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Carte de visite

Gisèle Quenneville, Linda Godin et Daniel Lessard rencontrent des personnalités francophones et francophiles. Découvrez ces politiciens, ces artistes, ces entrepreneurs ou ces scientifiques dont l'histoire, extraordinaire, mérite d'être racontée.

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Louis Garneau : entrepreneur et cycliste olympique

Si les chats ont bien neuf vies, Louis Garneau en aura au moins eu trois : celles de cycliste de compétition, d’entrepreneur et d’artiste visuel.
Le vélo, il connait. Il a fait de la compétition internationale et a remporté de nombreuses médailles.
Ses initiales en disent long: LG pour Louis Garneau, propriétaire de Louis Garneau Sports.
Son entreprise, fondée en 1983, emploie aujourd´hui environ 500 personnes et exporte dans plus de 50 pays.
Ses vêtements et équipements sportifs griffés sont parmi les plus respectés au pays.



Réalisateur: Joanne Belluco
Année de production: 2015

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VIDÉO TRANSCRIPTION

Titre :
Carte de visite


Plusieurs enseignes des boutiques GARNEAU et des produits GARNEAU défilent. L'animatrice, LINDA GODIN, fait une courte présentation de LOUIS GARNEAU, entrepreneur et cycliste olympique.


LINDA GODIN (Narratrice)

Le vélo, il connaît. Il a fait de la

compétition internationale,

il a remporté de nombreuses

médailles. Ses initiales en

disent long: LG. Louis Garneau,

cycliste et propriétaire

de Louis Garneau Sports.

Son entreprise, fondée en 1983,

emploie aujourd'hui environ

500 personnes et exporte

dans plus de 50 pays.

Personnalité en constante

ébullition, avide de projets et

de nouveaux défis, il est à

l'aube de sa troisième carrière.

Celle d'artiste contemporain.

Louis Garneau, bonjour.


LINDA GODIN rencontre LOUIS GARNEAU dans son espace-galerie où il expose ses œuvres.


LOUIS GARNEAU

Bonjour.


LINDA GODIN

Quand on regarde le Tour

de France, la question qu'on

se pose c'est: qui dans

la gang n'est pas dopé?

C'est incroyable.


LOUIS GARNEAU

Les derniers.


LINDA GODIN

Les derniers?

(Riant)

Mais c'est un gros problème

en cyclisme présentement.


LOUIS GARNEAU

Oui. Le dopage en cyclisme,

c'est un problème, et c'est

un problème dans tous les ports.

On commence à voir ça

arriver partout.

Tennis, hockey, basket,

athlétisme... Moi, je pense que

le dopage existe depuis que

l'homme existe. Il y avait à

l'époque des Grecs quand ils

faisaient leurs Jeux, des

potions magiques à base d'alcool

qui donnaient de l'énergie.

Où il y a des hommes, il y a

des hommeries. Ce qui est

encourageant aujourd'hui, c'est

que les tests qui ont toujours

été en retard sur le dopage,

finissent par être en avance et

d'essayer... Aujourd'hui, on

est capables de prendre les

tricheurs plus que jamais. Moi,

je crois qu'on va y arriver. Ça

devient extrêmement compliqué de

se doper à l'heure actuelle pour

un athlète. Et la publicité qui

est faite lorsqu'un athlète

se fait prendre, c'est la

destruction de sa carrière,

de sa vie personnelle, de son

honneur, donc ça fait peur. Je

pense qu'on va y arriver, mais

il y aura toujours des dopés

dans tous les domaines. Il y

aura toujours des tricheurs

dans les affaires aussi. Il y

a toujours des mauvais

politiciens. Je pense que plus

les règles vont être sévères,

plus on va pouvoir s'en sortir

et plus on va arriver avec un

cyclisme qui est propre. Et

on voit même dans les compagnies

publiques, les règles de

gouvernance sont extrêmement

sévères. Il y a eu beaucoup

de scandales dans le passé et

on arrive aujourd'hui avec des

meilleures gestions. Mais il y

aura toujours des fins filous

qui vont toujours s'essayer,

ça, c'est certain, certain.

