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Gisèle Quenneville, Linda Godin et Daniel Lessard rencontrent des personnalités francophones et francophiles. Découvrez ces politiciens, ces artistes, ces entrepreneurs ou ces scientifiques dont l'histoire, extraordinaire, mérite d'être racontée.

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Danièle Sauvageau : entraîneure de hockey et policière

L’ancienne entraîneure de l’équipe olympique canadienne de hockey féminin, Danièle Sauvageau, était derrière le banc lorsque le Canada a remporté l’argent aux Jeux olympiques de Nagano en 1998; les premiers jeux où le hockey féminin était admis.
Le hockey, le sport national du Canada, fut longtemps réservé aux hommes. Il l’est encore beaucoup, mais les femmes sont de plus en plus nombreuses à le jouer.
Et les succès de l’équipe olympique de hockey féminin y sont certainement pour quelque chose…



Réalisateur: Joanne Belluco
Année de production: 2015

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VIDÉO TRANSCRIPTION

Pendant que LINDA GODIN présente son invitée, DANIÈLE SAUVAGEAU, entraîneure de hockey et policière, on montre des images extérieures et intérieures de l'aréna Lassonde-Oasis du Collège Jean-de-Brébeuf. L’entrevue se déroule sur la glace de la patinoire.


LINDA GODIN

Le hockey.

Le sport national du Canada.

Un sport longtemps

réservé aux hommes.

Il l'est encore beaucoup. Mais

les femmes sont de plus en plus

nombreuses à lacer leurs patins.

Les succès de l'équipe

olympique de hockey féminin

y sont certainement

pour quelque chose.

Danièle Sauvageau était derrière

le banc lorsque l'équipe a

remporté l'argent aux Jeux

olympiques de Nagano en 1998.

Les premiers Jeux où le hockey

féminin était représenté.


DANIÈLE SAUVAGEAU

Moi, je rêve au jour où on va

arrêter de parler de hockey

féminin, mais on va dire "le

hockey", puis lorsque ce sera

des garçons, on pourra dire:

"C'est du hockey masculin

qu'on regarde aujourd'hui."


LINDA GODIN

Danièle Sauvageau, bonjour.


DANIÈLE SAUVAGEAU

Bonjour.


LINDA GODIN

On est sur une patinoire,

ça, c'est un endroit que vous

connaissez bien. Vous en avez vu

des patinoires dans votre vie.


DANIÈLE SAUVAGEAU

Plusieurs, en fait. J'ai eu le

privilège, parce que pour moi,

c'était un privilège d'avoir

parcouru le monde, en Europe,

les États-Unis, le Canada

pratiquement au complet.

Et de visiter plusieurs arénas,

et de pouvoir rencontrer aussi

les communautés dans lesquelles

ces arénas-là ont été bâtis au

cours des années. Et lorsqu'on

parle souvent que le Canada,

ça fait partie de notre ADN,

de notre culture, de notre

patrimoine, je peux vous

garantir que c'est bien vrai.

Plusieurs arénas avec plusieurs

communautés qui les font vivre,

qui les animent, en fait.

Et pour moi, ça, c'est

un grand privilège.


LINDA GODIN

Comment c'était d'être

l'entraîneur de l'équipe

féminine de hockey aux premiers

Jeux olympiques où il y avait

du hockey féminin, aux Jeux

de Nagano en 1998,

si je ne me trompe?


DANIÈLE SAUVAGEAU

En 1998, à Nagano,

effectivement. Ce sont

les premiers Jeux olympiques

qu'on nous a donné le droit,

et je dis bien le droit, parce

que je vais toujours me rappeler

lorsque la nouvelle est tombée

dans les années 94 ou environ,

où on a dit: "Bien, vous

allez... On va vous donner le

droit, vous, au hockey féminin,

de participer aux Jeux

olympiques. Non pas par sport

de participation, comme on dit,

mais vraiment un sport comme les

autres." Et on se disait: C'est

un droit, mais nous, ça fait

toute notre vie qu'on joue au

hockey. Alors, on se demandait

pourquoi qu'on nous disait ça

comme ça, mais en même temps, ça

faisait à peine quatre ans que

le hockey féminin se jouait sur

la scène mondiale. Le premier

Championnat du monde a eu

lieu en 1990 à Ottawa.

