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Carte de visite

Gisèle Quenneville, Linda Godin et Daniel Lessard rencontrent des personnalités francophones et francophiles. Découvrez ces politiciens, ces artistes, ces entrepreneurs ou ces scientifiques dont l'histoire, extraordinaire, mérite d'être racontée.

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Rhéal Leroux : homme d'affaires et organisateur d'événements

Rhéal Leroux est un homme d’affaires qui a su prendre des risques et qui a réussi, mais toujours en mettant Ottawa et l’Ontario français à l’avant-plan.
Les grands moments de la ville d’Ottawa portent tous l’empreinte de la même personne : en 1978, il mettait sur pied le Bal de neige; peu de temps après, il était de l’organisation du Festival Franco; en 1984, il conduisait le pape Jean-Paul II le long du canal Rideau; et en 2001, il organisait les Jeux de la Francophonie.
Rhéal Leroux est un p’tit gars de Casselman qui a vu grand…



Réalisateur: Linda Godin
Année de production: 2015

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VIDÉO TRANSCRIPTION

Pendant que GISÈLE QUENNEVILLE présente son invité, des extraits vidéos du Festival franco défilent à l'écran.


GISÈLE QUENNEVILLE

Les grands moments de la ville

d'Ottawa portent tous

l'empreinte de la même personne.

En 1978, il offre un répit des

rigueurs de l'hiver en mettant

sur pied Bal de Neige.

Peu de temps après, il

s'implique dans l'organisation

du Festival franco et fait

de l'événement un des grands

rendez-vous de la chanson

française. Et en 2001,

il accueille des athlètes

et artistes des quatre coins

de la planète pour

les Jeux de la Francophonie.

Rhéal Leroux est un petit gars

de Casselman qui a vu grand,

un homme d'affaires qui a pris

des risques et qui a réussi,

et toujours en mettant Ottawa

et l'Ontario français

à l'avant-plan.


GISÈLE QUENNEVILLE et RHÉAL LEROUX sont à présent assis l'un face à l'autre.


GISÈLE QUENNEVILLE

M. Leroux, bonjour.


RHÉAL LEROUX

Bonjour.


GISÈLE QUENNEVILLE

M. Leroux, vous êtes le papa

de Bal de Neige, un parrain

du Festival franco-ontarien,

le king des Jeux de la

Francophonie: vous avez laissé

votre marque sur l'Ontario

français, sur Ottawa en

particulier. Est-ce que ce sont

des objectifs que vous vous êtes

donnés en début de carrière?


RHÉAL LEROUX

Oui, je pense bien. Je veux

dire, on ne sait pas toujours ce

qui va arriver. Quand tu parles

des Jeux de la Francophonie,

c'était un processus

qui a duré 11 ans entre

la journée où on a commencé à

travailler jusqu'à la soirée de

la cérémonie d'ouverture. Et il

y a des défis, défi de gagner

la candidature. Alors, même si

tu te donnes l'objectif de--


GISÈLE QUENNEVILLE

Ça ne veut pas dire

que vous allez réussir.


RHÉAL LEROUX

Ça ne veut pas dire que ça va

être là. Bal de neige, c'était

une idée d'un soir, alors

la stratégie et la planification

ont été de courte durée.


GISÈLE QUENNEVILLE

Un soir bien arrosé?


RHÉAL LEROUX

Un soir bien...

Non, pas arrosé. Je dirais,

un soir où il faisait froid.


GISÈLE QUENNEVILLE

Ha ha ha!


RHÉAL LEROUX

Et les Jeux

de la Francophonie, c'est des

circonstances avec des amis,

comme Pierre de Blois et Georges

Bédard, et que le festival

commençait. Alors, je me suis

impliqué dès le départ, ensuite

en devenant le président. Alors,

c'est trois différentes formules

à trois différents moments

dans la carrière.


GISÈLE QUENNEVILLE

Vous, vous êtes né, vous avez

grandi à Casselman. Votre papa

était un homme d'affaires,

c'était le boulanger

du village, je pense.


RHÉAL LEROUX

Exact.


GISÈLE QUENNEVILLE

Qu'est-ce que vous avez appris

de votre père et de votre

mère par rapport

au monde des affaires?


