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Carte de visite

Gisèle Quenneville, Linda Godin et Daniel Lessard rencontrent des personnalités francophones et francophiles. Découvrez ces politiciens, ces artistes, ces entrepreneurs ou ces scientifiques dont l'histoire, extraordinaire, mérite d'être racontée.

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Ashley Herrick de l'Atchafalaya National Heritage Area (Louisiane)

Ashley Herrick fait partie d’une équipe qui fait la promotion de la région du bassin d’Atchafalaya en Louisiane: une zone regroupant des bayous mais aussi 14 paroisses partiellement francophones. Cette jeune Louisianaise anglophone a découvert ses racines cadiennes dans la jeune vingtaine. En l’espace de quelques années, elle a appris la langue et la culture de ses ancêtres, au point où aujourd’hui, elle est une ambassadrice du fait français en Louisiane…



Réalisateur: Linda Godin
Année de production: 2015

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VIDÉO TRANSCRIPTION

Générique d'ouverture


Titre :
Carte de visite


Pendant que GISÈLE QUENNEVILLE présente son invité, ASHLEY HERRICK, directrice adjointe du Atchafalaya National Heritage Area, on montre des images de la ville de Bâton-Rouge. L'entrevue se déroule dans une boutique d'antiquités.


GISÈLE QUENNEVILLE

Bâton-Rouge est la capitale

de la Louisiane. Une ville

de 250 000 habitants située

sur les rives du Mississippi.

Une ville en pleine expansion,

qui a accueilli des milliers

de Louisianais qui se sont

relocalisés après

l'ouragan Katrina.

Juste à l'ouest de Bâton-Rouge,

le bassin de l'Atchafalaya.

Le plus grand bassin du genre en

Amérique du Nord, avec marais,

bayous, lacs, et forêts.

Ashley Herrick est responsable

de faire la promotion du

tourisme de la région. Non

seulement du bassin, mais

aussi des 14 paroisses qui

l'entourent. Cette jeune

Louisianaise a découvert ses

racines cadiennes au début de

la vingtaine. Dans l'espace de

quelques années, elle a appris

la langue et la culture de

ses ancêtres au point où

aujourd'hui, elle est

une grande ambassadrice

du fait français en Louisiane.

♪♪♪

Ashley Herrick, bonjour.


ASHLEY HERRICK

Bonjour.


GISÈLE QUENNEVILLE

Ashley, à quel moment est-ce

que tu t'es dit: "Moi, je

vais apprendre le français?"


ASHLEY HERRICK

En fait, les gens rigolent

quand je dis que j'ai trouvé ma

francophonie dans un pays plutôt

anglophone. C'était quand je

suis partie pour faire un an

à l'étranger étudier au

Pays de Galles, pendant

l'université. Et c'était là que

j'ai été introduite à l'idée de

vivre dans une culture bilingue.

Avec des panneaux d'autoroutes,

il y a des chaînes de télévision

là-bas qui sont en anglais et

en gallois. Et aussi, j'ai

rencontré des gens qui venaient

de partout, des pays différents

qui parlaient au moins deux si

ce n'est pas trois ou quatre

langues. Donc, je me suis dit,

si un jour, je veux travailler

dans un milieu international,

il faut que j'apprenne une autre

langue. Et donc, j'ai choisi

le français parce que c'est lié

avec ma culture, ma famille

et la Louisiane.


GISÈLE QUENNEVILLE

Alors, toi, ta famille est

de descendance française,

ici en Louisiane?


ASHLEY HERRICK

Euh... Oui et non. Mais

grands-parents viennent des îles

Canaries, où leur famille, leurs

ancêtres, mais en fait, ils

parlaient le français quand ils

étaient petits à la maison

avec leurs parents et leurs

grands-parents. Mais dans les

années 1920, c'était interdit de

parler français à l'école, donc

dès qu'ils étaient arrivés à

l'école, pouf! Plus de français.

Donc, aujourd'hui, je suis

la seule francophone

dans ma famille.


