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Carte de visite

Gisèle Quenneville, Linda Godin et Daniel Lessard rencontrent des personnalités francophones et francophiles. Découvrez ces politiciens, ces artistes, ces entrepreneurs ou ces scientifiques dont l'histoire, extraordinaire, mérite d'être racontée.

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Céline Hervieux-Payette : sénateur à la retraite

Présidente de commission scolaire, députée, sénateur et brièvement ministre dans le dernier gouvernement de Pierre-Eliott Trudeau, Céline Hervieux-Payette a toujours défendu ses convictions avec passion et ne s’est jamais laissé intimider par ce monde d’hommes qu’est la politique. Céline Hervieux-Payette, qui aime être appelée « sénateur » plutôt que « sénatrice », a défendu plusieurs causes, allant de l’élimination des punitions corporelles faites aux enfants à la défense de la chasse aux phoques. Sans oublier son engagement dans la longue lutte des femmes pour obtenir l’égalité…



Réalisateur: Charles Pepin
Année de production: 2015

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VIDÉO TRANSCRIPTION

Titre :
Carte de visite


DANIEL LESSARD fait une brève présentation biographique de son invitée, CÉLINE HERVIEUX-PAYETTE, sénateur, pendant qu'on visite le parlement d'Ottawa.


DANIEL LESSARD (Narrateur)

Céline Hervieux-Payette ne s'est

jamais laissée intimider

par ce monde d'hommes

qu'est le monde politique.

Présidente de commission

scolaire, députée, sénatrice,

elle a été brièvement ministre

dans le dernier gouvernement

de Pierre Elliott Trudeau.

Elle a défendu plusieurs causes,

allant de la violence

dans l'éducation des enfants

jusqu'à la chasse aux phoques.

Sans oublier son implication

dans la longue lutte des femmes

pour obtenir l'égalité.


CÉLINE HERVIEUX-PAYETTE est assise derrière un bureau, dans une salle du parlement.


CÉLINE HERVIEUX-PAYETTE (Narratrice)

Je suis ici pour m'occuper

de l'intendance d'un pays, d'un

modèle de société, et je suis

venue ici par conviction.


DANIEL LESSARD s'entretient avec madame CÉLINE HERVIEUX-PAYETTE, chez elle.


DANIEL LESSARD

Mme Hervieux-Payette, bonjour.


CÉLINE HERVIEUX-PAYETTE

Bonjour M. Lessard.


DANIEL LESSARD

Merci de nous

accueillir chez vous.


CÉLINE HERVIEUX-PAYETTE

Ça me fait plaisir.


DANIEL LESSARD

C'est un bureau absolument

magnifique.


CÉLINE HERVIEUX-PAYETTE

Bien, ça inspire au travail,

je suppose.


DANIEL LESSARD

La politique, ça vous est

arrivé par hasard, ou si

vous êtes née dans une

famille très politisée?


CÉLINE HERVIEUX-PAYETTE

Je suis venue au monde au

Québec sous l'ère Duplessis, où

j'avais des parents qui étaient

pas des duplessistes, donc on a

parlé de politique dès ma tendre

enfance. J'ai jamais compris

pourquoi mes parents m'avaient

montré le nom des premiers

ministres du Canada depuis

le début de la Confédération,

quand j'avais 5-6 ans.


DANIEL LESSARD

5-6 ans?


CÉLINE HERVIEUX-PAYETTE

Oui, 5-6 ans et que j'allais

aussi aux débats oratoires,

parce qu'étant dans un comté rural,

c'était sur le perron des églises

et puis c'était tout un événement,

alors mes parents allaient

et moi j'allais. Donc,

c'était quelque chose

qui faisait partie de notre vie

et plus intense lors des

campagnes électorales.


DANIEL LESSARD

Ils étaient militants,

ils s'en mêlaient?


CÉLINE HERVIEUX-PAYETTE

Oui. Oui, oui. Ils travaillaient.

D'ailleurs, l'année que Duplessis

a quitté la politique, où on l'a mis

dehors, ils ont fait la veillée

toute la nuit pour s'assurer que

les boîtes du scrutin étaient

volées ou échangées.


DANIEL LESSARD

Ça arrivait, ça?


CÉLINE HERVIEUX-PAYETTE

Ça arrivait.


