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Conte d'hiver

Pour un lapsus, Félicie a perdu la trace de Charles, un amour de vacances de qui elle a eu une petite fille. Quatre ans ont passé. Elle hésite entre l’amour de Loïc un peu trop intellectuel à son goût, et celui de Maxence qui lui propose de le suivre pour Nevers. Et pourtant, elle garde toujours espoir de retrouver la trace de Charles qu’elle aime toujours…



Année de production: 1991

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VIDÉO TRANSCRIPTION

Générique d'ouverture


Titre :
Conte d'hiver


Un bateau de pêche avance sur l'eau. FÉLICIE et CHARLES sont sur le bateau. Ils ont pris des poissons.


Dans un restaurant, CHARLES prépare des poissons. FÉLICIE lui prend les épaules.


Sur une plage, FÉLICIE et CHARLES se baignent et dorment sous le soleil. Ils s'embrassent.


Dans une chambre, FÉLICIE et CHARLES font l'amour.


Sur une plage, FÉLICIE et CHARLES se photographient.


FÉLICIE et CHARLES se promènent en bicyclette sur un chemin.


FÉLICIE et CHARLES dorment sur un quai et se font surprendre par la marée.


Dans une chambre, FÉLICIE est nue sur un lit. CHARLES lui parle.


CHARLES

Tu es imprudente, tu sais.


Elle rit.


Dans une gare, FÉLICIE porte un sac de voyage. CHARLES note son adresse dans un cahier.


FÉLICIE

36...


CHARLES

36...


FÉLICIE

Victor Hugo.


CHARLES

C'est facile à retenir.


FÉLICIE

Oui.

À Courbevoie, mais je ne

me rappelle plus le code.


CHARLES

C'est pas grave.

C'est tout près de Neuilly?

Je t'écris dès

que j'arrive, d'accord?


FÉLICIE et CHARLES s'enlacent et s'embrassent. FÉLICIE se dirige vers un train.


FÉLICIE

Tu m'écris, hein?


FÉLICIE voyage en train jusqu'à Paris puis en autobus jusqu'à la ville de Levallois.


Texte narratif :
Cinq ans après


Dans une chambre, FÉLICIE dort sur un lit. Un homme entre et prend un livre.


LOÏC

Félicie?


FÉLICIE se réveille.


FÉLICIE

Hum?


LOÏC

Il est 8 h.


FÉLICIE

Oh, déjà?

Bonjour.


LOÏC embrasse FÉLICIE.


LOÏC

C'est ce soir que je vais

chez Nicolas, tu viens?


FÉLICIE

Non, ce soir,

je dîne chez maman.

Puis pour demain, je sais pas

parce que j'irai peut-être

chez ma soeur jusqu'à lundi.


LOÏC

Bien. Bonne journée.


FÉLICIE

Merci, toi aussi.


FÉLICIE sort et marche sur une rue. Elle prend un train puis un métro. En sortant du métro, elle marche rapidement dans les rues de Paris, comme si elle cherchait quelqu'un.


Elle entre dans un salon de coiffure. MAXENCE parle au téléphone. FÉLICIE enlève son manteau.


MAXENCE

Oui. Bien sûr.

Vous savez, ça arrive

tous les jours, hein?

Non, non, hier soir.

Oui, vous avez raison.

Oui.

Je n'ai vraiment aucune

raison de me plaindre.

D'accord.

On dit mardi, alors.

Ah non, non, c'est moi

qui vous remercie.

Au revoir.


MAXENCE raccroche.


FÉLICIE

C'était qui?


MAXENCE soulève FÉLICIE et lui embrasse la poitrine.


FÉLICIE

Ah! Qu'est-ce qui t'arrive?


MAXENCE

Ça y est.


FÉLICIE

Ça y est, quoi?

Juliette est partie?


MAXENCE

Non, c'est moi qui pars.

Je file en voiture.

Faut que j'y sois à 2 h

pour l'inventaire.


FÉLICIE

Déjà? Mais...

tu m'avais rien dit.


MAXENCE

Enfin, je l'ai appris

hier soir.

C'est pas le genre de choses

que je peux dire au téléphone.

Puis en plus... j'étais certain

que tu étais avec Machin.

Enfin, écoute, je t'ai dit

que ça devait se passer

avant la fin de l'année.

On y est.


FÉLICIE

Et tu reviens quand?


MAXENCE

Je reviens pas.

Je m'installe.

Je peux pas laisser le magasin

fermé pendant les fêtes.


FÉLICIE

(Contrariée)

Et moi alors?


MAXENCE s'approche de FÉLICIE et lui caresse le cou.


MAXENCE

Toi tu restes ici aujourd'hui

et demain pour les rendez-vous.

Puis mardi, on a le nouveau

gérant qui vient.

Il faut absolument

que tu sois là.

Et après...


MAXENCE l'embrasse.


MAXENCE

...tu me rejoins dès que tu peux.


FÉLICIE

Et ma fille?


MAXENCE

Y a des écoles là-bas.

Puis c'est les vacances.

Tu auras tout le temps

pour l'inscrire.


FÉLICIE

Et Juliette, elle sait?


MAXENCE

Oui.


MAXENCE se retourne.


MAXENCE

Je lui ai dit hier.


FÉLICIE

Elle a pas trop...


MAXENCE

Non.

Je pensais qu'elle allait

pousser des hurlements.

Mais c'est plutôt le contraire.

C'est elle qui m'a fichu dehors.


FÉLICIE

Bien fait.


MAXENCE

Moi, je préfère ça.

J'ai mis toutes mes affaires

dans ma voiture

et j'ai filé à l'hôtel.


FÉLICIE

Et si je venais pas?

Tu te retrouverais tout seul.


MAXENCE

Pourquoi tu dis ça?

Tu viendras.


FÉLICIE

J'ai pas encore dit oui.


MAXENCE

Enfin, écoute, c'est toi

qui voulais quitter Paris.

C'est en grande partie

à cause de toi si je m'en vais.


FÉLICIE

En partie, très petite partie,

hein.

Raconte pas d'histoire.


MAXENCE prend la main de FÉLICIE.


MAXENCE

Tu crois pas que je t'aime?


FÉLICIE

C'est toi qui crois pas

que je t'aime.

T'as pas confiance en moi,

tu me mets devant

le fait accompli.


MAXENCE

Enfin, ça fait trois mois

qu'on en parle.


FÉLICIE

Oui, mais ça restait

dans le vague.


LOÏC

Moi, pas vague du tout, hein.


FÉLICIE

Pour toi peut-être,

mais pas pour moi.

(En souriant)

T'as peur?

Bon.

J'ai pas dit oui,

mais j'ai pas dit non.

Alors... puisqu'il faut

trancher,

je dis oui.


Ils rient et s'embrassent.


MAXENCE

Excuse-moi.

Moi aussi, je pensais pas que

ça allait se passer si vite.

Ce serait si beau si on pouvait

partir ensemble.


FÉLICIE

Mais tu sais bien

que je peux pas avant Noël,

À cause d'Élise.

Puis il y a ma mère, ma soeur.

Et si je venais faire un tour

dimanche

pour voir comment c'est?

C'est loin?


MAXENCE

Non, tu prends le train, t'en

as tout juste pour deux heures.

Écoute, tu pars samedi soir

et puis tu retournes lundi

en fin d'après-midi.

C'est une très bonne idée,

j'y avais pas pensé.

Bon, allez.

Faut que j'y aille.


Ils s'embrassent. MAXENCE s'habille. Ils s'embrassent.


MAXENCE

OK.


FÉLICIE

Ah, t'as pris ta voiture,

je l'avais pas vue.


MAXENCE

Oui. Prends pas froid.

Et à samedi.


FÉLICIE

Oui.


MAXENCE sort.


MAXENCE

(À une cliente qui entre)

Bonjour, madame.


CLIENTE1

Bonjour, monsieur.


FÉLICIE

(En criant à MAXENCE par la porte)

Attention au verglas!


La cliente entre.


CLIENTE1

Bonjour.


FÉLICIE s'approche de la cliente et lui pose un peignoir sur les épaules.


FÉLICIE

Vous allez bien?


CLIENTE1

Ça va. Et vous?


FÉLICIE

Très bien. Merci.


CLIENTE1

J'arrive trop tôt?


FÉLICIE

Non, non, pas du tout.

Tenez, je vous prends

votre manteau. Merci.


FÉLICIE prend le manteau de la cliente et le pause sur une chaise. La cliente s'assoit.


FÉLICIE

Ça aurait dû être ouvert

depuis cinq minutes,

mais ma collègue est

en retard.


FÉLICIE pose une serviette sur le cou de la cliente.


FÉLICIE

Pardon.


Une jeune femme entre.


FÉLICIE

Bien, tiens, voilà Armelle.

Je vous fais des mèches?


CLIENTE

Oui, si vous voulez.


ARMELLE s'approche de FÉLICIE et l'embrasse.


ARMELLE

Bonjour.


FÉLICIE

Bonjour.

Maxence est parti pour Nevers.


ARMELLE

Parti?


FÉLICIE

Oui, ça y est, il a son salon

et il commence mardi.


ARMELLE

Et toi?


FÉLICIE

Pour l'instant, je reste.

Je t'expliquerai.


CLIENTE

Maxence s'en va?


FÉLICIE

Oui, mais rassurez-vous,

le salon ne ferme pas.


CLIENTE

Vous restez?


FÉLICIE

Non, je pars.


Le soir, FÉLICIE prend le métro et l'autobus. Elle marche dans la neige et entre dans une maison. À l'intérieur, elle s'approche de sa mère et l'embrasse sur les joues.


FÉLICIE

Bonsoir, maman.


MÈRE

Bonsoir, ma chérie.


FÉLICIE

Élise est couchée?


MÈRE

Depuis deux minutes.

Vas-y vite.

J'ai pas encore éteint

la lumière.


FÉLICIE entre dans une chambre. La jeune ÉLISE est couchée dans un lit.


FÉLICIE

Bonsoir, ma chérie.


ÉLISE

Bonsoir, maman.


FÉLICIE

Fais-moi un gros bisou.


FÉLICIE prend ÉLISE dans ses bras et l'embrasse.


ÉLISE

Bisou.

Maman, j'ai mon grand

Badaboum boum boum.


ÉLISE tient un lapin en peluche.


ÉLISE

Moi, j'ai fini de dormir.


FÉLICIE

Qu'est-ce que t'as fait

aujourd'hui?


ÉLISE

J'ai joué avec Anna...

au papa et à la maman,

à la souris jaune et à la souris

rose et à la souris verte.

J'ai joué au facteur n'est pas

passé et au voleur.


FÉLICIE

C'est bien. Tu vas faire

un gros dodo maintenant.

Allez, tu te couches.


ÉLISE

Et moi, j'ai envie

qu'on éteigne la lumière.


FÉLICIE

Oui, tu vas te coucher,

on va éteindre la lumière.

Allez.


ÉLISE

Quoi?


FÉLICIE

Allez, Élise, au dodo.


FÉLICIE dépose ÉLISE dans son lit.


ÉLISE

Je veux faire guili-guili.


FÉLICIE

Non, non, pas guili-guili.

Allez.


ÉLISE

Si, guili.

Ah, non mais laisse mon lapin!


FÉLICIE

D'accord.


ÉLISE

Sinon, il va te taper.


FÉLICIE

D'accord.


ÉLISE chantonne.


FÉLICIE

Chut. Tu dors?


ÉLISE

Oui.


FÉLICIE

Bonne nuit.


FÉLICIE sort de la pièce et ferme la porte. Sa mère pose des couverts sur une table. FÉLICIE nettoie la table.


FÉLICIE

Je sais pas ce qui se passe,

aujourd'hui.

C'est pourtant pas encore

les fêtes.

C'était complètement bouché

à porte d'Orléans.


MÈRE

C'est pas grave.

Je viens juste de mettre

le gratin à réchauffer.

Y en a pour cinq minutes.


FÉLICIE sort de la pièce puis revient avec du sel et du beurre.


MÈRE

À moins que...

Tu as l'intention d'aller

chez Loïc?


FÉLICIE

Ah non, pas ce soir.

(Avec hésitation)

D'ailleurs, euh...

Voilà, j'ai pris une décision.

Je t'avais dit que Maxence

allait s'établir à Nevers.


MÈRE

Hum-hum.


FÉLICIE

Eh bien, il est parti ce matin

et je vais le rejoindre.


MÈRE

Tout de suite?


FÉLICIE

Oui. Enfin, j'y vais d'abord

dimanche

pour voir comment c'est,

je reviens,

et je repars définitivement

après Noël avec Élise.


MÈRE

Si vite? Je vous croyais

brouillés?


FÉLICIE

Non, mais j'attendais

qu'il quitte sa bonne femme.

Il avait qu'à pas rester

chez elle.


MÈRE

Tu restais bien chez Loïc.


FÉLICIE

Oui, mais c'était

pour maintenir la pression.

J'avais pas de raison

de me laisser faire.


FÉLICIE s'assoit sur un divan, sa mère s'assoit sur une chaise.


MÈRE

Écoute, Félicie.

Ne parle pas comme ça,

je t'en prie.

Je sais que tu ne le penses

pas.

Et puis c'est très dur

pour Loïc.

Il sait que tu pars?


FÉLICIE

J'ai encore rien dit.

Je l'ai appris moi-même

que ce matin, alors...

Avec lui, il faut un minimum

de précautions.


MÈRE

Il va être désespéré.


FÉLICIE

Non, désespéré,

je pense pas.

De toute façon,

depuis qu'on se connaît,

il s'attend à ce que je le

quitte à tout instant, alors...

Rien de nouveau.

Mais c'est pour moi aussi

que c'est pas drôle du tout.

Je suis très triste de quitter

Loïc, tu vois.

D'une certaine façon,

je l'aime plus que Maxence.

Et si j'étais restée à Paris,

j'aurais voulu continuer

à l'avoir comme ami.

Mais je crois pas qu'il aurait

accepté.


MÈRE

Je le comprends.

Pourquoi pas comme mari?

Écoute, je ne crois pas

que tu puisses trouver mieux

que ce garçon qui est fou

amoureux de toi.

Et que pour ma part,

je préfère mille fois

ton coiffeur.


FÉLICIE

Toi peut-être, mais pas moi.

Loïc n'est pas du tout

mon genre d'homme.

Au physique comme au moral.


MÈRE

Au moral? Qu'est-ce que

tu lui reproches?


FÉLICIE

Mais rien, je sais pas.

Il est trop intello.

C'est bon pour l'amitié,

mais à la longue, moi,

je me sens diminuée.

Puis je sais pas, il...

il est trop doux.


MÈRE

C'est bien les hommes doux,

c'est rare.


FÉLICIE

Actuellement, pas tant

que tu crois.


MÈRE

Et toi, avec ton caractère,

je pense pas que tu aimes

être dominée.


FÉLICIE

Eh bien, si, justement.

Je n'aime pas les gens

qui tombent quand

je souffle dessus.

Je n'aime pas être dominée

intellectuellement,

mais physiquement, j'aime.

J'aime les hommes qui me donnent

une impression de force,

pas ceux qui sont toujours

courbés sur les bouquins.


MÈRE

Les deux choses peuvent aller

ensemble.


FÉLICIE

Oui, je sais.

Charles savait beaucoup

de choses.

Même plus que Loïc

sur certains points.

Mais par lui-même,

pas par les bouquins.

Ce qu'il savait, il le tirait

directement de la vie.


MÈRE

Oui, mais pas Maxence?


FÉLICIE

Maxence, lui...

Maxence, lui, il a du goût.

Il aime les belles choses.

Il aime les belles femmes.

Et moi, j'aime les beaux hommes.


MÈRE

(En riant)

Les beaux hommes.

Moi, j'ai toujours pensé

que la beauté de l'homme,

c'était l'intelligence.


FÉLICIE

Mais qu'est-ce que t'imagines?

Il est pas si idiot

que tu crois.

Côté intelligence, il n'est pas

tellement différent de Charles,

mais en plus "frustre".


MÈRE

(Lentement)

Fruste.


FÉLICIE

Frus-te.