GISÈLE QUENNEVILLE

Est-ce qu'il était

difficile d'apprendre

le français au début

de la vingtaine, à peu près?


ASHLEY HERRICK

Oui, oui, j'avais 20 ans quand

j'ai commencé. C'était peut-être

difficile, mais d'une autre

façon que pour les gens...

d'autres gens. Parce que je suis

partie pour faire l'immersion.

Donc, je suis partie en

Nouvelle-Écosse, j'ai passé

cinq semaines à l'Université

Sainte-Anne. Et c'était là

où j'ai commencé à penser en

français, à rêver en français.

Et à la fin de ces cinq

semaines, c'était bizarre

pour moi de changer et

parler à nouveau en anglais

pendant quelques jours.


GISÈLE QUENNEVILLE

Alors, parle-moi un peu

de ce programme d'échange en

Nouvelle-Écosse? T'es arrivée

là, qu'est-ce que tu as vu?

Qu'est-ce que tu as fait

pendant cinq semaines?


ASHLEY HERRICK

Well, en fait, on est allés

voir la région, on est allés

À Grand-Pré pour voir où les

Acadiens ont été déportés. Donc,

j'ai beaucoup appris des racines

des Louisianais qui sont

arrivés ici il y a longtemps.

Aussi, on avait une soirée

louisianaise avec du gombo,

des musiciens qui jouaient

la musique cajun et le zydeco.

Donc, c'était un bon moment

pour moi de devenir fière d'être

louisianaise et aussi de me

sentir comme faisant partie de

cette communauté francophone

qui est partout au monde.


GISÈLE QUENNEVILLE

J'ai l'impression que les

Cadiens de la Louisiane ont

peut-être plus d'affinités avec

les Acadiens du Canada, que ce

soit le Nouveau-Brunswick ou

la Nouvelle-Écosse, qu'ils ont

peut-être avec les Québécois.

Est-ce que je me

trompe là-dessus?


ASHLEY HERRICK

Euh, je dirais non, à mon

avis, je crois que c'est vrai.

On se sent un peu plus liés aux

Acadiens. Mais quand même, les

Québécois, je crois que... Ils

comprennent aussi la difficulté

d'être dans un pays anglophone,

même si le Québec, le français

est la langue du Québec.


GISÈLE QUENNEVILLE

À quel moment est-ce que

tu t'es dit: Ça y est,

je suis francophone?


ASHLEY HERRICK

Euh, je crois que c'était

quand j'étais choisie comme

jeune ambassadrice de la

francophonie des Amériques.

C'est avec le Centre de la

francophonie des Amériques,

qui est basé au Québec. Ils

avaient une conférence de dix

jours à Montréal pour beaucoup

de jeunes francophones pour

venir et de discuter ce qu'ils

font dans leur communauté, leur

pays. Ils avaient même des gens

qui venaient d'Haïti, de

l'Amérique du Sud, mais

qui parlent français

et qui sont actifs dans

la communauté française là-bas.

Donc, je me suis dit: OK,

peut-être, je sais pas comment,

mais je suis devenue une leader

d'une certaine façon, pour

la francophonie, surtout

pour des jeunes ici.


GISÈLE QUENNEVILLE

Tu as aussi eu l'occasion

d'aller en France. C'est là que

tu as fait un stage, je pense.

Parle-moi un peu de

ce que t'as fait là-bas.


ASHLEY HERRICK

En fait, j'ai habité

deux fois en France.

La première fois, j'étais

assistante d'anglais dans

un collège et un lycée dans

les Alpes. Et ça, j'ai jamais

voulu être enseignante,

mais c'était une bonne occasion

d'améliorer mon niveau en

français. C'était juste après

Sainte-Anne en fait, que j'ai

fait ça. Et puis, j'ai fait une

maîtrise dans le Wisconsin, qui

n'est pas très loin du Canada,

et en français avec une

spécialisation commerciale,

business, marketing.

