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Carte de visite

Gisèle Quenneville, Linda Godin et Daniel Lessard rencontrent des personnalités francophones et francophiles. Découvrez ces politiciens, ces artistes, ces entrepreneurs ou ces scientifiques dont l'histoire, extraordinaire, mérite d'être racontée.

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Michelle Courchesne : ancienne ministre québécoise

Le nom de Michelle Courchesne évoque d’abord une ministre libérale passionnée qui a été au coeur des grands débats québécois de ce début de siècle. Elle a souvent été malmenée mais ne regrette rien.
Mais il y a aussi l’autre Michelle Courchesne, celle qui a consacré une partie de sa vie à accompagner certains de ses proches à finir leurs jours après de durs et longs combats contre la maladie.
Aujourd’hui, Michelle Courchesne fait en sorte que les proches aidants naturels aient accès à davantage de ressources pour s´occuper des leurs.



Réalisateur: Joanne Belluco
Année de production: 2015

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VIDÉO TRANSCRIPTION

Générique d'ouverture


Titre :
Carte de visite


Pendant que DANIEL LESSARD présente son invité, MICHELLE COURCHESNE, ancienne ministre libérale au Québec, on montre des images extérieures de la ville de Montréal.


DANIEL LESSARD

Le nom

de Michelle Courchesne évoque

d'abord une ministre libérale

passionnée qui a été au coeur

des grands débats québécois

de ce début de siècle;

l'éducation, en particulier.

Elle a souvent été malmenée,

mais ne regrette rien.

Mais il y a aussi l'autre

Michelle Courchesne qui a

consacré une partie de sa vie

à accompagner les siens

dans la mort.

Aujourd'hui, elle a une grande

priorité: faire en sorte que

les proches aidants aient accès

à plus de ressources

pour s'occuper des leurs.


MICHELLE COURCHESNE

Il faut

pas s'oublier complètement.

Parce que nous, après,

il faut continuer.


DANIEL LESSARD

Mme Courchesne, bonjour.


MICHELLE COURCHESNE

Bonjour.


DANIEL LESSARD

Vous allez bien?


MICHELLE COURCHESNE

Très bien! Oui.


DANIEL LESSARD

On s'est beaucoup inquiété

de vous. Fin de carrière

politique, bon, c'est toujours

difficile. Même si vous

vous êtes pas représentée.

Votre mari... Bon, les gens

se disaient: Comment va

Michelle Courchesne? Je disais

à quelqu'un: "J'ai rencontré

Michelle Courchesne." "Comment

elle va?" Tout est beau?


MICHELLE COURCHESNE

Aujourd'hui, tout est beau.


DANIEL LESSARD

Vous avez retrouvé

un rythme de vie?


MICHELLE COURCHESNE

Oui, oui!


DANIEL LESSARD

Vous êtes heureuse?


MICHELLE COURCHESNE

J'ai même pris du poids!


DANIEL LESSARD

J'aimerais, pour qu'on essaie

de comprendre qui vous êtes,

vous citer Robert Dutrisac,

journaliste du

Devoir qui a

écrit: "Michelle Courchesne,

d'apparence si frêle qu'on

dirait qu'un souffle pourrait

la briser, fait montre d'une

surprenante énergie. Émotive,

elle est aussi une excellente

comédienne qui sait jouer sur

les sentiments. Une espèce de

pasionaria libérale, pourrait-

on dire, si l'expression n'était

pas antinomique." Ça

vous décrit bien?


MICHELLE COURCHESNE

Très bien. Je me rappelle

très bien de cet article-là.

Ah oui, absolument. Moi,

je m'assume complètement.


DANIEL LESSARD

Il faut être passionné

pour faire de la politique.


MICHELLE COURCHESNE

Oui, absolument.

Je suis une fille de terrain. Je

suis une fille qui va vraiment

près des réalités que j'ai à,

non seulement défendre, mais

souvent dans les

fabrications de lois

ou dans des décisions

importantes. J'aime bien...


DANIEL LESSARD

Vous avez besoin

de parler aux gens.


