISÈLE QUENNEVILLE

Mais là, vous êtes, disons, un

jeune ado. Jusqu'à maintenant,

j'entends beaucoup parler de

religion, d'amour, de respect,

mais on est quand même

aux États-Unis, les années

1960-1970. Vous avez dû

vous rebeller à un moment donné?


ZACHARY RICHARD

Ça a commencé tôt pour moi,

parce que quand je suis sorti

du séminaire, en fait,

j'ai commencé à boire. J'avais

des bouteilles de vodka cachées

en dessous des buissons.

Ça fait que je sortais. Et

j'étais bien obligé parce

que mes parents avaient une

bouteille de Jack Daniel's et

ils avaient compris quelque

chose. Ils ont commencé à

mettre des marques.

À un moment donné, ils m'ont

confronté avec ça. Je venais

d'une... En fait, c'est

une tradition de famille.

Ma mère vient d'une famille de

six enfants dont elle était

la cadette et elle avait cinq

frères. Les meilleurs buveurs du

pays. Avec mon grand-père à la

tête. Ça fait que bon, on aimait

ça. Dans mon village... C'est ça

l'histoire de Jean Batailleur.

Dans mon village, il y avait

rien à faire, le samedi soir,

pour un adolescent, sauf d'aller

se soûler et se taper les uns

sur les autres. Donc, c'était

vraiment une société assez...

primitive, je dirais, quelque

part. Et il y avait une certaine

schizophrénie parce qu'en

même temps, j'étais attiré, j'ai

découvert... Mes parents m'ont

envoyé dans des cours de

dessins, dans des cours de

musique. Je chantais

constamment. Donc, il y avait

cette vie culturelle qui

m'attirait beaucoup, mais il y

avait aussi ce côté primitif

qui était la vie dans

le sud-ouest de la Louisiane,

à l'époque. Mais je vivais très

bien là-dedans. Je suis tombé

en plein dans la contre-culture.

L'année 1968, c'est l'année

que je me suis défini,

comme être humain, je pense.

Parce que j'ai découvert ma

sensibilité artistique, et mon

engagement social, et la façon

dont je vois le monde. Ça a tout

été créé pour moi, en 1968.

La poésie. J'ai fait mes

premiers poèmes. J'ai fait mes

premières chansons. Et puis, je

savais à ce moment-là ce que

je voulais faire avec ma vie.

C'était de créer de belles

choses pour partager avec le

monde, pour essayer d'embellir

l'expérience de tous.


GISÈLE QUENNEVILLE

Aujourd'hui, vous êtes

musicien, vous êtes poète, mais

vous avez un projet quand même

assez spécial en marche sur la

poésie: Les Cenelles. Qu'est-

ce que c'est Les Cenelles?


ZACHARY RICHARD

D'abord, les cenelles, ce

sont des baies. On dit: "les

s'nelles". Mayhaw, en anglais.

Et plus intéressant, c'est

le premier recueil de poésie

afro-américaine dans l'histoire

des États-Unis. Ça a été publié

en Nouvelle-Orléans en 1845.

C'est un anthologie de poésie

par, ce qu'on appelait, des gens

de couleur libres. Donc, des

Francophones, c'est ce qui est

intéressant. Et on a découvert

une des cinq copies qui existent

encore dans le monde, à

Montréal. On est en train,

actuellement, de faire la

tournée des bibliothèques en

Louisiane. Ce qui est surtout,

non simplement, l'occasion

de faire découvrir cette partie

de notre histoire qui est assez

fabuleuse, mais surtout, de

valoriser l'expérience française

en Amérique et en Louisiane

en particulier.


GISÈLE QUENNEVILLE

Et qu'est-ce qu'ils

racontent, ces poèmes-là?


ZACHARY RICHARD

Ça parle de la beauté et

de l'amour, mais moi, je crois,

et on est plusieurs à croire que

ce n'est qu'une métaphore pour

la Louisiane. Quand on parle

de la beauté et l'amour.

Puis la rupture souvent.

Ce n'est qu'une métaphore

pour la Louisiane.


ZACHARY RICHARD lit un poème intitulé chant d'amour dans un studio d'enregistrement.


ZACHARY RICHARD

Pour chanter la beauté

que j'adore, ô ma lyre,

seconde mes efforts.

De tes sons les plus doux

sous l'aile du zéphyr,

porte-lui les accords.

À la vague qui vient

mourir sur le rivage,

aux oiseaux dans les airs,

à la brise du soir

caressant le feuillage,

emprunte tes concerts.

Recueille de la nuit

ses mille sons étranges,

mais doux, harmonieux,

qui font que l'âme croit ouïr

la voix des anges

qui chantent dans les cieux.

Si ma bouche jamais près d'elle

n'osa faire l'aveu

de mon ardeur,

ô ma lyre, aujourd'hui,

dis-lui donc ce mystère,

ce secret de mon coeur.

