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Le cheval de Turin

À Turin, en 1889, Nietzsche enlaça un cheval d’attelage épuisé puis il perdit la raison. Quelque part, dans la campagne : un fermier, sa fille, une charrette et le vieux cheval. Dehors, le vent se lève.



Réalisateur: Béla Tarr
Acteurs: Erika Bok, Janos Derzsi, Mihaly Kormos
Année de production: 2011

Accessibilité
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VIDÉO TRANSCRIPTION

Tous dialogues du film sont sous-titrés de leur version originale hongroise.


Générique d'ouverture


Titre :
Le cheval de Turin


NARRATEUR

À Turin, le 3 janvier 1889

Friedrich Nietzsche sort

de sa maison au no6

de la Via Carlo Alberto,

pour se promener ou peut-être

pour chercher son courrier

au bureau de poste.

Pas loin de lui, ou plutôt

très loin déjà, un cocher

a des problèmes avec son

cheval, têtu comme une mule.

L'homme a beau le talonner,

celui-ci ne bouge pas,

sur quoi le cocher – Giuseppe,

Carlo ou Ettore – perd patience

et fouette la bête.

Nietzsche arrive près de la foule

et la scène brutale du cocher

prend fin, ce dernier, écumant

de rage. Nietzsche, corpulent,

barré d'une grosse moustache,

saute vers la voiture et se jette

en sanglotant au cou du cheval.

Son hôte le ramène à la maison,

où il restera sans bouger

et allongé sur un canapé sans rien dire

jusqu'au moment où il prononcera

ces paroles définitives.

«Mutter, ich bin dumm». Puis sous

la surveillance de sa mère et

de ses sœurs, il vivra dans une douce

démence encore dix ans.

Ce qui est arrivé au cheval,

nous ne le savons pas.


Un cheval tire une charrette sur un chemin de terre. OHLSDORFER conduit la charrette. Le vent souffre fort et soulève la poussière de la route.


Texte informatif :
Le premier jour


OHLSDORFER tire son cheval qui est attaché à la charrette à travers un champ. Le vent souffle très fort. OHLSDORFER arrive à la ferme et tire le cheval vers l'étable. FILLE D'OHLSDORFER arrive. Elle détache le cheval de la charrette et le mène dans l'étable. Elle range la bride et va porter dans le box du cheval. OHLSDORFER et sa fille poussent la charrette à l'intérieur de l'étable. FILLE D'OHLSDORFER ferme les portes de l'étable et va chercher les draps qui sèchent sur la corde à linge puis OHLSDORFER et sa fille vont se réfugier du vent à l'intérieur de la maison.


OHLSDORFER va près de son lit et sa fille l'aide à enlever ses vêtements et à en enfiler des nouveaux propres. Elle prend les vêtements sales et les emporte. OHLSDORFER se couche sur son lit.


FILLE D'OHLSDORFER met deux pommes de terre à bouillir puis s'installe devant la fenêtre et regarde à l'extérieur jusqu'à ce que les pommes de terre soient cuites. Elle retire les pommes de terre de l'eau et les met dans une assiette. Elle place l'assiette sur la table, puis place deux autres assiettes l'une en face de l'autre. Elle s'approche du lit d'OHLSDORFER.


FILLE D'OHLSDORFER

C'est prêt.


OHLSDORFER se lève et va s'asseoir à table en toussotant. Il pèle la pomme de terre avec ses ongles puis l'écrase dans sa main et la mange en soufflant dessus pour ne pas se brûler. Lorsqu'il a terminé, OHLSDORFER va chercher une couverture et prend la place de sa fille devant la fenêtre alors que FILLE D'OHLSDORFER termine de manger sa pomme de terre. FILLE D'OHLSDORFER se lève, prend les assiettes et va les laver.


La nuit est tombée, FILLE D'OHLSDORFER attise le feu et ajoute des bûches. Elle va à la fenêtre et regarde à l'extérieur.


OHLSDORFER

Va donc te coucher.


