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Carte de visite

Gisèle Quenneville, Linda Godin et Daniel Lessard rencontrent des personnalités francophones et francophiles. Découvrez ces politiciens, ces artistes, ces entrepreneurs ou ces scientifiques dont l'histoire, extraordinaire, mérite d'être racontée.

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Albert Roy : ancien juge à la Cour supérieure de l´Ontario

L’ancien juge et député Albert Roy s´est battu pour la reconnaissance des droits des francophones; de la Saskatchewan à l´Ontario, en passant par l´Alberta.
Il a même tenté de devenir premier ministre de l´Ontario pour y arriver. Sans succès.
L´avocat devenu député à Queen´s Park a passé les 20 dernières années de sa vie professionnelle comme juge à la Cour supérieure de l´Ontario.
Après une carrière de 50 ans, il se réjouit de la progression du français en Ontario…



Réalisateur: Charles Pepin
Année de production: 2015

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VIDÉO TRANSCRIPTION

Titre :
Carte de visite


On se promène sur les rives d'un lac enneigé. Ensuite on visite la forêt avoisinante pendant que DANIEL LESSARD présente ALBERT ROY, ancien député et juge, en faisant un survol biographique de l'homme.


DANIEL LESSARD (Narrateur)

De la Saskatchewan à l'Ontario,

en passant par l'Alberta,

Albert Roy s'est battu

pour la reconnaissance

des droits des Francophones.

Il a même tenté de devenir

premier ministre de l'Ontario[

pour y arriver. Sans succès.

L'avocat, devenu député à

Queen's Park, a passé les

20 dernières années de sa vie

professionnelle comme juge à

la Cour supérieure de l'Ontario.

Après une carrière de 50 ans,

il se réjouit des progrès

du français en Ontario.


ALBERT ROY (Narrateur)

La situation des francophones

est assez bien en Ontario.

Mais il faut se réveiller

des fois pour dire:

"Écoute, ça, ce n'est

pas acceptable. Telle ou telle

chose, il faut que ça change."

Mais il faut rester éveillé.


DANIEL LESSARD rencontre ALBERT ROY chez lui.


DANIEL LESSARD

M. Roy, bonjour.


ALBERT ROY

Bonjour.


DANIEL LESSARD

Vous allez bien?


ALBERT ROY

Ça va, oui.


DANIEL LESSARD

En pleine forme?


ALBERT ROY

J'essaie.


DANIEL LESSARD

M. Roy, commençons par

le commencement. Vous êtes né

en Saskatchewan. Vos parents

venaient de là aussi?


ALBERT ROY

Bien, c'est-à-dire, oui,

ils venaient de Saskatchewan,

quand je suis né, mais

ils étaient originaires...

Ma mère était originaire

Québécoise des États-Unis. Et

mon père venait de l'extérieur

du Québec, Saint-Anselme.

C'est un Québécois, oui.


DANIEL LESSARD

Qu'est-ce qui les a

amenés en Saskatchewan?


ALBERT ROY

Ah, bien ça, au début du

siècle, du XXe siècle, quand le

gouvernement... la Saskatchewan

est devenue une province, là,

ça leur prenait des habitants

pour la province. Alors,

ils ont promis de donner des

terrains aux gens qui voulaient

immigrer en Saskatchewan.

Et c'était les champs, ça, pour

les gens qui étaient fermiers.

Alors, c'est là que mon père

est venu du Québec, qu'on lui

a donné un quart de section,

125 acres. Et ma mère venait,

avec ses parents, elle est

venue des États-Unis pour avoir,

eux aussi, leurs 125 acres. Ils

se sont ramassés dans le sud de

la Saskatchewan, à Willow Bunch.


DANIEL LESSARD

Quels souvenirs vous

gardez de votre enfance

dans cette région-là?