RHÉAL LEROUX

Je suis content

que tu dises "papa et maman",

parce que c'était une entreprise

familiale, la boulangerie.

Ma mère y travaillait autant

que mon père. Un: j'ai appris

c'était quoi le travail,

parce que c'est des gens

qui travaillaient énormément.

Le milieu franco-ontarien dans

le milieu rural, c'était assez

pauvre. Je veux dire,

les villages de Saint-Albert,

Crysler, Casselman, Embrun,

c'était une période difficile.

Alors, j'ai appelé beaucoup de

mes parents pour le travail. Mon

père travaillait 12-14 heures

par jour, six jours semaine.

Il se levait le soir à 11h pour

commencer à faire le pain pour

que ça soit prêt le lendemain

matin. Et ensuite, en plus de

ça, j'ai appris la comptabilité,

le service à la clientèle.

Parce que dès que j'avais eu

une dizaine d'années, je livrais

le pain avec ce qu'on appelait

chez nous les drivers.

Alors, j'ai appris beaucoup.

Je pense que c'était l'amour

du travail et aussi

tout ce qui vient

avec ce monde des affaires.


GISÈLE QUENNEVILLE

Ça ne vous tentait pas

de reprendre

l'entreprise familiale?


RHÉAL LEROUX

Non, absolument pas. J'avais

tellement fait de travail

et... C'est drôle, je ne voyais

aucun avenir pour moi

dans cette entreprise.


GISÈLE QUENNEVILLE

Étiez-vous bon à l'école?


RHÉAL LEROUX

Affreux. J'ai été bon

très tard dans ma... Bien,

premièrement à l'école primaire,

je ne m'en souviens pas

beaucoup, mais j'étais loin des

premiers de classe. Je n'étais

peut-être pas le dernier,

mais j'étais moyen.

Ensuite, quand je suis allé à

l'école secondaire, je détestais

tellement l'école que j'étais

affreux. Alors, j'ai "failli" ma

12e année, je l'ai recommencée,

j'ai "failli" ma 13e année.

Et finalement, c'est quand j'ai

commencé au collège en loisirs,

où j'ai découvert une passion

pour le sujet que j'étudiais,

la récréologie, et que là,

j'ai adoré. Et finalement,

aux États-Unis, comme on dirait

en franco-ontarien, j'ai pété

des scores qui étaient assez

incroyables. Pour quelqu'un qui

avait "failli" une 12e année,

me ramasser avec une maîtrise

et quelques années après

avec une autre maîtrise!


GISÈLE QUENNEVILLE

La "récréologie". Bon, je sais

ce que c'est, mais j'imagine

qu'à l'époque, ce n'était

peut-être pas très répandu comme

matière. Et vous avez fait votre

maîtrise, comme vous le disiez,

aux États-Unis, à Florida

State University.


RHÉAL LEROUX

Oui. J'ai été étudié

aux États-Unis pour la simple

raison, c'est que l'Université

d'Ottawa ne reconnaissait rien

de ce qui se faisait au niveau

collégial en Ontario à ce

moment-là. Et finalement, faire

la maîtrise aux États-Unis,

ça donnait un statut, hein,

ça donnait une classe

et ça m'a aidé énormément.


GISÈLE QUENNEVILLE

Mais c'était en anglais.


RHÉAL LEROUX

C'était l'anglais. Ça m'a

donné l'occasion d'apprendre

l'anglais parce que moi, je--


GISÈLE QUENNEVILLE

Vous ne parliez pas anglais?


RHÉAL LEROUX

Non, du tout. J'étais un

franco-ontarien vraiment

unilingue. Mon père était

unilingue, ma mère était

bilingue, mais à Casselman, à

part du village qui s'appelait

Casselman, c'était là que

l'anglais commençait et c'est

là que l'anglais finissait.

Mon père, comme je disais

tantôt, était boulanger.

On avait 450 clients et

on avait un client anglophone.

Et l'été, je passais le pain

et ce client anglophone,

je rentrais: Hi. Thank you. Bye.

C'était ma conversation

anglophone annuelle.