DANIEL LESSARD

À l'époque. Mais ils n’ont

jamais été candidats, ils n’ont

jamais tenté de se faire

élire à des postes...


CÉLINE HERVIEUX-PAYETTE

On était dans une place où

finalement, il faut faire de la

politique. On avait

George-Émile Lapalme,

qui était à Joliette.

J'ai été à L'Assomption. Notre

voisin, Christian Roy, qui s'est

déjà présenté pour le Parti

libéral, protonotaire,

évidemment, a été

organisateur pour M. Lapalme.


DANIEL LESSARD

Hum-hum.


CÉLINE HERVIEUX-PAYETTE

Moi, j'étais une admiratrice

de George-Émile Lapalme

comme étant un homme de tête.


DANIEL LESSARD

Il a été très longtemps chef

de l'opposition de Duplessis à

Québec à l'Assemblée nationale,

pour ceux qui sont plus

jeunes que nous deux.


CÉLINE HERVIEUX-PAYETTE

C'est ça. Mais il y a question

qu'il s'est beaucoup mêlé

de la question culturelle.


DANIEL LESSARD

Oui.


CÉLINE HERVIEUX-PAYETTE

Ça n’a pas été inventé par le PQ.

Je peux dire que George-Émile Lapalme

a écrit trois tomes sur ce sujet que

j'ai et que j'ai conservés

précieusement. Et je dois dire

que dans ma région, il faut dire

que dans le collègue classique

aussi, nous permettait de voir

de belles pièces de théâtre.

Albert Millaire était un des

jeunes hommes que nous admirions

beaucoup, nous, les étudiantes.


DANIEL LESSARD

Le Albert Millaire des

Belles Histoires des pays

d'en haut, entre autres.


CÉLINE HERVIEUX-PAYETTE

Oui, oui. Résultat, c'est

que la vie culturelle dans

le coin était bien alimentée.


DANIEL LESSARD

Donc, les filles, à cette

époque-là, vous avez fait

des études complètes, enfin,

vous êtes le plus loin que

vous pouviez aller dans

le système de l'époque?


CÉLINE HERVIEUX-PAYETTE

Oui, parce qu'il n’y avait pas

de bourses d'études, il n’y avait

pas de prêts et bourses comme

aujourd'hui, premièrement.

Deuxièmement, celles qui

allaient finir leur cours

classique devaient aller à Montréal,

donc L'Assomption-Montréal,

c'était loin lorsque j'étais jeune et

mon père faisait à peu près 100$

par semaine. Ça coûtait 200$

par mois, ça fait que...

C'était vraiment pas volontaire.


DANIEL LESSARD

Un peu compliqué.


CÉLINE HERVIEUX-PAYETTE

C'est ça.


DANIEL LESSARD

Donc, vous êtes allée

jusqu'où? Douzième,

treizième, douzième année?


CÉLINE HERVIEUX-PAYETTE

J'ai fait les quatre premières

années du cours classique,

après, j'ai fait mon cours

de secrétariat et j'ai

travaillé pour un avocat,

qui s'appelle Gabriel Lapointe,

qui est quand même très célèbre

et qui était associé à Émile Cola.

Donc, j'ai pris le goût

du droit dans leur bureau.

Je me suis dit, un bon jour :

je suis capable de faire

aussi bien qu'eux.


DANIEL LESSARD

Selon les normes d'aujourd'hui,

j'essaie de peser mes mots,

vous vous êtes mariée

très jeune et vous avez eu

vos enfants, très jeune. On voit

pas ça beaucoup aujourd'hui.


CÉLINE HERVIEUX-PAYETTE

Oui et... sauf que mon adjoint

ici a 24 ans et est déjà père d'un fils.

Mais alors il y a des exceptions

de nos jours. Mais moi,

ça faisait partie...

Évidemment, j'ai fréquenté

mon futur pendant cinq ans,

donc, à 20 ans, ça faisait cinq

ans qu'on se fréquentait.

Et dans le bon vieux temps,

évidemment, on faisait des vies

très prudes, alors, résultat,

si on voulait consommer l'amour,

il fallait se marier.


DANIEL LESSARD

Hum-hum.


CÉLINE HERVIEUX-PAYETTE

Et mes parents ont été obligés

de donner leur assentiment,

parce que la majorité

était encore à 21 ans.


