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Carte de visite

Gisèle Quenneville, Linda Godin et Daniel Lessard rencontrent des personnalités francophones et francophiles. Découvrez ces politiciens, ces artistes, ces entrepreneurs ou ces scientifiques dont l'histoire, extraordinaire, mérite d'être racontée.

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Jean-Marie de Koninck, passionné et passionnant

Jean-Marie de Koninck est partout, depuis longtemps : c’est l’homme de l’Opération Nez rouge; c’est aussi celui qui commente la natation à la télévision lors des grandes compétitions internationales.
Mais dans la vie de tous les jours, il est professeur de mathématiques à l’Université Laval à Québec et il est probablement l’un des vulgarisateurs scientifiques les plus passionnants et les plus passionnés qui soient.
Jean-Marie de Koninck est un phénomène – peut-être mathématique – et il se peut que, dans son cas, 2 + 2 fassent 5!



Réalisateur: Joanne Belluco
Année de production: 2015

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Titre :
Carte de visite


Depuis les hauteurs de Québec, on observe le fleuve. Puis on se dirige vers le centre culturel Morrin à Québec et on visite la bibliothèque où JEAN-MARIE DE KONINCK professeur et vulgarisateur scientifique attend LINDA GODIN.


LINDA GODIN (Narratrice)

Il a fondé Opération Nez rouge,

un organisme qui raccompagne

les conducteurs ayant

consommé trop d'alcool,

pendant le temps des Fêtes.

Il commente la natation à la

télévision lors de compétitions

internationales et des

Jeux olympiques.

Mais dans la vie de tous

les jours, il est professeur

de mathématiques à l'Université

Laval, à Québec. Cherchez le lien.

Jean-Marie De Koninck

est un phénomène,

peut-être mathématique.

Il se peut que dans son cas...

... 2+2... font 5.


JEAN-MARIE DE KONINCK (Narrateur)

C'est de mettre les mathématiques

à sa juste place, qui ont changé la

perspective des gens vis-à-vis

des mathématiques. Moi, je suis

particulièrement fier de ça.


LINDA GODIN et JEAN-MARIE DE KONINCK ont un entretien dans la grande salle de bibliothèque du centre culturel Morrin.


LINDA GODIN

Jean-Marie De Koninck, bonjour.


JEAN-MARIE DE KONINCK

Bonjour.


LINDA GODIN

Commençons par ce que je

dirais qu'on connaît peut-être

le moins de vous, c'est-à-dire

que vous êtes professeur

de mathématiques.


JEAN-MARIE DE KONINCK

Oui.


LINDA GODIN

Pourquoi les mathématiques?


JEAN-MARIE DE KONINCK

Pourquoi? à cause d'une

religieuse qui m'a enseigné

les mathématiques à

Saint-Louis-de-Gonzague.

J'étais en cinquième année.

Il y avait cette religieuse-là

qui s'appelait Soeur Bonaventure

qui écrivait des équations

au tableau.

Elle était passionnée par les

mathématiques. Alors, c'est elle

qui m'a donné la piqûre

des mathématiques.


LINDA GODIN

Mais pas juste en cinquième

année, là, pour poursuivre.


JEAN-MARIE DE KONINCK

Oui, c'est ça, effectivement,

c'est là que j'ai pris goût

pour les mathématiques, et dès

ce moment-là, je savais qu'un

jour, je serais mathématicien.

Je m'intéressais à d'autres

choses aussi, à l'histoire,

la géographie, particulièrement

l'histoire, d'ailleurs. Mais

les mathématiques, c'était

définitivement ma passion.

Je voyais les mathématiques

partout. J'aidais mes grands

frères, mes grandes soeurs

à faire leurs devoirs de

mathématiques. Et j'ai eu

la chance d'avoir de très

bons enseignants aussi en

mathématiques qui ont permis

d'entretenir cette passion-là

pour les mathématiques.


LINDA GODIN

Qu'est-ce que la théorie

des nombres, qui est

votre spécialité?


JEAN-MARIE DE KONINCK

Oui, tout à fait.


LINDA GODIN

Qu'est-ce que c'est?


JEAN-MARIE DE KONINCK

Bien, c'est l'étude des

entiers, alors 1, 2, 3, 4, 5, 6,

qui se décomposent en produits

de nombres premiers. Prenez

par exemple le 6, c'est 2x3.

7, c'est un nombre premier

parce qu'il n'est divisible

que par 1 et par lui-même.

