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Carte de visite

Gisèle Quenneville, Linda Godin et Daniel Lessard rencontrent des personnalités francophones et francophiles. Découvrez ces politiciens, ces artistes, ces entrepreneurs ou ces scientifiques dont l'histoire, extraordinaire, mérite d'être racontée.

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Marie-Jo Thério : auteure-compositeure-interprète

L’auteure-compositeure-interprète Marie-Jo Thério a grandi à Moncton, dans les années 70, une époque où les Acadiens manifestaient dans les rues pour leur langue et leur culture. Elle baigne dans le milieu artistique depuis sa tendre enfance, et la musique et les arts ont toujours occupé une place importante au sein de sa famille.
À 17 ans, Marie-Jo quitte l’Acadie pour aller faire ses études à Montréal, et, et, même si elle passe toujours une importante partie de son temps dans la métropole québécoise, l’Acadie demeure son point de repère. Sa manière de voir la vie a été formée par la culture de son Acadie natale, et ses textes reflètent ses origines.



Réalisateurs: Charles Pepin, Joanne Belluco
Année de production: 2016

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VIDÉO TRANSCRIPTION

Titre :
Carte de visite


MARIE-JO THÉRIO joue du piano chez elle et parle dans un micro, tandis qu'on nous montre des images de l'intérieur de sa maison.


MARIE-JO THÉRIO

Je suis née

à Moncton, en Acadie. En 1971,

j'habite sur l'avenue MacBeath.

Sur la MacBeath, il y a un

hôpital anglais, la Croix bleue,

et la résidence du maire Jones,

un unilingue anglophone qui

n'aime pas les Acadiens

et que les Acadiens

n'aiment pas non plus.

À Moncton, dans les années 70,

les manifestants sont dans la

rue, pancartes, revendications

de droits à réclamer, à prendre.

On défend la langue, la culture.

Ma mère fait entrer un piano

dans la maison. Elle exprime

en chanson les émotions

fortes qui la traversent.

À 14 ans, je m'assois au piano.

La musique me prend par la main.

Elle m'invite à trouver

des mots entre les lignes.

Mes maladresses errent au

présent. Une fenêtre s'ouvre.


MARIE-JO THÉRIO fredonne.


MARIE-JO THÉRIO

J'apprends à aimer très fort

les choses qui sont loin

et proche à la fois.


MARIE-JO THÉRIO chante en jouant du piano.


MARIE-JO THÉRIO

(Propos en anglais)

♪ Oh ♪

♪ Let's go somewhere ♪

♪ And watch the sun come down ♪

♪ And watch the sun come down ♪


GISÈLE QUENNEVILLE interviewe l'auteure-compositrice-interprète MARIE-JO THÉRIO à l'extérieur de chez elle.


GISÈLE QUENNEVILLE

Marie-Jo Thério, bonjour.


MARIE-JO THÉRIO

Bonjour.


GISÈLE QUENNEVILLE

On a déjà dit de toi,

Marie-Jo, que tu es une gitane

de la musique. Est-ce que

c'est vrai, ça? Qu'est-ce

que ça évoque chez toi?


MARIE-JO THÉRIO

Bien, c'est très beau

un gitan. Moi, je trouve...


GISÈLE QUENNEVILLE

Moi, je trouve ça très bien.


MARIE-JO THÉRIO

Moi, quand je pense...

Mon idée de ce que c'est

qu'un gitan, en fait,

c'est peut-être...

d'imaginer le vieillard ou la

diseuse de bonne aventure qui va

arriver à faire la musique d'une

manière... à se l'approprier

à un point où aucune règle

ne pourra dépasser la liberté du

geste. Donc, c'est quelque chose

qui est très, très beau.


GISÈLE QUENNEVILLE

Et c'est quoi ton processus

de création? Tu t'assois et

puis tu te dis: Bon, bien,

aujourd'hui, j'écris

une chanson.