MICHELLE COURCHESNE

Parler aux gens, mais

constater par moi-même. J'écoute

beaucoup les fonctionnaires,

les conseillers, tout ça. Mais

à la fin, je suis une femme

de décision, une femme de tête.

Décider, pour moi,

c'est pas un problème.


DANIEL LESSARD

Quand vous avez plongé

en politique, qu'est-ce

que vous rêviez d'accomplir

à ce moment-là?


MICHELLE COURCHESNE

C'est tellement une bonne

question. Je crois que je

suis... Je me décris comme une

agente de changement. Alors, en

2003, c'était très certainement,

avec l'expérience que j'avais,

j'avais quand même 50 ans

à l'époque, bon, une certaine

expérience, c'était

de m'inscrire dans ce vent

de changement et, il faut pas se

le cacher, le pouvoir est quand

même là. Il est attrayant.


DANIEL LESSARD

Il est attirant.


MICHELLE COURCHESNE

Donc, c'est d'exercer, d'avoir

la capacité d'influencer sur

des décisions importantes, mais

aussi pour, bien sûr, partager

nos convictions. Parce que

oui, il faut être passionné

pour faire de la politique,

mais il faut aussi avoir

des convictions.


DANIEL LESSARD

Et la politique est

le meilleur ou seul moyen

d'arriver à ces changements-là?


MICHELLE COURCHESNE

C'est pas le seul, mais

c'est de plus en plus un

moyen absolument important

et incontournable. Pourquoi?

Surtout dans une province, hein.

Au niveau provincial, on est

carrément, carrément... On

intervient carrément dans la vie

et le quotidien des citoyens.


DANIEL LESSARD

Vous êtes beaucoup plus près.


MICHELLE COURCHESNE

On est beaucoup plus près de

la santé, de l'éducation, le

travail, bon... La famille.

On est constamment en train

d'intervenir dans leur vie

et ça, ça m'a attirée, en 2003.

J'aurais probablement pas,

à cette époque, fait de la

politique au fédéral. Pour moi,

c'était vraiment le provincial

pour ces raisons-là. Donc,

d'exercer une influence, d'avoir

cette capacité d'exercer cette

influence dans un gouvernement.


DANIEL LESSARD

La politique, c'est aussi

souvent un jeu pas toujours

facile. Vous avez dit, quelque

part, j'espère ne pas mal

vous citer, que ce que vous avez

détesté le plus en politique,

c'était l'adversité.


MICHELLE COURCHESNE

Oui. Ah oui, surtout

les dernières années.

La partisanerie à outrance. La

partisanerie qui aveugle et qui

fait prendre des décisions de

mauvaise façon, mais du côté des

adversaires, qui ne sont plus

capables de débattre sur le fond

des choses. Moi, je suis une

fille de contenu. J'aime

toujours aller au fond des

choses. Et quand un adversaire

politique, de façon absolument

volontaire et avec une certaine

malhonnêteté intellectuelle,

parce qu'on se connait

évidemment, utilise la

partisanerie et l'adversité

méchante, mesquine, qui ne

fait rien avancer du tout.

Ça, les dernières années, de

toujours être dans ce climat où

il faut constamment, constamment

se battre, se battre, se

défendre, se défendre. Je vous

dirais, les deux dernières

années, probablement une fatigue

physique, une fatigue générale,

faisaient en sorte que cette

adversité-là, je ne voulais

plus. Et aujourd'hui encore,

dans ma vie, je suis beaucoup

moins... Je combats, mais plus

sereinement. Disons ça comme ça.


DANIEL LESSARD

Quand vous êtes ministre

et qu'on demande votre démission

pour quelque raison

que ce soit, ça fait mal?


MICHELLE COURCHESNE

Oui, ça m'est arrivé une fois.

Et d'ailleurs, c'est Marie

Malavoy qui avait demandé ma

démission et ça m'avait fait

d'autant plus mal que j'avais

été sa sous-ministre en 1995.

Et j'avais eu une "excellente"

relation. Et au gouvernement

Charest, elle a été ma critique

à l'Éducation. On travaillait

bien ensemble. Et c'est

exactement l'exemple d'adversité

où elle le faisait parce qu'elle

était obligée de le faire.

Mais elle avait quand même

accepté de le faire et elle

avait eu des mots très durs,

et ça m'a profondément blessée.


