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Gisèle Quenneville, Linda Godin et Daniel Lessard rencontrent des personnalités francophones et francophiles. Découvrez ces politiciens, ces artistes, ces entrepreneurs ou ces scientifiques dont l'histoire, extraordinaire, mérite d'être racontée.

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Cyr Couturier : professeur et chercheur en aquaculture

Cyr Couturier est chercheur et professeur en aquaculture à l’Université Memorial de St-Jean, à Terre-Neuve, où il étudie les espèces nordiques de poissons et autres animaux marins. Fasciné depuis sa jeunesse par Jacques Cousteau, Cyr Couturier devient biologiste marin dans les années 1970. À cette époque, Cousteau parlait déjà de l’importance de l’élevage d’animaux marins pour la préservation des océans. Depuis, le moratoire sur la pêche à la morue, c´est un sujet qui est d’une grande importance pour la province. Couturier étudie cette question, et participe au développement de méthodes d’aquaculture visant à mettre sur pied une industrie aquacole à Terre-Neuve et ailleurs au pays.



Réalisateur: Charles Pepin
Année de production: 2016

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VIDÉO TRANSCRIPTION

CYR COUTURIER se présente pendant qu'on montre les laboratoires et les aquacultures reliées à ses recherches.


CYR COUTURIER (Narrateur)

Mon nom est Cyr Couturier

et je suis professeur-chercheur

ici au Marine Institute

de l'Université Memorial de

Terre-Neuve. Et je fais de la

recherche et de l'enseignement

et de la formation en

aquaculture et en pêche.

Je dirais que l'université

Memorial, c'est peut-être

le centre marin au Canada,

le plus ciblé sur l'aquaculture,

surtout sur les espèces

nordiques ou dans le nord

telles que la morue, le saumon,

la moule, l'huître.

Je suis devenu biologiste

marin en biologie marine fin

des années 1970. Puis, ce qui

m'avait piqué l'intérêt,

c'était un "explorer" que

vous connaissez peut-être:

Jacques Cousteau.

Dans les années 1970, il

faisait pas mal d'émissions sur

l'océanographie, la biologie

marine. Puis, en 1971, ils

avaient déjà dit à ce temps-là:

Il faut commencer à faire

l'élevage des animaux, des

plantes dans nos océans,

car nous sommes en train

maintenant de détruire

nos ressources naturelles

dans les océans.

Déjà à ce stade-là, il avait

vu la destruction des pêches

traditionnelles, etc., dans ses

explorations. Alors, moi, ça a

piqué mon intérêt. J'aime la

biologie marine. Je pourrais

rentrer en biologie marine, puis

faire des recherches dans un

nouveau domaine d'alimentation

pour les êtres humains,

ce qui est l'aquaculture.


Dans une salle de l'université Memorial de Terre-Neuve, l'animatrice GISÈLE QUENNEVILLE rencontre CYR COUTURIER, professeur et chercheur en aquaculture du Marine Institute of Memorial University of Newfoundland.


GISÈLE QUENNEVILLE

Cyr Couturier, bonjour.


CYR COUTURIER

Bonjour, madame.


GISÈLE QUENNEVILLE

M. Couturier, Terre-Neuve est

connue pour la pêche, pour la

morue surtout. Mais au début

des années 1990, on sait que

les stocks de pêche de morue ont

diminué au point où on a fermé

la pêche. Ça fait... ça fait

plus de 25 ans de ça maintenant.

Où en sont rendus les

stocks de morues et de

poissons sauvages en ce moment?


CYR COUTURIER

Après le moratoire sur la

pêche de morue, les pêcheurs à

travers Terre-Neuve-et-Labrador

ont commencé à pêcher

différentes autres espèces: les

crevettes, crevettes nordiques,

et le crabe, crabe des neiges.

Il y avait déjà des petites

pêches de ces espèces-là, mais

l'écosystème avait changé. Il

y avait pas de morue. Il y avait

surabondance de crabes et de

crevettes. Alors, ils ont

commencé à pêcher

dans ces domaines-là.

