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Carte de visite

Gisèle Quenneville, Linda Godin et Daniel Lessard rencontrent des personnalités francophones et francophiles. Découvrez ces politiciens, ces artistes, ces entrepreneurs ou ces scientifiques dont l'histoire, extraordinaire, mérite d'être racontée.

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Serge Chapleau : caricaturiste

Serge Chapleau a récemment eu 70 ans, la série télé consacrée à son alter ego, Gérard D. Laflaque, en est à sa 13e saison, et il est caricaturiste au quotidien montréalais La Presse depuis 20 ans!
Plus actif que jamais, la retraite n’a pas vraiment de sens pour cet artiste prolifique qui n’a jamais vraiment eu l’impression de travailler.
Il se dit alimenté quotidiennement par les plus grands humoristes de notre société : les politiciens!



Réalisateur: Charles Pepin
Année de production: 2016

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VIDÉO TRANSCRIPTION

Titre :
Carte de visite


SERGE CHAPLEAU, caricaturiste, se présente en dessinant sur sa table à dessin.


SERGE CHAPLEAU (Narrateur)

Mon nom est Serge Chapleau.

Je suis caricaturiste.

Je fais des petits bonshommes.

Et je fais ça depuis

1972, que je dessine.

Ce qui fait une bonne

caricature, c'est

ordinairement le sujet.

Je travaille pas seul. On pense

toujours que tu es tout seul

à ta table à dessin puis

que tu cherches des idées,

quand dans le fond, j'ai une tonne

de scripteurs. C'est des gars

d'un talent humoristique

incroyable. On appelle ça des

politiciens. Ils me fournissent

du matériel quotidiennement.

Le seul temps de l'année où le

caricaturiste sait pas trop quoi

faire, c'est quand juin-juillet

arrive, quand les politiciens

s'en vont en vacances.


Quelques caricatures de politiciens défilent.


SERGE CHAPLEAU (Narrateur)

Alors là, tu te rends compte

que: "Eille, j'en ai pas tant

que ça, des idées. Elles

viennent de où?" Elles viennent

de mes amis, les politiciens.

Ils sont fantastiques.

J'aime ce métier parce que

c'est le métier avec

la plus grande liberté.

Mais par contre, si je passe

à côté, si je suis un mauvais

caricaturiste, bien,

je vais perdre mon job

et j'en aurai plus, de job.

Donc, il y a quelque chose

là-dedans de sérieux

dans mon travail. Par contre,

j'ai une grande liberté.

Je fais des petits bonshommes.

Il faut jamais oublier ça.


CHAPLEAU a réalisé un autoportrait en quelques minutes avec l'inscription : Carte de visite!


LINDA GODIN, animatrice s'entretient avec SERGE CHAPLEAU dans son lieu de travail.


LINDA GODIN

Serge Chapleau, bonjour.


SERGE CHAPLEAU

Bonjour.


LINDA GODIN

On est dans votre bureau, dans

votre environnement de travail.


SERGE CHAPLEAU

Dans mon antre.


LINDA GODIN

Oui! Comment choisissez-vous

la caricature de la journée?

Qui va apparaître, évidemment,

dans le journal de demain?


SERGE CHAPLEAU

Ordinairement, pendant la

période normale du temps où les

politiciens sont tous présents

puis qu'ils sont à l'Assemblée

nationale ou à la Chambre

des communes, c'est eux autres

qui me choisissent.

Je veux dire, les sujets,

ça monte à la surface.

Mais ça reste un job puis c'est,

comme on dit,

un full-time job. Je rentre ici

à tous les matins, je lis

mes journaux, je lis mon pad,

maintenant, avec

La Presse+. Et je prends des notes.

Je participe aux meeting éditoriales,

ce qui est très le fun, avec

des gens très sérieux. Et on

discute. Là, je prends des notes

sur des sujets. Je viens dans

mon bureau puis je fouille.


LINDA GODIN

Et donc, les politiciens

sont habitués de se voir

caricaturés par vous. Mais quand

c'est la première fois que

vous caricaturez quelqu'un, un

nouveau politicien, on va dire,

et que vous le rencontrez

en personne, ça donne-tu

de drôles de rencontres?


Tout au long des l'entretien, des caricatures défilent.


