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Alabama Monroe

Didier et Élise vivent une histoire d’amour passionnée et rythmée par la musique. Lui, joue du banjo dans un groupe de Bluegrass Country et vénère l’Amérique. Elle, tient un salon de tatouage et chante dans le groupe de Didier. De leur union fusionnelle naît une fille, Maybelle…



Réalisateur: Felix Van Groeningen
Acteurs: Veerle Baetens, Johan Heldenbergh
Année de production: 2012

Accessibilité
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VIDÉO TRANSCRIPTION

Début générique d’ouverture


DIDIER est accompagné de MUSICIENS sur scène et ils interprètent une chanson.


Fin générique d’ouverture


Titre :
Alabama Monroe


Texte narratif :
Gand, juin 2006


MAYBELLE, une petite fille est à l’hôpital. Elle est accompagnée de son père DIDIER et de sa mère ÉLISE. Elle est sur le point de recevoir une injection d’un DOCTEUR. Elle est inquiète et ses parents la rassurent.


DIDIER

Autour de ton bras.


ÉLISE

Regarde maman. Regarde maman.


DOCTEUR

Ça va un peu serrer.


MAYBELLE pousse un cri de douleur.


ÉLISE

Chut...


DOCTEUR

Pas bouger, ma puce.


DIDIER

Ne pleure pas.

C’est fini. C’est fini.


DOCTEUR

Attention, c’est fini.


Plus tard, DIDIER, ÉLISE et MAYBELLE attendent. Une INFIRMIÈRE vient s’adresser à eux.


INFIRMIÈRE

Oui, le docteur vous attend.


DIDIER ET ÉLISE

OK.


INFIRMIÈRE

Et moi, je reste avec cette

dame.


ÉLISE

Sois sage.


L’INFIRMIÈRE demeure avec MAYBELLE, pendant que DIDIER et ÉLISE vont rencontrer le MÉDECIN.


INFIRMIÈRE

Bonjour, madame.

C’est quoi, ça?


MAYBELLE

Un sac à dos.


INFIRMIÈRE

Non, c’est un doudou.


MAYBELLE

Un sac à dos!


INFIRMIÈRE

Un doudou!


ÉLISE

Bonjour, docteur.


DOCTEUR

Entrez.


Plus tard, on retrouve MAYBELLE, ÉLISE et DIDIER dans une chambre d’hôpital. ÉLISE enlace sa fille et DIDIER, debout, semble attristé en essayant de n’en rien laisser paraître.


ÉLISE

(S’adressant à MAYBELLE)

Tu vas regarder la télé toute

seule? Papa et moi devons sortir

un instant. Grande fille.


ÉLISE et DIDIER sortent de la chambre, pendant que MAYBELLE regarde la télévision.


ÉLISE

(S’adressant à DIDIER)

Mettons-nous d’accord sur un

truc. On chiale à la maison.

Ici, on reste positifs,

d’accord?


DIDIER

Oui.


ÉLISE

Hé. Allons.

(Regardant par la fenêtre de la chambre)

Regarde-la. Elle va bien. Non?


ÉLISE et DIDIER retournent dans la chambre.


DIDIER

(S’adressant à MAYBELLE)

On va les fusiller

demain. Hein? Pow!

Qu’est-ce qu’on va faire?


MAYBELLE

Tuer le vilain cancer.


DIDIER

Oui.


MAYBELLE

Oui!


DIDIER

Oui! Un tête-à-tête.

Allez dors, petite sotte.


ÉLISE

Allez, ça suffit maintenant.


Plus tard, on retrouve DIDIER et ÉLISE couchés dans un lit, l’un contre l’autre. Ils regardent leur fille qui dort en face d’eux dans son lit.


Texte narratif :
Sept ans plus tôt.


Un camion roule sur une route et se stationne devant une maison un peu délabrée. C’est la nuit, on ne voit pas très bien. DIDIER et ÉLISE débarquent du camion et ÉLISE semble impressionnée.


ÉLISE

Tout ça, c’est à toi?


DIDIER

Oui.


ÉLISE

La classe!


DIDIER

Mais je dois tout rénover.


ÉLISE

Quand même.


DIDIER

Pour l’instant, je dors... là.


ÉLISE

Dans cette caravane?

T’es un vrai cow-boy, toi.


DIDIER

Je fais ce que je peux.


ÉLISE

Et le cheval t’appartient

aussi?


DIDIER

Oui, c’est Earl.


ÉLISE

Des poules.

(S’approchant du cheval)

Oh! Il est agressif?


DIDIER

Non, non, super gentil.


Plus tard, DIDIER allume un feu et parle à ÉLISE qui le regarde attentivement.


DIDIER

J.D. Crowe and The New South.

Et puis The Tony Rice Unit.

Manzanita, c’est sans aucun

doute mon CD préféré. Il avait

aussi une voix magnifique. Mais

il a perdu la voix. C’est

vraiment dommage. Une maladie,

je crois. À moins qu’il n’ait

bu trop de whisky.


ÉLISE et DIDIER s’embrassent. DIDIER enlève la blouse d’ÉLISE et le dos de cette dernière est couvert de tatouages. DIDIER et ÉLISE font l’amour. Ils discutent ensuite sous la couverture.


ÉLISE

Pourquoi tu joues du banjo?


DIDIER

Trop maladroit pour jouer de

la guitare.

Trop con pour de la mandoline.

Non, j’étais punk avant et le

banjo a ce côté hargneux typique

du mouvement punk. J’adore.

Pourquoi t’as tant de tatouages?


ÉLISE rigole. Le lendemain matin, DIDIER entend le bruit d’un moteur. Il se réveille et constate qu’ÉLISE n’est plus là. Sans prendre le temps de s’habiller, DIDIER sort à l’extérieur et voit ÉLISE partir au volant du camion de DIDIER. Plus tard, après son déjeuner, DIDIER fait de la soudure, quand il remarque que son camion est de retour.


DIDIER

(Allant voir à l’extérieur)

Elise?


ÉLISE monte alors sur le capot du camion vêtue uniquement d’un maillot de bain à l’effigie des États-Unis. Elle montre à DIDIER l’autocollant qui représente la tête d’un taureau qui se trouve désormais sur le capot.


ÉLISE

Salut, cow-boy.

Puisque tu ne veux pas de

tattoo.


ÉLISE

(Rigolant)

T’aimes?


ÉLISE et DIDIER s’embrassent.


DIDIER

Oui.


Le retour dans le passé se termine. DIDIER, ÉLISE et MAYBELLE sont dans la chambre d’hôpital. DIDIER et MAYBELLE dorment, pendant qu’ÉLISE écrit dans un cahier. Une INFIRMIÈRE entre dans la pièce.


INFIRMIÈRE

Bonjour.


ÉLISE

Chut, chut.


INFIRMIÈRE

Voici son repas.


ÉLISE

Elle venait de se rendormir.


INFIRMIÈRE

C’est l’horaire de l’hôpital.


ÉLISE

(Criant de colère)

Maybelle est malade!


DIDIER

Allons, ma grande.


ÉLISE

(Criant à nouveau)

Malade!


DIDIER

Chut! Ma grande...


ÉLISE

(S’adressant à DIDIER)

Tu peux aussi leur dire

quelque chose.


DIDIER

Quoi? Leur dire quoi?


ÉLISE

Désolée.

Désolée.

Hé, Maybelle.

Désolée, ma puce, maman ne

devrait pas crier.

Désolée.

Désolée.


DIDIER

C’est rien.


DIDIER et ÉLISE sortent de la chambre pour fumer une cigarette. Pendant ce temps, deux INFIRMIÈRES entrent dans la pièce pour donner une piqûre à MAYBELLE.


INFIRMIÈRE 1

On va essayer de ne pas du

tout bouger pendant la piqûre.


INFIRMIÈRE 2

Très bien. C’est bon, tu es

prête?


Plus tard, ÉLISE tient dans ses bras MAYBELLE.


MAYBELLE

Ça faisait mal.