ALBERT ROY

Bien, c'était pas mal isolé,

vous savez. Et Willow Bunch,

c'était un petit village

de 300-400 personnes. Ce que

je me souviens, j'ai pas été à

la maison trop longtemps parce

qu'on était dix enfants, et ma

pauvre mère, qui était obligée,

presque seule, d'élever ces

enfants-là, les a envoyés,

à la première occasion au jardin

d'enfance à Gravelbourg, qui

était à peu près à une centaine

de kilomètres de chez nous.

Et après ça, je suis allé au

collège de Gravelbourg. Alors, à

toutes fins pratiques, de l'âge

de 5 ans jusqu'à 17 ans, moi,

j'étais parti de la maison.

J'y allais en été seulement.


DANIEL LESSARD

Vous étiez pensionnaire.


ALBERT ROY

J'étais pensionnaire, c'est

ça. Avec des soeurs et plus

tard, avec des pères Oblats

au collège de Gravelbourg.


DANIEL LESSARD

C'est le cours classique

que vous avez fait?


ALBERT ROY

C'est ça, le cours des arts.


DANIEL LESSARD

Une fois votre cours classique

terminé, vous avez fait quoi?


ALBERT ROY

Là, j'ai complété mon cours à

Edmonton, au collège Saint-Jean.

Et là, je voulais aller en

droit. J'ai fait l'application à

l'Université d'Alberta. Ils ont

dit: "Non, non. Écoute, ça va

prendre d'autres crédits. On

accepte pas le cours classique."

Alors, j'ai dit, voyons...


DANIEL LESSARD

Parce que c'était en français

ou parce que c'était...


ALBERT ROY

Parce que c'était en français

et c'était catholique aussi,

un peu. Alors, oubliez pas que

l'Alberta et Edmonton, à cette

époque-là, c'était l'époque

des évangélistes, là.

Ernest C. Manning, le

père de Preston Manning.


DANIEL LESSARD

Qui était premier ministre.


ALBERT ROY

Qui était premier ministre.


DANIEL LESSARD

Créditiste.


ALBERT ROY

C'est ça, crédit social et

il prêchait à la radio, chaque

dimanche, et il faisait un

sermon. Alors, c'était pas mal

des francophones et le cours

des arts, c'était pas tellement

accepté à l'université.

Alors, j'ai fait application

à l'Université d'Ottawa pour

un cours de droit, common law,

et j'ai été accepté. C'est

là que je me suis ramassé à

Ottawa. J'ai gradué en 1965.

Immédiatement, j'ai eu

une position avec le Bureau

du procureur de la Couronne

à Ottawa. Et j'ai pratiqué,

après ça, avec une étude

à Vanier et à Ottawa.


DANIEL LESSARD

Est-ce que vous étiez capable,

à cette époque-là, de toujours

plaider en français?


ALBERT ROY

Oh, non! Non, écoutez,

il était pas question

de plaider en français.


DANIEL LESSARD

Pas du tout? Jamais, jamais?


ALBERT ROY

Jamais. C'est ça qui était

l'aspect un peu ridicule.

Je m'étais aperçu de ça au

bureau du procureur de la

Couronne. J'allais en cour,

et souvent, l'accusé,

c'était un francophone et

le juge était francophone.

Le policier était francophone.

L'avocat de la défense

était francophone.


DANIEL LESSARD

Et il fallait plaider

en anglais.


ALBERT ROY

On plaidait en anglais

for the record. Parce qu'il

y avait une loi, en Ontario,

qui disait que toutes les

procédures en cour étaient

seulement en anglais.

Et la même chose au civil.

C'est-à-dire quand je suis allé

en pratique privée, je faisais

de la défense. Et là, je

commençais à être agacé de ça.

Je me disais: Voyons, pourquoi

vous nommez des juges

francophones s'ils peuvent pas

entendre les causes en français?

Et alors, j'ai fait des demandes

comme avocat pour essayer

d'avoir des causes en français.