Et c'était tellement particulier

que les gens de marketing, entre

autres, de Hockey Canada, nous

avaient dit: "On va faire les

choses un petit peu différent."

Et nous, on disait: "Non, non,

on veut jouer avec le même

uniforme que nos frères,

que lorsqu'on regarde la télé,

on voit l'Équipe Canada jouer

avec le logo de Hockey Canada."

Et lorsqu'on a vu, justement,

le chandail rose, on se disait:

Bien, voulez-vous qu'on joue

aussi avec les patins blancs?


LINDA GODIN rit.


DANIÈLE SAUVAGEAU

Alors, c'était quand même

assez particulier. Alors,

en l'espace de quelques années,

vu, justement, la popularité du

hockey féminin de 1990 à 1994,

c'est à ce moment-là,

finalement, qu'on a eu

la nouvelle que les premiers

Jeux se joueraient, justement,

en 1998 à Nagano.


LINDA GODIN

Et à Nagano, c'est la médaille

d'argent que l'équipe canadienne

a remportée. Est-ce que vous

vous souvenez de ce moment-là,

de ce match-là aussi?


DANIÈLE SAUVAGEAU

Écoutez, c'est un moment où je

vais me souvenir toute ma vie.

Toute ma vie, parce que l'équipe

canadienne était championne

mondiale depuis 1990. On n'avait

jamais perdu un match sur

la scène internationale.


LINDA GODIN

Wow.


DANIÈLE SAUVAGEAU

Alors, de perdre, et non pas

de gagner la médaille d'argent,

mais de perdre la médaille d'or

aux premiers Jeux olympiques,

a été pour le Canada et

pour nous une catastrophe.

On se disait: Ça se peut pas

qu'on perde le premier match

lorsqu'on a la possibilité,

l'opportunité de remporter

la première médaille d'or

disponible aux Jeux olympiques.

C'est tout là que ça a fait

la différence. Ça a fait la

différence pour moi en termes

de femme, et aussi au niveau de

l'entraînement, parce que c'est

là qu'on s'est aperçu que

dans le fond, on avait plusieurs

regrets. Non pas d'avoir perdu

cette médaille d'or, mais

se dire: Est-ce qu'on a

tout fait pour la remporter?

Et un autre moment où je vais

toujours me rappeler, c'est deux

heures avant le match où nous

sommes parties du village

olympique jusqu'à la patinoire.

Et là, j'étais assise dans

le premier banc en arrière,

j'étais assistante-entraîneuse

à ce moment-là, et j'ai dû

pratiquement me lever debout et

me retourner en disant: "Est-ce

qu'on a oublié l'équipe?"

Parce que c'était un silence

platonique dans l'autobus.

Et lorsqu'on va jouer un match

avec autant d'importance,

habituellement, c'est fébrile.

Il y a un dynamisme.


LINDA GODIN

Il y a une excitation.


DANIÈLE SAUVAGEAU

On doit se dire...

Il faut quasiment les calmer.

Et là, c'est là qu'on s'est

aperçu, en tout cas, pour moi,

que la différence entre vouloir

gagner et avoir peur de perdre

faisait toute la différence. Et

ce match, on l'a joué en ayant

peur de perdre. Et pour moi, je

me suis promis, lors de... à la

fin de ce match-là, que jamais

j'étais pour vouloir me placer

dans une situation où je vais

regarder en arrière en disant:

"J'ai pas tout fait pour

tenter de réussir."

C'est pas de pas réussir,

mais de dire: "Est-ce que j'ai

tout fait pour y arriver?"