MAYBELLE vomit ensuite. Quelques instants plus tard, alors que MAYBELLE semble mieux se porter, ÉLISE lui montre un pendentif au bout duquel pend une croix.


ÉLISE

Tu le savais. Je

l’ai reçu de qui?


MAYBELLE

De ta maman.


ÉLISE

Hum-hum. C’était à la maman de

ma maman. Et avant ça, à la

maman de la maman de ma maman.

Et maintenant, je te le donne.

Parce que je suis ta maman. Et

quand tu seras grande, tu le

donneras à ton enfant.

Mais en attendant, je veux que

tu le serres très fort quand tu

es triste, quand tu as peur ou

quand tu te sens seule. Tu

fermes tes petits yeux et penses

à quelque chose de chouette. Tu

veux essayer?


Un retour dans le passé nous montre DIDIER et ÉLISE qui font du cheval et qui s’amusent.


DIDIER

(Racontant un récit à ÉLISE)

De miséreux

chercheurs d’or

venus de partout dans le monde

étaient dans les Appalaches sur

ce schiste qui était super dur.


DIDIER interprète une chanson au banjo. Pendant cette chanson, des images de DIDIER et d’ÉLISE sont présentées, alors qu’on les voit sur un cheval.


DIDIER

(Poursuivant son récit)

L’Espagnol avait une guitare,

l’Italien, une mandoline, le

Juif, un violon, et l’Africain,

un luth, qui est à l’origine du

banjo actuel.


DIDIER et ÉLISE prennent une douche, nus, à l’extérieur.


DIDIER

(Poursuivant son récit)

Tiraillés par la faim et la

misère, ils se sont mis à

chanter des chansons sur le

rêve d’une terre promise sur la

peur de la mort, le plus

souvent, l’espoir d’une vie

meilleure

dans l’au-delà, et sur leur

chagrin, sur la cruauté de la

vie.


DIDIER et ÉLISE chantent ensemble la chanson. À cette image, se succèdent celles d’un groupe de musique interprétant la chanson à l’extérieur devant un feu. DIDIER en est le chanteur. On voit ensuite ces mêmes personnes sur une scène dans un bar interpréter cette chanson. Cette fois, ÉLISE les accompagne au chant.


Plus tard on retrouve DIDIER dans son atelier. Il fait de la soudure, quand ÉLISE arrive au volant d’une voiture. DIDIER récupère une paire de bottes sur le plancher et se cache. ÉLISE le cherche.


ÉLISE

Didier?

Didier?


DIDIER

Elise, tu peux venir m’aider, ma

grande?


ÉLISE

T’es où? Didier?


DIDIER

(Apparaissant en sous-vêtements et portant des bottes et un chapeau de cow-boy)

Howdy!

Quoi? Qu’est-ce qu’il y a? Hé,

ça va, ma grande?


ÉLISE enlace DIDIER.


ÉLISE

(Susurrant à l’oreille de DIDIER)

Je suis enceinte.

De trois mois.

Quoi?


DIDIER

Et si je n’en veux pas?

Comment est-ce possible?

Comment...


ÉLISE

Je... je ne suis jamais

régulière.


DIDIER soupire longuement.


ÉLISE

Tu penses à quoi, là? Que je le

savais? Que je te l’ai fait

dans ton dos?


DIDIER

Moi, je ne veux pas décider de

la vie de quelqu’un d’autre.


ÉLISE

Je ne le savais pas.


DIDIER s’en va au volant de son camion. ÉLISE est dans la caravane et passe son doigt au-dessus de la flamme d’un briquet. Elle entend le bruit d’un moteur et sort immédiatement dehors. DIDIER revient avec un de ses amis et les deux hommes transportent des poches de ciment pour compléter les rénovations de la maison en piteux état.


DIDIER

On va quand même pas vivre

avec un gosse dans cette

caravane.


DIDIER entreprend de défoncer un mur avec une masse en poussant des cris.


On retrouve ensuite DIDIER au temps présent à l’hôpital. Il danse dans les couloirs de l’hôpital. MAYBELLE rigole avec un autre enfant atteint du cancer. Ce dernier n’a plus de cheveux, contrairement à MAYBELLE qui les a encore. On retrouve ensuite MAYBELLE qui, à son tour, n’a plus de cheveux. ÉLISE lui peinture le visage comme un tigre. Le DOCTEUR entre dans la chambre.


DOCTEUR

Bonjour, Maybelle.


MAYBELLE

Bonjour, docteur.


DOCTEUR

Ce que tu es jolie. Tu peux

rentrer chez toi, demain.


MAYBELLE

Super.


DOCTEUR

Chouette, hein? Mais tu

reviens dans quelques semaines.

Comme je t’ai dit.


MAYBELLE

Oui.


DOCTEUR

Oui? On verra si Capitaine

Chimio s’est bien battu.


DIDIER

Merci, docteur.


DOCTEUR

Qu’est-ce que tu es?


MAYBELLE

Un tigre.


DOCTEUR

Un tigre. Wow! Et ta maman?

(Remarquant le maquillage d’ÉLISE)

Elle est quoi?


MAYBELLE

Un papillon.


DOCTEUR

Un papillon. Oh là là. Ça fait

quoi, un tigre?


MAYBELLE imite un tigre en donnant un coup de patte.


DIDIER, ÉLISE et MAYBELLE rentrent à la maison. En arrivant, un chien jappe au loin.


ÉLISE

C’est quoi, ça? T’entends ce que

j’entends? Il y a quelqu’un chez

nous. Tu vas voir? Moi, j’ose

pas. Vas-y.


DIDIER

Tu vas voir?


MAYBELLE s’approche de la porte d’entrée, hésitante.


ÉLISE

Et? Tu vois quelque chose?


Les amis MUSICIENS de DIDIER et D’ÉLISE sont dans la maison et, dès que MAYBELLE ouvre la porte, ils interprètent une chanson que MAYBELLE aime beaucoup en dansant.


MUSICIEN 1

Je suis si content que

tu sois rentrée.


MUSICIEN 2

Bienvenue.


MAYBELLE leur fait des câlins.


Plus tard, DIDIER et ÉLISE font l’amour dans le camion. DIDIER remarque alors un nouveau tatouage sur le corps d’ÉLISE qui porte son prénom.


DIDIER

Superbe.


ÉLISE

Ça te plaît?


DIDIER

Oui.


ÉLISE

Allez.


DIDIER

Quoi?


ÉLISE

Continue.


Dans un retour dans le passé, on retrouve ÉLISE enceinte. Elle peint la future chambre de MAYBELLE qui n’est pas encore née. Par la fenêtre, on aperçoit DIDIER et son AMI qui reviennent vers la caravane.


ÉLISE

(Accueillant DIDIER)

Hé!


DIDIER

Hé!


ÉLISE

Hum. Dis, chéri.


DIDIER

Oui?


ÉLISE

Et si on mettait une véranda

devant la maison?


DIDIER

Une quoi? Une véranda?


ÉLISE

Hum-hum.


DIDIER

Franchement, il n’y a rien de

plus inutile qu’une véranda. T’y

vas jamais.

T’as acheté de

l’américain préparé?


ÉLISE

Hum-hum. Mais c’est sympa. Pas

vrai?


AMI

Une véranda, c’est sympa.


DIDIER

Arrête, ma grande. En été, tu

vas dehors quand il fait bien

chaud, et en hiver, tu restes à

l’intérieur, près du poêle.


ÉLISE

Oui, oui. Sauf qu’en Belgique,

il fait trop froid pour rester

dehors et trop chaud pour

s’enfermer.


DIDIER

T’as vraiment acheté de

l’américain.

C’est pas de l’américain.


ÉLISE

Du végétarien. C’est bon,

hein?


DIDIER

Mais allez, franchement!


ÉLISE

Je n’aime pas être exposée au

vent et le bébé non plus.


AMI

Pas le choix, faut une

véranda.


DIDIER

(Pointant le bébé dans le ventre d’ÉLISE)

D’accord, t’auras ta véranda,

mais arrête d’employer ce

prétexte.