DANIEL LESSARD

Je vous écoute. Ce truc-là

avec Mme Marie Malavoy, je pense

à l'épisode que le Parti libéral

vit en ce moment, de Lise

Thériault. La question est

un peu clichée, mais est-ce que

c'est plus dur pour une femme?


On nous présente un extrait de la période de questions de l'Assemblée nationale du Québec. L'extrait date de l'époque où MICHELLE COURCHESNE était ministre de l'Éducation.


PRÉSIDENT DE L'ASSEMBLÉE

Madame

la ministre de l'Éducation.


MICHELLE COURCHESNE

Monsieur le président,

je n'accepterai en aucun cas

que quiconque mette en cause

mon intégrité comme membre

du gouvernement,

monsieur le président.


On retourne à l'entrevue avec DANIEL LESSARD.


MICHELLE COURCHESNE

Oui, c'est plus dur pour

une femme. Mais c'est-à-dire que

nous, les femmes, puis Lise

l'a bien démontré, à un moment

donné, on démontre nos émotions,

et les hommes beaucoup moins. Ou

en tout cas, ils le démontrent

pas de la même façon. Mais

j'aime pas ça généraliser parce

qu'on le sait qu'il y a des

hommes qui ont vécu des moments

extrêmement pénibles, et

ça les a marqués profondément

et probablement pour plusieurs

années. Donc, je crois que

les médias font davantage de cas

avec une femme. Quand une femme,

par exemple, pleure qu'un homme

qui exprime ses émotions.

Un homme qui exprime, qui vient

les yeux pleins d'eau,

on trouve ça attendrissant.

Une femme qui vient les yeux

pleins d'eau, comme moi, j'avais

une grande facilité à avoir

les yeux pleins d'eau. Il

faut croire que j'avais aussi de

bonnes raisons, parce que je

vivais familialement, quand même

un moment très pénible avec

la maladie de mon mari.

Donc, j'avais les yeux pleins

d'eau facilement. Bien là,

j'étais tout de suite classifiée

une émotive. Tu sais, si

vous allez dans le milieu

journalistique de Québec, ils

vont vous dire: "Michelle

Courchesne, c'est une émotive."

Aujourd'hui, je l'assume.

Il y a eu des années où non.

Je pense que je suis plus

une femme rationnelle que cela.

Mais bon.


DANIEL LESSARD

Vous avez déjà rêvé

d'être premier ministre?


MICHELLE COURCHESNE

Non, jamais.


DANIEL LESSARD

Non?


MICHELLE COURCHESNE

Aussi clair que ça.

(En riant)

J'ai jamais rêvé

d'être premier ministre!


DANIEL LESSARD

Ah non?


MICHELLE COURCHESNE

Jamais!


On présente un nouvel extrait de l'Assemblée nationale.


MICHELLE COURCHESNE

Monsieur le président, il est

faux aussi de prétendre, comme

plusieurs le font, que la

mention de René Lévesque, ayant

pris le pouvoir en 1976, est

omise. C'est bel et bien inscrit

noir sur blanc, monsieur le

président. J'invite le député de

Borduas à lire attentivement ce

programme d'études avant de

prétendre que les

informations sont manquantes.


On retourne à l'entrevue avec DANIEL LESSARD.


DANIEL LESSARD

Mme Courchesne, je veux qu'on

parle d'éducation, mais avant,

et vous l'avez abordé un peu,

il y a quelques instants,

la relation entre

les politiciens et les médias.

Pourquoi c'est si compliqué?


MICHELLE COURCHESNE

(En riant)

C'est vous

qui me demandez ça?

Moi, j'aimerais ça vous poser

la même question!

Ah, pourquoi c'est si compliqué?


DANIEL LESSARD

Vous avez eu, bon, il vous est

arrivé d'avoir des gros mots

à l'endroit des médias

et de ne pas être contente

de ce qu'ils avaient fait.