Moi, j'ai vu ça à mon

époque, j'ai vu...


LINDA GODIN

C'est ça, quand vous,

vous couriez...


LOUIS GARNEAU

Moi, je l'ai vu... Moi, j'ai

eu l'occasion d'être un dopé. La

première équipe en France où je

suis arrivé... presque toute

l'équipe au camp d'entraînement

prenait du dopage pour

s'entraîner. Si tu veux faire

cinq heures, il fait froid, il

pleut, tu te fais une petite

amphétamine, bien, ça te donne

des ailes et du moral et même,

t'es joyeux à l'entraînement,

ça te permet de perdre du poids.

J'ai vu ça. Alors, j'ai eu le

choix de dire: Je peux devenir

un dopé, je peux gagner en

trichant.

Mais ça m'intéressait pas.


LINDA GODIN

Quand vous étiez enfant,

est-ce que vous étiez du genre à

vouloir embarquer sur votre vélo

dès l'arrivée du printemps?


LOUIS GARNEAU

Absolument, absolument. Moi,

ce que j'ai aimé, c'est le vélo.

Quand j'ai eu mon vélo à 3 ans,

j'étais un petit peu en avance

sur les autres. J'avais un vieux

vélo que mon père avait acheté

à l'encan. Il y avait juste

un frein, je me rappelle encore,

petit banc en cuir. Et j'aimais

ça, faire du vélo. J'aimais ça

me promener, m'évader. Le vélo,

c'est le premier moyen d'évasion

d'un enfant, c'est le premier

moyen de transport aussi. Ça

permettait d'aller plus loin

qu'avec mes petites jambes.

Ça a été une passion dès

l'âge de 3 ans.


LINDA GODIN

La compétition est arrivée

à quel âge?


LOUIS GARNEAU

Environ à 12 ans. À un moment

donné, je me suis acheté un dix

vitesses, on appelait ça un vélo

de route dix vitesses et j'avais

payé ça à l'époque 100$, un vélo

usagé. Et un jour, il y a un ami

qui m'a dit: "Hé, j'ai été voir

mon cousin, il faisait une

course de vélo à Québec. Tu

devrais venir, t'as bon vélo."

Il dit: "On est allés, nous,

et l'organisateur nous a fait

courir." La semaine d'après, je

suis allé. L'organisateur a dit:

"Tu veux courir, tu vas courir."

Alors, il avait mis les garçons

de 12 ans jusqu'à 16 ans

ensemble. Il pleuvait, on

n'avait pas de casque. Un, deux,

trois, go, on est parti. Et la

course a commencé comme ça.

J'ai fini, j'ai terminé

avant-dernier. J'étais fier!


LINDA GODIN

(Riant)

Avant-dernier?


LOUIS GARNEAU

J'avais battu un gros costaud,

j'étais tout petit. Mais c'est

drôle, ça m'avait pas découragé.

J'avais terminé avant-dernier

et j'ai refait une course après

et après ça, une autre, et après

ça, l'hiver est arrivé et je me

suis entraîné. Ça a arrêté avec

les Jeux olympiques en 1984.

Alors, il y a eu une grande

période de vélo et tout ça...


LINDA GODIN

Donc vous étiez bon pour

aboutir aux Jeux olympiques.


LOUIS GARNEAU

C'est drôle parce qu'au début,

j'étais pas bon. J'étais pas le

sportif de l'école, j'étais

pas celui qui gagnait les

Olympiades. Il y avait toujours

un grand blond qui était

meilleur que les autres à

l'école quand on était jeunes.


LINDA GODIN

"Le" sportif de l'école.


LOUIS GARNEAU

"Le" sportif, le plus beau, le

plus grand, le plus rapide qui

gagnait toutes les disciplines.


LINDA GODIN

Il s'appelait pas Louis Garneau.


LOUIS GARNEAU

Non, pas du tout. Moi, j'étais

discret, j'étais pas compétitif,

j'aimais pas beaucoup le sport.


LINDA GODIN

Et donc, est-ce que vous

avez appris à gagner?