DANIEL LESSARD

Ah oui, c'est vrai.


CÉLINE HERVIEUX-PAYETTE

Par contre, moi, je voulais

avoir plusieurs enfants, j'étais

fille unique et moi, je trouvais

que de pas avoir eu

de frère et soeur, j'étais privée,

parce que ma meilleure amie,

elle avait dix frères et soeurs.

Je trouvais donc

qu'elle était chanceuse!


DANIEL LESSARD

Vous avez eu trois enfants

avant l'âge de 24 ans.


CÉLINE HERVIEUX-PAYETTE

24 ans, oui.


DANIEL LESSARD

Oh la la!


CÉLINE HERVIEUX-PAYETTE

Alors, 14 mois et 20 mois.

Fait que ça a été quand

même assez...


DANIEL LESSARD

Ça a été dur?


CÉLINE HERVIEUX-PAYETTE

Non, pas du tout.

Parce que quand t'es un athlète,

la maternité pour moi, ça...

Je faisais de la natation et

je faisais du tennis jusqu'à

7,5 mois et ça changeait pas

mon rythme de vie.


DANIEL LESSARD

Mais à cet âge-là, on a

toujours un qui dort pas, on

passe les nuits blanches... Non?


CÉLINE HERVIEUX-PAYETTE

Non, en fait, j'ai eu

des enfants qui m'ont pas donné

beaucoup d'ennuis. Peut-être que

le fait que j'étais jeune aussi.

Au point que quand mes

enfants commençaient l'école,

ils amenaient leurs copains à

la maison pour montrer leur mère

qui était jeune. Parce que moi,

je portais des tresses à ce

moment-là et puis c'était le

temps où on mettait des

hot-pants, alors on avait... Et

pour eux autres, avoir une maman

qui était jeune, c'était

vraiment un exploit,alors voilà.


DANIEL LESSARD

On dit, les méchantes langues

surtout, parce que le droit,

ça mène à la politique,

c'est un excellent tremplin?

Vous aviez ça derrière la tête?


CÉLINE HERVIEUX-PAYETTE

C'est drôle, hein, j'ai pas eu

d'inclination pour la politique

locale. Pas du tout au niveau

municipal. Éventuellement,

au niveau scolaire, parce que

mes enfants allaient à l'école,

donc, je suis devenue présidente

de la commission scolaire à 33 ans.

Et après avoir fini mon cours

de droit, j'avais le choix entre aller

dans un bureau d'avocats

dans le domaine des affaires

et entre-temps, on m'a offert

d'être secrétaire législatif

de Claude Forget, qui était

ministre des Affaires sociales

au Québec et de prendre en

charge la législation. Alors,

j'ai été faire le premier projet

de loi qui était sur la question

de la protection de la jeunesse.

Et de là, j'ai fait le fameux

projet de loi sur la fluoration

des eaux de consommation.

C'était vraiment une saga, parce

que ni les députés libéraux...

Il y a personne qui voulait

avoir de fluoration, on pensait

qu'on était tous pour en mourir.


DANIEL LESSARD

Hum-hum.


CÉLINE HERVIEUX-PAYETTE

Mais j'ai dit que si on veut

avoir une bonne politique

dentaire, il faut avoir aussi

une consommation d'eau fluorée.

Donc, j'ai eu de beaux mandats.

J'ai adoré cette période-là.

J'ai fini mon mandat à Québec

comme sous-ministre adjoint à

la main-d'oeuvre pour aller

faire la Loi sur la santé

et la sécurité au travail.

Avant, c'était la Commission

des accidents de travail,

ça a changé totalement.


DANIEL LESSARD

Oui.


CÉLINE HERVIEUX-PAYETTE

Et cette fois-là, je me suis

inspirée, de façon bizarre,

de la législation américaine,

qui était plus en avance que

la nôtre. Alors, j'ai toujours

été parmi les personnes qui

travaillaient sur des nouvelles

lois. Et ça a peut-être

influencé, effectivement,

ma venue en politique, ultérieurement.


Dans un salon du Parlement d'Ottawa, DANIEL LESSARD et CÉLINE HERVIEUX-PAYETTE discutent.


DANIEL LESSARD

Mme Hervieux-Payette, quel

conseil donnez-vous aux jeunes

femmes aujourd'hui? Pas

seulement en politique,

dans l'ensemble.