Et j'ai frappé ou j'ai accroché

des juges qui étaient plus ou

moins sympathiques à ça. Et

souvent, ils disaient: "Oui,

oui, je vais te permettre de

plaider en français." Et là,

souvent, la couronne, à cette

époque-là, disait: " Non, on

peut pas permettre ça." Souvent,

ils retiraient les accusations

pour pas avoir le--


DANIEL LESSARD

Êtes-vous sérieux?


ALBERT ROY

Bien, oui! Pour pas avoir

une cause en français.


DANIEL LESSARD

Ça a pris combien de temps

avant d'en arriver à pouvoir

plaider en français?


ALBERT ROY

Bien, c'est là que j'ai décidé

d'aller en politique. Je voyais

cette affaire-là, alors j'allais

voir le député local, et je lui

disais: "Écoutez, vous avez

une loi en Ontario qui dit

que toutes les procédures sont

en anglais seulement. Tu devrais

prendre certaines initiatives

pour changer ça." Après tout,

c'était un député conservateur,

et c'était un gouvernement

conservateur à Queen's Park.

Il en était pas question.

Il faut pas causer de...


DANIEL LESSARD

Il faut pas brasser la cage.


ALBERT ROY

... Des remous ici et là.

Alors, j'ai décidé de me lancer

en politique et j'ai été élu.

Je l'ai battu, d'ailleurs,

ce député-là. Jules Morin,

qu'il s'appelait. Et là,

je suis allé à Queen's Park.


DANIEL LESSARD

C'est un francophone?


ALBERT ROY

Ah oui, c'est un francophone.


DANIEL LESSARD

Il voulait pas faire la bataille.


ALBERT ROY

Ah non. Non, il était un bon

garçon. "Reste tranquille, cause

pas de problème." Alors, arrivé

à Queen's Park, immédiatement,

en 1971, j'ai présenté certaines

législations d'un député privé

pour qu'ils changent cette

loi-là, pour permettre le

français dans les cours de

justice. Et je l'ai présenté,

ce bill-là, chaque année.

Ça avançait pas. Et ça avançait pas.

Finalement, en 1975-1976,

l'élection du Parti québécois.

Ça, ça a réveillé certains...


DANIEL LESSARD

Ça a fait bouger les choses.


ALBERT ROY

Ça a fait un peu bouger les

choses. Là, on a eu un procureur

général à Queen's Park,

Roy McMurtry qui était plus

sympathique à ça. C'est là que

les initiatives pour permettre

l'usage du français dans les

cours de justice ont commencé,

1975-1976.


On se transporte sur le canal Rideau pour visiter ses attraits.


ALBERT ROY (Narrateur)

D'après moi, le canal Rideau est

peut-être une des plus grandes

ressources, ici, à Ottawa.

Premièrement, l'été, tout le

monde se balade le long du canal

Rideau. En canot, il y a des

bateaux qui se promènent, des

visiteurs qui font des tournées.

Mais peut-être encore plus

important, c'est l'hiver.

Parce que vous savez, les villes

canadiennes meurent un peu,

l'hiver. C'est tranquille, il

y a personne dehors. Mais ici,

à Ottawa, une fois que le canal

Rideau est ouvert pour le patin,

c'est rempli de gens. Vous

savez, les fins de semaine, des

fois, il y a 50 000 personnes

sur le canal Rideau. Alors,

ça crée une vie, une activité.

Pour moi, ça a été... Je suis

très près du canal Rideau.

Alors, chaque jour, quand

il est ouvert, on fait du patin.

J'allais travailler en patin

sur le canal Rideau. L'été,

j'allais avec mon vélo, le long

du canal Rideau, pour aller

travailler. Alors, non, écoutez,

pour la ville, surtout l'hiver,

c'est fort important et

ça crée une atmosphère

tout à fait spéciale.


On revient chez M. ROY pour poursuivre l'entrevue.


DANIEL LESSARD

M. Roy, le goût de la

politique, ça vous est venu

bien avant d'être élu une

première fois, j'imagine?