MARIE-JO THÉRIO

J'ai aucune idée. Ça

m'apparaît comme un miracle

encore, l'idée de pouvoir partir

de l'accumulation d'un certain

nombre de sensations, de

tranquillement faire en sorte

que ces choses-là prennent

une espèce de forme qui va se

préciser et devenir cette chose

totalement mystérieuse

qu'on appelle une chanson.

Je comprends pas cette

affaire-là. Je sais que ça

arrive. Je sais qu'il y a cette

chose qui fait qu'on a besoin

que ça arrive parce que c'est

une forme que, apparemment,

on a apprivoisée et puis,

qu'on a besoin de livrer

comme un bébé...


GISÈLE QUENNEVILLE rit.


MARIE-JO THÉRIO

... offert à la lune. Et puis,

euh... Mais je comprends pas ça.


GISÈLE QUENNEVILLE

Est-ce que c'est long

pour toi? Est-ce que c'est

un processus qui dure

des semaines, des mois.


MARIE-JO THÉRIO

Oui, non.


GISÈLE QUENNEVILLE

Ça dépend?


MARIE-JO THÉRIO

Il y a pas de règles absolues,

hein. Il y a certaines choses

qui émergent et puis

on comprend pas, pouf, la petite

fleur est née le matin. Et puis,

il y en a d'autres, tu te dis:

Bon, bien, ça prend plus de

temps. Des fois, il faut que la

marmite brasse plus longtemps.

La précision de ce qui va

arriver après l'accouchement

n'est pas encore claire.

D'autres fois, c'est des petites

choses toutes simples,

toutes claires.


GISÈLE QUENNEVILLE

On te connaît comme

auteur-compositeur-interprète,

mais aussi comme comédienne.

Est-ce que les deux rôles de

Marie-Jo Thério se ressemblent?

Est-ce que tu te vois, toi,

encore comme comédienne?


MARIE-JO THÉRIO

Moi, quand j'ai évolué

à Moncton comme petite fille,

à Moncton, à 5 ou 6 ans,

on m'a mise au cours de piano,

je faisais partie d'une petite

troupe de théâtre pour enfants

qui était menée par Laurie-Henri

à Moncton, théâtre amateur de

Moncton. Je faisais des cours

de danse, il y avait des gens de

cinéma qui rôdaient à la maison

parce que ma mère faisait

des fêtes où il y avait

plein de monde, puis tout ça.

Tout ça, pour moi, c'était

une chose qui avait plein

de petits éléments d'une grande

chaîne qui cohabitaient, mais

terriblement bien. En avançant

dans la vie, peut-être parfois

par élimination ou des fois,

certaines circonstances

de la vie ont fait que...

Puis peut-être aussi que, par

tempérament, peut-être qu'il y

avait quelque chose qui pouvait

me rapprocher plus soit dit

en passant du tempérament

de l'auteur-compositeur-

interprète qui fait que j'ai

comme, un petit peu, concentré

parce qu'il y a un moment où

on nous dit: "Faut que tu te

concentres. Faut que tu fasses

quelque chose. Qu'est-ce

que tu fais là?"

Je me suis concentrée sur cette

chose-là, mais j'ai toujours

fait, quand même, en parallèle,

un peu de théâtre, un peu... Tu

sais. Aujourd'hui, je me rends

compte que j'avais totalement

raison quand j'avais 6 ans

de penser que c'était

tout la même chose.

Et je pense que le temps qu'il

m'est donné encore de faire

cette chose qui s'appelle de

la création. C'est quelque chose

que je pense... Surtout avec

l'éclatement des formes,

en ce moment, qui se passe

au niveau, à la fois,

de l'industrie musicale, à la

fois de... Tu sais. Moi, ça me

convient, mais parfaitement.


GISÈLE QUENNEVILLE

Marie-Jo, tu as fait carrière

un peu partout. Tu fais des

shows partout au Canada, au

Québec, en France, en Afrique.

Mais tu sembles toujours rentrer

chez toi. Tu as une maison, ici,

à Moncton. D'ailleurs, on est

dans ton jardin. Un chalet

également. C'est important

pour toi de rentrer chez toi?