CÉLINE HERVIEUX-PAYETTE

En fait dans tout, dans toute

leur carrière, ne pas avoir peur

de l'échec. Je pense que c'est

la chose la plus importante. Les

femmes veulent être parfaites,

donc, elles s'empêchent de faire

un tas de choses. Moi, je pense

qu'on grandit avec les échecs

et j'ai perdu quelques élections

et je m'en suis bien remise

et ce qui est important, c'est

poursuivre le rêve. Et d'aller

chercher ce qu'il faut et

peut-être d'avoir quelqu'un pour

nous accompagner. Parce que je

pense que souvent, quand on a un

genre de miroir en face de nous,

on a plus de facilité à faire

des choix. Donc, j'accompagne

plusieurs dames qui sont

des succès en soi, mais qui,

à toutes fins pratiques, aiment

bien discuter de leurs projets

d'avenir. J'ai fait un discours

la semaine dernière à l'occasion

du 8 mars et j'ai dit:

"Le problème, c'est que 80%

des femmes se mettent beaucoup

de pression pour obtenir un

poste et 60% les hommes. Alors,

pourquoi ce 20% de différence?

Moi, je me dis: Si on veut

l'égalité, on va aller à 60%

pour nous et pas avoir

des exigences qui sont

des fois démesurées."


On retourne au bureau de Madame HERVIEUX-PAYETTE, pour poursuivre l'entretien.



DANIEL LESSARD

Mme Hervieux-Payette, revenons

un instant sur les commissions

scolaires, vous avez été,

vous l'avez dit, très jeune, 33

ans, présidente de la Commission

scolaire Le Gardeur. Il y a

un débat aujourd'hui sur

les commissions scolaires.

Est-ce qu'on doit les abolir?

Est-ce que c'est encore utile?


CÉLINE HERVIEUX-PAYETTE

Écoutez, je m'implique pas au

niveau provincial très souvent.

Je suis allée à Québec appuyer

la Fédération, je pense qu'ils

ont raison de dire que les gens

qui s'occupent de se présenter

au niveau scolaire ont un intérêt,

et que je crois pas, moi,

que les comités de parents ont

un intérêt à gérer l'enlèvement

de la neige en hiver et de faire

l'entretien et tout ça. Et pour

la collecte des taxes, pour

la question des élections, ils

peuvent faire ça en même temps

que la municipalité.

Il y a duplication, au niveau local,

mais ce n'est pas la faute

des commissions scolaires. C'est

tout simplement parce que le

gouvernement a pas mis les deux

gestions ensemble. Mais sur

le plan du fond de la question,

si on veut donner un caractère

à notre commission scolaire,

et aussi compléter la régionalisation.

C'est là qu'est le problème. Pour moi,

c'est fondamental.


DANIEL LESSARD

Bon, revenons en politique.

Vous êtes à Québec, vous

travaillez pour des ministres

comme Claude Forget et là,

je prends un raccourci, vous

quittez le PLQ pour passer au

PLC, au Parti libéral du Canada.

C'est vrai qu'il y a eu des

accrochages à ce moment-là?


CÉLINE HERVIEUX-PAYETTE

C'est qu'ayant été responsable

du programme électoral sous

Bourassa et ayant, évidemment,

eu une victoire avec 102

députés, je me sentais un peu

investie du programme et de

m'assurer que tout le monde

suivait ce qui était dans

le programme. Alors, certains

ministres ont critiqué que je me

mêlais pas de mes affaires sur

le plan des politiques. Alors,

j'ai dit: "Si je peux plus

mettre mon nez dans les

politiques provinciales, je vais

aller mettre mon nez dans les

politiques fédérales." Et c'est

comme ça qu'un de mes amis m'a

invité à participer, et je suis

passée de présidente de la

commission politique au niveau

du Québec à présidente nationale

et être celle qui a fait le

premier le Livre rouge avec

"Aviva" Hosek et utiliser des

méthodes similaires de ce que

j'avais utilisé lorsque

j'avais fait celui de Québec.


DANIEL LESSARD

1979, vous êtes candidate

dans Mercier, élue dans Mercier,

c'était l'accomplissement,

ça, c'était le rêve...


CÉLINE HERVIEUX-PAYETTE

Disons que c'est plutôt...