(Rires)


GISÈLE QUENNEVILLE

Alors comment vous

vous êtes débrouillé en Floride?


RHÉAL LEROUX

Bien, j'avais un petit peu,

en étant à Algonquin, même si

les cours étaient en français,

j'avais un petit peu quelques

contacts anglophones, mais

je parlais très peu l'anglais.

Et d'ailleurs, j'ai été admis,

c'était surprenant,

à l'université de Floride à

la condition que je prenne trois

cours d'anglais. Alors j'étais

dans des cours d'immersion

pour apprendre l'anglais.


GISÈLE QUENNEVILLE

Ça a bien été?


RHÉAL LEROUX

Ça a très bien été, surtout

que c'est la simulation totale.

Je veux dire, la télévision

est anglaise, les journaux sont

anglais, tes amis sont anglais,

les voisins sont anglais, alors--


GISÈLE QUENNEVILLE

Il n'y avait pas

de francophones dans le cours?


RHÉAL LEROUX

Il y avait très peu de

francophones. J'en avais deux

par exemple, deux du Québec:

Richard Legendre, qui est devenu

ministre du Parti québécois

et que j'ai eu à travailler

avec pour les Jeux de la

Francophonie, et Réjean Genois,

qui étaient deux joueurs

de tennis qui étaient

en bourse d'études

à l'Université de Floride.


GISÈLE QUENNEVILLE

M. Leroux, vous, votre marque

de commerce, c'est le noeud

papillon. Comment est-ce que

le noeud papillon

est entré dans votre vie?


RHÉAL LEROUX

En 1985, quand j'ai entrepris

de commencer ma compagnie, je

cherchais un peu quelque chose

qui serait différent

de l'habit conventionnel.

Et je déteste les manteaux

d'habit, je suis mal à l'aise.

Alors c'est là qu'avec une amie,

on a dit "la boucle"

et là, on a commencé la boucle.

Et ça a fait partie

du logo d'Ovatio/Leroux,

ça a fait partie de l'entreprise

pendant au-dessus de 25 ans.

Et à un certain moment,

j'en avais une cinquantaine

de boucles différentes.


GISÈLE QUENNEVILLE

Comment les gens

réagissaient à la boucle?


RHÉAL LEROUX

Bien, moi, je trouvais qu'ils

me trouvaient original, ou s'ils

n'aimaient pas ça, ils ne me le

disaient pas. C'est aussi simple

que ça. Non, je pense que

les gens disaient que ça faisait

partie de ma personnalité.


GISÈLE QUENNEVILLE

Maintenant, c'est les deux

seules qui vous restent.


RHÉAL LEROUX

Oui.


GISÈLE QUENNEVILLE

Qu'est-ce que vous

en avez fait?


RHÉAL LEROUX

Je les ai jetées.


GISÈLE QUENNEVILLE

Comment ça?


RHÉAL LEROUX

Avec regret. Aujourd'hui,

je le regrette. Mais en 2005,

quand j'ai pris ma retraite,

ça faisait partie du travail,

ça faisait partie

de Rhéal Leroux engagé.

Et c'était comme... Je l'ai

enlevée, j'ai dit: Ça là, c'est

la libération, alors ça s'en va.


GISÈLE QUENNEVILLE

M. Leroux, vous avez réalisé

tellement de choses ici à

Ottawa, on ne pourra pas

parler de tout, mais j'aimerais

qu'on parle de certains grands

moments dans votre carrière.

Et j'aimerais qu'on commence

avec Bal de Neige.


RHÉAL LEROUX

Oui.


GISÈLE QUENNEVILLE

Pourquoi un Bal de Neige?


RHÉAL LEROUX

Je venais d'être embauché

par la Commission de la capitale

nationale et on m'avait donné

une responsabilité, par erreur

ou par volonté, je le sais pas,

d'animer la capitale du Canada.

Et il y avait une très belle

installation, c'était le canal

Rideau. Mais le canal Rideau,

c'était le patin.