(S’adressant à son AMI)

Oui? Merci, hein.


AMI

Bien, quoi? Ce n’est qu’une

véranda. Et? Tu sais déjà ce que

c’est?


ÉLISE

Un enfant, j’imagine. Quoique,

un taureau comme Didier peut

engendrer un veau.


DIDIER, ÉLISE et l’AMI rigolent. Puis, ÉLISE s’arrête soudainement.


ÉLISE

Merde. Ça y est. Je perds les

eaux.


DIDIER

OK. Du calme. Assieds-toi.


ÉLISE

Mais non.


DIDIER

Du calme, du calme!


Plus tard, une infirmière dépose un bébé dans un lit. Il s’agit de MAYBELLE.


DIDIER

(Parlant au téléphone à côté)

Elle est née. Oui, c’est une

fille. Oui, c’est vraiment...

(Soupirant de soulagement)

Maybelle. Maybelle. Oui, comme

Maybelle Carter. T’y connais

rien en noms, toi.


On retrouve ensuite DIDIER et ÉLISE devant leur maison rénovée. Les yeux d’ÉLISE sont bandés et elle essaie de regarder, malgré l’interdiction.


DIDIER

Non, non. Bas les pattes. Ouh...


ÉLISE

Wow! C’est quoi?


DIDIER

Quoi?


ÉLISE

Chéri, c’est pas une véranda.


DIDIER

Non, non, c’est... c’est une

"terranda". L’alliance parfaite

entre une terrasse et une

véranda.


Il s’agit en fait d’un toit vitré, mais les murs sont absents.


ÉLISE

C’est vraiment magnifique.

Sérieux, merci.


Quelque temps plus tard, MAYBELLE en est à ses premiers pas.


ÉLISE

(Encourageant MAYBELLE)

Allez, vas-y.

Vas-y, tu sais. Bravo.


DIDIER

(Arrivant à ce moment)

Vas-y. Bravo.

Regarde-la. Oh, attention.


Sur la télévision derrière eux, des images des attentats du 11 septembre sont présentées. Ces images sont commentées par un ANIMATEUR.


ANIMATEUR

L’attentat le

plus horrible de l’histoire...


Le président américain de l’époque, GEORGE W. BUSH. Apparaît à l’écran et s’adresse à la nation.


GEORGE W. BUSH

Quand je

marche dans la vallée des

ombres de la mort, je ne crains

aucun mal, car tu es avec moi.

Nous n’oublierons jamais ce

jour, mais nous continuerons

d’avancer pour défendre la

liberté et tout ce qui est bon

et juste dans notre monde.

Merci, bonne nuit, et que Dieu

bénisse l’Amérique.


Deux ans plus tard, DIDIER, ÉLISE, leurs amis et MAYBELLE sont attroupés dehors pour célébrer l’arrivée de l’année 2003. Des feux d’artifice zèbrent le ciel.


DIDIER

Regardez, regardez.


ENSEMBLE

Bonne année!


DIDIER, ÉLISE et leurs amis sont ensuite réunis à l’intérieur et poursuivent la fête. DIDIER distribue les chapeaux de cowboys. DIDIER, ÉLISE et quelques-uns d’entre eux interprètent une chanson. ÉLISE chante. À cette scène succède une autre scène où le groupe joue dans un bar, puis à une fête en extérieur. On voit MAYBELLE qui a vieilli. Elle est dans les bras d’une DAME pendant le concert de ses parents.


ÉLISE

(S’adressant à la foule)

Merci!


DAME

Toi aussi, tu vas devenir une

cow-girl?


MAYBELLE

Oui.


Le retour au passé se termine, on retrouve alors MAYBELLE de retour chez elle. Elle porte un bandeau pour cacher le fait qu’elle n’a plus de cheveux à cause des traitements de chimiothérapie. Elle est à l’extérieur et dessine. Un oiseau vient s’écraser sur le toit vitré de la fausse véranda. MAYBELLE prend l’oiseau dans ses mains et appelle son père.


MAYBELLE

Papa?


DIDIER

Hé, Maybelle, dépose ça.

Donne-le-moi, ma puce.

Ne pleure pas. Donne-le-moi, ma

puce.


MAYBELLE

Pourquoi le petit oiseau est

mort, papa?


DIDIER

Eh bien... L’oiseau a percuté

le verre et... Les oiseaux ne

savent pas ce que c’est, le

verre. Ils croient que si on

voit à travers, on peut aussi

voler à travers, mais c’est pas

très malin.


MAYBELLE

Il va où, l’oiseau, quand il

meurt?


DIDIER

Il faut... Il faut le jeter à

la poubelle, maintenant.

D’accord, Maybelle? On ne peut

pas le mettre au composteur, car

c’est comme le poulet. Il a

plein de petits os. On doit donc

le jeter à la poubelle. Donne.


MAYBELLE

(Pleurant et refusant de le lui donner)

Non, papa.


DIDIER

Allons, ma puce, c’est sale.

Donne-le-moi, ma puce. Je vais

le jeter pour toi, d’accord?

Tu veux le jeter toi-même?

Donne-le-moi. Donne. Allez,

donne. Donne-le-moi.

Donne-le-moi.


MAYBELLE

(Se sauvant en courant)

Non!


DIDIER

Maybelle!


On retrouve ensuite DIDIER et ÉLISE chez le docteur. Ce dernier leur parle des derniers développements en ce qui a trait à leur fille MAYBELLE.


DOCTEUR

La chimio ne

fonctionne pas. D’après les

tests,

la moelle produit à nouveau des

globules blancs déficients.

C’est une mauvaise nouvelle,

mais comme je vous l’ai déjà

dit, tout espoir n’est pas

perdu. On continue et on entame

l’étape suivante du traitement:

la transplantation de cellules

souches.

Dans un premier temps, nous

allons devoir détruire sa propre

moelle en augmentant la chimio

et les rayons pour ensuite

la remplacer par de nouvelles

cellules d’un donneur. Un

donneur le plus proche possible

de Maybelle. Hélas, les parents

ne peuvent pas être donneurs.


On retrouve ensuite DIDIER à la maison. Il est seul au salon, alors qu’ÉLISE arrive en voiture et vient le retrouver.


ÉLISE

Comment ça a été?


DIDIER

Ça a été... Ça a été dur.


ÉLISE

Pourquoi?


DIDIER

Juste après ton départ,

pendant qu’elle dessinait, un

oiseau s’est de nouveau écrasé

sur la "terranda". Quand je suis

sorti, elle pleurait avec un

oiseau mort dans les bras.


ÉLISE

Avec une véranda, ce ne serait

pas arrivé.


DIDIER

Eh merde. Satanés oiseaux!

Avec le temps, tu t’attendrais

à ce que cela s’inscrive dans

leurs gènes. Qu’ils attrapent

une sorte d’instinct transmis de

mère en oisillon, que quand ils

voient un cadre, ils le

contournent au lieu de voler au

travers.


DIDIER et ÉLISE poursuivent la conversation à l’extérieur.


DIDIER

Mais apparemment, il faut que

des générations d’oiseaux

s’écrasent sur cette vitre avant

qu’ils ne le captent.


Plus tard, dans la chambre d’hôpital, DIDIER et ÉLISE font semblant de descendre un escalier, ce qui fait rire MAYBELLE, allongée sur son lit.


On retrouve ensuite DIDIER et ÉLISE qui poursuivent leur conversation à l’extérieur.


DIDIER

Franchement, va-t’en

expliquer à un enfant

pourquoi ce petit oiseau ne

bouge plus. C’est difficile, tu

sais.


ÉLISE

Je sais.


DIDIER

Tu veux lui dire que les gens

ont inventé plein de choses pour

affronter ça. Que certains

croient que ce petit oiseau a

une âme qui ne meurt jamais et

qui monte au ciel. Et qu’il va y

trouver ses parents et qu’il

volera pour l’éternité

dans un lieu où le soleil brille

toujours et sans fenêtres.

Que d’autres croient

qu’il est un martyr dans la

lutte contre les fenêtres.