Mercier, on partageait

le journal local, qui

s'appelle Le Flambeau,

entre Pointe-aux-Trembles

et Repentigny. C'était le même

journal et aussi la même équipe.

Alors, résultat, c'est que

je savais que tout ce que

je faisais à Repentigny

se reflétait du côté de

Pointe-aux-Trembles et puis

j'avais perdu ma convention

dans Terrebonne, de façon un peu

innocente, je dois dire.

C'est que j'avais pas pris de

précaution de vendre des cartes

de membres parce que le député,

qui était M. Comtois, avait

démissionné et il a décidé,

dix jours avant la convention,

de se représenter.


DANIEL LESSARD

Ah la la!


CÉLINE HERVIEUX-PAYETTE

Donc évidemment, le membership

était le sien, il n'était pas le mien.

Et comme j'avais une très bonne

relation avec M. Lalonde, qui était le

parrain pour le Québec, alors,

M. Lalonde a fait en sorte

que lui, il voulait avoir

des femmes, il a été le premier

ministre à créer le Conseil

du Statut de la femme et tout,

alors c'était un avant-gardiste.

Et puis, en fait, j'ai eu

une super belle victoire.


DANIEL LESSARD

On vous a offert Mercier.


CÉLINE HERVIEUX-PAYETTE

C'est ça.


DANIEL LESSARD

Donc, vous vous retrouvez

au Parlement, mais dans

l'opposition, c'est là où

Joe Clark a gagné, en 1979.


CÉLINE HERVIEUX-PAYETTE

C'est ça, alors, et puis

on a eu la fameuse séquence que

Trudeau a démissionné et moi,

je pleurais comme une madeleine,

parce que, je suis venue en

politique parce que je voulais

travailler avec Trudeau

et voilà qu'il m'abandonne!


DANIEL LESSARD

Et finalement, avec des gens

comme Allan MacEachen, moi

et d'autres, moi j'étais dans le

caucus, mais j'étais aussi dans

le parti. Alors, j'assistais aux

deux réunions, et évidemment,

on a réussi à convaincre Trudeau

de revenir. Il avait

posé ses conditions.


CÉLINE HERVIEUX-PAYETTE

Pour un référendum

le 80, en particulier.


DANIEL LESSARD

C'est ça. Alors résultat,

Trudeau revenant, inutile

de vous dire que là, j'étais

beaucoup plus heureuse,

et puis le règne de M. Clark

a pas été très long.


CÉLINE HERVIEUX-PAYETTE

Travailler avec Pierre Elliott Trudeau,

c'était comment?

Il vous a nommée ministre vers

la fin de son dernier mandat,

si je me souviens bien.


DANIEL LESSARD

En fait, il m'a nommée

ministre dans les deux dernières

années. J'ai été nommé ministre

d'État aux sports et avec le dossier

des Olympiques à Calgary.

J'ai créé le ministère d'État

à la jeunesse, parce que c'était

l'année internationale de la

jeunesse. Évidemment, je faisais

pas partie beaucoup des gens

âgés dans ce temps-là. Mais moi,

j'avais une très bonne relation

et ma chose la plus amusante

à propos de Trudeau, c'est qu'à

un moment donné, je lui pose

une question qui était très

délicate. Et il me demande de

le voir, alors je vais le voir

après la période de questions.

"Céline, pourquoi vous m'avez

posé cette question? Vous m'en

avez pas parlé." J'ai dit:

M. le premier ministre,

c'est parce que vous m'auriez

dit de pas la poser.

"Très bonne réponse!" Alors, je

dis ça parce que je pense qu'il

appréciait qu'on ne joue pas

à la politique et qu'on soit

transparents.


CÉLINE HERVIEUX-PAYETTE

Battue en 1984, ça a été dur?


DANIEL LESSARD

En fait, c'était...

C'est un balayage, on va

pas se conter de peurs.

Je dois dire que le budget

de MacEachen ne nous avait pas

aidés non plus et on avait fait

plusieurs années de suite, il

faut dire qu'il y avait l'usure

du pouvoir. Pendant la campagne

électorale, on faisait nos devoirs

et on faisait le porte-à-porte

et on a fait toutes les assemblées,

etc. Mais il y avait pas un gros vent

qui poussait dans le dos pour gagner

une autre fois. Alors, j'ai

qualifié cette période-là de ma

privatisation. Alors, j'ai été

privatisée en 1984. Et j'ai...