Et là, quand on avance dans la

suite des entiers, on trouve des

entiers qui sont de plus en plus

compliqués, c'est-à-dire leur

structure multiplicative est

compliquée. Ils sont le produit

de plusieurs nombres premiers,

parfois avec répétition. Prenez

par exemple 12, c'est 2 au carré

fois 3. Et plus on avance dans

la suite des entiers, plus

c'est compliqué de factoriser

les nombres, c'est-à-dire

de les décomposer en produits

de nombres premiers.

Donc, la théorie des nombres,

c'est un peu l'étude de la

structure multiplicative

des entiers et de la structure

additive aussi. Parce que

les entiers sont la somme

de plusieurs nombres premiers,

par exemple. Alors, quand vous

faites des transactions

avec votre carte de crédit au

centre d'achats, bien en fait,

l'information est codée.

Personne peut intercepter

votre numéro de carte de crédit,

même si votre numéro circule

sur Internet, parce que,

justement, la sécurité de ces

transmissions-là est basée sur

les nombres premiers, basée sur

le fait qu'on était incapable de

factoriser des grands nombres.


LINDA GODIN

Est-ce qu'ici, au Canada,

on est bon en mathématiques?


JEAN-MARIE DE KONINCK

Oui. Mais en fait, même au

Québec, on est très bon. On est

bon au Canada, mais au Québec,

on se classe très bien dans les

compétitions internationales.

Alors, je pense qu'on a une

bonne structure d'enseignement

au Québec. Et en particulier, on

forme très bien nos enseignants

du secondaire, qui est un moment

important dans le développement

intellectuel des jeunes.


LINDA GODIN

On a peur des

mathématiques, n'est-ce pas?


JEAN-MARIE DE KONINCK

Si on veut garder un intérêt

chez les jeunes pour les

mathématiques, qui sont

essentielles dans la société,

c'est important de leur

parler des applications des

mathématiques avant de parler de

la théorie. Parce que la façon

traditionnelle d'enseigner

les mathématiques par le passé,

c'est peut-être par là que vous

êtes passée, mais moi je suis

passé par là aussi, c'est qu'on

disait: "Bon, c'est important de

bien comprendre les définitions,

les énoncés de théorèmes,

etc., et après ça, on fera des

applications." Bien, souvent,

on perdait l'intérêt. Alors,

c'est important de commencer par

les applications, par exemple

de parler du GPS. Les jeunes

connaissent ce que c'est, un

GPS. Ils ont probablement un

téléphone intelligent avec eux

qui leur permet de savoir où

ils sont, etc., ou de trouver

un chemin en véhicule.

Et ce sont des GPS. Mais le GPS,

à la base... Bon, c'est sûr

que c'est de la technologie,

mais à la base, ce sont des

mathématiques relativement

simples. C'est de la géométrie.

Et c'est important de dire

aux jeunes: "Vous avez un GPS,

savez-vous comment ça

fonctionne?" "Euh, bien, pas

vraiment." Bon. Mais là, on

leur explique la base, c'est

la géométrie. Et là, ils peuvent

à ce moment-là dire: "Ah, bon,

les mathématiques, c'est utile."


LINDA GODIN

Vous, vous faites beaucoup

de conférences, vous avez

des programmes, des conférences

de vulgarisation mathématique,

je dirais. C'est essentiellement

pour faire aimer et

comprendre davantage

les mathématiques aux jeunes?


JEAN-MARIE DE KONINCK

Oui. C'est pour démystifier

un peu les mathématiques,

justement parce qu'à l'école,

on apprend des choses assez

formelles et puis on a tendance

à trouver que les mathématiques,

c'est très aride, c'est fait

pour une certaine élite, c'est

pas nécessairement accessible

pour tout le monde. Et nous,

ce qu'on fait quand on fait

des spectacles, entre autres le

spectacle Show Math qu'on fait

dans les écoles, bien on arrive

là avec un discours différent.

On fait rire les jeunes avec les

mathématiques. Hein, vous savez,

le rire, ça fait tomber

les boucliers, les gens sont

beaucoup plus réceptifs.

Et alors, ils rient en faisant

des mathématiques, et en même

temps, on leur montre qu'il

y a des applications des

mathématiques dans la vie

de tous les jours. Et là,

le jeune qui a vu le spectacle

Show Math, il sort de

la conférence-spectacle,

j'appellerais ça comme ça, avec

un point de vue différent, avec

une perception différente des

mathématiques, que ça peut être

utile, que ça peut être amusant,

mais surtout que c'est

accessible. Effectivement,

les mathématiques sont

accessibles à tout le monde.


