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Carte de visite

Gisèle Quenneville, Linda Godin et Daniel Lessard rencontrent des personnalités francophones et francophiles. Découvrez ces politiciens, ces artistes, ces entrepreneurs ou ces scientifiques dont l'histoire, extraordinaire, mérite d'être racontée.

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André Sauvé : humoriste

En 2006, le public québécois découvre André Sauvé. Cette année-là, l’artiste aux grands yeux bleus et à la chevelure bouclée est nommé Révélation de l’année au Festival Juste pour rire. Deux ans plus tard, son premier one-man-show est un immense succès. L’humour d’André Sauvé est unique. Sur scène, ses gestes et son énergie sont électriques. Ses textes explorent les événements banals du quotidien. Si André Sauvé fait rire ses spectateurs, il les pousse aussi à réfléchir.



Réalisateur: Charles Pepin
Année de production: 2016

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VIDÉO TRANSCRIPTION

Titre :
Carte de visite


ANDRÉS SAUVÉ, humoriste, est présenté dans différentes situations de spectacles qui illustrent sa présentation.


ANDRÉ SAUVÉ (Narrateur)

Je m'appelle André Sauvé

et pour me définir, je me

définirais étant quelqu'un qui

cherche. Oui, c'est ça. Je suis

plus un chercheur. J'aurais aimé

être quelqu'un qui trouve. J'ai

trouvé moins que j'ai cherché,

mais quand même, oui. Je me

définirais comme ça: quelqu'un

qui cherche, curieux.

Le genre d'humour que je fais,

j'ai toujours de la misère à

le définir et je suis content de

pas être capable de le définir

parce que je veux pas moi-même

m'encarcaner dans une

définition, puis c'est ça qui te

permet après ça de... Quand on

invente, on n'est pas confiné à

quelque chose, mais j'arrive pas

à le circonscrire dans quelque

chose. Et j'en suis content

de ne pas être capable pour pas

me... Je suis claustrophobe

psychologiquement. Fait

que je veux pas moi-même

me mettre dans un bocal.

Souvent, ce qui me fait rire

chez l'humain, l'humain, c'est à

la base, c'est sûr. Mais c'est

nos tentatives du bien paraître

dans la société, puis qu'on

essaie de camoufler nos travers.

Ça, ça me fait... Cette

comédie-là de la vie, elle

me fait rire tant que je suis

spectateur. Dès que je suis

dedans, je trouve plus ça drôle.

Mais quand j'en suis spectateur,

c'est quelque chose qui me fait

rire à tout coup. Oui. Un rire

secret que je laisse pas montrer,

mais qui me... Je souris, puis je

prends des petites notes

en même temps, tu sais.


Intertitre :
André Sauvé


LINDA GODIN s'entretient avec ANDRÉ SAUVÉ sur la scène d'un salle de spectacle vide.


[LINDA GODIN:] André

Sauvé, bonjour.


ANDRÉ SAUVÉ

Bonjour.


LINDA GODIN

Vous êtes un humoriste assez

déjanté, je pourrais dire,

sur scène. Est-ce que vous

aimez cette définition-là?


ANDRÉ SAUVÉ

Bien, en fait, oui et non

parce que déjanté... Elle est

où, la jante? Ça, on pourrait

se poser cette question-là.

C'est où la norme, tu sais?

En même temps, non, je l'endosse

pas complètement parce que

souvent, les commentaires que

j'ai après les spectacles, c'est

que beaucoup, beaucoup de gens

me disent: "Je pense comme ça.

J'ai l'impression que tu es

rentré dans ma tête. Je suis

comme ça moi aussi." Mais on

me le dit comme ça: "Je pense

comme ça." On me le dit comme

à tâtons. C'est comme tabou, on

dirait, de s'avouer, de se poser

des questions ou avoir des

réflexions pas dans la norme

dans le quotidien de tous les

jours. Mais on vient souvent me

dire ça. Fait que "déjanté", je

peux dire oui, mais on est une

gang. Si c'est comme ça qu'on

veut me définir, je suis pas

tout seul. On est vraiment

une gang de ça. Mais je pense

que je regarde l'humain à la

loupe dans ce sens-là. Moi, je

me considère pas déjanté. Moi,

je me trouve comme... Moi, je

m'étonne pas moi-même. Je suis

avec moi depuis un bout. Fait

que je me trouve pas déjanté.

Mais ça a tout l'air que ça fait

cet effet-là chez les gens.


LINDA GODIN

Qu'est-ce que vous cherchez?

Qu'est-ce que vous voulez

provoquer chez votre public?


ANDRÉ SAUVÉ

Ah, c'est drôle. Quand

j'écris, je pense jamais au

public, je pense jamais à ceux

qui vont l'entendre. Je pense

à me provoquer moi-même. Je

pense jamais à l'autre. Je pense

jamais aux gens: Ah, ils vont

capoter, là, je vais faire ça!

Jamais, jamais. Et je pense à

moi, me faire capoter moi-même.

Moi, aller dans des zones que je...

C'est un processus obscur

écrire, hein. Quand on écrit,

c'est un peu à tâtons, c'est un

peu à l'aveugle que je le fais.