Évidemment, je me suis cherché

un emploi. Et ce qui est

amusant, c'est que l'endroit où

j'ai fait application, j'avais

cinq de mes collègues beaucoup

plus expérimentés que moi qui

ont fait application et j'ai

obtenu le poste. Alors, disons

que je suis tombée sur quelqu'un

qui était pas antiféministe,

qui était pas... Surtout le

vice-président des affaires de

finances, de SNC. Et c'était SNC

avant le mariage avec Lavalin.

Il y avait une raison pour

laquelle j'avais gagné aussi,

c'est que j'avais fait mon

cours de courtier en valeurs

mobilières et je m'étais

spécialisée en finances et que,

évidemment, cet aspect-là était

plus requis pour le poste qu'il

y avait chez SNC. Donc, les

autres qui avaient peut-être une

grande expérience en santé ou

autre, c'était moins pertinent

pour être à ce poste-là.


La discussion se poursuit dans un salon du parlement d'Ottawa.


DANIEL LESSARD

Mme Hervieux-Payette,

vous avez un personnage

historique préféré?


Des portraits et photos des personnes évoquées dans la conversation défilent pour illustrer le propos.


CÉLINE HERVIEUX-PAYETTE (Narratrice)

Je peux peut-être vous dire

deux: d'abord, chez les femmes,

c'est Germaine de Staël, qui a

tenu tête à Napoléon alors

qu'il était empereur. Il a même

fait un interdit d'aller dans la

capitale à Paris, 75 kilomètres,

tellement il en avait peur.

Et mon deuxième, c'est

Churchill, qui est mon grand

héros aussi, parce que je pense

que Churchill, quand il disait:

"Penser... Le seul à avoir

le pas." C'est lui qui a sauvé

l'Europe, et je pense qu'en

politique, il faut suivre

sa conscience et il faut pas

suivre l'opinion publique et

s'assurer que ce qu'on fait,

c'est dans l'intérêt général.


DANIEL LESSARD

Mme de Staël était,

on peut dire ça, comme

vous, une terreur.


CÉLINE HERVIEUX-PAYETTE

Je dois dire qu'elle avait

toutes sortes de qualités

et probablement l'équivalent

en défauts. Elle était une

championne du côté des arts,

elle montait des pièces de

théâtre dans son château, elle

faisait vivre son mari qui était

relié à la royauté de Suède,

elle avait plusieurs

petits copains aussi.


DANIEL LESSARD

Vie sentimentale très remplie.


CÉLINE HERVIEUX-PAYETTE

Une vie sentimentale un peu

époustouflante, mais d'un autre

côté, si on regarde tout

ce qu'elle a laissé et tout

l'héritage et surtout sa

réflexion politique, c'est

vraiment extraordinaire. Quant à

M. Churchill, écoutez, d'être un

grand peintre, être un fabuleux

écrivain, être une icône du côté

des politiciens en Europe,

je pense que ça fait deux bons

modèles pour avancer

dans notre carrière.


L'entrevue se poursuit chez madame HERVIEUX-PAYETTE.


DANIEL LESSARD

Mme Hervieux-Payette, pourquoi

on a souvent dit de vous

que vous êtes une terreur?


CÉLINE HERVIEUX-PAYETTE

En fait, j'ai même déjà dit

à une journaliste, je pense

que je peux la mentionner,

Michèle Viroly, j'ai dit:

"Surtout dis-leur pas que c'est

pas vrai". Pour la raison très

simple, j'ai dit que c'était

beaucoup plus facile d'aller

à une entrevue quand les gens

sont sur leurs gardes, plutôt

que moi, de me faire attaquer au

début. Dans le fond, c'est mon

plus gros mauvais coup, c'est

que dans La Presse, M. Lavoie

s'était moqué de moi parce que

j'avais parlé qu'à Ottawa, on

avait des belles fleurs, et etc.

Et puis, il y avait fait un

article, supposément que c'était

sérieux. J'ai dit: "Il était pas

sérieux." Ça fait que j'ai dit:

"Comme tu sais pas apporter

les nouvelles et c'est pas

une nouvelle", j'ai dit:

"Je te parle plus".