LINDA GODIN

Donc, vous, avec tous

ces programmes-là, ou ces

spectacles-là, est-ce que

vous réussissez à en accrocher?


JEAN-MARIE DE KONINCK

Oui. On réussit à accrocher

des jeunes, certains qui vont

choisir une carrière, pas

nécessairement en mathématiques,

mais une carrière scientifique.

Les mathématiques sont partout,

dans toutes les sciences.

Ou encore des gens qui ont

changé leur perception des

mathématiques. Et je peux

rencontrer parfois des gens

dix ans après, parce que le

spectacle Show Math, ça fait

à peu près une dizaine d'années

qu'on fait ça, on a commencé

vers 2005. Et qui disent: "M. De

Koninck, bon, vous savez que je

suis président d'une entreprise,

j'ai 2000 employés, etc., mais

vous êtes venu dans mon école

quand j'étais au secondaire

et j'ai été impressionné

par votre spectacle de

mathématiques, et je pensais pas

que les mathématiques avaient

tant d'applications." Alors,

cette personne-là, dirigeant

d'une entreprise aujourd'hui

avec 2000 employés, elle a

besoin d'un mathématicien.

C'est de mettre les

mathématiques à leur juste

place. Puis je pense que c'est

grâce à ces inter... pas ma

seule intervention, mais une

intervention parfois aussi

qui est accompagnée avec de bons

enseignants, qui ont fait

qu'ils ont changé la perspective

des gens vis-à-vis des

mathématiques. Moi, je suis

particulièrement fier de ça.


Des extraits d'images tournées en Afrique sont présentés pour illustrer le témoignage qui suit.


JEAN-MARIE DE KONINCK (Narrateur)

Je viens tout juste de vivre

une expérience formidable

de trois semaines.

J'ai été invité par l'African

Institute of Mathematical

Sciences pour aller, pendant

trois semaines, enseigner les

mathématiques à des étudiants

gradués africains. Et donc,

ça se passait au Ghana, plus

précisément à Biriwa, qui est

à peu près à 130 kilomètres

de la capitale d'Accra. J'ai

pris plaisir à aller marcher,

à aller dans ces villages-là

pour voir la réalité quotidienne

de ces gens-là, qui ont pas

l'air malheureux du tout,

même s'ils sont pas riches.

J'ai pris même les transports

en commun, les "trojos". C'est

des espèces de petites minivans.

Il y en a à profusion. Il y a

à peu près 12 passagers dedans,

pas de ceintures de sécurité;

alors, j'allais m'asseoir

en arrière! J'ai pu filmer ça

aussi, cette réalité-là, comment

les gens font pour vivre au

quotidien, pour se nourrir, pour

se déplacer. Je vais vous dire

que c'est assez impressionnant.

Il y a énormément de talents

dans ces jeunes-là.

La population d'Afrique,

c'est 1,1 milliard d'habitants!


On reprend l'entrevue avec JEAN-MARIE DE KONINCK dans la bibliothèque du centre culturel MORRIN.


LINDA GODIN

Votre père, qui était un

professeur de philosophie, il

vous a beaucoup inspiré, hein,

dans la vie, dans votre vie,

dans ce que vous faites

aujourd'hui aussi.


JEAN-MARIE DE KONINCK

Oui. Oui, c'est un modèle,

d'une certaine façon,

effectivement. Et je

me souviendrai toujours

que j'allais nager tous les

matins au Petit Séminaire

de Québec. J'étudiais, mais

je nageais tous les matins dans

l'équipe de natation. On nageait

le matin, le midi. Et moi, j'y

allais le matin, en plus d'aller

avec l'entraînement du midi.

Et je pensais pas que mon père

attachait de l'importance à ça.

Et un bon matin, je me suis pas

levé et je suis pas allé, et mon

père m'a dit: "Ce matin, tu t'es

pas levé pour aller nager?"

Ah! Je savais pas qu'il avait

remarqué. Mais c'est pour dire

que, quand même, il appréciait

ce qu'on faisait, il surveillait

un peu ce qu'on faisait,

et il appréciait. Et là, j'étais

content de voir qu'il avait

apprécié ça, en plus

d'apprécier que j'évoluais

sur le plan intellectuel

de façon adéquate, oui.