Je sais pas j'ai un feeling,

puis j'y vais avec ça. Mais

dès que moi, je me sens instable

dans ce que j'écris, j'aime ça

ce côté-là. Même que j'en oublie

parce qu'après, une fois que

j'ai eu écrit quelque chose,

je me dis: Ah, mon Dieu!

Il faut que j'aille le faire.

J'oublie que je vais aller

le faire après.

Puis je pense pas déstabiliser

les gens du tout. Je pense

à m'étonner moi-même, puis

après, bien, heureusement, on va

toucher du bois, ça touche écho

chez les gens par la suite.

Mais je pense pas aux autres.


LINDA GODIN

C'est ça, mais c'est très

philosophique. Vous vous posez

ces questions intérieures ou

qu'on n'ose pas poser. Est-ce

qu'on peut dire que vous faites

de l'humour philosophique?

De la philosophie de l'humour?


ANDRÉ SAUVÉ

On pourrait, oui. On pourrait

parce que c'est des questions

que je me pose souvent.

C'est sûr qu'il y a des numéros,

plus folie pure. Il y a pas de

questionnement parce que ça en

prend aussi. C'est un dosage,

un spectacle. Mais les numéros

où c'est plus... C'est des

questions que je me pose pour

vrai. Comme le numéro sur le

moment présent. Entre deux mots,

le personnage va en vacances, il

se fait dire "profites-en", puis

il fucke toutes ses vacances

à essayer de trop en profiter à

vivre le maudit moment présent.

Bon, c'est sûr que c'est grossi.

Il essaie de relaxer entre le

bruit des vagues parce que les

vagues l'énervent. Puis il rate

toutes ses vacances. Mais c'est

vrai que la question, je me

la pose pour de vrai. Vivre

le moment présent, comment on

y parvient? Comment on peut être

plus là qu'on est là, tu sais?


On présente un extrait du spectacle « Être » d'ANDRÉ SAUVÉ, en 2015.


ANDRÉ SAUVÉ

On va attaquer cette affaire-là

de façon rationnelle. Je me suis

dit: Dans la vie, c'est pas

compliqué, tu as trois affaires.

Il y en a juste trois. Tu as

le passé, le présent, puis le

futur. Il y en a juste trois.

Mais de la manière que c'est

fait ces trois affaires-là:

imagine ici ton passé comme

un réservoir. OK? Un immense

réservoir et là-dedans, c'est

tout ce que tu as fait depuis ta

naissance jusqu'à aujourd'hui.

C'est là, c'est coulé dans le

béton, tu peux rien, rien, rien

changer de ça. Et de l'autre

côté, c'est ton avenir.

Un autre immense réservoir.

Puis là-dedans, c'est tout ce

qui s'en vient jusqu'à ta mort.

C'est là, c'est en stand-by,

puis ça attend de devenir du

passé. Et le présent, c'est une

mince, mince slice, une mince

craque entre les deux de même.

Et vivre dans le présent, là,

c'est vivre dans cette

petite craque-là comme ça.

Là, de la manière c'est fait.

Quand le temps avance, tu as

quelque chose qui s'en vient ici

dans le futur. Ça s'en vient,

ça s'en vient, ça s'en vient.

Tu le vis. Oups! C'est passé!

Il y en a un autre qui arrive.

Tu le vis. Oups! C'est passé!

Regarde, je vais éternuer.

Atchoum! Oups! C'est passé.

Tu as hâte à la fin de semaine.

Oups! C'est rendu lundi.

Comprends-tu?


On revient à l'entretien entre ANDRÉ SAUVÉ et LINDA GODIN.


ANDRÉ SAUVÉ

Comme là, en ce moment,

comment je peux plus profiter

de l'entrevue que je le fais

présentement?

C'est sûr que je le tourne en

drôle, mais c'est des questions

auxquelles j'ai réfléchi par la

méditation, par des trucs comme

ça où on arrive à démystifier

cette notion-là qui est de vivre

le moment présent. Et je suis

constamment en train de le

démystifier cette question-là.

J'arrive jamais à une réponse

qui est fixe pour tout le temps.

Parce que la réponse qu'on a

aujourd'hui, demain, elle n'est

plus valide. C'est une autre,

tu sais. C'est futile

cette affaire-là.


LINDA GODIN

Pourquoi l'humour? Parce que

c'était pas vraiment dans votre

vie, il me semble, quand vous

étiez jeune ou adolescent.


ANDRÉ SAUVÉ

Écoute, c'est... Un moment

donné, avant que ça démarre,

j'ai tourbé beaucoup de pages

dans ma vie. J'ai changé de...

Je m'en allais là-dedans, puis

je changeais, puis tout ça. Là,

celle-là, elle était blanche en

tabarouette. Ça faisait deux ans

que là, je sais pas. Puis

j'avais demandé à des amis

proches... Puis je savais plus

trop où je m'en allais dans la

vie. Puis je leur demandais: Là,

j'ai besoin d'un bilan dans

ma vie, puis ce soir, au souper,

on va traiter de mon cas.