Tu vois, je suis pas sûre

d'être plus fine que lui.


FÉLICIE marche sur une rue avec MAXENCE.


MAXENCE

T'as rien emmené?


FÉLICIE

Si. Bien, pour deux jours...


MAXENCE

Allez, hop!


Ils entrent dans une voiture.


FÉLICIE

C'est là, la vieille ville?


MAXENCE

Non, non, là, c'est

le quartier commerçant.

Le salon est juste

un peu plus loin au coin.


FÉLICIE

D'accord.


La voiture s'immobilise devant un salon de coiffure.


FÉLICIE

Ah, c'est drôlement bien

placé.


MAXENCE

Ah, bien oui.


FÉLICIE et MAXENCE sortent de la voiture et entrent dans le salon.


FÉLICIE

C'est drôlement mignon.


MAXENCE

Ouais.


MAXENCE allume une lumière.


MAXENCE

Là.


FÉLICIE

Wow! C'est chic.


MAXENCE allume des lumières.


MAXENCE

Tadam! Tadam! Tadam!


FÉLICIE

Oh, c'est vachement grand.


MAXENCE

Ça te plaît?


FÉLICIE

Bien oui, c'est bien.

Dis donc, on peut travailler

au moins à cinq là-dedans.


MAXENCE

Pour le moment, on est trois.

Pour la déco, on peut

la faire plus tard.


FÉLICIE

Moi, j'aime bien.

Ça fait 1900.

Ils sont bien les bacs.


MAXENCE indique des lampes.


MAXENCE

T'as vu? On a des infrarouges.


FÉLICIE

Ah dis donc, c'est équipé!


MAXENCE

Et c'est pas tout.

Viens voir le petit nid d'amour.

Viens.


MAXENCE mène FÉLICIE au pied d'un escalier. FÉLICIE se penche pour enlever ses souliers.


MAXENCE

Non, laisse.


FÉLICIE

Merci.


MAXENCE

Monte.


FÉLICIE

Je suis impressionnée.


MAXENCE

Ha! Ha! Allez, vas-y.

Attends, attends,

je passe devant.


FÉLICIE entre dans un appartement.


FÉLICIE

C'est spacieux.


MAXENCE

Ça te plaît?


FÉLICIE

Oui, j'aime bien.

Y a déjà des meubles?


MAXENCE

Oui, ils en ont laissé

quelques-uns.

On peut s'en débarrasser

si tu veux.


FÉLICIE

On non, non.


FÉLICIE s'assoit sur un divan.


FÉLICIE

C'est confortable.


FÉLICIE indique de grandes étagères vides.


FÉLICIE

T'auras jamais assez

de bouquins

pour mettre sur ces étagères.


MAXENCE

On mettra des bibelots.


FÉLICIE se lève. MAXENCE lui indique des placards.


MAXENCE

Là, tu as tous les placards

de rangement.


FÉLICIE

Pratique.


MAXENCE

Là, c'est la cuisine.


FÉLICIE

Ouais.


MAXENCE

Et ici, la chambre.


Ils entrent dans une chambre aux murs fleuris. Des petites statues d'anges sont accrochées aux murs.


MAXENCE

Je sais, c'est pas tout à fait

ton style.


FÉLICIE

Je crois que c'est la pièce

que je peindrais en premier.


MAXENCE

On peut commencer par enlever

les angelots.


FÉLICIE examine un ange.


FÉLICIE

C'est pas des petits

amours, ça?


MAXENCE et FÉLICIE marchent sur des rues et s'embrassent.


MAXENCE

T'as pas attrapé froid,

ça va?


FÉLICIE

Mais non.


MAXENCE

Y a des faïences.

Spécialité de Nevers.


MAXENCE indique une assiette décorée de petits anges dans une vitrine.


FÉLICIE

Ah ouais, c'est beau.


MAXENCE

T'as vu? Ça,

ce sont des amours.


FÉLICIE

À quoi tu vois ça?


MAXENCE

À la flèche.

Ce sont les fils de Vénus.


FÉLICIE

C'est pas comme la Vénus

de... de... comment déjà?


MAXENCE

Botticelli.


FÉLICIE

Oui, c'est ça.


FÉLICIE et MAXENCE visitent un musée archéologique.


FÉLICIE

Max, viens voir.

Regarde ce pot

avec les torsades.


MAXENCE

C'est joli.

On dirait un pot à parfum.


FÉLICIE et MAXENCE entrent dans une église sur laquelle on peut voir une affiche avec les mots « Châsse de Sainte Bernadette ».


FÉLICIE

Ça veut dire quoi "châsse"?


MAXENCE

Châsse, c'est le cercueil

en verre

dans lequel elle est mise

pour la présenter.


FÉLICIE et MAXENCE regardent une femme dans un cercueil en verre.


FÉLICIE

(En chuchotant)

Elle a un nez droit.


MAXENCE sourit.


FÉLICIE et MAXENCE marchent sur une rue pavée en se tenant la main.


MAXENCE

On va passer par la rue

des Belles Lunettes.


FÉLICIE

Dans la rue

des Belles Lunettes...


MAXENCE

Y a de bien jolies minettes.


FÉLICIE

En tout cas,

y a pas un chat.


MAXENCE

Ouais, mais moi,

j'ai ma minette.


FÉLICIE

Et moi, mon gros matou.


Ils s'embrassent.


MAXENCE

Je t'aime.


FÉLICIE

Dans la rue des Belles

Lunettes...


Ils rient.


MAXENCE

Qu'est-ce que c'est beau,

ces murs, quand même.


MAXENCE indique des murs de pierres.


FÉLICIE

Ah ouais, j'adore.


Ils arrivent au pied d'un grand escalier.


FÉLICIE

On monte?


Ils montent l'escalier.


MAXENCE

Ah! Ah, non, cours pas.


FÉLICIE

Je cours pas.


MAXENCE

J'en peux plus, moi.


FÉLICIE

Allez.


Ils se retournent dans l'escalier et admirent une rivière.


FÉLICIE

Ah, c'est beau.

C'est la Loire?


MAXENCE

Oui.


FÉLICIE et MAXENCE s'approchent d'un pont près de la rivière.


MAXENCE

Tu vois là,

où il y a le pont?

Avant, c'était un gué.

Ça servait aux pèlerins

pour traverser la Loire.


FÉLICIE

Ils traversaient à pied?


MAXENCE

Bien oui.


FÉLICIE

C'est quoi la tour là-bas?


MAXENCE

C'est la tour

des anciens remparts.

Si tu veux, on y va.


FÉLICIE

Oh oui!


FÉLICIE et MAXENCE marchent en direction de la tour, de l'autre côté de la rivière.


MAXENCE

Y a quand même quelque chose

qui m'a toujours semblé

bizarre dans tout ça.

C'est qu'il t'ait pas laissé

son adresse.


FÉLICIE

C'est pas bizarre.

On lui proposait

plusieurs restaurants,

il fallait bien qu'il aille

sur les lieux pour choisir.


MAXENCE

En attendant, il habitait

bien quelque part.


FÉLICIE

En attendant, je sais pas.


MAXENCE

Il t'a pas dit où il allait,

dans quelle ville?


FÉLICIE

Si, mais je ne m'en

rappelle plus.

C'était pas un nom très connu.

Tout ce que je sais, c'est

que c'est en Amérique.


MAXENCE

Du Nord?


FÉLICIE

Je suppose.

Remarque, c'était peut-être

l'Amérique du Sud.

Non, c'était les États-Unis

quand même.

De toute façon, à cette époque,

Sud ou Nord, je m'en foutais,

j'étais prête à le suivre

partout.

Jamais j'aurais pensé

que je pouvais me tromper

sur mon adresse.

(En souriant)

Ça, faut le faire.

Tu vois ma connerie?


MAXENCE

Tu ne savais même pas

où tu habitais?


FÉLICIE

Mais si, mais j'ai pris

un mot pour un autre.

Tu sais bien,

ça m'arrive souvent.

C'était... comment ça s'appelle

déjà?


MAXENCE

Un lapsus.


FÉLICIE

Oui, voilà, c'est ça,

un lapsus.

Je voulais dire Levallois

et j'ai dit Courbevoie.

Pourquoi? C'est comme ça.


MAXENCE

Ah tu crois?


FÉLICIE

Oui.

Je m'en suis aperçue

que six mois après.

Quand j'ai rempli les papiers

pour la maternité.

J'ai refait le même lapsus.

C'est là que j'ai compris

que je m'étais trompée

quand je lui avais laissé

mon adresse.


MAXENCE

Avant de découvrir tout ça,

tu as dû penser

qu'il t'avait oubliée.


FÉLICIE

Non.

J'ai plutôt pensé

qu'il était mort.


MAXENCE

Et l'enfant? Tu n'as jamais

pensé ne pas le garder?


FÉLICIE

Ça m'a jamais effleuré.

C'est contre ma conviction.

Pas conviction religieuse,

parce que la religion et moi,

on est plutôt brouillées,

mais disons conviction...


MAXENCE

Personnelle.


FÉLICIE

Intime, je dirais.

C'est ça, oui, intime.

J'aime pas ce qui est

contre la nature.

Et puis Charles était perdu,

tu vois,

mais j'avais au moins

un enfant de lui.

Un enfant et des photos.

Lui, il a ni l'un ni l'autre.


MAXENCE

Lui, il a dû penser que

tu t'étais foutue de lui.


FÉLICIE

Non.


MAXENCE

Enfin, écoute, tu lui as

donné une fausse adresse.

Qu'est-ce que tu veux

qu'il pense d'autre?


FÉLICIE

Eh bien, moi, je sais

ce qu'il a pensé.

C'est une supposition,

mais elle est aussi bonne

que la tienne.


MAXENCE

Il a pensé quoi?


FÉLICIE

Eh bien, quand je me suis

rendu compte de mon lapsus,

six mois plus tard,

j'étais enceinte,

mais pas encore en congé.

J'avais quitté Levallois

parce qu'on allait démolir

et j'habitais chez maman.

Bon, dès que j'ai pu, je suis

allée à la poste à Courbevoie,

on a été relativement aimable,

mais évidemment,

ils ne savaient rien.

On ne garde pas de trace.

Quand l'adresse est au dos

de la lettre,

la lettre est retournée,

sinon elle va au rebut.


MAXENCE

Poste restante, tu connais?


FÉLICIE

Oui, je connais,

je te remercie.

J'y suis allée, y avait rien

non plus.

Par contre, je me suis aperçue

qu'il y avait aussi

une rue Victor Hugo

à Courbevoie.

Et j'y suis allée au cas où,

je sais pas,

quelqu'un aurait trouvé

la lettre.

Et alors devine?


MAXENCE

Je sais pas, moi.

Y avait pas le numéro.


FÉLICIE

Eh bien, si. Y avait

un numéro 36.

Mais il y était plus,

c'était en démolition là aussi.

Alors je me suis dit

que si Charles avait cherché

de son côté,

et comme je le connaissais,

il l'avait sûrement fait,

eh bien, il aurait vu

que c'était pour ça

que la lettre lui était

retournée

et que donc, c'était pas

ma faute, tu vois?


MAXENCE

Ça fait pas un peu beaucoup

de suppositions, ça?


FÉLICIE

Non, c'est tout à fait

logique.

En tout cas, ça m'a donné

du courage.

Quand j'ai connu Loïc,

l'année suivante,

il m'a donné vraiment

un bon coup de main.

Il a écrit à des tas

d'organisations.

Mais là, y avait un autre

handicap, un gros.

Je savais pas son nom.


MAXENCE

Tu savais pas

son nom de famille?


FÉLICIE

Bien non, là-bas,

au restaurant,

tout le monde l'appelait

Charles, alors...

Comme il travaillait au noir,

il avait pas de fiche de paye.

Je sais pas, il avait un nom

danois ou hollandais.

C'était un nom en N ou R,

comme Den ou Der...


MAXENCE

Enfin, lui,

il connaissait le tien.


FÉLICIE

Tu parles!

J'ai toujours habité

chez des gens.

Ma mère a repris

son nom de jeune fille

et mes deux soeurs sont

mariées.

Je suis la fille introuvable.


MAXENCE

Ma pauvre.


MAXENCE enlace FÉLICIE et l'embrasse sur la tête.


MAXENCE

Tu as vraiment pas de chance.


FÉLICIE

J'ai été conne. Conne.

Conne à lier.


MAXENCE

Folle à lier.

On dit pas conne à lier,

on dit folle à lier.


FÉLICIE

Tu vois, je sais même pas

parler français.


MAXENCE

Ça peut arriver

à tout le monde.


FÉLICIE

Non.

Ah, puis je veux plus y penser,

tout ça, c'est du passé.

Je ne veux pas revenir

là-dessus.

On n'en parle plus, promis?

Je ne veux plus penser

qu'à toi.

Je ne veux aimer que toi.


MAXENCE

Tu veux m'aimer?


FÉLICIE

Oui. M'en demande pas trop

pour le moment.

Je t'aime, mais je voudrais

t'aimer davantage.

Un peu plus.


MAXENCE

Un peu?


FÉLICIE

Oui. Il en faut pas beaucoup,

mais ça peut pas venir comme ça

tout de suite.


MAXENCE

Compte sur moi.

Je suis patient.

Je saurai attendre.

Je te comprends, tu sais.

Je ne brusquerai rien.

Tu as confiance en moi?


FÉLICIE fait « oui » de la tête.


FÉLICIE

Hum. Sinon, je serais pas là.


Ils s'embrassent goulûment.


FÉLICIE voyage dans un train.


FÉLICIE entre chez sa mère. Elle est assise au salon, devant ÉLISE qui dessine sur des feuilles.


FÉLICIE

C'est moi!


MÈRE

Ah, tiens, voilà maman.


FÉLICIE

Bonjour, mon bébé.


FÉLICIE embrasse ÉLISE.


ÉLISE

Bonjour, maman.


FÉLICIE

Bonjour, maman.


FÉLICIE et sa mère s'embrassent sur les joues.


FÉLICIE regarde le dessin d'ÉLISE.


FÉLICIE

Oh, les fleurs!

C'est joli ça, c'est pour moi?


MÈRE

C'est pour maman?


ÉLISE

C'est pour tout le monde.


MÈRE

C'est pour

tout le monde.


ÉLISE

Celui-là et celui-là

et celui-là,

c'est pour tout le monde.


FÉLICIE regarde différents dessins.


FÉLICIE

Ah, c'est une princesse, ça.


ÉLISE

Non, c'est une petite fille

qui s'est mis une couronne

sur la tête.


FÉLICIE

Ah oui, je vois la couronne.


MÈRE

FÉLICIE)

Alors, toujours décidée?


FÉLICIE

Plus que jamais.

C'est très bien là-bas.

Je suis sûre qu'Élise

s'y plaira.


MÈRE

Tu pars quand?


FÉLICIE

Juste après Noël.

Il faut que je reste à Paris

pour faire la soudure.

Je vais avoir un travail fou.

Il faut que je passe

absolument chez Loïc

demain soir au plus tard.

Ça, c'est le plus urgent.


FÉLICIE entre chez LOÏC. On entend une discussion entre LOÏC, EDWIGE et QUENTIN. FÉLICIE enlève son manteau et se dirige vers le salon.


EDWIGE

En lui disant,

mon but sera rempli--


QUENTIN

Oui, mais l'humour ne fait

pas tout.

Tu privilégies toujours

les personnages

qui sont regardés avec humour.


EDWIGE

Je privilégie rien du tout.

Lui, en tout cas,

il privilégie pas les femmes.

Parce qu'il dit: "Tu es

moralement inapte au mariage--"


QUENTIN

Ni les femmes ni les hommes,

d'ailleurs, c'est pareil.


EDWIGE

Eh bien d'accord, mais...


QUENTIN

Ils sont soumis

au même règlement.


EDWIGE

Mais pas tous.

Parce qu'ils protègent

quand même Rickie.

Ils lui disent: "Tu es

physiquement inapte au mariage."

Parce qu'il est boiteux,

il est malingre, enfin.

Et il dit: "Les femmes

font prévaloir

les droits de la nature."

Or la nature ne vaut pas

pipette.