FILLE D'OHLSDORFER éteint une des lampes à l'huile et se nettoie le visage dans la bassine. Elle éteint la seule autre lampe. La petite maison est plongée dans le noir.


OHLSDORFER

Hé. Hé toi?


FILLE D'OHLSDORFER

Qu'est-ce qu'il y a?


OHLSDORFER

Toi non plus, tu n'entends pas?


FILLE D'OHLSDORFER

Quoi?


OHLSDORFER

Les vers, ils font plus rien

Je les entends depuis 58 ans,

mais maintenant, rien.


OHLSDORFER et sa fille restent silencieux pour un moment. Le seul bruit provient du vent qui souffle dehors.


FILLE D'OHLSDORFER

Ils ont vraiment arrêté.

Qu'est-ce que ça veut dire, papa?


OHLSDORFER

Je sais pas.

Il faut dormir.


NARRATEUR

Elle se recouche et tire la couverture

sur elle. Ohlsdorfer se tourne sur le côté

et fixe les fenêtres du regard.

La fille regarde le plafond, son père,

lui, les fenêtres.

De temps à autres, on entend

une tuile tomber du toit à grand fracas.

La tempête continue de se déchaîner

au-dessus de la maison.


Texte informatif :
Le deuxième jour


Le vent souffle toujours très fort à l'extérieur. FILLE D'OHLSDORFER met du bois dans le foyer. Elle prend son manteau et sort dehors avec deux seaux. Elle se dirige vers le puits et remplit ses seaux. FILLE D'OHLSDORFER retourne dans la maison avec les seaux. OHLSDORFER est couché dans son lit. Il la regarde entrer. Il s'assoit dans le lit en toussant. FILLE D'OHLSDORFER va chercher les vêtements de son père et l'aide à se vêtir. Elle va chercher une bouteille d'alcool. OHLSDORFER boit deux verres. FILLE D'OHLSDORFER aide son père à mettre son manteau. OHLSDORFER et FILLE D'OHLSDORFER sortent de la maison et se dirigent vers l'étable. Ils sortent la charrette de l'étable. OHLSDORFER va chercher son cheval.


OHLSDORFER

Allez, viens!


FILLE D'OHLSDORFER atèle le cheval à la charrette. OHLSDORFER monte dans la charrette et d'un un coup avec les rênes. Le cheval n'avance pas.


OHLSDORFER

Ya!

Ya! Ya!

Ya! Ya!

Ya! Ya! Yaaa!

Ya! Ya! Hé!


Le cheval hennit et essaie de se ruer. OHLSDORFER donne plusieurs coups de rênes avec frustration. Le cheval n'avance pas.


OHLSDORFER

Ya! Ya! Ouh!

Ya!

Ah! Ah...

Ya!

Ah...

Argh!

Argh!


OHLSDORFER donne encore un coup de rênes. Le cheval fait quelques pas puis s'arrête. OHLSDORFER donne encore des coups, mais le cheval n'avance pas.


FILLE D'OHLSDORFER

Vous ne voyez pas qu'elle

n'avance pas?


FILLE D'OHLSDORFER s'approche du cheval et arrange quelque chose sur la bride pendant qu'OHLSDORFER continue de donner des coups de rênes en rageant.


FILLE D'OHLSDORFER

Arrêter!


OHLSDORFER descend de la charrette et FILLE D'OHLSDORFER détache le cheval. OHLSDORFER enlève l'attelage du cheval et le ramène dans l'étable. OHLSDORFER et sa fille poussent la charrette dans l'étable.


À l'intérieur de la maison, OHLSDORFER enlève son manteau et s'approche de son lit. Il commence à enlever ses vêtements. Il n'utilise que son bras et sa main gauche. L'autre bras est paralysé.


OHLSDORFER

Viens là!


OHLSDORFER détache son pantalon et essaie de l'enlever, mais il n'est pas capable parce qu'il n'a pas enlevé ses bottes. Il crie après sa fille qui ne vient pas. Il finit par enlever son pantalon et commence à tirer sur sa chemise en rageant. FILLE D'OHLSDORFER arrive avec d'autres vêtements. Elle aide son père à retirer sa chemise puis l'aide à mettre d'autre vêtement. Elle attache la nouvelle chemise de son père.