Et donc, pour finir ça, il

fallait travailler dans un pays

francophone pendant au moins

deux mois, six mois. J'ai choisi

la France parce qu'il y a une

agence de communications à Paris

qui promeut la Louisiane pour

l'Office du tourisme ici. Et

donc, j'ai eu la chance de

travailler avec eux pendant

six mois et de parler de la

Louisiane quotidiennement, mais

en français et aux Français.


GISÈLE QUENNEVILLE

Et comment est-ce que

les Français, les Européens,

les gens d'ailleurs réagissent

quand ils apprennent que toi,

tu es Louisianaise et que

tu parles français?


ASHLEY HERRICK

En fait, c'était très

intéressant... quand j'étais

dans les Alpes, je disais, quand

les gens me demandaient d'où je

venais, j'étais Américaine. Mais

pour quelque raison, je sais

pas pourquoi, j'ai choisi

d'être Louisianaise à Paris

et ça a beaucoup changé

la réaction que j'ai reçue.

Parce qu'immédiatement, même les

Parisiens, qui ont une tendance

d'être un peu plus froids,

peut-être, aux étrangers,

dès que j'ai dit: Je suis

Louisianaise, ils m'ont posé

des questions, ils avaient

une curiosité de ma vie

et de ma culture. Donc,

ça m'aidait beaucoup.


GISÈLE QUENNEVILLE

Comment est-ce que

tu décrirais ton accent?


ASHLEY HERRICK

Je dirais que c'est un

mélange, parce qu'à Sainte-Anne,

j'étais dans un milieu acadien,

on avait des professeurs

d'Afrique, mon animateur était

du Québec, et mon professeur

aussi venait du Québec et puis,

en France, j'étais dans les

Alpes, qui a un accent un peu

plus suisse, et puis à Paris,

donc, je peux pas le décrire.

Je roule les "R", qui est

un peu plus lié au français

louisianais, donc, c'est un

mélange, c'est un gombo.


GISÈLE QUENNEVILLE

Est-ce que tu parles cadien?


ASHLEY HERRICK

Euh... J'essaie de parler,

au moins d'utiliser des mots

de temps en temps, parce que

je crois que ça, c'est important

pour continuer notre fierté

dans la langue.


GISÈLE QUENNEVILLE et ASHLEY HERRICK sont au bord du fleuve Mississippi.


GISÈLE QUENNEVILLE

Ashley, est-ce qu'il y a

des choses qu'on ne sait pas

de la Louisiane, des choses

qui peuvent nous surprendre

de la Louisiane.


ASHLEY HERRICK

Bien sûr, une des choses

qu'on ne connaît pas, c'est

l'architecture du Vieux Carré,

ou le Quartier français

à La Nouvelle-Orléans.

Souvent, les gens me demandent

pourquoi c'est plutôt

l'architecture espagnole que

française? Et en fait, en 1798,

il y a eu un grand incendie à La

Nouvelle-Orléans, qui a détruit

presque tous les bâtiments

dans ce quartier.

C'était presque toute la ville

À cette époque. Et donc,

ils avaient dû reconstruire

La Nouvelle-Orléans et

c'était pendant la période

de colonisation espagnole.


GISÈLE QUENNEVILLE

Alors, c'est pour ça que ces

édifices-là sont...


ASHLEY HERRICK

Plus espagnol.


GISÈLE QUENNEVILLE

Une chose, La

Nouvelle-Orléans, on sait tous

qu'il y a eu Katrina il y a une

dizaine d'années. Qu'est-ce qui

a changé? Est-ce que le paysage

visuel de La Nouvelle-Orléans

a changé depuis le passage

de Katrina?


ASHLEY HERRICK

Oui, ça dépend de quelle

partie de la ville. Il y a

toujours quelques parties qui

sont toujours détruites. En

fait, mais la plupart des

endroits, on les a reconstruits.

Il y a plus de restaurants

maintenant à La Nouvelle-Orléans

qu'avant Katrina,

ce qui est incroyable,

parce qu'on en avait déjà des

centaines. Et je crois qu'aussi,

la communauté avait une très

bonne raison pour rassembler et

pour devenir, même, plus forte.

