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Pater

Vincent Lindon et Alain Cavalier sont liés par l’amitié, presque comme fils et père. Boire du porto dans les bars, se demander quel film on peut faire ensemble. De temps en temps, mettre une cravate et un costume. Se filmer en hommes de pouvoir. Histoire de voir jusqu’où l’on peut mettre les pieds dans le plat…



Réalisateur: Alain Cavalier
Acteur: Vincent Lindon
Année de production: 2011

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VIDÉO TRANSCRIPTION

ALAIN CAVALIER, réalisateur, et VINCENT LINDON, acteur, jouent au Président de la République et au Premier ministre. ALAIN CAVALIER nomme VINCENT LINDON, alors chef d’entreprise, pour faire passer une loi sur le salaire maximum au niveau national. Le projet échoue et, comme VINCENT LINDON, le Premier ministre, estime ne pas avoir été soutenu par ALAIN CAVALIER, le Président de la République, il décide de se présenter à l’élection présidentielle contre lui. Le film présente donc des dialogues entre ALAIN CAVALIER, à la fois réalisateur du film Pater et Président de la Répulique, et VINCENT LINDON, à la fois acteur dans le film Pater et Premier ministre.


Titre :
Pater


Début générique d’ouverture


Le dialogue qui suit est entendu, alors qu’aucune image n’est présentée.


ALAIN CAVALIER

Les couteaux chez mon grand-

père étaient comme ça. Et

quelquefois, le manche... Hein?


VINCENT LINDON

Bien oui.


ALAIN CAVALIER

C’est pareil.


VINCENT LINDON

Comme ça, là.


ALAIN CAVALIER

Oui. Voilà.


VINCENT LINDON

Oui, bien sûr.


ALAIN CAVALIER

C’est de la corne.


VINCENT LINDON

On les achète dans les...

Ça s’achète dans les broc...

dans les vide-greniers ou les...

C’est le seul truc qui coûte

encore un peu cher. C’est-à-dire

qu’on trouve des manteaux à

trois euros, des tables à quatre

euros. Mais 12 couteaux, c’est

tout à coup 55 euros.

Je sais pas pourquoi.


ALAIN CAVALIER

Un déjeuner de petites choses

comme ça. Alors je suis allé

dans un endroit où une dame...


Fin générique d’ouverture


VINCENT LINDON filme ALAIN CAVALIER qui dépose des truffes dans des assiettes. Le visage de ce dernier n’est pas montré.


ALAIN CAVALIER

C’est des truffes, vous croyez?


VINCENT LINDON

Encore là... Ah, oui. Voilà,

je le sens. C’est de la truffe.


ALAIN CAVALIER

Voilà.

Est-ce qu’il faut en mettre

plus? Oui. On met carrément le

tout. Hein?


VINCENT LINDON

Oui.


ALAIN CAVALIER

On vide l’affaire.

C’est bien. C’est lundi de

Pâques, c’est notre... troisième

séance.

On est au mois d’avril et on a

jusqu’au 20 décembre.

(Essayant de lire l’étiquette sur un pot de verre)

Voilà. Ça, c’est...

Je sais pas.

C’est en italien. C’est en...

(Ouvrant le pot et déposant le contenu dans les assiettes)

Ah, oui. Je voulais vous

demander, peut-être qu’on

pourrait informer le spectateur.

(S’adressant à VINCENT LINDON)

Vous tournez un film en ce

moment et quel rôle vous jouez?


VINCENT LINDON

Je tourne le film... Je joue

le rôle d’un professeur en

dermatologie.


ALAIN CAVALIER

Bon...


VINCENT LINDON

Qui... soigne un jeune garçon

de 14 ans qui est en fait un

enfant de la lune et qui ne peut

pas prendre d’UV ni soleil ni...


ALAIN CAVALIER

On appelle ça un enfant de la

lune?


VINCENT LINDON

Oui. Ça s’appelle les enfants

de la lune.


ALAIN CAVALIER

Faut que je prenne une...


VINCENT LINDON

Évidemment, c’est très

acrobatique de filmer...

les mains sans avoir le visage

quand les mains sont après le

visage.


ALAIN CAVALIER

Oui. Alors il faut que

j’éloigne mes mains du visage.


VINCENT LINDON

Oui. Mais c’était intéressant

aussi.


ALAIN CAVALIER

Et comme je suis myope...


VINCENT LINDON

Ça me va très bien. Ça fait

des cadres assez incroyables.


ALAIN CAVALIER

Vous pouvez couper.


VINCENT LINDON coupe et reprend le tournage un peu plus tard.


ALAIN CAVALIER

Vincent,

vous savez que, quand je pense à

vous, je pense que... quand

j’avais 50 ans, moi, le dernier

acteur connu avec lequel j’ai

travaillé avait 50 ans aussi.


VINCENT LINDON

Et c’était Jean Rochefort.


ALAIN CAVALIER

(Montrant des produits dans l’assiette)

Ça, ça suffit pour vous? Ça?


VINCENT LINDON

Euh...


ALAIN CAVALIER

Ça? Ça?


VINCENT LINDON

Le premier, celui-là.


ALAIN CAVALIER

Celui-là.


VINCENT LINDON

Celui-là, j’en prendrais un

peu plus.


ALAIN CAVALIER

D’accord.


VINCENT LINDON

Le premier.


ALAIN CAVALIER

C’est de la ventrèche de thon.

Le premier? Celui-là?


VINCENT LINDON

Non. La ventrèche de thon.


ALAIN CAVALIER

Bon. Alors on va rajouter.


VINCENT LINDON

Je pense que...

Voilà. Comme ça.

Voilà. Parfait.


ALAIN CAVALIER

Ça suffit?


VINCENT LINDON

Parfait.


Quelques instants plus tard, ALAIN CAVALIER a pris la caméra et montre VINCENT LINDON qui déplace une table dans un bureau et place une chaise au bout de la table.


ALAIN CAVALIER

Vous m’entendez bien, là?


VINCENT LINDON

Oui.


Tandis qu’ALAIN CAVALIER ajoute ce qui suit, la caméra s’attarde au cadre de porte au bout duquel on devine une bibliothèque.


ALAIN CAVALIER

Bon.

Alors... j’ai un costume que

j’ai acheté...

480 euros.

Une paire de chaussures, 175

euros.

Et une chemise du même prix que

les chaussures. C’était chez un

chemisier que m’avait recommandé

mon producteur.

Donc les chemises... Donc

évidemment, c’est le film qui

règle les notes. Je n’ai pas

porté de veste et de cravate

depuis le Festival de Cannes où

je présentais Thérèse, en 1986.

Cela dit, quand j’étais jeune,

je connaissais un petit tailleur

rue de La Boétie qui s’appelait

Breslav et qui faisait sur

mesure des costumes moins chers

que ce qu’on trouvait dans le

commerce ordinaire. Et celui-là

est effectivement... n’est pas

un costume de tailleur. Mais

c’est ce que je souhaite, que le

président n’ait pas l’air de

sortir... de magasins très

chers.


VINCENT LINDON est ensuite assis à une table derrière un ordinateur portable.


ALAIN CAVALIER

J’ai pris la décision de vous

demander d’être le Premier

ministre de mon prochain

gouvernement.

Voilà.

Alors vous avez le temps. Moi,

mon choix est fait puisque je

suis venu vers vous.


Plus tard, VINCENT LINDON est chez lui et prépare un repas.


Quelqu’un frappe à la porte de la maison d’ALAIN CAVALIER, qui va ouvrir.


ALAIN CAVALIER

Entrez.

Bonsoir.


VINCENT LINDON est accompagné d’un HOMME qui entre également.


ALAIN CAVALIER

(S’adressant à l’HOMME)

Bon. À demain.


HOMME

(Lui serrant la main avant de partir)

Bonsoir, monsieur le

Président.


ALAIN CAVALIER

(S’adressant plus tard à VINCENT LINDON qui tient la caméra)

Merci.

Vous vérifiez bien dans la

lunette que c’est parti.


VINCENT LINDON

C’est parti.


ALAIN CAVALIER

C’est parti. Alors je prends

un petit temps. Je suis dans

l’image.


VINCENT LINDON

Vous inquiétez pas.


ALAIN CAVALIER

Et j’ai quand même...

Je pense que, si vous êtes

Premier ministre, si vous

acceptez d’être Premier

ministre, il faudra quitter

votre entreprise. Vous ne pouvez

pas faire les deux. Vous ne

pouvez pas gagner de l’argent

d’un côté dans votre domaine

privé et ensuite gagner de

l’argent dans le domaine d’État,

dans votre pouvoir d’État. Donc

c’est un sacrifice total de vous

demander non seulement de vous

séparer de votre entreprise,

mais carrément de la vendre. Et

non seulement de vendre votre

entreprise, mais que vous n’ayez

aucune action, rien, sauf la

propriété de votre maison en

Normandie et de votre

appartement à Paris.

Je voudrais avec vous construire

petit à petit une loi, pas une

habitude, pas des conseils,

etc., une loi fixant la

différence qu’il y a entre un

premier salaire et le revenu

maximum d’un individu. Je peux

très bien terminer mon mandat

sans que la loi soit votée. Mais

à ce moment-là, que ferez-vous,

vous?

Est-ce que vous vous présenterez

à la présidence si vous en avez

prouvé la nécessité aux

citoyens? Votre destin dans un

an ou dans deux ans est

imprévisible. Le mien, il est

prévisible. J’ai ça à faire

avant de me retirer. Vous, vous

avez ça à construire sur un

temps qui n’est pas fixé. Moi,

mon temps de pouvoir politique,

il est compté, et je l’utilise

enfin à réaliser ce rêve de

réconciliation entre ceux qui

n’ont pas grand-chose et ceux

qui ont un peu plus. Voilà.

Alors démerdez-vous à

l’intérieur de ça. Faites ce que

vous voulez. Soyez brutal, soyez

séducteur. Ça, vous pouvez

l’être. Je l’ai vu à la

télévision.

Et puis surtout, arpentez le

pays. Surtout le sud. N’oubliez

pas le sud. En général, les gens

vont au centre. Les politiques

vont au centre, vont au nord, à

l’est, à l’ouest, dans les

endroits... Ils vont pas au sud.

Et vous verrez que, petit à

petit, cette idée qui va

paraître absolument, mais...

fracassante, qui va faire des...

petit à petit, elle risque de

s’installer et si elle pouvait

avoir une espèce de...

tout d’un coup de...

de valeur mondiale, que tout

d’un coup, ça réveille un tout

petit peu le monde, ça serait

formidable.


VINCENT LINDON

(S’adressant à la caméra)

Je voudrais qu’on fasse...

Je voudrais qu’on revoie

entièrement les Légions

d’honneur. Je ne... me sens plus

bien dans ce pays avec la Légion

d’honneur. Je m’explique.

Je voudrais d’abord que toute

personne qui quitte le

territoire avec sa fortune et

qui va dans d’autres pays

rende ses insignes de Légion

d’honneur.

On fait rien sans rien. Il n’y a

pas de solution sans

inconvénient et quand on fait

des choses, on assume les

responsabilités, on prend des

risques. On quitte la France

avec son argent, très bien. On

reste français, parce qu’on ne

va pas non plus faire une remise

de carte d’identité.

Enfin, on n’est pas... Mais je

trouve pas ça très honorifique

de quitter le pays avec son

argent. Donc je voudrais qu’on

remette ces insignes de Légion

d’honneur.

On n’a plus à avoir les honneurs

du pays. De même que...

il est pas question d’interdire,

il est question de dire à cette

personne que voilà, il n’est pas

souhaité dans les palais

nationaux, quels qu’ils soient.

Et enfin, en ce qui concerne les

maladies, la sécurité sociale,

voilà, lui demander de ne pas en

profiter. Voilà.

Je voudrais enfin...

Parce que je considère que...

on ne vient pas nous chercher

avec un revolver à la maison.

Tout élu qu’il soit député,

maire, conseiller général,

président de la République,

Premier ministre, ministre de la

Défense, ministre du Budget, ce

qu’on veut, on n’est pas venu le

chercher chez lui avec un

revolver. Il a décidé de son

plein gré, en parlant avec sa

femme, ses enfants, ses amis,

que sais-je, de vouloir

représenter le peuple. Je

voudrais que tout élu qui vole

un euro à un Français, ne

serait-ce qu’un euro, prenne le

max. Je voudrais que les gens se

disent: "Au moins, s’il y a une

chose dont on est sûr, c’est

qu’on n’est pas volé par lui."