FILLE D'OHLSDORFER

Putain.


Une fois habillé, OHLSDORFER s'éloigne. FILLE D'OHLSDORFER range les vêtements.


OHLSDORFER coupe des bûches à l'aide d'une petite hache. FILLE D'OHLSDORFER verse de l'eau bouillante dans une bassine et fait la lessive. OHLSDORFER range les bûches puis installe une corde à linge dans la maison. Il peine à faire le nœud avec une seule main. FILLE D'OHLSDORFER place les vêtements fraîchement lavés sur la corde.


OHLSDORFER fabrique une ceinture en cuir. FILLE D'OHLSDORFER s'approche.


FILLE D'OHLSDORFER

C'est prêt.


OHLSDORFER s'installe à table. FILLE D'OHLSDORFER place une assiette avec deux pommes de terre entre eux. FILLE D'OHLSDORFER épluche sa pomme de terre avec ses mains puis la mange lentement. OHLSDORFER termine sa pomme de terre et se lève de table. FILLE D'OHLSDORFER mange la moitié de sa pomme de terre puis prend les assiettes et va les laver. OHLSDORFER s'assoit devant la fenêtre et regarde dehors. FILLE D'OHLSDORFER attise le feu puis va s'asseoir sur un banc en silence. BERNHARD entre dans la maison.


BERNHARD

Je n'ai plus de palinka.

Vous me donneriez

une bouteille?


OHLSDORFER se lève. BERNHARD lui donne une bouteille vide. OHLSDORFER tend la bouteille vide à FILLE D'OHLSDORFER qui la prend.


OHLSDORFER

Donne-lui...


BERNHARD et OHLSDORFER s'assoient à table pendant que FILLE D'OHLSDORFER va chercher quelque chose dans le garde-manger.


OHLSDORFER

Pourquoi vous n'êtes pas

allés en ville?


BERNHARD

Le vent l'a emportée.


OHLSDORFER

Comment ça, emportée?


BERNHARD

Parce qu'elle est partie en ruine.


OHLSDORFER

Comment ça, en ruine?


BERNHARD

Parce que tout est en ruine,

tout est dépravé, mais ça revient

à dire qu'ils ont tout détruit,

tout détérioré. Car il ne s'agit

pas du tout d'un cataclysme,

venant de l'aide innocente

de l'homme. C'est tout justement

le contraire, il s'agit ici du propre

jugement de l'homme, de son

jugement sur lui-même, auquel

Dieu, naturellement, contribue,

je dirais même qu'il y prend part.

Et parce qu'il y prend part,

il est la créature la plus abjecte

que l'on puisse s'imaginer.

Car la terre a été souillée,

vous savez? À quoi bon le mentionner,

puisqu'ils ont souillé tout

qu'ils ont qu'ils ont acquis,

et comme ils se sont accaparés

de tout dans un combat sournois

et déloyal, ceux-là, quand ils touchent

à quelque chose, et ils ont touché

à tout, ils souillent.]


FILLE D'OHLSDORFER place une bouteille sur la table. OHLSDORFER place la bouteille devant BERNHARD qui la met sur le côté.


BERNHARD

Ça s'est passé comme ça jusqu'à

la victoire finale. La fin triomphale.

S'accaparer et souiller, souiller

et s'accaparer, pour le formuler

différemment, si vous voulez:

toucher, souiller et s'accaparer,

ou bien toucher, s'accaparer

et souiller ça se passe comme ça

depuis des siècles, c'est tout

ce qu'on a fait, parfois insidieusement,

violemment, parfois doucement,

parfois brutalement, mais ça

fait des siècles et des siècles.

Toujours de la même manière,

comme le rat qui tend une embuscade.

