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Carte de visite

Gisèle Quenneville, Linda Godin et Daniel Lessard rencontrent des personnalités francophones et francophiles. Découvrez ces politiciens, ces artistes, ces entrepreneurs ou ces scientifiques dont l'histoire, extraordinaire, mérite d'être racontée.

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Adrien Cantin : journaliste

Adrien Cantin fait du journalisme en Ontario depuis presque 50 ans. On a pu le lire dans les pages du Droit, l’entendre sur les ondes de Radio-Canada et le voir à TFO. Adrien Cantin a toujours cherché à comprendre et à faire comprendre l’actualité. Il essaie aussi d’expliquer son impact sur la communauté franco-ontarienne. Le journalisme d’Adrien Cantin est un journalisme engagé. Et même si ses propos ne font pas toujours l’unanimité, ils suscitent des débats constructifs…



Réalisateur: Charles Pepin
Année de production: 2015

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VIDÉO TRANSCRIPTION

ADRIEN CANTIN marche dans les rues d'Ottawa. Il s'arrête dans un marché aux fleurs. Ensuite, ADRIEN CANTIN poursuit sa promenade.


GISÈLE QUENNEVILLE (Narratrice)

Il fait du journalisme en Ontario

français depuis presque 50 ans.

On a pu le lire dans les pages

du Droit, l'entendre sur

les ondes de Radio-Canada,

et le voir à la barre de l'émission :

Panorama de TFO.

Mais Adrien Cantin n'a jamais

tout simplement transmis

l'information. Il a toujours

cherché à la comprendre et à

expliquer son impact sur

les Franco-Ontariens.

Le journalisme d'Adrien Cantin

est un journalisme engagé.

Ses écrits ne font pas toujours

l'unanimité, et ses propos

suscitent souvent des débats

au sein de sa communauté.


ADRIEN CANTIN (Narrateur)

"Un journaliste qui travaille

dans une communauté minoritaire

et qui n'est pas engagé

vis-à-vis de sa communauté est

un traître à sa communauté."


GISÈLE QUENNEVILLE

Adrien Cantin, bonjour.


ADRIEN CANTIN

Bonjour, Gisèle.


GISÈLE QUENNEVILLE s'entretient avec ADRIEN CANTIN, journaliste, dans une salle à manger aux murs de pierres.


GISÈLE QUENNEVILLE

Adrien, on dit qu'on peut

sortir le gars de Hearst, mais

qu'on ne peut pas sortir Hearst du

gars. Est-ce que c'est vrai?


ADRIEN CANTIN

C'est difficile.

(Riant)

C'est difficile.

Parce que je continue, à l'âge

de 67 ans, même si je suis parti

depuis très longtemps, à

m'identifier comme étant

un gars de Hearst.

Et je le serai toujours.

Ça, c'est absolument certain.


GISÈLE QUENNEVILLE

Et vous n'êtes pas le seul de

Hearst à s'identifier comme

quelqu'un de Hearst. Pourquoi?

Quel est ce mystère entourant

cette petite communauté

du nord de l'Ontario?


ADRIEN CANTIN

C'est une communauté qui est

tellement attachante. Moi, j'ai

grandi entouré de famille. OK?

Il y avait mes oncles et mes

tantes, du côté de ma mère comme

du côté de mon père, qui étaient

à quelques kilomètres. On se

voyait tout le temps. Il y avait

aussi la famille un petit

peu plus éloignée qui était

ailleurs, de l'autre côté de

la ville, et tout ça. Mais on se

voyait de temps en temps. Et

ensuite, on allait à l'école

ensemble. Donc, il y a eu des

liens très, très serrés. Il y a

eu des liens très, très serrés

avec tous nous autres qui

habitions à Hearst. Et on est

un peu chauvins aussi, ça, c'est sûr.

(Riant)

Je veux dire, si vous demandez à

quiconque qui est le meilleur

joueur de hockey de tous les

temps, on va vous dire que c'est

Claude Giroux. Sans hésitations.

Quand on grandissait,

les Lumber Kings de Hearst

était l'équipe de hockey...

une des plus grandes équipes

de hockey en Ontario.