LOUIS GARNEAU

Oui. Gagner, c'est une

recette. J'ai appris très jeune

que gagner, ça s'apprend,

parce que j'étais pas un gagnant

naturel. J'ai appris que

les personnes qui étaient

persévérantes, ceux qui étaient

capables de faire plus d'efforts

que d'autres, des sacrifices,

résister au stress, être

stratégique, visionnaire, rêver,

rêver à... Plus tu rêves à ta

victoire, tu vois comment ça va

se passer: oups! Ça pouvait

arriver ça aussi. Et travailler

en équipe. On est beaucoup plus

forts en équipe à ce que j'ai

remarqué. Et aussi, jamais

abandonner. Moi, j'ai jamais

abandonné. C'était ma marque de

commerce quand j'étais coureur

cycliste. Même aujourd'hui, j'ai

un bracelet que je me suis fait

faire. C'est écrit: "Ne jamais

abandonner." Je le porte

tout le temps.


LINDA GODIN

Et donc, le cyclisme vous

a amené à un moment donné aux

Jeux olympiques de Los Angeles.


LOUIS GARNEAU

Oui, mais là...


LINDA GODIN

En 1984.


LOUIS GARNEAU

C'est ça, exactement. Jeux

olympiques 1980, je fais la

sélection, je réussis à gagner

ma place. Et là, le Canada

boycotte les Jeux avec les

Américains. Donc il a fallu

remettre les compteurs à zéro.

Là, j'ai dit: Est-ce que je

continue encore quatre ans?

Alors, j'ai eu l'appui de ma

famille, je l'ai fait, je

me suis embarqué encore dans

un autre quatre ans, encore tout

le processus d'aller courir en

Europe, de faire des courses,

de s'entraîner, de perdre,

de gagner. Dans les dernières

années avant les Jeux

olympiques, j'avais peur.

J'avais peur dans les courses,

alors qu'avant, j'avais pas

peur. J'avais peur, parce que je

savais qu'il y avait une autre

vie après, il y avait une autre

carrière qui s'en venait. Je

voulais faire d'autres choses.


LINDA GODIN

Et donc, les Jeux olympiques

de Los Angeles ont été un peu

un... Comment dire? Un clou dans

le cercueil du cyclisme pour

vous? Parce que vous avez pas

super bien réussi.


LOUIS GARNEAU

Oui. Aux Jeux olympiques de

1984, j'ai terminé 33e sur 163.

Je suis tombé. C'est une course

d'un jour. C'était la dernière

course de ma vie, 1984, où j'ai

réussi à faire la sélection. Et

là, j'arrête. J'arrête et je

suis content d'arrêter. Je suis

content parce que là, il y a

une vie qui commence.


LINDA GODIN

M. Garneau, comment vous est

venue l'idée de confectionner

des vêtements pour

les cyclistes?


LOUIS GARNEAU

Moi, j'étais... Premièrement,

je suis une girouette. De façon

scientifique, on appelle ça

un hyperactif.


LINDA GODIN

OK.


LOUIS GARNEAU

Quand j'étais jeune, écoutez,

j'étais coureur cycliste. Je me

suis inscrit à l'université

en arts plastiques et à l'université,

je me suis acheté une maison,

je rénovais une vieille maison

que je vis encore dedans

à Saint-Augustin.

J'avais besoin d'argent.

Je me suis engagé un ami

durant mes cours qui travaillait

le jour à l'atelier, parce que

je faisais de la menuiserie, je

faisais des meubles, je faisais

des commandes spéciales, et le

soir, je reprenais les commandes

et j'allais m'entraîner des fois

à minuit. Et je rénovais ma

maison les fins de semaine,

je faisais des courses l'été

et j'allais à l'école. Alors ça,

c'était un petit peu ce qui

allait ressembler à ma vie

aujourd'hui où on fait plein

d'affaires. C'est un peu ça.

Ça, c'était en train de... Une

espèce de marmite ou de grosse

soupe qui était en train de

forger l'homme d'affaires.

Alors, je faisais des meubles

et à un moment donné, en 1982,

j'ai dit à ma blonde...