Alors, c'est simple, j'ai

été un an sans lui parler.


DANIEL LESSARD

À Gilbert Lavoie?


CÉLINE HERVIEUX-PAYETTE

Oui, c'est ça. Après un an,

j'ai dit: "Si tu veux signer

la paix et faire des articles

qui ont de l'allure, je vais

te reparler." Alors, résultat,

c'est que moi, j'ai pas peur

de la controverse, je suis prête

à discuter de tous les sujets

et de donner les raisons

pour lesquelles je suis pour

ou contre ceci ou cela. Et c'est

plutôt La Presse qui m'a fait

cette réputation-là.

Mes collègues aussi, un peu.

Les adjoints ici aussi--


DANIEL LESSARD

C'était pas un peu vrai,

quand même?


CÉLINE HERVIEUX-PAYETTE

Bien oui. Non, mais en fait,

c'est que la journée où tu n'es

pas politically correct, que

tu ne fais pas ce que les gens

s'attendent, tu dis pas ce

que les gens veulent entendre et

qu'ils sont pris par surprise,

etc. Parce que c'est beaucoup

plus la tendance pour la classe

politique de dire ce que les

gens veulent entendre et moi,

je suis pas ici pour faire ça.

Je suis ici pour m'occuper

de l'intendance d'un pays, d'un

modèle de société et je suis

venue ici par conviction.

Alors, c'est pas vrai que

je vais me mettre à me plier à

toutes les modes, alors, je n'ai

pas à me plier à la mode d'être

autonomiste, séparatiste...


DANIEL LESSARD

Quand Jean Chrétien vous a

appelée pour vous nommer au

Sénat, vous avez sauté de joie?


CÉLINE HERVIEUX-PAYETTE

Bien, la première fois, j'ai

dit non. J'ai dit: "C'est tous

des vieux, vous donnez pas

de salaire à ces gens-là", et

puis j'ai dit: "Bien, je veux

pas aller là jusqu'à 75 ans,

ça a pas de bon sang."

Alors, ça, c'était dès l'élection

de 1993 et après ça, on est revenus,

parce que j'avais l'intention

de me présenter dans le comté

de Westmount, parce que j'habitais

ce comté-là. Et puis ils sont

revenus. Et il me dit:

"On aimerait mieux que tu ailles

au Sénat." Et là, on entrait

dans la campagne référendaire.

Et là, il y a eu un conseil

de famille avec mes filles

et puis l'idée, c'était que

si on perdait le référendum

et on savait que c'était pour

être barbare, moi, toute ma vie,

je m'en voudrais de pas

avoir participé.


DANIEL LESSARD

Mais le Sénat, c'est toujours

utile, c'est réformable?

C'est une perte de temps?


CÉLINE HERVIEUX-PAYETTE

Écoutez, c'est pareil que si

on mettait une croix sur plus

de 100 ans, je pense, de bonnes

réalisations par le Sénat.

Je pense que le Sénat a fait

tellement une multiplicité

d'études en profondeur sur des

sujets délicats, à commencer par

l'euthanasie, qu'on a étudiée

il y a dix ans avec Sharon Carstairs,

qu'on avait fait une rencontre

avec tous les gens

qui étaient intéressés à ce

moment-là. J'ai participé,

moi, directement, à la réforme

du système bancaire.

Écoutez, on est allés dans

les dix provinces, on a consulté

et on est passé à travers la crise

de 2008. C'est pas avec la

Chambre des communes

et le nombre d'heures qu'ils

peuvent disposer et la clientèle

électorale qui peuvent faire

le travail qu'on fait. Alors, on

fait un travail en profondeur.

Souvent, on reçoit des commandes

du gouvernement d'aller

approfondir une question. Et

moi, je trouve que justement,

c'est qu'on a le temps et

le fait qu'on est beaucoup moins

partisan parce qu'on a pas

à se faire réélire, bien,

on peut arriver avec

les bonnes solutions.


DANIEL LESSARD

Et plusieurs causes que vous

avez défendues, il me reste très

peu de temps, il y en a deux

dont je veux parler absolument,

la chasse aux phoques et la

violence dans l'éducation faite

aux enfants. Commençons par

les enfants. Qu'est-ce que vous

voulez atteindre? Qu'est-ce

que vous voulez obtenir

dans ce débat-là?


