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Carte de visite

Gisèle Quenneville, Linda Godin et Daniel Lessard rencontrent des personnalités francophones et francophiles. Découvrez ces politiciens, ces artistes, ces entrepreneurs ou ces scientifiques dont l'histoire, extraordinaire, mérite d'être racontée.

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Lise et Michel Raymond : infirmiers praticiens

Lise et Michel Raymond ont contribué à mettre sur pied, dans le Nord de l’Ontario, des centres de santé communautaires où des infirmiers praticiens prodiguent des soins aux usagers et font la promotion de la santé.
Pour des communautés comme Noëlville, au sud de Sudbury, il est parfois difficile d’encourager un médecin à venir s’y installer. C’est alors que des infirmiers praticiens entrent en jeu.
Michel et Lise Raymond sont venus s’installer dans la région en 1999, comme infirmiers praticiens.
Ils arrivaient du Grand Nord où ils avaient travaillé auprès des Cris.



Réalisateur: Charles Pepin
Année de production: 2015

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VIDÉO TRANSCRIPTION

Pendant que GISÈLE QUENNEVILLE présente ses invités, MICHEL RAYMOND et LISE RAYMOND, deux infirmiers praticiens, on montre des images du village de Noëlville. L'entrevue se déroule chez MICHEL RAYMOND et LISE RAYMOND.


GISÈLE QUENNEVILLE

Noëlville est un petit village

à environ 80 kilomètres

au sud de Sudbury.

C'est un village où la

population est vieillissante.

Une communauté où il est parfois

difficile d'encourager un

médecin à venir s'y installer.

Mais ici comme ailleurs, on a

mis sur pied un centre de santé

communautaire, où des infirmiers

praticiens prodiguent des soins.

C'est ce qui a attiré Michel

et Lise Raymond à ce village

il y a une quinzaine d'années.

Les deux infirmiers avaient déjà

travaillé auprès des Cris dans

le Grand Nord. À Noëlville,

ils ont trouvé un travail,

une communauté et un endroit

pour prendre leur retraite.


LISE RAYMOND

Le matérialisme, je pense, dans

lequel on vit, aller au théâtre,

aller au restaurant, tout ça,

pour moi, a perdu sa valeur.

J'ai gagné plus les valeurs de

vivre en communauté, en groupe,

de s'entraider. Il y a quelqu'un

de malade, on est tous là.


GISÈLE QUENNEVILLE

Lise et Michel

Raymond, bonjour.


MICHEL ET LISE RAYMOND

Bonjour.


GISÈLE QUENNEVILLE

Lise et Michel, vous êtes tous

les deux infirmiers praticiens.

Qu'est-ce que c'est? Qu'est-ce

que ça fait, un infirmier

praticien? Ou une infirmière

praticienne, Lise?


LISE RAYMOND

Ça fait de la médecine,

ça fait du nursing. C'est

une infirmière qui est dans une

catégorie qui est plus avancée,

qui a plus d'étude, qui a plus

de droits et tu fais à peu près,

je dirais, 75% de ce que

le médecin peut faire. On a

le droit de prescrire, on a le

droit de demander des rayons X,

des examens de laboratoire

ou de prise de sang.

Fait que tu travailles dans un

bureau ou dans un hôpital ou une

clinique et tu vois des patients

comme le médecin peut

voir les patients.


GISÈLE QUENNEVILLE

Ça fait combien d'années

que vous faites?


MICHEL RAYMOND

Ah, moi, ça fait...


GISÈLE QUENNEVILLE

Ça fait un bout de

temps, je pense, hein?


MICHEL RAYMOND

Ça fait un beau de temps.

Moi, j'ai gradué en 1967 et

puis depuis ce temps-là. Après

ça, j'ai travaillé dans le Nord,

j'ai travaillé comme infirmier

praticien et on faisait

le même travail.


GISÈLE QUENNEVILLE

Sans le savoir

ou est-ce que...