... après l'Australie, j'ai dit:

Ça te tente-tu de prendre

la relève de mes meubles l'année

prochaine? Tu pourrais m'aider.

Et moi, je vais aller courir en

Europe et j'ai des contrats,

faut pas que j'arrête. Et elle

me dit: Non, non. Elle me dit:

"Moi, je trouve ça dangereux.

Moi, j'aime mieux la couture,

j'aime mieux l'artisanat, faire

des sacs d'école, du cuir." OK.

Alors, l'année d'après, ce que

j'ai fait, en 1983, j'ai dit:

On va tasser le banc de scie, on

démarre les vêtements cyclistes.

Alors, on a commencé à faire des

pantalons cyclistes. Monique

était bonne en couture, Monique,

elle m'a aidé. J'ai dit: Là,

tu m'aides? Elle dit: "Oui, oui.

Là. Je peux t'aider." Et là, on

est devenu la première compagnie

au Canada à faire des vêtements

cyclistes. Presque la première

en Amérique. J'en connais pas

d'autre qui a... Alors, on était

pas mal innovateurs parce qu'il

y avait personne qui faisait

des panta... Tous les produits

cyclistes venaient de l'Europe,

de l'Italie, de la France.

Et on a commencé à fabriquer

ça. Simplement.


LINDA GODIN

Est-ce que vous ameniez

quelque chose de différent alors

sur le marché ou pas du tout?

C'est juste que c'était

fabriqué ici?


LOUIS GARNEAU

Déjà, d'être la

première compagnie...

C'est quand même bien. Et

souvent, je vais dire "premier".

Première compagnie

à la faire au Canada officiellement.

On était les premiers à offrir

les cuissards dans 14 couleurs,

pendant que le marché mondial

faisait une couleur. Alors ça,

ça devait être toute l'influence

artistique que j'avais. C'était

normal de colorer tout ça.

On a été les premiers après ça

à faire les vêtements imprimés,

à faire des images, un peu comme

des tableaux. On imprimait.

Au lieu de faire un maillot

avec... bleu, avec une bande

jaune cousue, on pouvait

l'imprimer. On pouvait imprimer

ce que vous vouliez.

Donc, on était encore là

les premiers à faire ça. On

s'est démarqué. On n'était pas

des copieurs, on était des gens

innovateurs. Et ça, j'ai compris

ça rapidement, que l'innovation

était pour moi, une valeur de

succès. Et plus t'innovais, plus

ça rapportait de l'argent, parce

que tu vendais, ça rapportait

des sous, tu te démarquais.

Alors ça, ça a été là dès

le départ. Et c'est comme ça

qu'on est partis. Les premiers

clients, ça a été les coureurs

de l'équipe canadienne.

J'arrivais avec les cuissards

et je vendais ça à mes amis sur

l'équipe canadienne. Et là,

j'avais des bons commentaires et

on faisait des Coupes du monde

avec ça. Moi, j'appelais

des fois ma blonde, presque

j'envoyais des télex pour dire:

"Hé, il faut rallonger le

pantalon de 2 centimètres,

il faut que tu me le fasses plus

serré à la taille, etc." Et

c'est comme ça que 1983,

jusqu'aux Jeux olympiques, on a

expérimenté les affaires. Et

en 1984, je me rappelle, Monique

est arrivée avec quatre maillots

pour l'équipe canadienne et avec

quatre cuissards. Alors la

veille, on a donné ça aux

participants. J'étais très fier

moi aussi de l'avoir. Elle avait

fait un maillot technique

qui était... Le devant était

en mèche qui respirait,

le dos était opaque

pour protéger des rayons du

soleil. Donc on commençait

à être techniques comme ça. Mais

moi, je peux vous dire, j'ai

tellement souffert avec l'équipe

canadienne. On n'avait pas de

vêtements. On avait un maillot

de laine au départ, un cuissard

de laine, j'ai connu ça, moi.

J'ai fait une course dans le

Tour des Vosges à un moment

donné avec un sac vert. Il

pleuvait, on n'avait pas

d'imperméables. On est

allés à la quincaillerie.