Donc, je crois qu'il y a eu

beaucoup de bénéfices,

en fait, de ce désastre.


GISÈLE QUENNEVILLE

Nous sommes maintenant sur

les rives du Mississippi,

grande rivière américaine,

il y a des choses du

Mississippi qui peuvent

nous surprendre également.


ASHLEY HERRICK

Oui, bien sûr, en fait,

la plupart des gens ne savent

pas que depuis les derniers 1000

ans, le fleuve Mississippi a

changé de route plusieurs fois.

Et donc, ça peut changer encore

si les contrôles qu'on a mis

pour le garder sont changés si

quelque chose arrive. Donc,

le pouvoir de ce fleuve est

très important pour nous,

on l'apprécie, mais on

le respecte aussi.


GISÈLE QUENNEVILLE

Comment est-ce qu'on

contrôle le Mississippi?


ASHLEY HERRICK

En fait, on a des digues

qui sont au bord du Mississippi,

presque tout le fleuve ici en

Louisiane, et aussi, un peu plus

au nord, on a une structure

de contrôle qui divise le

Mississippi en l'Atchafalaya

et le Mississippi, donc,

c'est 30% de l'eau qui va vers

l'Atchafalaya et 70% qui va vers

le Mississippi. Et si ça change

un jour, le Mississippi,

en fait, peut devenir

l'Atchafalaya. L'Atchafalaya

peut devenir le plus grand

fleuve des États-Unis en fait.


GISÈLE QUENNEVILLE

Ici, à Bâton-Rouge, il y

a des bateaux qui passent,

c'est des bateaux qui

transportent quoi?


ASHLEY HERRICK

Des choses variées, ça dépend

de la saison. Si ce sont des

choses industrielles ou si ce

sont des choses qui viennent

d'ailleurs. On a beaucoup de

commerces ici. Cette partie

du fleuve est très importante

pour le commerce.


L'entrevue se poursuit à la boutique d'antiquités.


GISÈLE QUENNEVILLE

Ashley, toi, tu travailles

dans le domaine du tourisme, de

la promotion touristique. Tu

fais la promotion touristique du

Atchafalaya National Heritage

Area. Qu'est-ce que c'est, ça?


ASHLEY HERRICK

En fait, c'est une région

de 14 paroisses dans la partie

sud, centrale de la Louisiane,

qui a été distinguée par le

Congrès des États-Unis en 2006

comme un endroit spécial de

l'histoire des États-Unis et

spécifiquement de la Louisiane.

Donc, on promeut la

récréation dehors, le canoë,

le vélo, regarder les oiseaux,

la culture, la cuisine, la

langue française, donc, c'est

très intéressant pour moi

d'être capable d'explorer

la Louisiane pour mon travail.


GISÈLE QUENNEVILLE

Pour moi, quand je pense à

Atchafalaya, je pense à ce

magnifique bassin qu'il y a...

En fait, entre Lafayette et

Bâton-Rouge. Ça aussi, ça

fait partie de votre région.


ASHLEY HERRICK

Oui, oui. C'est dans la partie

centrale, mais on est plus que

ça. Et ça, c'est quelque chose

que beaucoup de personnes ne

comprennent pas. Mais le fleuve

Atchafalaya, c'est la partie,

le coeur de cette région,

et donc, le bassin est

autour de ce fleuve.


GISÈLE QUENNEVILLE

Et c'est assez unique au

monde, ce bassin-là.


ASHLEY HERRICK

Oui, c'est le plus grand...

je peux dire

river swamp aux

États-Unis, aux Amériques, en

fait, je crois. Donc, c'est très

important pour les animaux ici,

pour les gens qui font la pêche,

c'est pour l'environnement

et... L'équilibre de l'eau et

terre... Et les cultures.


GISÈLE QUENNEVILLE

Alors, il y a la partie

naturelle, mais il y a également

une partie historique dans cette

région-ci. Ici, on est dans

un musée en ce moment. Et ça,

ça fait partie du site

de patrimoine également.