Et en 1978, quand j'ai commencé,

je regardais ça, et un soir,

comme je disais, je marchais

le long du canal et j'ai dit:

Ce canal-là, il pourrait être

animé, il pourrait y avoir

quelque chose de grand. Et je

suis rentré à la CCN et j'ai mis

sur papier, et c'est là que

la planification à long terme

en prend. Le cours 1.0.1 de

l'université prend le bord

et j'avais une réunion avec

le conseil d'administration

quelques jours après

et j'ai présenté Bal de Neige en

français. J'avais dit des choses

comme: On va faire quelque

chose de grand... C'est pas

grand-chose en planification.

On fera quelque chose de beau.


GISÈLE QUENNEVILLE

C'est vague.


RHÉAL LEROUX

C'est vague! On s'est laissé

beaucoup de marge de manoeuvre.

Mais j'ai besoin de 100 000$. Et

on m'avait donné 100 000$ pour

commencer, et c'est là qu'on l'a

parti en 1978. Et là, c'est ça.

Alors, c'est de même

que c'est devenu Bal de Neige.

Beaucoup d'imagination,

beaucoup de vision,

parce que dans le fond, c'était

d'animer la capitale. Et aussi

de dire pour moi que c'était la

deuxième ville la plus froide du

monde, et c'était d'en faire

la promotion et de dire: Bien,

écoutez, Paris a sa tour Eiffel,

Ottawa aura son canal l'hiver.

Et je me souviens que Michel

Picard m'avait interviewé

la première année et il m'avait

dit: "Bien, où tu vois Bal de

Neige." J'ai dit: Dans quelques

années, on sera aussi gros

que le Carnaval de Québec.

On s'était donné

des objectifs assez élevés.

Alors Bal de Neige,

c'était une belle réalisation.


GISÈLE QUENNEVILLE

Est-ce que vous,

vous aimez ça l'hiver?


RHÉAL LEROUX

Je déteste l'hiver. Durant

le Bal de Neige, pour combattre

l'hiver, je me promenais sur

la glace en sabots que j'avais

achetés en Hollande. Mais non,

non, j'ai toujours détesté

l'hiver et souvent, c'était

la farce, parce que Bal de Neige

finissait ce soir

et le lendemain, lundi soir,

je partais pour le Sud. Alors,

j'étais un peu contradictoire.

J'animais l'hiver,

mais je quittais.


GISÈLE QUENNEVILLE

L'autre grand événement pour

vous peu de temps après ou en

fait, même dans ces années-là,

c'était le Festival

franco-ontarien. Maintenant, le

festival existait déjà au moment

où vous vous êtes impliqué,

d'abord comme bénévole,

mais qu'est-ce que vous vouliez

apporter à ce festival-là?


RHÉAL LEROUX

Bien, le festival était jeune,

il n'y avait pas grand moyens,

et quand j'ai vu le festival

les premières années,

c'était un petit peu le festival

qui était pauvre. Les gens qui

l'organisent ont un grand coeur,

mais ils manquent de moyens.

Alors moi, j'ai dit: Je veux

donner à ce festival-là une

fierté. On va prendre les plus

beaux parcs de la ville, on va

faire des grands spectacles

et on va déranger.

Et on va déranger. Moi, j'étais

en position, j'étais à la CCN,

alors on peut déranger. Alors,

on dérangeait tout le monde.

On fermait des rues, on fermait

le marché, on prenait les plus

beaux parcs, parce qu'ils

appartenaient à la CCN.

Alors Rhéal demandait à Rhéal

la permission d'avoir ce parc.

Là, Rhéal donnait la permission.


GISÈLE QUENNEVILLE

Rhéal disait oui!


RHÉAL LEROUX

Rhéal disait oui, il disait

à l'autre Rhéal: Oui, tu peux

le faire. Alors, ça

aidait dans tout ça.


GISÈLE QUENNEVILLE

C'est facile ça.


RHÉAL LEROUX

C'est très facile dans ce

cadre-là. Et Dieu merci, c'est

pas tout le monde qui savait ça.

Mais je me souviens d'un

événement à un certain moment

par exemple. Pierre de Blois,

qui était fonctionnaire, et moi,

j'étais fonctionnaire, et il y

avait certainement des gens qui

n'aimaient pas ce qu'on faisait.