J'avais utilisé mes amis

à m'éclairer. J'ai dit:

"Éclairez-moi." J'ai dit: "Dans

quoi je suis bon? Dans quoi,

autour de la table, vous pouvez

pas m'accoter là-dedans?"

Bon, puis, ils m'avaient dit:

"Tu es drôle." Puis je tassais

toujours: Bien non! Pas ça. Dans

quoi pour aller faire quelque

chose? Puis ils me ramenaient

à ça. Ils disaient: "Dans ça.

Tu as ça. Dans le reste, tu es

pourri dans tout le reste!"

"On te demandera pas de faire de

la rénovation. On te demandera

pas de faire rien. Tu es pas bon

dans ça, mais dans ça." Puis je

tassais ça, je te tassais cette

affaire-là. Puis là, un moment

donné, à force qu'ils me le

disent, j'ai dit: Bien, OK. Puis

j'ai osé aller là-dedans. Mais

je ne le voyais pas. J'avais

ça... Peut-être naturellement,

j'ai toujours été...

Puis ceux qui me revoient...

Puis c'est sûr que

par la force des choses, on

revoit des gens avec qui je suis

allé au secondaire, puis tout

ça, puis ils disaient: "C'est ça

que tu étais à l'école." Mais je

ne le voyais pas. Je voyais pas

que... On dirait ce qu'on est,

on est toujours un peu le

dernier à s'en rendre compte.


LINDA GODIN

Le personnage qu'on voit

sur scène, jusqu'à quel point

il est proche de qui vous êtes

en réalité? Est-ce que

c'est un personnage ou

c'est vraiment vous beaucoup?


ANDRÉ SAUVÉ

C'est un mixte des deux. Des

fois, moi-même j'arrive pas

à faire la ligne : un, je parle

beaucoup moins dans la vie.

J'aime pas parler dans la vie.

Je trouve ça épuisant parler.

J'aime bien mieux écouter dans

la vie. Fait que je suis plus

silencieux dans la vie de tous

les jours, mais c'est moi

déformé en quelque part.

C'est moi mis à la loupe. C'est

sûr que je... Ça va vite dans

ma tête quand je suis autour

d'une table. C'est pour ça que

je préfère écouter parce que

je suis capable de suivre trois

conversations en même temps,

puis ça, j'adore ça faire ça.

Mais c'est moi en même temps,

mais grossi. Et grossi à la

loupe. Je prenais tantôt cet

exemple-là de vivre le moment

présent. C'est vrai, je l'ai

vécu en méditation,

des choses comme ça.

Après, je le grossis, je le

déforme, mais je pars toujours

du vrai. Je pars toujours d'une

source vraie. Puis je pense

que l'humour, c'est un peu ça.

Souvent, ce qui fait rire, c'est

qu'il faut que la source soit

vraie. Il faut que l'émotion

soit vraie. Après, on peut

grossir et tout ça. Mais à la

base, ces questions-là, oui,

je les pose. C'est moi déformé.


On présente un autre extrait d'ANDRÉ SAUVÉ en spectacle.


ANDRÉ SAUVÉ

Ah, oui, dans les ascenseurs,

OK, je suis pas claustrophobe.

J'ai pas ça la claustrophobie.

J'ai pas... J'ai plus de place

sur le disque dur

pour ça. J'ai pas ça.

Mais j'ai toujours trouvé

bizarre qu'il y ait un petit

feeling weird dans l'air

d'être toute du monde collé et

qu'on se connaît pas à regarder

de chiffres qui défilent en

haut. Et je me suis toujours

demandé si j'étais le seul à

sentir ce petit feeling

weird là. Un moment donné,

j'ai voulu en avoir le coeur net.

On était sept, huit dans un ascenseur.

Je me suis reviré. J'ai dit:

"Coup donc! C'est-tu juste moi

ou c'est weird en ce moment?"

Bien, j'ai découvert que

le petit feeling weird,

une fois que tu l'a nommé,

après ça, il est pire.


LINDA GODIN poursuit son entrevue avec ANDRÉ SAUVÉ.


LINDA GODIN

Et donc, vous avez fait plein

de choses. Vous vous êtes

cherché avant de trouver que

l'humour, ça vous allait.

Quand vous étiez plus jeune,

adolescent, étiez-vous quelqu'un

d'aussi... qui se questionnait

beaucoup, qui était peut-être

tourmenté? Comment vous étiez?


ANDRÉ SAUVÉ

Ah, oui. Beaucoup. Beaucoup,

beaucoup. L'enfance a été le fun.

L'enfance a été très le fun.

L'adolescence, j'ai détesté

ça du secondaire 1 jusqu'à la

fin du secondaire 4, 5.

J'ai détesté ce temps-là. J'ai eu

bien de la misère à... Moi,

les questions sont venues à ce

moment-là, puis je me retrouvais

pas dans... On dirait que je

suis capable aujourd'hui quand

je "backtracke", pour parler

français... Je suis capable

de repérer que c'était la

créativité qui m'animait, le

côté artistique. Mais je savais

même pas. Moi, je viens d'ici,

Lachine, qui est un milieu

très ouvrier. Il y avait rien

d'artistique autour de moi.