Ou alors, elle vaut

une très petite pipette-


LOÏC

(En riant)

Joli.


FÉLICIE entre dans le salon. LOÏC se lève en embrasse FÉLICIE.


LOÏC

Bonsoir.


FÉLICIE

Bonsoir.


EDWIGE se lève serre la main à FÉLICIE.


EDWIGE

Bonjour. On est

en pleine discussion.


LOÏC

Félicie, je te présente

Quentin.


QUENTIN serre la main à FÉLICIE.


QUENTIN

Bonjour.


FÉLICIE

Bonjour.


EDWIGE

Est-ce que tu as lu

Le plus long des voyages?


FÉLICIE

Non.


LOÏC

Rassure-toi, moi, je l'ai lu

il y a si longtemps

que c'est comme si

je l'avais pas lu.


EDWIGE

Bon, c'est pas vrai,

on a parlé tout à l'heure

de la discussion

qu'ils ont au début

sur la réalité du monde

à propos de la vache.


Tous s'assoient.


QUENTIN

Tu sais, quand il gratte

une allumette.

Ils sont tous dans la chambre

à Cambridge,

et y a un personnage qui évoque

l'existence de la vache-


EDWIGE

Oh oui, mais ça,

c'est de la philosophie.

C'est pas que ça, le bouquin.


QUENTIN

Oui, mais quand même,

c'est très important

de poser l'existence

de la réalité du monde.


EDWIGE

Ah, t'as compris ça?


FÉLICIE est mal à l'aise. Elle s'assoit et regarde LOÏC.


QUENTIN

Bien, c'est ce qui est dit

dans le premier chapitre.


EDWIGE

Rickie, comment

tu interprètes,

il va faire l'expérience

de la réalité du monde.


QUENTIN

Oui, mais il apparaît

peu à peu dans l'histoire,

le personnage de Rickie.

Il apparaît sur le fond

de cette histoire philosophique

qui commence le livre.


On entend une bouilloire qui siffle. FÉLICIE se lève et sort de la pièce. LOÏC la suit.


EDWIGE

Donc, pour toi, c'est

le personnage central?


QUENTIN

Oui, c'est le personnage

central.


EDWIGE

Non, moi, je suis pas

du tout d'accord.


LOÏC entre dans la cuisine.


LOÏC

Mais laisse, Félicie,

je m'en occupe.

Laisse.


On entend la discussion qui se poursuit dans le salon.


LOÏC

Ça va?


FÉLICIE

Oui, ça va.


EDWIGE

(Du salon)

On peut vous aider peut-être?


LOÏC

Non, non, merci, Edwige.

Vous pouvez passer à table.


EDWIGE

Ah bon?


FÉLICIE, QUENTIN, EDWIGE et LOÏC sont assis autour d'une table et mangent.


EDWIGE

Qu'est-ce que vous croyez?

On en est tous ici à un nombre

de vies incalculables.


QUENTIN

Tu crois?


EDWIGE

Mais j'en suis sûre.

Et toi, par exemple,

tu en es au moins à ta 500e vie,

Quentin.


QUENTIN

500, c'est impossible.


EDWIGE

Qu'est-ce que tu en sais?

Tu peux pas calculer.

Tu viens pas du minéral

comme ça,

à tant de degrés... enfin,

tant de degrés spirituels,

que je suppose.

Comme ça, du... du...

en quelques années?

En trois vies, en quatre vies?


QUENTIN

Si, justement. Écoute,

les chats ont sept vies.


EDWIGE

Justement. Tu as peut-être--


QUENTIN

C'est un maximum pour nous.

Mais tu as peut-être été

un chat. N'est-ce pas, Loïc?


LOÏC se lève de table et va s'asseoir au salon.


LOÏC

Oui, enfin, dans la mesure

où on peut croire

à ces choses-là.


QUENTIN et EDWIGE se lèvent et suivent LOÏC.


QUENTIN

Mais Edwige exagère toujours.


EDWIGE

Mais en tout cas, Loïc,

pour un catho,

je te trouve complètement

fermé au surnaturel.


LOÏC

J'appelle pas ça

du surnaturel.

Pour moi, c'est de la pure

et simple superstition.


EDWIGE

C'est pas de la superstition.

Y a pas de différence entre

ton surnaturel et le mien.


LOÏC

Mais tu en fais une,

mais en sens inverse.

Tu refuses le surnaturel

chrétien, mais tu fonces

à tombeau ouvert dans

les trucs les plus farfelus.

Et on t'a à tous les coups.


EDWIGE

Qui ça "on"?


LOÏC

Les charlatans.


EDWIGE

Je ne suis sous l'emprise

d'aucun charlatan.

Je fais partie d'aucune secte.

Je n'ai pas de gourou.

Je donne pas d'argent

à personne.

J'achète quelques bouquins.

Et encore, en solde.

C'est plutôt toi

qui te fais piéger

par le charlatanisme

de l'Église.

Bien oui, tu acceptes

le miracle de Lourdes,

et tu refuses mon histoire.


LOÏC fait « non » de la tête.


LOÏC

Écoute, en ce qui concerne

les miracles,

ce n'est pas sur eux que repose

ma croyance.

Alors peut-être ne suis-je pas

parfait catholique,

mais j'ai peine à y croire.


EDWIGE

Ah oui, et tu te dis croyant?


LOÏC

Bien sûr.


EDWIGE

Mais s'il n'y a plus

de surnaturel,

il n'y a plus de religion.


LOÏC

Mais ton surnaturel n'est pas

un vrai surnaturel.


QUENTIN examine un livre. FÉLICIE s'assoit sur une chaise au salon.


EDWIGE

Ça veut dire quoi,

un vrai surnaturel?


LOÏC

Ton surnaturel,

ce n'est pas de la religion,

c'est de la magie.


EDWIGE

De la magie? Mais toutes

les religions ont cru

à la réincarnation.

Ça n'est même pas incompatible

avec ton christianisme.


LOÏC

À mon avis, si.


EDWIGE

Et pourquoi donc?


LOÏC

Parce que ce n'est pas

une idée morale.

Elle supprime la responsabilité.

On peut être responsable

d'une vie, pas de plusieurs.


EDWIGE

Je crains que tu n'arrives pas

À te débarrasser

de ton moralisme.


LOÏC

Je ne vois pas pourquoi

je m'en débarrasserais.


FÉLICIE

Moi, je ne suis pas

d'accord.

Au contraire, je crois

que si l'esprit vit

à travers plusieurs corps,

eh bien, comme ça, il peut

petit à petit se perfectionner.

Et ça supprime pas

la responsabilité.


LOÏC

C'est très joli ce que tu dis,

mais pour moi, c'est des mots.


FÉLICIE

Je sais, je suis inculte.


EDWIGE

Mais ça va pas?

C'est lui l'inculte.

Il voit pas plus loin

que le bout de son catéchisme.

Tous les grands esprits ont

cru à la métempsychose.

C'est l'ancien mot

pour réincarnation.


LOÏC

Eh oui, des poètes, oui.

Victor Hugo.

"Donc, une bête va, vient,

"rugit, hurle, mord.

"Un arbre est là, dressant

ses branches hérissées.

"Une dalle s'effondre

au milieu des chaussées

"que la charrette écrase

et que l'hiver détruit.

"Et sous ces épaisseurs

de matière et de nuit,

"arbres, bêtes, pavés, bois,

que rien ne soulève.

"Dans cette profondeur terrible,

une âme rêve.

Que fait-elle?

Elle songe à Dieu."


EDWIGE

Oh, bravo!


EDWIGE applaudit.


QUENTIN et EDWIGE s'habillent dans l'entrée. LOÏC les aide.


EDWIGE

Bon, alors, on se revoit quand,

Loïc?


LOÏC

Eh bien, après les fêtes,

sûrement, non?


EDWIGE

Si tu veux. Merci.

Eh bien, bonne année karmique.


LOÏC

Bonne année karmique.


LOÏC et EDWIGE s'embrassent.


QUENTIN

Ton sac, Edwige.


EDWIGE

Ah, mon sac!


QUENTIN

Bon, bien, bonne année.


LOÏC

Bonne année, Quentin.


QUENTIN

Karmique ou pas.


LOÏC

Sûrement karmique.


EDWIGE

Félicie, je t'embrasse...


EDWIGE embrasse FÉLICIE.


EDWIGE

...avant que je m'en aille.

Amusez-vous bien,

tous les deux.


QUENTIN

Et merci.


LOÏC

Bonsoir.


QUENTIN et EDWIGE sortent.


LOÏC

Tu ne savais pas qu'il y aurait

du monde.

J'espère que tu ne t'es pas

trop ennuyée.


LOÏC et FÉLICIE entrent dans le salon.


LOÏC

Cet après-midi au téléphone,

je voulais te prévenir

que je les avais invités,

mais tu as raccroché

tout de suite.


FÉLICIE

Excuse-moi.

J'avais une cliente.

De toute façon, je serais venue

quand même.

J'avais quelque chose

d'important à te dire.

Très important.


LOÏC

Dire quoi?


FÉLICIE

Quelque chose qui ne pouvait

pas attendre.


LOÏC

Si ça ne pouvait pas attendre,

dis-le.


FÉLICIE

Voilà, j'ai pris une décision.


LOÏC

Et alors, quelle décision?


FÉLICIE

Attends.

Quand on prend une décision,

c'est pas toujours facile.

Y a le pour et y a le contre.

Alors on tranche parce qu'il

faut trancher.


LOÏC

Mais alors, dis!


FÉLICIE

Je pars avec Maxence.


LOÏC

Où, dans son bled?


FÉLICIE

Ça y est, il a son salon

de coiffure.

C'est pas un bled,

c'est même assez grand.

Nevers, tu connais?


LOÏC

Oui, oui, je sais,

tu me l'avais dit, oui.

Il est originaire de là.

Alors c'est fini

avec sa bonne femme?


FÉLICIE

J'espère bien.


LOÏC

Tu espères.


FÉLICIE s'assoit sur un divan.


FÉLICIE

Façon de parler.

Tu sais très bien que c'était

fini depuis longtemps.


LOÏC

Et ta fille?


FÉLICIE

Je la prends avec nous.


LOÏC

Vous partez quand?


FÉLICIE

Moi, dans huit jours.

Lui est déjà parti.


LOÏC

Comment si vite?

Et tu me le dis que maintenant?

(Irrité)

Tu me mets toujours devant

le fait accompli.

Tu n'étais même pas obligée

de venir me l'annoncer.

C'était pas la peine

de te déranger ce soir.


FÉLICIE

Écoute...

Il me l'a annoncé

vendredi matin.

Il est parti aussitôt après.

J'ai pris le train samedi

après-midi pour voir le salon

et l'appartement,

je suis rentrée hier soir.


LOÏC

Je me doutais qu'il y avait

quelque chose

quand tu m'as laissé

ton message.

Tu ne sais pas mentir.


FÉLICIE

Mais je ne t'ai pas menti.

Je t'avais dit vendredi

que je n'étais pas sûre

d'être libre.


LOÏC

(Irrité)

Mais pas pour les mêmes

raisons.

Ça fait quand même cinq jours

que tu le sais.


FÉLICIE

Je pouvais quand même pas

te l'annoncer au téléphone.

Je pensais que j'aurais

le temps de te préparer un peu

et voilà que je suis forcée

de te le dire brutalement, au

moment où t'allais te coucher.

Je suis désolée, je pouvais pas

m'y prendre plus mal.


FÉLICIE boit un verre d'eau dans la salle à manger.


FÉLICIE

J'aurais aimé qu'on se quitte

dans le calme, dans la paix,

puisqu'on continuera

à être amis comme avant.

Même si on se voit peu.


FÉLICIE s'approche de LOÏC.


FÉLICIE

Je sais que tu n'es pas

d'accord.

Moi aussi, j'ai beaucoup

de peine de te quitter,

mais il le faut.


LOÏC

Non!

Rien ne t'oblige à te lier

à un homme que tu n'aimes pas.


FÉLICIE

Mais j'aime Maxence.

Je t'ai toujours dit

que je l'aimais,

que c'était pour ça

que je n'acceptais pas

qu'il reste avec sa nana.

Même s'il disait qu'il y avait

plus rien entre eux.


LOÏC

Tu m'as jamais dit

que tu l'aimais.


FÉLICIE

Eh bien, je te le dis, voilà.


LOÏC

Ça, c'est du nouveau.

Tu as toujours prétendu

que tu n'aimerais qu'un seul

homme, le père de ta fille.


FÉLICIE

Oui, mais il y a amour

et amour.

Charles, je l'aimais, je l'aime

toujours absolument.

Maxence, je l'aime

d'une autre façon.

Toi aussi, je t'aime.


LOÏC

Mais pas d'amour.


FÉLICIE

Mais Maxence non plus,

je ne l'aime pas d'amour.

C'est pas parce que j'aime

faire l'amour avec lui

que je l'aime vraiment d'amour.

Je sais pas si tu me comprends.

Je l'aime comme l'homme

avec qui j'aime vivre

tout en pensant que j'aurais

mieux aimé vivre avec un autre,

mais qui n'est pas là.

Y a des tas de femmes

qui aimeraient mieux vivre

avec un autre homme

que celui avec qui elles vivent.

Mais il n'existe pas,

c'est un rêve.

Pour moi, ce rêve est

une réalité.

C'est une réalité, mais

une réalité absente.

Et je vais te dire une chose,

c'est peut-être à cause

de Charles que je m'en vais.

Comme ça, il ne sera plus

qu'un rêve.

Et ce sera peut-être mieux.

Tu sais ce qui m'est arrivé

vendredi à Paris?

J'ai cru apercevoir Charles

dans la rue.


LOÏC

Tu as cru?


FÉLICIE

Hum. C'était certainement pas

lui,

mais c'est des visions

que j'ai des fois.

Quand je suis à Paris, je sais

que j'ai une toute petite

chance de le retrouver,

et ça m'obsède.

Mais là-bas, à Nevers,

y aura zéro chance.

Alors j'aurai l'esprit libre.


LOÏC

Mais on ne sait jamais.

Pourquoi n'irait-il pas là-bas

par hasard comme toi?


FÉLICIE

Arrête, tu vas pas me mettre

ces idées-là dans la tête.


LOÏC

S'il s'agit d'aller

en province,

je peux m'y faire nommer,

moi aussi.


FÉLICIE

Je ne veux pas que

tu te sacrifies pour moi.


LOÏC

Mais ça ne sera pas

un sacrifice,

puisque je serais avec toi

et que le reste ne compte pas.


FÉLICIE

Toi, tu as besoin de trouver

une femme qui t'aime

autant que tu l'aimes.

Et moi, je ne t'aimerai jamais

assez. Tu le sais.


LOÏC

Bon, va avec ton Maxence,

il t'aime et tu l'aimes.

Je souhaite sincèrement

ton bonheur.


FÉLICIE

Loïc...


FÉLICIE s'approche de LOÏC.


FÉLICIE

Loïc.


LOÏC

Laisse, laisse.

J'aime pas qu'on me console.

Bon, puisqu'il faut se quitter,

quittons-nous et autant

que ça se passe vite.

Comme ça traînait, je me suis

fait des illusions.

C'est fini, c'est mieux,

c'est net.


FÉLICIE

Non, Loïc, écoute-moi.

Je voudrais que tu saches

que je suis très triste.

Peut-être plus triste que toi.


LOÏC

Tu parles!


FÉLICIE

Tu me manqueras beaucoup

comme ami.

Je pourrai pas te remplacer.

Mais moi, je te manquerai pas

longtemps comme femme.

Pas longtemps, j'espère.

En restant ici, je t'empêche

de trouver la femme de ta vie.

Elle existe, j'en suis sûre.

Tu sais, en fait, c'est une

chance pour toi que je parte.

C'est pas du bla-bla,

je te le dis du fond du coeur.

Faut me croire.


LOÏC

Mais je te crois.

Je crois que tu le dis

du fond du coeur.

Tu sais pourquoi je t'aime?

Parce que tu es belle.

Mais ce n'est pas suffisant.


FÉLICIE

Pourquoi?