Qu’après sa mort, il aura dix

oiselles qui ne se sont jamais

accouplées et dont il peut faire

tout ce qu’il veut.

Mais papa ne croit rien de tout

ça. Car papa, il croit que...

que tout finit par mourir et

reste mort.

Mais... tu ne peux pas dire ça.


ÉLISE

Non. Non, c’est vrai, Didier.


Plus tard, on revient à la conversation entre DIDIER, ÉLISE et le DOCTEUR qui continue de leur exposer la suite des choses.


DOCTEUR

Nous commençons

par détruire ses défenses

immunitaires. Elle devient très

faible. Nous allons donc la

mettre en chambre stérile.

Il se peut que les nouveaux

globules attaquent son

organisme. Cela n’arrive pas

avec des cellules souches

identiques. Mais pour cela, il

faut des jumeaux identiques ou

des embryons clonés. Hélas, la

science n’en est pas encore là.

Ses chances sont élevées. En

gros, une guérison complète est

fort envisageable. Courage.


ÉLISE

Merci.


On retrouve ensuite MAYBELLE et DIDIER, assis à l’extérieur, alors qu’il fait nuit.


MAYBELLE

Papa?


DIDIER

Oui.


MAYBELLE

Le petit oiseau est devenu une

étoile, maintenant.


DIDIER réfléchit quelques secondes.



DIDIER

D’accord, ma puce. Si tu veux

croire que cet oiseau est devenu

une étoile, c’en est une.

Tu sais quoi? Choisi-en-une.


MAYBELLE

Celle-là.


DIDIER

Celle-là? La grande qui

brille, là-bas? Oui? D’accord.

D’accord. Salut, petit oiseau.


MAYBELLE

Salut, petit oiseau.


DIDIER

Je t’aime tant.


MAYBELLE

Je t’aime aussi.


DIDIER

Petite maligne.


De retour dans la chambre d’hôpital, alors que MAYBELLE subit une transfusion sanguine, DIDIER et ÉLISE sont à ses côtés. DIDIER lui explique ce qui est en train de se produire.


DIDIER

Et ça, c’est du sang. Il

contient des cellules souches.

Ce sont des petits soldats qui

traversent le tube pour venir

dans ton sang. Et ils ont des

biscoteaux, ces soldats.

Tu comprends? Oui? Ils vont te

guérir.


Un GARÇON, qui n’a plus de cheveux à cause de ses traitements, entre alors dans la chambre. Il est accompagné de sa MAMAN.


ÉLISE

Hé!


DIDIER

Hé!


GARÇON

Salut!


MAMAN

Nous pouvons rentrer.

Les marqueurs de Milan sont

parfaits.


DIDIER

Super!


ÉLISE

Félicitations.


Plus tard, DIDIER est sous le toit vitré de la fausse véranda et regarde la pluie tomber. On retrouve ensuite MAYBELLE qui monte à l’étage de la maison pour aller réveiller ses parents. Elle est très enjouée.


MAYBELLE

Est-ce un avion? Est-ce

un oiseau? Non, ce n’est pas ça.


DIDIER

Maybelle...


MAYBELLE

C’est Mega Mindy!


ÉLISE

Il est trop tôt. Dors encore

un peu. Elle est bien trop

active pour moi.


MAYBELLE

Est-ce un oiseau? Non, ce

n’est pas ça!


DIDIER

Tu ne veux pas dormir,

Maybelle?


MAYBELLE

Non, j’ai 6 ans. J’ai le

droit de vous réveiller.


DIDIER

(Prenant MAYBELLE dans ses bras et la chatouillant)

Mais oui, c’est vrai. C’est

ton anniversaire.


MAYBELLE

Non, pas chatouiller. Non!

Non, pas chatouiller.


DIDIER

Félicitations! 6 ans!

Félicitations, ma chérie.


ÉLISE

Félicitations.


DIDIER

Qu’est-ce que t’es...

Qu’est-ce que t’es belle. Avec

ton costume rose. Tu vas un

petit peu dormir?


MAYBELLE

Non.


ÉLISE

Si, si. Allez.


MAYBELLE et ses amis, dans le cadre de son anniversaire, sont devant la télévision et chantent et dansent au son de la chanson thème d’une émission qui s’appelle Méga Mindy.


Plus tard, c’est le matin. MAYBELLE se brosse les dents, DIDIER déjeune et ÉLISE va rejoindre sa fille.


ÉLISE

OK. Allez, t’es

bientôt prêt? Allez, ma puce.

Rince-toi la bouche.

Bien. Allez, mets tes

chaussures.

Hop, hop, hop. Allez, ma puce,

accélère. Et maintenant? Prends

l’autre. Allez.


MAYBELLE

Je suis fatiguée, maman.


ÉLISE

Moi aussi, ma puce. On est

tous fatigués. Mais il faut se

dépêcher, d’accord? Allez. Un

bisou.


DIDIER

Le bus est là. Viens. Ta

veste?


ÉLISE

Dis, tu saignes entre les

dents? Tu ne peux pas frotter si

fort. Je te l’ai déjà dit. Hum?


DIDIER

Ton sac.


ÉLISE

C’est bon.


DIDIER

Laisse-la.


ÉLISE

Oui, c’est bon.


DIDIER va reconduire MAYBELLE à l’autobus et revient s’asseoir à la table avec ÉLISE en s’allumant une cigarette.


ÉLISE

Didi?


DIDIER

Oui. Une seule. C’est bon,

j’aérerai tout à l’heure.


ÉLISE

C’est ça.


DIDIER

Elle a de nouveaux bleus sur

les bras.


ÉLISE

Je sais, j’ai vu.


On retrouve ÉLISE sur scène. Elle chante devant des spectateurs. DIDIER, en coulisse, la regarde attentivement. Pendant la chanson, on voit DIDIER qui transporte MAYBELLE sur ses épaules jusqu’à l’autobus. On voit ensuite MAYBELLE couchée sur son lit à l’hôpital, alors qu’elle est intubée et paraît cernée et faible. La chanson se termine tandis que DIDIER arrive à l’hôpital et retrouve ÉLISE qui enlace MAYBELLE qui vient de mourir. Les funérailles ont lieu quelque temps après. Il pleut à verse. ÉLISE et DIDIER marchent derrière le corbillard. Deux hommes sortent le cercueil de MAYBELLE et le mettent en terre. Un des amis de DIDIER et ÉLISE entame une chanson. Et les gens présents la chantent tous ensemble.


DIDIER

(Accueillant ÉLISE qui revient à la maison)

Hé.


ÉLISE

Hé.


DIDIER

(Lui offrant un verre de vin)

Tiens.


ÉLISE

Merci.


DIDIER

Tu veux que j’allume le poêle?


ÉLISE

Non. Non, ça va.


DIDIER

On peut aller chez ma mère

dimanche?


ÉLISE

Oui. Je crois que oui.


DIDIER

C’est la fête des Mères,

dimanche.

Elle sera contente de te voir.


Le dimanche, ÉLISE et DIDIER rendent visite à la mère de DIDIER. Cette dernière leur parle, mais DIDIER et ÉLISE ne l’écoutent pas vraiment, encore sous le coup de l’émotion.


Dans un retour en arrière, on voit DIDIER au volant de son camion. Il suit une ambulance dans laquelle se trouve ÉLISE.


DIDIER

Merde! Merde! Tu vas t’en tirer,

ma grande. Bordel!


AMBULANCIER 1

On a un arrêt cardiaque.

Arrêtez l’ambulance.


DIDIER

(Remarquant que l’ambulance s’arrête)

Qu’est-ce qui se passe,

bordel?


DIDIER sort de son camion et ouvre la porte de l’ambulance. Il y voit les deux AMBULANCIERS qui sont en train de réanimer ÉLISE.


AMBULANCIER 1

Adrénaline, OK?


DIDIER

Qu’est-ce qui se passe?

Qu’est-ce qui se passe?


AMBULANCIER 2

On va la perdre.


DIDIER

Vous ne la

perdrez pas! Compris? Vous ne la

perdrez pas! Ne la laissez pas

partir, c’est compris? Ne la

laissez pas partir!