Et pour moi, c'est un peu avec

cette philosophie-là, lorsqu'on

m'a reconfié l'équipe, en fait,

en entraînement, en tant

qu'entraîneur-chef dès l'année

suivante, que j'ai voulu

installer cette philosophie-là,

qu'il ne faut jamais abandonner,

puis il faut se préparer

à ces moments-là.


LINDA GODIN

Et justement, aux prochains

Jeux... aux Jeux olympiques

suivants, je devrais dire, ceux

de Salt Lake City, là, l'équipe

canadienne a remporté la

médaille d'or. Mais vous aviez

à ce moment-là, en préparation,

changé votre stratégie ou votre

philosophie d'entraînement,

n'est-ce pas?


DANIÈLE SAUVAGEAU

C'est davantage la

philosophie, effectivement,

qu'on a changée suite à 1998.

Pour moi, ça a été d'abord

de s'assurer que l'encadrement

des joueuses était holistique.

C'est-à-dire qu'au-delà de

ce qui se passe sur la glace,

on doit encadrer un athlète

olympique. Et de dire que...

C'est une chose de leur demander

de déménager vers Calgary

en disant: "Vous lâchez

votre emploi, vos familles,

vos études." Et six mois avant

chacun des Jeux olympiques,

on se doit de se réunir et

de s'entraîner à temps plein.

Alors, pour nous, c'était

oui, un deuxième cycle, donc,

on avait appris quand même

du premier, puis on se disait:

Maintenant, il faut davantage

encadrer. Donc, la préparation

olympique s'est vraiment faite

sur quatre ans, et non quelques

mois avant les Jeux olympiques.

Alors, oui, on m'a confié

l'équipe pour le Championnat

du monde de 1999, on a gagné

le Championnat du monde avec la

plus jeune équipe à ce moment-là

de l'histoire de notre

programme, et suite à

cette année-là, Hockey Canada

m'a remplacée en me disant:

"On aimerait maintenant essayer

de regarder quel genre ou quel

type d'entraîneur qu'on voudrait

avoir." Et ça, c'est quelque

chose, encore une fois, qui va

me rester gravé sur le coeur,

à ce moment-ci, parce que

je me disais: On m'avait jamais

dit ça. On m'avait dit:

"On veut t'avoir pour les quatre

prochaines années", et on

rompait un contrat moral, parce

qu'évidemment, on ne gagnait pas

d'argent à ce moment-là.

On n'avait quasiment pas

d'honoraires. Et c'est à

ce moment-là que j'ai eu

le privilège d'entraîner dans la

Ligue junior majeur du Québec,

une première pour une femme, et

depuis, je dis souvent: "Soit

que j'ai pas fait un bon

travail", parce que depuis, il

y en a pas eu d'autre non plus.

Mais pour moi, ça a été très

formateur d'être sur la glace

à tous les matins, de voir

d'autres philosophies, d'être

impliquée aussi dans plus

de 80 matchs dans une saison...


LINDA GODIN

Hum-hum.


DANIÈLE SAUVAGEAU

... m'a permis, justement, de

retourner à l'équipe olympique

convaincue qu'on doit pousser

à chaque jour notre rêve

olympique. à chaque jour, on se

présente à l'aréna ou au travail

en disant: "Aujourd'hui, lorsque

je vais finir ma journée,

je dois être meilleure de ce que

j'ai commencé, et je dois être

plus loin que ce que j'ai

commencé ce matin.

Alors, pour moi, ça définit

un petit peu ma mission ou

ma vision en disant: "Quand on

se couche le soir et qu'on est

content, c'est parce qu'on sait

qu'on a fait ce qu'on avait à

faire." Puis quand on se lève le

matin, puis on se dit: J'ai hâte

aujourd'hui, c'est parce qu'on a

une vision, on a une passion,

et on veut animer

cette journée-là.