Les options à l'école pour

sortir des cours normaux,

c'était réfrigération et

électricité. Je les ai pris.

Donc, avec une torche à soudure,

puis des choses. Mais c'étaient

les seules options, mais j'avais

pas d'option de théâtre ou

option... Mais je savais même

pas que c'était de ça que

j'avais envie. Je savais

même pas qu'il y avait

un chemin pour ça.


LINDA GODIN

Qu'il y avait une

possibilité, c'est ça.


ANDRÉ SAUVÉ

Qu'il y avait une possibilité

d'exprimer ce monde-là

qui bouillait en dedans

de moi, qui foisonnait.

Et quand ça ne sort pas,

je pense que c'est dangereux

physiquement et

psychologiquement. Et j'ai eu

beaucoup peur de ces zones-là.

Mais où je mets cette

affaire-là que je ne sais

comment ça s'appelle? C'était

aussi obscur que ça. Je

sais beaucoup ce que c'est

que de ne pas savoir.


On visite quelques lieux intéressants de Lachine : le canal, L'entrepôt 2875, la marina, le lac St-Louis.


ANDRÉ SAUVÉ (Narrateur)

À Lachine, le lieu que je

privilégiais, c'est le canal

Lachine. J'allais souvent

marcher là. Mais c'était pas

du tout ce à quoi ça ressemble

aujourd'hui. C'était très pas

beau quand j'étais petit.

C'était un coin vraiment tout

croche. Il y avait pas la

marina, tout ça. Fait que

c'était vraiment... Pas

désaffecté, mais pas loin.

C'était pas joli. Mais ça avait

quand même un cachet. C'était

sur le bord quand même d'un

canal. Il y avait le lac

Saint-Louis pas loin. Et c'est

des places où, oui, j'allais

jouer. On restait pas loin de

là. J'allais jouer sur le bord

du canal. J'allais me promener

là. Moi, je jouais pas avec

des jouets. Je jouais à des jeux

d'imaginaire, tout ça. Fait que

ça se passait là. Les dragons,

c'est là qu'ils étaient. Tous

les dragons étaient là. Tous

les châteaux étaient là,

dans ma tête. C'est là

que ça se passait.

J'y retourne parfois quand ma

mère habite encore à Lachine. Et

des fois, ça arrive, avec elle,

on va prendre une marche là-bas.

Et maintenant, c'est magnifique.

C'est une aire de promenade qui

est super belle. La marina, ça a

amené plein de restos. Ils ont

tout renippé le canal Lachine.

Eh oui, des fois, je vais là

avec ma mère prendre une marche

avant ou après souper. Oui.


LINDA GODIN et ANDRÉ SAUVÉ reprennent leur entretien.


LINDA GODIN

André, si je vous dis

"2008", qu'est-ce qui vous

vient en tête?


ANDRÉ SAUVÉ

2008?

Ah, j'ai pas la notion du temps.


LINDA GODIN

Ah, non?


ANDRÉ SAUVÉ

Qu'est-ce qui s'est passé

en 2008? J'ai aucune

notion du temps.


LINDA GODIN

Je dirais que c'est votre

année charnière comme humoriste.

C'est là où ça a parti.


ANDRÉ SAUVÉ

C'est 2008, ça?


LINDA GODIN

Oui.


ANDRÉ SAUVÉ

OK. Bien, c'est ça.

Oui, c'est ça. Moi, ça a été...

Ça a parti très, très vite.


LINDA GODIN

Dégelis et tout ça, là.


ANDRÉ SAUVÉ

Oui. Exactement. Ça a parti

très, très vite et... C'est

drôle, on le sent. Quand j'ai

fait ce concours-là qui était

très loin, dans le Témiscouata

et tout ça. Je sentais

que je faisais quelque

chose d'important en dedans.

Même si c'était loin et tout ça.

Je sais pas, ça faisait...

c'était ma sortie

de page blanche que je disais

tantôt. Puis c'était le premier

geste que je posais un peu

créativement, de créer quelque

chose, de mettre ça en avant.

Et ça a été une plaque tournante

pour moi. Plaque tournante.

Les cuillerées sont arrivées

vite après. Parce que ça a parti

très, très vite. J'ai pas connu

une ascension progressive.

Ça a fait boum! J'étais dans une

calèche à boeufs, puis je suis

passé dans un TGV. C'était à peu

près ça le passage. Une chance

que j'avais cet âge-là parce que

je comprends qu'on puisse

peut-être capoter quand les

choses vont vite comme ça. Mais

oui, j'ai... C'était déterminant

pour moi. Ça a été comme... Là,

je me suis senti, je faisais la

bonne affaire au bon moment

à la bonne place... Puis là,

j'accomplissais ce que je pense

que je suis venu faire le

petit bout ici sur la Terre.


LINDA GODIN

Et ça a été une déferlante.


ANDRÉ SAUVÉ

Oui.


LINDA GODIN

Vraiment, c'est arrivé...


ANDRÉ SAUVÉ

Oui.


LINDA GODIN

Comment vous avez géré le

succès qui arrive comme ça

aussi vite comme...