Puisse de tes accords la suave

harmonie s'exhaler doucement.

Comme un concert lointain.

Comme une symphonie,

dans un écho mourant.


De retour dans le studio d'enregistrement, assis l'un face à l'autre, GISÈLE QUENNEVILLE et ZACHARY RICHARD poursuivent leur entretien.


GISÈLE QUENNEVILLE

Zachary, en 1994, vous êtes

allé, je pense, pour la première

fois, au Congrès mondial

acadien, qui était à Shédiac,

au Nouveau-Brunswick, cette

année-là. Et je pense que ça a

été un point tournant pour vous,

pour votre carrière.

Qu'est-ce qui s'est passé?


ZACHARY RICHARD

Ma carrière francophone

ressemble à la carrière

du Parti québécois, dans le sens

que je suis arrivé en 1976

et je suis parti en 1981.

Et là, j'avais traîné ma

brouette à travers le monde,

mais je chantais essentiellement

en anglais. J'avais produit

quatre albums de langue anglaise

et c'était de 1981 à 1996,

le nouveau. Mais là, on m'invite

pour aller au congrès. Ça

faisait des années, plusieurs

années, enfin, beaucoup

d'années, depuis que j'avais mis

les pieds au Canada. J'arrive

là-bas et c'est comme, wow!

Je pense que c'est pas une

question de volonté personnelle.

J'ai été vraiment kidnappé

par mon héritage qui est venu

me prendre par la nuque et m'a

secoué. Parce que, suite à

cet événement, je me suis mis

à composer en langue française

pour la première fois depuis

15 ans. J'ai composé

Jean Batailleur en quittant Moncton

pour aller jusqu'à L'Auberge

des Gouverneurs sur la rue Berri

à Montréal. Je me souviens

toujours. Et j'ai commencé

à composer des chansons en

langue française sans raison.

Et j'ai un ami qui est batteur

en France qui est venu du Texas.

Il avait une grande carrière de

batteur en France et il est

devenu producteur. Il m'appelle,

il dit: "On a créé une nouvelle

maison de disques en France.

Est-ce que tu connais

des artistes qui chantent

en français?" J'ai dit...

"C'est moi! C'est moi!"

Ça fait que : Cap enragé

en est le résultat.

Ma carrière, c'est une espèce

de revolving door.

C'est comme... Un moment,

c'est français; un moment,

c'est anglais. J'ai jamais...

réussi à faire comprendre aux

Anglais que je chantais en

français, et les Francophones,

ils ignorent plus ou moins aussi

ma carrière anglaise. Ça fait

que bon, à un moment donné,

je suis là, et à un autre

moment donné, je suis là.


GISÈLE QUENNEVILLE

Cette idée première,

elle vient d'où? La source

d'inspiration vient d'où

et est-ce que la source

est différente que ce soit

en français ou en anglais?


ZACHARY RICHARD

Le travail de l'artiste, qu'il

soit musicien, peintre,

poète, écrivain, peu importe,

c'est justement d'ouvrir

les rideaux et de permettre

cette expérience universelle

de nous habiter. Nous sommes

les instruments de quelque chose

qui est beaucoup plus grand.

On peut appeler ça "l'universel"

ou "Dieu", peu importe. Mais

c'est sûr qu'au fond de toute

expérience humaine, il y

a quelque chose que nous

partageons. La joie, la

souffrance, toutes les émotions.

Et puis, à un moment donné,

ça surgit. Et moi, j'entends

la musique tout le temps.

Tu sais, c'est comme

j'entends des voix.

Non, c'est vrai. Alors,

j'entends la musique et

la mélodie. En plus, je rêve

la nuit. Je me réveille

et j'ai toujours mon...

Avant, j'essayais de me souvenir

des notes et puis de les

écrire. Mais là, j'ai mon petit

recorder, ça fait que bon...

Et puis, j'ai comme des

heures d'enregistrement de:

(Avec une voix rauque)

"Raw raw raw",

tu sais, une voix très endormie.

Donc, la mélodie, ça fait partie

de ma vie, de mon subconscient.

Depuis toujours, depuis

l'âge de 8 ans, je chante.

Donc, ça rentrait dans mon for

intérieur d'une telle façon que

ça surgit constamment en tant

que mélodie. Mais là, ça,

c'est le plus facile.


GISÈLE QUENNEVILLE

Donc, la mélodie

vient avant le texte?


ZACHARY RICHARD

Bien sûr. Oui, oui. Ou bien,

je prends une guitare, je vais

barboter, blablabla, et à un

moment donné va surgir un son.

Et le son, déjà, est dans

une langue identifiable. Je sais

déjà tout de suite à cause de la

sonorité de ce premier jet, si

c'est en anglais ou en français.