LINDA GODIN

Oui. Est-ce que vous faites

un lien entre, justement,

l'activité physique et

la réussite académique?


JEAN-MARIE DE KONINCK

Oui. Je pense que c'est

important pour être productif

sur le plan intellectuel,

il faut aussi s'entretenir

sur le plan physique. Et ça,

c'est largement démontré dans

la littérature que, vous savez,

le cerveau aussi a besoin d'être

entraîné, il a besoin d'être

éveillé. Et même quand je donne

des conférences aux parents

d'élèves au primaire, je leur

dis que c'est important le soir,

qu'après le souper les jeunes

fassent de l'activité physique

avant d'aller faire leurs

devoirs. Ils vont être beaucoup

plus productifs s'ils font de

l'activité physique et qu'après

ça ils s'adonnent à... Et ça

peut être juste 20 minutes.

Pour les hyperactifs, peut-être

une heure de sport, d'ailleurs.

Et après ça, de faire un travail

intellectuel, de réviser

ce qu'ils ont appris à l'école

dans la journée. Ils

vont beaucoup plus absorber ça,

ils vont être beaucoup plus

proactifs là-dedans que s'ils

n'avaient pas fait d'activité

physique auparavant. Ça nous

enseigne à nous aussi comme

adultes que c'est important,

pour garder un bon équilibre

mental, d'être très actifs sur

le plan physique. Et je disais

qu'il faut faire au moins autant

de minutes d'activité physique

par jour que son âge. J'ai

bien dit "activité physique".

Ça a pas besoin d'être du sport

intense. La marche, c'est

une activité physique...


LINDA GODIN

D'accord.


JEAN-MARIE DE KONINCK

... qui tient notre cerveau

éveillé et qui nous permet de...

Vous savez, quand on fait de

l'activité physique, on fait

du vélo ou de la course à pied,

ou de la marche, le cerveau

travaille pendant ce temps-là.

Il est libre, il vagabonde, etc.

Et c'est souvent là qu'on a

nos meilleures idées.


LINDA GODIN

Vous avez fait de la natation,

mais pas juste de loisir,

si je peux dire.


JEAN-MARIE DE KONINCK

Non.


LINDA GODIN

De compétition aussi. Quand

est-ce que ça, c'est arrivé

dans votre vie, la compétition?


JEAN-MARIE DE KONINCK

Ah, ça a commencé au

Petit Séminaire de Québec,

effectivement. J'avais 12 ans.

Je voyais les autres qui

faisaient du sport et ça m'a

donné le goût aussi de

m'engager. Et je savais que

mes parents, évidemment, étaient

portés sur la natation. Alors,

j'ai voulu faire un peu comme

eux et le milieu académique

se prêtait à ça. Il y avait

une équipe au Petit Séminaire de

Québec, une équipe de natation.

Et c'est là que j'ai commencé

à m'entraîner et à en faire plus

aussi. L'équipe s'entraînait

le midi et moi, j'y retournais

le matin, et parfois le soir

aussi à 4h30 après les cours

pour nager encore à nouveau,

parce que je voulais exceller.

Je voulais me dépasser

moi-même. J'ai un peu cette

préoccupation-là aujourd'hui

aussi de toujours vouloir faire

mieux sur le plan intellectuel

et sur le plan sportif.


LINDA GODIN

Vous êtes devenu commentateur,

analyste en natation.


JEAN-MARIE DE KONINCK

Oui, c'est ça.


LINDA GODIN

Pour des compétitions

internationales, pour les Jeux

olympiques aussi.

Comment c'est arrivé?


JEAN-MARIE DE KONINCK

Ça, ça a commencé

en 1976. On cherchait

un analyste pour les Jeux

olympiques de Montréal.


LINDA GODIN

Hum!


JEAN-MARIE DE KONINCK

Et j'avais déjà fait, avec

Jean-Maurice Bailly, qui est

une icône à Radio-Canada, une

icône du monde sportif, du monde

des commentateurs sportifs. Lui,

il avait déjà animé avec moi des

matchs de waterpolo. Je m'étais

improvisé comme analyste en

waterpolo. Et il se souvenait

de moi. Alors, il a dit: "Hé, en

1976, on a besoin d'un analyste

en natation. Je voudrais avoir

M. De Koninck." Alors, c'est

comme ça que j'ai eu ma première

expérience d'analyste aux Jeux

olympiques; c'était pour

les Jeux de Montréal. Et là,

je m'apprête à faire Rio

dans quelques mois. Ça va être

mes neuvièmes Jeux olympiques

d'été. Oh, c'est... Je me sens

privilégié d'être invité

à chaque fois à commenter

une activité que

j'adore, évidemment.