Et est-ce que Moncton,

c'est encore ton chez toi?


MARIE-JO THÉRIO

Moncton, c'est le repère.

C'est le repère, celui de

la petite enfance, celui de

la famille qui est quelque chose

qui est extrêmement important

pour moi. C'est le point de

repère salutaire aussi, qui fait

que la voyageuse indomptable

que je suis sait toujours qu'il

y a ce lieu est au sud-est du

Nouveau-Brunswick qui s'appelle

Moncton, où il y a des

amis, où il y a...

C'est un rapport de nostalgie

aussi, souvent, que j'ai avec

Moncton, tu sais. Parce que

quand je suis loin, j'ai

tendance aussi, beaucoup,

beaucoup, même dans le travail,

dans l'écriture, à flirter

tout le temps, tout le temps

avec Moncton. Même au niveau

de l'inconscient des fois.

Donc, c'est obligatoire que j'y

revienne tout le temps, parce

que c'est aussi, à chaque fois,

de me rendre compte à quel point

toute ma manière de faire la

lecture et l'interprétation,

et de recevoir la vie a été

totalement, totalement... Je me

suis totalement formée ici,

dans le plus essentiel

de ce que je suis.


MARIE-JO THÉRIO est dans sa maison et chante une chanson au piano.


MARIE-JO THÉRIO

(Propos en français et en anglais)

♪ Les matins je me réveille ♪

♪ Avec Nina Simone ♪

♪ Je goûte à ses

petits-déjeuners ♪

♪ Et la table s'envole

de ses propres ailes

sur les notes noires du temps ♪

♪ En après-midi

les autobus me cruisent ♪

♪ Les vitrines me font

des clins d'oeil ♪

♪ Les rues toussent de joie

et je saute dans les bras

de l'incroyable

unpredictable ♪

♪ Et le soir... ♪

Han-han

♪ Et le soir je m'endors

avec Nina Simone ♪

♪ Et sa voix ♪

♪ Et sa voix ♪

♪ Et sa voix et mon rire ♪

♪ Sur les notes noires

du temps ♪

♪ Baby baby baby ♪

♪ J'ai beaucoup beaucoup

de sucre dans mon bol ♪

♪ Baby baby baby ♪

♪ I've got a lot of sugar

in this ♪

♪ So yeah ♪


L'entrevue avec MARIE-JO THÉRIO se poursuit dans le jardin.


GISÈLE QUENNEVILLE

Marie-Jo, c'est quoi ton premier

souvenir de musique?

Ça a commencé très jeune?


MARIE-JO THÉRIO

Je pense

que la musique a été à ce point

toujours là, que moi, je ne me

suis pas rendu compte du moment

où c'est rentré dans la famille.

Ça, c'est sûr. La musique, ça a

dû être comme quelque chose qui

n'avait même pas de nom, mais

qui était comme respirer pour

moi, puis mes trois frères

quand on était tout petits.


GISÈLE QUENNEVILLE

Tu as fait du piano, toi?


MARIE-JO THÉRIO

Un jour, ma mère m'a dit:

"Bien, ta cousine fait des cours

de piano, est-ce que tu voudrais

en faire?" Puis, j'ai dit:

"Oui. Oui, oui."

J'ai commencé à faire du piano

vers l'âge de 6 ans.

Puis on avait beaucoup,

beaucoup de chance à Moncton,

pendant les années 70, parce

qu'il y avait une congrégation

de religieuses importante,

c'était les Soeurs Notre-Dame

d'Acadie, qui avait une école

de musique qui était...


MARIE-JO THÉRIO embrasse le bout de ses doigts pour signifier l'excellence.


MARIE-JO THÉRIO

Tu sais?