ALBERT ROY

Ah oui, oui, certain.

Même comme étudiant à

l'Université d'Ottawa, j'allais

avec mes collègues, on allait

au Parlement canadien.

On allait s'asseoir en Chambre

et regarder les querelles de

l'époque. Vous savez, dans ce

temps-là, c'était des Pearson

qui se chicanait avec

Diefenbaker. Il y avait

Caouette, des gars du Québec.

Alors, il y avait beaucoup

d'intrigues. Il y avait des

gouvernements minoritaires

et tout ça. Alors, on passait

beaucoup de temps au Parlement

à regarder les débats et tout

ça. Ah oui, j'avais un intérêt.


DANIEL LESSARD

Déjà, c'était clair dans

votre tête que vous vouliez

être politicien?


ALBERT ROY

J'aimais la politique, oui,

comme telle, mais j'étais pas...

Ce qui m'a surtout agacé, c'est

de voir qu'on avait cette

situation-là au niveau de la

justice. Ça, ça m'a agacé assez

que j'ai dit: "Il y a personne

d'autre qui veut se présenter?

Écoutez, on peut pas tolérer

cette situation-là."

Mais je l'ai pas fait à contrecoeur.

Je suis rentré en politique

et j'ai réussi à m'adapter tout de

même assez bien.


DANIEL LESSARD

C'était comment à Queen's Park

quand vous êtes arrivé là?

Vous pouviez fonctionner

en français facilement?


ALBERT ROY

Malheureusement, non. Ils

étaient pas habitués à entendre

du français en Chambre, trop,

trop, à l'époque. Heureusement,

par exemple, j'avais... Au

niveau du Parti libéral, le chef

à l'époque était un nommé

Bob Nixon. Lui, il était assez

sympathique. Il avait un esprit

ouvert et tout ça. Alors, il

m'encourageait. Je lui disais:

"Je vais faire telle ou telle

chose. Je vais présenter un bill

pour l'usage du français dans

les cours de justice." Et là,

il y avait des questions que

je soulevais en Chambre, des

querelles d'école à Cornwall, à

Sudbury, d'autres secteurs de

la province. Et là, je soulevais

ça en Chambre. Souvent, je

demandais des questions en

français et là, le ministre

était déséquilibré un peu.

Il savait pas trop quoi dire.


DANIEL LESSARD

Pas de système de traduction.


ALBERT ROY

Pas de système de traduction

et tout ça. C'est tout venu plus

tard, ça. Mais à l'époque, ça

fonctionnait pas. Alors, je lui

posais la question en français,

et là, je lui reposais en anglais.

Je lui disais: "Je vais être

sympathique. Je vais

te la demander en anglais,

la question." Alors, c'est

comme ça que ça se passait.


DANIEL LESSARD

Bill Davis qui était

le premier ministre de

l'Ontario à ce moment-là?


ALBERT ROY

C'est ça.


DANIEL LESSARD

Et vous aviez une relation

particulière avec Bill Davis.

C'était pas pour vous un ennemi

juré qu'il fallait abattre à tout prix.

Davis aimait vous taquiner.

J'ai même cru comprendre

que quand vous avez été

candidat à la direction du

Parti libéral pour remplacer Nixon,

qu'il avait dit qu'il vous appuyait.


ALBERT ROY

Ah oui! Oui!


DANIEL LESSARD

Il vous taquinait.


ALBERT ROY

C'est ça, il me taquinait.

Il y avait des expériences

intéressantes aussi, parce que,

à l'époque, les députés étaient

très peu payés. On nous

payait 12 000$ par année.

Moi, j'avais une famille et tout

ça. J'avais une étude légale.

J'étais pour pas laisser tomber

ça. Et la Chambre siégeait

des jours drôles. On siégeait

à peine le lundi, le mardi. On

siégeait pas le mercredi. Alors,

j'ai dit à mon chef: "Écoute,

je vais être là le mardi

et le jeudi, moi." Alors,

quand j'arrivais en Chambre,

immédiatement, j'avais des

questions, toujours avant.

