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Carte de visite

Gisèle Quenneville, Linda Godin et Daniel Lessard rencontrent des personnalités francophones et francophiles. Découvrez ces politiciens, ces artistes, ces entrepreneurs ou ces scientifiques dont l'histoire, extraordinaire, mérite d'être racontée.

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John Parisella : ancien conseiller politique de premiers ministres québécois

John Parisella a côtoyé de très près les Daniel Johnson, Robert Bourassa, Claude Ryan et Jean Charest, en tant que conseiller politique ou chef de cabinet.
Il était littéralement une éminence grise du pouvoir québécois et ce, à une époque où les questions constitutionnelles faisaient rage au pays.
Il a vécu de l´intérieur les deux référendums québécois et les tractations autour du lac Meech.

Il est aussi un spécialiste de la politique américaine et sera de toute évidence gâté cette année par les élections américaines.

C’est que John Parisella a la politique dans la peau…



Réalisateur: Joanne Belluco
Année de production: 2015

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VIDÉO TRANSCRIPTION

Titre :
Carte de visite


Sur des images de la ville de Montréal, LINDA GODIN fait une courte présentation de JOHN PARISELLA, ancien chef de cabinet et conseiller politique.


LINDA GODIN (Narratrice)

Il les a tous connus de très près.

Daniel Johnson, Robert Bourassa,

Claude Ryan, Jean Charest.

Il en a été leur conseiller

politique ou leur chef de

cabinet à des époques où

la question constitutionnelle

faisait rage au pays.

Les référendums, l'accord

du lac Meech, il les a vécus

de l'intérieur, à travailler

pour le Parti libéral du Québec.

John Parisella n'a jamais été

député, mais il a la politique

dans la peau depuis qu'il est jeune.

Il est aussi un spécialiste

de la politique américaine,

souvent appelé à en analyser

l'actualité. John Parisella a

été le délégué général du Québec

à New York, la plus haute

fonction du Québec

aux États-Unis.


JOHN PARISELLA

Pour moi, on fait des débats d'idées,

on fait pas des débats sur

les personnes. On peut avoir

un grand débat sur l'avenir

du Québec, mais en même temps,

être capables de parler de

nos enfants, de nos familles,

de nos rêves et de nos espoirs

de carrière.


Dans un bureau du centre-ville de Montréal, LINDA GODIN rencontre JOHN PARISELLA.


LINDA GODIN

John Parisella, bonjour.


JOHN PARISELLA

Bonjour.


LINDA GODIN

Vous avez derrière vous 40 ans

de carrière politique avec des

chefs libéraux qui sont devenus,

à un moment donné, premiers

ministres. Et vous n'êtes jamais

devenu cynique de la politique?


JOHN PARISELLA

Non, je suis très fier de ça

parce que, pour moi, de la

politique, il faut avoir des

convictions. On peut pas faire

de la politique de façon

passagère, si on a pas

les croyances de base.

C'est ça le point de départ.

Deuxièmement, il faut avoir des

idéaux. Il faut souhaiter que

ces convictions-là, on peut

les mettre en application.

On peut peut-être avoir un rêve

d'où on souhaite aller, comme

société, et d'essayer d'apporter

ça dans du concret. Et peut-être

j'ajouterais l'optimisme.

Il faut croire qu'on peut

faire un changement.

J'ai été inspiré beaucoup dans

ma jeunesse par le pouvoir des

mots. Et les mots de Churchill

quand j'étais étudiant. Les mots

des Kennedy. Les mots de Martin

Luther King. C'était des

mots qui m'inspiraient.

Donc, ça prend une dose

de conviction, idéalisme,

optimisme, et peut-être

aussi d'inspiration.


LINDA GODIN

Donc, vous avez travaillé

avec plusieurs chefs du Parti

libéral du Québec. Vous avez

particulièrement aimé Bourassa.

Qu'est-ce que vous aimiez chez lui?


JOHN PARISELLA

Bien, je pense que la première

chose, c'est sa grande

simplicité. Son côté très

humain. C'est une personne

très stratège. Je l'ai comparé

vraiment à un joueur d'échecs.