Ça, on était convaincu de ça.


GISÈLE QUENNEVILLE

Puis vous étiez pas juste

des amateurs de hockey à Hearst.

Vous étiez également des

amateurs de baseball.


ADRIEN CANTIN

Oh oui, de balle molle.


GISÈLE QUENNEVILLE

De balle molle.


ADRIEN CANTIN

De balle molle, ce qu'on

appelait le fastball à l'époque.

On a eu notamment, là je lui

fais un clin d'oeil, un des plus

grands lanceurs de fastball

en Ontario qui était

Raymond Lafleur. C'était difficile

de frapper sa balle, même si

c'était un plaisir de voir les

frappeurs des équipes adverses

passer dans le beurre, comme on

disait; qu'il serait incapable

de frapper la balle de Raymond.


GISÈLE QUENNEVILLE

Vous, vous avez grandi

sur une ferme.


ADRIEN CANTIN

Oui.


GISÈLE QUENNEVILLE

Est-ce que vos parents ont eu

une grande influence sur vous?


ADRIEN CANTIN

Oh, mon Dieu! Et comment!

Mes parents, mon père était

agriculteur. Mais c'était aussi

un homme qui lisait. Chez nous,

il y avait plein de livres.

Puis, ma mère aussi nous

encourageait à lire.


GISÈLE QUENNEVILLE

Vous étiez nombreux

dans la famille?


ADRIEN CANTIN

Moi, j'ai six frères... Euh,

six soeurs et quatre frères.


GISÈLE QUENNEVILLE

Alors oui, vous étiez...


ADRIEN CANTIN

On était nombreux.


GISÈLE QUENNEVILLE

Moi, j'étais à Hearst il y a

pas si longtemps, puis je savais

que j'allais vous interviewer,

puis je me posais la question:

est-ce que le village, la

ville de Hearst que je vois

maintenant, c'est la ville dans

laquelle Adrien a grandi? Est-ce

que ça a beaucoup changé?


Des images de la ville de Hearst défilent pour illustrer le propos.


ADRIEN CANTIN

Non, ça a beaucoup changé.

L'intersection de la rue George

et de la 9e, par exemple, c'est

plus la même chose. Mais les

temps ont changé, les moeurs ont

changé, les habitudes des gens

ont changé. Nous, quand j'avais

15 ans, tous les adolescents

puis les jeunes adultes se

rendaient à l'intersection de la

9e et de la rue George le

vendredi, samedi, dimanche.

Et il y avait la salle de

billard de M. Giroux, t'avais

l'hôtel Queen's qui était juste

au coin, t'avais l'hôtel Palace

pas loin. T'avais le restaurant

King's, t'avais la boutique de

M. Prince aussi où ils vendaient

des livres que nos enseignants,

au petit séminaire, nous

empêchaient de lire, parce que

c'était des livres qui

n'étaient pas recommandés.


GISÈLE QUENNEVILLE

Quand on regarde aujourd'hui

la communauté franco-ontarienne,

il y a beaucoup de leaders de

cette communauté-là qui

viennent de Hearst.

Mariette Carrier-Fraser,

Paulette Gagnon, vous-même.

Il y a toute une liste.

Comment ça se fait?


ADRIEN CANTIN

C'est qu'on a jamais eu

trop de complexes, je pense.

En 1958, euh...

Monseigneur Louis Levesque

a fondé le Petit séminaire

de Hearst, qui était un établissement

d'enseignement supérieur, mais

qui recevait les jeunes garçons

des Éléments latins, la deuxième

année, jusqu'au bac. Donc...

On nous encourageait. On nous

encourageait à connaître. On

nous encourageait à savoir et à

faire ce qu'on voulait,

sans limites. On parlait

pas de limites.


GISÈLE QUENNEVILLE

Hearst, je pense qu'on peut

dire que c'est pas la capitale

des médias. Comment est-ce

que vous vous êtes

retrouvé journaliste?