Ils nous avaient convoqués

au bureau du premier ministre,

au Conseil privé, pour une

rencontre, pour expliquer

notre temps, qu'est-ce qu'on

faisait, comme fonctionnaires,

à organiser le Festival

franco-ontarien. Et moi

et Pierre, on a couru à notre

bureau, on a parlé à nos agents.

On a dit: Écoutez, mettez-nous

en vacances. Alors, on a signé

des feuilles de vacances et

on s'est présentés au bureau du

premier ministre, et la personne

qui devait nous interviewer

était en retard. Au bout

de 30 minutes, on a dit

à la réceptionniste, on a dit:

Écoutez, si la personne est en

retard, nous, on a de l'ouvrage,

on est bénévoles au Festival

franco, on doit quitter. Alors,

vous lui direz qu'il vienne

nous voir là-bas. On n'a jamais

entendu parler de lui. [Rires]

Mais le festival, c'est ça.

C'était de vouloir... Bien, on a

changé de nom. On est devenu le

Festival franco-ontarien, on a

changé de site. Et on a donné

une perspective qui était de

fierté et de grand spectacle,

de grand budget. C'était assez

excitant les années où j'étais

au festival. Et ensuite, j'ai

quitté le festival parce que

j'étais dans mon entreprise

et je suis revenu

au festival pour sept ans

comme directeur général.


GISÈLE QUENNEVILLE

Quand vient le moment

d'appuyer un artiste, une

artiste, vous le faites pour

les artistes franco-ontariens.


RHÉAL LEROUX

Principalement.


GISÈLE QUENNEVILLE

Je pense notamment à Véronic

Dicaire. Vous aviez été un

mentor pour elle. C'est grâce à

vous en partie que sa carrière a

été lancée. Pourquoi faire ça?


RHÉAL LEROUX

Bien écoutez, je pense que

c'est extrêmement important. Les

gens qui réussissent ne peuvent

pas s'isoler. Les gens qui

réussissent doivent redonner

à leur communauté, s'impliquer

dans leur communauté. Et oui,

Véronic a réussi et c'est un

charme d'être associé avec

Véronic Dicaire. Je le suis

encore et je suis très flatté.

Et j'essaye de réinvestir

en temps, des fois en argent

dans leur carrière, parce que

je pense que c'est là que les

Franco-ontariens... Si nous,

les Franco-ontariens, on ne

le fait pas, qui va le faire?

Est-ce qu'on va aller

cogner à la porte en

Colombie-Britannique, "Venez

aider"? Non, c'est nous.

Et surtout, quand on est

en affaires et si on a

réussi en affaires,

on peut faire deux choses.

On peut aussi être le mentor

de conseils au niveau du talent,

et on peut aussi

aider financièrement.


GISÈLE QUENNEVILLE

Les Jeux de la Francophonie,

le plat de résistance.

Pourquoi vouloir accueillir

les Jeux à Ottawa?


RHÉAL LEROUX

Bien, démontrer premièrement

qu'on est un pays bilingue, que

quand il y a un grand événement

en francophonie, ça n'appartient

pas automatiquement aux

Québécois. Et ça, c'était mon

point, dès le départ. Pour moi,

c'était un des plus beaux rêves.

J'avais mis 11 ans à préparer

les Jeux de la Francophonie.

Et c'est là qu'il faut avoir

de la vision et d'avoir monter

l'équipe, le réaliser, ça,

je suis flatté d'avoir été celui

qui a dirigé cette machine-là.

Mais j'étais très content de

la réussite qu'il n'y avait pas

eu de chicane en francophonie.

C'était un des grands

événements internationaux

et le Québec et le Canada

ne s'étaient pas chicanés.

Et ça, ça avait été pour moi une

priorité. Dieu merci, j'avais

des amis sur le côté du Québec

et c'était le Parti québécois

qui était au pouvoir. Et j'avais

une très bonne collaboration,

et j'avais beaucoup d'amis

sur le côté fédéral et ça,

ça m'avait plu. Et quand

les Jeux ont été finis,

c'était comme, ouf!


GISÈLE QUENNEVILLE

Quel a été le plus gros

mal de tête pour vous

des Jeux de la francophonie?