Certains diraient, c'est comme

un quart arrière au football

où la stratégie y joue

pour beaucoup. Bien moi,

je dirais que c'est le côté

où M. Bourassa, quand on

travaillait avec lui, il y avait

un côté non seulement relié au

travail, mais il y avait un côté

relié aussi aux loisirs.

Il était très concerné par

l'impact que ça pouvait avoir

sur nos familles, par exemple.

Donc, bien des fois, il appelait

chez moi et il était comme

content que c'était ma conjointe

qui répondait ou c'était,

disons, mes enfants. Juste

pour avoir un peu des nouvelles

comment est-ce qu'ils trouvaient

la vie politique et comment

est-ce que... Si le père dormait

bien! "Votre père dort bien

et il est de bonne humeur?"

C'était sa façon de voir

la dimension complète.

Parce que c'est un être--


LINDA GODIN

Plus humaine, quoi?


JOHN PARISELLA

Oui et c'était un être qui...

la politique était centrale à

son vécu. Il travaillait souvent

de chez lui. Donc, il était

toujours entouré de sa famille.

Et dans la journée, quand son

bureau était fermé, M. Bourassa

était au téléphone et c'était

des longues conversations avec

des membres de sa famille,

c'est-à-dire ses enfants ou son

épouse. Donc, ce côté-là, humain

m'a beaucoup attiré envers lui.

Mais je dirais aussi

le fait qu'on a eu beaucoup

de différentes crises politiques

à gérer directement.

Ça renforcit des liens.


LINDA GODIN

Vous parlez de moments

difficiles. Vous avez passé à

travers différentes crises. Quel

est le moment le plus difficile,

pour vous, dans ces 40 ans de

carrière là, que vous avez

trouvé le plus difficile?


JOHN PARISELLA

Bien, c'est sûr qu'un

événement comme tel,

probablement qui vient à

l'esprit, c'est probablement

quand j'ai appris, de la bouche

même de M. Bourassa, qu'il

devait, disons, voir le médecin

parce qu'il avait la grande

crainte que c'était le début

d'un cancer. En réalité, c'était

plus qu'une crainte, c'était le

constat. Mais M. Bourassa aimait

pas utiliser le mot "cancer",

donc il disait qu'il avait des

soupçons. On pense que c'est ça.

Et là, je savais que notre vie

se transformerait. Non seulement

notre vie politique, mais notre

vie personnelle, d'une façon ou

d'une autre. Je dirais peut-être

l'autre élément, si on revient

sur les dossiers, c'était

probablement l'échec

du lac Meech parce que ça nous

a amenés dans un processus qui

a duré au moins... L'échec

a eu lieu en juin 1990 et

le référendum sur Charlottetown,

qui était un peu le dénouement

de cette crise constitutionnelle

là, même si ça a pas réglé

beaucoup, a eu lieu à l'automne

de 1992. Donc, on regarde

vraiment quelque chose qui a eu

une durée de plus de deux ans.

Donc, ça, c'était quand même

assez compliqué.


LINDA GODIN

Après l'échec de l'accord du

lac Meech, est-ce que vous avez

eu l'impression que M. Bourassa,

comment dire... lorgnait sur la

souveraineté? Est-ce qu'il était

tenté par la souveraineté

tellement ça avait été un

processus qui avait été long,

vous l'avez dit, qui a été

négatif en bout de ligne.


JOHN PARISELLA

Il devait gérer les forces

vives du Québec et, quand on

parle des forces vives du

Québec, il y avait ceux qui

croyaient à la souveraineté,

et on vivait un échec majeur sur

la réforme de la Constitution.

Ça touchait l'adhésion du Québec

à la Constitution de 1982, et

il y avait un effort qui s'était

fait, qui avait été entériné, en

1987, et il y avait un délai de

trois ans pour finaliser l'échec

du lac Meech, et finalement,

ça a pas eu lieu.

Donc, il fallait qu'il gère le

désappointement dans la société.

La question à savoir si

M. Bourassa était tenté par

la souveraineté, moi, je peux

vous dire que dans toutes

mes conversations, dans son

comportement et certains proches

de lui qui ont déjà travaillé

avec M. Bourassa, dans

la première phase de Robert

Bourassa, c'est-à-dire

quand il était premier ministre

de 1970 à 1976. Je me suis joint

à lui dans les années 1980. Il

n'a jamais vraiment été ébranlé

sur sa conviction profonde de

l'union économique, l'union

politique et l'union monétaire.