LINDA GODIN

Qu'est-ce que vous pensez

du dopage aux Jeux olympiques?


JEAN-MARIE DE KONINCK

Le dopage, mais c'est

malheureux effectivement.

Mais moi, ce que je dis souvent

quand on me parle de dopage, et

quand j'ai été entraîneur assez

activement, je voyais le dopage

venir empoisonner le monde

sportif, moi j'avais une

approche assez positive

vis-à-vis de mes jeunes

que j'encadrais. Je disais:

"Écoutez, dans le fond,

le dopage, ça nous concerne pas.

C'est peut-être une bonne

affaire pour nous autres."

Dans le sens suivant: c'est que

ça nous pousse à aller plus...

à s'entraîner plus fort, parce

qu'on se bat pas à armes égales.


LINDA GODIN

C'est ça. Il y a pas

l'aide de la drogue.


JEAN-MARIE DE KONINCK

Alors, il faut qu'on excelle

encore plus pour battre

ceux qui se dopent.

Donc, ça va être bénéfique pour

nous parce qu'on va se dépasser

davantage. Et d'autre part, je

pense à l'époque des stéroïdes

anabolisants, entre autres, qui

étaient très répandus dans les

années 70 et 80, je me disais:

Bien, peut-être qu'à long terme,

pour nous, ça va être bon parce

qu'on a des cobayes qui testent

des produits extrêmement

dangereux, mais qui

éventuellement vont être

domestiqués d'une certaine

façon pour nous aider, nous,

les vieillards, éventuellement,

quand on sera vieux, on prendra

peut-être des stéroïdes

anabolisants qui auront

été testés par des cobayes,

dans le fond.


LINDA GODIN

Mais là, est-ce que

votre discours fonctionnait

auprès de vos athlètes?


JEAN-MARIE DE KONINCK

Bien, je faisais ça à la

blague. Mais je pense que

surtout la partie où je disais:

"Bien, écoutez, va falloir qu'on

travaille davantage plus fort et

ça va être bénéfique pour nous.

Voyons le bon côté des choses."

Mais en même temps, moi,

j'essayais de combattre

de fléau du dopage sportif.


On visite les Plaines d'Abraham à Québec.


JEAN-MARIE DE KONINCK (Narrateur)

Je suis très attaché à la ville

de Québec et particulièrement

aux plaines d'Abraham, parce

que je demeurais sur la rue

Sainte-Geneviève, qui est tout

près des plaines d'Abraham.

Et souvent, on allait sur

les plaines d'Abraham faire

un pique-nique avec ma mère,

les enfants, et on amenait notre

vélo. Et on avait un endroit

où on voyait, bon, l'immensité

des plaines, et aussi le fleuve

Saint-Laurent avec les bateaux.

Et j'ai toujours eu cette

fascination-là pour les immenses

navires qui circulaient

sur le fleuve et pour

le pont de Québec.

Les plaines, l'hiver, ont

un aspect assez particulier,

d'abord parce que c'est blanc

partout. Il y a un manteau blanc

à la grandeur. Et aussi parce

qu'on peut y faire beaucoup

de sport. Alors, le ski de fond

est très répandu sur les plaines

d'Abraham. Et les gens

apprécient, ils sortent de leurs

maisons, ils peuvent y aller

à pied, faire du ski de fond

ou garer leur voiture tout près

et aller faire du ski de fond.

Donc, c'est très accessible

au grand public. Ça coûte rien

en plus. Donc, on est privilégié

d'avoir les plaines

d'Abraham même l'hiver.


On présente un extrait d'une publicité de Opération Nez Rouge sous forme de stand-up comique avec LAURENT PAQUIN.



LAURENT PAQUIN

Oh! Une bonne main pour

l'orchestre Les Lumignons.

OK, des petits messages. André.

André qui est sur le party,

tu travailles plus ici

depuis 2002. Oh!

Ginette qui danse en

s'il vous plaît, Ginette...

La musique est arrêtée. Ho!

OK, Paul qui a un petit verre de

trop dans le nez, on a caché tes

clés. Alors, appelle un taxi,

un ami s'il t'en reste. Ho!