RHÉAL LEROUX

C'était probablement

la France. [Rires]

La France était certainement

un pays qui a créé... peut-être

volontairement dans certains

cas, des embûches

à l'organisation, parce qu'ils

n'aiment pas travailler

multilatéral. Eux autres, c'est

du bilatéral, parce que leur

expérience en Afrique est très

bilatérale. Alors, dans ce

sens-là, ils n'étaient jamais

satisfaits de tout ce qu'on

faisait. Il y a jusqu'à

un ministre qui m'a tapé dessus

à un certain moment parce que

j'avais accusé la France de ne

pas avoir envoyé leurs meilleurs

athlètes, alors... La France

n'aime pas être piquée.


GISÈLE QUENNEVILLE

M. Leroux, vous, vous êtes un

amateur, un connaisseur de vin.

Mais si je comprends bien,

vous ne l'avez pas toujours été.


RHÉAL LEROUX

Absolument pas. [Rires]

Absolument pas et il y a

certains de mes amis qui

s'en souviennent d'ailleurs.


GISÈLE QUENNEVILLE

Qu'est-ce que vous buviez?


RHÉAL LEROUX

Euh...


GISÈLE QUENNEVILLE

Pas grand-chose?


RHÉAL LEROUX

Moi, je n'ai jamais été un

amateur de boissons fortes, et

je buvais un peu de bière, mais

quand j'ai commencé dans le vin,

j'ai commencé, disons, avec

des vins qu'on ne nommera pas.

(Rires)


GISÈLE QUENNEVILLE

Alors d'où est née la passion?


RHÉAL LEROUX

Graduellement, en se tenant

avec des gens qui appréciaient.

Ensuite, on a pris quelques

cours, ma conjointe et moi.

Et on commençait à acheter

du vin, déguster, on faisait

des sessions de dégustation

le dimanche après-midi avec des

amis. On apprenait les senteurs,

tranquillement, on a développé

une passion et une passion

qui est aussi d'investir dans

le vin. Je suis un amateur

des vieux vins, pas les vieux

vins, comme les vieux pays

qu'on appelle ça, les vins

de la France et de l'Italie

principalement, quelques-uns

de l'Espagne, Portugal.


GISÈLE QUENNEVILLE

Alors qu'est-ce que

vous nous proposez?


RHÉAL LEROUX

Bien là, c'est un petit

Bordeaux, OK, qu'on

prend en apéro. Alors...


GISÈLE QUENNEVILLE

Voilà.


RHÉAL LEROUX

On y goûte.


GISÈLE QUENNEVILLE et RHÉAL LEROUX prennent une gorgée de vin.


RHÉAL LEROUX

C'est un jeune vin, hein.

Très jeune.


GISÈLE QUENNEVILLE

Moi, je le trouve bon.

Il passe votre test?


RHÉAL LEROUX

On va le décanter.


GISÈLE QUENNEVILLE

D'accord.


RHÉAL LEROUX

Décanter, il y a deux raisons

pour le décanter. Il y a

une raison qui est strictement

pour qu'il prenne de l'air,

et l'autre raison, c'est quand

c'est des vieux vins, il y a

des dépôts dans le fond

de la bouteille. Et c'est pas

que c'est méchant les dépôts,

mais c'est peu agréable.


GISÈLE QUENNEVILLE

C'est désagréable, oui.


RHÉAL LEROUX

Et les gens regardent ça dans

le fond de leur verre et

ils n'aiment pas ça. Alors en

le décantant, tu es certain de

ne pas déplaire à tes invités.


GISÈLE QUENNEVILLE

Vous, vous avez un chien.


RHÉAL LEROUX

Oui.


GISÈLE QUENNEVILLE

On l'a vu beaucoup cet

après-midi et on l'a entendu

un petit peu cet après-midi.

Votre chien s'appelle?


RHÉAL LEROUX

Pétrus.


GISÈLE QUENNEVILLE

Un hasard ça?