Donc, c'est la chanson

qui choisit sa langue.


GISÈLE QUENNEVILLE

J'étais en Louisiane, il y a

quelques semaines, et une des

choses qui m'a frappée, c'est

à quel point la culture cadienne

est forte. Elle est présente,

elle est vivante, qu'on parle le

français ou pas. Et beaucoup

plus vivante, la culture

cadienne, que la langue

française. Est-ce que

c'est juste de dire ça?


ZACHARY RICHARD

Parfaitement.


GISÈLE QUENNEVILLE

Est-ce que c'est dangereux

ou est-ce que c'est

une bonne chose?


ZACHARY RICHARD

C'est pas une question de

danger. Je pense que c'est

juste... Quand on comprend

l'évolution de cette société-là,

ça fait 250 ans que mes ancêtres

sont arrivés. 250 ans, ça fait

du temps. Et depuis, la plupart

de ça, nous sommes américains.

Mon arrière-grand-père "chose"

s'est battu à la bataille

de Nouvelle-Orléans.

Mes grands-pères se sont battus

dans la Guerre de Sécession. Mon

père était dans la Deuxième

Guerre mondiale du côté des

Américains, bien évidemment.

Alors, toute cette expérience

américaine nous a forgés. Et on

a vécu, au début du XXe siècle,

comme ça se faisait partout, y

compris en Saskatchewan. La loi

était publiée la même année

qu'en Louisiane qui interdisait

le français, qui bannissait le

français de la place publique.

Donc, nous avons subi, nous

avons connu, en Louisiane,

des expériences sociales

et politiques qui font que

le français a perdu beaucoup

de sa valeur dans les yeux

des Cadiens eux-mêmes.

Pendant très, très longtemps,

le français était dénigré à un

tel point que nous avons,

malheureusement, et ça, c'est

parce que nous étions illettrés.

Pas au départ, mais rendu dans

le milieu du XXe siècle, il y

avait pas d'éducation de langue

française qui aurait permis

une défense de la langue plus

solide. Donc, c'était une langue

de party, une langue de fin de

semaine plutôt qu'une langue

de travail et du quotidien.

Mais c'est un moment très

excitant pour le français en

Louisiane parce que maintenant,

on a le soutien de nos

amis anglophones. On a

une compréhension de la valeur

de la langue française qui

nous permet, non simplement,

de faire partie de cette grande

francophonie, mais aussi,

de promouvoir notre culture.

C'est une valeur, non simplement

touristique, mais aussi

économique, dans le plus large

du sens. Alors, c'est vraiment

un moment très intéressant pour

la francophonie Louisianaise.


ZACHARY RICHARD chante en s'accompagnant à la guitare.


ZACHARY RICHARD

♪ Les belles journées

tirent à leur fin ♪

♪ Les feuilles des arbres

vont bientôt rougir ♪

♪ à la veille du grand départ ♪

♪ Chacun partit de son bord ♪

♪ C'est ça la vie

des migrateurs ♪

♪ Que le vent souffle

sous tes ailes ♪

♪ Un vent du nord

pour t'emmener en Louisiane ♪

♪ Je resterai

toujours fidèle ♪

♪ J'espère

te voir un beau jour ♪

♪ On est tous partis

sur le même voyage ♪

♪ Chacun suit sa propre voie ♪

♪ On se verra au printemps ♪

♪ Porte-toi bien jusque-là ♪

♪ Pense au plaisir

des retrouvailles ♪

♪ Que le vent souffle

sous tes ailes ♪

♪ Un vent du nord

pour t'emmener en Louisiane ♪

♪ Je resterai

toujours fidèle ♪

♪ J'espère te revoir

un beau jour ♪

♪ Je sens l'appel

du grand voyage ♪

♪ Je me lance

dans le ciel encore ♪

♪ Que ton trajet te ramène

à mes côtés ♪

♪ J'ai tellement

de plaisir avec toi ♪

♪ Tellement de plaisir

avec toi ♪


On revient à la portion entretien entre GISÈLE QUENNEVILLE et ZACHARY RICHARD.


GISÈLE QUENNEVILLE

Zachary Richard, vous avez

fait un AVC, il y a cinq ans.

De ce côté-là, est-ce

que ça va bien?


ZACHARY RICHARD

Hum, hum.


GISÈLE QUENNEVILLE

Hum, hum?


ZACHARY RICHARD

J'ai pu... réfléchir à l'importance

de l'amitié, de l'amour...

La vie est très fragile, et

surtout dans ces temps-ci où on

vit dans une espèce

de précarité permanente.

La vie est précieuse. Il faut se

dépêcher d'aimer. Je n'ai plus

le temps de m'obstiner, de faire

des choses négatives. La vie

est bien trop importante

pour la gâcher.