CÉLINE HERVIEUX-PAYETTE

Les enfants n'ont pas de voix

sur le plan politique.

Les enfants ne peuvent pas se

plaindre, les enfants ne vont

pas au poste de police

pour dire qu'ils se font

battre toutes les semaines.

Toutes les études que j'ai faites,

parce que j'ai fait

la Loi de la protection de la

jeunesse au Québec, démontrent

que les enfants qui sont frappés

ont des séquelles pour

le restant de leurs jours et

on trouve ces jeunes-là dans les

centres de jeunes délinquants.

C'est rare qu'on a un jeune

délinquant qui a été élevé

dans l'amour et la ouate.


DANIEL LESSARD

Hum-hum.


CÉLINE HERVIEUX-PAYETTE

Ils ont souvent été très maltraités.

Alors, résultat, c'est qu'on permet,

en vertu d'un article de loi en 1892,

qui a été changé par 48 pays au

moment où on se parle, on viole

la Convention internationale des

droits des enfants, on se fait

rappeler à l'ordre régulièrement

par les Nations-Unies, alors,

je me sens, moi, responsable,

de cette clientèle minoritaire.


DANIEL LESSARD

Et vous voudriez que le

gouvernement canadien élimine

cette clause-là qui date

de plus d'un siècle?


CÉLINE HERVIEUX-PAYETTE

Écoutez, le nord de l'Europe,

les pays scandinaves fonctionnent

depuis plus d'une décennie

avec aucune possibilité

pour les parents de frapper les

enfants à des fins éducatives

et moi, j'ai finalement, parce

qu'au début, je n'avais pas

cet appui-là, j'ai un appui

scientifique des 80 000 médecins

du Canada qui disent que

les enfants qui sont frappés

sont des enfants qui ont des

problèmes à la fois physiques

et psychologiques, et qu'ils ont

des séquelles pour le restant de

leurs jours. Alors, je suis leur

voix ici, parce que la minorité,

c'est ce dont on s'occupe.


DANIEL LESSARD

La chasse aux phoques.

Vous avez envoyé promener

cavalièrement les Américains,

les Allemands, Brigitte Bardot.

C'était juste pour le spectacle?


CÉLINE HERVIEUX-PAYETTE

Non, en fait, c'est que j'ai

reçu une lettre ici que tous

mes collègues ont reçue. Je suis

la seule à avoir répondu à cette

lettre-là, mais souvent, quand

je réponds à une lettre d'un

citoyen américain, qui me dit:

"Je viendrai plus en vacances en

Canada, parce que vous faites de

la chasse aux phoques, je vais

pas acheter vos produits" et

un tas de menaces comme ça, etc.

Et là, j'ai réécrit, j'ai dit:

"Écoutez là, si vous voulez

corriger des choses et vous

avez du temps supplémentaire,

commencez à vous occuper des

gens que vous mettez en prison,

commencez à vous occuper des

questions des armes à feu et là,

j'ai cité un certain nombre

de problèmes qu'il y avait

dans la société américaine.

J'ai dit: "En ce qui nous

concerne, ce sont des gens qui

ont un métier, qui gagnent leur

vie à faire ça. C'est difficile,

c'est dangereux, ils font ça

depuis des centaines d'années."

Alors, que ce soit les îles

de la Madeleine, que ce soit

Terre-Neuve, que ce soit...

Et je suis allée personnellement

suivre les cours à Terre-Neuve,

je suis allée à la chasse

aux phoques au Nunavut.


DANIEL LESSARD

Vous en avez même fait manger

aux députés au Parlement.


CÉLINE HERVIEUX-PAYETTE

J'en ai fait manger ici, qui

étaient d'ailleurs délicieux, le

filet mignon avec un petit peu

de porto. Alors, non seulement

je regrette rien, mais

je pense que c'est le rôle

fondamental d'un sénateur

de protéger les minorités.


DANIEL LESSARD

Vous ne regrettez rien?


CÉLINE HERVIEUX-PAYETTE

Pas du tout.


DANIEL LESSARD

Vous feriez la même chose

si vous recommenciez?


CÉLINE HERVIEUX-PAYETTE

Peut-être pire.


DANIEL LESSARD

Merci, Mme Hervieux-Payette.


CÉLINE HERVIEUX-PAYETTE

Ça fait plaisir.


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