Vous savez, cette victoire parfaite,

il était primordial que l'adversaire,

comment dire, tout ce qui est excellent,

grandiose en somme, noble,

refuse de s'engager dans une quelconque

bataille, que tout combat soit écarté,

il fallait la perte soudaine

d'une partie, c'est-à-dire la disparition

de l'excellent, du sublime, du noble,

car de nos jours les vainqueurs

qui se tiennent en embuscades dominent

la terre, pas le moindre petit recoin

ne leur échappe, car ils ont main

mise sur tout, même sur ce qui

nous semble leur être hors d'atteinte -

ils se l'approprient – même le ciel

leur appartient déjà, ainsi que tous

nos rêves, l'instant, la nature,

le silence infini. Ils ont même

l'immortalité, vous comprenez?

Tout, tout, tout est perdu à jamais.

Et tous ces nobles, sublimes

et excellents plantés là, si je puis dire,

bloqués, devaient comprendre

et accepter, qu'il n'y a ni un,

ni plusieurs dieux, et à ces hommes

excellents, sublimes et nobles,

il leur fallait comprendre

et accepter cela dès le début.

Mais bien sûr ils n'étaient pas

vraiment capables de le comprendre.

Ils l'ont cru et ils l'ont accepté,

mais ils n'ont pas compris.

Ils se sont plantés là, déconcertés,

mais pas résignés, jusqu'à ce que

quelque chose, cet orage venant

de la raison, leur apporte la lucidité.

Et alors, tout d'un coup, ils ont

réalisé qu'il n'y a ni un, ni plusieurs dieux.

Tout d'un coup, ils ont vu qu'il n'y a

ni bien, ni mal. Alors ils ont

vu et compris que puisqu'il en va

ainsi, eux non plus n'existent pas.

Vous savez, à mon avis cela a dû

correspondre au moment, où on peut

dire qu'ils ont disparu, qu'ils

se sont éteints. Disparus et éteints,

comme le feu qu'on laisse se consumer

dans un pré. Les uns perdaient

continuellement, les autres gagnaient

continuellement. Défaite et victoire,

défaite et victoire. Et un jour -

ici dans le voisinage – j'ai du enfin

comprendre, et j'ai même réalisé

que je m'étais trompé, je m'étais

grandement trompé en croyant

qu'il n'y a pas, et qu'il ne pourrait

pas y avoir de changement sur

cette terre. Car croyez-moi,

je sais maintenant, que ce changement

sur terre a bien eu lieu.


OHLSDORFER

Allons donc! Foutaises!


BERNHARD hausse les épaules, empoche la bouteille et jette quelques sous sur la table. Il se lève et s'en va. FILLE D'OHLSDORFER prend l'argent et va à la fenêtre pour regarder BERNHARD s'éloigner. Il s'arrête un peu plus loin et prend une gorgée de la bouteille puis recommence à marcher.


Texte informatif :
Le troisième jour


FILLE D'OHLSDORFER se lève et s'habille. Elle met plusieurs couches de vêtements les unes par dessus les autres. Elle attise le feu puis prend les seaux et sort. Dehors, le vent souffle toujours très fort. Elle s'approche du puits, remplit ses seaux puis retourne dans la maison. OHLSDORFER la regarde entrer. Il s'assoit dans son lit puis attend que sa fille vienne l'aider à s'habiller. FILLE D'OHLSDORFER habille son père. FILLE D'OHLSDORFER et OHLSDORFER boivent chacun deux verres d'alcool. OHLSDORFER s'approche de la porte.


OHLSDORFER

Le manteau!


OHLSDORFER et sa fille entrent dans l'étable et nettoient le box du cheval. FILLE D'OHLSDORFER donne du foin au cheval.


FILLE D'OHLSDORFER

Elle mange pas!


OHLSDORFER

Elle mangera.


OHLSDORFER s'en va.


FILLE D'OHLSDORFER

(S'adressant au cheval)

Mange!

Il faut que tu manges.


Le cheval ne bouge pas. FILLE D'OHLSDORFER flatte le visage du cheval puis s'en va.