Ou Opération Nez rouge. On se

laisse en musique, question

de partir sur une bonne note.

Oh! Un jeu de mots. Ha!

Partez sur une bonne note

au 1-866-DESJARDINS.


LINDA GODIN poursuit son entretien avec JEAN-MARIE DE KONINCK.


LINDA GODIN

M. De Koninck, Opération

Nez rouge, dont vous êtes

le fondateur... l'idée est

venue comment, quand

et pourquoi, en fait?


JEAN-MARIE DE KONINCK

En fait, il faut remonter

à l'automne 1984, où j'étais

toujours professeur à

l'Université Laval, bien sûr,

en mathématiques. Mais dans

mes loisirs, je m'occupais

de l'équipe de natation

de l'Université Laval,

du Rouge et Or en natation

de l'Université Laval.

Et puis je m'étais rapidement

aperçu que je perdais mes

meilleurs athlètes au profit

des universités américaines,

qui proposaient à mes

athlètes de belles bourses

d'étudiants-athlètes. Alors, ils

attiraient aux États-Unis mes

bons athlètes. Vous allez dire:

"C'est bien pour les jeunes

d'avoir une expérience, d'aller

aux États-Unis, dans un autre

environnement académique

et sportif, etc."

Théoriquement, oui, mais dans la

réalité, ces jeunes-là étaient

complètement dépaysés, étaient

très jeunes, ils avaient 17-18

ans, étaient très dépaysés.

Et souvent, ils arrêtaient

leurs études aux États-Unis

et ils abandonnaient en même

temps la natation.

Donc, ils étaient perdants

sur toute la ligne. Alors là,

je m'étais dit: Mais il faudrait

que je trouve une façon de

compétitionner contre ce système

de bourses là, il faudrait que

je trouve une façon de ramasser

des sous avec mon équipe de

natation pour que nous aussi,

à l'Université Laval, on puisse

offrir des bourses d'études aux

étudiants-athlètes pour qu'ils

restent chez nous, pour qu'ils

puissent évoluer à l'Université

Laval. Et là, avec les jeunes,

j'avais dit: "Écoutez, trouvons

des activités." Alors, on avait

fait des lave-autos, des ventes

de chocolats, des parades de

mode, etc., recyclage de papier,

etc. Mais à chaque fois,

ça rapportait peut-être 500$

comme activités après combien

d'efforts. C'était pas très

rentable. Mais un bon jour,

au mois d'octobre 1984, je

m'en allais à l'université. Je

me souviens, c'était un dimanche

après-midi. Et j'écoutais

la radio distraitement et

j'ai entendu un reportage sur

l'alcool au volant. On racontait

que, en 1983, 3000 Canadiens

étaient morts sur les routes

du Canada à cause de l'alcool

au volant. Et la statistique

m'avait frappé, et on disait

que c'était 50% des accidents

mortels sur les routes.

On m'aurait posé la question,

j'aurais dit 5, 10%, l'alcool au

volant. Non, 50% des accidents

mortels étaient causés par

l'alcool au volant. C'est

beaucoup. Et là, on interviewait

un barman québécois qui disait

qu'à 3h du matin, quand les bars

ferment, les gens veulent

pas laisser leur voiture dans

le banc de neige pour prendre un

taxi pour rentrer à la maison.

Ils veulent rentrer avec

leur char, si vous me

permettez l'expression.


LINDA GODIN

(Acquiesçant)

Hum-hum.


JEAN-MARIE DE KONINCK

Là, ça a fait un déclic dans

ma tête. Je me suis dit: Tiens,

pourquoi j'utiliserais pas mes

nageurs et nageuses, j'avais 55

nageurs dans l'équipe, utiliser

les nageurs et nageuses pour

offrir aux gens d'aller les

reconduire chez eux dans

leur propre voiture?

Et peut-être qu'avec

les pourboires qu'on ferait,

on ramasserait un petit peu

d'argent. Alors, on a fait ça

la première année, en décembre

1984, du 13 au 23 décembre 1984.

Pendant 11 jours, on a offert

l'Opération Nez rouge, soit

essentiellement un service

de chauffeurs privés gratuit

pendant la période des Fêtes.

Et moi, je voulais ramasser

2000, 3000$ avec ça, et on a

amassé 25 000$. Parce qu'on a

eu des commandites spontanées

de banques, Desjardins, etc.,

qui disaient: "Hé, c'est fantastique,

votre initiative.