Voilà. Je ne veux pas qu’on

pense que l’État vole le peuple.


ALAIN CAVALIER

(Prenant un tire-bouchon)

Et alors...


VINCENT LINDON

(S’approchant pour ouvrir la bouteille de vin)

C’est mon travail tout de

suite.

Je crois que c’est comme ça.

Oui. C’est comme ça.


ALAIN CAVALIER

Oui. C’est comme De Gaulle qui

fait:

(Écartant les bras)

"Je vous ai compris!"


VINCENT LINDON

Voilà.

Ça, c’est votre verre. Voilà.


ALAIN CAVALIER

Mais on n’a pas encore fait

notre accord, parce qu’il y a

encore des petits problèmes.

On va les inventer.


Plus tard, ALAIN CAVALIER tient la caméra et présente la pièce dans laquelle a eu lieu la conversation.


ALAIN CAVALIER

Vincent est arrivé à 8 h.

Il est reparti à pied rue

Denfert-Rochereau à St-Sulpice.

On s’était quittés, on était

vidés. Et en même temps si

légers.


Le lendemain, ALAIN CAVALIER filme la porte d’entrée alors que VINCENT LINDON entre.


ALAIN CAVALIER

Bonjour, monsieur le Premier

ministre.


VINCENT LINDON

Bonjour.


ALAIN CAVALIER

Alors nous allons commencer

notre boulot!


VINCENT LINDON soupire.


ALAIN CAVALIER

Il fait beau.


VINCENT LINDON

Oui. Mais pas dans ma tête.

Je suis dans une colère, mais...

sans nom!


ALAIN CAVALIER

Une colère noire.


VINCENT LINDON

Ah, noire! Noire!

Au bord des larmes.


ALAIN CAVALIER

On ne vous a pas trahi quand

même.


VINCENT LINDON

Non. Mais je commence à en

avoir...

par-dessus la tête de tous ces

mange-merdes. Voilà.

Et de tous ces... de tous ces

gens. Les hommes, les femmes,

les mères, les pères, les

enfants, tout le monde est...

Je nuance. Pas les enfants.

Mais tout le monde y va de sa

petite concession. Tout le monde

est dans un avenir à court

terme. Personne ne sait prendre

une décision à long terme.

Je descendais tranquillement

l’escalier de mon immeuble, je

tombe sur le propriétaire de

l’immeuble, qui donc pèse très

lourd. C’est un immeuble

magnifique avec cinq étages.

Mais lui et sa famille, ils ont

hérité de ça, on sait pas, c’est

même l’injustice absolue de la

vie. C’est comme ça. C’est une

famille de Versaillais, donc

avec tout ce que ça comporte.

Je veux pas faire des

généralités, mais... Et il

descendait. Et j’avais rien

demandé. Et il me dit: "Deux

choses, monsieur Lindon, si je

peux me permettre." Je dis:

"Oui, je vous en prie." Il me

dit: "La première, j’espère

que... la construction de

l’ascenseur n’a pas créé trop de

bruit et ne vous a pas fait trop

de tort." Je dis: "Non, pas du

tout. Au contraire, j’ai même

téléphoné à votre...

je sais pas quoi... assistant,

pour lui dire que ça s’était

passé dans une distinction

formidable." "Et l’autre chose,

c’était, oui, pour la marque

d’affaires Zadig et Voltaire. Je

sais que vous râlez parce qu’il

y a des têtes de mort et des

écriteaux sur les fenêtres." Je

dis: "Oui, je trouve ça immonde

et horrible." Il me dit: "Oui,

alors on va trouver un

compromis. Peut-être qu’en fait,

on mettra un store à l’intérieur

pour que leur marque se voie."

Mais je dis: "Mais pourquoi vous

leur dites pas juste non?"

"Parce que c’est compliqué."

"Mais qu’est-ce qui est

compliqué? Vous avez rendu ce

quartier impossible, vous et

tous. Y a que des marques de

mode. Que des magasins de

fringues. Y en a pas un qui

tient bon." Puis on commence à

parler, puis je lui dis: "Mais

pour l’ascenseur, on va payer

plus cher?" Il dit: "Bien oui.

C’est normal. Mais monsieur

Lindon, vous avez dit que vous

ne vous opposiez pas à ce qu’on

installe l’ascenseur." Je dis:

"Je vois pas où vous entendez

dans 'je ne m’oppose pas' que je

suis pour. Ne pas s’opposer,

c’est pas être pour. Non. Je ne

m’oppose pas à ce qu’il y ait un

ascenseur pour les gens du

cinquième, du quatrième,

accessoirement moi quand j’ai

envie de le prendre, mais moi,

j’aime la vie sans ascenseur.

Je descends toujours sans

ascenseur, parce que je suis

toujours très pressé et très

énergique. J’ai pas le temps

d’attendre. Il est généralement

tout le temps en bas ou tout le

temps en haut.

Enfin, il est jamais en face de

chez vous. Sinon, ça veut que

vous en sortiez. Et quand vous

en sortez pas, il a aucune

raison d’être en face de chez

vous. Et pour monter, moi,

j’aime bien monter à pied. Sauf

pour les retours de vacances.

Mais vu que je pars pas très

souvent en vacances, je vais

l’utiliser cinq fois dans

l’année ou dix fois. Et j’ai pas

à payer plus cher." Il dit: "Ah,

bien oui. Vous êtes drôle, vous.

Vous rouliez en deux-chevaux, on

vous fait rouler en Mercedes,

c’est normal pour payer pour la

Mercedes." "Sauf que moi, je ne

veux pas de Mercedes. Je veux

rester en deux-chevaux. Donc le

capitalisme et la mondialisation

font que vous m’obligez, vous me

créez une dépendance. Voilà.

Y a les dealers et les drogués."

Il dit: "Quoi? Vous me traitez

de dealer?" Je dis: "Non. Il

faut que vous compreniez ce que

veut dire le mot dealer. Dealer,

ça veut dire distribuer,

distributeur. Vous comprenez

mieux, là, distributeur? Vous

distribuez, moi, je reçois. Je

suis obligé de consommer ce que

vous m’avez dealé, un ascenseur.

Voilà. Et tout est comme ça.

C’est toujours le riche par

rapport au faible. Vous

opprimez." Il dit: "Ça va très

bien pour vous dans votre

métier." Je dis: "Qu’est-ce que

vous en savez?" "C’est quoi

votre rang?" Je dis: "Quel rang?

Mon rang de notoriété ou mon

rang monétaire?" "C’est pareil",

il me dit comme ça d’un air...

"Avec votre métier de zouave, ça

doit être pareil." Je dis: "Mais

non, c’est pas pareil. Y a des

gens qui font des films plus ou

moins de qualité et des comédies

plus ou moins pas de qualité,

pour des salaires plus ou moins

élevés.

Alors moi, j’ai choisi, je fais

pas de concessions." Il me dit:

"Vous faites jamais de

concession?" Je dis: "Non. J’ai

le regret de vous annoncer que

non. Dans mon métier, je fais

zéro concession. Enfin, si vous

me dites tout d’un coup que

j’allume une chaîne contre

laquelle je suis contre, parce

que ma fille veut regarder un

dessin animé, si vous appelez ça

une concession, alors oui. Je

fais une concession en achetant

à manger, parce que je pollue la

planète. On fait des concessions

toute la journée.

Mais non, je ne fais pas de

concession." Il me dit: "Mais de

toute façon, monsieur Lindon,

vous êtes libre. Si l’ascenseur,

vous ne voulez pas payer, vous

êtes libre de partir." Je lui

dis: "Ah bon, vous leur parlez

comme ça à Zadig et Voltaire?

Hein, avec leurs millions? Vous

leur dites ça? Il n’y aura pas

d’inscriptions sur les fenêtres,

ni de stores, ni d’inscriptions

derrière les fenêtres et si vous

êtes pas contents, eh bien

partez. Vous leur dites ça à

Zadig et Voltaire? Non! Vous

êtes comme ça, vous vous chiez

dessus pour les gros. C’est

toujours les petits. Voilà de

quoi je vous accuse." Il me dit:

"Mais vous y allez fort." "Je

vous ai pas adressé la parole,

moi. On s’est dit bonjour, vous

vouliez me parler. Bien quand on

me parle, moi, je suis pas un

paysan. On me pose des

questions, j’y réponds. Voilà."


ALAIN CAVALIER

(Filmant VINCENT LINDON assis à la table)


ALAIN CAVALIER

Ça peut être de loin le livre

des comptes de la nation.

(Filmant par la fenêtre VINCENT LINDON maintenant assis à l’extérieur et discutant au téléphone)

Il me plaît bien.

Il me plaît bien.

Il est chaleureux.

Un peu impulsif, mais je le

freinerai.

Il est robuste.

Il est terriblement sympathique.

On l’aimera.


Plus tard, dans la forêt, ALAIN CAVALIER et VINCENT LINDON regardent ce qui se trouve dans le panier qu’ils ont apporté pour le pique-nique.


VINCENT LINDON

Alors...

Voilà. Qu’est-ce que c’est que

ces boîtes?


ALAIN CAVALIER

Saucissons de canard et son

couteau.


VINCENT LINDON

Saucissons de canard et son

couteau. Oui. Là?


ALAIN CAVALIER

Fondue de poireaux aux

pignons.


VINCENT LINDON

(Rigolant)

Non, mais c’est la folie.


ALAIN CAVALIER

Ça, c’est une crème

d’artichauts aux truffes.

Tomme de brebis et bouchon de

chèvre.


VINCENT LINDON

Tomme de brebis et bouchon de

chèvre.


ALAIN CAVALIER

Ça va être un régal.

Tiens, voilà une branche.


VINCENT LINDON

(Retirant son veston et le suspendant au rétroviseur de la voiture derrière eux)

Je vais la pendre au

rétroviseur.


ALAIN CAVALIER

Qu’est-ce qu’ils vous ont fait

au coude?


VINCENT LINDON

Ils m’ont fait une ponction,

là.

(Montrant un atèle qu’il porte au coude)

J’avais une poche de liquide

synovial.

Enfin, bon, c’est un peu...

Faudrait que je l’enlève, mais

c’est trop compliqué.

Là ici, là.


ALAIN CAVALIER

Oui. Je l’ai vue. C’était une

grosse boule.


VINCENT LINDON

Oui. Elle était comme ça. Ça

venait là, comme un œuf. Ça se

reremplit. Alors je sais pas.

Ils essayent encore un peu, puis

sinon, il faudra procéder à

l’amputation. Non. Mais non.

Faudra faire une intervention

chirurgicale. C’est rien.


La caméra montre deux hommes qui sont là : ANGELO, un homme noir et l’HOMME, vu un peu plus tôt chez ALAIN CAVALIER.


HOMME

Mais ça vient d’où?


VINCENT LINDON

Vous voulez un petit morceau

de saucisson encore? Oui?

Alors vous voulez que...


ANGELO

Non, c’est bon.


VINCENT LINDON

Tiens. Tenez.

Ça, y aura les sangliers ce

soir.


Les quatre hommes sont ensuite assis sur des bûches et entament le repas.


ALAIN CAVALIER

Olives noires. Alors nous

commençons là. Nous sommes...

dans le... dans la fiction.

Enfin, on mélange tout.

Alors simplement...

Oui, je vous vois, c’est tout.

Le reste, dites ce que vous

voulez, ça n’a aucune

importance. On se connaît depuis

20 ans.


VINCENT LINDON

En tout cas, vous trois.


ALAIN CAVALIER

Oui. Voilà. Et il est

introduit dans le...

dans le petit groupe.

On ne sait pas du tout si... si

on est suivis. On ne sait rien.


VINCENT LINDON

Rien.


ALAIN CAVALIER

Parce qu’en général, ils

n’aiment pas que je m’évade sans

leur dire où je suis.

Ils aiment pas ça du tout.

Mais je sais que lui sait

comment les joindre à la

seconde. Et il ne me le dit pas.

On n’est pas écouté, là.

C’est-à-dire que si nous, on a

des choses à se dire, on ira

dans la voiture. Je préfère dans

la voiture.


ANGELO

La voiture, on sait pas s’il y

a des micros.


ALAIN CAVALIER

Oui, mais moi, je vous fais

totalement confiance depuis...

un siècle.

Ah...


