Image univers Carte de visite Image univers Carte de visite

Carte de visite

Gisèle Quenneville, Linda Godin et Daniel Lessard rencontrent des personnalités francophones et francophiles. Découvrez ces politiciens, ces artistes, ces entrepreneurs ou ces scientifiques dont l'histoire, extraordinaire, mérite d'être racontée.

Partager

Afin de visionner le contenu, il est nécéssaire d'installer un plugin

https://get.adobe.com/flashplayer/

Johanne Wagner : mère de neuf enfants

Quand Johanne Wagner a rencontré son mari Michael, il y a une vingtaine d´années, elle ne pouvait pas s’imaginer le tourbillon dans lequel elle allait se retrouver…
Michael et elle ont eu cinq enfants. À cette famille déjà nombreuse, se sont ajoutés quatre enfants adoptés, tous du Vietnam, dont certains avec des problèmes de santé.
L’histoire de Phuc et de Binh Wagner a fait le tour de la planète : Michael a donné une partie de son foie à l´une des filles et la générosité d’un parfait inconnu a sauvé l´autre…



Réalisateur: Joanne Belluco
Année de production: 2015

Accessibilité
Déterminer le comportement de la visionnneuse vidéo:

VIDÉO TRANSCRIPTION

Pendant que GISÈLE QUENNEVILLE présente son invité, JOHANNE WAGNER, une mère de neuf enfants, on montre quelques images de scènes familiales dans la famille Wagner.


GISÈLE QUENNEVILLE

L'histoire de Phuoc et Binh

Wagner a fait le tour de la

planète. Leur papa adoptif,

Michael, a pu donner une partie

de son foie à l'une des filles.

La générosité d'un parfait

inconnu a fourni celui de

l'autre. Quand Johanne Wagner a

rencontré son mari Michael il

y a une vingtaine d'années, elle

ne pouvait pas s'imaginer le

tourbillon dans lequel elle

allait se retrouver. Elle et

Michael ont eu cinq enfants.

À cette famille déjà nombreuse,

ils ont ajouté quatre enfants

adoptifs, tous du Vietnam,

certains avec des problèmes de

santé. Au fil des ans, Johanne a

misé sur l'amour, l'organisation

et la bonne humeur pour

que le clan Wagner navigue

avec les hauts et les bas

de la vie au quotidien.


JOHANNE WAGNER

Après

le cinquième, c'était normal,

je pense, de se tourner vers

l'adoption. La famille était

pas complète et puis mon besoin

missionnaire était inassouvi.


L'entrevue se déroule dans la maison des Wagner.


GISÈLE QUENNEVILLE

Johanne Wagner, bonjour.


JOHANNE WAGNER

Bonjour.


GISÈLE QUENNEVILLE

Dites-moi, comment vont

Binh et Phuoc aujourd'hui?


JOHANNE WAGNER

Fantastiques. Elles

sont fantastiques,

en relativement bonne santé,

considérant ce qu'elles ont

passé. C'est deux petites filles

pleines de vie, qui vont

à l'école à temps plein,

qui reviennent avec plein

d'histoires à raconter, avec

leur vocabulaire quand même

encore limité, mais elles

commencent à vouloir partager ce

qu'elles vivent. Sont contentes

de revenir dans leur famille

auprès de leurs frères et

soeurs. Une vie normale.


GISÈLE QUENNEVILLE

Vous avez adopté les filles,

les jumelles du Vietnam, et

je pense qu'à l'époque de

l'adoption, vous saviez qu'elles

étaient malades. Est-ce que

vous saviez à quel point

elles étaient malades?


JOHANNE WAGNER

On savait qu'elles étaient...

très malades. Euh...

Jusqu'à quel point, non. Je

pense qu'on s'est mis la tête un

peu dans le sable par protection

personnelle. De toute façon,

on avait pris la décision

qu'on allait aller les chercher

coûte que coûte.


GISÈLE QUENNEVILLE

Qu'est-ce que vous pensiez

pouvoir faire pour ces

filles-là à ce moment-là?


JOHANNE WAGNER

On pense toujours qu'on peut

sauver le monde. Alors, on

s'était donné comme mission

de les ramener, puis essayer de

les sauver. Ou, du moins, leur

donner l'amour tant recherché

jusqu'à la fin, si ça devait

s'avérer à être des

soins palliatifs.