J'aurais peut-être pas dit

ça quand j'étais petite parce

que j'aimais pas ça répéter,

mais maintenant, je m'en rends

compte. Wow! C'était vraiment

incroyable. C'était une vraie

chance d'avoir les

religieuses dans les années 70

à Moncton, parce que n'eut

été de toutes ces femmes qui

connaissaient bien la musique,

puis qui avaient une vraie

exigence, puis une érudition...

Ça permettait à des petites

bibittes comme moi de commencer

à faire des pianos, des cours de

piano classique. Donc, on était

deux par piano, quatre par

cours. Il y avait deux pianos

dans la classe, et puis

on apprenait et on était

très, très appliqué.

On n'avait pas le choix.


GISÈLE QUENNEVILLE

Tu as commencé à faire

des spectacles, des

shows

assez jeune. Je pense à 16 ans,

tu avais déjà un spectacle

que tu faisais ici, à Moncton,

qui s'est ramassé au

Festival d'été de Québec.


MARIE-JO THÉRIO

Ouais.


GISÈLE QUENNEVILLE

C'était quoi, ce

show-là?


MARIE-JO THÉRIO

Mon premier

show...


GISÈLE QUENNEVILLE

C'était le premier celui-là?


MARIE-JO THÉRIO

Mon premier show que je me

rappelle d'avoir fait à Moncton

de Marie-Jo. Marie-Jo avec son

petit piano, puis j'ai dû avoir

un répertoire de genre...

peut-être quand même de 10

ou 11 chansons, quand même.

Puis je jouais ici, à Moncton,

c'était à l'Aréna Jean-Louis

Lévesque. C'était comme un

festival des métiers d'art. Les

gens allaient là pour voir des

choses qui étaient faites à la

main, tout ça. Puis il y avait

comme une espèce de petit

truc avec des panneaux, et à

l'intérieur de ça, ceux qui

voulaient aller écouter de

jeunes artistes émergents ou

je ne sais trop venaient.

Moi, j'avais 16 ans. Il y avait

eu un monsieur qui m'avait

écrit un petit mot à la fin

de ce spectacle-là, puis qui

m'avait dit: "Bien, écoutez,

moi, je suis délégué du Québec

en Acadie et j'aimerais ça vous

inviter à venir jouer dans

une petite boîte à chansons

à Québec." Qui s'appelait

Les nuits du Nord.

Puis j'étais allée jouer dans

cette boîte à chanson, et là,

j'en revenais pas, les gens

s'étaient levés... Voyons donc,

qu'est-ce qui se passe? Il

s'était passé quelque chose.

Il s'était passé quelque chose.

Ça m'avait donné envie de croire

qu'il se passait quelque chose.


GISÈLE QUENNEVILLE

À 17 ans, je pense,

tu pars pour Montréal.


MARIE-JO THÉRIO

Ouais.


GISÈLE QUENNEVILLE

Avec le but de faire quoi?

Et surtout, comment tes

parents ont réagi à ça?


MARIE-JO THÉRIO

Bien, quand je suis partie à

Montréal, je pense que je savais

que j'allais cueillir des

fruits, puis des fruits inconnus

dans un arbre que je ne

connaissais pas. C'est ça

que je voulais faire.

Puis comme la plupart des

parents, l'enfant qui se lance

comme ça, dans la grande

aventure du risque de vivre,

peuvent être inquiets. Mais

je pense qu'en même temps, ils

m'ont laissé partir. Et puis

j'avais envie de "relativer" la

vie que j'avais ici à Moncton,

j'avais envie de pouvoir

la regarder de loin.


GISÈLE QUENNEVILLE

Puis qu'est-ce que

tu as trouvé à Montréal?


MARIE-JO THÉRIO

J'ai trouvé à Montréal une

ville que j'ai beaucoup aimée et

très rapidement. Je me suis vite

rendu compte qu'il y avait,

entre autres, en tant que femme

qui avait vraiment envie de me

donner plein de permissions, que

je rencontrais plein de filles

qui faisaient ce qu'elles

avaient envie de faire.

Je me suis vraiment, à Montréal,

retrouvée dans le premier

sentier de donner la

permission à ce qu'était une

auteur-compositeur-interprète.