VINCENT LINDON

Mais Angelo, il a le physique

d’un ancien footballeur. On

pourrait croire que c’est un

ancien de l’équipe de France qui

est en costard.


ALAIN CAVALIER

Thuram.


VINCENT LINDON

Et qui tout à coup, il

travaille à la fédération.


ALAIN CAVALIER

Oui. Il est de la fédé.


VINCENT LINDON

Vous avez un peu le physique

d’un ancien international qui

travaille à la fédé.


ALAIN CAVALIER

Oui. À la féd.


VINCENT LINDON

Voilà. Qui est encore très

costaud, qui a un tout...

tout petit laisser-aller ici,

parce qu’il a arrêté le sport.

Mais en même temps, tout d’un

coup, on lui envoie un ballon,

hop, tac. Il est encore là,

quoi.


HOMME

Il envoie des têtes et tout.

Il est bien.


ALAIN CAVALIER

Il signe encore des

autographes.


VINCENT LINDON

Ouais.


Plus tard, VINCENT LINDON et ALAIN CAVALIER sont assis à l’arrière de la voiture et discutent.


VINCENT LINDON

C’est une sorte de traîtrise

de dire à des gens avec qui on

collabore depuis 25 ans, tout

d’un coup, les mettre devant...

au pied du mur et leur dire: "À

partir de lundi, ça ne sera plus

moi votre nouveau patron.

J’ai vendu l’affaire et ce sera

M. Dupont ou M. Durand." C’est

très mal les traiter.


ALAIN CAVALIER

Oui. Je comprends.


VINCENT LINDON

C’est un mauvais départ pour

moi, psychologiquement et

psychanalytiquement que la

première chose que je vais faire

alors que je suis Premier

ministre, c’est de dire à mes

propres employés, que je cajole

et que je chéris depuis 25 ans:

"En trois jours, voilà,

débrouillez-vous, crevez la

gueule ouverte, moi, je pars

vers d’autres horizons." C’est

les premiers Français à qui je

vais avoir à faire et c’est les

premiers que je vais maltraiter.

Et d’autant plus mes proches.


Plus tard, VINCENT LINDON prépare le café chez lui. Quatre HOMMES sont avec lui.


VINCENT LINDON

Et un petit discours que j’ai

préparé.

Je vais aller le chercher

d’ailleurs.

(En attendant le retour de VINCENT LINDON, les quatre hommes discutent entre eux.)


VINCENT LINDON revient avec son discours.


HOMME 1

Dans une entreprise, quand le

dernier ouvrier non qualifié

touche 50 fois moins que son

patron, y a quelque chose qui va

pas. Il faut partager. Moi, j’ai

eu une affaire, j’ai toujours

partagé. Et j’ai eu la paix. Je

rentrais chez moi, j’étais

tranquille. Je savais que, quand

ils rentraient chez eux, ils

avaient du pognon. Avec ce qu’on

avait, on partageait.

Il faut des trucs simples, bon

Dieu, simples à accrocher.

Simples.


HOMME 2

Ouais.


HOMME 1

Et il a raison. Ce sont des

notions simples. Qu’est-ce qui

gonfle en ce moment les gens?

C’est d’entendre que le

président de France Télécom, il

s’embourre 20,5 millions, en

plus, il a fait chier tout le

monde parce qu’il en voulait

deux fois plus. Combien ils

payent le mec qui monte sur les

fils en plein hiver pour aller

débloquer les câbles? Combien il

touche?


Quelques instants plus tard, ils sont tous assis à table et discutent. Un HOMME s’est ajouté au groupe, en plus d’ALAIN CAVALIER qui tient la caméra. Ils sont donc six.


VINCENT LINDON

Alors attendez, le président

de la République est venu me

trouver pour une raison précise.

Le président de la République

est venu me voir pour une raison

précise.

Voir.


HOMME 2

Voir. Tu l’as dit trois fois

comme ça au départ.


VINCENT LINDON

Le président de la République

est venu me voir pour une raison

précise.


HOMME 2

Reprends la phrase précédente.


HOMME 3

Faut qu’on la reprenne. Parce

qu’en tant que chef

d’entreprise, j’ai passé un

accord.


HOMME 2

Ça n’est pas parce que j’ai

été député, ça n’est pas parce

que j’ai été ministre une fois,

c’est parce que je suis chef

d’entreprise. Point.


HOMME 1

Et la façon dont je gère mon

entreprise est basée sur un

accord pour tous les employés,

une règle juridique...

Ouais.


VINCENT LINDON

Qui régule l’écart entre les

plus bas salaires et les beaux

hauts revenus, dont le mien.

C’est un boulot énorme.


HOMME 3

(Lisant le discours)

Alors en tant que chef

d’entreprise, j’ai établi un

accord juridique avec tous les

employés de mon entreprise qui

limite l’écart entre les plus

bas salaires et les beaux hauts

revenus, dont le mien. Et ça

fonctionne. Et c’est pour ça que

le président m’a proposé de le

rejoindre. Nous allons appliquer

à l’échelle du pays les mêmes

principes simples.

Et nous le ferons au travers de

lois...


VINCENT LINDON

Je suis sûr que les

citoyens...


HOMME 2

Seront convaincus.


VINCENT LINDON

Sont convaincus.


HOMME 2

Sont. Parfait.


VINCENT LINDON

Sont convaincus...


HOMME 3

De la valeur humaine.


VINCENT LINDON

De la valeur humaine de cette

décision, car elle est juste.

Monsieur, madame, bonsoir.


HOMME 3

Voilà. Terminé.


VINCENT LINDON

C’est énorme. Ça ne s’est

jamais fait.


HOMME 2 

Ça finit comme de la bombe.

C’est parfait. Et ça s’est

jamais fait.


VINCENT LINDON

Ça, c’était... c’est une façon

de pratiquement raccrocher au

nez. C’est implacable.


HOMME 2

C’est comme ça.


VINCENT LINDON

C’est la folie de la vie.

C’est que le président de la

République est venu me voir

parce qu’il a admiré ma façon de

diriger mon entreprise. Il n’en

attend pas moins de moi et de

mon discours. Mais entre ce

qu’on attend et ce qu’on a sous

les yeux, c’est comme... dans

les histoires d’amour. On tombe

amoureux de quelqu’un pour

quelque chose et après, on passe

20 ans à lui reprocher.

Les mêmes choses pour lesquelles

on est tombé amoureux. Je vais

quand même être obligé à un

moment... Je vais donc tenir au

courant le président de la

République de ce discours. Il y

a quand même de fortes chances,

même s’il est venu me chercher

pour ça, qu’il me dise: "Euh...

dites-moi, monsieur le Premier

ministre, c’est un petit peu...

un petit peu sec."


HOMME 2

Oui, mais

ça revient à dire...


VINCENT LINDON

Mais c’est incroyable,

messieurs. Je ne vous demande

pas ce que les Français vont

penser. Je vous parle de moi.

Je vous dis que moi, va falloir

que j’aille le voir à un moment

ou à un autre. Vous confondez

les Français qui vont se dire:

Ah, mais ce gars a parlé au

président. Ce n’est pas le

problème. Évidemment que le

président, quand je vais faire

mon discours, est entièrement

d’accord avec le fait que je

fasse le discours. Je vous parle

de l’étape d’avant.

Voilà. En fait, je vous fais

part d’une petite appréhension

que j’ai, tout à fait naturelle.

Voilà. J’aurais dû me taire et

la garder pour moi.

Voilà. Je vais avoir un rendez-

vous incessamment sous peu, va

falloir que je lise ce discours.


ALAIN CAVALIER

(Tenant la caméra)

Moi, je crois qu’il se pique

un peu d’être... un écrivain qui

va vous demander de changer un

adjectif. Ne serait-ce que par

goût littéraire et ensuite, pour

dire qu’il a mis un peu la main

à la pâte.


HOMME 3

Ça n’est pas parce que j’ai

été député. Ça n’est pas parce

que j’ai été ministre.

C’est parce que je suis chef

d’entreprise.


VINCENT LINDON

On pourrait même le laisser

une fois justement pour lui.


HOMME 3

Oui.


VINCENT LINDON

J’ai été ministre une fois.


HOMME 3

Mais j’avais une autre idée.

Il est venu me voir pour une

raison justifiée. C’est

forcément justifié.


VINCENT LINDON

Très bien.

Pour une raison justifiée.


HOMME 3

(Parlant de l’atèle que VINCENT LINDON porte au coude)

Sandwich au coude.


HOMME 2

C’est un sandwich au coude.


VINCENT LINDON

C’est très énervant.


Quelques instants plus tard, en retrait, ALAIN CAVALIER, VINCENT LINDON et l’HOMME 3 discutent du discours.


ALAIN CAVALIER

Il est très bien. Le Premier

ministre me l’a lu tout à

l’heure. Il est impeccable. Une

petite erreur littéraire, mais

ça a été corrigé très vite.

Mais c’est impeccable.


HOMME 3

Pourtant, on l’avait relu

plusieurs fois.


ALAIN CAVALIER

C’est costaud. C’est...

Et dans tous les cafés...

au comptoir, ça marchera au

comptoir.

On va couper.


La caméra coupe. Au retour, VINCENT LINDON est assis à un bureau et s’adresse directement à la caméra.


VINCENT LINDON

J’ai l’impression que...

que je peux vraiment être

Premier ministre.

Si je suis bien entouré.

Si je choisis les bonnes

personnes, si j’ai la bonté en

moi, que j’ai du bon sens, que

je sais trier les bonnes et les

mauvaises idées. Pas tant en

trouver. Juste écouter et savoir

repérer ce qui est bien et ce

qui est pas bien.

Si je me rase tous les matins,

que je mets un costume et une

cravate, j’ai 51 ans, qu’est-ce

qui empêche? Rien.


ALAIN CAVALIER

(Filmant une fenêtre chez lui)

Cette fenêtre est occupée par

le chef de ma sécurité.

(Filmant une autre fenêtre)

C’est la mort.

Je prétends coûter peu d’argent

au pays, mais la protection dans

cette maison...

c’est une fortune.


ALAIN CAVALIER se regarde ensuite dans le miroir et se parle à lui-même.


ALAIN CAVALIER

On y va, mon ami. On y va!


ALAIN CAVALIER filmant un chat par la fenêtre de sa maison

Si la France avait le même amour

que toi pour moi, mais...

(Filmant l’extérieur)

Celui qui me frappera à mort

passera par cette porte.


ALAIN CAVALIER ouvre la porte au chat.


Plus tard, ALAIN CAVALIER filme VINCENT LINDON qui se trouve dans son bureau.


ALAIN CAVALIER

J’ai demandé qu’on m’achète des

cravates, parce que je porte la

même depuis des mois et des

mois. Regardez là dans...

le papier de soie. Ça n’a pas

l’air très fameux quand même.

Elles étaient en solde, paraît-

il.


VINCENT LINDON

Ça, oui. Elles étaient à 75

euros. Remise à la caisse de

30 %. 52 euros.


ALAIN CAVALIER

Oui. Et l’autre.


VINCENT LINDON

On vous les a offertes?


ALAIN CAVALIER

Non. Je les ai payées.


VINCENT LINDON

Ah, oui.


ALAIN CAVALIER

J’ai demandé qu’on aille me

les chercher. Je les ai payées.


VINCENT LINDON

59 euros l’autre. Mais elles

sortent pas de... Elles sont

très brillantes.


ALAIN CAVALIER

Vous aimez pas, vous?


VINCENT LINDON

Non. Ça brille beaucoup, vous

voyez. Elles brillent beaucoup.


ALAIN CAVALIER

Vous en avez pas une à me

prêter?


VINCENT LINDON

Si. J’ai des cravates ici.

Celles-là, elles sont un peu...

Je vais vous montrer mes

cravates surtout. Enfin... Et

puis s’il y en a qui vous

plaisent, ou je vous dirai où

vous les procurez, ou je vous en

ferai... porter quelques-unes.

Y en a une là d’ailleurs.

Voilà. C’est ça. J’ai ces

cravates-là comme ça, en...

en tricot. Je les ai en bleu,

noir, rouge.

(Changeant de pièce, il essaie d’allumer la lumière)

Ça marche pas. J’ai ça et j’ai

toutes les cravates ici.


ALAIN CAVALIER

Attendez...

C’est Barbe Bleue. Vous êtes sûr

y a pas de femmes, là,

enfermées?


VINCENT LINDON

Non. Pas enfermées.