GISÈLE QUENNEVILLE

Vous pensiez ramener les

filles pour les accompagner...

dans leur mort?


JOHANNE WAGNER

C'était un scénario. C'était

un scénario qu'on envisageait.

On s'était préparés à ça. Je

dirais plus à partir du moment

où on les a rencontrées à

l'orphelinat. Là, vraiment, on a

vu... dans quel état elles

étaient. Et puis je pense

qu'on voyait plus d'issues

en sortant de là.


GISÈLE QUENNEVILLE

Vous avez même

acheté des urnes.


JOHANNE WAGNER

Oui, on est allés acheter des

petits contenants pour mettre

leurs cendres en espérant

jamais avoir à les utiliser.

Et on les a jamais utilisées.

Hum...


GISÈLE QUENNEVILLE

Mais vous les gardez.


JOHANNE WAGNER

On les garde, oui.


GISÈLE QUENNEVILLE

C'est un souvenir pour vous?


JOHANNE WAGNER

Oui, les contenants sont

en train de se détériorer.

La peinture tombe, la peinture

écaille. C'est bien.


GISÈLE QUENNEVILLE

Donc, finalement, le

diagnostic est tombé et c'était

effectivement le syndrome

de "l'angine".


JOHANNE WAGNER

D'Alagille.


GISÈLE QUENNEVILLE

D'Alagille.


JOHANNE WAGNER

Ce qui était, selon moi,

un des pires scénarios. Oui.


GISÈLE QUENNEVILLE

Et qu'est-ce que les médecins

ici pouvaient faire pour

les filles à ce moment-là?


JOHANNE WAGNER

On a vraiment misé sur

la nutrition. Les médecins

à Kingston ont été vraiment

fantastiques pour stabiliser

les filles. Elles souffraient

de rachitisme et de malnutrition

sévère. Alors, on a vraiment

attaqué ces deux problèmes-là

pour commencer. Et l'idée

c'était de les rendre plus

fortes, et en espérant que

les problèmes de foie se

résorberaient, parce que ça peut

arriver avec le syndrome

d'Alagille, que vers l'âge de

3 ou 4 ans, la situation se

retourne et les enfants prennent

du mieux. Alors, on misait

là-dessus.


GISÈLE QUENNEVILLE

Mais ça s'est pas résorbé.


JOHANNE WAGNER

Ça s'est pas réglé, non.

Alors, on a été transférés à

Toronto quelques mois après

leur arrivée, sous les soins

d'une hépatologue à Toronto. Et

puis... Bien, c'est ça, on s'est

rendu compte à 2 ans et

quelques mois que non, elles

allaient vraiment avoir besoin

d'une transplantation,

d'une greffe pour survivre.


GISÈLE QUENNEVILLE

Alors, une greffe, ça veut

dire qu'il faut trouver un

donneur. Votre mari, Michael,

a été choisi et il était

compatible, il pouvait donner

une partie de son foie.

Qu'est-ce que vous avez ressenti

au moment de cette nouvelle-là?


JOHANNE WAGNER

On était tellement soulagés.

Michael me dit souvent que

pendant les... Quand il passait

les examens pour voir s'il était

un donneur, un choix viable,

il avait l'impression qu'il s'en

allait passer un test pour

lequel il pouvait pas étudier.

Alors, il avait peur d'échouer.

Il avait vraiment... Je pense

qu'il aurait vraiment eu de la

difficulté à accepter s'il avait

pas été un choix, un bon choix

pour les jumelles. Alors, on

était soulagés et puis on se

disait: bon, bien, une de

réglée. Tu sais, on a la moitié

du combat de réglé.


GISÈLE QUENNEVILLE

Le foie, ou la partie du foie

de Michael a été pour Phuoc.

Est-ce que vous saviez

que c'était pour Phuoc

à ce moment-là?


JOHANNE WAGNER

Je me suis toujours doutée

que Phuoc passerait en premier.

Phuoc était plus symptomatique

que sa jumelle et puis on a vu,

par la suite, les photos de

la pathologie des deux foies, et

les médecins ont vraiment fait

le bon choix. Phuoc, son foie

était noir. Noir et dur.

Dans un état plus avancé

que celui de sa soeur.


GISÈLE QUENNEVILLE

Parlez-moi de la journée.

La journée de l'opération,

de la chirurgie.