SERGE CHAPLEAU

C'est sûr qu'ils aiment pas

ça. C'est sûr et certain

qu'ils aiment pas ça. Il y en a

quelques-uns qui ont un très bon

sens de l'humour puis qui sont

capables d'accepter ça. Mais

la plupart des autres sont fiers

d'avoir été vus comme une

personne importante dont on fait

des blagues. Mais c'est sûr que,

je tairai le nom de certains

politiciens, parce qu'il y en

a trop qui sont vraiment

pas contents. C'est sûr.

Autant les hommes...

Pareil, plus les femmes...

Autant les hommes ont

une perception d'eux-mêmes dans

un miroir qui est pas la mienne.

Alors souvent, surtout quand

je dessine une madame, elle va

me dire: "Ah, je le sais, vous

allez me faire un grand nez."

C'est pas ça du tout

que je vais faire. Ha, ha, ha!

C'est pas là que je m'en vais.

Puis quand elle voit

sa caricature, ou le gars

voit sa caricature: "Oh, wow!"

Tu sais, le Dr Barrette,

je l'ai dessiné comme un énorme

personnage. Qu'est-ce que

tu veux? Il est gros.

Il savait qu'il était gros.

Là, maintenant, je suis obligé

de recommencer et d'effacer

des contours parce que...


LINDA GODIN

Il a perdu du poids?


SERGE CHAPLEAU

Il a perdu beaucoup,

beaucoup de poids.


LINDA GODIN

Et donc, c'est une relation

d'amour-haine avec

les politiciens?


SERGE CHAPLEAU

Oui. J'ai toujours dit: "J'ai

un très grand respect pour les

politiciens." C'est un job de

fou. Je disais tantôt que je me

sens privilégié de faire ce

job-là parce que moi, je suis

un petit bum, de la rue Drolet

ordinaire, qui était sur la go.

Puis, tout d'un coup, je me

sens... J'ai le droit de prendre

mon crayon. J'ai un espace

dans un journal et je peux faire

des blagues. C'est merveilleux.

Eux autres, ils se lancent

en politique. Ils font des tournées,

aller jaser avec le monde,

essayer de se faire élire.

Essayer de passer des lois.

Puis, si tu as le malheur

d'être un peu malhonnête, tu te

fais pincer à un moment donné.

C'est horrible. C'est pas

un beau job, être politicien.

Tandis que la mienne,

moi, je regarde.

Les politiciens, ils passent.


LINDA GODIN

Vous, vous restez!


SERGE CHAPLEAU

Les caricaturistes restent.


LINDA GODIN

Quand il arrive

des drames, par exemple,

quelle question vous vous posez

avant de dessiner?


SERGE CHAPLEAU

Oui. Je veux m'en

aller chez moi.

Je trouve que le job du

caricaturiste, c'est surtout de

pas être sérieux. J'en ai fait

quoi? Une dizaine dans ma vie,

des dessins sérieux. Je trouve

que ça sert pas à grand-chose.

Toute cette crise alentour

de Mahomet, des assassinats,

puis là, les caricaturistes

qui dessinent un crayon

en forme d'épée ou de...

Moi, je me suis dessiné debout

avec une ceinture au lieu

des bâtons de dynamite, c'est

des crayons. Je suis comme ça.

J'ai fait ça une fois,

mais ça suffit. J'aime mieux

trouver un gag drôle,

qui va faire rire la personne

qui prend son café le matin, que

supposément de faire réfléchir

à ce grand concept de la

liberté d'expression. On l'a,

la liberté d'expression. Si je

dessine Mahomet puis que je me

fais tirer en sortant d'ici,

c'est mon choix, c'est

personnel. Si le journal me dit:

"Je veux pas que tu dessines

Mahomet." Je le dessinerai pas.

C'est arrivé. Mais des années

plus tard, on m'a dit:

"Si tu veux le dessiner,

c'est correct." Alors, qu'est-ce

que je fais? Est-ce que je le

dessine puis je risque de me

faire zigouiller, mais je suis

brave. Ou je trouve une façon

de le dessiner en faisant un

détour? Alors, je l'ai dessiné,

Mahomet. Moi, j'ai dessiné,

c'était l'arrivée du jeune printemps,

j'ai fait une grotte puis j'ai

dessiné une toge, un turban,

une canne, des sandales,

mais il est invisible.