On s'est mis un sac vert, on a

fait des trous, on a mis notre

maillot de l'équipe canadienne

et on s'est acheté des gants

pour faire la vaisselle à 1$

et là, on mettait des rubans ici

pour pas que l'eau rentre et on

a fait notre course avec ça. Et

moi dans ma tête, un jour, j'ai

dit: C'est pas vrai, on va être

capable de faire des meilleurs

vêtements. Et là, tout ça

était en train de se préparer.

Frustration, problèmes, mauvais

vêtements: je vais en faire, je

vais réaliser avec ma blonde des

meilleures choses. Fait que ça

s'est fait un peu comme ça,

en réaction à des problèmes ou

à des frustrations. Et même aux

Jeux olympiques, j'ai tellement

eu chaud aux pieds, et j'avais

pas de gants, parce que les

gants étaient trop chauds.

Alors, j'ai inventé des gants

ventilés, avec une ventilation

au centre de la main qu'on

a fait breveter. J'avais inventé

des souliers qui respiraient par

le dessous, par des ouvertures.

Mais il faut avoir souffert--


LINDA GODIN

Et connaître ça.


LOUIS GARNEAU

Il faut avoir souffert,

madame, et connaître

pour faire des choses comme ça.

On ne peut pas créer de grands

produits si on n'a pas été

un cycliste, si on n'a pas

souffert, si on sait pas c'est

quoi le besoin. Et on peut pas

les faire beaux si on n'a

pas fait un cours en

arts plastiques.


LINDA GODIN

Le slogan de votre entreprise,

c'est: "Innover ou mourir".


LOUIS GARNEAU

Innover ou mourir.


LINDA GODIN

Est-ce que ça, ça vient

d'une expérience?


LOUIS GARNEAU

Oui, ça vient d'une

expérience, parce que

l'innovation a toujours sauvé

l'entreprise à un moment donné

et je me rendais compte que si

c'était pas un produit nouveau,

si c'était pas un nouveau

marché, les concurrents

pouvaient te battre sur le prix.


LINDA GODIN

Aujourd'hui, vous exportez

dans 50 pays?


LOUIS GARNEAU

On est dans plus de 50 pays.


LINDA GODIN

Vous faites fabriquer vos

vêtements et vélos, tout ça,

accessoires, en Chine

et au Mexique.


LOUIS GARNEAU

On fabrique encore beaucoup,

50% de nos vêtements sont

faits en Amérique.


LINDA GODIN

D'accord.


LOUIS GARNEAU

L'Amérique, c'est le Canada,

les États-Unis et le Mexique.

On travaille avec la Chine, on

travaille avec plus de 75 usines

en Chine. On a un groupe de

500 employés. On en a 225

à Saint-Augustin. On a même

neuf employés en Chine

qui travaillent sur

l'approvisionnement, la qualité.

Alors, on est dans une aventure

qui est internationale. Ce que

je faisais quand j'étais coureur

cycliste, je courais à travers

le monde sur la planète.

Les compétiteurs, aux Jeux

olympiques, tous les pays

étaient là. Il y avait plus

de 50 pays. Je répète la même

affaire avec ce que j'ai appris,

avec les mêmes principes, mais

au lieu d'être en cuissards, je

suis en chemise et je travaille

à mon bureau. Alors, mon

bicycle, c'est mon bureau avec

mon équipe. Et ce qui est le fun

d'être en business, c'est qu'il

y a une équipe avec toi alors

que souvent, en vélo, t'es tout

seul sur ton vélo. Il y a des

coéquipiers. Des fois ils sont

là, des fois, ils sont pas là.

D'être en business aujourd'hui

avec une organisation, une

équipe, c'est plus facile. Sauf

que le problème, il y a pas de

ligne d'arrivée. Et moi, je veux

me sortir de là. Alors, j'aime

les affaires, j'ai appris

plusieurs choses. J'ai beaucoup

de plaisir, j'ai eu beaucoup de

plaisir dans le sport, mais

c'est pas assez les affaires.