JOHANNE WAGNER

La pire journée de ma vie,

la plus belle journée de ma vie.

Je me souviens de la peur, mais

du soulagement aussi ressenti

lorsque je l'ai remise entre

les mains des infirmières

qui allaient l'amener à la

table d'opération. Un grand

soulagement, parce qu'à ce

moment-là, je me suis dit:

bien, quand je les ai vues pour

la première fois, au Vietnam,

je leur ai promis que je ferais

tout en mon possible pour elles.

Et puis les avoir... les amener

à la porte de la salle d'op

pour une transplantation. Il

y avait plus rien que je pouvais

faire, là, après ça. Alors, j'ai

été soulagée une fois qu'elle

était partie. Que ça prenne

un côté ou l'autre, j'avais

vraiment tout donné. J'avais

poussé tous les boutons

qu'il y avait à pousser.


GISÈLE QUENNEVILLE

Pour le deuxième foie, vous

vous êtes tournés vers les

médias sociaux, Facebook en

particulier. D'une façon

peut-être pas très--


JOHANNE WAGNER

En fait, dès le début.


GISÈLE QUENNEVILLE

Dès le début, il y avait

la page, il y avait la page

Facebook. Une méthode peut-être

pas très conventionnelle.

Quelles étaient vos attentes

par rapport à ça?


JOHANNE WAGNER

Trouver... Nous aider...

Trouver un donneur qui allait

nous aider pour sauver nos

filles. C'est vraiment

l'instinct de survie,

c'est le désespoir.


GISÈLE QUENNEVILLE

Je pense qu'il y a environ

500 personnes qui se sont

portées volontaires.


JOHANNE WAGNER

Au-delà de 600, oui.


GISÈLE QUENNEVILLE

Voilà. Qui ont offert de

donner une partie de leur foie

à une petite fille qu'ils

ne connaissaient pas ou

connaissaient que par

les médias. Qu'est-ce

que ça vous dit, ça?


JOHANNE WAGNER

Qu'il y a du bon monde, qu'il

y a des gens qui sont vraiment

incroyables. Partout. Puis

partout sur la planète, parce

que j'ai eu des gens qui m'ont

contactée de partout

dans le monde.


GISÈLE QUENNEVILLE

Le pire est derrière vous, du

moins on pense et on l'espère.

On sait que ces deux petites

filles-là ont eu un début très

difficile dans la vie, les

choses vont mieux. Quel est

le pronostic maintenant

pour l'avenir?


JOHANNE WAGNER

Bien, en fait, ce qui se passe

avec le syndrome d'Alagille,

contrairement, disons, à

l'atrésie des voies biliaires,

parce que c'est "deux" qui se

ressemblent beaucoup, c'est un

syndrome, mais ça ne se guérit

pas. Alors, c'est un syndrome

qui affecte plusieurs systèmes

dans le corps. Donc, les filles

doivent apprendre à vivre

avec ce syndrome-là

et elles ont besoin

de vivre avec les conséquences

de l'immunosuppression pour

le restant de leur vie.

Alors, une des conséquences

connues qui peut arriver, c'est

un cancer, le développement

d'un cancer. Alors, ça,

c'en est une. Ça peut

être un effet secondaire.


GISÈLE QUENNEVILLE

Mais on pense pas à ça.


JOHANNE WAGNER

On pense pas à ça pour

l'instant, non. Non. Si ça

arrive, bien, on traversera

le pont à ce moment-là.


GISÈLE QUENNEVILLE

Johanne, il paraît que quand

vous avez rencontré votre mari

Michael, vous ne vouliez pas

avoir d'enfants. C'est vrai, ça?


JOHANNE WAGNER

Oui. Oui, moi, au début de

la vingtaine, je voulais pas

d'enfants. Je pouvais pas voir

un enfant venir déranger ma

routine, ma vie personnelle,

me mettre des barrières.


GISÈLE QUENNEVILLE

Qu'est-ce qui vous a

fait changer d'idée?


JOHANNE WAGNER

Aucune idée. Aucune idée.

Quand j'ai commencé à fréquenter

mon mari, il m'a dit qu'il

voulait quatre enfants.

Alors je lui ai dit qu'il était

fou, qu'il était tombé sur la

tête, que ça arriverait pas.