ADRIEN CANTIN

Moi, j'ai décidé que je

voulais être journaliste après

une partie de balle molle, après

une partie de fastball. On a

perdu 3 à 0. Je me souviens

encore du compte. Et après la

partie, on s'en allait, les

amis, vers King's Café, bien

sûr, pour aller boire un Pepsi

ou aller boire un Coke.

Et je vois cette voiture qui est

stationnée derrière le backstop

comme on l'appelait. Avec un

type qui avait les jambes

sorties de la voiture, les

jambes pendant à l'extérieur,

qui avait sur ses genoux une

machine à écrire. Et sur

la porte, c'était écrit :

"Timmins Daily Press".

Alors, ce type-là faisait,

écrivait son reportage après

le match pour le journal du

lendemain. Je me suis dit: Oh,

ce type-là se promène partout en

Ontario, va voir des matchs de

balle, puis il écrit là-dessus,

puis il a une voiture, il fout

rien, puis il est payé. Wow!

C'est ça que moi je veux faire.

Et puis, c'est à ce moment-là,

c'est mon premier contact

avec le journalisme.


On se promène dans les rues d'Ottawa sur le commentaire de ADRIEN CANTIN.


ADRIEN CANTIN (Narrateur)

Dans ce quartier-là, il y

a trois types de personnes qui y

habitent. Il y a des étudiants

de l'Université d'Ottawa, il y a

de jeunes fonctionnaires aussi,

puis il y a les gens comme

moi, qui sont vieux, et puis qui

prennent des choses un peu plus

aisées. Alors, on dirait pas,

mais ces trois genres de

clientèles là se rapprochent

beaucoup, sont assez près les

uns des autres. On part le

matin, l'après-midi, n'importe

quel moment de la journée,

on va chercher sa baguette. Si

on veut relaxer un peu, on va au

Café Carisse, le photographe,

dont les photos sont partout sur

les murs. On prend un café,

on relaxe, ou on va prendre un

verre dans un pub irlandais ou

écossais tout près. Mes paysages

familiers. Ça, avec l'épicerie

Boushey's, qui est par exemple

la troisième génération

d'épiciers sur le coin de Elgin

et Waverley. La vie est douce l'été,

on va faire un tour dans le parc,

le vieux parc Minto, qui est un des

plus vieux parcs à Ottawa. Il

est tout petit, mais il est

vieux. Pour tout simplement

réfléchir, pour regarder

la vie se dérouler sur la rue

Elgin, la belle rue Elgin.


On retourne dans la salle à manger où GISÈLE QUENNEVILLE poursuit l'entretien avec ADRIEN CANTIN.


GISÈLE QUENNEVILLE

Adrien, au moment où vous

avez décidé que vouliez être

journaliste, bon, vous avez sans

doute pris conscience du fait

qu'il fallait quitter Hearst

pour devenir journaliste.

Vous vous êtes rendu à Montréal.


ADRIEN CANTIN

Oui.


GISÈLE QUENNEVILLE

Vous avez visé haut

quand même.


ADRIEN CANTIN

Je suis allé à Montréal.

Après un détour, là, dans

le sud de l'Ontario.


GISÈLE QUENNEVILLE

Alors, vos débuts en

journalisme se sont faits où?


ADRIEN CANTIN

Ça s'est fait à Ottawa. J'ai

décidé d'aller m'inscrire à des

cours au Collège algonquin

en journalisme, en anglais.

Ça, c'était en septembre.

J'ai suivi deux, trois cours.

Jusqu'en décembre, j'ai eu

une offre d'emploi

dans un journal, pour

La Gazette de Maniwaki. J'ai

postulé, je l'ai eu, alors j'ai

quitté le Collège algonquin.


GISÈLE QUENNEVILLE

À un moment donné, vous avez

cogné à la porte du Droit d'Ottawa.

Et ça, ça a peut-être

un peu lancé votre carrière

en journalisme.


ADRIEN CANTIN

Oui, j'ai travaillé deux ans à

Maniwaki. Et ensuite, entre

temps, chez moi, à Hearst, on

avait fondé le journal : Le Nord,

qui justement, avait besoin d'un

journaliste. Je suis allé. J'ai

été deux ans. Je suis retourné.