Alors, je me levais en Chambre

pour demander des questions

à Davis et là, il me disait:

"Je veux accueillir le député

d'Ottawa-Est qui a su se sortir

du palais de justice pour nous

rendre visite, aujourd'hui."

Et alors, moi, je répondais

comme toujours: "Monsieur le

Président, je suis tellement...

frappé de voir que le premier

ministre m'a accueilli comme ça.

Merci beaucoup." Et là,

je demandais ma question.


DANIEL LESSARD

Est-ce que Bill Davis

était antifrancophone?


ALBERT ROY

Non, je dirais pas qu'il

était antifrancophone,

mais il était très politisé.

Et il protégeait toujours

ses électeurs, c'est-à-dire

ses électeurs conservateurs.

Eux, ils voulaient pas entendre

parler du français trop, trop.

Et lui, il venait de Brampton,

dans ce coin-là. Alors, il était

pas antifrancophone. Mais il

était pas sympathique du tout

à la cause. Il avait des

difficultés à comprendre

le grand portrait du Canada.

Il comprenait l'Ontario comme

un atout important au sein

du Canada. Mais il était pas

tellement sympathique à la cause

des francophones et tout ça.

C'est venu plus tard, ça. Après

l'élection du Parti québécois,

là, ils ont pris le message

qu'il fallait se réveiller.

C'est sérieux leur affaire. On

vient d'élire un gouvernement,

là. Alors, là... Parce que

Davis était peut-être pas trop

profrancophone, mais il était

ProCanadien. Il voulait

garder le pays...


DANIEL LESSARD

Ça a été un allié

important pour Ottawa.


ALBERT ROY

C'est ça, et pour l'Ontario,

le Québec était toujours fort

important aussi. C'était

un allié de ce côté-là.

Alors, ça, il comprenait ça.


DANIEL LESSARD

Quand vous avez décidé d'être

candidat à la direction du Parti

libéral, c'est pour remplacer

Nixon à ce moment-là?


ALBERT ROY

Ça, c'était en 1975-1976

quand Nixon... Après qu'il ait

perdu l'élection. Il avait perdu

l'élection en 1971 et l'élection

en 1975. Là, il a résigné. C'est

après cette élection-là qu'il y

a eu une course à chefferie. Je

me suis présenté à la chefferie.

Malheureusement, c'était pas vu,

c'était pas facile pour un

francophone, de se faire élire

en Ontario. Mais je suis arrivé

troisième, tout de même, juste

très près de Peterson. Peterson

est arrivé deuxième.


DANIEL LESSARD

C'est Smith qui avait

gagné à ce moment-là.


ALBERT ROY

C'est Stuart Smith

qui avait gagné.


DANIEL LESSARD

Peterson, c'est plus tard.


ALBERT ROY

C'est ça, c'est ça.


DANIEL LESSARD

Est-ce que vous croyez qu'un

jour, il y aura un francophone

qui va diriger un grand

parti en Ontario?


ALBERT ROY

C'est possible, c'est

possible. Regardez la situation

présentement. Le procureur

général de l'Ontario, présentement,

Madeleine Meilleur, francophone.

Qui aurait pensé à ça?

Il y a toutes sortes de députés

aussi qui... des francophones,

qui ont eu des positions d'importance

en Ontario. On a pas le même

esprit. L'Ontario a beaucoup

changé, là. Regardez, on a un

premier ministre présentement,

en Ontario, qui fait partie

d'un groupe minoritaire aussi,

homosexuel et tout ça. Alors,

qui aurait cru ça en Ontario?

Élire une femme, premièrement,

et homosexuelle, écoutez.

C'est incroyable.


DANIEL LESSARD

Ça a beaucoup évolué.

Ça a beaucoup changé.


ALBERT ROY

Ça a beaucoup changé.