J'ai dit: "Mahomet a pas vu son

ombre, l'hiver va être long."

C'était un détour. Ça riait

de la situation, mais il y a pas

de djihadistes qui sont venus

me tirer à la mitraillette.


LINDA GODIN

Est-ce que quand il y a

des politiciens qui quittent

la politique, il y en a certains

dont vous vous ennuyez?


SERGE CHAPLEAU

Oui, bien sûr. Mais il y en a

toujours des nouveaux

pour les remplacer.

Dans l'émission de

Ici Laflaque, c'est beaucoup,

beaucoup d'énergie pour faire

un personnage. C'est des mois

de travail. Alors, quand un

politicien s'en va, ou mon ami,

et je le dis sérieusement,

quand Jean Lapierre est mort,

lui, il adorait son personnage.

Lui, on se préparait même

à faire rencontrer

son personnage et lui-même.


LINDA GODIN

Ah oui?


SERGE CHAPLEAU

Lui, il aimait vraiment ça,

j'en suis sûr.

Mais quand il disparaît, ça fait

un vide, ça fait un creux. Quand

je suis en train de dessiner,

je les dessine depuis tellement

longtemps, j'ai dessiné

Jean Chrétien pendant des années

et des années. Puis, à un moment

donné, il prend sa retraite.

Tu te dis: "Ah, mon Dieu, quelle

tristesse." La face fantastique,

écoute, l'allure incroyable,

le vocabulaire, la binette.

Mais tout de suite après,

il y en a d'autres.

Ce qu'on aime pas,

c'est des politiciens plates.

Il faut qu'il y ait

un petit peu de caractère.


LINDA GODIN

Oui, oui, oui. Qu'est-ce qui a

changé? Ça fait longtemps,

vous l'avez dit, que vous faites

ce métier-là. Qu'est-ce qui a

changé à travers les années dans

la façon dont les gens acceptent

ou pas vos caricatures?


SERGE CHAPLEAU

Ça change, mais pour moi, il y

a rien de nouveau. Les choses se

transforment. Je dessinais, il y

a 20 ans, Youpi qui se suicide

parce que les Expos s'en vont.

Pas question de faire ça

aujourd'hui. Bien sûr, c'était

un pistolet avec un petit

bouchon, mais c'était un

geste, "la vie ne vaut plus la

peine d'être vécue." Puis Youpi

est comme ça. Puis le lendemain,

je l'ai redessiné parce que les

Expos faisaient une autre game.

Aujourd'hui, je peux même pas

imaginer faire ça, parce que

le mot "suicide" va amener

des téléphones à La Presse,

des e-mails, toute la gang des

réseaux sociaux vont embarquer

là-dessus puis ça va être

l'enfer. Mais ça me dérange pas.

Je vais faire le détour

puis je vais le faire autrement.


LINDA GODIN

Hum-hum.


SERGE CHAPLEAU

Mais c'est normal. La société

se transforme. Le caricaturiste,

ce qu'il a à faire, c'est de

réussir à continuer à faire des

gags puis à faire réfléchir. Si

je vais me plaindre sur la place

publique en disant: "Je ne puis

plus dessiner des gens qui

meurent. J'ai le droit." Oui,

j'ai le droit, mais j'aime mieux

prendre le détour différent

qui va arriver au même but,

mais sans qu'on m'empêche

de dessiner. Si je me lève

debout à La Presse

puis que je dis: "Je suis

insulté, je quitte le plateau."

Bien, j'ai plus de job puis

je fais plus de dessin. Alors,

c'est mieux que je fasse: "OK,

je vais trouver une autre façon

de le passer, mon message."


LINDA GODIN

M. Chapleau, est-ce que

vous... Vous vous êtes déjà

fait censurer, n'est-ce pas?


SERGE CHAPLEAU

Oui.


LINDA GODIN

Régulièrement?


SERGE CHAPLEAU

Non. Il faut bien faire

la distinction entre deux sortes

de censure. Si je suis un jeune

caricaturiste de 25 ans,

mes vieux patrons se gêneront

pas pour me censurer.