Maintenant, les stocks de morue

sont en train de retourner,

mais sont, ils sont à 5% de leur

niveau qu'ils étaient dans les

années 1980 ou 1970. Alors,

ils ne reviendront jamais à leur

niveau historique des années

1700, 1800, 1900, mais ils vont

revenir pour qu'il y ait une

pêche commerciale, disons

dans une dizaine d'années.


GISÈLE QUENNEVILLE

Quel est l'impact que le

moratoire a eu sur l'industrie,

sur les pêcheurs ici?


CYR COUTURIER

Évidemment, si vous connaissez

l'histoire, c'était la plus

grosse mise à la porte

d'ouvriers au Canada: 20 000

pêcheurs et travailleurs dans

les usines de transformation

ont perdu leur emploi cette

journée même où ils

ont mis le moratoire.

La plupart de ces personnes-là

vivent dans les régions rurales

de la province et ils ont été

obligés de partir ou de quitter

leur village et leur ville

pour aller trouver de

l'emploi à d'autres places.

Alors, l'économie a vraiment

fait une chute à ce temps-là.

Mais avec les nouvelles

sources halieutiques

telles que le crabe et les

crevettes, il y a plusieurs

d'entre eux qui sont restés

et ont commencé à faire la

pêche dans ce domaine-là.


GISÈLE QUENNEVILLE

Depuis une bonne vingtaine

d'années maintenant, on pratique

de l'aquaculture à Terre-Neuve.

Est-ce que c'était en réponse

au moratoire en quelque sorte?


CYR COUTURIER

Bien, non. Actuellement,

les premiers essais ici à

l'université, ça fait depuis

la fin des années 1960, au début

des années 1970, des petits

essais. Surtout sur les

mollusques: la moule, le

pétoncle, ces sortes de

choses là. La salmoniculture

à la fin des années 1970. Ça,

je dirais que c'était plutôt

une réponse internationale où

on voyait qu'on pouvait faire

de l'élevage des animaux

en milieu naturel.

Pour approvisionner la demande

de poissons et d'alimentation

marine. On commençait à voir

déjà, comme je vous ai expliqué

tout à l'heure, qu'il y avait

une baisse dans les pêches

internationales et puis

ici à Terre-Neuve aussi.

Au début des années 1990, quand

le moratoire pour la morue est

arrivé, oui, il y a eu beaucoup

d'intérêt à diversifier

l'économie rurale, halieutique.

Alors, il y a eu beaucoup de

pression pour... essentiellement

pour développer l'aquaculture

de la morue.


GISÈLE QUENNEVILLE

Hum hum.


CYR COUTURIER

Alors...


GISÈLE QUENNEVILLE

Est-ce que ça a marché,

l'aquaculture de la morue?


CYR COUTURIER

Bien, il a fait des essais

pendant 15 ans, presque 20 ans.

Et c'est faisable d'une manière

biologique. On peut faire

l'élevage d'ovocytes à

l'assiette. Tout le cycle

de l'animal, mais c'est

pas rentable encore.


GISÈLE QUENNEVILLE

La production aquacole

canadienne, elle se situe où

à l'échelle mondiale? Est-ce

que, ici, on est... on est une

puissance mondiale dans ce

domaine-là ou est-ce qu'on a des

leçons à apprendre de d'autres?


CYR COUTURIER

Je dirais qu'on a des leçons

à apprendre. Le total de la

production canadienne, le prix

de vente à la ferme fait environ

un milliard de dollars, mais

la valeur pour l'économie

canadienne fait environ trois

milliards de dollars. Alors, on

dit que c'est beaucoup d'argent,

mais c'est pas vraiment gros, ça.

Compte tenu que l'agriculture

au Canada fait près de 150

milliards de dollars. C'est

une petite portion de

notre approvisionnement en

alimentation. On a commencé à

faire l'élevage en même temps

que l'Écosse, le Chili, même les

Norvégiens ont commencé un peu

au début dans les années 1970.