LOÏC

Parce que j'ai l'impression

de lire dans ton coeur.

Et c'est rare de pouvoir lire

dans le coeur des gens.


FÉLICIE

Mais je mens des fois.


LOÏC

Mais pas pour les choses

importantes.

Et je ne crois pas que

je retrouverai ça

chez une autre femme.


FÉLICIE

Dis pas ça.


LOÏC

Pourquoi?


FÉLICIE

Parce que je veux pas que ça

t'empêche d'en aimer une autre.


LOÏC

Eh bien, tu seras pour moi

ce que Charles est pour toi.


FÉLICIE

Ne plaisante pas avec Charles.

Ce n'est pas du tout pareil.

Tu ne m'aimes pas le centième

de ce que j'aimais Charles.

Et moi en tout cas,

je ne t'aime pas le millième

de ce que Charles m'aimait.

J'ai pas envie de rentrer.

Je peux pas dormir là-haut?


LOÏC

Non, c'est moi qui irai

là-haut, c'est pas chauffé.

Reste ici.


FÉLICIE

Non, je monte.

Ne fais pas de manière,

je suis pas frileuse.


LOÏC

Bon, comme tu voudras.


FÉLICIE

Tu m'embrasses pas?


LOÏC embrasse légèrement FÉLICIE. Ils s'enlacent.


FÉLICIE

Dors bien.


LOÏC

J'essaierai.


FÉLICIE s'éloigne.


Autour d'une grande table, ÉLISE et la mère de FÉLICIE mangent en compagnie de la sœur et du beau-frère de FÉLICIE avec leurs enfants.


SOEUR

Félicie sera pas là

au Jour de l'An.


FÉLICIE pose un dessert en forme de bûche sur la table et s'assoit. Des confiseries en forme de personnages sont posées sur la bûche.


SOEUR

Oh, c'est une bûche à quoi, ça?


ÉLISE tend la main vers la bûche.


ÉLISE

Le petit écureuil.


BEAU-FRÈRE

Tu veux l'écureuil?

Alors, l'écureuil.


Le BEAU-FRÈRE donne l'écureuil à ÉLISE.


ÉLISE

Et le sapin.


BEAU-FRÈRE

Et le sapin.


La SOEUR donne un Père Noël en confiserie à sa fille.


SOEUR

Un petit Père Noël.


ENFANT2

De toutes les couleurs.


MÈRE

À l'ENFANT2

Et toi, qu'est-ce que tu veux?

Tu veux un Père Noël?


Dans le salon, les enfants jouent avec la MÈRE et le BEAU-FRÈRE de FÉLICIE.


Dans une chambre, FÉLICIE fait ses bagages. FÉLICIE montre un vêtement d'enfant à sa sœur.


FÉLICIE

Tiens, ça t'intéresse ça?


SOEUR

Non, pas pour moi, mais

je le donnerai à Coralie.


FÉLICIE pose un cadre avec la photo de CHARLES sur son sac. Sa SOEUR prend la photo.


SOEUR

Tu l'emportes?


FÉLICIE

Oui, pourquoi pas?


SOEUR

Je sais pas si ton copain

appréciera tellement.


FÉLICIE

Oh, bien, il dira

ce qu'il voudra.

De toute façon, il a rien

à dire. C'est le père d'Élise.

Elle a bien le droit d'avoir

la photo de son père

dans sa chambre.


SOEUR

Dans ce cas, tout de même,

je ne sais pas.


FÉLICIE

Quoi?


SOEUR

Je ne sais pas si tu fais bien

de lui parler de son père

comme ça tout le temps.

Surtout maintenant qu'elle va

avoir un père adoptif.


FÉLICIE

Oui, mais elle sait très bien

que c'est pas son vrai père.

Et puisque j'ai la chance

d'avoir cette photo,

je vois pas pourquoi

je la cacherais.

C'est quand même normal

qu'un enfant sache comment

est son père.


SOEUR

Oui, mais s'il a disparu.


FÉLICIE

Mais il peut très bien

réapparaître.

Peut-être quand je serai morte.


SOEUR

Écoute, sérieusement,

on peut pas compter là-dessus,

tu le sais bien.

Tu lui as donné des espoirs

qui seront forcément déçus.

C'est frustrant pour un enfant.


FÉLICIE

Oui, mais l'espoir,

c'est mieux que rien.

C'est tout de même mieux

de pouvoir dire

aux petites copines

de la maternelle:

"Moi aussi, j'ai un papa.

Il est en voyage,

mais c'est le plus beau! Na!"


SOEUR

À son âge, comment veux-tu

qu'elle sache

si un homme est plus beau

ou moins beau?


FÉLICIE

Bien là, je peux te garantir

qu'elle le sait.

Elle sent très bien que Charles

est plus beau que Loïc.


SOEUR

Elle te l'a dit?


FÉLICIE

Non, je lui ai dit

et elle me croit.


SOEUR

Félicie, vraiment,

tu exagères.


FÉLICIE

Elle me croit, parce qu'elle

le sait elle-même.


SOEUR

En tout cas, pas moi.

Je ne trouve pas que Loïc

soit moche.

Franchement, je le préfère

même à lui.


FÉLICIE

Question de goût.

En tout cas, beau ou pas beau,

Loïc n'est pas du tout

le genre qui m'attire.

Vraiment, je n'aime rien

dans lui.

Ni l'ensemble ni les détails.

Ni son nez, ni ses yeux,

ni sa bouche.


SOEUR

Pourtant, toi et lui, vous

avez un peu le même nez.


FÉLICIE

Oui, bien justement, j'ai

toujours eu horreur de mon nez.

J'aime pas les nez comme ça.


FÉLICIE touche à son nez puis remonte son doigt vers le haut, pour faire penser à un nez qui remonte.


FÉLICIE

Toi, tu l'as plus droit.

Si nous avions des enfants

avec Loïc,

nos nez s'additionneraient,

ça serait effrayant.

Et puis, il y a une preuve...

Non, plutôt un signe

que je ne l'aime pas.

C'est que je n'aimerais pas

avoir d'enfant de lui.

Alors que je peux en avoir

de Maxence.

Enfin, je ne sais pas.

On verra.


SOEUR

Ah.


FÉLICIE

Quoi?


SOEUR

Rien, je dis "ah",

je constate.

Tes goûts sont tes goûts.

De toute façon, ton coiffeur,

je l'ai à peine vu.


FÉLICIE

Je sais, tu le trouves

trop baraqué.

Mais moi, j'aime pas

les maigres.

J'aime les hommes

plutôt enveloppés.


SOEUR

Lui, on peut pas dire

qu'il soit mal,

mais je sais pas, il serait

plutôt trop... tu vois?


FÉLICIE

Trop quoi? Trop beau?


SOEUR

Trop bel homme.


FÉLICIE

Ah oui? Alors je vois pas

le mal.


SOEUR

Trop régulier, ça me gêne.


FÉLICIE

Pas moi.

J'aime la beauté régulière.

N'oublie pas que je suis aussi

esthéticienne.

Esthétique, ça veut dire

beauté.


SOEUR

C'est ça, il fait trop modèle

idéal.


FÉLICIE

Ah oui, réclame d'eau

de toilette, tant que tu y es.


SOEUR

Non, c'est pas ce genre-là,

je pensais pas à ça.

Je dirais plutôt marin

de mes rêves.


FÉLICIE

Oui, bien, il est pas marin,

il est cuisinier.


SOEUR

Oui, mais cuisinier

de grand hôtel.


FÉLICIE

Non, de bons petits

restaurants.

Mon prince charmant est

un cuisinier.

Tu vois...

si j'avais réussi à économiser

assez d'argent,

je me serais sentie capable

de faire tout le tour de tous

les restaurants d'Amérique.


SOEUR

Mais plus maintenant?


FÉLICIE

Maintenant, j'ai fait

un choix.

Bon ou mauvais, j'en sais rien.

Mais il fallait choisir.


SOEUR

Comment tu n'en sais rien?


FÉLICIE

Quand on choisit,

on ne sait pas,

sinon c'est pas vraiment

un choix.

Y a toujours un risque.


SOEUR

Oui, raison de plus

de prendre ton temps.

Là, tu t'es décidée

en deux secondes.


La SOEUR de FÉLICIE regarde des photos de CHARLES.


SOEUR

Et ça te plaît là-bas?


FÉLICIE

Oui.

C'était difficile de juger

parce que c'était dimanche,

mais Nevers est une ville

assez importante.

Mais pas triste du tout.


SOEUR

Si tu veux changer d'avis,

il est encore temps,

du moment que

tu n'es pas partie.


FÉLICIE

Mais pourquoi veux-tu

que je change d'avis?


SOEUR

Je ne te sens pas

très enflammée.


FÉLICIE

Enflammée pour la ville?


SOEUR

Pour la ville et pour le mec.


FÉLICIE

J'ai été une fois enflammée

par un mec, ça me suffit.


SOEUR

Excuse-moi de te dire ça,

mais j'ai l'impression

que tu choisis Maxence contre

Loïc, et pas pour lui-même.


FÉLICIE

Là, ce sont complètement

des idées que tu te fais.

Ce n'est pas parce que j'étais

follement amoureuse de Charles

et que je suis très triste

de quitter Loïc

que je ne serai pas heureuse

avec Maxence.

Il m'apportera le calme

dont j'ai besoin.

J'ai vraiment besoin de calme.

Nevers est à 238 kilomètres

de Paris.

Je pourrai venir te voir,

tu pourrais venir nous voir.

On se baladera dans la région.


FÉLICIE et ÉLISE voyagent dans un train.


FÉLICIE et ÉLISE cherchent MAXENCE à la sortie de la gare.


FÉLICIE

Écoute, il est pas là,

on va prendre un taxi.


FÉLICIE et ÉLISE entrent dans le salon de coiffure de MAXENCE. MAXENCE coupe les cheveux à une cliente.


MAXENCE

FÉLICIE)

Attends.

(À sa cliente)

J'en ai pour une minute.


MAXENCE s'approche de FÉLICIE.


FÉLICIE

Bonjour.


MAXENCE embrasse FÉLICIE.


MAXENCE

T'as fait un bon voyage?


FÉLICIE

Oui.


MAXENCE

Ça va, Élise? Hum...


MAXENCE embrasse ÉLISE.


MAXENCE

Une bise à Maxence?

Attends, on va mettre ça là.


MAXENCE déplace le sac de FÉLICIE.


FÉLICIE

On va monter, on va monter.


MAXENCE

Non.

Écoute, je suis désolé,

j'en ai encore pour

un petit quart d'heure.

J'aurais pu venir vous chercher,

mais...

Tu m'en veux pas?


FÉLICIE

Non, non, c'est pas grave.

Allez, monte.


FÉLICIE monte ses bagages dans sa chambre en compagnie d'ÉLISE.


FÉLICIE

Tu vois, ça, c'est la chambre

de Maxence et maman.

Viens, je vais te montrer

ta chambre.


FÉLICIE amène ÉLISE dans une autre chambre. ÉLISE boude.


FÉLICIE

T'as vu ton grand lit?

Il te plaît?

Qu'est-ce que t'as, hein?


FÉLICIE coupe un poulet dans la cuisine.


Autour d'une table, MAXENCE mange en compagnie de deux amis.


AMIE

Est-ce qu'à Paris, tu habitais

au-dessus du salon de coiffure?


MAXENCE

Ah non, non, non, on avait

quand même notre appartement.


AMI

Mais là, ça va être

tranquille.

Même le feu rouge va pas

te perturber.


MAXENCE

Non, pas trop.


Dans sa chambre, ÉLISE se réveille.


ÉLISE

Maman! Maman!

Maman!


MAXENCE apporte des assiettes sales dans la cuisine où FÉLICIE découpe le poulet.


MAXENCE

Tu aurais dû m'appeler

pour découper le poulet.


FÉLICIE

Non, mais ça va, c'est pas

compliqué, tu sais.


MAXENCE

Ça va?


FÉLICIE

Oui. Je savais pas qu'il y

aurait du monde, c'est tout.


MAXENCE

J'aurais pu t'aider.


FÉLICIE fait tomber un ustensile de la table.


FÉLICIE

Ah, merde!


MAXENCE se penche pour ramasser l'ustensile.


FÉLICIE

Non, laisse, laisse, laisse,

c'est bon, c'est bon.

Tiens, amène ça.


FÉLICIE donne le plat de poulet à MAXENCE.


FÉLICIE

Voilà, merci.


FÉLICIE semble irritée.


FÉLICIE, MAXENCE et MICHÈLE font du rangement dans le salon de coiffure. FÉLICIE donne un sèche-cheveux à MICHÈLE.


FÉLICIE

Tenez, Michèle.


MICHÈLE

Merci, madame.


FÉLICIE

Vous pouvez m'appeler

Félicie, vous savez.


MAXENCE

Ah non, faut l'appeler

madame.

C'est la patronne.


Une cliente entre.


CLIENTE2

Bonjour, monsieur.


MAXENCE

Bonjour, madame.


CLIENTE2

J'ai rendez-vous.

FÉLICIE)

Bonjour, mademoiselle.


FÉLICIE

Bonjour, madame.

(En appelant)

Michèle?


CLIENTE2

Ah, bonjour, Michèle.


MICHÈLE

Bonjour.


FÉLICIE

MICHÈLE)

Je monte.

MAXENCE)

Je redescends.


FÉLICIE s'approche d'ÉLISE qui joue avec un ballon dans le salon au deuxième étage.


FÉLICIE

Ça va?

Qu'est-ce qu'il y a?


ÉLISE

Pourquoi y a pas de jardin?


FÉLICIE

Mais si, il y a un petit

jardin sur la terrasse.


ÉLISE

Mais c'est pas un jardin.


FÉLICIE

Ça, évidemment, c'est pas

comme chez grand-mère.


ÉLISE

Chez Loïc, il y avait

un jardin.


FÉLICIE

Oui, mais chez Loïc, c'était

une toute petite maison.

Ici, c'est une grande maison.


ÉLISE

Pourquoi?


FÉLICIE

Parce que c'est comme ça.


ÉLISE indique par la fenêtre.


ÉLISE

Là-bas, il y avait un jardin.


FÉLICIE

Tu l'as vu en venant

de la gare,

t'as pas les yeux dans ta poche,

toi, hein?

Mais ce matin,

il fait trop froid.


ÉLISE

Mais j'ai mon manteau.


FÉLICIE

Oui, mais moi,

je peux pas te conduire.

Il faut que je reste ici.


ÉLISE

Pourquoi?


FÉLICIE

Parce que j'ai du travail.

En fait, je crois que ce matin,

il y aura pas beaucoup de monde.

Allez, viens, mets ton manteau.

On va sortir.


ÉLISE

Non.


FÉLICIE

Ah, bien, faudrait savoir

ce que tu veux!


FÉLICIE descend l'escalier avec ÉLISE. MAXENCE est assis à la réception.


FÉLICIE

Je sors deux minutes avec Élise.


MAXENCE

Sois pas trop longue.

On a du monde en fin

de matinée.


Dans un parc, ÉLISE et FÉLICIE jouent avec un ballon.


ÉLISE

Vas-y, lance-le-moi.


FÉLICIE

Viens.

Hop!


FÉLICIE lance le ballon qui s'éloigne d'ÉLISE.


ÉLISE

Vas-y!


FÉLICIE

Va le chercher.


ÉLISE va cherche le ballon.


FÉLICIE

Allez, viens,

on rentre maintenant.

Viens, Élise, on rentre.


ÉLISE regarde un édifice.


ÉLISE

C'est une église?


FÉLICIE

Oui, enfin, non, ça,

c'est une cathédrale.

Allez, viens.


ÉLISE tire sur la main de FÉLICIE.


FÉLICIE

Quoi, qu'est-ce qu'il y a?


ÉLISE

Mais! Je veux aller voir

la crèche!


FÉLICIE

Quoi, qu'est-ce qu'il y a?


ÉLISE

Je veux aller voir l'église.


FÉLICIE

Non, on n'a pas le temps

maintenant.


ÉLISE

Si.


FÉLICIE

Bon, bien, pas longtemps.