ALAIN CAVALIER

Vous êtes sûr?


VINCENT LINDON

Oui. C’est impressionnant

comme c’est gros. Mais c’est pas

tant...

(Filmant la garde-robe de VINCENT LINDON)

C’est pas tant... C’est surtout

que je ne jette rien. Donc c’est

toutes les chaussures que

j’accumule depuis des années et

des années. C’est les chaussures

de mon grand-père, ça, qui ont

un avantage incroyable, c’est

qu’elles sont faites... à

l’époque, c’est des monocoques.

La semelle est en un truc.

Regardez comme c’est beau, ça.

C’est des souliers. C’est pas

des chaussures. Ça s’appelait

des souliers.

(Montrant une cravate)

Et y a celle-là qui est pas mal.


ALAIN CAVALIER

Ah, bien écoutez...


VINCENT LINDON

Y a celle-là aussi qui est pas

mal.

Ça, les cravates...


C’est au tour de VINCENT LINDON de tenir la caméra et de montrer ALAIN CAVALIER qui se choisit une cravate.


ALAIN CAVALIER

C’était celle-ci ou celle-ci.

Et en fait, je préfère celle-là.


VINCENT LINDON

D’accord.


ALAIN CAVALIER

Voilà. Parce que je pense que

ce sera pas mal. Je vais

l’essayer, hein?


VINCENT LINDON

Oui. Alors regardez d’où elle

vient.


ALAIN CAVALIER

Non.

Inès de la Fressange.

Taisez-vous. Taisez-vous.

La femme. La plus belle femme

que j’aie croisée dans ma vie.

Je l’ai vue 20 minutes.

(Nouant sa cravate)

Elle est mieux que ma petite

cravate qui commençait à...

Elle est plus... Elle est plus

ferme. Elle est plus costaude.


VINCENT LINDON

Oui.


ALAIN CAVALIER

Elle est armée un peu.

L’autre était... J’étais obligé

de la gonfler un petit peu.


VINCENT LINDON

Et comme elle est un petit peu

plus...


ALAIN CAVALIER

Un peu plus gaie?


VINCENT LINDON

Et un peu plus décontract',

elle permet d’être un peu plus

sévère. Elle est comme le

vouvoiement avec le tutoiement.


ALAIN CAVALIER

Voilà.


VINCENT LINDON

On peut dire vous m’emmerdez,

mais tu m’emmerdes, c’est trop

compliqué. Avec une cravate

comme ça, on peut... Je continue

à vous embêter avec ce sujet,

mais avec une cravate comme ça,

je vais peut-être réussir à ce

que l’écart soit de 1 à 10.


ALAIN CAVALIER

Ça...

Et ce qu’il y a de drôle, c’est

que l’autre est en laine, donc

un peu rêche. Et celle-là est en

soie et très douce.

Comme la peau d’Inès, sans

doute.


Plus tard, VINCENT LINDON discute avec deux jeunes hommes dans sa cuisine.


JEUNE HOMME 1

J’ai arrêté le basket, parce

que j’étais dans les équipes à

droite à gauche. Je suis parti à

New York deux ans, je suis

revenu, j’ai joué à Lyon pendant

un an.


VINCENT LINDON

T’étais un très bon joueur de

basket.


JEUNE HOMME 1

Assez bon pour être payé, si

tu veux. Dès qu’il y a de

l’argent dans le sport, tu vois

que le sport collectif, ça a

jamais existé à partir du moment

où y a eu de l’argent. Parce que

moi, quand j’étais titulaire,

mon remplaçant essayait de me

blesser à l’entraînement en

mettant son pied pour que je me

fasse une entorse quand

j’atterrisse alors qu’on est

dans la même équipe. On est dans

la même équipe, t’imagines

l’ambiance que ça met? Non. Je

me souviens trop bien. Le mec,

c’était des attentats. Chaque

fois, il mettait son pied en

dessous, en discret, tu vois,

pour que quand j’atterrisse,

crac! Tu vois? Et hop, il a un

poste de titulaire.


VINCENT LINDON

C’est bien. C’est une bonne

ambiance.


JEUNE HOMME 1

Oui. C’est une bonne ambiance,

comme tu dis.


VINCENT LINDON

Ça aide.


JEUNE HOMME 1

Ouais. Ça te fait réfléchir.

Putain. J’étais au Stade

français en équipe jeune, en

cadet, je devais avoir 16 ans.

16 ans! Je crois même pas que

j’avais beaucoup de poils aux

couilles à 16 ans. J’étais très

tardif. On arrive dans les

vestiaires. Les mecs sont en

train de parler: "C’est quoi ta

dose de déca par semaine?" Déca,

je me dis décaféiné.

Plus tard, j’ai compris que

déca, c’est Déca-Durabolin,

c’est une nandrolone, c’est ce

qu’on donne aux taureaux. Ils

avaient 16 ans, les mecs. Ils

prenaient ça. Ils avaient même

pas fini leur puberté, ils

prenaient déjà ça. T’imagines ce

que ça fait? Et tu veux me faire

croire qu’Usain Bolt est pas

dopé? C’est que ça, le sport.

Enfin, tu vas pas dire à des

mecs qui peuvent aller plus loin

de s’arrêter là. C’est pas

possible. C’est comme l’argent.

Tu peux pas fixer une

performance maximum. Les mecs,

ils vont toujours aller plus

loin. C’est pas possible. Moi,

tu me donnes... Je vais te dire

un truc, je me suis pas dopé,

mais y a rien d’éthique là-

dedans. J’ai aucun mérite.

C’est juste que je suis un

hypocondriaque. Je suis hyper

soucieux de ce qui va m’arriver.

Si j’avais été un peu plus

couillu, je me serais dopé, mais

comme un... J’aurais été chargé

à mort. T’imagines même pas.

Quitte à crever à 40 ans, j’en

ai rien à foutre!


Plus tard, VINCENT LINDON s’adresse directement à la caméra.


VINCENT LINDON

Euh... je me disais que

j’étais là, c’était la maison,

mais que la prochaine fois,

faudra que je les reçoive à

Matignon. Complètement zinzin!

Complètement dingue.

C’est complètement dingue.

Y a des moments où dans les

silences où je réfléchissais, je

réfléchissais... vraiment...

à 100 % à qu’est-ce qu’on peut

faire pour les banlieues

chaudes. Je ne pensais pas une

seconde au film. J’étais

vraiment...

C’est dingue.

Mais c’est très sain.

C’est très sain de ressentir et

c’est très sain de me l’avouer.

Et c’est très sain de le dire

aux gens qu’on aime. Je le dis à

deux-trois copains. J’ai un

melon comme ça. Je ne comprends

pas qu’on me demande pas mon

avis pour l’État. Je ne

comprends pas. Je ne comprends

pas comment on ne me téléphone

pas plus et je le dis là à la

caméra.

Donc je vais très bien.

Mieux que le pays.


Plus tard, VINCENT LINDON se rend dans une boulangerie pour discuter avec le BOULANGER qui pétrit la pâte à l’aide d’une machine.


BOULANGER

Faudrait qu’elle soit un peu

plus chaude.


VINCENT LINDON

Elle est à 27,4 pour

l’instant.


BOULANGER

Alors elle est chaude. Va

falloir qu’il soit rapide.


VINCENT LINDON

Elle descend. 27,3.

Et vous, vous avez une femme?


BOULANGER

Non. J’ai pas trouvé.

Heureusement que j’ai ma mère.

Parce qu’elle au moins, elle

surveille tout.


Quelques instants plus tard, les baguettes sortent du four et VINCENT LINDON les observe attentivement. Le pain, en sortant, crépite.


BOULANGER

Voilà. Un bon fromage.

Voilà. La baguette qui chante.

Ça fait 35 ans que je fais ça.

33 ans.


VINCENT LINDON

Et vous avez envie d’arrêter

un de ces quatre?

Vous avez la passion.


BOULANGER

J’aime bien. C’est mon métier.

C’est ce que j’ai appris à la

base. Maintenant, vu

l’expérience que je me serais

faite ici, je sais pas trop. De

toute façon, si ma mère arrête,

que j’ai personne avec moi, je

serai obligé d’arrêter. Je

voudrais pas tout perdre. Donc

oui, j’y retournerais, je me

ferais chef. J’irais travailler

chez les autres. Y aura pas trop

de soucis. Je suis ponctuel, je

suis bricoleur, je fais tout.

Il sera heureux, le patron,

théoriquement.

Vous voulez voir comment je fais

la sieste.


VINCENT LINDON

Oui.


Le BOULANGER dépose un minuscule matelas sur la table de travail.


BOULANGER

Je me mets là.

Voilà. J’ai mon petit oreiller.

C’est une petite sieste d’une

demi-heure, trois quarts

d’heure.


VINCENT LINDON

Là, vous grimpez.


BOULANGER

J’enlève mon tablier.

C’est à l’heure que vous êtes

venu que je fais ma sieste.


VINCENT LINDON

Je vais vous laisser la faire

un peu.


BOULANGER

Non. Je vais finir ce que j’ai

à faire. Je me mets en position

aussi?

Elle va coûter cher, cette

prise.

(Se recroquevillant sur le matelas)

Voilà.

Théoriquement, c’est comme ça.

Puis j’ai mon petit truc, j’aime

bien mettre l’oreille. Puis la

lumière, j’éteins la lumière.

Et voilà, je dors pendant une

demi-heure comme ça.


VINCENT LINDON

C’est incroyable.


BOULANGER

Voilà. Ça va, on est bien, on

est à température. Une demi-

heure, trois quarts d’heure,

parce que des fois, je suis

fatigué.


VINCENT LINDON visite ensuite l’avant de la boutique. La MÈRE DU BOULANGER est là.


MÈRE DU BOULANGER

Un petit macaron, monsieur?


VINCENT LINDON

Attendez, je me mouche.


BOULANGER

Tiens, maman.


La MÈRE DU BOULANGER prend la pose à côté de VINCENT LINDON.


BOULANGER

(Prenant une photo)

Ça marche. Allez, encore une

petite.


MÈRE DU BOULANGER

Ouais, mais y a pas eu de

flash.


BOULANGER

Autant pour moi.

C’est bien sans flash.


VINCENT LINDON se rend ensuite à une station-service et y rencontre d’autres gens qui lui serrent la main.


Plus tard, ALAIN CAVALIER tient la caméra et discute avec VINCENT LINDON.


ALAIN CAVALIER

C’était combien de mains à

serrer hier?


VINCENT LINDON

Beaucoup de mains. Je compte

pas, mais je dirais... Ça se

compte par centaines, je dirais.

Pas loin de 1000.

700, 800 mains peut-être.


ALAIN CAVALIER se tient devant un groupe d’hommes et il s’adresse à eux.


ALAIN CAVALIER

Bon...

Ça va?


VINCENT LINDON

Oui.


ALAIN CAVALIER

J’ai pas fait mon petit...

mon petit brushing. Ça va?


VINCENT LINDON

Oui.


ALAIN CAVALIER

Je me suis pas laqué.

C’est pas gênant?


VINCENT LINDON

Non.


ALAIN CAVALIER

Ils ont fini par comprendre

que s’il y avait un salaire

minimum régi par la loi,

pourquoi est-ce qu’il y aurait

pas un salaire maximum régi

aussi par la loi. Ça, c’est

entré petit à petit dans les

cerveaux. Ça, c’est entré dans

les cerveaux. 1:10, 1:11, 1:12,

1:13, 1:14, 1:15.

Vous connaissez ma position.

Moi, je suis pour 1 h 15, pour que

ceux qui veulent gagner un bon

salaire puissent le gagner.

Que les aventuriers, les petits

loups, les inventifs puissent...

atteindre un certain niveau

financier. Le Premier ministre,

lui, qui a dans sa...

dans son entreprise, fait 1 h 10,

est pour 1 h 10.


Ils se déplacent ensuite, s’asseyant en cercle dans de grandes chaises et ALAIN CAVALIER prend la caméra. Ils poursuivent la discussion.


ALAIN CAVALIER

Notre maître de maison.


HOMME 5

Les valeurs sont pas tout à

fait les mêmes. Le pognon est

phénoménalement attractif pour

la jeunesse. Phénoménalement.

Et bien gagner sa vie, c’est

déjà formidable. Mais ce qui les

fait vraiment bander, pardonnez-

moi l’expression, c’est du gros

pognon. C’est du gros pognon. Et

les clips les plus vus sont

épouvantables.