Puis, eux autres sont maintenant

rendus au-dessus de deux

millions de tonnes de saumons,

disons. Et les autres pays,

de mollusques, etc.

Nous autres, on fait, au Canada,

à travers tout le Canada, on

fait juste 150 000 tonnes.

Alors, on fait 10% ou moins

de toute la production juste

de saumons et de...

En terme d'aquaculture, dans

le monde entier, le Canada fait

0,3% de la production aquacole.

Alors, on est le 27e pays en

terme de... On n'est pas le

premier, le deuxième, le

troisième. On est le 27e.

C'est intéressant qu'on était,

dans les années 1980, on était,

en terme de produits, les fruits

de mer, etc., le Canada était

dans les dix premiers pays

au monde à produire des fruits

de mer. Maintenant,

on est rendus à 22e.


GISÈLE QUENNEVILLE

Qu'est-ce qui s'est passé?


CYR COUTURIER

Bien, il y a eu le moratoire.

Il y a eu les pêches qui

ont été à la baisse.

On n'a pas vraiment augmenté

l'aquaculture. On a beaucoup

d'espace pour faire ça. Et on

n'a pas vraiment fait d'élevage

comme on aurait pu le faire.

Ça, c'est faute surtout de

politiques, je dirais au

fédéral, où le fédéral, depuis

plusieurs années, commence à

supporter l'aquaculture comme

un vrai domaine d'exploitation

halieutique, mais il y a pas

de loi sur l'aquaculture. C'est

une loi de pêche. Ils gèrent

l'élevage des animaux avec une

loi de pêche que c'est une loi

de 100 ans ou plus au Canada.

Puis c'est une loi politique.

C'est même pas une loi

courante aujourd'hui.

Alors, c'est une des raisons

pour laquelle l'aquaculture

n'a pas augmenté autant

qu'elle aurait pu.


GISÈLE QUENNEVILLE

Parce que, je pense que c'est

une industrie qui pourrait aller

en croissance. Quand on voit la

population dans le monde, la

baisse des stocks de poissons.

Il faut nourrir tout ce

monde-là. Alors, c'est

une avenue à explorer

pour le Canada.


CYR COUTURIER

C'est certain. Parce que,

bien, on a beaucoup d'espace

pour faire ça, mais l'autre

raison, c'est que plus de 50%

des fruits de mer qu'on mange

maintenant comme les êtres

humains sur la Terre

viennent de l'aquaculture.

En 2013, ils ont dépassé

la pêche traditionnelle en terme

d'alimentation. Alors, il

y a une demande pour ces

produits-là. Plusieurs raisons.

Une des raisons, c'est que c'est

durable en terme d'économie et

de gaz à effet de serre. C'est

une des formes d'alimentation

qu'on a les plus basses en terme

d'émissions de gaz à effet de serre.


GISÈLE QUENNEVILLE

Hum hum.


CYR COUTURIER

Moins que l'agriculture sur

terre, moins que la production

de boeufs ou de porcs.

C'est une des raisons. La

demande d'eau douce pour la

production aquacole, elle ne

fait que 10% de ce qui est

demandé pour le reste des

commodités qu'on produit.

Dans les pays en voie de

développement, c'est là

qu'ils veulent ces fruits

de mer là essentiellement.

Les Américains du Nord, incluant

les Canadiens, sont pas, ils

ne basent pas leur nutrition

nécessairement sur ce qui

est bon pour eux. C'est...

c'est plutôt le prix ou

ce genre d'affaire là.


On visite le Fisheries and Marine Institute.


CYR COUTURIER (Narrateur)

Ici, le Fisheries and Marine

Institute, c'est un centre

marin national, disons, qui fait

beaucoup de formation en

halieutique, en science

"nauticale", « marine engineering »,

mais aussi en recherche

en environnement,

en biologie marine et en

aquaculture évidemment

et sur les pêches.