AMBULANCIER 1

Reculez et calmez-vous.

(Pratiquant les techniques de réanimation cardiaque)

Voilà, on la choque. On la

choque, attention.

Tout le monde s’écarte.

Trois, deux, un.

On vérifie. Monitoring,

s’il vous plaît.


DIDIER, colérique, frappe de toutes ses forces contre la porte de l’ambulance.


AMBULANCIER 2

Du calme, du calme. Calmez-vous,

s’il vous plaît.

Restez calme, d’accord? On va

contrôler ça, OK?


AMBULANCIER 1

On l’a récupérée.


AMBULANCIER 2

OK, on y va.


AMBULANCIER 1

C’est parti.


La sirène de l’ambulance se remet en marche et le véhicule redémarre.


Dans un retour dans le passé, on voit ÉLISE couchée sur un lit. Elle fixe, le regard absent, un autel à la mémoire de MAYBELLE. Des photos encadrent un miroir et des bougies sont allumées. Pendant ce temps, à DIDIER regarde une partie de soccer à la télévision en fumant une cigarette.


DIDIER

(Venant la rejoindre)

Elise.

Il faut faire quelque chose, ma

grande. On ne peut pas continuer

ainsi. Il faut... Il faut que ça

change.


ÉLISE

T’aimerais que tout redevienne

comme avant, pas vrai?


DIDIER

Bien oui. Bien sûr.


ÉLISE

Avant qu’on ait Maybelle. T’as

jamais voulu de cette enfant,

hein?


DIDIER

Elise, t’es... T’es injuste,

ma grande.


ÉLISE

J’aurais dû t’écouter. Tu ne

voulais pas d’enfant.


DIDIER

Si, j’étais juste surpris

d’apprendre que t’étais

enceinte, ma grande. Je n’avais

jamais réfléchi à la question.

Mais dès qu’on l’a eue, j’étais

l’homme le plus heureux du

monde.


ÉLISE

Tellement heureux que tu t’es

mis à boire.


DIDIER

Tu cherches la bagarre, ma

grande.


ÉLISE

T’es arrivé bourré à

l’accouchement.

Et quand elle était enfin là,

t’es allé fêter ça au bistrot

avec tes potes. T’as disparu

pendant dix jours.


DIDIER

T’exagères.


ÉLISE

T’as été forcé de rentrer

après avoir chopé une jaunisse à

coup de bitures.


DIDIER

Ça venait de l’alcool, mais...


ÉLISE

Si, de l’alcool. Et c’est à

cause de ça que j’ai dû arrêter

d’allaiter. Je n’ai pu

l’allaiter que deux semaines,

parce que t’avais la jaunisse,

alors que c’est rempli

d’anticorps importants pour un

petit bout.


DIDIER

Tu peux parler, toi qui les

trois premiers de ta

grossesse...


ÉLISE

Quoi? Vas-y, dis-le, t’as

raison. Les trois premiers mois,

j’ai beaucoup trop pu et fumé,

mais j’ignorais que j’étais

enceinte.


DIDIER

Ce n’est pas ta faute, ma

grande.


ÉLISE

C’est durant les trois

premiers mois qu’un bébé se

forme. Le cerveau est formé

après six semaines.


DIDIER

Elise... Elise, arrête avec

ça!


ÉLISE

Je ne le savais pas!


DIDIER

Arrête! Les gens meurent pour

les raisons les plus débiles.

Cette baraque était peut-être

trop poussiéreuse. Peut-être

qu’elle a mangé un mauvais

truc. On aurait plus dû changer

ses draps.


ÉLISE

Qu’est-ce que tu racontes? Qui

changeait ses draps...


DIDIER

Je dis ça au hasard.


ÉLISE

... la nourrissait, lui

faisait à manger? Que du frais

et du bio! C’était moi! Et qui

nettoyait la baraque?


DIDIER

Je dis ça au hasard. Ça peut

être dû à des centaines d’autres

choses.


ÉLISE

Tu me le mets sur le dos.


DIDIER

C’est faux.


ÉLISE

Tu me le mets sur le dos.


DIDIER

Non.


ÉLISE

Tu me le mets sur le dos.


DIDIER

Non.


ÉLISE

Je peux aussi commencer comme

ça.


DIDIER

Quoi?


ÉLISE

Pas le moindre cancer dans ma

famille, alors que chez toi, il

y a eu tes deux oncles, et ton

père.


DIDIER

Je t’emmerde, ma grande.

Oui, je... Je t’emmerde.


ÉLISE

Tu m’emmerdes?


DIDIER

Oui, je t’emmerde!


ÉLISE

C’est moi qui t’emmerde. Tu

n’y as jamais cru. Jamais.


DIDIER

Tu dis quoi? Je t’emmerde!

Pauvre conne! Sale petite conne!


ÉLISE rigole, puis se met à pleurer. DIDIER sort de la pièce.


ÉLISE

(Pour elle-même)

Désolée.

Désolée.


Dans un retour dans le passé, on voit DIDIER devant une boutique de tatouages où travaille ÉLISE.


DIDIER

Ce sont les tattoos les plus

cools que j’ai jamais vus.


ÉLISE

Entre, je t’en fais un.


DIDIER

Non, non.


ÉLISE

Allez, entre.


DIDIER

C’est rien pour moi. Vraiment

pas. Que peut-on vouloir se

mettre sur le corps sachant que

ça partira plus jamais? Tu ne

regrettes aucun de tes tattoos?


ÉLISE

Bien sûr que si. Mais ce n’est

pas un problème. Au pire, t’en

mets un autre par-dessus.


DIDIER

Ah bon?


ÉLISE

(Montrant et expliquant chacun de ses tatouages)

Regarde. Ici, il y avait le

nom de mon premier grand amour,

Billy. Et ici, il y avait Joe.

Il était bien gentil, Joe. Et

Tommy. Tu vois?

Tu le vois encore un peu.

Tommy, le surfeur. Et puis,

Mathieu. Il est plus récent,

celui-là. Hum...

Oui...

OK. Désolée, euh...

Je ne sais pas ce que j’ai

aujourd’hui. On ne parlait pas

d’autre chose? On parlait de

toi.


DIDIER

De moi?


ÉLISE

Ah oui, dans ta vie, rien ne

vaut la peine d’être gravé sur

ton corps.


DIDIER

Plein de choses en valent la

peine. De là à le graver sur mon

corps...


ÉLISE

Raconte. Quoi ça?


DIDIER

Ce qui me passionne depuis

toujours, c’est l’Amérique.


ÉLISE

L’Amérique?


DIDIER

Oui, l’Amérique. C’est le plus

bel endroit du monde. D’où que

tu viennes, quand t’arrives là,

tu peux recommencer à zéro.

C’est un pays de rêveurs.


ÉLISE

Un aigle.


DIDIER

C’est ça, oui. Tu veux

vraiment me refiler un tattoo.


ÉLISE

Fait bien que je gagne ma vie.

Elvis.


DIDIER

Quoi, Elvis?


ÉLISE

Un tattoo d’Elvis. Elvis,

c’est le plus grand musicien de

tous les temps.


DIDIER

Quoi, Elvis? Elvis Presley?


ÉLISE

Oui.


DIDIER

Je t’en prie.


ÉLISE

I'm so lonesome

I could cry


DIDIER

Ah, oui. Fantastique. C’est

une des plus grandes chansons.

Sauf qu’elle est de Hank

Williams.


ÉLISE

Hank... Ce cow-boy?


DIDIER

Ce cow-boy, oui. Hank

Williams.

C’est une tapette, Elvis. Le

plus grand musicien de monde,

c’est Bill Monroe.


ÉLISE

Qui ça?


DIDIER

Bill Monroe.

Bill Monroe.


ÉLISE

Connais pas.


DIDIER

Le père de la musique

bluegrass. Le bluegrass!


ÉLISE

OK, ça a un lien avec le

country?