C’est-à-dire que c’est de

l’argent à flot, des femmes qui

se contorsionnent. Enfin c’est

vraiment une caricature.

Une caricature!

Ils aiment le pognon. Ils en

veulent, du pognon. Qu'est-ce

qu'ils pensent, les jeunes, de

ça?


ALAIN CAVALIER

Monsieur le Premier ministre,

vous maintenez 10?


VINCENT LINDON

Oui.


HOMME 6

(Ouvrant une boîte de gâteaux)

Voilà. Donc on va découvrir

les gâteaux.

La recette qui a 120 ans.

Bon, alors voilà, les longs avec

du sucre glacé, ça s’appelle des

brésiliens. C’est avec une

confiture de framboise à

l’intérieur. Les tartes au

citron et les marguerites.


Un des hommes appelle chez lui pour aviser sa femme qu’il rentrera sans doute assez tard. Il lui demande de laisser le portail ouvert.


Plus tard, ALAIN CAVALIER regarde par la fenêtre de la maison de VINCENT LINDON, tandis que VINCENT LINDON le filme.


ALAIN CAVALIER

Vous faites tourner.


VINCENT LINDON

Oui, mais ça tourne depuis six

minutes déjà.


ALAIN CAVALIER

Bon...

Monsieur le Premier ministre,

vous m’êtes très cher, et je ne

suis pas très content.

À cause de votre sécurité.

Regardez bien. Un sniper, un

tireur d’élite, peut se mettre

n’importe où et vous allumer en

une fraction de seconde.

Alors j’ai décidé... J’ai agi.

Il y a un policier qui surveille

le balcon là nuit et jour. Ils

se relèvent. Et tous les

ouvriers ont été examinés, leur

vie, et ils ont un badge.

Et j’ai fait ça sans vous

prévenir.

Mais il reste une autre chose,

c’est que vous n’avez pas blindé

vos vitres. Comme vous me l’avez

dit. Donc il est interdit de

vous mettre devant la fenêtre

pour l’instant.

(Tirant le rideau)

Voilà.

Et c’est presque un ordre.


VINCENT LINDON

(Revenant plus tard sur sa dernière conversation avec ALAIN CAVALIER)

J’avais envie de dire à

quelqu’un au téléphone: il me

fait chier, il m’emmerde, le

président. Son truc avec ses

histoires de sécurité, ça fait

quatre fois. "Vous devriez avoir

des vitres blindées. Vous

devriez... Je suis pas très

content avec vous.

On peut vous tirer dessus. Je

vous avais demandé de prendre

soin de votre sécurité." Moi, je

pense que c’est des fausses

excuses. C’est un détour. C’est

pas ça qu’il veut me dire. J’ai

l’impression que c’est un

stratagème. C’est pour me donner

l’habitude, me montrer que ça y

est, c’est fini, on s’est jamais

disputé, tout va génial entre

nous. Bien non, je vais vous

donner l’habitude, je vais vous

montrer ma voix quand je suis

pas content. Je vais vous crier

un peu dessus sur un truc dont

je m’en fous, mais totalement,

de votre sécurité. Vous

imaginez, on est en France, pas

aux États-Unis, personne tire

sur personne.

Mais c’est juste pour vous

dérouter. Comme un

prestidigitateur, j’attire votre

attention sur autre chose et

hop! J’attire votre attention

sur la sécurité, mais en fait,

c’est pour vous expliquer que

dans trois-quatre jours, je vais

me mettre en boule et on va

avoir un gros conflit sur le

rapport des salaires, l’écart

entre le plus bas salaire et le

plus haut salaire. Vous, vous

êtes pour 1 à 10, moi, je suis

pour 1 à 15. Et je vous

explique, mon petit garçon, pour

l’instant, tout est très bien.

Ce coup-ci, y en a marre. Je

suis quand même président et ça

va être 1 à 15 puis on discute

pas.

(Faisant semblant, plus tard, de parler au téléphone et de tenir cette discussion, qui est en fait un monologue)

Voilà. Ça me plaît pas, ça.

Voilà. Tout ça, c’est

exactement... Voilà, c’est

exactement ce que j’ai envie de

lui dire. Mais je ne suis pas...

Faut que ça vienne d’autres

gens. Faut qu’il y ait d’autres

gens. Faudrait que quelqu’un lui

dise: "Arrêtez de le faire chier

pour les détails." Voilà.

C’est un coup de téléphone comme

ça qu’il faut que je donne.

Voilà.


Plus tard, dans son garage, VINCENT LINDON discute sécurité avec des membres de son entourage et son CHAUFFEUR.


CHAUFFEUR

Voilà les dégâts.


HOMME 2

C’est dangereux quand même.

Très dangereux.


CHAUFFEUR

Parce que là, pour savoir où

se trouvait le véhicule en

réparation, personne pouvait le

savoir. Je suis la seule

personne à pouvoir savoir où

j’ai emmené le véhicule. Donc ou

alors on a été suivis ou j’ai

été suivi de manière à pouvoir

localiser le véhicule et le

rendre dans cet état-là.


JEUNE HOMME 1

En même temps, c’est un peu

trop spectaculaire, je trouve.

Si on voulait me faire vraiment

du mal, on l’aurait pas fait

comme ça.


Les hommes regardent l’écran d’un ordinateur où on les voit en train de vandaliser la voiture en y plantant des pioches.


VINCENT LINDON

(Mettant un CD dans une enveloppe)

Ça, je vous le confie.

J’ai bien peur que ça serve pas

à grand-chose, parce que, dans

pas longtemps, tout le monde en

aura un.


Plus tard, ALAIN CAVALIER et VINCENT LINDON discutent à table, alors que la caméra est braquée sur ALAIN CAVALIER.


ALAIN CAVALIER

Je voulais vous rappeler

notre...

notre verre de bordeaux, nos

deux verres de bordeaux, deux,

sinon trois...

au Raphaël, au bar du Raphaël.

Vous vous levez, vous allez

commander au barman deux autres

verres...

et... vous l’appelez Pierre.

Depuis 12 ans, vous l’appelez

Pierre, parce que vous le

connaissez depuis 12 ans. Et il

dit: "Non, pas Pierre. Bertrand.

Pierre, c’est le nom de mon

père."


VINCENT LINDON

Il me dit: "C’est le

nom de mon père."


ALAIN CAVALIER

Oui. Donc

c’est pour ça qu’il vous a

laissé l’appeler...

Alors ça m’a beaucoup touché. Et

comme on venait de parler tous

les deux de nos pères, à tous

les deux, ça a été signe qu’on

devait faire quelque chose

ensemble, travailler ensemble.

Un très bon signe.


Plus tard, la caméra est braquée sur VINCENT LINDON, assis en face d’ALAIN CAVALIER. Ce dernier lui donne une cuiller.


VINCENT LINDON

Merci beaucoup.


ALAIN CAVALIER

Une pour vous et une pour moi.


La caméra est à nouveau braquée sur ALAIN CAVALIER


ALAIN CAVALIER

La pire chose que je me suis

reprochée toute ma vie, j’avais

17 ans...

j’étais amoureux d’une femme de

mon âge et, en vacances, j’en ai

rencontré une autre qui habitait

Chicago. Mais comme ça. Et puis

le jour où elle a pris son train

pour aller à Paris et prendre

son avion, elle m’a donné de

l’argent pour que j’aille lui

prendre son billet et on avait

rendez-vous pour que je lui

donne son billet. Parce qu’elle

avait pas la possibilité de le

faire. Et au moment d’aller lui

donner son billet au café, la

personne avec laquelle je vivais

est arrivée.

Et j’ai gardé le billet dans ma

poche.


VINCENT LINDON

Ah! Ça vous ressemble

tellement pas.

C’est incroyable.


ALAIN CAVALIER

Mais c’est une chose...

Je vous le dis. Et toute ma vie,

vous voyez, toute ma vie, j’y

pense. J’y pense.

Et je vois cette femme qui doit

avoir, je ne sais pas, un âge

marcher dans les rues de Chicago

et se souvenir.


VINCENT LINDON

Non, mais c’est dingue.


ALAIN CAVALIER

Se souvenir de ça.


VINCENT LINDON

Et elle doit vous connaître

aujourd’hui. Quand on est

président. Elle doit savoir.

Bien oui. Elle doit voir votre

tête dans les journaux et

dire... Si elle veut, elle peut

dire: "Il m’a volé un billet."

Si elle est encore vivante.


ALAIN CAVALIER

Mais je la vois.

Si vous vous présentez...

à la présidence...

vous avez une image d’homme

seul. Et une image d’homme

séduisant vivant seul. Jamais on

a vu une photographie de vous

avec une femme.

Je lis les journaux tous les

jours et y a des informations

que j’aime avoir. C’est-à-dire

que je voudrais savoir si mon

futur président est heureux avec

une femme ou alors s’il a une

femme, une maîtresse, qu’il

hésite entre l’une et l’autre et

ça lui... Ça ne l’empêche pas de

faire son travail. Pas du tout.

Mais ça m’intéresse.

C’est tout. Mais... bon...

Et puis je pense aussi que les

gens vont traquer votre vie.

Donc simplement, ne me dites

rien, mais ça pose les problèmes

que j’ai eus, moi.

Que j’ai eus. Parce qu’à un

moment, j’étais entre deux eaux,

je ne disais rien. On savait, on

disait à moitié. Et c’est très

mauvais. Je pense que c’est très

mauvais. En fait, vous faites

comme vous voulez.

Je m’en fous pas.


VINCENT LINDON

Non, non, mais...

Bien... je suis comme tout le

monde.


ALAIN CAVALIER

Bien oui. Vous êtes... Je le

sais d’ailleurs. Vous avez une

femme et vous en avez une autre.

Ça, c’est comme tout le monde.

Et non pas que vous hésitez

entre les deux. J’en sais rien.

Je m’en fous. En réalité, vous

êtes peut-être très bien avec

les deux. Hein? Mais ça, le jour

où vous serez président, ça se

saura de toute façon. Parce que

c’est fini maintenant, les...

Hein?


VINCENT LINDON

J’ai la naïveté de penser que

si ça ne sait pas quand je suis

Premier ministre, y a aucune

raison que ça se sache quand je

serais président, si un jour,

par bonheur ou par malheur, je

l’étais.


ALAIN CAVALIER

Oui. Je pense que vous avez

une chance très forte de l’être.

Mais c’est pas la même chose.


VINCENT LINDON

Non.


ALAIN CAVALIER

C’est la fonction suprême.

C’est le recours extrême.

C’est le représentant d’un pays.

Il est garant de l’honneur d’un

pays et de la sécurité des

citoyens.


VINCENT LINDON

Il est président de la

République.


ALAIN CAVALIER

Même si son pouvoir est un

peu... Mais là, il ne doit pas,

il ne peut pas être atteint dans

sa fonction. Voilà. C’est tout.

On va attaquer quand même le

salaire de ce que vous faites.

On va être assez courts, parce

qu’on en a déjà beaucoup parlé.

Le principe, c’est que vous êtes

toujours extraordinairement

pour, que vous pensez que c’est

ça qui débloquera, je veux dire,

la guerre de tous contre tous,

la haine entre les gens. Parce

qu’il y a quelque chose qui est

aujourd’hui, étant donné que

l’argent est au...


VINCENT LINDON

Et moi, je pense que c’est la

base absolue et que si on règle

cette histoire de salaire, les

gens vont être mille fois plus

heureux. Mais eux-mêmes ne me

suivent pas. Donc ça rend fou.

On devient impopulaire avec une

chose pour faire du bien.

C’est l’obstacle auquel je me

heurte et qui me révolte.

Voilà. Je vous le dis. C’est la

chose qui me rend fou.


ALAIN CAVALIER

Euh... On commence les

présidentielles un peu, la

campagne présidentielle. Vous

allez être obligé de vous

découvrir.

Est-ce qu’on continue avec cette

affaire-là ou est-ce qu’on fait

les prestidigitateurs?

C’est-à-dire qu’on continue,

mais on met autre chose dans le

programme pour... Je ne sais

pas, je ne sais rien, puisque ce

n’est pas moi qui vais...

après... Ça sera vous si vous

êtes élu. Moi, je veux dire, je

peux promettre tout et en même

temps, j’en ai rien à foutre,

puisque je quitte la scène.


VINCENT LINDON

Est-ce que vraiment vous la

quittez la scène? Est-ce que

vous en avez vraiment envie?