MICHEL RAYMOND

Sans le savoir, c'est ça qu'on

faisait. Oui, c'est ça. Alors,

après que moi, j'ai travaillé

dans le Nord, on est déménagés

À Toronto et puis c'est là qu'on

est vraiment rentrés dans la...

comme infirmier,

infirmière praticiens.


GISÈLE QUENNEVILLE

Si on voit un infirmier

praticien ou une infirmière

praticienne, est-ce qu'on a

besoin de voir un médecin, Lise?


LISE RAYMOND

Si on juge qu'on a besoin

de soins un peu plus avancés...

La même chose qu'un médecin

référerait à un spécialiste,

nous, on réfère au médecin

si besoin. On demande un

médecin en consultation.


GISÈLE QUENNEVILLE

J'imagine que pour des régions

rurales ou dans le nord de

l'Ontario par exemple, ça doit

être assez difficile d'attirer

des médecins dans des plus

petites communautés.

Est-ce que c'est le cas?


LISE RAYMOND

Exactement. C'est une

situation idéale pour nous,

que moi je considère, d'être

dans des régions éloignées,

rurales parce que les médecins

ne veulent plus travailler dans

ces régions-là. Ils préfèrent

être plus près d'un centre

dans un hôpital ou avoir plus

de personnes avec qui consulter,

une pratique beaucoup

plus nombreuse aussi.


GISÈLE QUENNEVILLE

Hum-hum.


LISE RAYMOND

Tandis qu'ici, c'est

une médecine primaire,

mais beaucoup plus

communautaire que je trouve.


GISÈLE QUENNEVILLE

Les recherches démontrent

que dans le nord de l'Ontario en

général, je pense, les gens sont

en moins bonne santé que dans le

sud de la province. Est-ce que

c'est le cas? Est-ce que

c'est vrai, ça, Michel?


MICHEL RAYMOND

Oui, c'est le cas. C'est

ce que la recherche nous

dit, oui. Et dans--


GISÈLE QUENNEVILLE

Et dans quel sens on est en

moins bonne santé dans le Nord?


MICHEL RAYMOND

Bien, les gens dans le Nord,

par exemple, habituellement ils

sont dans les régions où il y

avait moins de médecins, ils

voyaient moins de médecins du

long de leur vie. C'est des gens

qui ont travaillé très fort.

Ils avaient pas le temps non

plus d'aller voir un médecin.

Mais ils fument plus que

d'autres en Ontario par exemple.

Les maladies... On a plus

de diabétiques, on a plus

d'hypertensifs, on a plus

de toute cette population-là.

Puis peut-être parce qu'ils sont

jamais allés voir un médecin au

début et puis il y avait pas

de prévention non plus. Dans

le temps, on ne parlait pas

de prévention. Ça fait que

c'est peut-être pour ça on voit

ce qu'on voit aujourd'hui

dans les statistiques.


GISÈLE QUENNEVILLE

Ici, dans le coin, vous avez

aidé à mettre sur pied, à créer

un centre de santé communautaire

il y a déjà un petit bout de

temps de ça. Qu'est-ce qu'un

centre de santé communautaire?

Comment est-ce que ça a changé

la vie des gens dans la région?


MICHEL RAYMOND

Probablement que ça a changé

beaucoup. Lorsque... Dans les

années 90, comme je vous le

disais tantôt, les médecins

étaient déjà âgés et puis

il y avait quelqu'un ici,

un M. Maillé, qui voyait que ces

médecins-là étaient pour partir,

puis ils avaient pas... Il

y avait rien dans la communauté.

Puis peut-être qu'il pourrait

pas avoir d'autres médecins.

Alors, lui, il a fait des

démarches, puis il avait fait

une demande pour un centre

de santé communautaire. Ça a pas

"fructué", c'est pas arrivé

à rien. Ça, c'était dans les

années... en 1997, il avait fait

une demande. C'était des années

où, en Ontario, ils en faisaient

pas de centres de santé

communautaire. Il y en avait,

ils existaient, ça existe

depuis... dans les années 70.

Mais les derniers qu'il avait

donné, c'était en 1994, 1995.


GISÈLE QUENNEVILLE

Et ça, un centre de santé

communautaire, c'est un endroit

où on s'occupe de tout

le patient finalement.