À l'intérieur de la maison, FILLE D'OHLSDORFER met la table. Elle place les pommes de terre entre les deux assiettes. OHLSDORFER mange rapidement. Il s'arrête pour regarder vers la fenêtre. FILLE D'OHLSDORFER s'arrête de manger et regarde aussi vers la fenêtre. Au loin, deux chevaux tirent une charrette dans laquelle il y a plusieurs passagers. FILLE D'OHLSDORFER se lève et va à la fenêtre.


OHLSDORFER

Qu'est-ce que c'est?

Qu'est-ce qu'il se passe?


FILLE D'OHLSDORFER

Une charrette arrive.


OHLSDORFER

C'est qui?


La charrette s'approche de la maison.


FILLE D'OHLSDORFER

Des Tsiganes, je crois.


OHLSDORFER

Qu'est-ce qu'ils viennent foutre

ici?


FILLE D'OHLSDORFER

Je ne sais pas, mais ils viennent ici.


OHLSDORFER

Les sales fils de putes!


FILLE D'OHLSDORFER

Qu'est-ce qu'on fait alors?


OHLSDORFER

Fais les dégager d'ici!

Qu'est-ce que t'attends?

Allez!


La charrette arrive et s'arrête près du puits. Les passagers descendent et retirent le couvercle du puits.


TSIGANE 1

Y a de l'eau ici!

Venez m'aider!


Les Tsiganes prennent de l'eau avec excitation.


TSIGANE 2

Oh, Papa, viens!

Allez! Viens et bois!

Tiens bien le cheval.


FILLE D'OHLSDORFER sort et s'approche d'eux.


TSIGANE 1

Regarde.

Voilà la fille!

Voilà la fille!

Ses yeux sont comme ceux

du diable!


FILLE D'OHLSDORFER

Partez d'ici! Partez!


Les Tsiganes vont à la rencontre de la FILLE D'OHLSDORFER.


FILLE D'OHLSDORFER

Qu'est-ce que vous faites?

Partez d'ici!


TSIGANE 1

Viens avec nous!


TSIGANE 2

Viens!


Les Tsiganes essaient de tirer FILLE D'OHLSDORFER vers la charrette.


FILLE D'OHLSDORFER

Je vous suivrai pas!


TSIGANE 1

Viens avec nous en Amérique!


FILLE D'OHLSDORFER

Vous êtes sourds?

Lâchez-moi!

J'irai pas avec vous!

Dieu m'en garde.


FILLE D'OHLSDORFER repousse les Tsiganes.


TSIGANE 1

Viens là...


Les Tsiganes entourent FILLE D'OHLSDORFER.


FILLE D'OHLSDORFER

Je m'en fous!

Laisse-moi!


OHLSDORFER sort de la maison avec sa hache.


OHLSDORFER

Bande de sales fils de putes!

Dégagez de là!

Ou je vous étripe, bordel de merde!


Les Tsiganes remontent dans la charrette.


OHLSDORFER

Sales Tsiganes pourris!


L’aîné des Tsiganes s'approche de FILLE D'OHLSDORFER et lui donne un livre puis lui flatte le visage.


AÎNÉ TSIGANE

Ça, c'est pour l'eau.


TSIGANE 2

Reste pas là, cours!


TSIGANE 1

Papa! Viens!


L'aîné remonte dans la charrette et les Tsiganes s'en vont. OHLSDORFER retourne vers la maison. FILLE D'OHLSDORFER les regarde partir. La charrette passe près d'OHLSDORFER.


TSIGANE 2

Viens sale vermine!

Que je t'étripe!

L'eau est à nous!

La terre est à nous!

Faiblard, va! Faiblard!

Crève! Va crever!

Crève! Crève!


À l'intérieur de la maison, FILLE D'OHLSDORFER ramasse les assiettes restées sur la table puis va les laver. Quand elle a fini de ramasser, FILLE D'OHLSDORFER prend le livre que le tsigane lui a donné et s'installe pour le lire. Elle lit lentement à voix haute.