Dans l'église, FÉLICIE et ÉLISE admirent la crèche de Noël.


FÉLICIE

(En chuchotant)

T'as vu le petit

Jésus?

Tu le reconnais?

Allez, viens.


ÉLISE

(En chuchotant)

Non, je veux rester.


FÉLICIE

Tu regardes,

mais tu touches pas, hein.


FÉLICIE s'assoit sur une chaise et réfléchit.


FÉLICIE et ÉLISE entrent dans le salon de coiffure. MAXENCE accourt vers elles.


MAXENCE

Enfin, qu'est-ce qui se passe?

On t'attend.


FÉLICIE

Excuse-moi, Élise avait

besoin de prendre l'air.


MAXENCE

Enfin, tu avais dit deux

minutes, ça fait deux heures

que tu es partie, faut être

sérieux quand même.


FÉLICIE

Écoute, t'as dit que

j'étais la patronne,

bien je prends

mes responsabilités.

ÉLISE)

Allez, monte.

Monte dans ta chambre.


ÉLISE monte l'escalier. FÉLICIE se dirige vers une cliente.


FÉLICIE nettoie le cou d'une cliente.


FÉLICIE

Pardon.


La cliente se lève et enlève le peignoir qu'elle porte. FÉLICIE prend le peignoir.


FÉLICIE

Merci.


FÉLICIE s'approche de la cliente avec un manteau.


FÉLICIE

C'est votre manteau, je crois.


CLIENTE3

Oui.


FÉLICIE donne un sac à la cliente.


CLIENTE3

Merci.


FÉLICIE

Je vous en prie.

MAXENCE)

Maxence, la petite a faim,

je monte.

À tout à l'heure, hein.


MAXENCE

D'accord.


La cliente et FÉLICIE s'approchent de la sortie.


FÉLICIE

Merci, madame.

Et voilà.


CLIENTE3

Merci.

Allez, bonnes fêtes.


FÉLICIE

Merci, vous aussi.


MAXENCE

Au revoir, madame.

Bonnes fêtes!


Dans leur cuisine, FÉLICIE sert une assiette à ÉLISE.


ÉLISE

Et puis, le petit Tom,

il était très gentil

et la famille sorcière,

elle était méchante.


FÉLICIE

Tiens, mange.

Pourquoi elle était méchante?


ÉLISE mange. On entend la voix de MAXENCE.


MAXENCE

Félicie...


ÉLISE

Parce que...


MAXENCE

Félicie!


ÉLISE

...elle voulait le petit

garçon.


FÉLICIE

Elle volait?


ÉLISE

Elle le voulait.


MAXENCE

Félicie, tu m'entends?


FÉLICIE

Oui, je suis dans la cuisine.


ÉLISE

Elle le voulait et donc,

elle voulait...

l'ours et le petit garçon.


MAXENCE arrive.


FÉLICIE

Et pourquoi elle le voulait?


ÉLISE

Parce que le petit ours

et puis le petit garçon...

ils aidaient tous ceux

qui avaient les problèmes.


FÉLICIE

Ah bon?

MAXENCE)

Qu'est-ce qu'il y a?


MAXENCE

Rien, mais j'ai réfléchi.

Il faut qu'on s'organise.

Je sais bien que pendant

les vacances, tu peux pas

à la fois t'occuper de ta fille

et coiffer les clientes,

mais peut-être garder un extra

ou prendre une nourrice.

Qu'est-ce que tu en penses?

C'est toi qui décides.


FÉLICIE

Écoute, la question

n'est pas là.


MAXENCE

Enfin, elle est où, alors?


FÉLICIE

ÉLISE)

Mange.

MAXENCE)

Viens.


FÉLICIE et MAXENCE vont dans le salon.


MAXENCE

Excuse-moi.

Je ne pensais pas te déplaire,

en disant que tu étais

la patronne.

C'est une question

d'organisation, c'est tout.


FÉLICIE

Je rentre à Paris


MAXENCE

Quoi?


FÉLICIE

C'est décidé.

Je rentre à Paris.


MAXENCE

Mais enfin pourquoi?

(Énervé)

Dis-moi pourquoi.

Qu'est-ce que tu as subitement

contre moi?


FÉLICIE

Je n'ai rien contre toi

de spécial.

Rien n'est changé, sois sûr.

Je t'aime toujours comme

avant, ni plus ni moins.


MAXENCE

Et alors?


FÉLICIE

Je ne t'aime pas assez

pour vivre avec toi.


MAXENCE

(En colère)

Assez, ça veut dire quoi

assez?


FÉLICIE

Assez. Assez.

Je ne pourrai vivre

qu'avec un homme

que j'aimerai à la folie.

Je ne t'aime pas à la folie,

c'est tout.


MAXENCE

C'est complètement fou,

ce que tu dis.


FÉLICIE

Oui, je sais. C'est fou

d'aimer quelqu'un à la folie,

mais moi je suis folle.

Faut me prendre comme je suis.

Tu ne vas pas te lier

à une folle pour la vie.


MAXENCE

Mais non, tu n'es pas folle.


FÉLICIE

J'étais folle de décider

en deux secondes

de partir avec toi.


MAXENCE

Tu as bien décidé

en deux secondes de t'en aller.


FÉLICIE

Oui, mais c'est pas pareil.


MAXENCE

Je vois pas la différence.


FÉLICIE

Eh bien, si, parce que...

quand j'ai pris

ma première décision,

je me suis décidée

pour me décider.

Je n'y voyais pas clair.


MAXENCE

Et tu vois clair, maintenant?


FÉLICIE

Oui, très clair.

Jamais dans ma vie,

je n'ai vu aussi clair.

Brusquement les choses

sont devenues claires. Voilà.


MAXENCE

Tu as vu quoi?


FÉLICIE

Eh bien, ce que je t'ai dit,

que je ne devais pas me lier

avec quelqu'un

que je n'aimais pas à la folie.

Pour toi, c'est des mots, mais

pour moi, c'est pas des mots.

Je ne te dis pas j'ai compris,

je te dis j'ai vu.

Y a pas à discuter,

c'est comme ça.


MAXENCE

Qu'est-ce que tu racontes?

Je comprends rien

à ce que tu dis.


FÉLICIE

Mais tu peux pas comprendre

C'est moi qui ai vu, pas toi.


MAXENCE prend FÉLICIE par les bras.


FÉLICIE

Lâche-moi.


MAXENCE sert FÉLICIE contre lui.


MAXENCE

Écoute.


FÉLICIE

Lâche-moi, tu me fais mal.


MAXENCE tient FÉLICIE.


MAXENCE

Eh bien, tant pis.

Je me mets rarement en colère,

mais si je m'y mets,

fais attention.

Ce serait vraiment moche,

alors que tout allait si bien

entre nous.

Écoute, je crois

que tu es fatiguée.

Je vais prendre une extra,

pendant une semaine,

même plus si tu veux.

Tu ne t'occuperas plus

du salon.

Tu auras tout le temps pour

t'installer confortablement ici.


FÉLICIE

Je rentre à Paris.

(Fort)

Lâche-moi ou je cogne!


FÉLICIE repousse MAXENCE.


FÉLICIE

Excuse-moi, c'est physique.

Je peux pas supporter

qu'on me tienne de force,

surtout aujourd'hui.

Puisque je te quitterai

de toute façon,

quittons-nous au moins en amis.

Je t'aime, mais pas

dans ces conditions.


MAXENCE

Dans quelles conditions?

Les conditions, ça se change.


FÉLICIE

Je veux dire dans

des conditions de définitif.


MAXENCE s'approche.


FÉLICIE

Non, surtout,

t'approche pas.


MAXENCE

Accorde-moi au moins

une chose.

Je ne t'empêche pas de faire

ce que tu veux,

mais attends au moins un peu.

Donne-moi, au moins,

cette marque de confiance.

Je ne te parle pas d'amitié.

Et encore moins d'amour.


FÉLICIE

Non.

Rien ne servirait à rien,

crois-moi.


FÉLICIE s'approche de MAXENCE. Il prend ses mains.


FÉLICIE

Tu sais, je suis tout à fait

honteuse de te faire ça.

Ça va te mettre dans une

situation très embarrassante.

On va te poser

des tas de questions.


MAXENCE

Et alors?


FÉLICIE

Toi, qui tiens tant

à ta respectabilité.


MAXENCE

Tu n'as qu'à pas partir.


FÉLICIE

Au contraire,

plus vite je partirai,

moins il y aura de questions.


MAXENCE

T'occupe pas de moi.

Je dirai la vérité.

Je dirai que tu as fait

une dépression

dont tu te sortiras bientôt,

dans une semaine,

peut-être même dans une heure.


MAXENCE prend FÉLICIE par le bras.


MAXENCE

Dépression ou pas,

tu es fatiguée.

Qu'est-ce que tu comptes faire

pour déjeuner?

Allez, je t'invite

au restaurant.

Pas en face,

parce que c'est trop bruyant.

Mais tiens, je t'invite

à la Cagnotte, d'accord?


FÉLICIE

Lâche-moi, Max.

Ne me touche plus.


MAXENCE

Bon. Je sors.


MAXENCE prend un manteau.


MAXENCE

J'ai besoin de prendre l'air,

moi aussi.

Tu ne peux pas dire

que je t'empêche

de faire ce que tu veux.

Je serai à la Cagnotte.

À tout à l'heure.


Il sort.


FÉLICIE s'approche d'ÉLISE dans la cuisine.


FÉLICIE

Ça y est. T'as fini?

T'as pas mangé ton poulet?


ÉLISE

J'ai plus faim.


FÉLICIE

D'accord. Bon, tu finis

ton petit-suisse et on s'en va.

On retourne chez grande-mère.


ÉLISE

On reste pas?


FÉLICIE

Non, on prend le train.


ÉLISE

Pourquoi?


FÉLICIE

Parce que, c'est comme ça.

Au fond, tu dois être contente,

non?


ÉLISE

Qu'est-ce que ça veut dire,

au fond?


FÉLICIE

Au fond de toi.

Je suis sûre

que tu me comprends.

(En souriant)

Hein?


Elles rient.


FÉLICIE et ÉLISE prennent le train.


FÉLICIE et ÉLISE entrent chez la mère de FÉLICIE.


MÈRE

Bonjour.

Mais qu'est-ce qu'il y a?


FÉLICIE

Bonjour, maman.


FÉLICIE embrasse sa mère.


FÉLICIE

Y a rien, rassure-toi,

j'ai changé d'avis.


MÈRE

Vous vous êtes disputés?


FÉLICIE

Même pas.

Il a été très gentil. Il n'a

pas cherché à me retenir.

J'avais plutôt des scrupules,

parce qu'il m'avait présentée

comme sa femme.

Alors, c'était plutôt moche

pour sa respectabilité,

mais il s'en fout.


FÉLICIE enlève son manteau avec l'aide de sa mère.


MÈRE

Qu'est-ce que t'en sais?


FÉLICIE

Il me l'a dit.


FÉLICIE enlève le manteau d'ÉLISE.


FÉLICIE

Tiens, va mettre ton manteau

dans ta chambre.


ÉLISE regarde un arbre de Noël dans le salon.


ÉLISE

J'attends que les lumières

clignotent.


FÉLICIE

Allez va le mettre.

Tu viendras tout à l'heure.


ÉLISE s'éloigne avec son manteau.


FÉLICIE et sa mère s'assoient au salon.


MÈRE

Et de toi, il s'en fout aussi?


FÉLICIE

Non, mais il comprend.


MÈRE

Qu'est-ce qu'il comprend?


FÉLICIE

Qu'il ne faut pas vivre

avec une femme

qui ne vous aime pas.


MÈRE

Tu m'avais pourtant dit

que tu l'aimais.


FÉLICIE

Oui, mais pas assez

pour vivre avec lui.


MÈRE

Bon, enfin. Je ne vois pas

pourquoi je le défendrais.

J'ai toujours pensé

que c'était le mauvais choix.


FÉLICIE

Écoute, maman, il n'y a pas

de bon ni de mauvais choix.

Ce qu'il faut, c'est

que la question du choix

ne se pose pas.


MÈRE

Il faudra bien choisir

un jour, Félicie.


FÉLICIE

Oui, bon...

J'ai fait un choix.

C'est du passé.

N'en parlons plus.

Pour l'instant,

je veux avoir l'esprit clair.

Je vais tâcher de trouver

un petit deux-pièces

où je pourrai prendre Élise.

Pour le travail,

pas de problème.

Je sais qu'ils aimeraient bien

m'avoir chez Lucie Saint-Clair.

Enfin, j'espère

que ça tient toujours.


MÈRE

Et Loïc?


FÉLICIE

Bien, Loïc...


FÉLICIE lève les épaules pour signifier son absence d'intérêt.


FÉLICIE prend le métro. Elle entre dans le salon de coiffure « Lucie Saint-Clair Top ».


FÉLICIE prend le métro. Elle entre dans une bibliothèque municipale. Elle s'approche de LOÏC et d'une femme au comptoir.


LOÏC

Félicie!

Tu n'es pas encore partie?


FÉLICIE

Si, mais je suis rentrée.


LOÏC

(Sceptique)

Rentrée?


FÉLICIE

Je te dérange?


LOÏC

Non, non.

Viens dans mon bureau.

(À sa collègue)

Je reviens.


LOÏC et FÉLICIE entrent dans un bureau. LOÏC ferme la porte.


LOÏC

Et Maxence?


FÉLICIE

(En souriant)

Il est resté. Je le quitte.


LOÏC

Ah oui?

Assieds-toi.


FÉLICIE s'assoit.


FÉLICIE

Le plus bizarre, c'est qu'on

s'est même pas disputés.

En fait, il a eu un mot

qui m'a blessée.

C'est la goutte d'eau

qui a fait déborder le vase.


LOÏC

Mais alors avant,

qu'est-ce qu'il y a eu?


FÉLICIE

Rien. Je sais pas,

une impression,

ça ne collait plus.


LOÏC

Qu'est-ce qui ne collait plus?


FÉLICIE

Tout.

La première fois,

quand je suis allée à Nevers,

tout était bien.

La ville, la maison, les gens...

Et la deuxième fois,

tout était moche.

Avant je voyais

que les avantages,

et après que les inconvénients.


Un téléphone sonne.


LOÏC

Excuse-moi.


LOÏC répond au téléphone.


LOÏC

Allô.

Oui, oui, tout à fait. Oui.

Bien. Je vous remercie

d'avoir appelé, oui.


LOÏC raccroche.


LOÏC

Enfin, lui ne t'a pas

laissée partir comme ça?


FÉLICIE

Eh bien, si justement.

Moi, je croyais

qu'il allait falloir

discuter des heures

et des heures.

Je le voyais venir: "Prends

ton temps. Réfléchis.

T'es pas pressée."

C'est ce qu'il a dit au début,

et puis soudain,

il a tourné le dos,

il est parti manger

au restaurant.


LOÏC

Ah bon?


FÉLICIE

Mais toi, t'as fait pareil.

Tu m'as pas retenue.


LOÏC

J'allais pas te retenir

par la force.

D'autre part, je sais qu'avec

toi, ça sert à rien de discuter.


FÉLICIE

Si, tu discutes beaucoup

en général.

Là, t'as discuté

moins que d'habitude.


LOÏC

Oui, parce que là, j'ai pensé

que la situation étant vraiment

grave,

la seule chance

que j'avais de te retenir,

c'était de ne pas insister.

Voilà.


FÉLICIE

Et ça n'a pas marché.


LOÏC

Mais tu es quand même revenue.


FÉLICIE

Oui. Mais pas pour toi.

Enfin si, quand même un peu.


LOÏC

(Irrité)

Mais enfin, qu'est-ce que

tu veux?

Qu'on te retienne de force?

Qu'on se roule à tes pieds?

Qu'on te menace de suicide?


FÉLICIE

Tu sais très bien

que c'est pas ça.

J'étais ravie que vous soyez

si gentils avec moi

tous les deux,

mais je sais pas,

je peux pas m'empêcher

de trouver ça bizarre.


LOÏC

Pourquoi bizarre?


FÉLICIE

Parce que c'est bizarre.