Ça a été un retour aux sources

pendant deux ans. Et puis, à un

moment donné, après une couple

d'années au journal : Le Nord,

donc après quatre ans de métier,

j'ai cru être prêt pour les grandes ligues.

Donc, j'ai appelé l'éditeur du

Droit, M. Bélanger. Et je lui

ai dit: "Écoutez, me voici.

Je pense que je serais bon."

Il m'a dit: "Jean-Guy..."

Qui est le rédacteur en chef,

Jean-Guy Bruneau.

"Je pense que Jean-Guy embauche.

Appelle-le." Alors, j'ai appelé

Jean-Guy Bruneau qui m'a convoqué

pour une entrevue. Et puis

j'ai eu l'emploi.


GISÈLE QUENNEVILLE

Vous souvenez-vous

votre première journée?


ADRIEN CANTIN

Han! Oui. Je me souviens très

bien de ma première journée.

On avait convenu qu'on allait

prendre ça mollo la première

semaine, parce que le temps que

je m'intègre un peu à la culture

de la boîte et tout ça. Mais

en entrant dans la salle des

nouvelles, un lundi matin, mon

premier lundi matin, il était

8h45, le chef des nouvelles

me dit: "Écoute...". Il dit:

"Je m'excuse, mais voici un billet

de taxi. Tu t'en vas au Cégep de

l'Outaouais, parce qu'on est

sur le point d'annoncer que les

Jeux du Québec vont se tenir à

Hull l'année prochaine.

Et puis j'ai personne.

J'ai personne d'autre."

Fiou! OK. Alors, ça a été

le baptême du feu au Droit.


GISÈLE QUENNEVILLE

Et j'imagine qu'une histoire

comme ça, ça fait la une

le lendemain matin.


ADRIEN CANTIN

Ça a fait la une. Bon, il

était en grand format. Sur une

colonne, avec le titre au-dessus

du pli. Ça veut dire que c'était

en évidence avec ma signature.

Donc, toute la journée, je me

suis promené. On m'a pas donné

autre chose à faire. Toute la

journée, je me suis promené avec

le journal en dessous du

bras, et puis je flottais.


GISÈLE QUENNEVILLE

Vous avez passé un certain

moment au Droit, avant d'aller

à Toronto, à Radio-Canada.

Est-ce que c'était difficile

pour vous de faire la transition

entre le journalisme écrit et le

journalisme électronique?

Parce que c'est pas tout à

fait la même bête, hein?


ADRIEN CANTIN

C'est pas la même bête. Je

vais peut-être vous surprendre

en vous disant que j'ai

pas trouvé ça difficile.

J'ai pas trouvé ça difficile

pour la simple raison que

j'avais une blonde à Toronto.


GISÈLE QUENNEVILLE

Ça aide.


ADRIEN CANTIN

Je suis allé couvrir, en 85,

en février 85, la première

Conférence fédérale-provinciale

convoquée par Brian Mulroney

sur l'économie. Et en revenant,

je fais une petite escale

à Toronto, je vois ma blonde,

et je décide d'aller voir

mes anciens collègues à

Radio-Canada. Et là, le

producteur délégué, Yvan Asselin,

me dit: "Ça te tente-tu de faire

de la télé, de la radio?"

Ah? OK. Puis, je m'ennuyais

de ma blonde. Alors oui,

j'ai décidé, après quatre ans,

au Droit, en écrit, de tenter ma

chance à Radio-Canada en radio

et en télévision, parce qu'à ce

moment-là, on faisait les deux.

Peut-être encore aujourd'hui aussi.


GISÈLE QUENNEVILLE

Je pense que c'est revenu à ça.

Est-ce que c'est là où vous

avez développé cette passion

pour la politique ontarienne?


ADRIEN CANTIN

Ah, bien ça... C'est-à-dire

qu'un petit peu auparavant...

Parce que l'année précédente,

avec Le Droit, j'avais

été correspondant

à l'Assemblée législative ontarienne.

Je me sentais dans le feu de l'action.

Et puis, je partageais un bureau

à Queen's Park avec trois individus

formidables, tu sais.