Ils vont dire: "Ça, c'est

dangereux. Ça, on va peut-être

avoir du trouble avec ça. On

l'acceptera pas." Mais si tu es

un vieux caricaturiste de 70 ans

qui travaille depuis 45 ans,

ils vont y penser à deux fois

de dire: "On la passe pas,

celle-là." Parce que

premièrement, je vais être

plus réfléchi. Et deuxièmement,

il y a une question d'expérience

là-dedans. Je suis pas

pour gaspiller des heures

d'ouvrage en me disant:

"Je vais aller montrer ça

puis ils vont me la refuser."

Si je dessine le pape dans

un bar de danseuses nues

en train de sniffer

de la coke dans les toilettes,

je pense pas que ça passe.

Donc, je la ferai pas, celle-là.


LINDA GODIN

Oui.


SERGE CHAPLEAU

Je vais faire autre chose.


LINDA GODIN

Donc, est-ce que

vous diriez que vous pratiquez

de l'autocensure?


SERGE CHAPLEAU

Une certaine forme

d'autocensure. Elle est logique

puis elle est normale. Je veux

pas retourner sur le sort de mes

amis qui font de l'humour puis

qui vont sur la scène, puis qui

disent: "On n'a pas eu le droit

de faire tel sketch, tel sketch

ou tel sketch." Ce qu'il faut

faire, c'est de le faire,

le sketch. C'est réussir

à le passer, de changer

quelques mots pour réussir

à dire ce que tu as à dire.

Si c'est juste des mots puis que

ça dit rien, bien là, passe-le

pas, ton crisse de sketch.

C'est pas grave. Moi, je vis

quotidiennement à l'émission

de Laflaque avec un avocat.

Je veux dire, à toutes les

semaines, on a des problèmes,

on devient rouge de colère

parce qu'on n'a pas le droit

de dire-ci, puis on m'a pas

le droit de faire ça.

Puis on travaille, on adapte,

on adapte, on adapte,

puis on passe notre sketch.


LINDA GODIN

Oui.


SERGE CHAPLEAU

C'est comme ça la vie. C'était

comme ça il y a très longtemps

à d'autres niveaux. C'est comme

ça. Dans certains pays, ils

coupaient les mains du monde qui

faisait des petits bonshommes.

À d'autres places, récemment,

ils sont entrés avec des

kalachnikovs puis ils ont tiré

dans la gang de Charlie Hebdo.

Et il y a 30 ans, il y a eu...

Il y a 20 ans, il y a eu des

assassinats de caricaturistes.

Il y a eu des humoristes qui ont

été brûlés. C'est ça la vie.

Notre job, c'est d'essayer

toujours de pousser plus

loin, le plus loin possible.


LINDA GODIN

Justement, Charlie Hebdo,

ça, ça a brassé tout le monde.

Je dirais tout le monde,

point, mais en particulier

les caricaturistes.


SERGE CHAPLEAU

Bien sûr. J'en connaissais

quelques-uns un peu, comme ça.

Toute une gang dans un seul coup

par deux malades mentaux

qui rentrent puis qui tirent

dans le tas parce que tu as fait

des petits bonshommes. Il faut

jamais oublier que ça, c'est de

l'humour. Il y en a qui trouvent

que c'est trop, trouvent que

c'est pas assez, qu'on devrait

aller plus loin. Mais à la base

de ça, c'est de l'humour.

C'est un métier très,

très respectable.

Ça compte. Ça montre

qu'une certaine... une saine

démocratie, ça peut se permettre

de rire. Fait que quand des gars

comme ça... Tu sais, de se faire

arrêter par un avocat, c'est

pas grave parce que tu vas

contourner. Mais tu peux arrêter

face à un ostie de malade qui a

une mitraillette puis qui

te tire dedans. Alors, ça, c'est

grave. Le reste, des combats

de savoir que je peux pas faire

tel gag, bien, le lendemain,

je vais en faire un autre.

Et je vais me reprendre.

Je vais me reprendre d'un côté.

C'est ça la beauté du job.

Sinon, change de métier.

On faisait des rencontres,

moi et Aislin, qui est

le « cartooniste ' » de la

Gazette, c'est un grand chum

depuis une éternité,

et on faisait une rencontre avec

des jeunes caricaturistes.