T'avais commencé

par pousser des cris,

et puis brusquement

tu t'es arrêté.


LOÏC

Mais enfin, c'est normal.

On se domine.


FÉLICIE

Oui, mais pour moi,

c'était trop facile.

Quand quelqu'un ne résiste pas,

je sais pas, je me sens...


LOÏC

Décontenancée?


FÉLICIE

Oui, c'est ça. Je flotte.

C'est bizarre, cette impression.


LOÏC

Bien moi, je trouve ça normal

quand on change d'avis

toutes les deux minutes.

Bon alors, maintenant,

qu'est-ce que tu vas faire?

Ton emploi, tu ne l'as plus?


FÉLICIE

J'ai trouvé quelque chose

ailleurs.

J'y suis allée ce matin

et j'aurai la réponse

en fin d'après-midi.

En tout cas, je serai mieux

payée que chez Maxence.

Et puis, je pourrai louer

un deux-pièces

où je vivrai avec ma fille.


LOÏC

Où?


FÉLICIE

Bien, où je trouverai.


LOÏC

Bien, viens t'installer

chez moi.

On peut aménager

la chambre du haut.


FÉLICIE

Si j'ai quitté Maxence,

c'est sûrement pas

pour me mettre avec toi.


LOÏC

Non, mais là,

je te propose

de vivre simplement chez moi

en amis.


FÉLICIE

C'est très gentil,

mais tu sais très bien

que tu ne penses pas

ce que tu dis.


LOÏC

Si, je le pense.

Mais je pensais

que tu dirais non.


FÉLICIE

(En souriant)

Alors, pourquoi me l'as-tu

demandé?


LOÏC

Bien, parce que peut-être

je pourrais te convaincre.


FÉLICIE

Non, je ne vais pas

recommencer.

Et si un jour je vis

chez un homme,

ça ne sera sûrement pas

chez toi.

Écoute, fais pas cette tête.

Tu sais pourquoi?

Parce que je t'aime.

Pas assez pour vivre avec toi,

mais assez pour ne pas

continuer à gâcher ta vie.


LOÏC

Mais tu ne la gâches pas.


FÉLICIE

Non, tu ne vas pas

recommencer.

Mon départ aura eu

au moins ça de bon,

clarifier la situation.

Maintenant, on pourra être

vraiment amis.

Tu veux pas?


LOÏC

D'accord.


FÉLICIE

(En souriant)

D'accord, d'accord?


LOÏC

(En souriant)

D'accord, d'accord.


FÉLICIE et LOÏC sortent du bureau.


FÉLICIE

J'ai envie de rester avec toi

ce soir, qu'est-ce que tu fais?


LOÏC

Justement, ce soir,

je vais au théâtre.


FÉLICIE

Seul?


LOÏC

Ah oui.

Mais enfin, en y arrivant

assez tôt,

on trouvera sûrement

une place pour toi.

Maintenant,

je sais pas si ça te plaira.


FÉLICIE

On joue quoi?


LOÏC

Du Shakespeare.


FÉLICIE

Ah oui, je connais,

Roméo et Juliette.


LOÏC

Non, ce soir:

Le conte d'hiver.


FÉLICIE

Ah. Et ça raconte quoi?


LOÏC

Je l'ai lu autrefois.

C'est assez rocambolesque,

tu vois.


FÉLICIE

Hein, compliqué?


LOÏC

Non. Enfin...

Il se passe...


FÉLICIE est dans le cadre de porte de la bibliothèque. Une femme veut entrer.


FEMME

Pardon.


FÉLICIE

Pardon.


FÉLICIE laisse passer la femme.


FEMME

Bonjour.


LOÏC

Il se passe beaucoup

de choses extraordinaires.

Des gens qu'on croyait morts,

qui vont en exil,

qui reviennent,

qui ressuscitent.

Enfin, vraiment,

je pourrais pas te dire.


FÉLICIE

D'accord. Si c'est

comme Roméo,

je suis sûre que j'aimerai.


FÉLICE embrasse LOÏC.


FÉLICIE

À ce soir.


LOÏC

À ce soir.


Sur une scène, des acteurs jouent une pièce. Le personnage de LEONTES porte une armure et une couronne. Le personnage de PAULINA porte une robe. Le personnage de POLIXÈNE porte une armure.


FÉLICIE et LOÏC regardent la pièce dans le public.


LEONTES

Ô Paulina, l'honneur

est lourde peine aussi...

Mais c'est pour la statue

d'Hermione que nous venions.

Vos galeries ont eu

notre visite

et nous ont enchantés

par de rares objets.

Mais nous n'avons pas vu

ce que ma fille

était désireuse de voir:

l'image de sa mère.


La jeune PERDITA s'approche de LEONTES qui prend sa main.


PAULINA

Elle était sans rivale

de son vivant,

et son image morte aussi

dépasse tout ce que

vos yeux ont contemplé

et tout ce que la main

de l'homme a su créer.

C'est pourquoi je la garde

seule.

Loin du reste.

Mais la voici.

Préparez-vous à voir la vie

aussi bien imitée,

aussi frappante, et vraie,

autant que le sommeil

sait imiter la mort.

Regardez.


PAULINA déplace un rideau et laisse voir le personnage d'HERMIONE. LEONTES est étonné.


PAULINA

Dites-moi que c'est bien

son portrait.

J'aime votre silence.

Il montre mieux que tout

votre émerveillement.

Mais parlez.

Vous d'abord, sire.

N'est-elle pas ressemblante?


LEONTES

C'est elle!


LEONTES s'agenouille devant HERMIONE.


LEONTES

Gronde-moi, chère pierre,

afin que je déclare

que c'est mon Hermione

ou plutôt tu es elle,

parce que tu ne peux pas

gronder.

Elle était...


LEONTES se relève.


LEONTES

...plus pleine de douceur,

plus tendre qu'un enfant...

Il est de la magie

en cette majesté.

Tu me remets ma faute

en mémoire, et ta vue,

en extase, a ravi

les esprits de ta fille

qui debout devant toi

semble de pierre aussi.


PERDITA s'approche d'HERMIONE.


PERDITA

Laissez, sans m'imputer

de superstition,

que je prie à genoux

pour qu'elle me bénisse.


PERDITA s'agenouille.


PERDITA

Madame, chère reine.

Ô vous qui finissiez

lorsque je commençais,

donnez-moi votre main à baiser.


PAULINA

Patience!

Car la statue est neuve

et la couleur encore n'est pas

sèche, Seigneur.


LEONTES

Ne ferme pas le voile.


PAULINA

Vous ne regarderez pas

plus longtemps,

de peur que vous n'imaginiez

bientôt qu'elle remue.


LEONTES

Laisse! Je veux mourir

si déjà, ce me semble...

Diriez-vous pas qu'elle respire

et que ses veines roulent

vraiment du sang?


POLIXÈNE

Oui, c'est l'oeuvre

d'un maître.

La chaleur de la vie

est vraiment sur sa lèvre.


LEONTES

Son oeil n'est pas figé,

il a le mouvement,

tant cet art fait illusion!


PAULINA

Je la voile,

le roi est hors de lui.


PAULINA commence à replacer le rideau devant HERMIONE.


LEONTES

Paulina, non, laisse.

Encore!

Il m'a semblé qu'un souffle

venait d'elle.

Quel fin ciseau jamais put

sculpter une haleine?

Oh! Ne vous moquez pas,

car je vais la baiser.


PAULINA

(Fort)

Seigneur, abstenez-vous!

La rougeur de sa lèvre

est tout humide encore.

Vous allez l'abîmer

par ce baiser,

tacher votre bouche

avec l'huile.

(Sévère)

Abstenez-vous, vous dis-je.

Quittez cette chapelle.

Ou bien... préparez-vous

à plus d'étonnement.

Si vous le supportez,

je ferai tout de bon

se mouvoir la statue.

Descendre et par la main

vous prendre,

mais il faut éveiller votre foi.

Soyez tous immobiles.

Ceux qui croient que ce sont

pratiques interdites

que je m'en vais tenter,

qu'ils s'en aillent!


Dans le public, FÉLICIE et LOÏC écoutent avec intérêt.


LEONTES

Poursuis. Nul ne bouge.


PAULINA

Musique, éveille-la.

Commence.


Une flûtiste s'avance et joue doucement. HERMIONE lève les bras.


Dans le public, FÉLICIE est émue et prend la main de LOÏC.


Sur la scène, HERMIONE s'approche de LEONTES.


PAULINA

C'est l'heure.

Descendez.

Ne soyez plus de pierre.

Et frappez de stupeur

tous ceux qui vous regardent.

Venez, je vais combler

votre tombe. Oui, venez.

Léguez votre torpeur à la mort,

car la vie vous rachète

et vous veut ravoir,

la chère vie!


LEONTES et les autres font un mouvement de recul. PAULINA prend le bras de LEONTES pour le retenir.


PAULINA

Non, ne reculez pas.

Ses actes seront sains

autant que ma magie

est légitime.

À moins qu'elle meure

à nouveau.


LEONTES recule un peu.


PAULINA

Oh! Ne la fuyez pas,

car ce serait deux fois la tuer.

Tendez-lui votre main, sire.

Allons!

Alors qu'elle était jeune,

c'est vous qui l'imploriez.

Est-ce qu'avec les ans

c'est elle qui vous doit prier?


PAULINA tire sur le bras de LEONTES qui prend la main d'HERMIONE.


LEONTES

Oh! Elle est chaude!

Si c'est de la magie,

il faut que cet art soit

autant que le manger permis!


HERMIONE embrasse LEONTES.


POLIXÈNE

(En aparté)

Elle l'embrasse.

Elle se suspend à son cou.

Si ce n'est pas une ombre,

oh, qu'elle parle aussi!

Oui, et fasse savoir

comment elle a vécu

et qui l'a dérobée à la mort.


PAULINA

(Au public de la pièce)

Mes seigneurs, si l'on vous

racontait seulement qu'elle vit,

vous diriez tous que c'est

un vieux conte de fées.

Or, elle vit, c'est sûr,

bien que ne parlant pas.

Mais attendez un peu.

PERDITA)

Intervenez, madame.

Implorez votre mère à genoux.

HERMIONE)

Chère reine.

C'est votre Perdita retrouvée.


PERDITA s'agenouille devant HERMIONE.


HERMIONE

Ô vous, dieux,

penchez-vous et versez

de vos urnes sacrées

vos grâces sur le front

de ma fille!


HERMIONE prend les mains de PERDITA.


HERMIONE

Dis-moi, enfant.

Comment tu fus sauvée?


Dans le public, FÉLICIE pleure.


HERMIONE

Où tu vécus?

Et comment tu revins

à la cour de ton père?

Car tu sauras que moi,

Paulina m'ayant dit

que l'oracle faisait

espérer ton retour,

j'ai voulu vivre encore

afin de voir l'issue.


PERDITA pose la tête sur le ventre de HERMIONE en souriant.


À la sortie du théâtre, LOÏC s'adresse à FÉLICIE.


LOÏC

Tu veux aller boire

quelque chose?


FÉLICIE

(Triste)

Je sais pas.


LOÏC

Je te raccompagne alors?


FÉLICIE

Non, pas tout de suite.

Allons chez toi.

Je rentrerai en taxi


LOÏC

Ça te coûtera les yeux de

la tête. Je te raccompagnerai.


FÉLICIE

Non, je prendrai un taxi.


LOÏC

On verra ça.


LOÏC conduit une voiture. FÉLICIE est songeuse sur le siège du passager.


LOÏC

Je ne pensais pas que ça

te bouleverserait comme ça.


FÉLICIE

J'ai des réactions

de petite fille.

Quand j'ai vu la statue bouger,

je te jure, j'ai failli crier.


LOÏC

C'est moi qui ai failli crier.

Tu serrais ma main

tellement fort.


FÉLICIE

Ah, mais je me rendais pas

compte.


LOÏC

Pourtant, c'est

invraisemblable.


FÉLICIE

Je n'aime pas

ce qui est vraisemblable.


LOÏC

Oui, il y a une chose, plutôt

une ambiguïté qui me gêne.

On ne sait pas si la statue

s'anime par magie

ou si la reine n'a jamais été

morte.


FÉLICIE

Mais, t'as rien compris.

C'est très clair,

c'est la foi qui la fait

revivre.

Je suis beaucoup plus

religieuse que toi.


LOÏC

À certains points de vue

peut-être, oui.


FÉLICIE

Et même du tien.

Je vais te dire une chose

qui va te faire bondir.

Hier, je suis rentrée

dans une église et j'ai prié.


LOÏC

Où ça?


FÉLICIE

À Nevers.

Tu sais, je m'étais

un peu disputée avec Maxence.

Il m'avait dit un mot

qui m'avait vexée.

Alors, je suis sortie avec Élise

pour me changer les idées.

On est passées

devant la cathédrale

et la petite voulait voir

la crèche.

Ma mère lui parle

toujours du Bon Dieu

et elle lui a fait

une petite crèche à la maison.

Alors, on est entrées.

Et pendant qu'elle regardait,

je me suis assise

sur une chaise.


LOÏC

Et tu as prié?


FÉLICIE

Oui.

Mais pas prié comme on m'a

appris quand j'étais petite,

mais... à ma façon.

C'était pas vraiment une prière,

c'était plutôt une réflexion.


LOÏC

Une méditation.


FÉLICIE

Ouais, c'est ça.

Tu sais, quand tu as l'esprit

occupé par quelque chose,

quand on a pas bien dormi

et qu'on a une décision

à prendre,

t'as une certaine excitation

dans ta tête qui fait

que tu penses beaucoup

plus vite.

Eh bien, j'ai ressenti ça,

mais d'une façon

1000 fois plus forte.

Brusquement, tout est devenu

clair. D'une façon...


LOÏC

Éblouissante?


FÉLICIE

Non, j'étais pas éblouie,

je voyais au contraire

très nettement.


LOÏC

Qu'est-ce que tu as vu?


Eh bien,

c'est difficile à dire.

J'ai pas pensé, j'ai vu,

j'ai vu ma pensée.

Tous les raisonnements

que je faisais

pour savoir si je devais partir,

ou pas partir,

je les ai faits en un éclair.

Et là, j'ai vu.

J'ai vu ce que je devais faire

et j'ai vu

que je ne me trompais pas.


LOÏC

Tu veux dire retourner

à Paris?


FÉLICIE

Hum. Avant, je me cassais

la tête pour choisir,

et là j'ai vu qu'il n'y avait

pas à choisir,

que je n'étais pas obligée

de me décider

pour quelque chose que

je ne voulais pas vraiment.

Ce que je dis, ça paraît banal,

j'y avais déjà pensé,

mais ça ne me paraissait pas

évident

comme ça m'a paru

tout à coup.

Enfin, c'est dur à expliquer.


LOÏC

Non, non, je comprends.

Ça m'est jamais arrivé

à ce point,

mais j'ai connu deux ou trois

fois ces moments de lucidité.

Tu sais, les gens qui se

convertissent

ont eu parfois

ces illuminations,

parfois comme toi

dans des églises.


FÉLICIE

Oui, mais moi, je ne me suis

pas convertie.


LOÏC

Parce que tu l'es déjà.

Si j'étais Dieu, je te

chérirais tout particulièrement.


FÉLICIE

Et pourquoi?


LOÏC

Parce que tu as été

malheureuse

d'une façon très injuste

et que tu es capable

de sacrifier tout:

ta vie, ton bonheur, à...

À un amour qui n'est

même pas présent.


FÉLICIE

Alors, si Dieu m'aime,

qu'il me rende Charles.


LOÏC

Va pas si vite.

On ne sait pas si c'est ça

qu'il faut lui demander.


FÉLICIE

Mais je ne lui demande rien.

Je n'ai même pensé à Dieu,

même si j'y pense des fois.

J'ai pensé, tu sais,

dans cette seconde qui était

pleine de choses

que j'étais seule au monde,

seule dans l'univers,

et que c'était à moi de jouer

et que je n'avais pas

à me laisser faire

ni par les uns ni par

les autres, ni par rien.


LOÏC

Enfin, ça ne te fera pas

retrouver Charles.