LINDA GODIN

Mais est-ce que vous avez

l'impression que les femmes vont

bientôt... Il y a pas tant de

femmes entraîneurs que ça, mais

il y en a quand même. Est-ce

qu'on est plus proche d'avoir,

de voir une femme entraîneur

dans la LNH que quand vous,

vous aviez essayé il y a

plusieurs années de ça?


DANIÈLE SAUVAGEAU

Je le sais pas si on est...


LINDA GODIN

Si proches que ça.


DANIÈLE SAUVAGEAU

... si les femmes sont plus

proches et si proches que ça.

Pour deux raisons. C'est

qu'aujourd'hui, il y a davantage

de structures de hockey féminin.

Donc, c'est l'opportunité

à davantage de femmes

de prendre sa place.

Et il y a de plus en plus

d'hommes qui veulent maintenant

s'impliquer au hockey féminin.

Donc, il y a de moins en moins

de place pour les femmes. Et

souvent, on ne reconnaît pas.

Si on prend, entre autres,

Hockey Canada, lors des derniers

Jeux olympiques, était coaché

par un homme, et ensuite, ça a

pas fonctionné, et remplacé

par un homme qui coachait

à ce moment-là dans la Ligue

nationale et qui avait perdu

son emploi. Alors, moi, ce que

je me dis, c'est que si Hockey

Canada ne fait pas de la place

à davantage de femmes, qui va le

faire? Est-ce que ça va être la

Ligue nationale? Je le sais pas.

Maintenant, lorsqu'on regarde,

entre autres, ici, à Montréal,

où le Canadien de Montréal

supporte une équipe

semi-professionnelle de femmes,

je me dis: C'est là que ces

joueuses-là qui vont graviter

autour de l'équipe vont gravir,

justement, certains échelons,

et vont peut-être se faire

connaître davantage, et c'est

peut-être comme ça qu'on va voir

tout près ou loin... Que ce soit

manipuler les vidéos, donner

des conseils aux plus jeunes,

ou peu importe, d'encadrer

au niveau holistique certains

joueurs, j'ai l'impression

que c'est un peu comme ça

que la porte va s'ouvrir.


Dans un autre segment, LINDA GODIN et DANIÈLE SAUVAGEAU sont dans les corridors de l'aréna.


LINDA GODIN

Mme Sauvageau,

on est dans l'aréna du Collège

Jean-de-Brébeuf à Montréal.

C'est un lieu que vous

connaissez beaucoup.


DANIÈLE SAUVAGEAU

Ça me rappelle les premières

années, justement, du programme

québécois qui permettait à

nos joueuses... On les appelle

ici les... les joueuses les plus

connues qui fait que le hockey

féminin est rendu ce qu'il est

rendu aujourd'hui. Les France

St-Louis, les Denise Caron,

les Danielle Goyette de ce monde

ont eu ici à participer à leur

premier camp de sélection

du programme québécois

et du programme national.

Alors, quand je rentre ici,

ce sont ces images-là

qui me viennent en tête.


On nous montre des extraits de matchs de hockey féminin, où des joueuses marquent des points, se font des accolades et remportent des trophées.


LINDA GODIN

Mme Sauvageau,

faites-nous un petit cours

du hockey féminin au Canada.

Quelles sont les ligues

existantes? Combien il y a

d'équipes? Tout ça.


DANIÈLE SAUVAGEAU

Bien, au niveau historique,

si je retourne en 1990 où,

justement, l'équipe nationale a

joué son premier Championnat

mondial, à ce moment-là,

on parlait d'environ 4000 femmes

qui jouaient au hockey

à travers le Canada.

Aujourd'hui, on parle de

tout près de 100 000. Alors,

lorsqu'on parle d'une ascension

qui est quand même assez

courte dans l'histoire du hockey

féminin, c'est quand même

remarquable. Encore hier

soir, je regardais certains

commerciaux, et dans chacun

commerciaux maintenant

impliquant des équipes

de la Ligue nationale,

on voit des petites filles.