ASHLEY HERRICK

Oui, on se focalise aussi

sur l'histoire. Comment l'eau a

changé cette région, a changé

la culture, l'histoire

de cette région.

Certainement, ce bâtiment est

un bon exemple de ça.


GISÈLE QUENNEVILLE

Maintenant, tu fais de

la promotion touristique.

Tu fais de la promotion

touristique auprès de qui?


ASHLEY HERRICK

Premièrement pour les

Louisianais et aussi pour les

visiteurs. L'Office de tourisme

fait un très bon travail pour

chercher des visiteurs pour

venir ici, certainement,

des francophones. Donc, quand

ils sont là, c'est nous qui

les guidons autour du bassin,

dans les marais pour regarder

des animaux, explorer

la culture française.


GISÈLE QUENNEVILLE

Comment est-ce qu'on vend

cette région de la Louisiane

auprès d'une clientèle

francophone?


ASHLEY HERRICK

Euh, well, on parle

certainement de La

Nouvelle-Orléans, de Lafayette,

on parle de Breaux Bridge,

lac Martin, avec ses racines

francophones. Donc, on se

focalise certainement sur

la nature. Mais aussi,

la musique cadienne et zydeco.

La culture créole, même, qu'on

peut toujours voir ici, c'est

plus difficile à entendre,

le créole, mais quand même, on a

beaucoup d'indices: des noms,

des rues, des villes, sont

français souvent. Donc, on

a beaucoup de chemins qu'on peut

prendre selon le public

qu'on cherche à intéresser.


GISÈLE QUENNEVILLE

Est-ce que vous arrivez à

convaincre, parce qu'il y a des

commerçants francophones en

Louisiane, est-ce qu'on arrive

À les convaincre de servir

leur clientèle en français?


ASHLEY HERRICK

On est en train de faire ça,

de travailler sur ce domaine,

parce qu'on sait que pour garder

la langue ici, la langue

française, il faut continuer à

donner des services en français.

Le tourisme est un très bon

exemple d'un secteur où on a une

chance d'utiliser le français.

Donc, on essaie d'enseigner aux

petits, aux jeunes, que s'ils

parlent français à l'école,

c'est aussi très bénéfique

de parler hors de l'école,

peut-être, dans leur travail et

puis comme ça, on espère créer

une communauté qui demande

à leurs propriétaires d'utiliser

la langue française parce

qu'ils voient des visiteurs

francophones qui viennent et

qui sont heureux qu'on puisse

les servir en français.


GISÈLE QUENNEVILLE et ASHLEY HERRICK sont ailleurs sur la rive du Mississippi.


GISÈLE QUENNEVILLE

On a ici derrière nous la

ville de Bâton-Rouge, Louisiane,

Ashley, Bâton-Rouge, pour nous,

c'est un drôle de nom pour une

ville. Ça vient d'où, ce nom-là?


ASHLEY HERRICK

En fait, c'est un explorateur

français qui est venu en 1699,

je crois. Et selon l'histoire,

il a vu un bâton, ou peut-être

un arbre sur une colline, qui

était rouge du sang des animaux.

Des tribus ont mis ce bâton-là

pour marquer le territoire.

Et donc, le gars, il s'appelle

Iberville, il a décidé de nommer

cet endroit Bâton-Rouge.


GISÈLE QUENNEVILLE

C'est un nom très francophone.

Est-ce qu'il y a beaucoup

de francophones ici?


ASHLEY HERRICK

Euh... La région n'était pas

très francophone, même si lui,

il était français. Mais quand

même, on a des francophones

d'ailleurs qui sont venus ici

s'installer, travailler et on

essaie de les trouver, les

rassembler pour avoir une

communauté francophone.


GISÈLE QUENNEVILLE

Moi, je dis "Bâton-Rouge",

mais comment on dit

"Bâton-Rouge" pour

les gens de la place?


ASHLEY HERRICK

Normalement, on dit

(à l'anglaise)

"Bâton-Rouge".


GISÈLE QUENNEVILLE

C'est...