FÉLICIE

Oui, mais ça m'empêchera

de faire des choses

qui m'empêcheraient

de le retrouver.

Et puis...

Tu sais, j'ai aussi pensé

à autre chose

dans cette même seconde.

T'as peut-être raison,

j'ai peut-être que très peu

de chances de le retrouver.

Et puis après tout,

il est possible qu'il soit marié

ou qu'il ne m'aime plus.

Mais c'est pas une raison

pour que je renonce.


LOÏC

Mais enfin,

si toi-même avoues

que tes chances

sont pratiquement nulles,

tu vas pas gâcher ta vie pour...


FÉLICIE

Mais si, parce que

si je le retrouve,

ça sera une chose tellement...

Une joie tellement grande,

que je veux bien donner ma vie

pour ça.

D'ailleurs,

je ne la gâcherai pas.

Vivre avec l'espoir,

c'est une vie

qui en vaut bien d'autres.


LOÏC

Tu sais ce que tu dis?


FÉLICIE

Oui, et je le pense

même si ça paraît idiot.


LOÏC

Ça me paraît

d'autant moins idiot

que quelqu'un

de très intelligent

l'avait dit avant toi.

Et presque mot pour mot.

Je pense pas que tu l'aies lu.


FÉLICIE

Qui ça? Shakespeare?


LOÏC

Non. Non, non. Pascal.


FÉLICIE

Ah, c'est un philosophe?


LOÏC

Oui, d'une certaine façon,

oui.

Il appelle ça le pari.

Il dit qu'en pariant

pour l'immortalité,

le gain est si énorme

que cela compenserait

la faiblesse des chances

et que même si l'âme

n'est pas immortelle,

le croire permet de vivre mieux

que si on n'y croit pas.


FÉLICIE

Mais moi aussi, je crois

que l'âme est immortelle.

Et même, je le crois

plus que toi.

Toi, tu y crois

seulement après la mort.

Moi, je crois qu'elle existe

aussi avant la naissance.


LOÏC

Bien, écoute,

Edwige t'a peut-être

convaincue, mais pas moi.


FÉLICIE

Mais j'ai pas besoin d'Edwige

pour y croire.

Ça me paraît évident.

Si l'âme continue à vivre après,

je vois pas pourquoi

elle existerait pas avant.


LOÏC

Mais qu'est-ce que l'âme

sans l'identité de la personne?

Si tu n'as plus de souvenir

de ta vie antérieure,

ce n'est plus toi.


FÉLICIE

Mais si j'en ai conscience,

ça existe.

C'est pas très clair,

mais ça existe.

Toi aussi, t'en as,

mais tu t'en rends pas compte.

Pourquoi ai-je la certitude

que j'aime Charles?

Comment puis-je en être

absolument sûre?

Quand je l'ai rencontré,

j'ai eu l'impression de

quelque chose de déjà connu.

Alors comment tu expliques ça,

sinon parce que

nous nous sommes déjà vus

dans une vie antérieure?


LOÏC

Arrête, Félicie, tu me tues!


FÉLICIE

Mais... mais c'est pas

des conneries.


LOÏC

Non, là encore,

tu as la science infuse.

Mais ce n'est plus Pascal.


LOÏC

Victor Hugo?


FÉLICIE

Non, Platon.


FÉLICIE

Ah! Il manquait que celui-là!

Et alors tu vois, il croyait

à la réincarnation, lui aussi.


LOÏC

Oui et non.

Enfin, c'est une autre histoire.

Non, ce qui est extraordinaire,

c'est qu'il raisonne

exactement comme toi

pour prouver l'immortalité

de l'âme.

Et c'est ce qu'on appelle

l'argument de la réminiscence.


FÉLICIE

Et alors, tu n'es pas

d'accord?


LOÏC

Ah! Je n'ai pas

la religion des Grecs.

Et Platon, d'ailleurs, ne

l'avait peut-être pas non plus.


Chez LOÏC, FÉLICIE sert du thé. LOÏC lit à haute voix.


LOÏC

"Du reste, dit Cébes

en l'interrompant,

"tel est bien le sens

de la théorie,

"si elle est juste,

que tu exposes souvent.

"Elle dit que notre instruction

"n'est rien d'autre

qu'un ressouvenir

"Et, d'après elle,

il est nécessaire

"que, dans un temps antérieur,

"nous ayons appris ce que notre

mémoire retrouve maintenant.

Or, se ressouvenir serait

impossible si notre âme..."


FÉLICIE apporte une tasse de thé à LOÏC.


FÉLICIE

Attention, c'est chaud.


LOÏC

Merci.

"...n'était quelque part

avant de naître

sous cette forme humaine".

Ce texte était au programme

de la licence.

Je ne l'ai pas tellement oublié.

Mais la réincarnation,

chez Platon,

pour moi, c'est ce qu'on

appelle un mythe, tu vois?


FÉLICIE boit un thé.


FÉLICIE

Ouais, la mythologie.


LOÏC

Non, enfin....


LOÏC boit son thé.


LOÏC

Ça veut dire

qu'il n'y croit pas forcément

comme à une vérité objective.


FÉLICIE écoute LOÏC sans grand intérêt.


LOÏC

C'est une forme

d'explication commode

liée aux croyances de son temps,

qui finalement ne prouve pas

que l'âme est immortelle

en tant que substance,

mais affirme la présence

dans notre faculté de connaître

de quelque chose

d'antérieur à l'expérience.

C'est pourquoi

c'est très moderne.

Je t'ennuie.


FÉLICIE

Non, tu m'amuses.

Tu m'as beaucoup appris,

tu sais.

C'est vrai, je me sens

beaucoup moins inculte.

Tu m'as donné envie de lire,

mais je n'aurai jamais

ta tournure d'esprit.


LOÏC

Quelle tournure d'esprit?


FÉLICIE

Je sais pas. Tu peux pas

te passer de bouquins.

Je te dirais que je t'aime

et t'irais voir

si c'est pas écrit

dans Shakespeare ou ailleurs.


LOÏC rit.


FÉLICIE

Pour toi, il n'y a de vrai

que ce qui est écrit.

Ça nous sépare beaucoup plus

que tu ne crois.


LOÏC

Moi, ça ne me gêne pas

du tout.


FÉLICIE

Eh bien, moi, si.


LOÏC

Et tu viens de dire

que tu étais contente

d'avoir appris beaucoup

de choses avec moi!


FÉLICIE

Oui...

Mais je ne serai jamais

une intello.

J'ai pas envie d'être intello.

J'ai envie d'être moi.

Hier, dans la cathédrale, je me

suis sentie tout à fait moi.

Il y a cinq ans, là aussi,

je me sentais moi.


FÉLICIE s'approche de LOÏC et l'enlace. LOÏC lui caresse la main.


FÉLICIE

Avec toi...

je me sens bien,

mais différente.


LOÏC

On s'est peut-être connus,

nous aussi, dans une autre vie.


FÉLICIE

Oui. Mais tu aurais été...

Je sais pas, peut-être

mon frère,

mais pas mon amoureux.

Y a dû y avoir

quelque chose d'affectueux.

J'étais peut-être ton chien

ou ton chat

ou toi les miens...

Je n'ai pas envie de rentrer.

J'aimerais bien dormir avec toi,

mais je te préviens,

je m'endormirai tout de suite.


LOÏC

(En souriant)

D'accord, d'accord.


Au matin, LOÏC et FÉLICIE roulent en voiture.


Dans une rue, FÉLICIE poursuit ÉLISE en compagnie de LOÏC.


FÉLICIE

Attends, Élise, attends!

Cours pas comme ça.


ÉLISE, FÉLICIE et LOÏC arrivent près d'un parc.


FÉLICIE

Attends. Attends-moi.

Élise, viens, on va prendre

les billets.


LOÏC

ÉLISE)

Tu viens?


ÉLISE, FÉLICIE et LOÏC s'amusent devant un miroir qui déforme leurs reflets.


ÉLISE, FÉLICIE et LOÏC sont assis à une table. Des agneaux sont près d'eux.


FÉLICIE

Tiens, regarde sa petite

queue.


ÉLISE trépigne.


ÉLISE lance de la nourriture en roucoulant à des poules et à des dindons dans un enclos.


Ils regardent des lions dans une cage.


Ils regardent un spectacle de marionnettes.


ÉLISE monte un petit cheval sur un carrousel.


ÉLISE, FÉLICIE et LOÏC marchent sur une rue achalandée de Paris. LOÏC marche devant.


LOÏC

FÉLICIE)

Tu viens?


FÉLICIE

ÉLISE)

Tu veux pas me donner

la main

et prendre ton pain

au chocolat dans l'autre main?

Allez, avance.

LOÏC)

Attends-nous.


LOÏC soulève ÉLISE.


ÉLISE

Pourquoi?

On peut pas passer.


FÉLICIE

Fais-la...

Fais-la passer par là.


LOÏC pose ÉLISE devant une petite scène où danse une marionnette.


LOÏC

Allez hop!


ÉLISE, FÉLICIE et LOÏC sont dans la voiture de LOÏC.


FÉLICIE

Écoute, on va prendre

le métro.

T'as qu'à rentrer directement.


LOÏC

Non. Non. Non. Venez

à la maison toutes les deux.

Tu téléphoneras à ta mère.

D'accord?


FÉLICIE

ÉLISE)

On va chez Loïc.


Au matin, ÉLISE et FÉLICIE lisent un livre dans un lit.


ÉLISE

Mon château, regarde,

comme il est beau.


FÉLICIE

Ah oui, il est beau.


ÉLISE

Et puis là,

ils l'ont tout détruit.

Moi, j'aimerais bien habiter

dans un château comme ça.


FÉLICIE

Oui, bien tu pourras habiter

dans un château comme ça,

peut-être un jour.


ÉLISE

Non, je pourrai jamais

habiter.


FÉLICIE

Pourquoi?


ÉLISE

Je ne sais pas.


Dans le salon, FÉLICIE parle au téléphone.


FÉLICIE

Oh non, ça va.

C'est un peu serré, mais...

Tu parles, elle a mieux dormi

que moi.


Sur une table, LOÏC mange avec ÉLISE.


LOÏC

Tu veux un morceau de pain

encore?


FÉLICIE

(Au téléphone)

Tu sais je crois qu'on va

rester encore aujourd'hui.

Oui, parce que, bon,

elle était un peu fatiguée

et puis moi aussi, alors...

Oh, on va aller faire un petit

tour en voiture... avec Loïc.

D'accord. Je t'embrasse, maman.

Je te la passe.

Élise, viens, ma chérie.


ÉLISE va prendre le téléphone des mains de FÉLICIE.


ÉLISE

(Au téléphone)

Allô, mamie, comment ça va?

Oui, ça va bien.

J'ai dormi avec maman

dans un grand lit.


ÉLISE, FÉLICIE et LOÏC roulent en voiture. Ils arrivent dans un marché et sortent de la voiture.


LOÏC

Tu vois, je me doutais qu'il y

avait marché, le dimanche.


FÉLICIE

C'est chouette.

T'es souvent venu ici?


LOÏC

Non, pas depuis dix ans.

Ça n'a pas beaucoup changé

malgré les nouvelles

constructions.


LOÏC indique une église.


LOÏC

Bien, tu vois derrière

les arbres, là-bas,

y a une très jolie petite

église.


FÉLICIE

(Insistante)

L'église?


LOÏC

Bien oui, là-bas,

derrière les arbres, tu vois.


FÉLICIE

Mais alors, on est dimanche.

L'église.


LOÏC

Ah! Tu veux dire que

je devrais aller à la messe.

Eh bien non, je suis avec toi.

À moins que tu ne veuilles

y aller avec moi.


FÉLICIE

Ah bien, certainement pas.


LOÏC

Mais tu y es bien allée

l'autre jour.


FÉLICIE

Bien oui, mais c'était

en semaine.

Toi, t'es catholique,

tu dois aller à la messe.


LOÏC

Peut-être, oui,

si j'étais seul.

Je ne veux pas

t'embêter avec ça.


FÉLICIE

Mais ça ne m'embête pas.

Je veux pas que tu sacrifies

tes convictions pour moi.


LOÏC

Oui, mais viens!


LOÏC

Non, je ne veux pas sacrifier

mes convictions

pour toi non plus.

Enfin, mes convictions...

Toi, tu sais prier,

eh bien, prie pour moi.


LOÏC

Qu'est-ce que tu vas faire

pendant ce temps?


FÉLICIE regarde autour d'elle.


FÉLICIE

Les courses.

Et puis, on ira se promener

dans le parc.


LOÏC

Non, non, je prierai

un autre jour.


FÉLICIE

(Avec insistance)

Non, aujourd'hui!

Et tu prieras pour moi.


LOÏC

Mais je prie toujours

pour toi.


FÉLICIE

Oui, mais cette fois-ci,

tu prieras vraiment pour moi,

je veux dire à ma place.


LOÏC

Et qu'est-ce que

je demanderai?


FÉLICIE

(En souriant)

Ce que je demanderais, moi.

Même si t'es pas d'accord.

Tu vois, je suis très exigeante.


LOÏC

Finalement,

c'est ce que je fais.

Je prie pour ton bonheur,

même si ce n'est pas

forcément le mien.


FÉLICIE

Oui, mais là...

je veux que ça soit vraiment

du fond du coeur.


LOÏC

J'essaierai de le faire

du fond du coeur.


FÉLICIE

Comment ça? Tu "essaieras"

de le faire du fond du coeur?


LOÏC

Effectivement,

tu m'en demandes beaucoup.


FÉLICIE

Hé! À tout à l'heure!


FÉLICIE s'éloigne avec ÉLISE.


ÉLISE

On va faire des courses?


FÉLICIE

Oui.


Chez LOÏC, ÉLISE dessine. FÉLICIE et LOÏC discutent.


LOÏC

Tu sais, rien ne m'oblige

à aller à Nantes demain soir.

Toute la famille s'est vue

à Noël.

Pour nous, la vraie fête,

c'est Noël.

Le premier janvier,

il n'y a rien de spécial.


FÉLICIE

Et si tu restes,

qu'est-ce que tu fais?


LOÏC

Ce que tu voudras.

Ça ne te dirait rien

d'aller faire un petit tour

au bord de la mer?


FÉLICIE

Oui, mais moi,

je ne suis pas libre.

Chez nous, il y a une fête.

À Noël, je partais,

c'était triste

puis une de mes soeurs

n'avait pas pu venir,

mais cette fois-ci,

toute la famille sera réunie.


LOÏC

Et si tu étais restée

à Nevers?


FÉLICIE

Je serais remontée

avec Maxence.

Mais toi, tu peux venir,

tu sais.


LOÏC

Comme ton fiancé?


FÉLICIE

Évidemment, ça te mettrait

dans une situation fausse.

On t'aime plutôt trop

à la maison.


LOÏC sourit.


FÉLICIE

Moi, je ne me vois pas

aller chez tes parents.


LOÏC

Mais si! Viens!


FÉLICIE

Tu plaisantes?


LOÏC

Mais pas du tout.

Mon frère et ma soeur viennent

avec femme, mari et enfants.

J'ai l'air plutôt niais

là-dedans, tout seul.


FÉLICIE

Oui, mais je ne suis pas

ta femme.

Que diraient tes parents?

Tu m'as dit

qu'ils étaient très catho.


LOÏC

Oui, mais ils ont l'esprit

large.

Effectivement,

si je te présentais à eux,

ils penseraient

que je veux t'épouser.


FÉLICIE

Et ça leur plairait que leur

fils épouse une fille-mère?


LOÏC

Tu sais, à notre époque...


FÉLICIE

Oui, mais je ne suis

ni veuve, ni divorcée.

Charles peut réapparaître

d'un moment à l'autre.


LOÏC

D'un moment à l'autre!

Mais personne n'y croit.

Toi-même, tu m'as dit que

tu n'y croyais plus tellement.

Même la femme la plus sérieuse

court plus de risques

d'être séduite par un inconnu

que toi de rencontrer

le père de ta fille,

en supposant

qu'il t'aime encore.

C'est le raisonnement

que tout le monde fait.