DIDIER

C’est de la country à l’état

pur. Un violon, une basse, une

mandoline, une guitare, et un

banjo.

Que des cordes, la pureté

acoustique. Et des voix. C’est

absolument sublime.

Il y a un concert vendredi d’un

très bon groupe de bluegrass.


ÉLISE

Ah.


DIDIER

J’y serai.

Je m’appelle Didier, au fait.


ÉLISE

Elise.


DIDIER

Elise?


ÉLISE

Elise.


DIDIER

Elise.


Plus tard, ÉLISE se présente au concert et s’aperçoit que le chanteur du groupe dont lui parlait DIDIER est le sien et qu’il en est le chanteur.


Dans un retour au temps présent, DIDIER boit un café et ÉLISE vient le rejoindre dans la cuisine après leur dispute.


ÉLISE

T’as raison. Il faut que ça

change.


DIDIER

Ma grande...


Plus tard, ÉLISE et DIDIER vident la chambre de MAYBELLE. Ils mettent dans des boîtes tous ses jouets et repeignent les murs. DIDIER et ÉLISE font ensuite l’amour. ÉLISE passe de cris de jouissance aux larmes.


DIDIER

Ma chérie. Allons.


Plus tard, ÉLISE se rend dans l’ancienne chambre de MAYBELLE et, assise par terre, elle fixe la fenêtre. Un oiseau vient se poser à l’extérieur et cogne sur la vitre. ÉLISE s’approche et l’oiseau se sauve. ÉLISE sort à l’extérieur et le regarde voler.


Dans une ellipse temporelle, on retrouve DIDIER qui est toujours derrière l’ambulance dans laquelle se trouve ÉLISE. L’ambulance arrive à l’hôpital et les AMBULANCIERS y conduisent ÉLISE.


AMBULANCIER 1

Un instant.


DIDIER

Non, non.


ÉLISE est conduite sur une civière et un AMBULANCIER empêche DIDIER de la suivre.


DIDIER

Lâche-moi.


AMBULANCIER

Monsieur.


DIDIER

Faut que je reste avec ma

femme!


AMBULANCIER

Venez, monsieur.


Dans un retour au passé, on voit ÉLISE qui, après avoir vu l’oiseau se poser sur la fenêtre, entreprend de coller sur la vitre de la fausse véranda des images d’oiseaux.


DIDIER

(Arrivant à ce moment)

Qu’est-ce que tu fais? C’est

quoi?


ÉLISE

C’est... Un autocollant de

faucon. Un faucon autocollant du

Brico. Ça devrait effrayer les

oiseaux et les empêcher de

s’écraser sur la vitre de ta

terranda. Cool, hein?

Quoi?


DIDIER

Non, rien.


ÉLISE

OK.


DIDIER

Oui.

Tu es consciente qu’à long

terme, ça ne résoudra rien pour

ces oiseaux? Hein, ma grande?


ÉLISE

T’es sérieux, pas vrai?


DIDIER

Bien sûr, oui. Comment veux-tu

qu’ils apprennent un jour ce

qu’est le verre? Ils ont peur du

faucon, mais il y a tromperie.

C’est une illusion.


ÉLISE

Pourquoi faut-il que tu...


DIDIER

Il y a pas de faucon, mais un

autocollant. Il y a du verre

ici.


ÉLISE

C’est une solution, d’accord?

À chaque problème, sa solution.


On retrouve ensuite DIDIER, ÉLISE et les MUSICIENS sur scène. En alternance, on voit des images du concert et de ce qui se déroule après le concert, alors que les musiciens sont dans une loge.


DIDIER

Salut, les gars.


MUSICIEN 1

Ah, qui voilà?


MUSICIEN 2

Content de vous voir.


Durant le concert, à un moment, DIDIER embrasse l’épaule d’ÉLISE pendant qu’elle ne chante pas. Elle paraît mal à l’aise, mais poursuit sa prestation. On le revoit tous ensuite dans la loge.


MUSICIEN 3

T’es beau, là, en caleçon.


DIDIER

N’est-ce pas?


MUSICIEN 1

C’était pour qui la bière?


DIDIER

Il y en avait une pour moi.


MUSICIEN 2

T’avais un ticket?


DIDIER

Oui.


MUSICIEN 3

Moi aussi, j’en ai commandé

une.


MUSICIEN 2

Pas question.

T’avais que trois tickets.


MUSICIEN 3

La semaine passée, je les

ai...


Pendant ce temps, ÉLISE est seule dans son coin et fume une cigarette.


MUSICIEN 3

Quoi, la semaine passée?

J’ai payé plein de tournées.


Dans un retour au présent, ÉLISE et DIDIER roulent en camion et ne se parlent pas. À un moment, DIDIER lâche le volant. Plus tard, DIDIER est assis devant la télévision allumée et joue du banjo pendant qu’ÉLISE à une table écrit. À la télévision, il y a un reportage sur les cellules souches.


GEORGE W. BUSH

L’Amérique

a été fondée sur le principe

que nous sommes tous égaux. Le

créateur nous a donné à tous le

droit de vivre. Nous pouvons

faire avancer la science en

respectant ce principe

fondateur.


REPORTER

Certains ne sont

pas d’accord. La recherche sur

les cellules peut sauver des

vies.


HOMME

(Intervenant dans le reportage)

Des millions

d’Américains meurent de maladies

guérissables grâce aux cellules

souches. Nous ne pouvons plus

attendre. Le décret du

président nous fait perdre un

temps précieux.


REPORTER

Les conservateurs

applaudissent le décret.


GEORGE W. BUSH

Si nous voulons avancer la

recherche éthique, nous devons

aussi être capables de rejeter

les mauvaises solutions en

mettant mon veto sur ce projet

de loi.


DIDIER

(S’adressant à ÉLISE)

Pendant des mois, nous avons

été dans les cellules souches...

Et nous avons eu le sentiment

que la médecine n’allait pas

assez loin.

Qu’elle était freinée... C’est

un sentiment que tu ne peux pas

expliquer et ton enfant meurt...

Et là, t’entends que des cons

pareils ralentissent tout depuis

des années. Au nom de la

religion.


ÉLISE

Didier... C’est l’Amérique.

Chez nous, c’est possible, mais

la recherche n’est pas encore

assez loin.


DIDIER

Parce que ces enfoirés

ralentissent tout depuis des

années! Mais de quel droit?

Hein? De quel droit, au juste?


GEORGE W. BUSH

... frontière morale que

notre société se doit de

respecter. Voilà pourquoi j’ai

mis mon veto.


DIDIER

(Éteignant la télévision)

Ils sont soi-disant Pro-Vie.

Pour inventer des armes, il y a

pas de limites, mais quand il

s’agit de guérir, c’est plus

possible. Pas question de

cultiver des embryons hors

mariage. Des embryons de la

taille d’une tête d’épingle.

Sales enfoirés d’hypocrites.

Pro-Vie? Mon cul, bande

d’enfoirés! Sales

fondamentalistes extrémistes!

Foutez-vous votre croix dans le

cul! À côté de votre cervelle!

Bordel!


ÉLISE

Didier... Arrête ça.


DIDIER

(Colérique)

Bordel, Elise. Le monde entier

est corrompu par les croyances.

Le monde est devenu fou! Et toi

aussi! Tu crois que j’ai pas

compris? Tu me prends pour un

débile? Tu crois que j’ai pas

capté pour l’autocollant? Tu

t’imagines que Maybelle va venir

te rendre visite et qu’elle

risque de s’écraser sur cette

vitre. C’est pas vrai?


ÉLISE monte à l’étage et fait ses valises avant de sortir de la maison et de monter dans sa voiture.


DIDIER

(Ouvrant la porte de la voiture)

Ma grande...


ÉLISE la referme et s’en va.


Dans un retour dans le passé, on voit DIDIER, ÉLISE et le groupe de MUSICIENS lors d’un concert.


DIDIER

(S’adressant aux MUSICIENS)

Arrêtez un peu. Arrêtez.

Arrêtez. Mais arrêtez. Arrêtez.