MICHEL RAYMOND

Oui, c'est ça.


LISE RAYMOND

C'est une équipe, c'est une

équipe multidisciplinaire.

T'as des infirmières, t'as des

infirmières dans la communauté

pour enseigner, t'as des

travailleuses communautaires

pour faire de la programmation

communautaire. T'as des

travailleurs "sociales". Donc,

la médecin devient un ensemble

d'aider les gens à être bien

dans leur famille, dans leur

communauté, dans les écoles.

D'aller chercher les problèmes

À la base plutôt que de soigner

une maladie. On s'en va dans

la communauté, puis on va

travailler d'une autre façon.


GISÈLE QUENNEVILLE

Mais ça me paraît

très logique, ça.


MICHEL RAYMOND

Oui.


GISÈLE QUENNEVILLE

Pourquoi ça a pris tant de

temps pour ça voit le jour?


MICHEL RAYMOND

Ça se fait en équipe, alors

c'est ça, un centre de santé

communautaire. C'est pas juste

un médecin ou c'est pas juste

une infirmière praticienne,

c'est toute l'équipe que Lise

vient de dire. Alors, oui,

il y en a pas assez en Ontario.

On a 73 centres de santé

communautaire en Ontario,

il devrait en avoir beaucoup,

beaucoup plus. Depuis,

il y a aussi des cliniques

d'infirmières praticiennes

qui ont sorti, il y a quelques

années. Ça fait déjà six ans.

Alors, ces équipes-là,

les équipes d'infirmières

praticiennes et cliniques, ça

ressemblent à un centre de santé

communautaire. C'est fait un

petit peu sur cette base-là.

Nous, on est arrivés en 1999. On

savait... M. Claude Maillé avait

demandé un centre de santé. Ça a

avait pas réussi parce qu'il

en donnait pas dans le temps.

Mais il devait... On disait:

"Il va en avoir d'autres,

il va en avoir d'autres."

Alors, on a continué, on a fait

des demandes pour un centre

de santé communautaire. Nous,

on travaillait dans un poste

d'infirmier seulement.

Alors, c'est tout ce qu'il y

avait, c'est juste moi et Lise,

on était ici tous seuls avec

chacun une secrétaire. On avait

deux postes, Noëlville

et Saint-Charles.


LISE RAYMOND

Ce qu'on a réussi à faire,

je trouve, dans ces moments-là,

c'est de ramasser des chiffres,

être capable à nous deux,

puis c'est un petit peu

la façon de procéder.

D'être capable de dire...


GISÈLE QUENNEVILLE

"On a la preuve."


LISE RAYMOND

On voit 400 hypertendus,

on voit 300 diabétiques, on voit

des enfants, on voit des dames

qui ont pas eu des tests de

Papanicolaou depuis des années,

15 ans. Moi, c'est ça que je

voyais. Fait que la prévention

n'existait pas, les traitements

n'existaient pas. Mais comment

que tu prouves tes points? Il

faut que t'amènes des chiffres,

puis c'est ça qu'on a

fait nous autres.


MICHEL RAYMOND

Lorsqu'on a eu notre centre de

santé communautaire après qu'on

ait fait quatre demandes en cinq

ans, on a finalement réussi, en

2005, d'avoir un centre de santé

communautaire pour Sudbury-Est.

Et puis le gouvernement de

l'année dans ce temps-là a

donné, dans la province,

il a octroyé 22 centres de santé

communautaire dans la province.

Il y en avait 150 qui avaient

des demandes et ils en ont

donné 22. Alors, sur les 22,

on a été extrêmement chanceux

parce que nous, on l'a eu pour

Sudbury-Est, pour la région.

Les médecins sont partis l'année

d'ensuite, puis c'est pour ça

que je dis qu'on a été chanceux

parce qu'on a eu, finalement,

notre centre de santé

pour Sudbury-Est.