MICHELLE COURCHESNE

D'ailleurs, j'ai dit dans une

entrevue, après avoir quitté la

politique, qu'il y a une

seule chose que je referais

différemment en politique, parce

que je regrette vraiment rien,

mais une chose que je ferais

différemment, c'est ma relation

avec les journalistes. Pourquoi

c'est compliqué? Parce que

je crois que les médias sont

sous pression énormément,

dans un marché au Québec qui est

très restreint, très petit

et où c'est la clip et

puis, ils veulent...


DANIEL LESSARD

S'approprier...


MICHELLE COURCHESNE

Oui, ils se compétitionnent

entre eux et tout ça. Ça va

très, très vite. On a pas le

temps d'aller au fond des

choses. Mais ce que moi m'agace

profondément, c'est quand

on me pose une question et que,

parce que je suis politicienne,

ma réponse est pas bonne. Et

je pense qu'il y a une profonde

incompréhension mutuelle aussi.

J'encouragerais énormément un

meilleur dialogue entre, et

là, je vais dire la profession

journalistique et la profession

ou le métier de politique

ou de politicien. Je crois qu'on

aurait avantage, en ce moment,

de faire un certain petit temps

d'arrêt et se permettre--


DANIEL LESSARD

De réfléchir un peu.


MICHELLE COURCHESNE

Oui! Et certains journalistes,

très connus, qui sont sur

les ondes quotidiennement, m'ont

aussi partagé, dit: "Ouais, nous

aussi, parfois, on ressentirait

ce besoin-là" pour briser le

cynisme. Parce qu'on encourage

le cynisme de cette façon-là.

Mais si c'était à refaire, je

serais plus compréhensive

envers les journalistes.


DANIEL LESSARD

Plus patiente un peu.


MICHELLE COURCHESNE

Plus patiente et plus... Oui.


DANIEL LESSARD

L'éducation, Mme Courchesne.

Vous avez été ministre pendant

quatre ans? Éducation?


MICHELLE COURCHESNE

Oui, un peu plus même.


DANIEL LESSARD

Pourquoi on a l'impression que

il faut toujours refaire le même

débat sur l'éducation? Pourquoi

il y a toujours ce problème-là?


MICHELLE COURCHESNE

C'est tellement une bonne

question. Je me la pose encore

régulièrement. Pour moi,

valoriser l'éducation, ça

commence effectivement par un

gouvernement qui lui a vraiment,

non seulement les cordons de la

bourse, mais a aussi un contrôle

sur ce que l'on enseigne

à l'école et du primaire,

pratiquement jusqu'à

l'université. Dans le sens que

l'université, il y a quand

même des règles d'approbation

de programmes, etc., etc..

Donc, comment se fait-il

que comme société et

particulièrement comme société

francophone où on s'est battu

pour notre langue. On se bat

encore. On se bat pour

notre identité et notre culture.

Comment se fait-il qu'on ne se

dise pas que, dans nos choix

politiques, que ça,

c'est une priorité--


DANIEL LESSARD

Pourquoi on ne se le dit pas?


MICHELLE COURCHESNE

Je ne comprends pas. Surtout

dans le monde d'aujourd'hui

où on a la planète à nos pieds.

Il y a tellement d'informations.

On veut être dans une société

de savoir parce qu'on se dit:

C'est la seule façon d'être

les meilleurs, mais de

compétitionner parce que,

bon. Et comment ça se fait?

Sincèrement, ça demeure

un mystère pour moi.

Il faut que ce soit un

discours collectif--


DANIEL LESSARD

Il faut que les parents, les

professeurs, entre autres...


MICHELLE COURCHESNE

Les parents, les professeurs,

les entrepreneurs, les chefs

d'entreprise. Il faut que

ce soit l'affaire de tous

et que ce soit un discours

collectif sur l'importance. Sur

les moyens, on peut discuter.

Évidemment, on peut pas tous

être d'accord sur les moyens.

Ça, j'en conviens tout à fait

et c'est sain qu'on ne soit pas

d'accord sur les moyens. Mais

sur la nécessité d'apprendre,

sur la volonté d'en faire une

priorité au sens de rendre ça

extrêmement présent. Je vais

donner l'exemple des activités

éducatives dans les organismes

culturels, par exemple.

En ce moment, je suis membre

d'un conseil, de deux conseils

d'administration d'organismes

culturels. Les activités

éducatives sont coupées.