Et puis ça, c'était quand on

avait... 26 ans? Et puis on

s'est mariés à 29 ans. Un mois

plus tard, j'avais 30 ans

et j'étais enceinte. Et puis là,

c'est le début d'une belle

et longue aventure.


GISÈLE QUENNEVILLE

Vous en avez eu cinq.


JOHANNE WAGNER

Cinq, oui.


GISÈLE QUENNEVILLE

Il y a une différence entre

zéro, puis cinq, quand même.


JOHANNE WAGNER

Hum-hum. Ouais. La première,

c'était une césarienne. Après

elle, je me suis dit: ah non,

je suis pas sûre que j'en veux

d'autres, là. Et puis je pense,

sept mois plus tard, j'étais

enceinte de la deuxième. Et puis

ça, ça a été un accouchement

naturel. Et après ça, ça s'est

continué. Jusqu'à numéro 5,

mon beau gros Liam qui est né

à la maison à 11 livres.

Et on a décidé de finir

sur une bonne note.


GISÈLE QUENNEVILLE

Est-ce que vous, vous venez

d'une famille nombreuse?


JOHANNE WAGNER

Non, non. On est deux

seulement. Mon mari aussi

sont seulement deux.


GISÈLE QUENNEVILLE

Ah oui.


JOHANNE WAGNER

Oui.


GISÈLE QUENNEVILLE

Hum...

La maternité, ça vous a plu.

Vous avez eu cinq enfants...


JOHANNE WAGNER

Je me suis retrouvée, je

me suis réalisée là-dedans.


GISÈLE QUENNEVILLE

Mais c'était assez?


JOHANNE WAGNER

Non.


GISÈLE QUENNEVILLE

Il a fallu en

adopter également.


JOHANNE WAGNER

Oui.


GISÈLE QUENNEVILLE

Pourquoi?


JOHANNE WAGNER

J'ai toujours eu un petit

désir missionnaire en moi.

Même si je voulais pas avoir des

enfants dans la jeune vingtaine,

ça m'attirait, le petit côté

missionnaire, d'aller

travailler en Afrique ou...

Et puis... Après le cinquième,

c'était normal, je pense,

de se tourner vers l'adoption.

La famille était pas complète

et puis mon besoin missionnaire

était inassouvi.


GISÈLE QUENNEVILLE

Comment ça, la famille était

pas complète après cinq enfants?


JOHANNE WAGNER

On sentait qu'il manquait des

gens. On sentait qu'il manquait

des gens, qu'on avait encore du

jus à donner, encore de l'amour

à donner. Non, il y a un

vide, il y avait encore un vide.


GISÈLE QUENNEVILLE

Alors, vous êtes allés

au Vietnam. Pourquoi le Vietnam?


JOHANNE WAGNER

Bien, en fait, je connaissais

rien du Vietnam, j'avais

jamais pensé mettre les pieds au

Vietnam de ma vie. On a commencé

à regarder les différents pays

où l'adoption internationale

était possible, et chaque pays a

ses spécifications. Alors nous,

ça concordait avec les

spécifications du Vietnam,

qui n'imposaient pas de limite

d'enfants déjà présents dans

la famille. Alors, c'est le

Vietnam... Moi, j'aime dire

que le Vietnam nous a choisis.


GISÈLE QUENNEVILLE

C'est un processus qui doit

être long et compliqué,

beaucoup d'exigences.


JOHANNE WAGNER

Oui, c'est long, compliqué,

c'est intrusif. Mais ça vaut

la peine.


GISÈLE QUENNEVILLE

Comment c'est intrusif?


JOHANNE WAGNER

C'est intrusif, il y a

beaucoup de rencontres avec une

travailleuse sociale, qui vient

faire le bilan de la famille,

puis dresser un portrait. Et

c'est tout à fait normal. Mais

tu sais, on se fait poser plein

de questions. Nous, on était

tellement sûrs de notre

position, mon mari et moi, puis

là, on se dit: bien là, as-tu

fini de poser des questions?

Est-ce qu'on peut passer

vraiment à la prochaine étape?

Il y avait rien qui allait

nous faire bouger, puis changer

d'idée, là. Nous, c'était ça,

on adoptait.


GISÈLE QUENNEVILLE

Ça coûte cher,

l'adoption internationale.


JOHANNE WAGNER

Ça coûte très cher, oui. Ça

coûte très cher, mais il y a pas

de prix pour... aller chercher

ces enfants-là, puis leur

donner une meilleure chance.