LISE RAYMOND

On savait que c'était pour

arriver, ça, cette façon-là,

puis on savait que c'était

une région qui était pour être

sous-desservie, que c'était

une région que tous les gens

seraient obligés de voyager,

soit à Sudbury ou à Sturgeon

Falls, qui est presque 100

kilomètres plus loin. C'est

toutes des façons d'exprimer

au ministère que cette région-ci

serait en difficulté.


MICHEL RAYMOND

Mais pourquoi il y en a pas

plus alors? Parce que si je vous

entends bien, ça répond à un

besoin au niveau de la santé, au

niveau de la prévention, et en

quelque part, je me dis: Ça doit

coûter moins cher que plein

de médecins. Alors pourquoi

il y en a pas plus?


LISE RAYMOND

Tu vois-tu comment qu'on

est bons pour te convaincre pour

dire que oui, c'est logique,

puis oui, c'est une bonne façon.


GISÈLE QUENNEVILLE

Mais je suis pas la

ministre, moi. Alors...


LISE RAYMOND

Mais on y croit, c'est ça.

On y croit à ça, par contre,

comment on mesure de la

prévention? Comment on mesure

l'ouvrage qu'on fait va

"reporter" dans cinq à dix ans?

Parce que ça rapporte pas tout

de suite. Fait que le nombre de

patients qu'on peut voir dans un

temps déterminé est moindre que

certains groupes de médecins,

par exemple, dans un bureau qui

fonctionne d'une façon beaucoup

plus... à l'acte. Oui, c'est

justement. C'est là qui est

petit peu le problème.

On travaille à long terme,

on travaille à la base.

Ça se mesure difficilement.


GISÈLE QUENNEVILLE

Lise et Michel, qu'est-ce qui

vous a frappé quand vous êtes

arrivés à la Baie-James?


MICHEL RAYMOND

Moi, je suis arrivé dans

les années 60. Alors,

c'était vraiment...

une des très petites

communautés, c'était dans la

brousse. On arrivait en avion.

Il y avait pas... Même, on est

arrivés sur l'eau. Les premières

années, c'était sur l'eau.

On avait pas de pistes

d'atterrissage. Alors, c'était

vraiment isolé. On y allait,

puis lorsqu'on se rendait là, on

y allait pour un an. On savait

qu'on restait pour l'année,

on sortait pas. Les Autochtones

dans le temps allaient encore

À la chasse. Ils revenaient

l'été, puis l'hiver, souvent,

la plupart étaient partis

l'hiver. Ils y en avaient

encore plusieurs qui faisaient

la chasse et pêche. Et puis ils

revenaient dans la communauté.

C'était des gens très

gentils, très doux qui nous

accueillaient. Si tu restais

plus qu'un an, par exemple,

encore mieux. "Bien là,

t'avais resté plus qu'un an,

eille, là, tu dois être correct,

toi." Ça fait que là, on

restait... Mais c'était vraiment

quelque chose que... J'ai aimé

la culture, j'ai aimé la façon

dont ils vivaient, c'était

très simple. Ils allaient

encore se chercher du bois,

ils revenaient, ils allaient

chasser. Ils nous invitaient

pour aller à la chasse avec eux.

C'était le fun. C'était très

bien comme population.

C'était bon.


GISÈLE QUENNEVILLE

Puis au niveau des besoins

de la population, est-ce que la

population elle-même a changé?


MICHEL RAYMOND

La population a changé dans le

temps. Moi, au début, quand je

suis arrivé, c'est des enfants

qui étaient malades. Qui étaient

malades parce qu'il y avait

jamais eu d'immunisation, ils

étaient pas immunisés. Alors,

il y avait toutes les maladies

infantiles. Eux autres, ils

étaient très malades. Avec les

années, moi, le temps que j'ai

été là, j'ai été là à peu près

15 ans, j'ai vu une évolution

que les enfants, après qu'ils

aient été immunisés, il y avait

moins de maladies infectieuses

parce que... Au début,

lorsqu'il y avait des maladies

infectieuses, il y avait toutes

les complications qui allaient

avec. Alors, quelqu'un qui avait

une rougeole par exemple, là,

ça devenait compliqué et puis

il pouvait avoir une méningite.