Je me rappelle, Lucien Bouchard

était au pouvoir, et il y a un

jeune caricaturiste anglophone

qui dit: "Quand je dessine

Bouchard, je suis tellement

fâché que je brise la mine

de mon crayon." Et moi

et Aislin, en même temps,

on a dit: "Change de job."


LINDA GODIN

Ah oui, hein?


SERGE CHAPLEAU

"Change de job."

C'est parce que tu es supposé,

au contraire, faire:

"Oh wow! Je vais avoir du fun!"

Et en rire beaucoup. Voilà.


LINDA GODIN

Oui.


SERGE CHAPLEAU

Tandis que je regarde

M. Couillard puis j'aime ça

le dessiner, lui. M. Harper,

quand il est parti,

j'aimais ça le dessiner.

Mais tu vois, lui, quand il est

parti, ça m'a pas dérangé du

tout de faire un autre bonhomme.

C'était... C'était assez.


LINDA GODIN

Justin est plus agréable à dessiner?


SERGE CHAPLEAU

Ah oui!


LINDA GODIN

Ah oui?


SERGE CHAPLEAU

Tu vois, Justin, on peut dire,

vous êtes une jeune femme, c'est

un beau garçon, Justin, hein?


LINDA GODIN

Oui.


SERGE CHAPLEAU

C'est un beau gars. Tout le

monde dit: "Eille, ça a dû être

difficile à dessiner." Que non!


LINDA GODIN

Parlons de Laflaque.


Des affiches de Et Dieu créa... LAFLAQUE défilent.


SERGE CHAPLEAU

Hum-hum.


LINDA GODIN

Ici Laflaque, ça fait

longtemps que vous en rêviez.


SERGE CHAPLEAU

Oui. Moi, dans les années 80,

au début, les années 80,

j'ai commencé à faire des petits

bonshommes en caoutchouc en me

disant naïvement... J'étais

un petit peu tanné de dessiner

parce que c'était pas assez

payant. Je me suis dit: "C'est

fantastique. Je vais pouvoir

faire une caricature puis la

réutiliser à tous les jours."

Bien oui. Sans jamais penser

une fraction de seconde que les

stations de télévision étaient

toutes pour me sauter dessus en

disant: "Eille, c'est le fun."

Mais non, c'était pas ça.

Ça a pas marché du tout.

On a fini à Radio-Québec à faire

la promo pour les émissions

de Radio-Québec,

La minute et quart à Gérard.

Mais ce qui est le plus étonnant

là-dedans, c'est qu'on avait

la meilleure cote d'écoute

de la station pour

La minute et quart.


On présente un extrait de « La minute ¼ à Gérard D. Laflaque.


LAFLAQUE

Ah, Ah bonsoir. Ha, ha! Tiens,

ça tombe bien. Ça tombe bien

parce que je "feelais" justement

pour ça. Bande de fainéants!

J'ai jamais vu une génération

de chips puis de Coke de même!

19h30. Deux points. Les jeunes,

c'est "toutes" des fous!


CHORALE

♪ Dansons le pied d'poule ♪


LAFLAQUE

Eille, coupez-moi ça!

Coupez-moi ça immédiatement

cette maudite musique

de fous-là!


L'entretien se poursuit dans les bureaux de SERGE CHAPLEAU.


LINDA GODIN

Mais ça, c'est un beau rêve

pour vous. Parce que Laflaque

a eu plusieurs transformations.

C'est devenu une marionnette

à un moment donné.


SERGE CHAPLEAU

Oui. Il a été en dessin, il a

été en caoutchouc, il a été en

gros caoutchouc. J'étais couché

en dessous d'un bureau avec

Michel Mongeau puis on faisait,

à bout de bras comme ça,

bouger la marionnette. On a fait

Casse-tête à Télé-Métropole.

Tu sais, les Daniel Lemire,

Jean-Marc Parent, Michel

Barrette, Pierre Verville,

ils étaient tous à ce show-là.

Ça commençait tout.


PIERRE VERVILLE, imitateur, témoigne. dans un studio.


PIERRE VERVILLE

Alors moi, je m'appelle

Pierre Verville. Imitateur,

comédien, humoriste

à mes heures. Ha, ha, ha!

Ah, mon Dieu, Serge, c'est

vraiment, c'est un observateur

absolument incroyable.