Il n'y a plus d'argent. Mais si

on avait ce discours collectif,

on ne couperait pas ce genre

de situations-là. On ferait

des choix communs. Un peu

comme la défense de la langue.

On s'est battu pour notre

langue. Pourquoi on aurait pas

ce même goût de la bataille pour

l'éducation? Mais là, j'inclus

les gouvernements. Parce que là,

vous pourriez me dire: "Dans

cette période d'austérité, il y

a des parents qui se battent,

qui font des chaînes humaines."

Moi, je leur lève mon chapeau.

Mais il faut que ce soit

vraiment, vraiment tout le

monde. Et ça passe beaucoup

par un premier ministre qui dit:

"Bien, l'éducation, c'est

prioritaire" et qui le démontre.

C'est vrai en Ontario et c'est

vrai en Europe et c'est vrai

partout. Je sais pas si c'est

parce que c'est gratuit.

On prend pour acquis que

l'éducation est là. Ça fait

que c'est là, pas besoin

de s'en occuper, pas besoin

de la valoriser.


DANIEL LESSARD

Il faut que les gens

descendent dans la rue? Ils

l'ont fait. Les carrés rouges.


MICHELLE COURCHESNE

Ouf! Non.


DANIEL LESSARD

Ça donne rien?


MICHELLE COURCHESNE

Non. Moi, je crois pas

à l'utilité de descendre dans

la rue. Je crois qu'il faut que

les icônes de notre société,

différentes personnalités,

en fassent une cause. Il faut

que ce soit une cause. Il faut

qu'un groupe de personnes

influentes qui vraiment frappent

l'imaginaire collectif, disent

dans des mots simples qui

rejoignent tout le monde, aient

des actions, posent des gestes

qui fassent en sorte qu'on se

dise collectivement: Oui, c'est

notre plus grande richesse,

c'est notre éducation, c'est

notre savoir. Pas uniquement

pour une économie, mais aussi

pour l'épanouissement

de l'être humain.


Des images du restaurant Leméac à Outremont se succèdent.


MICHELLE COURCHESNE (Narratrice)

Leméac, pour moi,

c'est mon lieu cocooning.

Où je m'y rends, souvent,

très souvent seule.

Où je peux m'y attabler dans

un esprit de convivialité, mais

un esprit de confiance où tout

le monde est chaleureux, tout

le monde m'accueille à bras

ouverts. Alors, s'il y a

des journées un peu plus

nostalgiques, bien, je me rends

chez Leméac et là, tout le

monde est sourire, tout le monde

me distrait et me parle

de mille et une choses

anodines, sérieuses.

Une bouffe tout à fait

délicieuse, un petit verre

de vin et puis, oups, je ressors

et la bonne humeur est revenue

et puis le cafard est parti.

Et tout ça, grâce

à la gentillesse extrême de

ce personnel qui est fidèle, qui

ne change pas et qui m'accueille

toujours avec tellement

de simplicité, mais tellement

de chaleur humaine.

Alors, c'est pour ça que

Leméac est mon coup de coeur!


On retourne à l'entrevue avec DANIEL LESSARD.


DANIEL LESSARD

Mme Courchesne, vous avez

consacré beaucoup de temps

en tant que proche aidant.

Aujourd'hui, vous consacrez

encore beaucoup de temps

aux organismes qui, bon,

s'en occupent. Commençons

par le début. Comment

vous en êtes arrivée à être

une proche aidant?


MICHELLE COURCHESNE

Je suis une fille unique. Ça

fait que quand on est fille

unique, ton tour vient souvent.

Ton père, ta mère,

l'épouse de mon père.

J'ai été élevée par ma mère et

une tante célibataire. Elle

était célibataire, elle n'avait

pas d'enfant. Donc j'étais fille

unique; je m'en suis occupée.

Et évidemment, mon mari. Je vous

dirais que c'est mon mari où

ça a été le plus difficile parce

qu'il souffrait de la maladie

d'Alzheimer. Et ça a duré sept

ans. Je l'ai gardé à la maison

jusqu'à son dernier

souffle. C'est une maladie

extraordinairement... difficile

et cruelle pour l'entourage.