ANDRÉ SAUVÉ

C'est drôle, mais je reviens

souvent avec ça. J'ai fait

beaucoup de méditation, puis je

pense que ça, m'a aidé beaucoup.

J'ai capoté big time. J'ai

apprivoisé la scène. J'aimais

pas ça être sur la scène. Je

sentais que c'est là qu'il

fallait que j'aille. Mais c'est

parce qu'on sait que c'est là

qu'il faut qu'on aille qu'on est

tout de suite à l'aise dedans.

Mais moi, être sur une scène

devant des gens, c'était une

terreur. Et j'avais Pierre Bernard,

mon metteur en scène,

qui m'a beaucoup, beaucoup

aidé. Carrément, il me poussait

sur la scène. Je voulais pas y

aller. J'aimais pas ça. J'ai

dit: "Crisse, j'aime pas ça." Je

suis pas bien. Je suis juste angoissé.

Tout le monde a eu du fun sauf

moi. Je faisais: Ce serait le

fun que j'en aie un peu de temps

en temps. Mais j'ai apprivoisé.

Il y avait Judy Richards et

Yvon Deschamps qui tous les deux

m'ont découvert. Puis je leur

sais ça. Ils me disaient, tu vas

voir. Tu vas gagner des petites

minutes de plaisir. Ces petites

minutes-là vont devenir des cinq

minutes, des dix minutes. Et ça

a cru, grandi, et aujourd'hui,

j'y prends plaisir.

Mais j'ai eu à apprivoiser ça.

Ah, oui, ça me faisait

beaucoup, beaucoup peur.


LINDA GODIN

Et vous, votre premier

spectacle, tournée

de quoi, trois ans?


ANDRÉ SAUVÉ

Oui.


LINDA GODIN

340 quelques spectacles?


ANDRÉ SAUVÉ

Oui. C'est assez fou, ça

aussi, c'est vraiment...


LINDA GODIN

Ah, oui. C'était sans arrêt.


ANDRÉ SAUVÉ

Comment vous étiez quand

vous avez fini cette tournée-là?


LINDA GODIN

Ah, épuisé. Oui, j'étais

épuisé et puis j'étais très...

Après, j'ai pris un an pour

écrire l'autre. Mais j'ai

refusé tout, tout, tout. Toute

entrevue. J'étais plus capable

qu'une lentille soit sur moi.

J'étais plus capable qu'un spot

soit sur moi.

Parce que c'est très...

Ah, comment dire? C'est très

exigeant être sur scène. Tu

donnes beaucoup. La valve, là...

Elle sort. Puis, un moment

donné, il y a un danger de

s'assécher. Et à la fin, j'étais

épuisé de ça. Et quand j'ai fait

l'année. Je suis parti au

Mexique écrire le prochain show,

puis après, je travaillais

chez moi et tout ça. Puis

être habillé en mou chez nous

tranquille, anonymat, puis un

travail dans l'ombre, ça m'a

fait énormément de bien.

Énormément de bien de pas

être sur le output. On a deux

valves. On a input, output.

Quand c'est la output, bien,

c'est pas des inputs. Fait

qu'on peut se vider. Ça donne

beaucoup, on reçoit beaucoup.

Mais c'est hyper exigeant.


LINDA GODIN

Et là, il y a la France.


ANDRÉ SAUVÉ

Oui. Là, c'est ça.


LINDA GODIN

Là, vous êtes beaucoup en

France ces temps-ci.

Comment ça va?


ANDRÉ SAUVÉ

Bien. Ça m'a pris sept ans

avant de dire oui. Ouais.


LINDA GODIN

Ils vous sollicitaient depuis...


ANDRÉ SAUVÉ

Ah, oui. Depuis un bout.


LINDA GODIN

OK.


ANDRÉ SAUVÉ

Puis mes agents me disaient

ça: "Es-tu conscient que quand

on va là-bas, habituellement,

il faut cogner aux portes.

Puis là, c'est eux qui viennent

cogner à la tienne." J'ai dit:

"Je le sais. Mais pas là." Je

comprenais pas pourquoi j'irais

là. Je comprenais pas la raison.

Puis, là, finalement, j'ai dit:

OK. Fait que là, on a mis ça

en place. Jusqu'à tant que je

parte... Quand je suis parti

à l'automne, là-bas, j'étais

à l'aéroport puis je comprenais

pas tout encore. Je comprenais

pas tout pourquoi j'allais là.

Mais j'ai adoré ça. Oui, j'ai

adoré ça. J'ai adoré redémarrer.

J'ai adoré Paris, j'ai adoré

l'Europe. J'ai adoré cette

vie-là beaucoup, beaucoup. Puis

c'est se redéstabiliser aussi

en même temps. C'est drôle. Je

cherche toujours une stabilité,

mais je me mets toujours dans

une position où... Mais en

même temps, c'est ça la vie.


LINDA GODIN

Un peu en danger...


ANDRÉ SAUVÉ

Oui. Puis en même temps, c'est

ça la vie. Sinon, on s'effoire.

Sinon, je sais pas trop, puis...

Fait que j'ai aimé cette

position-là de me remettre en

danger là-bas. Je vais dans

une salle de 80 places. C'est

minuscule. Des fois, ils sont

60, ils sont 40. J'ai même

pas de micro. Ils sont assis là.