C'est quelqu'un qui m'a beaucoup

influencé. Moi, pour mon métier,

il y a eu deux personnes

qui m'ont vraiment influencé

beaucoup: Jean-Guy Moreau,

bien sûr, et Serge.

C'est sûr que son regard,

sa façon de voir l'actualité,

ses dessins, ses illustrations,

ses caricatures absolument

incroyables de personnalités

publiques ont sûrement influencé

mes imitations. C'est sûr

et certain. Et il a toujours

été de bon conseil pour moi.

Je me souviens, à un moment

donné, où je faisais Robert

Bourassa, et il m'avait dit: "Tu

devrais te mettre quelque chose

ici, te faire une petite bosse

ici parce que ça va t'enlever

des épaules. Si tu te mets

quelque chose ici, ça va faire

en sorte qu'il va avoir moins

d'épaules et comme ça, tu vas

pouvoir mieux ressembler

à Robert Bourassa.

Et c'était pas quelqu'un

de très... de bâti et tout.

Il avait une fragilité. Alors,

ça illustrait cette fragilité.

Et ça, c'est Serge qui m'a dit

de faire ça. Les petits bras...

Tu comprends le personnage

quand tu vois le dessin.

Et ça oriente parfois

aussi la voix. Le fameux: "Ch...

Ch... Ch..." qu'il faisait

avec Paul Martin. "Chquand"

tu vois la caricature...

Il y a une combinaison

que je trouve... L'amalgame,

en tout cas, moi, je trouve,

est parfait, façon de parler.

Disons que c'est un naturel.

Mais, comme je dis,

j'insiste là-dessus, c'est Serge

qui était là avant moi.

Ha, ha! Alors, c'est lui

qui m'a influencé et non pas

le contraire! Ha, ha, ha!


On présente un extrait de « ICI, Laflaque » dans lequel quelques personnages interviennent.


LAFLAQUE

Ce soir, à L'éditorial,

j'aimerais vous parler

de la tendance la plus niaiseuse

la mode de faire du vélo

en hiver et j'ai nommé...

l'agriculture urbaine!

Franchement! Faire pousser

du manger en ville, toi!

On a de la misère à trouver

des places où mettre

les nouvelles boîtes postales

communes puis vous voulez

qu'on fasse des champs cultivables?


ROGER

(Voix au loin)

Euh, Gérard, il me semble

que l'idée, c'est de faire

ça sur les toits.


LAFLAQUE

Ha! Bien oui, c'est le fun.

Sur les toits! Puis comment on

va faire pour monter le tracteur

jusque là? Non, c'est vrai,

pour être écolo, ça sera pas un

tracteur. Ça va être un cheval

avec une herse. Je m'excuse,

mais ceux qui louent l'étage

d'en haut, c'est pour avoir la

paix, pas pour se faire marcher

sur la tête par un cheval.

Pataclop! Pataclip! Pataclop!


ROGER le caméraman intervient.


ROGER

Là, Gérard, tu vois juste

le côté négatif. Il y a du bon

aussi. Pense à l'environnement.


SERGE CHAPLEAU

Pfff! L'environnement.

L'environnement! J'entends déjà

Steven Guilbault nous dire

que l'agriculture urbaine:

"C'est bon contre

les îlots de chaleur."


STEVEN GUILBEAULT

C'est bon contre les îlots

de chaleur. Et en passant,

je parle pas comme ça.


On reprend l'entrevue avec SERGE CHAPLEAU dans son bureau.


LINDA GODIN

Serge Chapleau, comment

êtes-vous devenu caricaturiste?


SERGE CHAPLEAU

Euh... Hum...

Comme ils disent:

"Excellente question." Non.

J'ai toujours dessiné.

Je viens d'une famille

où tous mes frères dessinaient.

Et la plupart mieux que moi.

J'étais le bébé. Et à l'école,

j'étais pas très bon. J'étais

pas très confiant. J'avais pas

confiance en moi. La seule place

où je pouvais me retirer

dans les marges de mon cahier,

c'était en dessin.

Et ça me valorisait.

J'étais bon. J'avais une

certaine habileté de mes mains.

J'étais un grand maigre

qui avait de la misère à suivre

dans les sports puis qui était

pas très bon dans ci et dans ça.

Alors, je me suis un peu laissé

aller là. Et ça a jamais arrêté.