On fait de la recherche en

aquaculture sur différentes

espèces, différentes méthodes

d'élevage, différentes

alimentations.

Mais aussi, on fait des

recherches pour déterminer

c'est quoi les meilleures cages

ou les meilleures installations

en mer pour la pêche pour les

chalutiers. Avoir des engins de

pêche qui ne tapent pas sur le

fond de l'océan. On peut faire

ça pour que ça endommage

pas l'océan, pour éviter le

"surpêchage" des poissons.

Les recherches que moi, je fais,

personnellement, et avec

mes collègues ici dans le

Département des pêches, on

travaille... C'est toujours

à l'aide de l'industrie aquacole

ou de l'industrie de la pêche.

Alors, mieux améliorer la prise

de poissons ou mieux améliorer

la croissance de leurs poissons,

de leurs mollusques ou de leurs

algues pour réduire les effets,

les impacts sur l'environnement

s'il y a des impacts.

Alors, c'est toujours des recherches

liées à l'environnement, puis

la production aquacole

essentiellement.


On retrouve GISÈLE QUENNEVILLE qui poursuit son entretien avec CYR COUTURIER.


GISÈLE QUENNEVILLE

Monsieur Couturier, quand

on pense à l'aquaculture, on

a l'impression que c'est quelque

chose de relativement récent.

Ça fait combien de temps

qu'on élève des poissons,

dans le monde?


CYR COUTURIER

Bien, les Chinois, les Romains

le faisaient, il y a 2000, 3000,

4000 ans passés d'une petite

manière pour s'approvisionner

d'une manière plus durable

en alimentation.

L'autre manière de prendre des

poissons, c'est d'aller faire la

chasse, la pêche. Alors, dans

les anciens temps, c'était pas

toujours possible. Une fois

que les villages et les villes

étaient établis, alors, ils

faisaient l'élevage dans des

petits bassins, dans des petits

étangs. Mais l'aquaculture

commerciale d'une manière pour

nourrir beaucoup de monde, ça

fait environ 40 ans, 45 ans

que ça se fait maintenant

dans le monde.


GISÈLE QUENNEVILLE

Et comment ça se fait?

On s'installe où? On fait ça

comment? On s'organise comment?


CYR COUTURIER

Bien, il y a différentes

manières. Ça dépend des... des

endroits. Dans les pays en voie

de développement, c'est plus

facile de faire ça en étang, des

petits étangs le long de la côte

ou à l'intérieur du pays.

Mais l'élevage ici au Canada,

ça se fait plutôt en mer. La

plupart de la production se fait

en mer. Et pour les poissons,

ça se fait dans des cages, des

grosses cages rondes totalement

abritées des ouragans,

ce genre d'affaires là.

Et c'est mieux pour l'environnement,

pour empêcher des surcharges

de matières organiques.

Pour les moules ou les huîtres,

c'est fait en mer aussi. Surtout

dans des boudins. Ils appellent

ça des boudins pour les moules,

ou des socks en anglais.


GISÈLE QUENNEVILLE

Hum hum.


CYR COUTURIER

Puis, les huîtres, ça se

fait dans des cages, des cages

flottantes à la surface.


GISÈLE QUENNEVILLE

Au niveau de la qualité,

est-ce qu'un saumon ou une moule

d'élevage est aussi nourrissant

qu'un saumon sauvage,

par exemple?


CYR COUTURIER

Oui, mais même dans un sens,

ça peut être plus nourrissant.

Parce que dans les animaux

sauvages, il y a une saison où

la chair est bonne ou elle est

moins bonne si c'est la saison

de la fraie. La chair d'un saumon,

disons. Il y a pas de pêche

commerciale de saumons au Canada.

Le saumon de l'Atlantique en tout cas.