C’est la question que j’ai envie

de vous poser.

Est-ce que vous voulez vraiment,

vous en avez ras-le-bol?


ALAIN CAVALIER

Ou si j’ai envie de remettre

le couvert?


VINCENT LINDON

Ou est-ce que vous avez envie

de remettre le couvert?


ALAIN CAVALIER

Chers concitoyens, je pense

que, vu l’énorme forme que je

tiens, je peux solliciter de

votre part un deuxième mandat.

Mais...

moi, je ne peux pas. Je suis usé

et je n’en veux plus même.

Mais je hais celui qui prétend

me succéder et je vous

propulserai au maximum.


Plus tard, VINCENT LINDON discute avec l’HOMME 3 dans sa cuisine.


HOMME 3

Comment ça se passe avec le

président? T’as parlé des

prochaines élections?

C’est un bon début.


Ils rigolent


VINCENT LINDON

Quel est mon verre? Celui-là

ou celui-là?

Bien on aura bu notre petit

litre.

On travaille pour les vignerons

français, en tout cas. C’est le

moins qu’on puisse dire.


ALAIN CAVALIER se coupe les poils de nez devant le miroir et termine de se préparer. Il écrit ensuite un message en le lisant à voix haute.


ALAIN CAVALIER

Je souhaite...

que mes cendres...

soient dispersées...

dispersées...

du haut...

du clocher...

de la Trinité...

à Vendôme.


VINCENT LINDON est dans une pièce et parle au téléphone, pendant que deux hommes, à l’extérieur de la pièce écoutent ce qu’il dit.


VINCENT LINDON

Une excuse médicale ou une

excuse professionnelle?

Mais on s’adresse à combien de

personnes? Non, mais on

s’adresse à combien de

personnes? Là, on parle de gens

intelligents et avant, on parle

de crétins. D’imbéciles, de

gens... On parle de gens qui...

Allô? On parle de gens qui sont

derrière leur bureau ou de gens

qui sont complètement... qui

veulent garder leur petit

salaire, leur petit poste

jusqu’à la retraite, qui ont une

autoroute tracée et qui sont...

Le pouvoir, ce n’est pas de dire

non. Le pouvoir, c’est de dire

oui.


ALAIN CAVALIER

(Discutant avec VINCENT LINDON et l’HOMME 2.)


ALAIN CAVALIER

Bon, vous avez fait le

pointage pour le vote.


HOMME 2

Oui. C’est pas bon du tout.


ALAIN CAVALIER

Bon... C’est avec entre 10 et

15 voix pour atteindre la

majorité?


HOMME 2

Vingt voix.


ALAIN CAVALIER

Vingt voix!


HOMME 2

Vingt.


ALAIN CAVALIER

Vingt voix...

Ah...

Qu’est-ce qu’elle a, cette loi?

Qu’est-ce qu’elle a qui...

Le Français, qu’il soit...

Qu’est-ce qui l’emmerde?

C’est une loi étatique.

Il se méfie maintenant.

C’est une loi... Il nous traite

de menteur. C’est-à-dire qu’elle

sera jamais appliquée. Elle est

trop compliquée.

C’est bien ça, hein?

Ils ne comprennent pas

l’humanité de l’affaire.

C’est moi qui vous l’ai

proposée, et je ne sais pas quoi

dire et quoi faire. Je ne sais

pas.

(S’adressant directement à VINCENT LINDON)

C’est-à-dire que je vous

regarde pas dans les yeux, là.

Une idée?

Qu’est-ce qu’on fait?

Il faut absolument...

que vous soyez président de la

République. Voilà.

Alors c’est très emmerdant,

parce que notre dernière qu’on

avait trouvée. Pourquoi une loi

pour les bas salaires et pas

pour les salaires maximums,

c’était pas bien fameux. Et puis

on avait trouvé celle-là

maintenant: aucun salaire ne

doit dépasser celui du président

de la République et c’était

bien. On s’était mis d’accord.

1 à 15, ça avait une force.


VINCENT LINDON

C’est un drôle de truc humain

terrible. Voilà. C’est ça qui me

chagrine aussi et qui fatigue

dans... dans le...

dans la chasse au pouvoir.


HOMME 2

C’est pas une chasse au

pouvoir. Le pouvoir, vous pouvez

l’avoir. Pas besoin de le

chasser, il est là. Ce que vous

devez chasser, c’est cette loi.


ALAIN CAVALIER

C’est Fouché, lui. C’est

Fouché. C’est Talleyrand et

Fouché!

Hein?

Il pense bas; toi, tu penses

juste.


VINCENT LINDON

Il pense bas, donc il pense

juste?


ALAIN CAVALIER

Il se moque de tout.

Il rit de tout.


HOMME 2

Non.


ALAIN CAVALIER

Il est désespéré.

Je vais quand même...

(S’adressant à un homme hors cadre)

Thibaud, on vous a apporté un

document, hein?

Vous pouvez me le...

À donner au Premier ministre.


THIBAUD lui apporte le document.


ALAIN CAVALIER

Et...

on m’a dit que c’était une...

une photo compromettante...

de votre adversaire aux

présidentielles. Je ne la

connais pas, cette photo.

C’est pour vous.


VINCENT LINDON

(Regardant la photo dans l’enveloppe)

Elle est incroyable.


ALAIN CAVALIER

C’est très agressif?

Vous permettez?


VINCENT LINDON

Oui. Je vous en prie.

À vous.


HOMME 2

Allez-y.


ALAIN CAVALIER

Mon Dieu...

Mon Dieu que l’homme est faible.


VINCENT LINDON

Allez, hop...


HOMME 2

Vous voulez pas me la laisser?


VINCENT LINDON

Non, non.

Ça ne m’intéresse pas, en fait.


ALAIN CAVALIER

C’est pas une arme.


VINCENT LINDON

Non. C’est pas une arme.

J’aimerais pas qu’on...

Je mépriserais celui qui aurait

ça de moi et s’en servirait.

Donc je fais pas aux autres ce

que j’aime pas qu’on me fasse.

Je m’en fous complètement.


ALAIN CAVALIER

Effectivement, s’il est élu,

ça la foutrait mal. Plutôt.


HOMME 2

Oui.


ALAIN CAVALIER

Bon.


VINCENT LINDON

Oui, mais voilà...


ALAIN CAVALIER

C’est vous qui décidez.


VINCENT LINDON

Mais voilà. La réponse est

dans votre phrase. S’il est élu,

c’est bien pour ça qu’il faut

pas montrer ça. Parce que s’il

est élu...

bien ça...


ALAIN CAVALIER

Pauvre France.


VINCENT LINDON

Ça salit. Oui.

Ça salit le...

Ce qui va être plus compliqué

tout au long de ma vie, que je

sois élu ou que je perde contre

lui, c’est comment vais-je faire

pendant toutes ces années pour

pas lui dire que j’ai vu cette

photo? C’est ça qui me démange.

S’il gagne, lui dire: "Regardez

comme j’ai été classe. J’avais

ça dans les mains et je m’en

suis pas servi." Et si je suis

élu, lui dire: "J’avais ça et

j’ai gagné sans m’en servir." Je

pense que j’aurais la faiblesse

un jour de m’en servir juste

entre lui et moi. "Voilà.

J’avais ça dans la poche."


ALAIN CAVALIER

Moi, ce qui me fait rire, c’est

qu’à chaque fois que je le

verrai... je penserai à...


VINCENT LINDON

Oui. D’ailleurs, je peux la

détruire. Elle est là. Si je lui

en parle, c’est que je l’ai vue.

Mais bon...


ALAIN CAVALIER

Enfin, ça se garde quand même.


VINCENT LINDON

Ça, oui.

Je la garde.


ALAIN CAVALIER

Voilà. On ne sait jamais.


VINCENT LINDON

On ne sait jamais.


ALAIN CAVALIER

On ne sait jamais.

(Touchant les épaules des deux autres hommes)

Excusez-moi de vous toucher.

Il n’aime pas ça. Je sais qu’il

n’aime pas ça. Il dit que c’est

pas vrai, mais il n’aime pas ça.


VINCENT LINDON

Si, si!


Plus tard, VINCENT LINDON, ALAIN CAVALIER, THIBAUD et l’HOMME 2 sont assis à table.


ALAIN CAVALIER

Moi, j’ai un scénario sur notre

avenir politique. Je m’en fais

tous les soirs avant de

m’endormir, mais... je vous le

dirai pas.


HOMME 2

C’était après avoir regardé la

télévision ou pas?


ALAIN CAVALIER

Je n’ai pas regardé la

télévision hier. Et lui, il a un

petit problème.


HOMME 2

Il en a même un gros, je

crois.


ALAIN CAVALIER

Oui. Il a un gros même.

Va-t-il nous envoyer chier ou

va-t-il continuer?


HOMME 2

On pourrait prendre les paris.


ALAIN CAVALIER

Oui.

Combien?


HOMME 2

Hum...

50 euros.


ALAIN CAVALIER

50 euros.

50 euros, il est président.


HOMME 2

Il refuse.


ALAIN CAVALIER

Il refuse.


HOMME 2

Ouais.


ALAIN CAVALIER

D’abandonner le... bon!


Plus tard, ALAIN CAVALIER filme son chat qui entre dans la maison par la fenêtre laissée ouverte.


ALAIN CAVALIER

Viens, ma chérie. Viens.

Viens.

Viens.

Voilà.

Voilà. Voilà. Voilà.


ALAIN CAVALIER se regarde ensuite dans le miroir.


ALAIN CAVALIER

Trois mille euros.

Sans anesthésie.

Est-ce que c’est le président

qui a fait ça ou est-ce moi?

(Parlant de la peau qui pend de son cou)

Mon père avait ça.

Et je voyais ça sur lui et je

n’aimais pas ça.

Je n’aimais pas ça. Je n’aimais

pas son autorité sur moi. Je

n’aimais pas...

la suffisance et le plaisir

qu’il avait à exercer son

pouvoir...

de haut fonctionnaire.

Le problème, c’est

qu’aujourd’hui, je lui

ressemble. Je suis lui.

Je suis son clone.

Donc je regrette de l’avoir jugé

et aujourd’hui, je l’aime.

Je ne le sens plus là.

On voit pas grand-chose quand

même. On voit pas grand-chose.

Hum...


Pendant que des hommes discutent au salon, VINCENT LINDON est au lit et regarde un document. Une femme est couchée à côté de lui et elle dort. VINCENT LINDON se lève, s’habille et va les rejoindre.


VINCENT LINDON

(Venant rejoindre les hommes qui discutent)

Euh... je vous interromps une

seconde. J’ai écrit une...

une lettre de démission au

président et je voulais vous la

lire et que vous me disiez ce

que vous en pensez. En tout cas,

vous la lire.

"Monsieur le Président, je vous

présente ma démission du Premier

ministre de votre gouvernement.

Vous et la majorité m’ont répété

que j’étais le meilleur candidat

pour l’élection présidentielle

et je m’y suis préparé avec

votre aide. Aujourd’hui, ceux

qui nous ont soutenus me

demandent, et vous, vous vous

joignez à eux, de reculer sur la

loi des salaires, sans quoi

l’opposition sortira vainqueur

du combat. Il m’est difficile de

laisser tomber une loi faite

pour améliorer les rapports

entre les hommes. Je compte

consacrer toute mon énergie pour

que cette loi entre dans le

cœur et l’esprit des citoyens.

Pour cela, je me présenterai

seul face aux électeurs et en

dehors du soutien de la

majorité, qui devra se trouver

un autre candidat."

"Je souhaite que ce soit vous,

monsieur le Président. Le choix

du pays se fera ainsi clairement

après notre confrontation. Au

premier tour, l’opposition nous

enverra un candidat unique. Au

second tour, ce sera encore le

même.

Mais l’un de nous aura disparu.

Peu importe lequel, puisque la

transparence, l’information et

le respect du citoyen auront été

affirmés. Monsieur le Président,

merci d’être venu me chercher

pour remplir une mission que je

ne peux que poursuivre." Alors

là, moi, j’ai écrit une petite

fin. C’est en fait là-dessus que

je vais avoir besoin de votre

avis. Que je trouve un petit

peu...

Comment dire? Littéraire et

lyrique, mais en même temps

extrêmement forte. Donc après

"Monsieur le Président, merci

d’être venu me chercher pour

remplir une mission que je ne

peux que poursuivre. Je voudrais

que tous comprennent que je ne

divise pas, que j’ouvre les

portes de la vie, que je ferme

celles du repli et de la peur.