FÉLICIE

Oui. Eh bien,

les gens se trompent.

Ils ne voient les choses

que de l'extérieur.

Et puis, que Charles

réapparaisse ou non,

c'est pas là l'essentiel.

Il reste dans mon coeur

et c'est pourquoi je ne peux

donner mon coeur

à personne d'autre.


LOÏC

Tu dis que tu t'exprimes mal,

mais...

tu sors parfois des phrases

qui sont magnifiques.


LOÏC enlace et embrasse FÉLICIE.


FÉLICIE

Oui, c'est parce que c'est

les sentiments qui parlent.

ÉLISE)

Bon, on va monter...

LOÏC)

Bonsoir.


FÉLICIE embrasse LOÏC.


FÉLICIE

ÉLISE)

Fais une bise à Loïc.


LOÏC

Bonsoir, Élise.

Bonne nuit.


LOÏC embrasse ÉLISE.


ÉLISE

Bonne nuit.


LOÏC

Tu redescendras?


FÉLICIE

Non, pourquoi?


LOÏC enlace FÉLICIE.


LOÏC

Il n'est pas tard.

Tu ne vas pas dormir

tout de suite.


FÉLICIE

Je lirai. Il y a plein

de bouquins, là-haut.


LOÏC

Tu peux lire ici.


FÉLICIE

Non. Je veux pas réveiller

Élise en montant me coucher.


LOÏC

Mais il y a un lit ici.


FÉLICIE

Oui, mais tu y es.


LOÏC

Avant-hier aussi.


FÉLICIE

Avant-hier, c'était pas

la même chose,

j'avais besoin d'être consolée.

C'était pas un jour ordinaire.


LOÏC

Et les jours ordinaires?


FÉLICIE

Les jours ordinaires,

on ne dormait pas

comme frère et soeur.


LOÏC

Eh bien, pourquoi ne pas

continuer, après tout?


FÉLICIE

C'est ce que tu as demandé

à Dieu ce matin?


LOÏC

Ça ne dépend pas de Dieu,

mais de toi.

Si tu veux devenir ma femme,

je ne vois pas pourquoi

Dieu ne serait pas d'accord.


FÉLICIE

Et si je ne veux pas,

Dieu ne voudra pas non plus.

Allez, bonsoir.


FÉLICIE et LOÏC s'enlacent. LOÏC embrasse FÉLICIE dans le cou.


FÉLICIE

Laisse-moi. Je me sens faible.

N'en profite pas.


FÉLICIE s'éloigne.


FÉLICIE

ÉLISE)

Allez, viens.

LOÏC)

Tu sais, des fois, j'aimerais

mieux être à ta place.


LOÏC

Ne dis pas ça.


FÉLICIE

Si.


LOÏC rit.


LOÏC, ÉLISE et FÉLICIE descendent de voiture.


LOÏC

Voilà.

Tu veux vraiment pas

que je t'accompagne?


FÉLICIE

Non. Je vais aller faire

des courses.

J'ai des tas de choses à faire.


LOÏC

Bien. Je te souhaite

une bonne fin d'année.


FÉLICIE

(En souriant)

Merci, toi aussi.

Bonne année.


FÉLICIE et LOÏC s'embrassent.


LOÏC

À bientôt, Élise.


LOÏC embrasse ÉLISE.


ÉLISE

Non, je veux faire un bisou

à maman.


FÉLICIE

Fais un bisou à Loïc.


LOÏC

Tu me fais pas un bisou?


FÉLICIE

Allez, on y va.


ÉLISE

Un bisou, maman.


FÉLICIE et ÉLISE s'embrassent et s'éloignent. ÉLISE envoie la main à LOÏC.


FÉLICIE et ÉLISE regardent de la vaisselle dans une vitrine.


FÉLICIE

Tiens, là, on pourrait

peut-être lui acheter...

une théière, regarde.

Elles sont jolies,

les théières, là, non?


FÉLICIE et ÉLISE prennent le métro puis l'autobus. Sur un siège d'autobus, FÉLICIE approche un baume à lèvres de la bouche d'ÉLISE.


FÉLICIE

Ferme la bouche.


FÉLICIE applique du baume sur les lèvres d'ÉLISE puis sur les siennes.


FÉLICIE

Assieds-toi bien.


Sur le banc en face de FÉLICIE, CHARLES regarde ÉLISE en souriant. Il regarde et reconnaît FÉLICIE. Il hésite. FÉLICIE regarde CHARLES puis semble le reconnaître. La femme qui accompagne CHARLES remarque leurs regards.


CHARLES

Félicie?


L'autobus démarre.


ÉLISE

Il part...


FÉLICIE

T'es en France?


CHARLES

Bien oui,

pas depuis longtemps.

C'est ta fille?


FÉLICIE

Si tu savais

comme je suis conne.


CHARLES

(Irrité légèrement)

Tu sais, t'aurais pu

me le dire,

j'aurais très bien compris.


La femme qui accompagne CHARLES écoute la conversation.


FÉLICIE

Mais non, mais c'est pas ça,

qu'est-ce que tu vas croire?

Je me suis trompée de ville.


CHARLES

Quoi?


FÉLICIE

Je me suis trompée de ville.

J'ai dit Courbevoie

au lieu de Levallois.


CHARLES

Pourquoi?


FÉLICIE

Pour rien, comme ça.

Par connerie.

C'est un lapsus.


CHARLES

Non.


FÉLICIE

Si.


CHARLES

Félicie.


CHARLES enlève son bras autour de la femme à ses côtés puis l'indique de la main.


CHARLES

Dora.


DORA

Bonjour. Charles m'a parlé

de vous.

C'est affreux cette histoire!


CHARLES

DORA)

Et moi, j'ai fait la connerie

de ne pas lui laisser

d'adresse du tout, moi.


DORA

Et pourquoi?


CHARLES

Je ne sais pas, parce que

je ne restais pas à Cincinnati.

J'aurais pu donner

celle de MacPherson.

Par lui, au moins,

elle aurait pu me joindre.


FÉLICIE écoute la conversation, irritée.


DORA

Ça, c'est bien toi.

Toi, tu penses jamais

que les autres puissent

se tromper.


CHARLES

Mais non, là en l'occurrence

c'est une erreur énorme.


CHARLES sourit à FÉLICIE.


CHARLES

Écoute, si j'avais laissé

une adresse, au moins,

j'aurais pas eu ce problème-là.

T'es marrante, toi.


FÉLICIE se lève.


CHARLES

FÉLICIE)

Hé, donne-moi ton adresse.


FÉLICIE sort de l'autobus.


CHARLES

DORA)

Attends, Dora...

Je te téléphone.

(Au chauffeur)

Pardon. La porte,

s'il vous plaît!


CHARLES sort de l'autobus. Il s'avance vers FÉLICIE.


FÉLICIE

(Énervée)

Qu'est-ce que tu fais?

T'es fou?


CHARLES

C'est toi qui es folle

Laisse-moi au moins ton adresse!


FÉLICIE

T'as laissé ta femme

dans le bus?


CHARLES

Ce n'est pas ma femme,

c'est une copine.

T'en fais pas pour elle.

Écoute, si tu ne veux pas

me donner ton adresse,

laisse-moi au moins

te donner la mienne.

(En souriant)

Comme ça, tu n'auras pas peur

que je trouble ta vie.


FÉLICIE

Ah ouais, et toi, t'as pas

peur que je trouble la tienne?


CHARLES

Moi, non. J'ai pas de femme

dans ma vie en ce moment.

Et en tout cas, pas d'enfant.


FÉLICIE

Pas de femme?

(En souriant)

Pas d'enfant?


CHARLES

Mais oui! Pourquoi j'irais

te raconter des histoires?


FÉLICIE

Pour la femme, je te crois,

mais pour l'enfant...


CHARLES

(Sérieux)

Non!

Tu ne vas pas me dire

que c'est ma fille?


FÉLICIE

(En souriant)

Tu trouves pas

qu'elle te ressemble?


CHARLES s'approche de FÉLICIE.


CHARLES

Et tu fuyais!

Mais... mais tu es folle!


FÉLICIE

Je pensais que tu étais pris.


CHARLES

Mais enfin, même

si je m'étais marié,

ou je sais pas...

T'es folle.


CHARLES rit et enlace FÉLICIE.


FÉLICIE

J'aurais pas supporté.


FÉLICIE enlace amoureusement CHARLES.


CHARLES

Et comment s'appelle-t-elle?


CHARLES se penche vers ÉLISE et la prend dans ses bras.


FÉLICIE

(En souriant)

Demande-lui.


CHARLES

Comment tu t'appelles?


ÉLISE

Élise.


CHARLES

(Heureux)

Élise.


FÉLICIE

Et toi, demande-lui

comment tu t'appelles.


CHARLES

Comment je m'appelle?


ÉLISE

Papa.


CHARLES

Pa...


CHARLES rit.


CHARLES

Je dois rêver.

C'est pas possible.


FÉLICIE

Je lui ai montré tes photos.


CHARLES

Ah!

Je n'en avais pas de toi.


CHARLES dépose ÉLISE.


FÉLICIE

Tu m'as quand même reconnue.


CHARLES

Où tu habites?

Tu habites tout près d'ici?


FÉLICIE

Non, même pas.

Il faut que je reprenne le bus,

je vais chez ma mère.

Et toi, qu'est-ce que tu fais?


CHARLES

Je ne sais pas.

Je vais nulle part.

Je t'accompagne si tu veux.

À moins que...


CHARLES prend FÉLICIE par le cou.


FÉLICIE

Tu rigoles, maintenant

que je te tiens,

je ne vais pas te lâcher.


CHARLES

Allez viens, on va prendre

le bus. Tu viens?


CHARLES, FÉLICIE et ÉLISE entrent chez la mère de FÉLICIE. CHARLES porte une boîte de nourriture.


FÉLICIE

(En appelant)

Maman.

Maman, je t'amène un cuisinier.


La mère de FÉLICIE arrive.


MÈRE

Un cuisinier?


CHARLES

Bonsoir, madame.


MÈRE

Monsieur.


La mère reconnaît CHARLES.


MÈRE

Mais c'est...


FÉLICIE et CHARLES rient.


CHARLES

C'est Charles, oui.


ÉLISE

C'est papa.


FÉLICIE

On s'est rencontrés

dans le bus.


MÈRE

Dans le bus?


CHARLES fait « oui » de la tête.


CHARLES

Hum.


MÈRE

(En souriant)

Vraiment?

C'est extraordinaire.


CHARLES

ÉLISE)

Hein, dans le bus.


MÈRE

Élise le sait?


FÉLICIE

Elle l'a même reconnu

tout de suite.


MÈRE

Alors, tu es contente

d'avoir retrouvé ton papa?


ÉLISE fait « oui » de la tête.


MÈRE

Écoutez, venez,

je vous en prie.


La mère s'éloigne.


CHARLES

Merci.

ÉLISE)

Tiens, viens.


ÉLISE

Mon petit papa.


Dans la chambre d'ÉLISE, CHARLES regarde le cadre avec sa photo. FÉLICIE est assise sur le lit d'ÉLISE.


CHARLES

Bien, j'ai quand même

un peu maigri.


FÉLICIE

(En souriant)

Pas trop, ça va encore.


CHARLES

Tu sais, moi aussi,

sans photos,

je t'ai quand même pas oubliée,

hein.


FÉLICIE

Mais dis-moi.

Tout ce temps-là,

t'as quand même

connu des femmes, non?


CHARLES

Oui.

Mais ça n'a jamais très bien

marché.

Il y en a eu deux.

Je les ai quittées sans regret.

Dora, celle de tout à l'heure,

je la connaissais avant toi.

On se voit à chaque fois

que je passe à Paris

et puis on se raconte notre vie.

Là, j'aurai pas besoin

de lui raconteur, tiens.

Et toi?

Tu as bien quelqu'un

dans ta vie, non?


FÉLICIE

J'avais. Je l'ai quitté

il y a 15 jours...

pour un autre.


CHARLES

(Sérieux)

Et l'autre alors?


FÉLICIE

Je l'ai quitté il y a

huit jours, pour toi.


CHARLES

Pour moi?

Tu ne savais pas

qu'on allait se rencontrer.


FÉLICIE

Si.

C'était une prémonition.


Ils rient et s'embrassent.


CHARLES

Tu sais, je vais m'installer

en France.


FÉLICIE

À Paris?


CHARLES

Non. Non, en Bretagne,

mais pas dans l'île,

au bord du golfe.

Tu viendrais avec moi?


FÉLICIE

Je sais pas.

Mais qu'est-ce que je ferais?


CHARLES

Tu m'aideras.


FÉLICIE

À la cuisine?


CHARLES

Non. Non.

À la caisse ou...

ou à la réception,

comme tu voudras.


FÉLICIE caresse amoureusement le dos de CHARLES.


FÉLICIE

Alors, je serai la patronne.

Avec toi, j'aimerai ça.


CHARLES

Alors, c'est d'accord?


FÉLICIE se détourne.


FÉLICIE

Attends.

Récemment j'ai dit oui

tout de suite pour des choses

qui ne m'engageaient pas

totalement,

mais cette fois-ci, c'est quand

même infiniment plus sérieux.


Elle rit.


CHARLES

Oui.

Je le pense aussi.


Ils s'embrassent.


ÉLISE entre et voit FÉLICIE et CHARLES s'enlacer amoureusement. FÉLICIE pleure.


CHARLES

Qu'est-ce que tu as?

Félicie, tu pleures?


FÉLICIE

Je ne pleure pas!

Je pleure de joie.


Ils rient en s'embrassant.


FÉLICIE

T'as pas un Kleenex?


Ils rient.


Dans le salon, la mère de FÉLICIE s'approche d'ÉLISE qui boude sur un divan.


MÈRE

Qu'est-ce qu'il y a,

mon trésor?

Maman va revenir.

Elle est avec papa.

Tu es contente

d'avoir retrouvé ton papa?

Faut pas pleurer.


ÉLISE

Je pleure de joie.


MÈRE

Ha! Ha! Chérie!


Début générique de fermeture


On entend la sonnerie de la porte. FÉLICIE arrive dans le salon.


FÉLICIE

Bouge pas, Maman, j'y vais.

J'arrive!


FÉLICIE va ouvrir la porte.


FÉLICIE

Bonjour.


BEAU-FRÈRE

Bonjour.


FÉLICIE

Bonjour, les enfants.


La sœur et le beau-frère de FÉLICIE entrent dans le salon et vont embrasser la mère. Le beau-frère apporte une bouteille de vin et la sœur un bouquet de fleurs.


SOEUR

Bonjour, maman.


MÈRE

Bonjour, ma fille.


ÉLISE arrive en tenant un cadeau.


ÉLISE

(À la SOEUR)

Je peux l'ouvrir?


SOEUR

Oui, c'est pour toi.


FÉLICIE arrive dans le salon et fait signe avec trépidation à CHARLES de s'avancer.


FÉLICIE

Le marin est de retour.


CHARLES

Le marin!


FÉLICIE

Ouais, c'est comme ça

qu'on t'appelait.


SOEUR

C'est vous?

Mais c'est extraordinaire!

Vous avez trouvé

notre adresse?


FÉLICIE indique sa sœur et son beau-frère.


FÉLICIE

Ma soeur. Mon beau-frère.


SOEUR

Enchantée.


La SOEUR et CHARLES se serrent la main.


CHARLES

Enchanté. Bonsoir.


BEAU-FRÈRE

Bonsoir.


Le beau-frère et CHARLES se serrent la main.


FÉLICIE

On s'est retrouvés

par hasard dans le bus.


SOEUR

Dans le bus?

C'est pas possible!

Je l'aurais jamais cru!

Il se passe des choses,

mais Félicie a

des pressentiments, parfois.


FÉLICIE

Ah oui?


SOEUR

Je sentais bien

que tu sentais qu'il allait

se passer des choses.


MÈRE

Allons-y.


Les enfants ouvrent et examinent des cadeaux dans le salon tandis que les adultes vont à la cuisine. On entend le bouchon d'une bouteille de champagne qui s'ouvre et des cris d'amusement.


Fin générique de fermeture

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