Depuis ce temps-là, j'ai fait

plusieurs albums. J'ai fait

plusieurs tournées. J'ai écrit

même des livres. Ça fait que

je continue à créer des choses

et puis à partager l'amour

de la vie avec mes proches.

Alors, bon, je pourrais

pas demander plus.


GISÈLE QUENNEVILLE

Vous avez un petit-fils qui

s'appelle Émile qui a une

quinzaine d'années.


ZACHARY RICHARD

Il a 16 ans.


GISÈLE QUENNEVILLE

16 ans maintenant. Il y a

quelques années, vous avez...

vous avez travaillé ensemble.

Vous avez fait un album ensemble

et c'était à sa suggestion.

Qu'est-ce que ça

vous a apporté, ça?


ZACHARY RICHARD

Oh, beaucoup. Et c'est

pas dans le passé; c'est de

l'actualité. On travaille

actuellement sur son deuxième

album qui va prendre

une tendance...

Nettement différente, parce

qu'avant, il avait 10 ans et

c'était du folk. Maintenant, il

en a 16 et c'est du hip-hop.


GISÈLE QUENNEVILLE

Zachary Richard

fait du hip-hop?


ZACHARY RICHARD

Avec Émile. Enfin, je prétends

pas être un rappeur, mais j'ai

un téléphone et j'appelle

les autres qui peuvent

le faire à ma place.

Émile est une espèce de phare

pour moi parce qu'il est, non

simplement, un enfant plein

d'amour, mais aussi, c'est

un enfant... handicapé.

Et comme il le dit lui-même,

il est handicapé, mais pas

beaucoup. Donc, il a des

problèmes neuromoteurs, mais ça

l'empêche pas de... Parce qu'il

est pas demeuré, au contraire.

Il voit très juste. Et donc, il

m'apporte beaucoup de fraîcheur,

d'innocence, de courage, d'espoir.

Toutes sortes de

choses qui sont vraiment

très importantes pour moi.

Quand j'ai fait mon AVC, il est

venu en Louisiane m'aider parce

que mes premiers jours à la

maison, on faisait des exercices

ensemble. Il était très curieux

parce qu'on partage la même...

La même affliction, en quelque

sorte. Parce que, bon, son

problème neuromoteur ressemble

en quelque sorte aux problèmes

que j'ai eus. Ça fait qu'on

faisait des exercices

d'équilibre et autres choses.

Non simplement pour s'améliorer

individuellement, mais aussi de

partager. Alors, c'est quelqu'un

qui m'a donné beaucoup, et

que j'aime beaucoup

et que je continue à travailler,

à collaborer avec lui. Et puis,

je pense, enfin, moi, je suis

partant pour toujours. Je sais

pas quand est-ce qu'il va...


GISÈLE QUENNEVILLE

Qu'il va larguer

le grand-père!


ZACHARY RICHARD

Les enfants, souvent, ils

arrivent à un moment où ils

disent: "Le vieillard, ça suffit

là." On est pas rendu à ça encore.


GISÈLE QUENNEVILLE

Vous êtes le plus francophone

des Américains. Le plus

américain des Francophones.

Est-ce que vous êtes

l'un plus que l'autre?


ZACHARY RICHARD

Je sais pas. C'est comme...

Ça pourrait sembler être une

espèce de conflit intérieur.

Parce que, bon, on est de quel

côté? C'est le

revolving door.


GISÈLE QUENNEVILLE

Qui revient!


ZACHARY RICHARD

Dans quel sens. Je pense que

l'anglais, c'est la langue dans

ma tête, et le français,

c'est la langue de mon coeur. Je

préfère parler français. Après

Cap enragé, on s'est installés

au Québec, d'une façon

permanente. Et là,

j'ai fait un effort...

considérable d'améliorer mon

français. Alors, je suis

toujours en train de réconcilier

ces deux tendances, à la fois

du français standard, universel,

qui me permet de m'adresser

aux Francophones partout, et

l'exotisme du parler louisianais

qui est quelque chose,

si je restais trop là-dedans,

ce sera un peu exigeant

comme compréhension

pour les autres Francophones.

Donc, j'essaie de combiner

les deux de la meilleure façon.

Et pour me créer un style qui

m'est propre et qui va résonner

à travers la francophonie.

Américain, oui, je suis

américain. Je suis attaché

à ce pays-là. Bien qu'il est

dans une dynamique que j'estime

très dangereuse actuellement.

Politiquement, j'en parle pas.

Mais j'essaie de ne pas me

laisser trop influencer par des

choses et de rester positif et,

quand même, d'espérer que nous

allons pouvoir résoudre tous

ces problèmes sociaux, nous

permettant de vivre avec...

toujours de l'espoir.


GISÈLE QUENNEVILLE

Zachary Richard, merci.


ZACHARY RICHARD

Merci.


Générique de fermeture


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