Soyez, monsieur le Président,

totalement sûr..." Voilà.

"J’ouvre les portes de la vie,

je ferme celles du repli et de

la peur." C’est un peu...


JEUNE HOMME 1

Elle est pas du tout habitée,

cette dernière phrase. Elle fait

très formulée justement.

C’est pour ça que... Enfin...


VINCENT LINDON

Oui?


JEUNE HOMME 1

C’est mon avis.


VINCENT LINDON

Mais il m’intéresse.


JEUNE HOMME 1

Elle me paraît pas du tout

habitée, cette phrase. C’est une

formule bien jolie, mais ça

sonne pas vrai.


VINCENT LINDON

Et donc?


JEUNE HOMME 1

Voilà, ce que vous voulez,

c’est toucher. Ça marche.


VINCENT LINDON

Voilà. Personne ne me

comprend.


HOMME 6

Non, mais si, moi, j’ai

compris. J’ai compris que ça

veut dire: "J’essaye... je

voudrais pas m’arrêter là."


VINCENT LINDON

Oui. Donc personne ne considère

ce que je dis.

Personne ne me comprend. Alors

c’est ou moi qui suis fou...


VINCENT LINDON

Je ne vous demande pas... Je

sais ce que je veux dire, je

l’ai écrit. C’est drôle, chaque

fois que j’écris un discours, à

chaque fois y a une dispute.

Une lettre au président. En

fait, c’est incroyable.


JEUNE HOMME 1

Si vous voulez que le message

soit compris et direct envers le

président aussi, c’est pas le

moment de faire de la poésie.


VINCENT LINDON

Mais je fais pas de la poésie.

Je pose ma démission.


JEUNE HOMME 1

J’ouvre les portes de la

vie... Enfin...


VINCENT LINDON

Oui. Donc...


JEUNE HOMME 1

Je parle uniquement de cette

dernière formule.


VINCENT LINDON

Ah, très bien. Sinon, tout va

bien. Sinon tout va bien?


JEUNE HOMME 1

C’est sur celle-ci que vous

m’avez sollicité.


VINCENT LINDON

Sinon tout va bien.


JEUNE HOMME 1

Tout va bien.


VINCENT LINDON

C’est la dernière phrase.

D’accord. Donc quand y a un

doute, y a pas de doute.


JEUNE HOMME 1

Bien non.


VINCENT LINDON

OK. Bon, je vais prendre ma

décision.


Plus tard, ALAIN CAVALIER filme [VINCENT LINDON et les deux hommes discutent.


ALAIN CAVALIER

Là, vous allez partir à la

conquête quand même. Donc votre

petit voile de tristesse dans le

regard, vous ne pouvez pas

l’offrir aux... aux électeurs.


VINCENT LINDON

Non, mais là, j’ai... Ça

aussi, ça a changé. Je... Non,

j’ai beaucoup moins de

tristesse.


ALAIN CAVALIER

Vous pensez?


VINCENT LINDON

Oui. J’en ai peut-être, mais

non, non...


ALAIN CAVALIER

Non, mais je dis ça, je veux

dire, je ne vous juge pas, moi.

Hein?


VINCENT LINDON

Non, mais...


ALAIN CAVALIER

Puisque je vous filme

exactement comme vous êtes.

Donc je n’ai pas à juger comme

vous êtes.


La caméra est à présent braquée sur ALAIN CAVALIER.


ALAIN CAVALIER

On va être de vrais ou de faux

adversaires?


VINCENT LINDON

De vrais.


ALAIN CAVALIER

De vrais!


La caméra revient à VINCENT LINDON.


ALAIN CAVALIER

Quelques fois, peut-être, vous

passerez dans une ville et puis

24 heures après, je passerai au

même endroit, après vous ou

avant vous. Ça va être un drôle

d’effet.


La caméra revient à ALAIN CAVALIER.


ALAIN CAVALIER

Peut-être que j’y prendrai le

goût, hein? De vous flanquer par

terre.

Vous me détesterez, vous me

haïrez. Le fils poignardera le

père. Ça sera très bien. Je

mordrai la poussière. Et après,

il faudra battre l’autre. Parce

que le vrai adversaire, c’est

celui qui me suit, moi. Alors

problème d’argent.

Est-ce qu’il y a assez... Moi,

je sais où est l’argent pour ma

campagne. Mais vous, il va

falloir en trouver.


VINCENT LINDON

Oui, oui.


ALAIN CAVALIER

Vous vous débrouillerez.


VINCENT LINDON

Exactement.


La caméra revient à VINCENT LINDON.


ALAIN CAVALIER

Est-ce qu’on pourra se

téléphoner de temps en temps?

Qu’est-ce que vous pensez? Vaut

mieux qu’on ne se voie pas?

Vaut mieux... Hein? Après avoir

été si proches. Hein?


La caméra revient à ALAIN CAVALIER.


VINCENT LINDON

La seule chose que je pourrai

vous dire, et on en parlera plus

tard, où je vous en veux un

petit peu, je vous le cache pas,

même si c’est vous qui m’avez

mis le pied à l’étrier, ou remis

le pied à l’étrier, vous êtes

venu me chercher, je pense

qu’avec votre force de

conviction, et je vous ai vu

convaincre des tas de gens, vous

auriez pu dire au groupe:

"Écoutez, moi, je lui fais

confiance, je l’aime, je l’ai

formé. Cette idée de salaire,

j’y ai travaillé avec lui. Je

vous demande, au nom de notre

fidélité, de le suivre sur cette

idée, de façon à ce que vous ne

vous sépariez pas ni lui de

vous, ni vous de lui. Et

accompagnez-le jusqu’au bout du

combat." Et vous ne l’avez pas

fait. Donc quelque part...


ALAIN CAVALIER

Je l’ai fait.

Mais je l’ai pas fait

ouvertement, parce que c’est des

choses qui se font comme ça dans

le creux de l’oreille de chacun.

Et là, ça se finit?


VINCENT LINDON

Ça se finit. Mais c’est

intéressant que tu le dises

maintenant.


ALAIN CAVALIER

Dans le creux de l’oreille de

chacun. Mais je l’ai fait à

mort. C’est pour ça que je suis

triste aujourd’hui que ça ne

fonctionne pas avec le groupe,

que vous êtes obligé de vous

éloigner. C’était pas du tout,

du tout mon but.


Plus tard, ALAIN CAVALIER filme son chat.


ALAIN CAVALIER

Je t’entends manger tes

croquettes.

C’est ma couverture. En fait,

quand j’ai froid aux genoux.

Petite chérie.

Toute petite chérie.

Tu m’as aidé.

Merci.

(Filmant un escalier)

Un jour, je n’aurai plus la

force de monter cet escalier.


Plus tard, VINCENT LINDON change de chemise dans un endroit public.


VINCENT LINDON

(S’adressant à son ACCOMPAGNATEUR)

C’est bon, je peux y aller?

C’est bon?


ACCOMPAGNATEUR

C’est bon. Tout va bien.


VINCENT LINDON

(Enlevant sa chemise)

Tenez.


ACCOMPAGNATEUR

Donnez-moi ça.


Une DAME, qui est dans la salle de bains à côté et dont la porte est ouverte, se refait une beauté.


DAME

C’est une cabine d’essayage?


VINCENT LINDON

Excusez-moi. Je suis désolé.


DAME

C’est pas grave.


VINCENT LINDON

Voilà. Hop!

La vache!

Je ne pourrai plus.

Si les gens voyaient ça!

Je suis moins balai dans le cul

qu’ils croient.


ACCOMPAGNATEUR

Ça, c’est sûr.

Il faudrait qu’ils voient ça.


VINCENT LINDON

(Laissant passer la DAME)

Allez-y, madame.


VINCENT LINDON monte ensuite au bar et discute avec un CLIENT.


VINCENT LINDON

Bon, d’accord. Voilà.

C’est bon. Super. Merci.


CLIENT

On baisse un peu les impôts

quand même.


VINCENT LINDON

On baisse un peu les impôts?


CLIENT

Oui. Pour ceux qui ne gagnent

pas trop.

Il en faut des impôts. C’est

normal, si on veut avoir les

institutions. Mais... il faut

qu’eux, ils ralentissent leur

train de vie.


VINCENT LINDON

Qui?


CLIENT

Les grands.


VINCENT LINDON

Les grands?


CLIENT

Trois bouteilles de bourgogne

à trois.


VINCENT LINDON

Trois bouteilles de bourgogne

à trois?


CLIENT

Oui. Quand même, faut être

sérieux. On est quand même des

hommes sérieux.

Parce qu’après, y a le fromage.

C’est comme un petit dessert.


VINCENT LINDON

Un minimum.


CLIENT

C’est vous qui me répondez,

là. Mais... s’il y a la poupée

qui vient, on dit pas toujours

non.

S’il y a la poupée qui vient, on

ne dit pas toujours non.

Mais qu’elle compte, OK, mais

pas porter le portefeuille.


VINCENT LINDON

Oh, la vache...


Plus tard, ALAIN CAVALIER filme à son insu VINCENT LINDON qui est assis à son bureau, tandis qu’il écrit à l’ordinateur.


ALAIN CAVALIER

J’ai nommé un nouveau Premier

ministre, le spectateur le

connaît, d’ailleurs.

Il est chez lui et il a le plus

petit bureau que je connaisse.

Et il a un vélo aussi.

(Filmant la cuisine)

Le nouveau Premier ministre a

peut-être un petit bureau, mais il a

une grande cuisine.


ALAIN CAVALIER discute ensuite avec un monsieur dans la cuisine.


MONSIEUR

Et c’était pas votre intention

de...

C’était pas vraiment votre

intention de replonger pour ça.


ALAIN CAVALIER

Non, non, pas du tout. Pas du

tout. Mais... là, écoutez, je

suis obligé d’y aller.

C’est-à-dire que vous m’avez

tous désigné.

Je suis... pour l’instant le

seul présentable.

(Déposant la caméra pour aller rejoindre son interlocuteur assis à la table)

Vous avez refusé. Donc il faut

que j’y aille. C’est ça ou la

majorité n’a pas de candidat.

Et le problème que j’ai, moi,

c’est que, tout d’un coup, cinq

nouvelles années, à cause du

fait qu’il a pris cette

décision, se sont ouvertes

devant moi, alors que j’avais

totalement sorti ça de ma tête.

Et sincèrement.

Et maintenant...

une vraie attirance.

Je suis repris par...

C’est pas ce que vous lui avez

dit.


MONSIEUR

Ouais. Pourquoi donc trois

discours?


ALAIN CAVALIER

Bien oui. J’en ai trois. Je

peux pas faire comme...

comme l’ex-Premier ministre, les

meetings de province, etc. Je ne

peux pas les faire. Il faut que

je fasse un grand meeting dans

le Nord, à Lille, un autre grand

à Paris et un autre grand dans

le Midi. Donc j’ai trois

discours à prononcer et il faut

qu’ils soient terriblement

costauds. J’en écrirai la base

et il faudra qu’on retourne ça

ensemble. Mot par mot. Ça va

être...


Plus tard, ALAIN CAVALIER regarde l’ordinateur du monsieur avec qui il discute.


ALAIN CAVALIER

J’adore regarder les

ordinateurs. J’en ai pas.


MONSIEUR

Ah oui?


ALAIN CAVALIER

Je ne sais pas m’en servir.


MONSIEUR

La délinquance recule de 2 %.


ALAIN CAVALIER

La délinquance recule de 2 %.

C’est une précision...

Et je...

J’ai pas de portable.

Je n’ai pas de voiture.


MONSIEUR

C’est la liberté totale.


ALAIN CAVALIER

Euh... je ne possède en

propriété personnelle rien.

Deux tables en bois et deux

chaises.

Je n’ai pas la moindre action,

la moindre...

Et mon intention, ça doit être

de ma formation...


MONSIEUR

C’est de tout dilapider?


ALAIN CAVALIER

C’est de... évidemment brûler

mes deux tables pour me

chauffer. Pour chauffer mon

café. Et puis juste avant de

trépasser. Et m’envoler léger,

léger. Mais ça, c’est ma

formation religieuse. C’est tout

d’un coup croire que...

comme une âme, comme une âme...

On laisse le lourd. Et puis le

léger se dissout comme ça dans

l’azur. Dans l’azur.