GISÈLE QUENNEVILLE

Est-ce que vous avez eu de

l'aide de ce côté-là? Parce que,

bon, ça coûte cher le faire

une fois, le faire...

à quatre reprises.


JOHANNE WAGNER

Non, non. C'est un prêt

personnel qu'on a pris et

puis après ça, on a rabouté ça

à l'hypothèque quand on est

venus à renégocier l'hypothèque.


JOHANNE WAGNER

Votre premier fils

adoptif, Logan je pense.


GISÈLE QUENNEVILLE

Oui, Logan Hoang, oui.


GISÈLE QUENNEVILLE

En pleine santé.


JOHANNE WAGNER

En pleine santé, oui.


GISÈLE QUENNEVILLE

Le deuxième, Toan...


JOHANNE WAGNER

Toan!


GISÈLE QUENNEVILLE

... avait des problèmes

peut-être pas de santé,

mais c'est encore un peu

nébuleux ce qu'il a.


JOHANNE WAGNER

Toan, c'était très nébuleux.

Toan a été refusé par plusieurs

familles avant de nous être

proposé. Toan, on pensait qu'il

avait... qu'il souffrait de

paralysie cérébrale, et puis je

suis allée le chercher, il était

tout petit, une petite peanut de

1 an qui pesait 13 livres. Tout

petit, chétif, il faisait pitié.

Moi, je suis tombée en amour

tout de suite avec lui. Et puis

ça a pris trois ans de tests

génétiques pour en arriver à

la conclusion qu'il souffrait

du syndrome de Noonan. Alors,

ça affecte sa croissance,

ça affecte son coeur

aussi en partie.

Mais c'est principalement

la croissance. Il y a aussi

des troubles de comportement

reliés à Noonan,

il peut y avoir de l'autisme

relié au syndrome de Noonan,

ce qui reste à confirmer

pour notre garçon.


GISÈLE QUENNEVILLE

Donc, Logan en parfaite santé,

Toan avec quelques problèmes

et les jumelles avec les

problèmes, bon, qu'on connaît

malheureusement trop bien.

Vous aviez déjà une famille

nombreuse, pourquoi des enfants

malades? Pourquoi adopter

des enfants malades?


JOHANNE WAGNER

Pourquoi pas? Pourquoi pas?

Moi, j'aime dire que je suis...

je suis allée à la cueillette

aux cerises et j'ai choisi

les cerises qui me convenaient.

Alors, il y a beaucoup de gens

qui veulent adopter des enfants

parfaits, en bonne santé, la

petite fille aux yeux bridés

en bonne santé. Ça, c'est très

commun. Mais moi, c'est drôle,

hein, j'ai tendance à aller

chercher ceux qui ont besoin,

les mal-aimés; leur donner

une chance à ces enfants-là.


GISÈLE QUENNEVILLE

Puis c'est sûrement pas tout

le monde qui était d'accord avec

vos choix dans votre entourage.


JOHANNE WAGNER

Oh non! Non. Et il y a des

gens dans mon entourage très,

très proche qui ont

déserté aussi. Oui.


GISÈLE QUENNEVILLE

Qu'est-ce qu'on vous disait?


JOHANNE WAGNER

Que j'allais amener au pays

des fardeaux, amener des enfants

qui allaient coûter cher en

soins médicaux. Ça, je l'ai

entendu... trop souvent.


GISÈLE QUENNEVILLE

Et qu'est-ce que vous

leur répondez maintenant?


JOHANNE WAGNER

Bof... Moi, je trouve que ça

vaut pas la peine de répondre.

Je trouve ça triste. Je trouve

que ces personnes-là ont des

vides. C'est des personnes

qui sont vides de sens, puis

probablement très vides à

l'intérieur. Je trouve que ça

fait pitié. J'ai plus tendance

à les prendre en pitié,

ces gens-là.


Dans un autre segment, on nous présente des images des différentes pièces de la maison des Wagner.


JOHANNE WAGNER (Narratrice)

Les gens

doivent souvent penser qu'on

habite dans une grande maison

puisqu'il y a 11 personnes dans

la famille. En fait, on occupe

1500 pieds carrés, quatre

chambres à coucher. Nous avons

donné la chambre des maîtres,

qui était rendue trop grande

juste pour mon mari et moi.