T'avais Rhéal Séguin qui

faisait la radio surtout,

pour Radio-Canada.

T'avais Steve Bacon qui est

aujourd'hui à TVOntario, à TVO.

Et t'avais Gerry McAuliffe

qui était un des grands journalistes

de la radio au pays. Alors, avec

ces trois-là, ces trois collègues-là,

la passion, on la développe,

hein? Oui.


GISÈLE QUENNEVILLE

Quelques années plus tard,

il y a eu cette aventure à la

chaîne, à TFO. Cette aventure de

créer, de mettre sur pied une

émission d'affaires publiques en

français, en Ontario français.

Pourquoi vous avez été

attiré à cette proposition?


ADRIEN CANTIN

OK. On avait... Il faut

dire qu'après quatre ans à

Radio-Canada, j'avais passé huit

ou neuf mois à La Chaîne,

comme on l'appelait à ce

moment-là, pour produire une

émission hebdomadaire sur des

sujets ontariens. Et puis, à ce

moment-là, il y avait un

jeune réalisateur de cette

émission-là, qui s'appelait

Bruno Beaulieu. Et on parlait;

beaucoup, on a beaucoup parlé.

Euh... De ce que pourrait

être une émission d'affaires

publiques franco-ontarienne.

Et après, je suis reparti. Je

suis parti au Droit, moi. On

m'a embauché comme éditorialiste

au Droit. Je suis revenu.

Trois ans, quatre ans plus tard

Bruno m'appelle. Il dit: "Tu

sais ce dont on parlait jadis au

sujet de l'émission d'affaires

publiques en Ontario français."

Il dit: "Est-ce que ça te tente encore?"

Je dis: "Bruno, oui."

Il dit: "Je m'en viens te voir demain."

On est allé luncher. Et puis

après le lunch, on avait tout réglé.


GISÈLE QUENNEVILLE

Qu'est-ce que cette

émission-là représentait

pour vous à ce moment-là?


ADRIEN CANTIN

Moi, c'était le summum du

journalisme en Ontario français,

à mon sens en tout cas. C'était

l'émission qui parlait à tous

nos concitoyens de la province;

tous nos concitoyens

francophones de la

province en même temps.

Ça, ça m'a donné une si grande

satisfaction professionnelle.

Et les gens que j'ai connus

aussi, autour de cette émission-là.

Parce ce que ça se faisait

avec du monde. On était

une vingtaine autour de ça.

Et puis... Vous avez fait

partie, Gisèle, de ce...


GISÈLE QUENNEVILLE

Oui, avec grand plaisir.


ADRIEN CANTIN

... de cette magnifique

équipe-là. Alors, c'est des gens

qui... Des gens qui voulaient.

C'est des gens qui étaient prêts

à en donner davantage. C'était

quasiment gênant des fois.

Parce que tu veux pas, toi,

exiger d'avantage de tes

collègues. Mais ils veulent

donner, tu sais. Ils veulent

donner. Ils sont prêts à donner.

Ça a été extrêmement satisfaisant.


Plusieurs extraits de l'émission : Panorama défilent. ADRIEN CANTIN anime l'émission.


ADRIEN CANTIN

Il n'y a pas que les touristes,

vous savez, qui viennent aux

chutes Niagara. Au fil des ans,

les chutes ont aussi attiré des

dizaines de casse-cous qui

sont venus chercher attention,

gloire, fortune, qui sait? En

sautant les chutes en baril.

Mais il sera aussi question ce

soir, comme toute la semaine, de

sujets d'actualité qui touchent

de près l'ensemble des Ontariens.

On a déposé à Queen's Park

la réforme des services sociaux.

Au cours de la récession,

600 000 emplois ont été

perdus à jamais en Ontario.

Il y a une lutte qui est quand

même assez chaude, qui est en

train de se livrer. Il y a

Kapuskasing qui veut son campus,

il y a Hearst qui veut

son campus aussi.

Au niveau de votre ministère,

M. Miller, on vient de former,

on vient de se donner un

nouvel outil qui s'appelle le

Secrétariat de développement

économique communautaire.