FILLE D'OHLSDORFER

Un. Comme dans les li-eux

saints il n'est per-mis que ce qui

sert l'e-xer-cice de la vé-né-ra-tion

de Dieu. Et tout ce qui n'est

pas en ac-cord avec le caractère

sa-cré du lieu est in-ter-dit,

et comme les li-eux saints

on été dif-fa-més par de

grandes injustices, qui ont pris

part et qui ré-vol-tent l'as-sem-blée

des fid-èles il est donc in-terdit

d'y cé-lé-brer des offices

jusqu'à ce que les in-jus-tices

commises soit ré-pa-rées par

une cé-ré-monie, les in-jus-tices

mentionnées ci-dessus on été

ré-gu-la-ri-sées. L'Ord-inant dit

à l'as-sem-blée des fi-dèles:

le Seigneur était avec vous!

Le ma-tin de-vien-dra nuit.

La nuit au-ra une fin...


NARRATEUR

Dehors, l'orage continue

à faire rage.

Les mêmes rafales de vents

balayent toujours les terres,

mais maintenant, plus rien

ne pourrait l'arrêter. Seul

un grand nuage de poussière

fouetté par le vent, déferle

de l'avant, une poussière

archi-sèche, la désolation

que le vent fait rouler

devant lui dans une rage

indomptable, sur une terre aride.


FILLE D'OHLSDORFER continue de lire à voix haute.


Texte informatif :
Le quatrième jour


FILLE D'OHLSDORFER attise le feu. Elle prend les seaux et sort. Elle marche vers le puits ouvre le couvercle puis revient en courant vers la maison.


FILLE D'OHLSDORFER

Venez!


OHLSDORFER

Qu'est-ce qu'il y a?


FILLE D'OHLSDORFER

C'est grave! Venez vite!


OHLSDORFER

C'est quoi le problème?


FILLE D'OHLSDORFER

Le puits!


OHLSDORFER et sa fille vont jusqu'au puits et regardent à l'intérieur. Il est asséché.


OHLSDORFER

Oh, putain!

Recouvre-le!


FILLE D'OHLSDORFER remet le couvercle sur le puits et rentre à la maison avec son père. Dans la maison, OHLSDORFER reste silencieux pour un moment.


OHLSDORFER

Et la palinka?


FILLE D'OHLSDORFER sort un verre et la bouteille d'alcool. OHLSDORFER boit deux verres.


FILLE D'OHLSDORFER entre dans l'étable et va dans le box du cheval.


FILLE D'OHLSDORFER

(S'adressant au cheval)

Pourquoi t'as pas mangé?


FILLE D'OHLSDORFER s'approche du cheval et lui flatte le visage.


FILLE D'OHLSDORFER

Tu ne vas nulle part...


FILLE D'OHLSDORFER nettoie le box du cheval. Elle prend de l'eau d'un baril avec un seau et le met près du visage du cheval.


FILLE D'OHLSDORFER

Bois! Bois un peu d'eau,

au moins! Allez bois!

S'il te plait!


FILLE D'OHLSDORFER prend de l'eau dans sa main pour faire boire le cheval qui ne réagit pas. FILLE D'OHLSDORFER sort de l'étable.


Dans la maison, OHLSDORFER prépare des choses à emporter.


OHLSDORFER

Emballe des vêtements, de la vaisselle,

du fil et des aiguilles...


FILLE D'OHLSDORFER

Pour quoi faire?


OHLSDORFER

On ne reste pas ici, range!


FILLE D'OHLSDORFER ouvre un coffre et commence à y mettre des vêtements à emporter. Elle place le coffre près de la porte.


OHLSDORFER

Couvertures, palinka!


FILLE D'OHLSDORFER prend des couvertures et les plis puis les met près de la porte avec le coffre.


OHLSDORFER

La palinka!


OHLSDORFER place plusieurs choses près de la porte pendant que sa fille va chercher l'alcool. FILLE D'OHLSDORFER place un grand contenant d'alcool près de la porte.


OHLSDORFER

Les patates aussi!


FILLE D'OHLSDORFER place le sac de pommes de terre près de la porte.


OHLSDORFER

À la petite charrette.