Mais après quelques années, on a

vu le pendule aller sur l'autre

bord, les enfants étaient

immunisés, étaient moins

malades. Mais les vieillards ont

commencé à vivre plus longtemps.

Alors, on leur donnait plus de

soins. Alors, les vieillards--


LISE RAYMOND

Puis là aussi, dans le fond,

c'est la prévention pour

avoir une idée qui rejoint notre

centre de santé communautaire.

On apprenait aux mères à prendre

la température de l'enfant,

donner quelque chose contre

la température s'il faisait

de la fièvre. Comme, ils étaient

portés à le mettre à côté

du poêle avec deux couvertures

parce qu'il grelottait. Tandis

qu'on a enseigné que tu prends

la température, tu donnes du

TYLENOL ou quelque chose, puis

t'enlèves les couvertes pour

baisser la température. C'est

toutes des petites choses qui

faisaient partie... qui semblent

simples, mais qui a fait une

différence. Les gens ont appris

À travailler avec la maladie.


GISÈLE QUENNEVILLE

Est-ce que vous avez pu

forger des liens...


LISE RAYMOND

Oh mon Dieu, oui!


GISÈLE QUENNEVILLE

... avec les Autochtones? Oui?


LISE RAYMOND

Beaucoup, beaucoup.


MICHEL RAYMOND

Oui, absolument. Surtout

lorsque tu restes plus

qu'un an par exemple.

Là, ils deviennent...

C'est vraiment des amis.


LISE RAYMOND

Tu rentres dans la famille,

tu rentres dans la communauté.

On t'invite à la chasse,

À la pêche. Tu rentres

avec eux autres dans leur vie

quotidienne. Puis il y a

vraiment pas autre chose à faire

en fait. C'est ce qui est

plaisant à faire, c'est une vie

communautaire qui est plaisante

parce que tu fais partie de la

communauté. On vient te chercher

si on a besoin. Nous autres, on

va les chercher parce que nous

autres aussi, on va en avoir

besoin à un moment donné.


GISÈLE QUENNEVILLE

Quels genres de besoins?


LISE RAYMOND

On a pas d'auto, on a pas

personne pour nous aider pour

quoi que ce soit. Ici, on fait

un numéro de téléphone, l'hydro,

le Bell, tout le monde peut

réparer quelque chose. Là-bas...

c'est nous qui fait la médecin,

c'est nous qui écrit les papiers

de tout le monde. Eux autres,

ils nous aident à transporter le

matériel, où est-ce qu'on trouve

telle chose. Moi, j'ai eu de

la misère au début parce que

mes petits bébés en pédiatrie,

ils pleuraient tout le temps.

J'étais pas capable de les

arrêter de pleurer, puis je me

disais: C'est quoi que je sais

pas, là? Bien, un petit bébé

là-bas, on le mettait dans

un hamac dans sa "bassinette".

"Parce qu'un lit que t'es très

bien étendu, c'est pas agréable

du tout. Bien, nous autres, on

connaît pas ça." Tandis qu'ils

m'ont montré: "Bien, il faut

le mettre comme ça le bébé si

tu veux qu'il dorme, il faut le

traiter de cette façon-là parce

que nous autres, c'est comme ça

qu'on vit". Fait qu'autant

que moi, j'ai voulu aller là

pour montrer quelque chose

à du monde, je trouve que

moi j'ai appris beaucoup

de cette culture.


GISÈLE QUENNEVILLE

Beaucoup de Blancs qui vont

dans le Grand Nord, vous l'avez

dit vous-mêmes, sont là pour

un an, quelques années à peine.

Pourquoi ces gens-là quittent et

pourquoi vous, vous êtes restés?


MICHEL RAYMOND

(Riant)

On a eu la piqûre. J'y suis

allé pour deux ans, je suis

revenu dans le Sud, mais

j'aimais le travail. J'aimais

le travail parce que je

travaillais, dans le temps,

comme infirmier, je travaillais

comme un infirmier praticien

parce qu'on faisait tout. On

avait pas de médecin, on faisait

beaucoup plus que dans le Sud.