J'ai comme, à travers toutes les

aventures que j'ai vécues, parce

que j'ai vécu toutes sortes

d'aventures au Québec, j'aime

beaucoup la manière dont

Montréal m'a permis de me

sculpter et de, finalement,

me donner des outils de vie

qui m'ont permis de tracer une

trajectoire assez personnelle.


GISÈLE QUENNEVILLE

À Montréal, encore une fois,

c'était beaucoup le circuit

des boîtes à chansons?


MARIE-JO THÉRIO

Quand je suis arrivée

à Montréal, il y avait encore

des petites boîtes à chanson

qui restaient, tu sais.

C'est comme là que je me suis

retrouvée. Quand j'étudiais,

que ce soit à l'université

ou à l'école de théâtre, à

chaque fois que j'avais un petit

moment, je me produisais

vraiment, à chaque fois que

je pouvais, dans ces petits

endroits-là, tu sais.

Il y avait Le bistro d'autrefois

qui était sur la rue

Saint-Hubert où il y avait une

dame, une Égyptienne, qui nous

offrait un petit cachet et qui

nous donnait surtout la chance

de pouvoir essayer des chansons

devant un public de gens

qui connaissait la chanson,

qui connaissait la musique.


GISÈLE QUENNEVILLE

Est-ce qu'il y a un événement,

tu dirais, qui a fait vraiment

décoller ta carrière?


MARIE-JO THÉRIO

Moi, j'ai participé à un

congrès mondial ici, à Moncton,

qui était le premier congrès

mondial acadien. Et là, il y a

un monsieur, qui est devenu

par la suite un vrai ami,

un vrai complice, qui était

le producteur Robert Vinet,

qui, là, m'a vu faire un petit

piano-voix. À ce moment-là, je

jouais avec Bruno Fecteau, qui

est devenu le pianiste de Gilles

Vigneault par la suite, mais

je jouais avec Bruno. Puis on

était en train de faire un petit

spectacle à Caraquet et là,

Robert s'est approché, puis

m'a offert un premier contrat

de disque. Mais vraiment, c'est

quand on a fait les spectacles

qui ont suivi ce contrat

de disque là que là, il s'est

vraiment passé quelque chose.

Et là, je sentais que dans

la petite salle du théâtre du

Maurier de la Place des arts, on

était en 1996. Oh, bien là, j'ai

senti qui se passait quelque

chose. Si quelque chose qui,

tout d'un coup, avait comme le

droit d'exister. C'était beau.


On nous présente un extrait du spectacle «On a tous une Lydia Lee» de MARIE-JO THÉRIO. Dans l'extrait, MARIE-JO THÉRIO interprète la chanson «Dancing (Uncle Eddy)».


L'entrevue avec MARIE-JO THÉRIO se poursuit dans le jardin.


GISÈLE QUENNEVILLE

Marie-Jo, depuis un certain

temps, tu travailles un projet

qui a nécessité, en quelque

sorte, un retour à tes racines.

Tu as fait la connaissance

d'une certaine Lydie Leblanc,

Lydiane Leblanc.


MARIE-JO THÉRIO

(Riant)

Je l'ai jamais rencontrée.


GISÈLE QUENNEVILLE

Bien oui, mais tu as quand

même fait sa connaissance.

C'est qui, cette personne-là?


MARIE-JO THÉRIO

C'était la tante de ma mère,

et c'était la soeur de mon

grand-père qui était musicienne.

Et moi, j'ai entendu sa voix

sur une cassette là, les

cassettes comme on avait,

parce qu'elle avait enregistré

de la musique. Elle était allée

à Boston, puis elle avait

enregistré des démos sur des

78 tours, qui étaient restées.

Et ça avait été enregistré

sur des cassettes. Et quand

j'ai entendu la voix de cette

femme, qui était pas une voix

de chanteuse hyper aboutie,

impeccable, mais cette chose

que tu appelles l'authenticité,

cette chose qui était un rapport

d'un très grand courage,

de vraiment totalement être

qui l'on est en chantant.