Alors, on voit que le hockey

féminin s'est vraiment bien

installé partout en région à

travers le Canada. Est-ce qu'il

y a encore beaucoup à faire?

Définitivement. Surtout

sur la scène, évidemment, de

l'excellence. On voit de plus

en plus de sports-études,

c'est-à-dire que l'athlète doit

étudier le matin, et comme

le garçon au hockey ou dans

d'autres sports, va pratiquer

son sport dans l'après-midi.

Donc, ça donne évidemment

un meilleur encadrement

pour l'athlète de haut niveau,

même si elles sont encore toutes

petites. Et en même temps,

évidemment, maintient aussi

l'athlète à l'école le

plus longtemps possible.

Ensuite, il y a des collèges,

que ce soit les cégeps ici, au

Québec, et au niveau canadien,

bien ce sont aussi des collèges,

mais on sait qu'étant donné

qu'il y a pas de cégep sur

le reste du Canada, on part,

évidemment, on part sur du

high school, du secondaire

à l'université, où il y a

une trentaine d'équipes ici,

au Canada. Et évidemment,

il y en a autant aux États-Unis.

Alors, lorsqu'on parle de la

pyramide de la haute excellence

de la petite fille... Et

Marie-Philip Poulin a commencé,

justement, à jouer à l'âge

de 4... 4, 5, 6 ans.

Et évidemment, son ascension

vers l'équipe nationale,

on la connaît très bien.

On a maintenant une ligue ici,

au Canada, qui est la Ligue

canadienne de hockey

féminin, qui est une ligue

semi-professionnelle où les

joueuses qui ont terminé sur le

plan académique, c'est-à-dire

à l'université, où celles qui

ont choisi, évidemment,

une technique, donc, ne s'est

pas rendue jusqu'au hockey

universitaire, peuvent quand

même évoluer. Et on a eu

l'apparition cette année,

en 2015, d'une ligue, aussi,

qui est similaire, mais cette

fois-ci aux États-Unis. Et le

temps dira si ces deux ligues-là

vont revenir ensemble, mais j'ai

bien l'impression que d'ici cinq

ans, les deux ligues vont se

jumeler pour ne devenir qu'une

ligue semi-professionnelle.


LINDA GODIN

La différence, elle est

énorme, n'est-ce pas, entre

ce que gagne une joueuse

de hockey et un joueur

de hockey dans la LNH?


DANIÈLE SAUVAGEAU

Écoutez...


LINDA GODIN

Il y a pas de comparaison.


DANIÈLE SAUVAGEAU

Ça se compare pas du tout.

Je disais souvent que le...

En fait, le budget de l'équipe

nationale égale probablement un

joueur, le salaire d'un joueur

de quatrième trio

dans la Ligue nationale.


LINDA GODIN

Wow.


DANIÈLE SAUVAGEAU

Alors, ça se compare pas

du tout, du tout, du tout.

Le salaire des deux ligues

semi-professionnelles ou

d'une équipe comme je dirige

à l'Université de Montréal

avec les Carabins, le budget

du programme au complet,

c'est pratiquement le salaire

des rondelles et de l'équipement

de bâtons pour une équipe

professionnelle. Donc,

ça se compare pas.

Moi, je rêve au jour où on va

arrêter de parler de hockey

féminin, et on va dire "le

hockey", puis lorsque ce sera

des garçons, on pourra dire:

"C'est du hockey masculin

qu'on regarde aujourd'hui."

Mais on dit: "Aujourd'hui, c'est

du hockey", et lorsque c'est des

femmes, c'est du hockey féminin.


LINDA GODIN

C'est vrai.


DANIÈLE SAUVAGEAU

Alors, je pense que lorsqu'on

investit dans le hockey mineur,

et l'entourage du hockey mineur,

puis on veut faire du hockey ce

que c'est devenu aujourd'hui, on

se doit de continuer d'investir

autant dans les structures

de hockey jouées au féminin

et dans les structures

jouées au masculin.