On pouvait pas travailler comme

ça dans le Sud. Alors, moi,

c'est certain que j'ai aimé le

travail, puis j'ai resté pour le

travail aussi. Mais j'ai aimé la

population, j'ai aimé le Grand

Nord, j'ai aimé le froid,

j'ai aimé la chasse, la pêche,

les Ski-doos. Tout...


LISE RAYMOND

Les défis sont très grands.

Quand il y a des problèmes, il y

a des problèmes, puis il y a

pas personne pour les résoudre.

Il faut que tu sortes ton

imagination, faut que tu ailles

chercher du monde, il faut que

tu crées quelque chose pour t'en

sortir. J'ai eu beaucoup plus

de difficultés à revenir dans le

Sud que j'ai eu de la difficulté

À m'adapter à aller dans le

Nord. Puis ça, bien, c'est

très personnel. Je trouve qu'on

rentre dans un style de vie que

ce qui compte, c'est des valeurs

importantes. Quand je suis

revenue dans le Sud, tout

le monde s'inquiétait de leur

compte de téléphone, puis "je

vais-tu arriver", puis "l'auto,

elle va-tu". Puis c'était

des choses que j'avais perdu.

J'avais plus ça. C'était plus

mes problèmes, ça. Puis le

matérialisme, je pense, dans

lequel on vit, aller au théâtre,

aller au restaurant, tout ça,

pour moi, a perdu sa valeur.

J'ai gagné plus les valeurs de

vivre en communauté, en groupe,

de s'entraider. Il y a quelqu'un

de malade, on est tous là. Il y

a quelqu'un qui va mourir, tout

le village va venir faire son

tour. Puis nous autres, on était

en charge des hôpitaux, donc

on est en charge de tout ça.


GISÈLE QUENNEVILLE

Si vous pouviez changer

une chose pour améliorer

les conditions de vie des

Autochtones dans le Grand

Nord, qu'est-ce que ce serait?


MICHEL RAYMOND

À travers les années, ils ont

essayé de faire toutes sortes

de choses: les assimiler, les

enlever de leur communauté,

puis les mettre dans des écoles.

C'est certain que ça a pas

marché. Ils essayaient des

empêcher de parler leur langue

par exemple, ils ont perdu leur

langue la plupart et ils sont

devenus... dépendants du

système. Mais c'est certain que

l'éducation... Faut qu'il y ait

de l'éducation, oui, mais faut

changer bien des choses.

Il y a tellement de choses.


LISE RAYMOND

L'éducation, mais la leur.

Tu sais, moi, je me rappelle,

À un moment donné, on était un

groupe à essayer de trouver des

solutions pour les problèmes

des Autochtones, puis il y

en avait pas un à table.


GISÈLE QUENNEVILLE

Hum-hum!


LISE RAYMOND

Puis ça, ça m'a toujours

frappé. Je me dis: On est tous

Blancs ici, puis on essaie de

trouver des solutions. Et selon

moi, c'est pas comme ça qu'il va

falloir partir. Faut partir par

là, puis les aider à ce qu'ils

trouvent leurs solutions.

Je me rappelle d'une chanson de

Félix Leclerc: "Si vous voulez

tuer un homme, enlevez

son travail et donnez-lui de

l'argent pour ne rien faire."


GISÈLE QUENNEVILLE

Hum-hum.


LISE RAYMOND

Fait que comment que tu remets

cette âme-là en marche? Si tu

le mets dans une maison, puis tu

lui donnes du bien-être social

et tu dis: "Fonctionne", selon

moi, on vient d'écraser quelque

chose. Et puis... c'est comme ça

qu'on tue une âme selon moi.


GISÈLE QUENNEVILLE est dans l'atelier de MICHEL RAYMOND et LISE RAYMOND.


GISÈLE QUENNEVILLE

Michel, Lise, on est dans

votre atelier. Lequel des deux

est le bricoleur dans le couple?


MICHEL RAYMOND

Oh, c'est Lise.


GISÈLE QUENNEVILLE

La bricoleuse.


MICHEL RAYMOND

La bricoleuse.