Je veux faire d'autres choses

encore un jour. Moi, je voudrais

vivre 100 ans, 200 ans, mais je

pense pas que je vais être

capable. Mais j'adore tout ce

qu'on peut découvrir dans la vie

et tout ce que ça peut nous

amener, tout ce que ça peut nous

faire découvrir à chaque jour.


LOUIS GARNEAU sur une photo dans son atelier.


LOUIS GARNEAU (Narrateur)

Je peins mon environnement.

Je peins le monde du vélo.

Je peins ma blonde.

Je me peins aux Jeux olympiques,

alors je me vois dans une image

renversée, négative, dédoublée.

Je retourne dans le temps.

Je rajoute de la couleur. Je

rajoute de l'énergie. Je répète

le geste. J'aime le geste

qui se fatigue.

J'arrive avec une idée, mais je

sais jamais comment ça va finir,

un peu comme une course de vélo.

On s'inscrit à la course, mais

on sait pas comment la fin

va se produire.

J'ai une démarche artistique

comme les vrais artistes et ça

m'a quand même pris beaucoup de

temps pour comprendre comment y

arriver. Alors, premièrement,

j'ai besoin de l'usine. Alors,

c'est très relié mon travail,

avec l'usine. J'imprime à

l'usine dans des grandes presses

des images qui sont digitales.

J'utilise souvent mon iPhone.

Je fais des images à travers

la planète que je recompose

avec des graphismes.

Présentement, je fais des images

qui sont négatives, alors qui

permettent de voir peut-être

l'intérieur. Ça suggère

l'intérieur de l'âme de la

personne. Aussi en même temps,

ça rend l'image un peu plus

abstraite que d'avoir

l'image réelle.

Je travaille en série en plus.

Il y en a plusieurs. Je

travaille de façon automatique.

Je travaille en douzaines,

un peu comme à l'usine on

travaillait à la douzaine.

Je travaille sur des grands

formats où je m'implique

physiquement aussi. Pour moi,

c'est important la gestuelle,

la fatigue aussi, la répétition

dans le geste. Donc je travaille

avec de la peinture sur des

images digitales qui sont

totalement modernes avec aussi

une vieille technique de

rajouter de la couleur. Et

chaque tableau est numéroté

et chaque tableau est une série.


De retour dans l'espace-galerie LINDA GODIN poursuit son entretien avec LOUIS GARNEAU.


LINDA GODIN

M. Garneau, je crois qu'une

des choses qu'on connaît peu

de vous, c'est que vous êtes

un artiste. C'est venu

quand ça dans votre vie?


LOUIS GARNEAU

Ça fait longtemps que c'est là

et je suis pas capable de m'en

séparer. C'est ce que

j'aimais le plus à l'école.

C'est... Mes parents

m'encourageaient pas beaucoup

parce que pour eux autres,

c'était un loisir. Mais moi,

j'étais... Ma période scolaire

la plus heureuse, ça a été

mon bac en arts plastiques à

l'Université Laval. Enfin, j'ai

fait ce que j'aimais. Je voulais

pas faire un prof d'éducation

physique, j'en avais trop fait.

J'avais dit à ma mère à un

moment donné: Je vais faire un

avocat, droit criminel. C'était

comme une police plus, faire

plaisir à mon père. Tu sais, on

fait toujours des choses un peu

comme ça. Mais ce que j'étais

en dedans de moi-même, je le

réalise aujourd'hui à 57 ans, je

suis un artiste, je suis resté

l'artiste, qui a été modifié,

transformé par le cyclisme,

par la compétition, par...


LINDA GODIN

Par votre vie

d'homme d'affaires.


LOUIS GARNEAU

D'homme d'affaires aussi. Et

ce que je voudrais faire dans

ma troisième période, ça serait

devenir un artiste à temps

plein. Alors là, vous êtes dans

mon univers, dans ma galerie

d'art, et dans mon atelier, dans

mon musée du vélo, à côté d'une

boutique de vélos. Alors, j'ai

dit à ma blonde: Si je le fais

pas là, on va m'enterrer et je

vais dire: Je l'ai pas fait.