On va vous donner de l'argent

pour ça." Et ça, ça m'a permis

tranquillement de créer un fonds

de bourse, effectivement,

pour pouvoir offrir des bourses

d'études aux étudiants-athlètes.

Alors, c'est comme ça qu'est

née tout à fait naturellement

l'Opération Nez rouge.


LINDA GODIN

C'est ça, ça a fait vraiment

boule de neige. Ça fait 30 ans?


JEAN-MARIE DE KONINCK

C'est ça, 32 ans, en fait.

Ha, ha! On va faire

notre 32e année, là.


LINDA GODIN

Quel est l'impact principal,

après 30 ans, de

l'Opération Nez rouge?


JEAN-MARIE DE KONINCK

C'est que ça a permis...

Opération Nez rouge a permis

de changer les mentalités. Parce

que vous savez, auparavant,

l'approche vis-à-vis de l'alcool

au volant, c'était une approche

très répressive, très punitive.

"Si vous conduisez en état

d'ébriété, on va vous mettre

à l'amende, de grosses amendes.

Si vous blessez quelqu'un,

on va vous mettre en prison."

Tout ça, c'est correct. Mais il

y a aussi l'aspect positif, non

moralisateur que l'Opération Nez

rouge peut amener. Nous, on dit

pas aux gens: "Appelez-nous,

autrement vous allez avoir

une amende." Non, non, on dit:

"Écoutez, on offre un service

de chauffeurs privés, on va vous

reconduire chez vous." On pose

pas de questions, on fait pas

la morale aux gens. On fait ça

sur une touche humoristique.

Opération Nez rouge: il y a une

petite dimension amusante à ça,

déjà, dans l'appellation. On se

met, dans le fond, sur la même

longueur d'onde. Dans le

contexte d'Opération Nez rouge,

on a une mascotte qui fait

le tour des partys parce que les

gens demandent que la mascotte

d'Opération Nez rouge vienne à

leurs partys. Mais dans le fond,

c'est quoi? C'est l'alcool

au volant qui est là en avant.

Tu sais, la mascotte parle pas,

mais juste sa présence fait

penser aux gens qu'il faut être

prudent, il faut pas conduire

leur véhicule, il faut prendre

un taxi, etc., ou peut-être

diminuer sa consommation.

Mais on n'est pas là pour dire

aux gens quoi faire. Eux tirent

leurs propres conclusions.

Et les sondages le démontrent,

effectivement. Je pense qu'on a

réussi à changer la mentalité

de façon positive concernant

l'alcool au volant.


LINDA GODIN

Et il y a moins

d'accidents aujourd'hui

dus à l'alcool au volant.


JEAN-MARIE DE KONINCK

Effectivement. Quand on a

débuté l'Opération Nez rouge,

il y avait 700 à 800 décès

par année au Québec causés par

l'alcool au volant. Là, on est

rendu à 165 décès par année.

C'est encore trop, puis je peux

pas dire que c'est juste à cause

d'Opération Nez rouge, parce que

la Société de l'assurance

automobile a des publicités-chocs

vraiment intéressantes, etc. Mais

je pense qu'on aura contribué

à ça en ayant cette approche-là

plus humoristique, positive.

Vous avez un problème qui a été

traditionnellement traité

uniquement avec la matraque,

disons. On aura contribué

à améliorer ce chapitre

désastreux, si vous voulez,

dans l'histoire au Québec,

de l'alcool au volant.


LINDA GODIN

Est-ce que l'entrée en vigueur

d'une possible loi légalisant

la marihuana vous fait peur?


JEAN-MARIE DE KONINCK

C'est sûr qu'il y a lieu

de se préoccuper de ça. Il faut

pas faire ça à la légère.

Et je pense que ça sera pas,

si éventuellement ça fait force

de loi, ça sera pas fait à

la légère aussi. On aura pris en

compte tous les facteurs, parce

qu'il faut effectivement...

Quand on dit: "Conduire avec les

facultés affaiblies", c'est pas

seulement par l'alcool, ça peut

être aussi par les drogues,

par les drogues illicites et

les drogues licites, aussi.

Les médicaments, c'est aussi

une drogue. Alors, faut faire

attention à ça, effectivement.

Mais je pense que les

législateurs vont prendre

en compte ces choses-là,

le danger des drogues. Et fort

heureusement aussi maintenant,

les policiers sont formés pour

déceler la drogue, puis ça,

les jeunes le savent. Parce

qu'auparavant, on disait...

les policiers étaient pas

outillés comme avec l'alcool au

volant, on a des ivressomètres

pour calculer l'alcoolémie dans

le sang. Avant, on n'avait pas

de mesure comme ça pour les

drogues, maintenant, on en a.