DANIEL LESSARD

Quand on est proche aidant,

Mme Courchesne, est-ce que il

s'agit simplement d'accompagner

quelqu'un ou si vous agissez

comme son infirmière,

son médecin?


MICHELLE COURCHESNE

Tout.


DANIEL LESSARD

Tout?


MICHELLE COURCHESNE

Tout. Surtout dans la maladie

d'Alzheimer, quand tu gardes le

patient chez toi. Même mon père.

Mon père est décédé chez moi.

Tu as beau avoir des services

professionnels qui viennent

t'aider, mais ils sont pas là

24 heures par jour. Mais

à un moment donné, tu as aussi

une sorte de... de force morale

qui t'est inculquée.


DANIEL LESSARD

Vous vous êtes découvert

des ressources que

vous ne soupçonniez pas?


MICHELLE COURCHESNE

Absolument et tu les as

parce que la situation l'impose.

Pour moi, ça, ça allait de soi.

Ce qu'il faut faire très

attention dans ces

situations-là, c'est l'après.

Parce que là, l'après, c'est

comme quand Normand, mon mari,

est décédé de l'Alzheimer,

j'ai eu le sentiment d'avoir

la maladie dans les pores

de ma peau pendant deux ans.

Après, ça a été très long pour

les raisons que vous mentionnez.

C'est que c'est l'hygiène, c'est

nourrir, c'est la sécurité,

et c'est d'accompagner un esprit

qui n'est plus là. Il y a

pas d'adieu dans la maladie

d'Alzheimer. Et d'accompagner

un corps qui se désagrège

littéralement. Alors, c'est

très, très, très difficile.


DANIEL LESSARD

C'est un peu

apprivoiser la mort.


MICHELLE COURCHESNE

Oui, mais ça, c'est le côté

positif pour moi. D'ailleurs,

j'encourage souvent, quand c'est

possible, c'est pas possible

pour tout le monde, mais

pour ceux où c'est possible que

le proche décède à la maison,

moi, je l'ai vécu deux fois, mon

père et mon mari. J'encourage

ça. C'est très apaisant. Ça

démystifie la mort énormément.

Ça empêche d'avoir peur et ça

nous apprend à laisser aller

aussi. Parce que la mort

fait partie de la vie.

Mais j'essaie toujours de

chercher qu'est-ce que ça

m'apporte de plus et en quoi ça

me rend une meilleure personne.

Et je regarde mes deux fils qui

étaient adolescents au moment de

la maladie de leur père. Très

honnêtement, ça leur a appris la

compassion beaucoup. Et bien

sûr, ils ont acquis une maturité

plus rapidement. Mais si on

le fait dans le dialogue

dédramatisé le plus positif

possible, et qu'on voit

qu'est-ce que celui qui nous

abandonne nous a apporté

dans notre vie et qu'on planifie

ensemble la suite de cette même

vie. Parce que je dis toujours à

quelqu'un qui vit une perte: "Tu

sais, il y a encore une vie, il

y a encore des responsabilités"

et donc, ça nous appartient.

Ce qui tue souvent, c'est la

culpabilité. Il faut s'éloigner

de ça. Il faut s'éloigner de

la culpabilité. On est très

majoritairement des gens--


DANIEL LESSARD

Il vous est jamais arrivé de

vous dire: Merde, c'est injuste,

c'est cruel ce qui arrive.

Je ne mérite pas ça.


MICHELLE COURCHESNE

Jamais. Non, je me suis dit ça

en politique plus souvent!


MICHELLE COURCHESNE rit.


MICHELLE COURCHESNE

Je me suis dit ça en quittant

la politique davantage que dans

la maladie. Non. Non, parce que

il faut apprendre à vivre

avec cette fatalité, avec cet

événement, et c'est cette raison

qui fait que moi, ça a changé

mon rapport aux êtres humains

et à ceux que j'aime. Ça a

changé beaucoup mon

rapport à ceux que j'aime.


DANIEL LESSARD

Ça vous a apporté

une certaine sérénité?


MICHELLE COURCHESNE

Oui, mais une tolérance

envers mes proches.