LINDA GODIN

L'équipe de hockey féminine

olympique du Canada est une des

meilleures au monde, et il a été

question de retirer le hockey

féminin des Jeux olympiques,

parce qu'il y avait pas assez

de compétition. Est-ce que vous

avez craint à ce moment-là qu'on

retire effectivement le hockey

féminin des Jeux olympiques?


DANIÈLE SAUVAGEAU

Lorsque ça a été annoncé

de cette façon-là, en disant:

"Écoutez, on a quand même des

écarts dans les pointages",

j'étais présente.

Et la première question que

j'ai posée, c'était: vous étiez

où lorsqu'on a parlé de cet

enjeu-là il y a à peine dix ans?

Vous étiez où en 1998 lorsqu'on

s'est dit: C'est le temps

ou jamais, avec la réputation

et l'ascension du hockey féminin

d'investir dans les programmes

à travers le monde pour,

justement, développer

le hockey joué au féminin?

Vous étiez où à peine,

il y a quelques minutes

lorsqu'on a annoncé, entre

autres, qu'à Salt Lake City,

il y avait eu plusieurs millions

de personnes qui avaient regardé

le match aux États-Unis et

au Canada? Qu'en 2006, ça a été

la même chose. Vous étiez où,

justement, en 2010 où les

billets de hockey s'arrachent

sur la rue, qu'ils soient

hockey féminin ou masculin?

Vous êtes où lorsque ça se vit,

parce que moi, je comprends pas.

Et j'ai pas eu de réponse à tout

ça. Alors, moi, j'y crois pas,

et pour ça, c'est que dans

le fond, ce que je remettais,

c'est la responsabilité à

l'Association internationale de

hockey d'investir. Et c'est ce

qui s'est fait en 2011. Il y a

eu des programmes, et c'est

une des raisons pour laquelle

maintenant, je travaille avec

le hockey français pour

les accompagner dans le

développement, comme nous, on a

connu il y a à peine 20 ans.

Mais ces pays-là n'ont pas la

visibilité, n'ont pas le bassin

du hockey féminin. Alors, c'est

sûr que le hockey canadien va

continuer à s'améliorer, mais

il va venir, à un moment donné,

où on va avoir 20 Marie-Philip

Poulin, mais on ne peut pas

en avoir 40. Il y en a quand

même juste 20 sur l'équipe.

Et les autres pays, les

meilleures joueuses au monde,

on les voit presque pas, parce

qu'elles font partie des équipes

qui ne font pas partie des Jeux

olympiques. Mais si on enlevait

demain la possibilité aux

États-Unis et au Canada d'aller

aux Jeux olympiques, je vous

le dis, ne gagez pas sur qui va

gagner la médaille d'or, parce

qu'entre le rang 5 et le rang

18, toutes ces équipes-là,

tous ces pays-là,

en parlant de la Corée, qu'on

parle de la France, qu'on parle

par la République Tchèque,

la Suisse, le Danemark peuvent

gagner une médaille d'or

aux Jeux olympiques.


Dans un autre segment, on nous montre des images du quartier de la Petite Italie à Montréal.


DANIÈLE SAUVAGEAU (Narratrice)

La Petite Italie, pour moi,

c'est un peu les racines

du côté paternel. D'ailleurs,

il y a quelques mois, j'ai eu

l'occasion de célébrer la fête

de ma mère et toute la famille

avec les petits-enfants sont

venus. Et un des moments que

je me rappelle, entre autres,

c'est mon père qui expliquait

à mon neveu Benjamin et ma nièce

Mélissa, justement, qu'est-ce

qu'il faisait sur les coins

de rue quand il était petit.

Il pointait que là, c'était

un dépanneur, c'était M. Untel

qui était là. Alors, de

me retrouver à cet endroit-là

et de retourner, justement, avec

mes parents au Marché Jean-Talon

et de faire le tour, pour moi,

ça vit, c'est des racines,

c'est un quartier de Montréal

qui a un peu de moi.