Alors, quel va être son rôle,

À ce secrétariat?

On se déplace maintenant dans le

sud de la province, où depuis

cinq ans, on a vu un nouveau

groupe d'arrivants, les réfugiés

somaliens, chassés de

leur pays par la guerre.

Alors, on vous quitte maintenant

avec cette performance de

l'ensemble folklorique:

Vive la joie. Bonne soirée à tous.


GISÈLE QUENNEVILLE

(Co-animatrice de Panorama)

Bonsoir.


UNE DAME

Saluez votre compagnie

Saluez votre coin aussi

Saluez vos vis-à-vis

Tous lèvent la main à gauche

Faut circuler


On revient à l'entrevue avec ADRIEN CANTIN dans une salle à manger de restaurant.


GISÈLE QUENNEVILLE

Adrien Cantin, moi, je vous ai

toujours vu comme un journaliste

engagé pour la communauté

franco-ontarienne, pour la

langue française. Est-ce

que c'est juste de dire ça?


ADRIEN CANTIN

Oui, c'est juste de dire ça.

Et puis, je me souviens de

Michel Vestel qui disait:

"Un journaliste qui travaille

dans une communauté minoritaire

et qui n'est pas engagé

vis-à-vis de sa communauté

est un traître à sa communauté."


GISÈLE QUENNEVILLE

Mais ça doit venir avec

son lot d'inconvénients,

par exemple.


ADRIEN CANTIN

Ça vient avec son lot

d'inconvénients dans

le sens qu'on prend tout

personnellement. Chaque quête

est une quête personnelle,

alors qu'il faut prendre

un certain détachement.

Trop d'intimité, c'est comme

pas assez. Oui, j'en ai

souffert des bouts...

Euh... d'être en situation de

trop grande intimité envers mes

sujets. On essaie de garder

une certaine distance. C'est mal

interprété aussi, parfois.

Alors, pourquoi il a changé

d'attitude avec moi?

Mais, c'est parce que là, t'es

trop proche de moi, tu sais.

Puis tu es dans une situation de

responsabilité. Et puis, il faut

juste que je me garde une

petite réserve, qu'on gagne

pas toujours.


GISÈLE QUENNEVILLE

Après toutes ses années

à observer la communauté

franco-ontarienne, quel est le

constat que vous faites? Est-ce

que cette communauté a beaucoup

évolué au cours des 40,

50 dernières années?


ADRIEN CANTIN

Oui. Moi, je trouve qu'elle

a énormément évolué. Mais

peut-être pas dans la direction

qu'on croit. C'est-à-dire que

les présumées élites de la

communauté ont pas évolué du

tout, du tout. C'est les gens,

c'est les membres de

la communauté qui ont évolué,

en dépit parfois des

élites communautaires,

qui sont souvent pris dans leurs

mêmes vieux carcans, tu sais.

Ottawa, ville bilingue. Oui, moi

aussi, je suis en faveur.

Mais... On devrait s'y prendre

autrement, parce que ça marche

pas comme c'est là, tu sais.


GISÈLE QUENNEVILLE

Alors, comment s'y prendre?


ADRIEN CANTIN

Est-ce que les Franco-Ontariens

d'Ottawa n'ont pas certaines questions

à se poser? Par exemple,

est-ce qu'on occupe vraiment

notre ville? Est-ce qu'on occupe

vraiment les rues de notre ville?

Quand on va loger nos sièges

sociaux d'organisations

franco-ontariennes dans le fond

des parcs industriels, c'est

pas bon, ça. Alors qu'on devrait

avoir pignon sur rue, alors

qu'on devrait démontrer à nos

concitoyens de langue anglaise

d'Ottawa que nous sommes là, que

nous occupons une place. Et

on devrait leur montrer la place

qu'on occupe, plutôt que d'aller

se cacher dans le fond

des parcs industriels.


GISÈLE QUENNEVILLE

Donc, les francophones

sont pas assez visibles ici?


ADRIEN CANTIN

Moi, je trouve que non. Je

trouve qu'on est pas assez

visibles. Puis être francophone,

ça veut pas juste dire parler

français au restaurant, dire

bonjour, et puis écouter pour

voir si on va nous répondre en

français. C'est pas que ça.