ASHLEY HERRICK

C'est différent.


GISÈLE QUENNEVILLE

C'est très différent,

je l'avoue.


ASHLEY HERRICK

Oui, oui, moi, en fait,

je préfère

(À la française)

"Bâton-Rouge", ça roule, c'est

un peu plus fluide, je crois.

Mais quand même, "Bâton-Rouge",

c'est très normal.


L'entrevue se poursuit à la boutique d'antiquités.


GISÈLE QUENNEVILLE

Ashley, je sais que tu es la

seule dans ta famille qui parle

le français. Comment tu fais

pour garder ton français? Est-ce

que tu as beaucoup

d'occasions de le parler?


ASHLEY HERRICK

En fait, je crée mes propres

opportunités à parler en

français, et ça, c'est

une raison pour laquelle

j'ai créé une initiative avec

une amie, aussi francophone.

C'est Francopportunités. Et

on essaie de rassembler des

francophones à Bâton-Rouge,

des francophones et francophiles

qui s'intéressent à utiliser

le français dans leur vie

quotidienne, on essaie aussi de

partager des ressources locales,

parce qu'on a des francophones

ici. Normalement, ce sont

pas les gens qui viennent

d'ici, mais qui ont déménagé

à Bâton-Rouge pour des

raisons différentes.


GISÈLE QUENNEVILLE

Et il y a combien de personnes

ici, à Bâton-Rouge, qu'on peut

rassembler pour parler

en français?


ASHLEY HERRICK

Bien, c'est difficile à dire,

mais je dirais au moins une

trentaine de personnes qu'on

a déjà intéressées à assister

à nos événements. De temps

en temps, on a des événements

de networking où on fait

une visite guidée d'un musée

comme ceci par exemple.

C'est quelque chose de différent

à Bâton-Rouge, la communauté

francophone ici n'est pas aussi

liée qu'à La Nouvelle-Orléans

ou à Lafayette, donc,

oui, ça marche très bien.


GISÈLE QUENNEVILLE

Est-ce que toi,

tu t'identifies à

la culture cadienne?


ASHLEY HERRICK

Oui, oui. Même si j'ai pas

grandi avec la langue française,

mes grands-parents cuisinaient

toujours les repas cadiens,

on écoutait la musique,

on dit "buffet" ou lieu de

(À l'anglaise)

"buffet" et j'avais

toujours un parent au lieu

d'un godfather, donc,

je... Quand je suis

partie de la Louisiane,

j'ai commencé à voir ces

indices de ma vie quotidienne

de la francophonie que je savais

pas qu'ils existaient avant.


GISÈLE QUENNEVILLE

Tu étais cadienne

malgré toi un peu.


ASHLEY HERRICK

Oui, oui.


GISÈLE QUENNEVILLE

Est-ce que les gens autour de

toi, famille, des proches sont

surpris de voir que tu consacres

autant de temps et tu portes

autant d'intérêt pour

la langue française?


ASHLEY HERRICK

Euh... Je crois, au début,

ils étaient un peu surpris,

peut-être, mais mes

grands-parents sont fiers que

j'aie rattrapé cette partie de

notre histoire qui était perdue

il y a longtemps. Mes parents

pensent aussi... Ils voient que

je suis passionnée par quelque

chose, et ils voient que ceci

est une de mes grandes passions,

donc je suis très heureuse...

Mon copain, même, il peut parler

un peu de français, j'essaie

quelques jours de lui dire:

"OK, aujourd'hui, on va

parler en français."


GISÈLE QUENNEVILLE

Ça marche?


ASHLEY HERRICK

Oui, oui, ça marche. Il n'a

jamais vécu dans un milieu

francophone, il a juste suivi

quelques cours au lycée, mais il

a un très bon souvenir de ses

cours, donc sa grammaire,

peut-être, est même

mieux que la mienne.