LINDA GODIN

Ah!


ANDRÉ SAUVÉ

Oui. C'est petit, petit.


LINDA GODIN

Et ils rient?


ANDRÉ SAUVÉ

Oui. Au début, ils sont comme:

"Oh, boy! C'est quoi ça?"

L'accent. Il faut qu'ils...

L'assimilation est beaucoup.

Il y a l'accent. C'est qui ce

gars-là? Puis le propos. Au

début, ils sont comme: "Taboire!

OK." Puis à la fin de

l'intro, ils font: "Ah, OK."

Puis là, ils achètent le ticket

pour prendre le train. Et ça, je

suis content de ça, de regagner

soir après soir. Puis à la fin,

je vais voir les gens. Je vois

quasiment tout mon public

parce qu'ils sont 42.

Et puis, les gens me disent...

Un peu les commentaires d'ici.

Encore une fois, rentrer dans ma

tête. On a ce type d'humour,

puis ils se reconnaissent

là-dedans et tout ça.

Cette névrose-là est

comme universelle.

Ce questionnement-là est

universel. Mes propos, c'est

pas les trous dans la rue de

Montréal. C'est les trous dans

le cerveau humain. Et ça, on en

a tous partout où qu'on soit.


LINDA GODIN

Quelques-uns. Oui.


ANDRÉ SAUVÉ

Exactement.


ANDRÉ SAUVÉ est debout sur la scène et se raconte.


Citation : Ce n'est pas sa beauté, sa force et son esprit que j'aime chez une personne, mais l'intelligence du lien qu'elle a su nouer avec la vie.

- Christian Bobin, extrait du livre « Ressusciter »


ANDRÉ SAUVÉ

La personne que j'aimerais

rencontrer, ce serait l'auteur

Christian Bobin. Moi, c'est mon

auteur fétiche et j'ai tout lu

de lui. C'est quelqu'un qui vit

en France dans un petit village

très reclus, laid, et qui écrit

des choses magnifiques. J'ai

tout lu ses livres et c'est

une écriture... Parce qu'il

m'inspire beaucoup. C'est

une écriture qui est pas

du tout humoristique.

Il se passe absolument rien dans

ses livres, mais c'est des

observations du quotidien. Mais

il écrit avec une parcimonie

extraordinaire. Les mots se

déposent comme des petits

flocons de neige, un sur les

autres. Et il y a rien à

toucher. Tout est là. Et

c'est magnifique.


Citation : Il y a une étoile mise dans le ciel pour chacun de nous assez éloignée pour que nos erreurs ne viennent jamais la ternir.

- Christian Bobin, extrait du livre « Ressusciter »


ANDRÉ SAUVÉ

Ce que j'aimerais savoir de lui?

Peut-être qu'il me parle de

l'écriture. Bien qu'il en

a parlé. Dans ses livres, il y a

des bouts. Mais d'échanger

sur ça, cette espèce de

processus là, cette espèce de

regard sur la vie. Échanger sur

comment lui voit ces choses-là

et partager là-dessus. Avec

peut-être peu de mots, tout

compte fait. Parce que je pense

pas que c'est quelqu'un

qui est très bavard.

Mais avec peut-être peu de mots,

mais échanger là-dessus.

Oui. Les regards sur la vie.


Citation : ON n'a qu'une faible idée de l'amour tant qu'on n'a pas atteint ce point où il est pur, c'est-à-dire non mélangé de demande, de plainte ou d'imagination.

- Christian Bobin, Extrait du livre « Ressusciter »


On présente un autre extrait d'un spectacle d'ANDRÉ SAUVÉ.


ANDRÉ SAUVÉ

Mais avant de commencer, la

première cabane que je dois me

poser comme question... Oups! Je

l'ai mis à l'envers. Rewind!

La première "question" que

je dois me poser comme cabane...

Voyons. Je viens de le revirer

de bord. Il manque un bout.

Attends une minute. La première

question que je dois me poser

"avant" la construction de

ma cabane. Ouf! J'ai eu peur.

Si j'étais chez nous, j'irais

m'étendre. OK. Donc...

Quoiqu'il arrive, André, reste

groupé. OK. Donc, la première...

Mes culottes? OK. La...

La première question que je dois

me poser avant la construction

de ma cabane, c'est: Est-ce que

j'ai le goût de faire ça,

cette activité-là? Tu sais.

La réponse est oui. Excellente

réponse parce que le bricolage

va faire développer plein de

qualité en dedans de soi. Comme

par exemple, l'estime de soi.

Oui! L'estime de soi. Vos amis

vont venir à la maison. Vous

allez leur dire: "Regarde la cabane,

c'est moi qui l'ai fait."

Puis eux autres

vont faire: "Hein?"

Estime de soi. OK?


LINDA GODIN reprend l'entrevue avec ANDRÉ SAUVÉ, sur une scène de salle de spectacle vide.


LINDA GODIN

André Sauvé, je dirais qu'il

y a deux côtés chez vous.

C'est-à-dire le côté névrotique

qu'on voit sur scène,

névrosé, et le côté très zen.