On a fait un dortoir de garçons.

Alors, les garçons ont cet

espace-là, et Binh et Phuoc

partagent une chambre, Grace a

sa chambre, et papa et maman ont

une petite chambre. Et les deux

plus grandes adolescentes sont

dans le sous-sol. Les devoirs,

les trois plus vieilles sont

indépendantes dans leur

apprentissage. Donc, au

sous-sol, il y a une salle

d'études qu'elles partagent avec

papa, qui est à la maîtrise.

Les trois garçons qui ont

des devoirs travaillent

à la table de cuisine.


L'entrevue se poursuit avec JOHANNE WAGNER.


GISÈLE QUENNEVILLE

Johanne, vous avez neuf

enfants. Qu'est-ce que ça

demande comme organisation

pour vous, en tant que maman?

À quoi ressemble une journée

typique chez les Wagner?


JOHANNE WAGNER

C'est extrêmement occupé

aux heures de pointe.

Avec des pauses pour

la maman pendant le jour.

Le matin... Mon mari et moi,

on est extrêmement

disciplinés tous les deux.


GISÈLE QUENNEVILLE

Bien, lui, il est militaire.


JOHANNE WAGNER

Oui, oui. Puis je pense que

j'aurais très bien réussi dans

une carrière militaire moi aussi

d'ailleurs. On est une machine

bien huilée. Alors, on

fonctionne vraiment bien. On est

debout très tôt le matin, on est

organisés, il y a une façon de

procéder, il y a un ordre à ne

pas déranger. C'est comme ça

qu'on arrive à rien oublier.


GISÈLE QUENNEVILLE

Alors, le petit-déjeuner,

les lunchs, c'est vous

qui faites tout ça?


JOHANNE WAGNER

Ah non, non! Les enfants sont

impliqués. Les quatre garçons

se lèvent le matin, ils doivent

faire leur lit, ranger leur

chambre, ils descendent.

Normalement, ils vont

s'installer à la grande table,

placer les lunchs en ordre,

s'occuper de voir à ce que tout

le monde a tout ce qu'il faut

à mettre dans sa boîte à dîner.


GISÈLE QUENNEVILLE

C'est les garçons qui font

les lunchs à tout le monde.


JOHANNE WAGNER

Oui, qui assemblent les

lunchs. Les filles sont souvent

responsables du nettoyage de

la cuisine après le souper parce

que je prépare les repas ou mon

mari prépare les repas. Et puis

après ça, on s'assoit, puis

on prend un café. Ensemble.


GISÈLE QUENNEVILLE

Ils ont des activités,

ces enfants-là?


JOHANNE WAGNER

Les enfants ont des activités.

J'en ai deux dans les cadets de

l'air et j'en ai une qui est en

robotique. J'ai un autre petit

garçon en robotique. Ça bouge

constamment. C'est

un feu roulant.


GISÈLE QUENNEVILLE

Vous avez une famille

nombreuse, mais vous n'aimez pas

le mot "famille nombreuse".


JOHANNE WAGNER

Non.


GISÈLE QUENNEVILLE

Pourquoi pas?

Qu'est-ce que vous

aimez pas là-dedans?


JOHANNE WAGNER

Ça me pue au nez. J'aime pas

me définir ou qu'on me définisse

en fonction de la grosseur de

ma famille. Je trouve que ce qui

définit une famille, c'est son

essence. Que ce soit une famille

de deux, une mère monoparentale

avec ses enfants ou que ce soit

une famille de 19, 20 enfants,

ça a aucune importance, et je

n'aime pas attirer l'attention

en utilisant la grosseur

de ma famille.


GISÈLE QUENNEVILLE

Quand on a neuf enfants,

est-ce qu'on a une vie de

couple? Est-il possible

d'avoir une vie de couple?


JOHANNE WAGNER

Oui, mais la vie de couple

change et de plus en plus, mon

mari et moi, on ressent le

besoin d'être avec nos enfants,

mais dans un contexte différent.

On aime prendre des pauses,

s'asseoir avec les grandes,

regarder un film. On sort,

par exemple. Les grandes

nous rendent beaucoup service

en gardant les petits. Puis

souvent, le soir, on va partir

tous les deux, puis on va aller

jaser en prenant un café, en

mangeant une petite bouchée.

On ne s'oublie pas.