Et pour lui, c'était le

fondement de qu'est-ce qu'il

appelle une fédération. Et

le bris qu'il y a eu dans les

années 1960 avec M. Lévesque

était autour de ça, et ça avait

pas vraiment changé. Donc, j'ai

jamais eu aucun doute. Parce que

j'ai toujours décrit M. Bourassa

comme un fédéraliste

logique ou de raison.

C'est-à-dire que pour lui,

c'était pas une question des

Rocheuses, c'était pas une

question de l'émotivité,

c'était pas le drapeau. C'était

logiquement la meilleure voie

pour l'avenir du Québec.

C'est d'être à l'intérieur

de cet ensemble où le Québec

avait ses juridictions, où

il y avait déjà des juridictions

partagées, et c'était basé

sur une union économique, union

politique et union monétaire.

Le Canada est pas resté figé

dans l'échec. Il y a eu des

gestes qui ont été posés.

Est-ce que ça a été des gestes

d'ordre constitutionnel pour

réconcilier le fait que le

Québec n'avait pas signé

l'entente de 1982? La réponse

est non. Et ça reste un travail

inachevé. La question à

savoir est-ce que c'est aussi

prioritaire pour la génération

montante des jeunes Québécois?

Ça, il y a sûrement une discussion

à avoir à ce niveau-là.


LINDA GODIN

Qu'est-ce que vous

pensez qu'il reste à faire

justement, d'un point de

vue constitutionnel ou pas?


JOHN PARISELLA

Je pense que le dossier

linguistique est le meilleur

exemple. C'est qu'il y a eu

un consensus qui s'est développé

sur une période, moi, je dirais

de... pas loin de 40 ans.

Et c'était l'effort du Parti

libéral et les efforts du Parti

québécois, et les tribunaux

ont tranché dans certains cas.

Mais au fil des années,

il y a eu un équilibre qui s'est

développé. Donc, autant que la

question constitutionnelle n'est

pas réglée, je dirais que la

question linguistique a fait des

progrès. Ça se réglera jamais

d'une façon que... on sera

pas vigilants. Il faut rester

vigilants. Mais on a

un consensus sociétal.

On peut vivre ensemble.


Un extrait d'archives montre Robert Bourassa à l'Assemblée nationale, le 21 décembre 1988.


ROBERT BOURASSA

Je réponds à mon ami, le

député de Terrebonne à qui je

souhaite d'excellentes vacances

durant les fêtes, pour qu'il retrouve

son calme, et son sang-froid,

et sa bonne humeur, et

son humour. Ce que je lui dis,

c'est que la clause dérogatoire

n'est pas rétroactive.

Qu'il fallait combler le vide

juridique parce que, autrement,

l'unilinguisme anglophone

est applicable partout.

Donc, il fallait combler le vide

juridique. Nous l'avons comblé.


Plusieurs images de l'université McGill, à Montréal, défilent.


JOHN PARISELLA

J'ai étudié à McGill quand

j'étais jeune. J'ai fait ma maîtrise.

J'ai découvert le centre-ville

par le campus McGill.

Il me fait penser beaucoup

aux campus traditionnels

de la Nouvelle-Angleterre

qu'on associe soit à Harvard

ou Columbia.

J'ai fait trois diplômes à

McGill. J'ai fait une maîtrise

en sciences politiques, un

diplôme en gestion et un diplôme

en pédagogie. Et ça a touché

quasiment mes trois activités

de carrière. J'ai fait de la politique,

j'ai fait de l'enseignement et

j'ai fait des affaires.


On revient dans le bureau de JOHN PARISELLA.


LINDA GODIN

M. Parisella, est-ce que vous

vous considérez comme un modèle

d'intégration à la québécoise?


JOHN PARISELLA

Modèle est un mot fort

parce que ça veut dire que

je deviens la référence.

Je dirais que ma famille

est une famille qui est

assez unique pour la période

où j'étais jeune.