Tout le monde commence à savoir

ça. Donc, on fait attention.

Alors, je suis confiant que,

éventuellement, s'il y a un

accès plus facile aux drogues,

l'aspect danger au volant

va être aussi sous contrôle.


LINDA GODIN

Opération Nez rouge, la

natation, les Jeux olympiques,

les mathématiques: quel lien

il y a à faire entre tout ça?


JEAN-MARIE DE KONINCK

Ah bien, le lien, je pense que,

dans toutes ces activités-là,

c'est que ce sont toutes

des activités...

D'une part, ce sont toutes

des activités d'éducation.

Hein, les mathématiques, c'est

de l'éducation. Le sport aussi;

comme entraîneurs, on éduque les

jeunes à se dépasser eux-mêmes.

Dans Opération Nez rouge

c'est aussi de l'éducation.

On fait l'éducation des gens,

leur apprendre que l'alcool au

volant, c'est dangereux. Donc,

il y a l'aspect éducation qui

est en commun dans tout ça, puis

il y a l'aspect communication

aussi. Quand on enseigne, on

communique aussi, on communique

des connaissances et on apprend

aux jeunes aussi à s'instruire

par eux-mêmes. Dans le sport

aussi, il faut être bon

communicateur pour amener

quelqu'un à se dépasser. Et dans

l'Opération Nez rouge, entre

autres, c'est une vaste campagne

de sensibilisation qui est

basée sur la qualité de la

communication; comment est-ce

qu'on communique aux gens le

message qu'il faut pas conduire

en état d'ébriété et qu'il y a

des alternatives à conduire

son véhicule avec les facultés

affaiblies. Alors, tout ça...

Éducation, communication,

je pense que ce sont

deux grandes préoccupations,

deux grands aspects de mes

interventions, disons.


LINDA GODIN

Quel est votre prochain

projet que vous aimeriez?


JEAN-MARIE DE KONINCK

Il y en a un qui me touche

plus particulièrement, c'est

celui des personnes âgées.

Écoutez, moi, ma mère est

décédée à 95 ans, et la dernière

année de sa vie, elle était dans

une pension de vieillesse. Et

quand j'allais la visiter, il y

avait peut-être 200 personnes

âgées dans cet édifice-là,

peut-être une quinzaine de

places de stationnement, et j'ai

jamais eu de problèmes à trouver

un stationnement. En voulant

dire qu'il y a pas beaucoup

de gens de famille, des membres

de famille qui allaient visiter

leurs parents. Et ça, je trouve

ça désolant que nos personnes

âgées sont isolées, qu'on

s'occupe plus d'eux autres.

Et moi, ce que je voudrais,

c'est créer un compagnon virtuel

pour les personnes âgées.

Essentiellement, c'est une

application sur iPhone, iPad

sur laquelle il y aurait

un avatar qui connaîtrait

les préoccupations, les goûts

personnels de cette personne

âgée là. C'est pas comme un Siri

sur votre iPhone que vous pouvez

demander la météo, etc. C'est

pas personnalisé à vous. Moi,

je parle d'un dispositif qui est

personnalisé, un compagnon

virtuel qui est personnalisé

aux goûts de la personne qui

pourrait faire la conversation

avec la personne, lui suggérer

des lectures, de faire des

lectures, qui pourrait aider

cette personne-là à évoluer

pendant la journée, un

compagnon. Et en même temps...

Là, vous allez me dire: "Oui, on

va l'isoler du reste du monde."

Non, au contraire, ce qu'on

voudrait faire, c'est qu'aussi

ça l'aiderait à rester en

communication avec d'autres

personnes via son avatar qui

proposerait certains contacts,

etc. Donc, c'est un autre

défi que j'ai. Je sais que

la technologie aujourd'hui peut

nous aider dans un tel projet,

mais encore faut-il vouloir

s'intéresser aux personnes

âgées, puis moi, je suis

intéressé... je m'intéresse au

bien-être des personnes âgées.


LINDA GODIN

Bien, je vous souhaite

de le réaliser, ce projet-là.

Jean-Marie De Koninck,

merci beaucoup.


JEAN-MARIE DE KONINCK

Merci à vous.


Générique de fermeture

4

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