Euh... alors, quand on attrape

ces poissons-là durant la fraie,

leur chair est pas d'une bonne

qualité. Parce qu'ils mettent

beaucoup d'énergie pour faire la

ponte, etc. Tandis que ceux-là

en élevage sont de bonne

qualité à l'année longue.

Si on regarde la composition

chimique ou nutritionnelle,

de plus en plus, elle est plus

élevée des fois dans les

poissons d'élevage. Parce

qu'on ajoute un peu d'oméga 3

naturels. Il y a plus d'huile marine,

disons, dans les diètes.

Alors, d'un apport nutritionnel

en terme d'oméga 3, les poissons

d'élevage et même les mollusques

d'élevage sont des fois plus

élevés que les... que ceux du sauvage.


GISÈLE QUENNEVILLE

Alors, pourquoi on nous dit

ou on nous propose de manger des

poissons sauvages? Vous savez,

il y a des campagnes un peu

partout dans le monde qui disent

qu'on devrait pas manger des

poissons d'élevage, qu'on

devrait se concentrer sur

des poissons sauvages.


CYR COUTURIER

Bien, un des problèmes avec

les poissons sauvages, c'est que

80% des stocks sont surpêchés

déjà. Alors, si on recommande

que le monde mange toujours du

poisson sauvage, ça va continuer

d'augmenter, puis il en restera

pas de poissons, dans l'océan.

Alors, ça, c'est un problème.

Mais, des fois, ils sont

empoisonnés aussi par la

pollution. Nos océans sont pas

tous propres, sains et

propres comme on le pense.

Alors, il y a des problèmes avec

ça des fois. Mais normalement,

les poissons sauvages sont aussi

bonne qualité, aussi bons

au goût que les poissons

d'élevage, mais il en manque.


GISÈLE QUENNEVILLE

Hum hum. Est-ce que les

poissons d'élevage, c'est

nuisible à l'environnement?


CYR COUTURIER

Ça peut l'être. Si c'est pas

fait d'une manière durable.

Alors, pour empêcher ça, ce

que... Disons le saumon, ça va

encore moins en moins de farine

de poisson. C'est du poisson

qui vient du Chili ou d'autre

chose pour faire la farine.

Alors, pour pas nuire aux stocks

là, ils remplacent ça avec des

produits naturels tels que...

tels que les... dire ça, les

entrailles de poisson. Alors

« fishery by products »,

des algues. On peut mettre des

algues dans ça, puis de la

farine de blé et d'autres

produits naturels qui

sont mis dans les diètes.

Puis comme ça, on empêche

qu'on mette de la pression

sur les stocks naturels dans

l'alimentation. Ça, c'est un

aspect. L'autre aspect est qu'on

est les maintient dans des cages

qui sont sécuritaires où les

poissons ne s'échappent

presque jamais.

Euh, de temps à autre, oui, il

peut avoir des accidents. Il y

en a quelques-uns qui peuvent

s'échapper. Puis, s'ils

s'échappent, normalement,

c'est des animaux domestiqués.

Alors, ils ne s'éloignent

pas tellement. On fait

la « recapture ». Et si dans

le cas où il y en a qui sont

capables de survivre dans le

milieu naturel, parce que

l'élevage se fait en océan, dans

leurs conditions naturelles...

Le saumon de l'Atlantique, par

exemple, ça vit dans l'océan

la plupart de sa vie. S'il

s'échappe, il atteint l'âge

de maturité. Ils peuvent se

reproduire s'ils sont pas mangés

par d'autres choses. Ils

sont capables de survivre.

Puis remonter une rivière, oui,

ils peuvent avoir un impact

sur un stock naturel s'il y

a beaucoup d'échappements.

On fait des essais maintenant,

des analyses des rivières un peu

partout dans l'Est du Canada

pour voir s'il y a des

échappements, s'il y a des

échappements qui ont affecté les

stocks naturels. Puis, à date,

je pense qu'il y a une

petite rivière peut-être au

Nouveau-Brunswick qu'il y a eu

un impact minime, mais c'était

une rivière où il y avait pas

plus que dix saumons naturels

de toute façon.