Et j'avais entendu ça dans

sa voix et je me suis dit: Bien,

wô, tu sais. Il y a quelque

chose qui se passe, parce

que cette femme-là, elle a dû...

(Chantant)

♪ Chain chain chain ♪

Elle a dû donner quelque chose à

ma mère qui a chanté et tout ça.

En même temps, c'était une femme

qui était restée comme cachée de

la famille un peu, puis de la

réalité des plus petits enfants

parce qu'elle n'était pas

en accord avec toutes sortes

de denrées, de données morales

absolument importantes, tu sais.

Peut-être qu'elle était pas une

bonne catholique, elle était pas

mariée, elle avait pas eu

plein d'enfants. Donc, beaucoup,

beaucoup de choses aussi.

Elle avait même fait des choix

musicaux qui étaient assez

audacieux, parce que c'était

beaucoup le country

and western, les gens aimaient

beaucoup, beaucoup le country

and western dans la famille

et tout ça. Puis elle, elle

allait voir des films avec

des actrices, chanter dans

des trucs de comédies musicales.

Puis elle voulait chanter

comme... Tu sais. Elle voulait

chanter comme ces femmes-là. Et

donc, beaucoup d'indépendance,

beaucoup de courage, beaucoup de

sens du risque et une vie que...

J'ai eu terriblement envie

de déterrer cette femme.

La trajectoire par laquelle

je suis passée pour y arriver

m'a vraiment éclairée sur un tas

de trucs que je pensais pas

découvrir en cours de route et

m'ont permis d'avoir une très,

très belle aventure, finalement,

artistique qui se continue

parce qu'on peut pas parler

avec

Chasing Lady d'une espèce

de truc, de dire: "Est-ce que

tu vas faire un album? Est-ce

que..." C'est vraiment une

aventure. C'est une aventure.

C'était impossible de ne pas

scruter ce projet-là

artistiquement, en n'entrant pas

aussi dans la langue qui

était celle que ces gens-là

avaient dû apprendre.


GISÈLE QUENNEVILLE

C'était une première

pour toi, ça, en anglais?

Parce que tu parles anglais.


MARIE-JO THÉRIO

Oui, je parle anglais. Mais je

dirais que, d'abord, il y

avait les genres musicaux qui se

heurtaient, parce qu'il n'y

avait pas que la langue,

il y avait aussi les musiques de

l'époque. Donc, il y avait aussi

tout ça, tout ça qui devenait

comme une incursion pour moi.

Le frottement de ça avec ce

que moi, je fais musicalement.

Je l'ai fait dans la plus grande

certitude qu'intuitivement,

c'était là qu'il fallait aller.

Et lorsque je suis allée

présenter l'album à ma parenté

des États, qui savait pas trop

ce que ça allait donner,

cette affaire-là, tu comprends.

Je suis allée dans un foyer pour

personnes âgées à Framingham,

et j'ai fait écouter l'album à

tante Anna qui était la nièce de

Lydia Lee, à mon oncle Désiré

qui avait 104 ans, qui avait

bien connu Lydia Lee parce qu'il

était marié avec sa soeur, Anna,

et à mon cousin Bruce, qui est

de la même génération que moi,

qui était le petit-fils d'Anna,

le petit-neveu... Excusez-moi,

je vais vous sauver l'arbre

généalogique. Et on s'est

retrouvés ensemble, dans

ce foyer pour vieillards, à

Framingham, et là, il y avait,

comme, quelques vieillards qui

se sont approché, parce qu'il

y a encore quelques vieillards

qui ne parlent pas le français

tous les jours, mais qui

se rappellent le français,

puis qui connaissent encore...

Et qui entendaient et qui

savaient qu'il se passait

quelque chose, et qui se sont

approché. Et on a tous écouté

l'album. Et c'était incroyable.

Mon oncle Désiré, pour lui,

c'était très, très simple.