C'est de s'imposer, de

prendre de la place.


GISÈLE QUENNEVILLE

Alors ça, c'est Ottawa ville

bilingue. Je vous en lance, un

autre dossier. L'université

franco-ontarienne.


ADRIEN CANTIN

Bon. Ça, c'en est une bonne.

Parce que si les

Franco-Ontariens avaient voulu

leur université... Je suis

pour, je suis pas contre ça,

l'université franco-ontarienne.

Mais si les Franco-Ontariens

auraient vraiment voulu en avoir

une, ils l'auraient déjà.

Ils l'auraient déjà.

Encore là, je veux dire,

il y a personne... J'ai pas vu, en

tout cas. Il y a peut-être des

jeunes qui travaillent là-dessus

secrètement, présentement. Puis,

c'est peut-être pas une

bonne affaire s'ils le font

secrètement. Mais un cursus pour

les programmes d'étude de cette

université-là... Il me semble

qu'on commence par ça.

Il me semble qu'on commence

par essayer de voir ce qu'on

va enseigner là, tu sais. Les

programmes d'étude. Est-ce qu'il

va y avoir des programmes de

médecine? Est-ce qu'il va y

avoir un programme de droit, une

faculté de droit? Bon, est-ce

qu'il va y avoir une faculté de génie?

Ça, personne parle de ça.

Je veux dire, on veut une université.


GISÈLE QUENNEVILLE

A-t-on besoin d'une université?


ADRIEN CANTIN

Moi, je suis pas absolument

convaincu. Peut-être que

oui, mais je suis pas absolument

convaincu. Il faudrait

qu'on ne convainque.


GISÈLE QUENNEVILLE

L'assimilation en Ontario

français. Est-ce que c'est aussi

pire qu'on nous laisse croire?


ADRIEN CANTIN

C'est malheureux,

l'assimilation en Ontario

français, bien sûr. Par

ailleurs, est-ce que c'est évitable?

Que quand t'as une communauté

fortement majoritaire, puis à côté,

t'as une communauté fortement

minoritaire, il y a des

transferts qui se font.

Il y a bien sûr des transferts

qui se font. Puis, il y a dans

l'autre sens aussi.

J'ai une belle soeur qui est une

anglophone assimilée, qui

enseigne dans une

école française.


GISÈLE QUENNEVILLE

Assimilée francophone.


ADRIEN CANTIN

Elle est assimilée

francophone, celle-là. J'ai

la conjointe de mon fils qui est

une anglophone, à qui je n'ai

jamais parlé que français. Et

puis ça va, on se parle,

on se comprend, puis ça va bien.

Mon fils n'est pas assimilé

parce qu'il avait une conjointe

anglophone. Moi aussi, j'ai eu

une conjointe anglophone, jadis.

C'est pas ça qui est important.

L'important, c'est qu'on reste

une communauté vigoureuse,

qu'on continue à évoluer,

qu'on continue à... créer,

se créer des institutions

qui sont parfois toutes petites,

tu sais. Il vient d'ouvrir un

centre culturel à Thunder Bay.

Bien, arrêtons de celui de

Pincourt qui vient de fermer.

Puis parlons de deux qui

viennent d'ouvrir. Quand je lis

ces plumes-là, qui font tout

un cas de... d'un établissement

de langue française en Ontario

qui ferme, puis c'est la faute

des Anglais, c'est des pas bons,

puis tout ça.

Mais... Il y a des victoires un

peu partout, là. On les voit pas

ou on choisit de pas en parler,

parce que c'est pas intéressant.

Hein? Parce que les francophones

de l'Ontario évoluent. Puis la

qualité de la langue parlée,

aussi, s'améliore beaucoup,

beaucoup.


GISÈLE QUENNEVILLE

Donc, vous êtes optimiste.


ADRIEN CANTIN

Bien oui. Bien sûr que

je suis optimiste.


GISÈLE QUENNEVILLE

Adrien Cantin, merci beaucoup.


ADRIEN CANTIN

Merci.


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