La famille, chez moi, je suis

le seul qui est allé faire

les Beaux-Arts. Mais c'est mon

grand, grand, grand frère, qui

était rendu un enseignant, qui a

15 ans de plus que moi, qui a

dit à ma mère: "Vous devriez le

laisser aller aux Beaux-Arts."

Je savais même pas que ça existait.

Je restais encore chez maman,

à 16 ans. Je rentrais à l'école

des Beaux-Arts. Et quand je

rentrais le soir, bien, j'étais

en train de peindre et de

dessiner, et ma mère rentrait

dans la chambre, elle disait:

"Qu'est-ce tu fais là?"

Je dis: "Je dessine." Elle dit:

"Tu as pas de devoirs?"

C'est parce que c'est ça.

C'était pas perçu vraiment...

Alors, pour moi,

c'était un signe de liberté.

Et en plus, quand tu as

une habilité, tu joues avec.


LINDA GODIN

Oui. Mais comment alors...

Parce que là, aux Beaux-Arts,

c'était autant le dessin

que la peinture.

Comment la caricature, qui est

vraiment plus spécifique--


SERGE CHAPLEAU

C'est là qu'elle arrive. Parce

qu'aux Beaux-Arts, tout le monde

est... Ce sont des artistes

qui souffrent et moi, je fais

des niaiseries puis des jokes.

Fait que les affaires

que je faisais, c'était rire,

dessiner le professeur, faire

des sculptures tout croche. Mais

il y a un côté humour là-dedans.

J'ai jamais pris la vie trop,

trop au sérieux. Je pense

que si j'avais pris la vie

trop au sérieux, j'aurais été

très, très malheureux.


LINDA GODIN

Qu'est-ce qu'il faut pour être

un caricaturiste? À part

savoir bien dessiner et rire?


SERGE CHAPLEAU

Là, c'est l'adulte qui parle

en disant... Moi, je dis

toujours: "Ça prend du talent."

Par contre, le mot "talent",

ça peut autant s'adresser à

Cummings du National Post

qui dessine comme

un bébé de 3 ans,

mais c'est très bon.

C'est très, très drôle, aussi.

Je me rappelle, on était dans

un congrès de caricaturistes et

on passe dans une grande salle

d'exposition à Ottawa, puis il y

a une exposition de dessins pour

enfants puis il y a quelqu'un

qui a crié: "Eille, ils copient

sur toi! Tu as volé leur style."


LINDA GODIN

C'est ça!


SERGE CHAPLEAU

Mais t'es pas obligé

de dessiner avec équilibre.

Mais tu le sais clairement quand

quelqu'un a un talent pour aller

chercher le petit coup

de crayon, le regard...


LINDA GODIN

L'expression...


SERGE CHAPLEAU

L'expression, le gag. Il y en

a qui dessinent puis qui sont

pourris et ça dure pas. C'est

pas un métier. C'est un accident

de parcours, caricaturiste.

Je suis tombé là-dedans quand

j'étais petit, puis à l'école...

Tous les caricaturistes te

diraient ça: ils sont pas allés

à l'école de caricature, il y en

a pas. Ils ont pas étudié

là-dedans parce que ça se fait

pas. C'est tous des gars un peu

à part, un peu bizarres, les

filles aussi, même affaire. Je

pense à Sue Dewar, qui est une

bonne amie. Une gang de flyés

qui savaient pas quoi faire

de leur vie. Puis en plus,

il y en a pas de job.


LINDA GODIN

Il y en a pas tant que ça.


SERGE CHAPLEAU

Il y en a pas. Aux États-Unis,

il y a 20 ans, ils étaient 350,

je pense qu'il en reste

une soixantaine.

Les journaux ferment. Le premier

que tu crisses dehors,

c'est le caricaturiste parce que

tu vas économiser de l'argent.

Tu prends la caricature du gars

qui dessine dans le New York

ou à Washington, qui est

dans un Sunday feature,

il distribue...

Lui, il est millionnaire.

Mais le caricaturiste, en plus,

c'est la personne qui est

supposée dessiner "son" monde.

Moi, je dessine ici, à Montréal.

Mon Denis Coderre, mon monde

des politiciens. André-Philippe

Côté, qui est à Québec,

son maire, c'est Régis. Alors,

on dessine nos gens. Il dessine

les problèmes de sa ville.