J'étais dans un quartier

francophone qui s'appelle

Rosemont. Un quartier ouvrier,

assez modeste. On était la

seule famille dont je peux

me souvenir qui était pas

canadienne-française. C'était

les mots qu'on utilisait

à l'époque. Et moi, j'étais

à l'école anglaise; choix que

ma mère a fait avec l'apport

de mon père. Donc, je vivais

comme deux réalités. Quand

j'allais à l'école, je vivais

une réalité anglophone. Ma mère

étant irlandaise, et sa première

langue était l'anglais, même

si elle était parfaitement

bilingue. C'est clair que

dans les premiers temps,

elle me parlait en anglais.

Et finalement, quand elle a

réalisé vers l'âge de... Elle

me racontait ça. Vers l'âge de

2 ans et demi, 3 ans, je parlais

pas beaucoup français. Elle

a décidé, pendant une période

de temps, elle dit un an, à

me parler qu'en français. Donc,

quand j'ai commencé à jouer

avec mes petits copains de rue,

à l'âge de 4-5 ans, bien là, je

pouvais communiquer en français.

Eux étaient unilingues français.

Mais j'allais à l'école

anglaise. Donc, j'avais ces deux

réalités-là. Donc, à la table,

au souper, on pouvait parler

en anglais, on pouvait parler

en français. Mon père qui était

d'origine italienne. Moi,

mon père, c'est un immigrant.

Mon père a appris le français

quand il est arrivé ici.

Et ensuite, il a appris

l'anglais à cause de ses

beaux-parents. Donc, mon

père, j'avais une tendance à lui

adresser la parole en français,

même si ça arrivait aussi en

anglais. Mais ma mère, j'avais

une tendance, même jusqu'à son

décès, il y a une douzaine

d'années, ma mère et moi, on se

parlait en anglais 98% du temps.

Donc, j'ai toujours vécu ces

deux réalités-là. Cela dit,

je me suis vraiment impliqué,

disons, à m'intégrer dans

une réalité que j'appelle

francophone du Québec. Donc,

je peux dire que quand j'ai

fait la politique, mon premier

instinct, c'était de la faire au

Québec plutôt qu'aller la faire

à Ottawa. Je sentais plus

d'affinités avec les dossiers,

avec les intérêts qui se

produisaient à l'intérieur du

sol québécois que de dire, bien,

je vais aller servir à Ottawa.

J'ai des amis au niveau fédéral,

mais si vous m'aviez demandé

à reprendre ma carrière,

mon parcours politique, est-ce

que j'ai des regrets de ne pas

l'avoir fait au fédéral plutôt

qu'au provincial, absolument

pas. Vraiment, je suis très fier

de l'avoir fait au provincial,

et si j'avais à recommencer, je

serais resté dans la même voie.


LINDA GODIN

Revenons à vos origines.

Mère irlandaise, père italien.

Vous habitiez dans un quartier

complètement, très,

très francophone.


JOHN PARISELLA

Oui.


LINDA GODIN

Est-ce que vous vous dites

Italo-Québécois?


JOHN PARISELLA

J'ai pas de problèmes à

m'identifier comme Québécois.

J'ai pas de problèmes à

m'identifier comme Canadien.

Pour moi, je vois le Canada

par les yeux d'un Québécois.

J'aurais de la misère à me voir

aussi fièrement canadien, si

j'étais dans une autre province.

Je me vois fièrement canadien,

parce que je pense que le Québec

a contribué à former ce pays.

Si on a un système fédéral,

c'est parce que les politiciens,

de l'époque, du Québec

le souhaitaient.

Je pense que le Québec demeure

l'endroit où il y a le plus

"d'excitements", surtout sur

le plan politique. Quand vous

pensez, on a eu des débats

sur la langue, des débats

sur l'avenir de la société

québécoise. Et honnêtement,

on le fait avec des référendums

et des projets de loi plutôt

qu'avec des fusils et des armes.

Et ça dit beaucoup sur le

Québec. On est une société

foncièrement pacifique.


LINDA GODIN

On dit que vous n'avez pas

grand ennemis. On vous

surnomme "Mister Nice Guy"

ou "le gentleman du bunker."

Pourquoi d'après vous?

Qu'est-ce qui fait en sorte que

vous avez cette réputation-là?


JOHN PARISELLA

J'aime la question parce que

ça me permet de dire que j'ai

toujours pas mal resté moi-même.