GISÈLE QUENNEVILLE

Il y a beaucoup de jeunes en

Louisiane qui passent par le

programme d'immersion et ce

programme d'immersion là va en

principe jusqu'à la huitième

année. Il y a certains

programmes au secondaire,

mais c'est surtout jusqu'à la

huitième année. Est-ce qu'en

huit ans, de l'âge de 5 ans,

à l'âge de 13 ans, on peut

apprendre le français?


ASHLEY HERRICK

Oui, en fait, je rencontre de

temps en temps des élèves dans

les écoles d'immersion. Et c'est

incroyable leur capacité de

parler. Certainement, parler,

je crois que c'est la partie la

plus forte pour eux, peut-être,

écrire, lire, c'est un peu

moins. Mais en général, ils ont

des très bonnes compétences

après le huitième grade, mais le

problème, c'est que c'est très

facile à perdre, toutes

ces compétences pendant

les quatre ans après,

le lycée,

high school.

On a beaucoup de stress,

beaucoup de chemins qu'on peut

choisir, et donc, le français,

souvent, ça tombe.


GISÈLE QUENNEVILLE

Alors, comment faire en

sorte que ça ne tombe pas?


ASHLEY HERRICK

Euh, je crois, une façon,

c'est de créer un lycée pour

l'immersion française et à

La Nouvelle-Orléans, ils sont en

train d'essayer de faire ça.

Mais aussi, c'est de créer plus

d'opportunités comme celle que

j'essaie de faire, parce que si

on peut montrer aux jeunes que

c'est le fun de parler français,

c'est amusant, c'est pas juste

dans une salle de classe ou pas

juste avec l'histoire ou quelque

chose qui est un peu plus lourd

pour eux, je crois qu'on peut

les intéresser à créer leurs

propres opportunités et à

rencontrer des francophones

d'ailleurs et de leur montrer

comment on vit dans une

communauté francophone.


GISÈLE QUENNEVILLE

Chez nous, au Canada, beaucoup

de jeunes anglophones, on

a l'immersion aussi, beaucoup

de jeunes anglophones font

l'immersion, parce que chez

nous, il y a des opportunités

économiques qui sont liées

au programme d'immersion, que ce

soit dans les gouvernements,

dans le secteur privé, etc.

Souvent, connaître l'anglais

et le français, c'est très

avantageux au Canada. Ici, je

sais pas, il y a peut-être pas

cet avantage économique, ou

est-ce qu'il y a des façons

de créer des opportunités

économiques pour ces jeunes-là?


ASHLEY HERRICK

Ça, c'est une très bonne

question qu'on essaie de trouver

une réponse, parce que pour

le tourisme, on voit déjà,

il y a des opportunités. En

fait, il y a d'autres compagnies

françaises qui sont ici à La

Nouvelle-Orléans, par exemple,

et à Mobile en Alabama. Airbus

et Gameloft. Donc on a d'autres

opportunités à intéresser

les jeunes à travailler dans

d'autres domaines, mais des

fois, dans mon exemple, par

exemple, je crois que partir

de la Louisiane m'a donné

plus d'envie de revenir.

Donc, on ne devrait pas avoir

peur que nos enfants partent,

parce que si on a bien fait

notre travail ici, un jour

ils vont revenir.


GISÈLE QUENNEVILLE

Tu es jeune, tu auras

peut-être un jour des enfants,

je devine que tu voudras

qu'ils parlent français.


ASHLEY HERRICK

Oui.


GISÈLE QUENNEVILLE

Comment tu vas t'y prendre?


ASHLEY HERRICK

Je sais pas encore, j'ai pas

trop cherché ça, parce que

j'espère que ce sera dans

quelques années, mais je crois,

peut-être, je vais essayer, moi,

de parler en français avec eux,

et puis mon mari, il peut

parler en anglais, on va voir

comment ça marche. Mais je

sais que c'est difficile, j'ai

quelques amis qui l'ont fait

avec leurs enfants et peut-être,

ça a marché avec un enfant,

mais pas avec l'autre.

Donc je comprends que ça dépend

de l'enfant aussi.


GISÈLE QUENNEVILLE

Ashley Herrick,

merci beaucoup.


ASHLEY HERRICK

Merci.


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