DANIEL LESSARD

Et pour les francophones

aussi?


ALBERT ROY

Ah oui, écoutez, la situation

des francophones est assez bien

en Ontario. Comme je disais,

procureur général de l'Ontario,

francophone. Notre doyenne

de la Faculté de Common Law.

La Faculté de Common Law,

maintenant: Nathalie Des Rosiers,

francophone. Vous savez,

des juges francophones,

des cours de justice en

français, des services en

français. On a accepté la loi 8

des services en français. Ça a

évolué beaucoup, vous savez.


DANIEL LESSARD

Depuis votre premier jour

à Queen's Park jusqu'à

aujourd'hui, le changement

est radical.


ALBERT ROY

Oh, bien, c'est incroyable!

Ça se reconnait à peine, vous

savez. Et là, il faut que

j'avertisse toujours mes jeunes

collègues: "Écoutez, prenez pas

ça pour acquis. On est encore

une minorité ici." Même si on a

la loi 8 et tout ça. C'est pas

dans la Constitution. Ces

lois-là peuvent être changées.

Il faut s'en servir de nos

services. Il faut pas... Il faut

toujours être très éveillé pour

s'assurer qu'on se serve des

droits que nous avons, et

quand on a des lacunes, il

faut le dire aussi. Regardez,

une situation que je trouve

inacceptable, même ici à Ottawa:

la ville d'Ottawa, une ville

d'un pays, capitale nationale--


DANIEL LESSARD

Qui n'est pas bilingue.


ALBERT ROY

Et tout ça, n'a pas accepté

officiellement d'être bilingue.

Il y a des services en français

à l'hôtel de ville d'Ottawa.

Des services qui sont assez bien

en français. On a beaucoup

évolué là aussi. Mais il y a

aucune raison que la capitale

nationale ne soit pas

une capitale bilingue,

officiellement bilingue.


DANIEL LESSARD marche dans un sentier avec M. ROY, sur le bord du canal.


DANIEL LESSARD

M. Roy, est-ce qu'on peut

rester au sommet de sa forme

même à votre âge? Même si

vous êtes pas très vieux.


ALBERT ROY

Merci! Oui, certain, écoutez,

puis... Vous savez, il y a

aucune raison parce qu'on

vieillit qu'on ne doit pas jouir

de la vie et avoir une bonne

santé et tout ça. Et j'ai été

assez chanceux. Il y a de

bons gènes dans ma famille,

premièrement. Ma mère est

décédée à 101 ans.


DANIEL LESSARD

Ah oui?


ALBERT ROY

Je mange bien. Mon épouse est

une bonne cuisinière. On mange

très bien, du bon vin. Et on

se tient en forme avec... Dans

les années passées, je jouais au

tennis au Club Rideau. J'ai joué

50 ans au tennis au Club Rideau.


DANIEL LESSARD

Vous avez arrêté?


ALBERT ROY

Oui, j'ai été obligé d'arrêter

parce qu'ils m'ont remplacé

le genou. Je n'avais plus de

cartilage. Mais maintenant, je

fais du vélo, du ski de fond, du

patin, toutes ces activités-là.

Juste changer le mal de place un

peu. Oui, ça se fait assez bien.

Et on le voit d'ailleurs avec

des gens d'un certain âge.

Ils voyagent, ils font de

l'exercice, ils participent

socialement, ils se tiennent

en vie, ils travaillent un peu aussi.


DANIEL LESSARD

C'est pour bon la santé

mentale, c'est bon pour l'esprit.


ALBERT ROY

C'est ça. Pour garder

le mental, fonctionner aussi,

se tenir en forme est bon. Non

simplement physiquement, mais

mentalement. Avoir du social

et tout ça. Non, j'y crois

beaucoup à tout ça.


On revient à l'intérieur pour poursuivre l'entretien entre DANIEL LESSARD et ALBERT ROY.