J'ai été élevé un peu comme ça.

J'ai un tempérament de

réconciliation. Il y en a qui

peuvent voir ça comme une

faiblesse. Il y avait une

expression d'un ancien gérant

de baseball, un dénommé Léo

Durocher, qui disait:

"Nice guys finish last."

Les bons gars terminent derniers.

J'avais comme quelque chose à

l'intérieur de moi-même qui

voulait montrer qu'on pouvait

être premier tout en étant

aimable avec les gens et être

très respectueux. Et j'ai été

chanceux de travailler avec

du monde qui était comme ça.

Donc--


LINDA GODIN

Parce qu'en politique, c'est

pas toujours évident quand même.


JOHN PARISELLA

Non, c'est pas toujours--


LINDA GODIN

Il y a des questions

stratégiques.


JOHN PARISELLA

C'est pas toujours. Mais

je vous avoue que tous les chefs

que j'ai pu travailler avec,

même les chefs que j'ai connus

de l'autre côté. Parce que moi,

j'ai le luxe de dire que j'ai

connu tous les premiers

ministres provenant du Parti

québécois et tous les

premiers ministres à partir de

M. Bourassa en 1970 qui venaient

du Parti libéral. Et c'était des

gens avec qui j'ai entretenu

et j'entretiens encore pour ceux

qui vivent, de très bonnes

relations. Donc, pour moi,

on fait des débats d'idées,

on fait pas des débats sur

les personnes. On peut avoir

un grand débat sur l'avenir

du Québec, mais en même temps,

être capables de parler de

nos enfants, de nos familles,

de nos rêves et de nos espoirs

de carrière, etc..

Moi, c'est pas un effort

pour moi. Pour moi, ça

devient très naturel.


LINDA GODIN

Et vous avez jamais eu

le goût de vous présenter

en politique? De devenir député?


JOHN PARISELLA

Je l'ai fait. Et je me suis

présenté contre un monsieur qui

s'appelait Godin, Gérald Godin,

en 1985. J'ai perdu.


LINDA GODIN

Et vous ne vous êtes

jamais représenté?


JOHN PARISELLA

Non, et l'idée de me

représenter est revenue.

J'hésitais beaucoup d'être

un candidat dans un comté

anglophone, qui aurait été un

comté de carrière et sûr. Parce

que je ne voulais pas devenir

un candidat ou un député

d'une clientèle. Je me voyais

vraiment... Là, je reviens sur

votre question d'intégration. Je

me voyais carrément comme une

personne qui pouvait représenter

autant la population francophone,

allophone ou anglophone.

Je voulais avoir

un comté qui représentait

la mosaïque, la dynamique

démographique du Québec.

Et le hasard, M. Bourassa

et moi, ça a vraiment cliqué.

Et quand j'ai eu une chance à me

présenter, en 1989, il y a des

gens d'un comté du West Island

qui souhaitaient que je me

présente. M. Bourassa m'a

encouragé à rester. J'ai su par

la suite que c'est parce qu'il

me voyait comme le futur chef

de cabinet. Je pense qu'il faut

reconnaître qu'il y a des gens

qui se présentent pour les

bonnes raisons, peu importe

le côté de la Chambre qu'ils

sont ou la famille politique.

Il faut les respecter.


LINDA GODIN

Quand vous avez quitté la

politique, vous avez fait

plusieurs autres emplois. Vous

avez occupé plusieurs postes,

dont celui de président de BCP,

une agence de communications

qui a été soupçonnée d'être

mêlée dans le scandale des

commandites. à l'époque, vous

étiez le président de BCP. Comme

BCP a toujours nié tout ça. Il

n'y a jamais eu d'accusations.

Mais comment vous, vous

l'avez vécu personnellement?


JOHN PARISELLA

Bien, écoutez, c'est sûr que

c'était pas facile, mais on

était pas au centre, disons,

du scandale qui était développé

parce qu'on faisait pas de

commandite. On était, pour ceux

qui se souviennent du rapport

de la vérificatrice générale,

Mme Fraser, le coeur de la

Commission Gomery se penchait

sur le chapitre 3 qui était les

commandites, et le chapitre 4,

c'était l'octroi de différents

contrats publicitaires.