RHÉAL LEROUX

Ce n'est pas un hasard, c'est

voulu. Pétrus, c'est un des plus

grands vins. C'est un des plus

grands vins de Bordeaux, c'est

un vin de collection, c'est

un vin qui est très, très, très,

cher. Et quand on a eu notre

chien, on cherchait un nom

et ensuite, on s'est dit

une journée: Un nom de vin, ce

serait le fun. Alors on a dit:

Bien, Pétrus! Et Pétrus, c'est

un des vins les plus parfaits

qui existe, alors nous aurons un

chien parfait et du vin parfait.


GISÈLE QUENNEVILLE

Et il n'a pas déçu?


RHÉAL LEROUX

Il n'a jamais déçu.


GISÈLE QUENNEVILLE

Les Entreprises Rhéal Leroux

ont été bien implantées

en Ontario au Canada, mais aussi

ailleurs dans le monde.

Vous êtes organisateur de foires

internationales. Comment est-ce

que ce monde-là

s'est ouvert à vous?


RHÉAL LEROUX

C'est une question de vision,

une question à un certain moment

de regarder d'autres options.

Il est évident qu'au départ,

les Entreprises Rhéal Leroux,

c'était le milieu franco-ontarien,

le festival, l'Hôpital Montfort.

Quand la Loi 8

a été mise en oeuvre,

j'ai eu beaucoup de contrats

pour voir à la réalisation,

respecter la loi. Mais à un

certain moment, ça, c'est un

marché qui est limité. Alors, il

y a eu d'autres choses, d'autres

marchés qu'on a développés

et on a commencé à développer.

Aujourd'hui, on travaille

dans... On a un bureau

en Italie. C'est mon fils

qui a pris la relève.


GISÈLE QUENNEVILLE

Oui.


RHÉAL LEROUX

Et on travaille dans 12 pays.


GISÈLE QUENNEVILLE

Je sais qu'au début, vous

brassiez surtout des affaires

en Afrique, en Europe de l'Est.

C'était un monde qui s'était

ouvert à vous. Quels étaient les

défis de brasser des affaires

dans ces pays-là,

contrairement à Ottawa.


RHÉAL LEROUX

Complètement différent. On

a été 10 ans, 12 ans en Afrique.

On a travaillé dans une dizaine

de pays de la francophonie, et

d'autres pays. Mais c'est assez

spécial parce que ça va de tout:

la vitesse que tu travailles,

la ponctualité, les finances.

Tu apprends complètement

un autre monde.


GISÈLE QUENNEVILLE

Et il faut faire avec.


RHÉAL LEROUX

Si tu ne veux pas faire avec,

c'est bye-bye. Tu quittes.

Alors, culturellement,

j'ai appris énormément.


GISÈLE QUENNEVILLE

Vous avez fait beaucoup

affaire avec le gouvernement

du Canada au fil des ans et bon,

vous le savez comme moi,

à un moment donné, il y a eu ce

fameux scandale des commandites

qui a vu le jour.

C'était à ce moment-là que vous

avez choisi de fermer boutique

des Entreprises Rhéal Leroux.

Il y a un lien

ou c'est une coïncidence?


RHÉAL LEROUX

Il n'y a aucun lien.

Premièrement, le scandale

des commandites, moi,

je faisais énormément affaire

avec ce département, et je ne

le cache pas, Chuck Guité, je

le connaissais très, très, bien.

J'avais des rencontres

régulières parce que je suis

allé cherché 4 millions et

quelque chose pour les Jeux de

la Francophonie à ce bureau-là.

J'étais allé chercher 2 millions

pour le Festival franco, alors

beaucoup de projets étaient

financés par Commandites Canada.

Maintenant, le scandale des

commandites, il était autour

de cinq ou six agences qui ont

chargé des prix de fous. Et oui,

il y a eu de la magouille,

il y a eu de la magouille

et il y a eu commission,

mais dans cette commission-là,

on n'a jamais vu

Rhéal Leroux parader,

comme on n'a pas vu les Simard

du Festival de Jazz ou des

Francofolies, on n'a pas vu le

Carnaval de Québec, on n'a pas

vu... Tu sais, tous ces gens-là

qui étaient des organisateurs,

ce n'est pas eux autres

qui étaient impliqués

là-dedans. Alors, ceci dit,

quand tout ce scandale

a commencé, j'avais un chiffre

d'affaires intéressant, j'avais,

quoi, une trentaine d'employés,

et moi, je ne voulais pas vivre

ce deux ans ou ce trois

ans ou ce cinq ans

associé indirectement.