Ça doit être ça. Ça doit être ça

qui me rend un petit peu

optimiste.

Ce qui me fait trouver ce pays

assez sympathique à vivre.


VINCENT LINDON discute avec l’HOMME 3 dans la cuisine.


VINCENT LINDON

Il m’a pas appelé.

Il m’a pas appelé pour me dire:

"Vincent, Alain Cavalier m’a

proposé d’être son Premier

ministre. Je voulais juste te

dire que dans le film, je suis

monté en grade." Rien. J’ai dit

à Alain un jour: "Je

souhaiterais vous présenter

Bernard." Comme j’ai fait avec

toi.

Et...

Oui...

Il est bien...

Formidable. Oh!

Mais alors... mais qu'est-ce

qu'il est gentil, Bernard!

On a été tourné chez lui, dans

sa maison à Étretat. Tout d’un

coup, il est à la retraite, il

était chef de pub, enfin,

président d’une boîte de pub.

Il se retrouve entre Étretat et

Paris. Tout d’un coup, il rentre

dans le film d’Alain Cavalier

quand même. Il a... Au fur et à

mesure que l’histoire avance,

Alain lui donne de plus en plus

de tournage, de...

Il m’appelle pas pour me dire:

"Vincent, je voulais te dire,

c’est super cool. J’ai fait une

scène, deux scènes, trois

scènes. J’étais ministre des

Affaires étrangères." C’est ça

qu’il visait?

Oui, enfin...


HOMME 3

On sait pas très bien.


VINCENT LINDON

On sait pas très bien.

Tu crois qu’il me téléphonerait,

ce pédé? Pour me dire...

"Bon, bien c’est super cool."

C’est incroyable. Ni Bernard

acteur, ni Bernard Premier

ministre m’a filé un coup de

fil.


HOMME 3

Ni ton ami.


VINCENT LINDON

Ni mon ami. Et Alain m’a

appelé pareil.


HOMME 3

Ah, oui?


VINCENT LINDON

Oui. Alain, il m’a dit: "Ah,

je voulais vous dire que Bernard

est... à partir d’aujourd’hui,

mon... nouveau Premier

ministre."


HOMME 3

Avec une certaine

satisfaction.


VINCENT LINDON

Avec une certaine

satisfaction, genre je vais bien

faire chier Vincent.


Plus tard, VINCENT LINDON se rend à un conseil où sont réunies plusieurs personnes.


HOMME 3

(S’adressant à VINCENT LINDON à l’extérieur de la pièce où se tient le conseil)

Mets-toi à l’écart.

Je viens d’avoir une information

supra-confidentielle.

Vous êtes devant.

De peu.

Mais vous êtes devant le

président.


VINCENT LINDON

C’est bon quand même.


HOMME 3

On a gagné.


VINCENT LINDON

Oui. On n’a pas... Non, mais

c’est bon. C’est bon.

Je vais faire pipi.

Euh... Hop!

(Revenant de la toilette)

Nos petites mains.

Avec nos petites mains.

(Parlant au téléphone)

OK. C’est pas gagné.

C’est...

Génial. En tout cas, c’est de

bon augure. Voilà.

C’est mieux qu’un bon coup de

poing dans la gueule.


HOMME 3

Ça commence.


VINCENT LINDON

Oui. C’est parti.

Bon!


ALAIN CAVALIER filme son chat et ensuite il parle au téléphone, debout dans le cadre de la porte.


ALAIN CAVALIER

Il est deuxième.

Je suis troisième.

C’est fini pour moi.

Voilà. Et je fais...

une sortie de chat, comme un

chat, je la ferai en douceur.

Oui.

(Parlant au téléphone assis à la table)

Si j’avais fait en plus Rennes

et Strasbourg, je le battais.

J’avais pas la pêche, je n’avais

plus la pêche. C’était fini.

Lille-Paris-Toulouse, ça m’avait

pompé.


Plus tard, le chat d’ALAIN CAVALIER miaule.


ALAIN CAVALIER

Qu’est-ce qu’il y a, toi?


ALAIN CAVALIER ouvre ensuite la porte à ANGELO.


ALAIN CAVALIER

La tradition, c’est le dernier

jour... des élections, ils ont

toujours...

Ils auront un nouveau président.

Attendez. Donnez-moi ça.

(Prenant son manteau)

Je vais vous le déposer.

Mettez-vous sur

ma droite, là, et on va arranger

nos petites affaires.

Alors est-ce que notre camarade

va gagner? Je n’en suis pas tout

à fait sûr.

Vous avez pris toujours 70

euros?


ANGELO

Aujourd’hui, c’est pour 100

euros, monsieur.


ALAIN CAVALIER

Cent? Ah...

En beauté. En beauté.

J’étais en train d’essayer de

calculer combien de fois nous

avons gratté le dimanche quand

j’étais en France. Depuis cinq

ans. Hop!

Oh!

(Ouvrant le sachet de billets de loterie)

Ça, c’est magique.

Alors voilà, nous allons

sortir... J’espère que ça va

être une très bonne journée.

Moi, le Solitaire, j’adore le

Solitaire.

Y a un Français sur deux qui ne

gagne pas 1500 euros.

Un Français sur deux.


ALAIN CAVALIER et ANGELO gratte les billets.


ALAIN CAVALIER

Alors... Astro.

Le Lion. Moi, je suis Vierge.

Vous êtes, vous, de?


ANGELO

Moi, je suis Scorpion,

monsieur.


ALAIN CAVALIER

Ah, Scorpion! Vous êtes

dangereux avec vous-même.


ANGELO

Absolument.


ALAIN CAVALIER

Moi, quand je dis que je suis

Vierge, tout le monde rigole.

Et quand je dis que je suis

Vierge ascendant Vierge, alors

là, on se tape sur les cuisses.

Quand même, pour 100 euros,

j’espère qu’on va avoir un

petit retour.


ANGELO

On va faire les comptes.


ALAIN CAVALIER

Hein?


ANGELO

On a perdu 60 euros.


ALAIN CAVALIER

On a perdu 60 euros.

C’est pas grave. Hein?

Ça servira à goudronner un petit

morceau de route.


ANGELO

S’ils emploient bien l’argent.


ALAIN CAVALIER

Voilà.


Plus tard, ALAIN CAVALIER et VINCENT LINDON mangent ensemble.


ALAIN CAVALIER

Moi, je ne suis plus président

de la République.


VINCENT LINDON

Enfin...


ALAIN CAVALIER

On n’est plus tous les deux...

on est des péquins.

Normaux.

Mais vous, votre avenir est

énorme. Et là, j’ai pensé une

chose: je veux vous...

Voilà.

C’est peu de chose...

mais c’est quand même...


VINCENT LINDON sort une caméra et la braque sur ALAIN CAVALIER.


ALAIN CAVALIER

Alors, comme j’ai une confiance

absolue dans le fait que vous

serez président dans cinq ans,

j’espère que vous porterez ça.

Et je vous le transmets. Mais où

est-ce que... J’avais une

petite... un petit plastique,

toujours. Parce que je la porte

pas toujours quand je... Quand

je vais dans les restaurants, je

la mets pas.

J’avais un petit plastique. Je

vais vous la donner comme ça,

vous la mettrez... Vous la

mettrez...

Voilà.

(Lui remettant un objet)

Voilà...

C’est pas un sceptre. Je suis

pas royal. Une petite chose

comme ça. Une petite certitude

concernant votre avenir et vos

qualités politiques.

Hum...

Ce hareng...

Je sais d’où il vient.

Mazette!

C’est chez le meilleur.

On se traite encore quelques

jours comme des gens...


VINCENT LINDON

(Déposant sa caméra)

On pourrait presque... On

arrive presque à la fin. On

pourrait presque faire des

champs, contrechamps

pratiquement. C’est-à-dire que

vous me filmez et vous me le

passez et vous le mettez

pratiquement clac-clac!

Première fois, clac-clac!


ALAIN CAVALIER

(Sortant une caméra)

Tenez. On peut le faire. La

première fois que vous allez

mettre...


VINCENT LINDON

Pratiquement un champ,

contrechamp. Tendez la main.

Je vous ai filmé en train de me

le donner. J’ai tendu la main en

train de vous filmer. Tac!


ALAIN CAVALIER

Donc voilà. Attendez. Voilà.


VINCENT LINDON

Je vous le donne et vous me le

donnez.


ALAIN CAVALIER

C’est de l’autre main que je

vous le donnais.


VINCENT LINDON

Oui. Personne le verra.


ALAIN CAVALIER

Et puis on prendra un raccord.

Attendez. Il faut d’abord que

j’appuie sur le...

voilà. Je n’ai pas d’enveloppe,

je n’ai rien.


VINCENT LINDON

Donc ça, il faudra que je...

Ça, c’est le vôtre. C’est un

symbole pour me dire que je

l’aurai un jour, mais...

il faudra que je le gagne.


ALAIN CAVALIER

Et ce soir, on peut faire la

farce.


VINCENT LINDON

Ce soir, c’est la première

fois que je vais le mettre. Ça me

fait un drôle d’effet.


ALAIN CAVALIER

Tout est permis.


VINCENT LINDON

C’est la classe!

(Accrochant l’objet à sa boutonnière)

Ah, oui. C’est quelque chose.

Je m’y crois beaucoup là.


ALAIN CAVALIER

Enfin, vous pensez que moi,

quelquefois, dans la glace, le

matin, j’avais un petit coup de

chaleur.


VINCENT LINDON

Ah, oui. C’est quelque chose.


ALAIN CAVALIER

Mais en même temps, je me

disais: Mais tu es stupide.


VINCENT LINDON

Non. C’est comme, quand on est

petit et qu’on se déguise en

cow-boy.


ALAIN CAVALIER

Et puis c’est un film, c’est

pas vrai. Mais si c’était vrai.


VINCENT LINDON

Si c’est un film, c’est que

c’est vrai.

Puis c’est la classe.

C’est mon rêve d’aller dans un

restaurant habillé comme ça.

Avec ça.

Très décontract'.


On revoit le dialogue du point de vue de la caméra que tient ALAIN CAVALIER.


VINCENT LINDON

Donc ça, il faudra que je...

Ça, c’est le vôtre. C’est un

symbole pour me dire que je

l’aurai un jour, mais...

il faudra que je le gagne.


ALAIN CAVALIER

Et ce soir, on peut faire la

farce.


VINCENT LINDON

Ce soir, c’est la première

fois que vais le mettre. Ça me

fait un drôle d’effet.


ALAIN CAVALIER

Tout est permis.


VINCENT LINDON

C’est la classe.

Ah, oui. C’est quelque chose.

Je m’y crois beaucoup là.


ALAIN CAVALIER

Enfin, vous pensez que moi,

quelquefois, dans la glace, le

matin, j’avais un petit coup de

chaleur.


VINCENT LINDON

Ah, oui. C’est quelque chose.


ALAIN CAVALIER

Mais en même temps, je me

disais: Mais tu es stupide.


VINCENT LINDON

Non. C’est comme, quand on est

petit et qu’on se déguise en

cow-boy.


ALAIN CAVALIER

Et puis c’est un film, c’est

pas vrai. Mais si c’était vrai.


VINCENT LINDON

Si c’est un film, c’est que

c’est vrai.

Puis c’est la classe.

C’est mon rêve d’aller dans un

restaurant habillé comme ça.

Avec ça.

Très décontract'.


VINCENT LINDON pousse un long soupir.


Début générique de fermeture


Le dialogue qui suit est entendu, alors qu’aucune image n’est présentée.


ALAIN CAVALIER

Malgré que ce soit toujours

Inès qui me serre le kiki.


VINCENT LINDON

C’est bon, nouer cette

cravate.


ALAIN CAVALIER

Oh! C’est un geste. Et quand

elle se défait comme ça...

Et en plus de ça, moi, je n’ai

pas des chemises aussi fines que

vous. C’est-à-dire qu’elles sont

d’un tissu un peu raide.

Voilà.

Et le tissu est magnifique.

Mais je trouve ça raide.

Et les vôtres sont souples.


VINCENT LINDON

Oui.


ALAIN CAVALIER

Vous êtes chez un meilleur

chemisier que moi. Vous m’avez

appris deux ou trois choses de

ce côté-là... qui m’ont aidé

auprès des snobs.

Bon. Hein?


VINCENT LINDON

Si c’est pas dans le film, ça!


Fin générique de fermeture

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