Donc, on a été devant Gomery.

On avait toutes les preuves à

l'appui. On s'est bien défendus,

puis on a été essentiellement,

disons, reconnus comme ayant agi

selon les règles de l'époque

par la Commission Gomery. Comme

ça, c'est sûr que vivre, comment

je dirais... la dynamique autour

d'une commission d'enquête,

c'est jamais facile.

Mais on savait que notre

dossier était solide.


LINDA GODIN

D'être sorti--


JOHN PARISELLA

On a passé à travers. Mais je

pense que si j'avais pas passé

à travers de la politique avant,

j'aurais peut-être pas eu les

nerfs, excusez l'expression,

les nerfs solides pour passer

à travers de ça. Il y a pas

de doutes que c'est, comme on

dit en anglais, un test.

C'est un test, mais la

politique vous prépare

pour de grandes épreuves.


Un extrait d'archives montre un discours de JFK, le 2 janvier 1960.


JOHN F. KENNEDY

(Propos traduits de l'anglais)

Aujourd'hui, j'annonce ma

candidature à la présidence

des États-Unis. La présidence

est la fonction la plus puissante

du monde libre.

Le leadership qu'elle confère

rend possible une vie plus

fructueuse pour notre peuple.

Y sont réunis les espoirs

de tout le globe pour

une plus grande liberté

et une vie plus sécuritaire.


On revient à l'entrevue de JOHN PARISELLA dans son bureau.


LINDA GODIN

M. Parisella, qu'est-ce

qui vous passionne tant dans

la politique américaine pour

laquelle, justement, vous êtes

amené à commenter ou en analyser

l'actualité, très souvent,

dans les médias?


JOHN PARISELLA

Écoutez, ça date de ma jeunesse.

Ça date d'un professeur au

niveau secondaire qui était

totalement en amour avec

le futur président de l'époque

qui était John Kennedy. Mon prof

était irlandais catholique. Et

pour lui, de voir un président

qui était irlandais et

catholique, c'était son rêve.

Donc, il nous parlait de la

politique américaine, et ça me

passionnait. Évidemment, durant

les années au secondaire, il y

avait des cours d'art oratoire,

et j'ai participé et j'ai

eu quelques bons succès.

Je m'inspirais beaucoup

par le style de M. Kennedy.

Malheureusement, dans ma

première année à l'université...

J'oublierai jamais parce que

c'est comme si c'était hier.

On se souviendra toujours du

22 novembre 1963. Il est assassiné.

Et ça a parti, cette obsession à

suivre le parcours que son frère

allait entreprendre suite

à la mort de John Kennedy.

Je parle de Robert Kennedy.

Après ça est arrivée toute la

crise des droits civiques avec

Martin Luther King que je

considère, pour moi, comme le

plus grand homme que j'ai pu

suivre dans la partie de ma

vie d'adolescence. Et donc, la

politique américaine était mon

premier éveil pour la politique.

Le Québec est venu à cause de

mes études, et des projets,

et le fait qu'il y avait une

dynamique qui se produisait

au Québec en même temps. Et dans

les années 1970, ça s'est juste

accentué. Mais je dirais que

si c'était pas de la politique

américaine, je suis pas sûr

que j'aurais eu le même intérêt

pour la politique québécoise

et canadienne.


LINDA GODIN

Est-ce que vous auriez aimé

travailler pour un politicien

américain? Être au coeur

de l'action comme vous

l'avez été au Québec?


JOHN PARISELLA

Oui, ça, j'ai aucun

doute. Définitivement.


LINDA GODIN

Avec qui?


Quelques photos d'archives montrent l'époque de Robert Kennedy.


JOHN PARISELLA

Robert Kennedy, sans aucune

hésitation. C'était pour moi,

mon héros de jeunesse. Et encore

à ce jour, je regarde des

documentaires et j'ai la larme à

l'oeil. Je suis inspiré beaucoup

par ses propos. Le pouvoir des

mots comme je disais tantôt. Et

je dirais le prochain, ce serait

Barack Obama. Où j'ai eu

l'occasion quand même de faire

du bénévolat dans mon but

d'apprendre le système.