Et là, je sens que les enfants

vont prendre la relève. Ça va

marcher. William est plus le

gars d'opérations, Édouard est

plus le gars des ventes et

Victoria est la fille de design.

J'en ai trois et ils veulent...

Je suis quand même chanceux, là.

J'aurais pu avoir un artiste

perdu qui dise: "Moi, ça

m'intéresse pas."


LINDA GODIN

Vous dites que la peinture

sera votre troisième carrière

un peu. Est-ce que ça aurait dû

être votre première

carrière d'après vous?


LOUIS GARNEAU

J'ai essayé, ça a pas marché.

(Riant)

J'aurais voulu que ce soit ma

première, mais ma mère a eu

raison quand elle a dit: "Tu

gagneras pas ta vie avec ça." Et

c'est drôle: je gagnerai jamais

ma vie avec ça. Sauf que je vais

faire des tableaux. Aujourd'hui,

quand même, j'ai une maturité,

j'ai une indépendance

aussi personnelle.


LINDA GODIN

Financière.


LOUIS GARNEAU

Financière, j'avoue, avec le

temps. Et aujourd'hui, je peux

me mettre à peindre sans avoir

le souci de dire: Il faut

absolument que je vende.

Qu'est-ce que je peux faire?

Qu'est-ce que je peux apporter

à l'art? Alors, je vais essayer

d'innover et je suis dans une

démarche artistique d'innovation

aujourd'hui à faire des tableaux

qui sont différents de beaucoup

de mes compétiteurs artistes.


LINDA GODIN

Vous avez jamais, au courant

de toutes ces années-là, arrêté?


LOUIS GARNEAU

J'ai jamais arrêté. J'étais

pas capable de me séparer. Mon

cerveau, il est divisé en deux.

Il y a Louis, le flyé artiste

et il y a Louis, l'homme

d'affaires. Louis il faut gagner;

faut performer; faut ci, faut

vendre; faut faire travailler

tout le monde. Et je suis

carrément divisé en deux moi,

là, carrément. Et aujourd'hui,

je vais pouvoir, d'après moi,

dans les prochaines années, dans

ma troisième période de vie,

j'appelle ça la troisième période,

de faire des tableaux et de

le faire avec plaisir aussi.


LINDA GODIN

Pour vous, tout est lié.


LOUIS GARNEAU

Oui, oui.


LINDA GODIN

Il y a un lien entre tout.

Est-ce que c'est parce que

vous l'avez planifié, visualisé?


LOUIS GARNEAU

Non. Je me sens guidé, je me sens

programmé et il y a une chose

qui me dit: je m'exploite, je

vais m'exploiter jusqu'à ma

mort. Des fois, je me dis: j'ai

fait la première partie de

la business, c'est peut-être pas

moi qui vais l'amener à 300 ou à

500 millions. Ça va peut-être

être la deuxième ou la troisième

génération. Et je souhaite que

ces enfants-là soient meilleurs

que moi et je souhaite qu'ils

soient capables de l'amener

et ça, c'est mon rêve ultime. Je

peux pas faire d'autres images

que ma vie. C'est ma blonde qui

est sur un tableau, c'est

les enfants du Rwanda que je

commandite comme cycliste,

c'est moi aux Jeux olympiques

en train de faire un tableau en

images négatives pour essayer

de voir mon âme en même temps.

Alors, je suis dans une démarche

artistique qui fait du sens.

J'ai besoin d'avoir vécu avant

tout ce que j'ai vécu pour être

capable de transmettre ces

nouvelles images-là. J'ai

commencé à vendre, ça marche.

Et d'après moi, je vais avoir du

fun. Ça me prend de la santé, ça

va me prendre une grosse santé.

Faut que je vive jusqu'à 100 ans

pour finir mes projets. Après

ça, vous fermerez tout ça, on

s'en va, on va aller faire dodo,

on va arrêter. C'est là

que je vais me reposer.


LINDA GODIN

Louis Garneau, merci beaucoup.


LOUIS GARNEAU

Merci.


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