Un instant. J’ai un truc à

demander. Si Johnny peut le

faire, moi aussi.

(Se mettant à genoux)

Elise, veux-tu m’épouser?


ÉLISE

Non.


DIDIER

S’il te plaît. Aidez-moi, s’il

vous plaît. Elise!


ÉLISE

Non!


Dans un bar, après un concert, un des MUSICIENS aide ÉLISE avec sa robe de mariée et sa traîne.


MUSICIEN 1

Passe-moi une épingle. Ah.

Hum...


ÉLISE

Fixe-le tout simplement.


MUSICIEN 1

C’est ce que je fais.


ÉLISE va ensuite rejoindre DIDIER qui l’attend près d’une table de billard qui tient lieu d’autel derrière lequel se trouve un FAUX CURÉ. Il s’agit en fait d’un ami du couple.


FAUX CURÉ

Didier Bontinck, voulez-vous

prendre Elise Vandevelde pour

légitime épouse, l’aimer

fidèlement tout au long de

votre vie, pour le meilleur et

pour le pire, dans la richesse

et la pauvreté, dans la malad...

(Toussant sous les rires des MUSICIENS présents)

La maladie, comme dans la santé,

l’aimer et la chérir jusqu’à ce

que la mort vous sépare, point

d’interrogation.


DIDIER

I do.


FAUX CURÉ

OK.

Elise Vandevelde, voulez-vous

prendre Didier Bontinck...

... pour légitime époux, l’aimer

fidèlement tout au long de votre

vie, pour le meilleur...


ÉLISE

Je le veux.


DIDIER

Oui.

Aimer fidèlement? Pour le

meilleur et pour le pire, dans

la maladie, comme dans la santé?


ÉLISE

Jusqu’à ce que la mort nous

sépare.


Plus tard, dans un retour au présent, DIDIER vient rendre visite à ÉLISE à la boutique où elle tatoue.


ÉLISE

(S’adressant à un client qui se fait tatouer)

Un instant.


DIDIER

Hé.


ÉLISE

Hé.

Comment ça va?


DIDIER

Ça va. Tu dors ici,

maintenant?


ÉLISE

Pour l’instant, oui. J’ai un

matelas à l’étage.


DIDIER

C’est temporaire, non?

Elise, je... Que veux-tu que je

fasse sans toi, Elise?


ÉLISE

Ce n’est plus Elise. J’ai

changé de nom. Je m’appelle

Alabama, maintenant.


DIDIER

Comment?


ÉLISE

Alabama.


DIDIER

Alabama?


ÉLISE

Hum-hum.

Oui, j’ai changé de nom, comme

les Indiens le font quand ils

veulent. Enfin, quand ils

sentent qu’ils ont franchi une

étape de leur vie.


DIDIER

Allez, Elise, arrête tes

conneries.


ÉLISE

Appelle-moi simplement

Alabama. D’accord?


DIDIER

Je te vois samedi? Au concert

du groupe. Ou ça aussi, c’est

fini? Hein? Tu viens?


ÉLISE

Oui.


Samedi, avant le concert, les MUSICIENS discutent dans une pièce. ÉLISE est dans une autre pièce. Elle s’allume une cigarette avant d’aller rejoindre les MUSICIENS.


MUSICIEN 1

Pourquoi m’appelle-t-elle?

C’est pas possible.


MUSICIEN 2

T’as été trop gentil.


MUSICIEN 3

Bonjour, Elise.


ÉLISE

Bonjour.


MUSICIEN 3

Ça va?


ÉLISE

Bien sûr.


DIDIER

(Arrivant à ce moment)

Lui, il peut dire

Elise? Ou tu ne lui as pas

encore dit?


ÉLISE

Non.


DIDIER

Bien non, elle ne s’appelle

plus Elise. Non, elle a changé

son nom. Elle s’appelle

officiellement Alabama.


MUSICIEN 3

Sérieux?


MUSICIEN 4

Alabama?


ÉLISE

Han-han, c’est vrai.


MUSICIEN 1

C’est vrai?


MUSICIEN 2

Sur tes papiers et tout?


ÉLISE

Oui.


MUSICIEN 4

Alabama?


MUSICIEN 3

On doit t’appeler Alabama,

maintenant? T’es sérieuse?

Bonjour Alabama, alors.


MUSICIEN 1

Alabama. Alabama.


DIDIER

Dis, Alabama... Euh... Je peux

te poser une petite question?

Euh...

Et moi, je suis qui? Si toi,

t’es Alabama, moi, je suis qui?


ÉLISE

Monroe.


MUSICIEN 1

Ouh... Monroe. Ah, Bill

Monroe.


MUSICIEN 2

Mais non, Marilyn Monroe.


MUSICIEN 3

Je veux aussi un nom de

bluegrass.


MUSICIEN 2

Allez, donnez-lui un nom...

Tiens, Linda.


MUSICIEN 1

Très simple. Ce sera Linda.


MUSICIEN 2

Allez, les gars.


MUSICIEN 1

Quoi?


MUSICIEN 3

T’es jamais content, toi.


On retrouve ensuite ÉLISE, DIDIER et les MUSICIENS sur scène. Ils interprètent une chanson.


ÉLISE

(S’adressant aux spectateurs qui applaudissent)

Merci.


DIDIER

Vous savez... Vous savez qui

me fait de la peine?

(Avec une certaine amertume)

Les scientifiques qui, depuis

Darwin, se sont occupés de

biologie. Qui ont essayé

d’expliquer ce beau monde, de

le décrire, et de l’étudier.

Qui y ont consacré leur vie, et

ce, dans les conditions les

plus difficiles.

Et qui... se rendent compte

maintenant qu’il y a toujours

des débiles mettant en doute la

théorie de l’évolution! Car

c’était Yahvé! C’est lui qui a

créé le monde en seulement six

jours. Et pas en 4,5 milliards

d’années. C’est à gerber! Bande

de débiles!

Mais je vais vous dire un truc

sur Yahvé. Le Dieu de l’Ancien

Testament, pour qui plus de 80 %

du monde s’agenouille, est de

loin le personnage le plus

malveillant de la littérature.

Vérifiez dans votre Bible.

Lisez-la bien. Yahvé est un

manipulateur, un sadique, un

assassin, un raciste, un

misogyne, un homophobe, un

acariâtre, et un vaniteux, qui

a fait un nettoyage ethnique,

qui demande de sacrifier des

enfants et joue des jeux

sadiques pour tester la foi,

un dictateur qui a soi-disant

créé le ciel, la terre, et les

hommes, pour que nous nous

agenouillions humblement à ses

pieds, et qu’avec déférence,

nous chantions sa gloire.

Je n’ai pas été façonné à cette

image. Je n’ai pas d’ordre à

recevoir d’un Dieu pareil. Je

vaux mieux que ça!

Je suis... Je suis un singe. Et

j’ai peur. Je sais que je dois

être bon envers mon prochain,

sinon il me casse la gueule. Je

n’ai pas besoin de Dieu pour

savoir ça.


ÉLISE va voir DIDIER pour lui demander d’arrêter son discours qu’elle juge déplacé et inapproprié


DIDIER

(Poursuivant)

Nous avons créé les

dieux, parce que nous avions

peur! Par peur et ignorance!

Mais si aujourd’hui, je venais

vous dire que la foudre est la

colère de Dieu, que me

diriez-vous?

Vous me ririez au nez. Plus

qu’un Dieu à abattre! Plus

qu’un à abattre! Plus qu’un à

abattre.

Ma fille... Ma petite fille,

Maybelle, est morte, car

certaines recherches ne sont

pas éthiques selon la

communauté religieuse. Mais ce

n’est qu’un détail. Des

millions de personnes meurent,

car cet enfoiré de pape refuse

qu’on baise avec un

préservatif.

À l’échelle de l’histoire, ce

n’est qu’un détail, mais pas

pour moi. Pas pour moi.


ÉLISE lance son micro par terre et sort de scène.


DIDIER

(Allant la rejoindre alors qu’elle s’apprête à quitter la salle de concert)

Elise.


ÉLISE

Alabama.