Fait que ce soit à Philadelphie,

à Denver ou à Seattle, souvent,

ces places-là, ils en ont pu de

caricaturistes. C'est ça, c'est

les fous du roi. C'est un

cliché, mais c'est ça.


LINDA GODIN

Mais il faut adorer

la politique. Non?


SERGE CHAPLEAU

Je commence à moins

adorer ça. Ha, ha, ha!


LINDA GODIN

Mais il faut aimer ça, non?


SERGE CHAPLEAU

Oui, oui, il faut aimer ça.


LINDA GODIN

Parce que sinon, c'est

eux qui sont votre...


SERGE CHAPLEAU

Oui, le gagne-pain, il est là.


LINDA GODIN

Et porter un regard sur

la politique qui est... Cynique?


SERGE CHAPLEAU

Non. Le cynique, c'est pas

le caricaturiste, c'est le

politicien qui nous

conte des mensonges.

Ça, c'est du cynisme. Moi, je

regarde et je transpose. Et une

fois de temps en temps, je suis

capable de montrer au public

le matin qui rit: "C'est donc

vrai." Alors, s'il dit: "C'est

donc vrai", on est pas tous des

cyniques. Tu sais, quand on dit:

"Ah, les gens... Regarde la

politique, aujourd'hui." Bien,

arrêtez de nous fourrer, bon

Dieu, on va avoir plus confiance

dans les politiciens!

Ça se promène avec la clé USB,

l'autre qui se fait arrêter.

La commission Charbonneau. C'est

facile de le devenir. Mais moi,

pendant la commission, je me

sentais pas imbu de cynisme.

Au contraire, j'avais du jus.

J'avais du nouveau monde à

dessiner en disant: "Ce toto-là

a fait ça pendant des années.

Enfin, on est en train de le

pogner." Bien là,

amusons-nous. Amusons-nous.


LINDA GODIN

Ici Laflaque, c'était un de

vos grands rêves. Est-ce que

vous en avez d'autres que

vous aimeriez réaliser?


SERGE CHAPLEAU

Mes rêves, aujourd'hui, ça va

être le bout sérieux, mes rêves

aujourd'hui, c'est de rester en

santé, d'avoir du fun. Puis du

fun, ça peut autant impliquer de

dessiner que de faire des

affaires de Laflaque. Mais si

quelque chose m'énerve, j'ai

pu le goût, je vais te le lâcher

vite en crisse. Ça me tente

pu de perdre du temps. Parce

qu'effectivement, j'en ai moins.

Et ça, ça compte.

Ma santé, ça commence à compter

parce que j'ai eu plusieurs

petites affaires, quand tu

arrives à l'âge un peu plus

adulte. Mon rêve, c'est de

continuer de voyager une fois de

temps en temps. D'aller me

promener. De dessiner. Je veux

jamais arrêter. Dans le moment,

je prendrai jamais ma retraite.

Mais on en reparlera dans la

prochaine entrevue l'année

prochaine, je vais peut-être

avoir pris ma retraite,

je le sais pas. Mais dans le moment,

j'ai aucune intention d'arrêter ça.

Ça m'habite et ça me fait vivre.

Si tu te réveilles le matin... J'ai

vu tellement de gens prendre des

retraites tristes. Ils sont

assis chez eux puis ils sont...


LINDA GODIN

C'est plate.


SERGE CHAPLEAU

Tandis que moi... Tu sais, là,

je vais en Floride avec ma blonde.

Et on a un petit condo.

Tranquille et tout. Mais j'ai ma

tablette à dessin là-bas. Puis

les gens disent: "Qu'est-ce que

tu vas faire en Floride?" C'est

une place de vieux. "Je" suis

vieux. Je peux-tu y aller?

C'est correct, c'est permis,

maintenant. Non, c'est

très bien. Il faut qu'on se

repose puis il fait beau.


LINDA GODIN

Serge Chapleau,

merci beaucoup.


SERGE CHAPLEAU

Merci.


Une dernière caricature apparaît. Il s'agit de JACQUES PARIZEAU qui dit : « Fallait bien qu'un jour, vous et moi, on se sépare... Salut! ».


Générique de fermeture

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