GISÈLE QUENNEVILLE

Une carrière de militaire,

c'est pas connu comme étant ce

qu'il y a de plus payant sur

la planète. Avec neuf enfants,

est-ce qu'il faut être

créatif du côté financier?


JOHANNE WAGNER

Nous sommes très "frugals".


JOHANNE WAGNER rit.


JOHANNE WAGNER

Chaque montant d'argent est

dépensé en y ayant bien pensé.

On est chanceux, mon mari est

un officier, mais quand même, le

salaire est divisé en 11. Non,

on fait attention, tout est bien

calculé, puis on est même

capables de se payer des

petits plaisirs, là.


GISÈLE QUENNEVILLE

Vos enfants biologiques, eux,

n'ont peut-être pas demandé

à avoir des frères et des soeurs

adoptifs, ont peut-être pas

demandé à avoir des frères et

des soeurs adoptifs qui ont des

problèmes de santé. Ça, c'était

sans doute votre choix, votre

choix de vous et votre conjoint.

Comment est-ce qu'eux, ils

rentrent dans l'équation?


JOHANNE WAGNER

Bien, en fait, c'était

peut-être pas leur choix.

Ils l'ont peut-être pas demandé,

mais ils n'ont jamais rechigné,

n'ont jamais remis en question

nos choix, et je dirais même

qu'il y en a une bonne

proportion, des enfants

biologiques, qui me demandent et

qui demandent à Michael si on

peut avoir un autre enfant

avec des difficultés.

Si on peut aller en adopter

un autre.


GISÈLE QUENNEVILLE

Qu'est-ce que ça

leur apporte, vous pensez?


JOHANNE WAGNER

Une ouverture d'esprit qu'ils

sont pas capables de qualifier.

Ils nous diront pas: "Je suis un

garçon ouvert d'esprit." Mais je

pense que de donner de l'amour,

puis d'ouvrir son coeur, ils

se sentent bien là-dedans.

Je pense que de voir que papa et

maman sont capables de s'occuper

d'enfants qui ont des problèmes,

je pense que ça les rassure.

De dire: "Hé, si moi aussi j'ai

des problèmes ou si je fais une

petite coche mal taillée, je

vais pas être plus mal aimé

pour autant." Je pense que ça

leur apporte de l'assurance.


GISÈLE QUENNEVILLE

Ce que vous avez vécu l'année

passée avec Binh et Phuoc:

très intense, très public,

très médiatisé. Et quand on vit

quelque chose comme ça,

forcément, ça doit vous changer,

ça doit vous transformer.

Comment est-ce que cet

épisode-là vous a changée,

diriez-vous?


JOHANNE WAGNER

Ça m'a pas changée, ça m'a

confirmé qui j'étais. Et ça m'a

confirmé que c'est pas terminé.

Dans le sens qu'il y a encore

des choses que je peux changer.

Alors, ça m'a confirmé, ce qui

s'est passé l'année passée,

qu'il y a pas grand-chose qui

peut m'arrêter et que j'ai une

force incroyable en moi. Et puis

que je veux l'utiliser à bon

escient, continuer à l'utiliser

à bon escient. Si c'est, bon...

Oui, pour les miens. Mais si

c'est trop tranquille chez nous,

aller déverser cette force-là

ailleurs. Oui.


GISÈLE QUENNEVILLE

Est-ce que c'est possible

que ce soit trop tranquille

chez vous?


JOHANNE WAGNER

Ça commence à être

pas mal tranquille.


GISÈLE QUENNEVILLE

Vous en avez neuf, ça veut

dire qu'il y en aura

un 10e? Un 11e?


JOHANNE WAGNER

Sans nécessairement dire un

10e, un 11e, il y a des enfants

là-bas qui ont besoin d'aide. Et

puis on se sent vraiment appelés

par le Vietnam. On a un lien

tissé assez serré avec

le Vietnam. Et puis...

sans nécessairement dire qu'on

va en adopter un 10e ou un 11e,

je pense qu'on peut aller

aider là-bas aussi.


GISÈLE QUENNEVILLE

Johanne Wagner,

merci beaucoup.


JOHANNE WAGNER

Merci beaucoup.


Générique de fermeture


Épisodes

>Choisissez une option de filtrage par âge, fiction, ou saison

  • Catégorie Saison
  • Catégorie Documentaire
  • Catégorie Reportage

Résultats filtrés par