DIDIER

Alabama.


ÉLISE

Oui. Si moi j’ai envie de

croire que Maybelle est une

étoile dans le ciel, c’est mon

droit.

Si je veux croire qu’elle est un

oiseau qui picore sur le rebord

de la fenêtre, un papillon qui

se pose sur mon épaule, une

putain de grenouille qui...


DIDIER

Maybelle est morte, ma grande.

Elle est morte, partie! Elle

n’est plus là! Mais nous sommes

là. Je suis là. Nous devons

poursuivre ensemble.


ÉLISE

(Parlant de son tatouage)

J’ai recouvert ton nom,

Didier.


DIDIER

(Regardant le tatouage)

(Colérique)

Lâche. Tu n’es qu’une lâche.

Une lâche! Maybelle n’aurait

jamais voulu ça! Pourquoi t’as

fait ça?


ÉLISE

(Triste et résignée)

Je le savais. Je l’ai toujours

su, en fait. Que c’était trop

beau pour être vrai. Que ça ne

pouvait pas durer. Que la vie

n’est pas généreuse. On n’a pas

le droit d’aimer, pas le droit

de s’attacher, car la vie ne

fait pas de cadeau.

Elle te reprend tout en te riant

au nez. Elle te trahit.


DIDIER

Ma grande, ne soit pas si...


ÉLISE

Ne m’appelle pas comme ça,

Didier.

(Hurlant)

Je ne suis plus ta

grande! C’est fini!


ÉLISE quitte la salle de concert. DIDIER demeure dans la loge et fume une cigarette quand un des MUSICIENS vient le voir.


MUSICIEN 1

Ça va, mon pote?


DIDIER

Bien non, mais oui. Merci.


MUSICIEN 1

Qu’est-ce qu’on fait?


DIDIER

On joue.


MUSICIEN 1

Elise est où?


On voit alors ÉLISE danser dans un bar sous les lumières stroboscopiques. Pendant ce temps, DIDIER discute avec les MUSICIENS en coulisse de manière intense et animée.


Dans un retour en arrière, on retrouve MAYBELLE couchée sur son lit d’hôpital. Elle n’a plus de cheveux et est intubée. ÉLISE est couchée à côté d’elle.


ÉLISE

Papa, tu veux bien me raconter

l’histoire des étoiles?


DIDIER est couché au-dessus du lit. Une vitre sépare DIDIER de MAYBELLE et sur cette vitre se trouvent des étoiles et des planètes en carton.


DIDIER

Oui, quelle histoire?


MAYBELLE

L’histoire de quand elles sont

éteintes.


DIDIER

Éteintes?


MAYBELLE

Celle que tu m’as déjà

racontée.


DIDIER

Bon. Une petite étoile comme

celle-là, c’est en fait...


MAYBELLE

Un soleil.


Des images d’ÉLISE, à un autre moment de l’histoire, la montre en train de pleurer dans sa voiture.


DIDIER

Oui. Très bien, Maybelle.

C’est un soleil qui se trouve

très, très loin. Et sa lumière

doit marcher et courir très

loin et très longtemps pour

arriver jusqu’à tes petits

yeux.


DIDIER poursuit son récit avec les planètes en carton pour illustrer ses propos.


DIDIER

Et donc, il arrive parfois que

cette étoile soit déjà partie,

éteinte, avant que sa lumière

n’arrive à tes yeux. Il arrive

donc que tu voies quelque chose

qui est déjà parti.

Mais ce n’est pas grave, car la

lumière d’une étoile continue

toujours à avancer au-delà de

tes petits yeux. Toujours plus

loin. Et donc l’étoile

continuera toujours d’exister. À

tout jamais.


On revoit ÉLISE dans sa voiture qui pleure. Elle sort de sa voiture au bout de quelques minutes et entre dans la boutique de tatouage. À l’aide des instruments, elle se fait un tatouage, puis prend toutes les pilules qu’elle peut trouver, enfile le crucifix que la mère de sa mère de mère lui a donné, et s’ouvre une bouteille d’alcool. Elle prend une première pilule, suivie d’une gorgée d’alcool, puis une deuxième et une troisième. Pendant ce temps, DIDIER se pointe à l’entrée de la boutique et frappe contre la porte.


DIDIER

Elise! Elise.


Sans réponse, DIDIER fracasse la vitre et entre.


DIDIER

(Trouvant ÉLISE étendue sur le sol)

Bordel!


Les AMBULANCIERS arrivent peu de temps après.


AMBULANCIER 1

Madame. Madame. Vous

m’entendez?


AMBULANCIER 2

OK, intubation.

Intubation.


Les AMBULANCIERS mettent ÉLISE sur une civière et l’amènent.


Plusieurs images de la vie d’ÉLISE se succèdent à l’écran. On entend alors la voix de DIDIER crier tandis qu’il frappe contre une vitre.


DIDIER

Elise!

El... Elise!


On entend faiblement une chanson. Elle est chantée par la voix d’ÉLISE, alors qu’elle est étendue, inanimée. Les images se succèdent alors dans un désordre, une confusion totale. On discerne la voix de DIDIER lors d’événements déjà vus, on comprend donc qu’ÉLISE se rappelle avec confusion certains événements de sa vie de manière fragmentée.


AMBULANCIER 1

Reculez,

s’il vous plaît.


On entend des hurlements, des sirènes et de klaxons.


AMBULANCIER 1

OK, ballonnez. Adrénaline.

Adrénaline.


DIDIER

Pas question! La laissez pas

partir! Je ne te laisserai pas

partir, ma grande.


ÉLISE est montée sur un cheval et DIDIER court derrière elle. La teinte des images est à présent rouge. De temps en temps, on revoit ÉLISE sur la civière. Ces images sont teintées en bleu.


ÉLISE

Hi-ha!


DIDIER

La laissez pas partir.

Le cercle est brisé. Tu ne

verras plus Maybelle.


On entend ÉLISE hurler.


AMBULANCIER 1

Reculez, s’il vous plaît.

Trois, deux, un.


DIDIER

Elise!


Des images de la réanimation d’ÉLISE sont montrées. Ensuite, ce sont des images de chevaux dans un pré qui tournent la tête au passage d’ÉLISE. Puis, ce sont des images de MAYBELLE qui tient un cochon qui s’enfuit. MAYBELLE le pourchasse dans un champ, avant de se balancer. ÉLISE s’éveille finalement à l’hôpital, confuse. Elle se relève de sur la civière et débranche tous les fils qui sont attachés à elle. ÉLISE sort dans le corridor et personne ne semble lui porter attention. Elle arrive dans une salle où elle voit DIDIER discuter avec un MÉDECIN.


MÉDECIN

Nous avons fait tous les

tests. Il y a de graves lésions

cérébrales. À l’heure actuelle,

nous la maintenons en vie. Mais

elle morte cliniquement.

L’équipe médicale vous conseille

de la laisser partir.

Je suis désolé.


DIDIER

Est-ce que je peux la voir. Je

veux la voir.


DIDIER passe devant ce qui s’avère être le fantôme d’ÉLISE et se rend dans la salle où son corps se trouve. Il se penche sur elle, alors qu’elle est intubée. Le fantôme d’ÉLISE est à présent dans la pièce, à côté de DIDIER et lui glisse des mots inaudibles à l’oreille.


Plus tard, DIDIER est à l’extérieur chez lui. Il a fait un feu et fume une cigarette en regardant son chien courir après des poules. Il monte ensuite dans son camion et s’en va. Plus tard, on le retrouve au chevet d’ÉLISE, alors qu’un infirmier vient de lui administrer une injection mortelle. DIDIER est accompagné de MUSICIENS.


DIDIER

Salut, ma grande.

Tu...

Tu embrasseras Maybelle

pour moi quand tu la verras?


DIDIER et les MUSICIENS jouent une chanson pour ÉLISE. On voit alors le dernier tatouage que s’est fait ÉLISE avant de mourir. On peut lire l’inscription Alabama Monroe, ornée d’un cœur.


Générique de fermeture

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