Probablement pour ça qu'il a

vécu aussi vieux, parce qu'il

était si serein. Il disait: "Oh!

Mais c'est Lydie qui chante ça."

Oui, oui, c'est Lydie.

Et il dit: "Oh, Lydia..."

Puis les anecdotes sont parties.

Ma tante Anna qui avait bien

connu Lydie, elle, elle était

aux larmes. Elle disait:

"Thank you, Marie-Jo." Elle

a dit: "Merci d'avoir fait ça

pour nous." Et je me suis rendu

compte qu'ils comprenaient

les mots, ils comprenaient

la musique, ils comprenaient

ce qui se passait.

J'avais fait ça un peu pour eux.


GISÈLE QUENNEVILLE

Il y a eu l'album,

et l'album s'est transformé

en spectacle également.


MARIE-JO THÉRIO

Lorsqu'on a fait ce spectacle,

il y avait beaucoup d'éléments à

travailler. Il y avait tout

l'élément vidéo qu'il fallait

travailler. Donc, on a fait ce

qu'on appelle des laboratoires

Lydia Lee. Et là, on a fait,

à la Sala Rosa à Montréal,

un laboratoire où on

travaillait seulement la partie

cabaret. On a fait des choses

avec la Fanfare Pourpour à

Montréal. Ensuite, on a fait,

à la Sala Rosa, tout le côté Red

Light, burlesque, et tout ça,

avec plein de numéros. On a fait

encore un spectacle laboratoire

Lydia Lee. Ensuite, on a

travaillé que la musique,

où on était tous habillés

en chercheurs. On faisait

la recherche musicale sur

le projet, sur scène. On a

donc fait toutes ces choses-là

en prévision de pouvoir...

Lorsqu'on arriverait

pour travailler l'ensemble

du spectacle, qui était très

multiple, parce qu'il y avait

beaucoup de disciplines. Pour

qu'on puisse avoir le temps,

j'ai loué une maison à Moncton

et je suis venue vivre ici,

pendant quelques mois pour

vraiment étaler... faire

mon collage, mon scénario,

en travaillant vraiment avec

l'environnement de Moncton

pour monter un premier

spectacle, qu'on a appelé

On a tous une Lydia Lee.


GISÈLE QUENNEVILLE

Tu voyages avec Lydia Lee,

Lydia Leblanc, depuis une bonne

quinzaine d'années maintenant,

mais tu l'as jamais rencontrée.

Si tu avais la possibilité

de la rencontrer, qu'est-ce

que tu lui dirais?


MARIE-JO THÉRIO

Je pense que je l'ai

rencontrée, cette femme-là.

Je l'ai rencontrée à travers sa

musique. Donc, j'ai l'impression

de l'avoir rencontrée dans

cet espace-là. Et en même temps,

je suis très, très consciente

qu'en honorant la liberté

de cette femme, j'ai aussi

totalement travaillé à défendre

ma propre liberté, ma propre

capacité de liberté.


GISÈLE QUENNEVILLE

Marie-Jo Thério,

merci beaucoup.


MARIE-JO THÉRIO

Merci.


Générique de fermeture


Pendant le générique de fermeture, MARIE-JO THÉRIO continue sa chanson en jouant du piano.


MARIE-JO THÉRIO

(Propos en français et en anglais)

♪ Me font des clins d'oeil ♪

♪ Les rues toussent de joie ♪

♪ Et je saute dans les

bras de l'incroyable

unpredictable ♪

♪ Et le soir ♪

Han-han.

♪ Et le soir ♪

♪ Je m'endors hum ♪

♪ Avec Nina Simone ♪

♪ Et sa voix ♪

♪ Et sa voix ♪

♪ Et sa voix et mon rire ♪

♪ Sur les notes noires

du temps ♪

♪ Baby baby baby ♪

♪ J'ai beaucoup de secrets

dans mon bol ♪

♪ Baby baby baby ♪

♪ I've got a lot of sugar

in this ♪

♪ So yeah ♪


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