J'ai été baptisée aussi

à l'église Saint-Thomas-Apôtre

sur la rue St-Laurent.

C'est une petite église

qui est sur le coin de la rue.

Et j'ai su beaucoup plus tard,

justement, que j'avais été

baptisée à cet endroit-là.

C'est intéressant que l'église

portait le nom, porte encore

le nom, évidemment, de Thomas,

Saint-Thomas-Apôtre, et je suis

tellement pas Thomas, moi.


On retourne à l'entrevue sur la patinoire.


LINDA GODIN

Mme Sauvageau, on parle

beaucoup de vous comme

entraîneur. C'est surtout

comme ça que vous êtes connue.

Mais vous êtes d'abord et avant

tout policière. C'est ça votre

profession première. Et vous

l'êtes toujours, n'est-ce pas?


DANIÈLE SAUVAGEAU

Oui, toujours policière,

30 ans maintenant. Débuté

ma carrière avec la GRC,

fait quelques années dans

l'Ouest à Powell River

en Colombie-Britannique.

Et maintenant, je suis à

Montréal depuis, en fait, 1988.

On m'a même interdit de jouer

au hockey lorsque j'étais plus

jeune, et je suis un peu rentrée

dans la police comme ça.

J'étais d'abord et avant

tout un travailleur social,

je continuais mes études

en psychologie, et j'ai vu que

la GRC cherchait, justement,

des candidats et candidates.

Et lorsque j'ai regardé la

description de tâches, je me

suis dit: Le droit, travail

social, la psychologie,

l'intervention... Et je suis

rentrée dans la police comme ça.


LINDA GODIN

Vous dites, on vous a interdit

de jouer au hockey quand

vous étiez plus jeune?


DANIÈLE SAUVAGEAU

Oui, lorsque... J'ai grandi,

moi, à Deux-Montagnes où

il y avait pas de patinoire.

Il y avait que des patinoires

extérieures. J'ai grandi sur

la 13e avenue où est le parc.

Alors, il y avait quatre

patinoires à l'extérieur

l'hiver. Alors, j'ai grandi avec

mes deux frères plus jeunes, et

lorsque les deux avaient l'âge,

Michel et Sylvain, ont eu

l'âge de jouer au hockey plus

organisé, à l'aréna St-Eustache,

mes parents nous envoyaient

en disant: "Bien, on va vous

inscrire dans des ligues

organisées." Je suis arrivée,

ils ont dit: "Eux peuvent

jouer, mais pas toi."

Et ma première question a été:

"Bien, est-ce que je peux

aider?" Ils ont dit: "Tu vois

les bouteilles d'eau? Tu peux

les amener au banc." Et c'est

peut-être le mot "banc" que j'ai

retenu. Et ma soeur, Johanne,

qui est de deux ans plus vieille

que moi riait un petit peu en

disant: "Tu voulais jouer au

hockey, là, t'es derrière le

banc, puis tu donnes de l'eau,

tu ouvres, justement, la porte."

Et c'est peut-être ça qui

m'a amenée jusqu'aux Jeux

olympiques. Alors, pour moi,

un des apprentissages a été...

Des fois, la porte est pas

tellement grande. Mais c'est

des opportunités, et il faut

être d'abord prêt lorsque les

opportunités sont là. Il faut

pas dire: "Donnez-moi l'emploi,

et ensuite, je me développerai."

On se développe, parce qu'on

sait jamais quand est-ce

qu'une porte peut ouvrir.


LINDA GODIN

Est-ce qu'il y a un lien

à faire? Qu'est-ce que

ça dit de vous, ça?


DANIÈLE SAUVAGEAU

Je suis pas trop sûre.