FILLE D'OHLSDORFER sort et va chercher la petite charrette dans l'étable, c'est une charrette qui n'a pas à être tirée par un cheval. FILLE D'OHLSDORFER tire la charrette vers la maison. OHLSDORFER sort de la maison et va dans l'étable pour chercher le cheval.


OHLSDORFER

(S'adressant au cheval)

Allez viens!


OHLSDORFER sort de l'étable avec le cheval et le tire vers la charrette que FILLE D'OHLSDORFER a remplie. OHLSDORFER attache le cheval derrière la charrette et va fermer la porte de la maison. FILLE D'OHLSDORFER commence à tirer la charrette. Le vent souffle de plus en plus fort. OHLSDORFER, sa fille et le cheval s'éloignent sur le chemin puis font demi-tour et reviennent vers la maison. OHLSDORFER ramène le cheval dans l'étable pendant que sa fille rentre les provisions dans la maison. OHLSDORFER vient l'aider puis il va reporter la charrette dans l'étable. FILLE D'OHLSDORFER s'assoit près de la fenêtre et regarde dehors. [Texte informatif

(Le cinquième jour)


OHLSDORFER s'assoit dans son lit. Sa fille vient l'aider à s'habiller. Il prend deux verres d'alcool puis fini la bouteille en buvant directement au goulot.


OHLSDORFER et sa fille entrent dans l'étable. Ils s'approchent du cheval et le regardent en silence pendant un moment puis OHLSDORFER retire les brides du cheval et il sort de l'étable. Sa fille le suit.


OHLSDORFER est assis devant la fenêtre. Dehors, le vent souffle plus fort que jamais. FILLE D'OHLSDORFER met deux pommes de terre sur la table. OHLSDORFER vient s'asseoir pour manger. Il ne mange pas sa pomme de terre au complet. Il retourne s'asseoir devant la fenêtre pour regarder dehors. La maison est soudainement plongée dans l'obscurité.


FILLE D'OHLSDORFER

Pourquoi cette obscurité?


OHLSDORFER

Allume les lampes!


Un bruit se fait entendre, comme si FILLE D'OHLSDORFER avait fait tomber quelque chose.


FILLE D'OHLSDORFER

Putain!


FILLE D'OHLSDORFER ouvre la porte du foyer et prend un tison puis elle l'utilise pour allumer les lampes à l'huile. Elle s'assoit sur le lit et regarde lentement la flamme d'une des lampes s'éteindre. FILLE D'OHLSDORFER essaie de rallumer la lampe sans succès.


OHLSDORFER

Pourquoi tu l'as pas remplie?


FILLE D'OHLSDORFER

Elle est pleine.


OHLSDORFER va chercher un tison et essaie d'allumer la lampe, mais ça ne fonctionne pas. Le tison s'éteint et la maison est de nouveau plongée dans l'obscurité complète.


OHLSDORFER

Apporte quelques braises!


FILLE D'OHLSDORFER va chercher des braises. OHLSDORFER utilise les braises pour allumer son tison, mais il n'est pas capable d'allumer la lampe. Le tison s'éteint.


FILLE D'OHLSDORFER

C'est quoi cette histoire?


OHLSDORFER

Je sais pas.

Allez on va se coucher.


FILLE D'OHLSDORFER

Même la braise s'est éteinte.


OHLSDORFER

On réessayera demain.


NARRATEUR

On les entends retourner

à tâtons vers leurs lits.

On les entend s'allonger,

et tirer sur eux leurs couvertures.

On entend leur respiration.

On n'entend que leur respiration.

Un silence de mort s'est installé

dehors; la tempête a passé.

La maison, elle aussi, est plongée

dans un silence de mort.


Texte informatif :
Le sixième jour


Dans l'obscurité, OHLSDORFER et sa fille sont assis à table. OHLSDORFER épluche sa pomme de terre avec ses ongles. Sa fille regarde dans le vide.


OHLSDORFER

Mange!

Il faut manger!


OHLSDORFER croque dans la pomme de terre crue puis la remet dans son assiette.


Générique de fermeture



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