GISÈLE QUENNEVILLE

Et qu'est-ce que ça

peut avoir comme impacts?


CYR COUTURIER

Il y a une crainte que les

animaux domestiqués, tels que le

saumon, quand la fraie se fait

avec un animal sauvage, que

les jeunes seront pas aussi

bien adaptés à survivre

dans l'environnement.


GISÈLE QUENNEVILLE

Et toute la question

des changements climatiques,

est-ce que ça a un impact

sur l'industrie aquacole?


CYR COUTURIER

Oui, sur les pêches

et l'industrie aquacole.

L'industrie aquacole doit avoir

un bon environnement qui est

prévisible pour faire, pour

avoir une bonne croissance

des animaux, etc., une bonne

santé des animaux.

Maintenant, avec le changement

climatique, les courants sont

en voie de changer ici dans le

nord-est de l'Amérique du Nord.

Alors, il y a un peu de

réchauffement, il y a un peu

plus d'acidité de l'océan,

des zones mortes d'océan

où il y a pas d'oxygène.

Ça, c'est plus aux États-Unis,

mais ça commence à nous impacter

ici un peu au ras la côte de

Terre-Neuve, en Nouvelle-Écosse.

Et même dans le fleuve du

Saint-Laurent. Et ça va

commencer à stresser les animaux

qu'on a en élevage, en milieu

naturel aussi, les poissons.

Et ils vont se déplacer.

Ils vont se déplacer pour des

endroits où l'environnement est

moins stressant. Alors, ce qu'on

voit maintenant avec la crevette

nordique, elle était déjà ici au

ras la côte de Terre-Neuve, mais

elle est à la baisse maintenant.

Pour deux raisons: réchauffement

par changement climatique des

eaux. Alors, elle monte plus

au nord: Labrador, au Nunavut.

Et aussi la morue commence

à rebondir. Puis, la morue, elle

est, c'est la crevette nordique.

C'est un de ses meilleurs...

c'est son buffet ça.

Alors... alors, on commence à

voir ça à la baisse. Tandis que

la morue commence à remonter.

Mais les stocks de morues

commencent à remonter

plus au nord.


GISÈLE QUENNEVILLE

Hum... Et est-ce que

les changements climatiques

peuvent avoir un aussi gros

impact sur l'aquaculture?


CYR COUTURIER

Oui. Certainement. Parce que

chez la mytiliculture, ce qu'on

voit ici, on a déjà vu depuis

les années 1990 moins d'apports

nutritionnels dans l'océan

pour alimenter les moules

ou les huîtres ou ces sortes

de choses là. Alors,

il y a un changement

du phytoplancton naturel.

Il y a aussi changement

de recrutement en terme

de captage d'un

essaim du milieu naturel.

Ça commence à se faire voir

dans certaines instances.

On voit aussi chez le saumon,

normalement, on dirait que

Terre-Neuve, c'est un bel

endroit pour faire de l'élevage

du saumon parce que les

températures sont pas très

chaudes ici dans l'océan, mais

ça commence à se réchauffer à

un niveau où les saumons peuvent

devenir stressés l'été quand

la température est assez chaude.

Alors, quand ils viennent stressés,

c'est pas nécessairement

un problème, mais là,

ils sont plus susceptibles à

des parasites ou à des maladies

naturelles qui sont dans

l'océan. Alors, il faut tout

essayer de combattre ça. On

fait des recherches maintenant

essentiellement pour trouver des

souches, des géniteurs qui vont

être adaptés à ces changements

climatiques là pour qu'on puisse

garder les élevages où

ils sont installés.

Je pense pas que les Canadiens,

les Terre-neuviens-Labradoriens

et les Québécois, etc., veulent

aller dans l'Arctique pour faire

leur élevage. Ils veulent faire

ça ici à la maison, proche du

marché, proche de chez eux.