ANDRÉ SAUVÉ

Oui.


LINDA GODIN

Elle vous vient d'où,

de quand cette zénitude-là?


ANDRÉ SAUVÉ

À cause de la névrose.


LINDA GODIN

Ah, oui?


ANDRÉ SAUVÉ

Oui. Un côté très zen, mais en

même temps, c'était particulier

parce qu'encore une

fois, je pense, ce côté zen,

oui, je le repère chez moi,

mais on a quand même

une idée de ce que c'est le zen.

C'est pas si calme que ça.

Le zen, c'est de... Je parle

souvent que oui, je fais de

la méditation. Mais on pense que

c'est un lac calme la méditation

ou ce côté zen, mais le zen,

c'est affronter la tempête

quand il y a tempête.

C'est être capable. Les zen,

c'est de regarder ce qui est

comme c'est. Si une journée, il

y a une tempête ou un orage,

n'essayons pas de voir le reflet

de la lune sur la mare. Il y en

a pas! Il mouille, puis

ça revole partout.


LINDA GODIN

Il y a des vagues.


ANDRÉ SAUVÉ

Exactement.

Mais encore là, on a une idée

que le zen, c'est toujours

la petite mare, puis la lune qui

reflète dedans, puis c'est

calme, calme, calme.

C'est pas ça. C'est pas ça.

C'est regarder ce qui est.

Les deux vont ensemble. On

parlait de oui, la névrose, mais

je l'aborde avec la partie

zen. Quand c'est.. C'est

effervescent, regardons

l'effervescence et soyons en

accord avec l'effervescence

plutôt que de lutter à ce

que ce soit calme.

Ce n'est pas calme ce moment-là.

Mais regardons calmement la

tempête. C'est ça qui est la

différence avec le zen. N'en

rajoutons pas. Et ça amène dans

ma vie de tous les jours, oui,

un calme, mais créativement,

ça amène... Écoute. Il y a plein

d'affaires à dire là-dessus.

Fait que quand les gens disent:

"J'ai l'impression que tu es

rentré dans ma tête." Bien, moi,

je suis pas rentré dans votre

tête, je suis rentré dans la

mienne. J'ai décrit, moi, cette

tempête-là qui m'habite. Je l'ai

décrit dans ses plus menus

détails. Puis après ça,

les autres, bien, s'ils se

reconnaissent dans la leur, bien

tant mieux pour vous autres!

Mais ça amène ça, créativement,

c'est ce que ça amène. Être

capable de regarder. Et quand on

fuit quelque chose, on peut

pas le décrire, on le fuit. Mais

quand on l'affronte, le zen,

c'est regarder la chose...

cold turkey, drette dans la face et

de plonger dedans. Et c'est le

meilleur moyen de s'en sortir.


On présente un nouvel extrait d'un spectacle d'ANDRÉ SAUVÉ.


ANDRÉ SAUVÉ

Là, je me suis dit: Ça peut plus

continuer comme ça. Là, j'ai

dit: Je peux pas passer le reste

de mes jours à rusher avec

moi-même de même. C'est qui

ce gars-là qui rushe de même?

Je peux pas me rendre jusqu'à

ma mort, puis être mal avec

moi-même de même. J'étais après

capoter. Et là, pendant que je

capotais là-dessus, il y avait

à côté de moi depuis le début

dans mon salon, une de mes

plantes vertes qui était là.

Il y avait une de ses feuilles

qui était morte. Elle était

séchée. Et au moment où

j'ai posé les yeux dessus,

d'elle-même, la feuille s'est

détachée. Elle a fait ça comme

ça elle est tombée par terre

et puis ça a fait tic sur le

plancher. Et là, ça a flashé

dans ma tête. Je me suis dit:

Elle, là, ma plante verte,

pour lâcher prise

sur sa feuille morte, elle est

pas en train de se dire: "Ah,

mon Dieu! Comment qu'on fait ça,

lâcher prise? C'était ma feuille

préférée. Comment je vais faire

pour la laisser aller?

Je l'aimais. Je veux pas qu'elle..."

Elle, elle se dit rien, ma

plante verte. Elle, elle fait

tic, puis that's it. Et là, je

me suis dit: Esprit que je fais

pas tic, moi, dans ma vie! Je

fais pas tic! Et là, je me suis

mis à paniquer là-dessus.

Mais comment on fait pour lâcher

prise? Je peux pas me rendre

jusqu'à ma mort pas capable de

lâche prise. Comment qu'on

fait ça? Là, j'ai dit: Mais...

Fais-le là.

Fais tic avec ta panique

présentement. Et là, je l'ai vu

ma panique. Elle est venue

pour monter, monter, monter.

J'ai fait tic.

J'ai pas embarqué dedans. Elle a

passé tout droit, puis elle

s'est évanouie d'elle-même. Et

là, c'est venu calme, calme,

calme autour de moi et calme,

calme, calme en dedans de

moi. Mais pas pour longtemps.

Parce que là, je me suis dit:

Qui je vais être si je ne

panique plus? Je me connais rien

qu'en paniquant, tu sais!


L'entretien se poursuit.