Je suis allé aux États-Unis,

depuis 2000 et je m'intègre dans

des campagnes pour comprendre le

système, comment il fonctionne.

Parce que c'est pas

un système comme le nôtre.

Mais dans le cas d'Obama, je

suis obligé de vous dire que

je l'ai fait parce que c'était

comme un retour au rêve de

Robert Kennedy. Barack Obama,

c'est définitivement une

personne qui m'a inspiré, qui

continue de m'inspirer. Il

est dans sa dernière année de

sa présidence, et je pense que

les historiens vont commencer

à faire des jugements

préliminaires sur son héritage.

Dans cinq à dix ans, les

historiens vont commencer à

faire des volumes qui vont

déterminer si son passage

continue à avoir un

impact dans le...


LINDA GODIN

À plus long terme.


JOHN PARISELLA

À plus long terme, et je

pense, à ce niveau-là, M. Obama

va être un président marquant.


LINDA GODIN

Vous aimez beaucoup la

politique américaine, et

pourtant, vous voudriez pas

qu'on adopte ce modèle de faire

de la politique ici quand même.


JOHN PARISELLA

Vous avez totalement raison.

Le problème aux États-Unis,

c'est l'argent. Il y a trop

d'argent en politique.

Et on semble "démoniser"

l'adversaire parce qu'on

a l'argent pour le faire.

On a une structure qui permet

de le faire, comme ça. Si vous,

comme candidate, vous voulez

m'attaquer, vous pouvez

m'attaquer. Mais si vous avez

un super PAC ou une espèce

de comité en dehors de votre

organisation, qui se finance,

eux peuvent passer les

publicités les plus négatives à

mon sujet. Et vous, vous dites:

"Écoutez, j'ai rien à faire avec

eux. Ils me supportent, mais ils

sont pas dans mon organisation."

Donc, vous avez l'attaque

personnelle qui devient de plus

en plus une marque de commerce.

Et vous avez le débat entre les

candidats, mais vous avez les

organisations, les tiers,

qui sont associés à des

candidatures, qui eux, se

donnent pas de règles.

Eux autres, c'est abattre l'adversaire.

Et le danger de ça, c'est

que ça commence à transpirer,

à se transporter, c'est-à-dire,

au nord. Et on l'a vu que nos

campagnes sont beaucoup plus

corsées qu'elles étaient.

Beaucoup moins respectueuses

de la personne. Et ça,

ça m'inquiète beaucoup.

Je pense pas que le Canada

va baigner dans l'extrémisme

américain. Mais on a vu,

dans les dernières années, que

c'était beaucoup plus personnel,

les attaques, et beaucoup plus

axées sur les personnes que sur

les idées. Et ça, d'après moi,

c'est un peu la conséquence

de ce qui se passe au sud.


LINDA GODIN

Vous avez été délégué du

Québec à New York. Vous,

c'était le job de rêve.


JOHN PARISELLA

Pour moi, c'était un moment

de grande fierté parce que ça a

comme consacré la notion que

je venais de la diversité

québécoise, mais clairement

et foncièrement intégré dans

cette société-là au point que

je pouvais être le représentant

numéro 1 du Québec aux

États-Unis, et ça incluait

Washington aussi.


LINDA GODIN

Si on vous demandait,

aujourd'hui, demain, dans un an,

de revenir en politique?


JOHN PARISELLA

Bien, écoutez, moi, je crois

beaucoup au changement de

générations. C'est sûr que je

suis toujours prêt à servir mes

concitoyens. Je fais encore du

bénévolat, même à ce stade-ci de

ma vie. Je continue à croire que

c'est ça qu'on doit faire.

Mais en même temps, je trouve

que c'est le temps... C'est

toujours de laisser la place

aux autres aussi. Moi, j'ai une

tendance à voir mon rôle plus

comme un mentor auprès des

jeunes. Je vois plus mon rôle

comme un facilitateur pour ceux

qui me suivent et pour les plus

jeunes. Et si je peux aider

et, je le dis humblement,

même inspirer, pourquoi pas?

Donc, c'est là que je

suis rendu dans ma vie.


LINDA GODIN

John Parisella,

merci beaucoup.


JOHN PARISELLA

Merci, Linda. Ça fait plaisir.


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