GISÈLE QUENNEVILLE et CYR COUTURIER sont au laboratoire en mer.


GISÈLE QUENNEVILLE

M. Couturier, où

sommes-nous en ce moment?


CYR COUTURIER

Nous sommes au laboratoire

marine de l'Université Memorial,

au centre de recherches

Dr. Joe Brown Aquatic

and Research Building.


GISÈLE QUENNEVILLE

Qu'est-ce qu'on fait ici?


CYR COUTURIER

Bien, on fait de la recherche

sur toutes sortes d'espèces

de poissons marins tels que

la lompe, la morue, le saumon

de l'Atlantique et d'autres

espèces: les moules,

les huîtres.


GISÈLE QUENNEVILLE

Maintenant, la lompe, la

lompe, c'est quoi? Est-ce que

c'est un poisson qu'on mange?


CYR COUTURIER

C'est un poisson qu'on ne

mange pas ici au Canada, mais

on mange le caviar de la lompe,

mais la raison qu'on fait

l'élevage, c'est pour essayer

de répliquer les essais qui sont

faits en Norvège, en Écosse

et aussi dans d'autres pays

pour avoir des poissons

qui sont antiparasitaires.

C'est des poissons qui

mangent les parasites

sur d'autres poissons.


GISÈLE QUENNEVILLE

Et la lompe, qu'est-ce qu'elle

fait? Elle va puis elle

bouffe les poux de mer?


CYR COUTURIER

C'est ça qu'elle fait. Riez

pas, c'est ça qu'elle fait. Les

lompes, c'est un animal plus ou

moins omnivore. Il mange les

petits crustacés, les petits

mollusques, toutes sortes de

poissons, toutes sortes de

choses sur le fond de l'océan.

Et alors, les poux de mer, c'est

juste un autre crustacé. C'est

dans la même famille que

le homard ou les crabes.

C'est petit. Puis, c'est à

peu près de la bonne taille

pour bouffer pour une lompe.


GISÈLE QUENNEVILLE

Et vous êtes en train de faire

cette recherche ici. À quel

point est-ce que c'est répandu

dans les élevages justement?


On visite plusieurs bassins d'aquaculture.


CYR COUTURIER

Bien, ici, à l'Université

Memorial, ils sont rendus

au point qu'ils sont capables

de faire reproduire des lompes

domestiquées et des lompes

sauvages. Ils sont capables de

les faire reproduire quand ils

veulent. Et c'est la première

fois que ça a été fait au monde,

ça. Alors, on est rendus

au point où on peut produire des

milliers de petits bébés lompes

pour pouvoir les mettre dans

les cages en eaux marines

pour essayer de manger

les poux de mer.


GISÈLE QUENNEVILLE

Puis, ils sont cutes aussi.


CYR COUTURIER

Ils sont cutes. Moi, je les

trouve cutes, oui. Ha! Ha!


GISÈLE QUENNEVILLE poursuit son entretien avec CYR COUTURIER à l'université Memorial de Terre-Neuve.


GISÈLE QUENNEVILLE

M. Couturier, vous êtes

Québécois. Vous avez grandi

à Montréal. Montréal, on sait

que c'est loin de la mer. D'où

est venu l'intérêt de la mer,

du monde marin chez vous?


CYR COUTURIER

Bien, quand j'étais assez

jeune, dans les années

1960 et 1970, je m'intéressais

surtout à l'océan parce

qu'on avait visité Gaspé, etc.

Puis, ça m'avait

toujours intéressé, mais dans

ce temps-là, il y avait aussi

beaucoup d'exploration

qui se faisait à travers

le monde par Jacques Cousteau,

par exemple. Puis,

j'ai commencé à regarder ces

émissions-là durant ce temps-là

puis j'ai dit: Moi, c'est ça que

je voudrais faire. Je voudrais

être explorateur en

biologie marine peut-être.