GISÈLE QUENNEVILLE

Vous sentiez que vous

alliez être éclaboussé.


RHÉAL LEROUX

Éclaboussé par défaut, OK?

Sans aucune raison.


GISÈLE QUENNEVILLE

Oui.


RHÉAL LEROUX

Et aussi, tout le monde était

tombé dans: "Bien là, il faut

18 signatures sur un contrat

et on ne signera pas."

Ça ne me tentait pas.

Ça ne me tentait pas de dire:

OK, je retourne en arrière et je

recommence en bas de l'échelle

et j'attends que la température

change. Ça ne me tentait pas.

J'étais à l'aise financièrement,

j'avais fait mes projets. Il y a

eu un article dans le journal

qui a dit: "Il ferme." Je n'ai

jamais fermé. Je suis encore

ouvert. J'ai fermé la division

d'organisation, de relations

publiques et de communication,

mais j'ai gardé les foires

et j'ai gardé les projets

de privatisation

qu'on avait principalement

avec la Cité collégiale.


GISÈLE QUENNEVILLE

Il y en a qui disent que Rhéal

Leroux, l'homme d'affaires,

il est baveux, il est

arrogant. C'est vrai ça?


RHÉAL LEROUX

Oui, dans un certain sens.

Mais dans un certain sens, on

n'a pas le choix. Je veux dire,

je vais te donner un exemple

de l'arrogance bien placée

peut-être. Je me souviens très

bien, on voulait avoir

le pont "Alexandria"...

"Alexandria" ou Alexandra,

qui traverse entre Hull

et Ottawa, parce qu'on voulait

mettre un gros panneau

électrique pour dire

le nombre de jours, et on

voulait fermer le pont durant

les Jeux de la Francophonie.

Et j'avais rencontré

les fonctionnaires

des travaux publics,

les hauts fonctionnaires,

c'était un non et un non.

Et finalement, j'avais rencontré

le sous-ministre, et le

sous-ministre me dit: "Rhéal,

on ne peut pas faire ça, on

n'a jamais fait ça." J'ai dit:

"C'est parfait. Tu ne l'as

jamais fait, moi, je ne

l'ai jamais fait. On va le faire

ensemble.'' Alors, est-ce que

c'est de l'arrogance,

de la confiance en soi?


GISÈLE QUENNEVILLE

C'est baveux.


RHÉAL LEROUX

Baveux? Je ne vous le cache

pas, mon sens baveux peut

insulter, blesser les gens, mais

ça fait partie du caractère.


GISÈLE QUENNEVILLE

Vous êtes à la retraite

maintenant. Pour un homme qui

a toujours eu autant de projets,

autant de balles dans les airs,

est-ce que vous trouvez

le temps long?


RHÉAL LEROUX

Du tout. Je cherche, je manque

de temps. Aujourd'hui, j'ai des

passions. Une passion, c'est mes

fleurs. J'ai des milliers de

fleurs. Je suis un passionné de

golf. Alors, je vais avoir joué

au-dessus de 100 parties

cette année dans au moins

quatre ou cinq pays.

Alors, je suis un passionné.

Non, je manque de temps.


GISÈLE QUENNEVILLE

Est-ce qu'il y a des choses

que vous auriez voulu réaliser

que vous n'avez pas pu réaliser?


RHÉAL LEROUX

Aucune. Aucune.

Chaque fois que je me suis dit:

Ça, j'aimerais faire ça, je l'ai

fait. Et ça, je peux dire que

jamais je vais dire, je pense

dire que "j'aurais aimé",

"j'aurais donc dû". Et encore

aujourd'hui, dans mes loisirs,

je me dis: Je voudrais jouer au

golf en Écosse sur le plus

vieux terrain de golf

au monde; et je le fais.


GISÈLE QUENNEVILLE

Rhéal Leroux, merci beaucoup.


RHÉAL LEROUX

Mon plaisir.


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