C'est vrai que c'est deux mondes

complètement masculins, le monde

du hockey. Même si j'ai grandi

aussi dans le hockey féminin,

mais d'abord au niveau du hockey

masculin. Ensuite, évidemment,

la police, lorsque je suis

arrivée ici à Montréal,

il y avait à peine 130 femmes.

Aujourd'hui, on parle de tout

près de 1000 ou même un peu plus

que 1000. Alors, effectivement,

c'est un peu ça. Peut-être parce

que j'ai grandi avec deux frères

plus jeunes avec lesquels

j'étais très active, sportive.

Alors, peut-être que finalement,

je me suis retrouvée dans

des milieux d'hommes.

Ça m'a permis de faire des soirs

de premières que j'appelle bien

souvent. Première femme junior

majeur, première aux Olympiques,

à la Soirée du hockey aussi.

C'était la première fois

qu'une femme faisait

de l'analyse de hockey.


LINDA GODIN

Oui.


DANIÈLE SAUVAGEAU

Alors, pour moi, c'est pas

quelque chose que j'ai

souhaité, mais c'est peut-être

un concours de circonstances.

C'est peut-être ça, aussi,

d'aller ouvrir des portes.

Et une fois...


LINDA GODIN

Défricheur, défricheuse?


DANIÈLE SAUVAGEAU

C'est un peu ça. Et

maintenant, pourquoi pas,

justement, de l'ouvrir

à plusieurs, et c'est

d'ailleurs, aujourd'hui,

le rôle que je veux jouer.


LINDA GODIN

Vous faites maintenant

une foule de choses. Vous êtes

toujours au SPVM, au Service de

police de la Ville de Montréal,

vous êtes conférencière, vous

faites du coaching. Vous faites

vraiment une foule de choses.

Votre employeur, il est très

flexible avec votre horaire?


DANIÈLE SAUVAGEAU

En fait, c'est de la

flexibilité. Mais souvent, je

disais... à un de mes patrons,

à un moment donné, je disais:

"Combien de matchs de golf

que tu joues par année?"

"Bien, il dit, une soixantaine."

Bien, moi, c'est une soixantaine

de matchs de hockey. Alors, pour

moi, toutes ces activités-là me

passionnent. Et le lien, c'est

que tout est interchangeable.

Que ce soit de coacher dans

la police. D'ailleurs, le mot

"coach", on l'utilise à peu près

à toutes les sauces aujourd'hui.

On est coach de tout.

Alors, pour moi, ce sont

vraiment des habiletés. Lorsque

j'ai gradué des Hautes Études

Commerciales, des HEC, c'était

exactement ça. Alors, ce sont

des compétences et des attitudes

qui sont interreliées. Alors,

pour moi, de passer d'un

vers l'autre, c'est très facile.

Et effectivement, mon employeur

a été très flexible, parce qu'il

me disait: "Tu nous représentes

bien. Tu représentes le Service,

tu représentes la Ville de

Montréal, la province de Québec

et le Canada de façon quand

même très intéressante."


LINDA GODIN

Est-ce que vous rêvez

de devenir coach dans

la LNH un jour?


DANIÈLE SAUVAGEAU

J'ai longtemps rêvé, à dire:

"Est-ce que c'est possible?"

Moi, je suis convaincue qu'une

femme peut avoir sa place dans

la Ligue nationale. Aujourd'hui,

que ce soit moi, que ce soit une

autre, la journée que je vais

apprendre qu'il y ait une femme,

tant mieux si c'est moi, mais

si c'est quelqu'un d'autre, tant

mieux, parce que je pense que

la femme a sa place comme...

on a fait notre place partout

dans la société. Est-ce que

ça va se faire un jour?

Je suis convaincue de ça.

Mais maintenant, c'est peut-être

pas aujourd'hui la veille,

mais ça va se faire un jour,

ça, c'est définitif.


LINDA GODIN

Danièle Sauvageau,

merci beaucoup.


DANIÈLE SAUVAGEAU

Merci.


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