DANIEL LESSARD

M. Roy, vous me parliez,

il y a un instant, de la loi 8

sur les services en français

en Ontario. Ça a été une

bataille épique, ça, hein?


ALBERT ROY

Ah oui, écoutez,

c'est après la course

à la chefferie en 1976.

Stuart Smith était aussi

éveillé au fait français.


DANIEL LESSARD

Il parlait français,

d'ailleurs.


ALBERT ROY

Il parlait... Il avait

un peu de misère, mais il venait

originalement de Montréal, lui,

Stuart. Et il était disposé,

il avait un esprit ouvert.

Alors, j'avais discuté avec lui

que je voulais avoir une loi

omnibus pour tous les services

en français en Ontario.

On avait fait du progrès au

niveau de la justice, au niveau

scolaire, des hôpitaux et tout

ça, des services en français

au gouvernement ontarien. Mais

je voulais avoir une loi globale

que le gouvernement accepterait

et qui serait pour nous, disons,

le blue print du fait français

en Ontario. Il était d'accord.

Alors, c'est là que j'avais

présenté cette loi-là qui était

la prédecesseure de la loi 8.

Et gros débat en Chambre, tout

ça. Et à notre grande surprise,

la Chambre accepte la loi. Ils

votent en faveur de la loi.

Une grande journée en Ontario.

On avait jamais vu ça.


DANIEL LESSARD

C'est toujours Bill

Davis qui était là?


ALBERT ROY

C'est toujours Bill Davis

qui était là, mais il avait

pas parlé sur la loi, lui.

Mais malheureusement, après les

émotions de cette victoire-là

et tout ça, le soir même, Davis

envoie un communiqué de presse

qui dit que même si la loi

a été passée par la Chambre,

« it shall go no further ».

Entre d'autres mots...

Ça ira pas plus loin.

C'est moi qui vais décider

quelle initiative francophone

va être acceptable.

Il avait été critiqué fortement

par tout le monde. C'était un

peu sournois, son affaire à lui.

Il était même pas en Chambre

et là, il s'en venait sortir

un communiqué de presse à cet

effet-là. Alors, c'est là que

c'est demeuré de 1976 jusqu'à

tant que les libéraux prennent

le pouvoir en 1985 et que la loi

8 passe dans les années 1980.


DANIEL LESSARD

Sous David Peterson,

à ce moment-là?


ALBERT ROY

Sous David Peterson dans

ce temps-là. Mais pour les

libéraux, ça faisait partie de

leur politique. Non simplement

les libéraux avaient accepté la

loi, la Chambre avait accepté la

loi, mais ça faisait partie de

la politique du Parti libéral.


DANIEL LESSARD

Est-ce que selon vous les

francophones, peut-être pas en

Ontario, mais dans certaines

régions du pays, la Saskatchewan

que vous connaissez bien,

d'où vous venez, est-ce qu'ils

sont menacés d'extinction?

Est-ce qu'ils vont disparaître

un jour ces gens-là au Manitoba,

en Saskatchewan, en Alberta,

en Colombie-Britannique?


ALBERT ROY

C'est difficile, vous savez.

Des fois, vous avez des courants

qui peuvent changer, mais ce

qui arrive aussi maintenant,

c'est qu'avec l'immigration dans

certaines de ces provinces-là,

il y a des minorités qui sont

plus nombreuses que les

francophones maintenant.

Mais d'un autre côté, il y a

certaines de ces minorités-là

qui veulent parler français

aussi. Parler à Toronto, si vous

alliez à Toronto maintenant, si

vous regardez ceux qui demandent

des services en français et tout

ça, souvent c'est des minorités

qui nous arrivent d'autres

pays, que ce soit de l'Europe,

ou des pays--


DANIEL LESSARD

De l'Afrique ou de l'Asie.


ALBERT ROY

Ou de Haïti et tout ça,

ils demandent des services

en français, et c'est eux

souvent qui se servent

de ces services-là. Alors,

le même phénomène peut se passer

dans les autres provinces.