En 1971, il avait conseillé,

dans une de ses émissions:

"Maintenant, c'est le temps

de commencer à faire l'élevage

de nos poissons et de nos

mollusques et de nos algues dans

l'océan comme on le fait sur

terre. Parce qu'on est en voie

de détruire l'océan. Alors, nos

ressources halieutiques." J'ai

dit: Maman, ça pourrait être

une bonne chose à faire, ça.

Faire l'élevage de quelque

chose, que ce soit sur terre

ou en océan, c'est un

beau métier ça.


GISÈLE QUENNEVILLE

Donc, c'est l'aquaculture qui

vous a intéressé dès le départ.


CYR COUTURIER

Bien, ça a piqué mon intérêt.

J'ai toujours voulu aider le

monde à faire quelque chose.

J'avais deux choix. Soit devenir

prêtre... Ou biologiste.

Alors, j'ai décidé de

devenir biologiste.


GISÈLE QUENNEVILLE

Et pour ça, vous avez dû

quitter Montréal pour être

biologiste marin bien sûr.


CYR COUTURIER

Oui. Là, j'ai été obligé de

m'installer au Nouveau-Brunswick

pour prendre mon bac là en

biologie marine. Et ensuite,

j'ai poursuivi mes études

« post-graduées » à Dalhousie,

à l'Université de Dalhousie

à Halifax où ils ont un bon

programme en biologie

marine aussi.


GISÈLE QUENNEVILLE

Qu'est-ce qui vous a

amené à Terre-Neuve?


CYR COUTURIER

Bien, mon premier emploi après

mon bac était, avant de faire

mes études « post-graduées »,

était essentiellement ici à

Terre-Neuve. Il y avait, au

début des années 1980, il y

avait déjà des explorations,

des chercheurs ici sur

l'aquaculture: les moules,

les pétoncles, le saumon, etc.

Et on m'a offert un poste de

recherche ici à l'université

au début des années 1980. J'ai

resté pour quelques années.

Ensuite, je suis parti

pour poursuivre mes

études post-graduées au

Nouveau-Brunswick et Halifax

où ils faisaient de la

recherche là sur...

sur les pétoncles, etc.

J'ai fait mes études

post-graduées puis après ça,

l'université m'a offert

un poste ici comme

professeur-chercheur en 1994.


GISÈLE QUENNEVILLE

Ça fait un bon bout de temps

que vous êtes ici à Terre-Neuve.

Est-ce que vous vous considérez

comme étant Terre-Neuvien?


CYR COUTURIER

Euh, bien, si vous demandez

à un Terre-Neuvien ou une

Terre-Neuvienne pour être...


GISÈLE QUENNEVILLE

Ça, c'était ma prochaine

question. Est-ce qu'on vous

considère comme Terre-Neuvien?


CYR COUTURIER

Non.


GISÈLE QUENNEVILLE

Non.


CYR COUTURIER

Il faut être né ici.

(Riant)

Mais, moi, je pourrais me

considérer comme Terre-Neuvien

maintenant, oui. Parce que ça

fait plus que 50% de ma vie

que je vis ici. Alors, je suis

intégré dans la société ici.

Quand je parle l'anglais,

j'ai pas d'accent français.


GISÈLE QUENNEVILLE

Avez-vous l'accent

terre-neuvien?


CYR COUTURIER

Je commence à avoir l'accent

terre-neuvien maintenant, oui.


GISÈLE QUENNEVILLE

Vous avez l'intention

d'y rester?


CYR COUTURIER

Ah oui, je vais rester ici où

je vis maintenant. Puis, ça fait

presque 25 ans ici depuis

ma dernière réunion avec

Terre-Neuve-et-Labrador,

puis tous mes enfants,

c'est des Terre-Neuviens,

Terre-Neuviennes.

Mon épouse, c'est

une Terre-Neuvienne.

alors, je déménagerai pas.


GISÈLE QUENNEVILLE

M. Couturier,

merci beaucoup.


CYR COUTURIER

Vous êtes bienvenue.


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