DANIEL LESSARD

Quand on est proche aidant,

est-ce qu'il faut nécessairement

mettre sa vie professionnelle

entre parenthèses?


MICHELLE COURCHESNE

Je l'ai pas fait, moi. Quand

M. Charest m'a demandé de

devenir ministre, c'était le

même mois du diagnostic de mon

mari sur la maladie d'Alzheimer.

Et il m'avait dit à ce

moment-là... J'avais dit:

"Normand, qu'est-ce que je

fais? Ça a pas de bon sens."

Québec, Montréal, tout ça. Il

m'avait dit: "Écoute, tu ne

seras pas mon infirmière 24

heures par jour." Il faut pas

s'oublier complètement parce que

nous, après, il faut continuer.

Et moi, j'avais des enfants. Il

fallait que je continue après.

On a encore des responsabilités

après. Donc, non, si vous pouvez

continuer à exercer votre

métier, il faut le faire

parce que il faut se changer les

idées. On peut pas être juste

envahi par la maladie. Parce que

c'est très dangereux moralement.

Ça peut créer la dépression.

Ça peut nous affaiblir

physiquement.

Ça peut être très, très,

très long à s'en remettre après.

Donc, c'est sûr que moi, de

travailler m'a aidée énormément

même s'il y a eu beaucoup,

beaucoup de larmes versées dans

la voiture entre Québec et...

Ah oui. Mais bon...

C'est des moments difficiles

à passer, c'est évident.


DANIEL LESSARD

Il y a quelques milliers de

proches aidants au Québec.

J'ai oublié le chiffre.


MICHELLE COURCHESNE

Un million.


DANIEL LESSARD

Un million?


MICHELLE COURCHESNE

Oui.


DANIEL LESSARD

Est-ce qu'on les encadre

bien? Que ce soit sur le plan

politique, fiscal

ou quoi que ce soit?


MICHELLE COURCHESNE

De plus en plus. Je préside le

conseil d'administration d'une

société de gestion qui s'appelle

Appui. Il y en a partout dans

les régions. 150 millions du

gouvernement du Québec.

50 millions de la famille

Chagnon sur dix ans. On redonne

cet argent à des organismes

communautaires qui offrent des

services de répit, de soutien

psychologique, de formation,

d'information, etc.,

pour entourer. Donc, si je

compare à 1993 où j'ai commencé

avec mon papa et aujourd'hui, il

y a un réel progrès; les soins

à domicile et tout ça. Il y a

toujours plus à faire. C'est pas

suffisant. Il y a beaucoup

de demandes. Vous avez raison

de le mentionner, ce qui est le

plus fragile, c'est la situation

financière des familles.

Les gouvernements, tant fédéral

que provincial, donnent des

crédits d'impôt, mais

c'est minime. C'est minime.


DANIEL LESSARD

En terminant, qu'est-ce que

Michelle Courchesne veut

faire du restant de sa vie?


MICHELLE COURCHESNE

Lire!


DANIEL LESSARD

Il en reste encore

un grand bout!


MICHELLE COURCHESNE

Lire! Elle s'occupe. Je

travaille beaucoup moins, mais

je travaille. Je m'implique dans

plusieurs causes

sociales et culturelles.


DANIEL LESSARD

C'est votre grande passion.


MICHELLE COURCHESNE

Oui, c'est resté très près

de mon coeur. Donc,

je peux recommencer à aller

au théâtre, aux concerts, etc..

Mais je veux transmettre

l'expérience, partager cette

expérience-là avec des plus

jeunes. Je suis très près des

jeunes dans leur milieu de

travail. Pour moi, c'est

important. Les femmes, en

particulier. Leur donner

confiance et leur donner une

petite poussée. Vas-y! Tu peux y

aller. Mais je cherche, comme

tout le monde, le bonheur

tout simplement. Mais un

bonheur beaucoup plus simple.


DANIEL LESSARD

Je vous souhaite un très grand

bonheur, et puis,

merci mille fois.


MICHELLE COURCHESNE

Merci à vous. Ça a été

vraiment un plaisir.


DANIEL LESSARD

Très agréable.


MICHELLE COURCHESNE

Merci beaucoup. Merci.


Générique de fermeture


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