Comme c'est là, j'ai regardé,

vous prenez une province comme

l'Alberta. Il y a jamais eu

autant de demandes pour des...


DANIEL LESSARD

Des classes d'immersion?


ALBERT ROY

Des cours d'immersion, des

cours en français à Calgary,

et à Edmonton, et à Vancouver

et tout ça. Alors, vous savez,

quand vous avez aussi, même

chez les anglophones qui parlent

français, ils deviennent des

alliés pour les minorités

francophones, ces gens-là.


DANIEL LESSARD

Vous trouvez que les

francophones se battent

suffisamment pour garder

leurs droits, pour protéger

leur langue, leur culture?


ALBERT ROY

Pas toujours, pas toujours.

Des fois, c'est normal,

on a tous ces services-là,

on prend ça pour acquis.

Mais il faut se réveiller des

fois pour dire: "Écoutez, ça,

ce n'est pas acceptable. Telle

ou telle chose, il faut que ça

change." Mais il faut rester

éveillé. Disons que la jeunesse

d'aujourd'hui, à cause des

services qu'ils ont maintenant,

ils sont moins agressifs

qu'on l'était, nous autres,

à l'époque. On était obligés

de lutter pour les avoir,

ces services-là en français.


DANIEL LESSARD

En terminant, M. Roy, vous

avez été juge. Ça a été...

Vous avez été nommé par Jean

Chrétien, je pense, vous avez

été juge. Est-ce que être

juge après avoir fait de la

politique, c'est une sinécure?

Est-ce que c'est plus facile?


ALBERT ROY

C'est pas une sinécure.

Écoutez, les juges travaillent

fort et souvent, ils sont

surchargés. Mais je dois dire

que de toutes les différents

métiers que j'ai faits,

le travail de juge était

le plus satisfaisant.


DANIEL LESSARD

Ah oui?


ALBERT ROY

Ah oui, ah oui. Parce qu'être

juge, vous savez premièrement,

si vous aimez la loi, si vous

aimez le droit, c'est fort

intéressant. C'est comme

être à la table et manger

seulement du dessert.

(En riant)

Les avocats font tout

le travail. Ils nous apportent

le problème. Ils ont fait toutes

les recherches. Comme juge,

si vous avez pas de difficulté

à faire une décision, c'est

plaisant. Vous faites une

décision et tout ça. Et vous

avez des résultats immédiats.

L'autre chose satisfaisante

comme juge, c'est qu'on

travaille souvent, surtout à la

Cour supérieure, avec des jurys.

Ça, c'est le grand public

canadien qui travaille avec

nous. Et travailler avec

des jurys, c'est tellement

satisfaisant aussi.

Ça, c'est le grand public

canadien, la communauté,

qui juge une personne de la

communauté. Et alors, souvent,

c'est pas le juge qui va faire

la décision. C'est le jury

qui prend cette décision-là.

Non, c'est très satisfaisant.


DANIEL LESSARD

Il vous reste encore

des grands projets?


ALBERT ROY

Ah, je suis pas prêt à aller

m'endormir. Je suis pas prêt

à aller me coucher encore.

Parce que la vie est trop

intéressante. On reste actif

physiquement, mentalement, et

tout ça. C'est un grand plaisir

de vieillir, et de voyager, et

de rencontrer des gens, d'avoir

une vie sociale, et tout ça.

C'est ça, qui est intéressant,

aujourd'hui. C'est que les

personnes à 75, 80, 90 ans sont

encore mêlées dans toutes sortes

d'activités, et c'est fort

intéressant. Je siège maintenant

sur une commission ontarienne où

j'ai des collègues, des anciens

juges, qui ont 90 ans, qui

siègent encore. Alors, c'est

intéressant de voir. Ça, c'est

une façon intéressante

de vieillir.


DANIEL LESSARD

Oui. M. Roy, merci beaucoup.


ALBERT ROY

De rien. Ça m'a fait plaisir.


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