GISÈLE QUENNEVILLE

Qu'est-ce que vous

faites ici, Lise?


LISE RAYMOND

Tout. Un petit peu de tout.

Par exemple, monter cet atelier.

Puis là, on a aussi bâti

un petit camp dans le bois.

Donc, je suis en train de faire

les armoires pour le petit camp,

les tables, les chaises,

les chaises pour le jardin.

Un petit peu de tout.


GISÈLE QUENNEVILLE

Et le bois, il vient d'où?

C'est Michel qui

défriche j'espère.


MICHEL RAYMOND rit.


MICHEL RAYMOND

Oui, bien, pour commencer,

quand on a construit avec du

bois, des

logs qu'on a pris

dans le bois. Ça fait qu'on

les a équerrés, on a... C'est ça

qu'on a pris pour monter le

building. Une fois qu'il est

monté, Lise l'a tout "insulé",

c'est elle qui a mis le petit

bois, là. Et puis elle continue.

Maintenant, c'est elle

qui travaille dedans.


LISE RAYMOND

C'est la structure. Lui, il

est plus fort, donc les choses

beaucoup plus robustes,

difficiles à faire, la

structure, c'est lui qui

participe à ça. Mais c'est

le retour aux sources aussi

qui nous attire. Aller chercher

notre bois, l'amener,

le couper et partir de zéro.

J'ai trouvé beaucoup de bois

chez les pionniers de la région.

Leur grange est pleine de beau

bois qu'ils ont gardé depuis

des années. Puis c'est

avec ça que je travaille.


L'entrevue se poursuit au salon de MICHEL RAYMOND et LISE RAYMOND.


GISÈLE QUENNEVILLE

Lise et Michel, quand vous

avez quitté le Grand Nord

canadien, ontarien, vous êtes

allés vous installer

à Toronto. Pourquoi Toronto?


MICHEL RAYMOND

On cherchait un emploi dans

la région de North Bay-Sudbury.

Dans les années 90, il y

avait... il laissait aller tous

les infirmiers et infirmières,

period. Ça fait que c'était

difficile d'avoir un emploi.

Merci mon Dieu qu'on en a pas eu

parce qu'on a pas travaillé.

Dans ce cas-là, on se serait

ramassés, je sais pas

moi, dans un hôpital, là.

Mais on est pas... Alors, on a

fait le grand pas d'aller... On

connaissait des gens à Toronto,

qui travaillaient à Toronto, qui

avaient travaillé dans le Nord

avec nous autres. Lise était

en contact avec quelqu'un...


LISE RAYMOND

Oui, il nous disait: "Dans les

centres de santé communautaire",

qu'on connaissait pas dans

le temps, nous disait: "C'est

ce qui se rapproche le plus de

notre vie dans le Nord." Parce

qu'on avait des amis qui étaient

déjà dans ce système-là,

surtout à Ottawa. Et puis...


GISÈLE QUENNEVILLE

Ça a dû être un choc pour

vous, passer de Attawapiskat,

Fort Albany à Toronto.


LISE RAYMOND

C'était une place que tous les

deux, on s'était dit que jamais,

on va aller là. Mais on a appris

à dire qu'il faut pas dire

"jamais". Parce que ça a été

très positif parce qu'on voulait

se ressourcer. Bon, c'est un bel

endroit pour étudier, rencontrer

une multitude de choses.

Se perdre un petit peu dans

la foule, qui était bon dans ce

temps-là parce qu'on avait été

quand même très communautaire,

on aimait beaucoup, mais

on avait envie d'aller vers

beaucoup d'autres choses,

d'étudier. Ça nous a permis

d'aller chercher notre licence

d'infirmière praticienne. Le

timing était parfait, puis

on le savait pas, mais la vie

nous a aidés, je pense.

On est arrivés avec... Dans

l'association, on a embarqué

là-dedans avec les gens qui

travaillaient pour amener la

législation de l'infirmière

praticienne. Fait qu'on a été

là-dedans. Puis ça a été très

positif. Fait qu'on a cheminé

À l'intérieur, aller chercher

notre licence, apprendre

c'est quoi, un centre de santé

communautaire. Puis c'est vrai

que c'est ça qui ressemble

le plus à la vie du Nord.