LINDA GODIN

Est-ce que vous avez commencé

à faire de la méditation quand

vous êtes allé en Inde? Parce

que vous êtes allé en Inde très

souvent. C'est à ce moment-là?


ANDRÉ SAUVÉ

Oui. J'ai toujours pataugé un

peu yoga, les méditations. Puis

c'est venu à moi. Tu sais, j'ai

souvent dit: J'ai fait beaucoup

de thérapie et tout ça. Mais

quand j'ai découvert ça, j'ai

fait: Ah! C'est l'affaire

la plus extraordinaire que

j'ai faite. Le silence et

l'immobilité, c'est les deux

ingrédients les plus puissants

que je connaisse jusqu'à date.

Il y a rien qui a égalé ça.


LINDA GODIN

Mais l'Inde?


ANDRÉ SAUVÉ

Oui. L'Inde, pour moi, c'est

un pays... C'est un pays fétiche

pour moi. C'est quelque chose...

C'est... Il y a là-bas... Il y a

de ce qu'il y a de plus beau. Et

ce qu'il y a de plus laid sur la

Terre est dans ce pays-là. C'est

une relation amour-haine aussi

ce pays-là. Il y a ce qu'il y a

de plus magnifique et de plus

atroce aussi. Tu vois les choses

les plus laides, les plus

odieuses, puis les choses les

plus belles en même temps.

Et c'est ça la vie. C'est ça qui

nous habite. C'est ça qu'on a en

dedans. On le porte en dedans

de nous. C'est du odieux et

du lumineux. Et tout ça nous

renvoie à nous, nous renvoie

à notre odieux, nous renvoie

à notre lumineux en trois coins

de rue. Je dis toujours:

"En Inde, c'est pas un voyage,

c'est une expérience." Oui.


LINDA GODIN

Oui. Et donc, vous avez

beaucoup voyagé, puis à un

moment donné, vous avez dit:

"J'étais un égaré égaré."


ANDRÉ SAUVÉ

Oui. Oui. Je suis un errant perdu.

Oui, je partais pour me trouve

moi-même. C'est devenu une fuite

un moment donné. Oui, oui.

Il y en a qui vont fuir dans

l'alcool, la drogue. Moi,

c'étaient les aéroports.

C'était... Oui, oui, c'est

devenu une fuite. Je revenais.

J'étais pas aussitôt revenu que

je voulais juste ramasser des

sous pour repartir. Mais quand

j'ai eu catché ça, j'ai fait:

Oh, ça, c'est plus sain. Je

m'étais fait la promesse de pas

repartir tant que j'ai pas senti

ou accompli ou trouvé quelque

chose en dedans de moi, tu sais.

Puis ça a été long et difficile,

mais j'ai réussi. Quand toutes

mes affaires ont démarré. Puis

la première fois que je suis

reparti, c'était pour aller à

Nantes avec le festival Juste

pour rire. Puis c'est la

première fois que j'ai repris

l'avion pour aller jouer là-bas.

Et je revenais et je

repoursuivais quelque chose. Et

non, revenir à zéro et dire:

Qu'est-ce que je fais dans

la vie? C'était fantastique.


LINDA GODIN

Mais alors, où et à quel

moment vous vous êtes retrouvé?


ANDRÉ SAUVÉ

Bien, je suis pas sûr que je

me suis trouvé complètement. En

fait, de par... Peut-être, si on

parle professionnellement,

de par le métier que je fais

aujourd'hui, j'ai vraiment

l'impression que j'ai trouvé

quelque chose. Ça m'a scié.

Jusqu'à tant que ça soit autre

chose. Peut-être qu'un moment

donné, je vais choisir de... OK,

j'en ai assez de tout ça. Je me

prends une petite maison. Je

fais pousser des carottes puis

du navet, puis je vis de ça.

Ça va peut-être être ça un

moment donné. Je le sais pas. Si

c'est ça, mon nouveau "trouvage"

va être ça. Jusqu'à date, j'ai

trouvé ça. Ça "fite" encore

et je le réévalue toujours.

Et quand je suis parti en

France, ça a été pour moi, une

grosse question parce que je

me disais: OK. Est-ce que je

repars, je redémarre tout

ça là-bas ou on coupe pendant un

an? Je m'en vais marcher... Je

voulais aller marcher au Japon,

moi. Il y a un circuit, un genre

de Compostelle japonais.

Et puis là, je voulais aller faire

ça, puis dire: On coupe tout.

Puis ça a été une grosse

décision. On disait: Est-ce que

je continue dans...? OK. Puis ça

a été cette décision-là. Mais ça

se peut qu'un moment donné, je

veuille tout arrêter, puis dire:

OK. On élève des moutons. C'est

une image, mais... Dans le sens

de... OK, reclus puis on arrête

tout ça. Ça se peut qu'un moment

donné, ce soit ça.

Ça sera ça à ce moment-là.


LINDA GODIN

André Sauvé, merci beaucoup.


ANDRÉ SAUVÉ

Grand plaisir.

Hé! C'était le fun. Ça a passé

vite. J'aurais continué.


LINDA GODIN

Oui, c'est ça.


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