GISÈLE QUENNEVILLE

Alors, aujourd'hui, vous êtes

plus ou moins à la retraite,

vous êtes à Noëlville,

vous avez un beau domaine

ici de 160 acres, vous êtes

devenus agriculteurs

sur les entrefaites?


MICHEL RAYMOND

Bien, on a...


LISE RAYMOND

On essaie.


MICHEL RAYMOND

On a deux jardins, on a une

serre, on aime jardiner tous les

deux. Lise, elle aime beaucoup

sa serre. On a des choses... On

travaille dans la serre du mois

d'avril au mois de novembre.

Puis on a des choses... On a

des tomates jusqu'au mois

de novembre qu'on pourrait

jamais avoir autrement.


LISE RAYMOND

J'ai le goût, moi, de

retourner aux sources. Donc,

on fait tout notre "cannage",

on fait notre jardinage,

c'est ce qu'on mange l'hiver.


GISÈLE QUENNEVILLE

Vous êtes pas mal

autosuffisants.


LISE RAYMOND

On est presque autosuffisants.

C'est certain qu'on a quand même

une retraite. Faut pas se

leurrer avec ça, mais quand

même. Nos produits, c'est les

nôtres, on a remonté la terre.

On a l'intention d'avoir une

petite fermette, là, avec un

petit peu des petits animaux. Ça

nous occupe beaucoup, le fait de

jardiner, commencer à la base:

faire pousser tes graines, faire

des plants, faire tes conserves.

Les animaux, présentement,

on se nourrit le plus possible à

l'entoure, comme c'est populaire

ces temps-ci, les 100 kilomètres

À l'entoure. Je pense qu'on est

dans les 20 kilomètres à

l'entoure en ce qui concerne la

viande, le poulet, les poissons,

puis le boeuf. C'est facile

à trouver à l'entoure.

Fait que ça, pour moi, c'est

un but, l'autosuffisance.


MICHEL RAYMOND

Mais lorsqu'on est arrivés

aussi, on avait... Vous voyez

les petits buildings,

là, bien, c'est ce qu'on a

construit. On est allés couper

les arbres, on les a équerrés,

on a monté les petits

buildings. Lise est très bonne

à finir les petits

buildings.

Elle, elle aime ça travailler

le bois, alors elle fait

des armoires, elle fait toute

la finition de tout. Moi,

j'ai commencé avec de l'aide.

On a monté les

buildings.

On en a encore un à faire, on a

poulailler parce qu'on veut

avoir des canards, puis des oies

et des poules plus tard quand je

serai à la retraite avec elle.


LISE RAYMOND

C'est intéressant parce qu'on

a rencontré des patients qui...


GISÈLE QUENNEVILLE

Vous connaissez tout le monde.


LISE RAYMOND

Bien oui, on connaît tout le

monde, puis il y a des gens que

c'est ça qu'ils ont vécu ici.

Aller chercher ton bois,

puis l'équerrer, puis comment

construire. Fait que lui, il a

rencontré des patients qui ont

dit: "Bien, je vais venir

t'aider pour ça." "Bien, OK,

embarque." Fait que c'est nos

patients qui sont en train...

qui nous ont éduqués à revenir

À la terre, puis à refaire...

J'ai un patient qui avait 80 ans

qui m'a dit: "Je vais te montrer

comment partir tes graines dans

la serre. Comment ça se fait,

ça." Fait qu'il y a une serre

À l'école secondaire qui est

chauffée, que je suis encore là

À partir du mois de mars

À peu près, pour partir toutes

mes graines, mes plants. Puis

c'est ce patient-là qui m'a

montré comment faire ça.


GISÈLE QUENNEVILLE

Eh bien, Michel et Lise

Raymond, merci beaucoup

à tous les deux.


LISE RAYMOND

Ça me fait plaisir.


MICHEL RAYMOND

Fait plaisir. Merci.


LISE RAYMOND

Merci à toi.


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