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L'ombre des femmes

Pierre se retourne vers Manon parce que c’est elle qu’il aimait. Et comme il se sent trahi, il implore Manon et délaisse Elisabeth.
Manon, elle, rompt tout de suite avec son amant. On peut supposer que c’est parce qu’elle aime Pierre.



Réalisateur: Philippe Garrel
Acteurs: Stanislas Mehrar, Clotilde Courrau, Lena Paugam
Année de production: 2015

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VIDÉO TRANSCRIPTION

Générique d’ouverture


PIERRE est sur le trottoir et mange un sandwich. Il est adossé à un mur de pierres et regarde une photo.


Titre :
L’ombre des femmes


MANON se sèche les cheveux dans sa chambre. On sonne alors à la porte. LE PROPRIÉTAIRE entre dans l’appartement, inspecte brièvement les lieux et s’approche de la chambre.


MANON

(Entendant quelqu’un entrer)

Pierre?

Pierre?


LE PROPRIÉTAIRE

Madame?


MANON ne l’entend pas à cause du bruit du séchoir.


LE PROPRIÉTAIRE

Madame?


LE PROPRIÉTAIRE entre dans la chambre.


LE PROPRIÉTAIRE

Vous êtes tenus d’occuper

les lieux "bourgeoisement",

c’est dans le contrat.


MANON

Vous n’avez pas

le droit d’entrer ici.


LE PROPRIÉTAIRE

Regardez-moi ça!

Vous vous croyez

dans un camping sauvage?


MANON

C’est interdit par la loi.


LE PROPRIÉTAIRE

Vous n’avez pas droit à

un réchaud. Ça se renverse

un réchaud, ça fout le feu.

C’est dangereux.


MANON

Vous n’avez pas le droit

d’entrer, j’appelle la police.


LE PROPRIÉTAIRE

On vous a jamais appris ça?

On vous a jamais appris

la propreté?

Qui vous a élevée, madame?

Vous allez vous faire foutre

dehors et ça ne va pas traîner.

Si vous ne payez pas le loyer

dans les 48 heures, je vous

poursuis au tribunal.

On se croirait

dans une caravane.


LE PROPRIÉTAIRE s’en va.


MANON

(Pour elle-même)

Pauvre type.


Plus tard, MANON est avec PIERRE à l’extérieur. Ils sont assis près d’un portail. MANON pleure.


PIERRE

Allez, pleure pas.


MANON

OK.


MANON souffle et se ressaisit.


On retrouve PIERRE qui est dans sa chambre. Il change de t-shirt.


NARRATEUR

Pierre réalisait

des films documentaires

et Manon, sa femme,

travaillait avec lui.

Elle était sa scripte

et sa monteuse.

Manon semblait vivre

dans l’ombre de son mari

et le pousser dans la lumière.


MANON sort de chez elle et descend rejoindre PIERRE sur le trottoir. Elle l’embrasse.


NARRATEUR

À l’époque, Pierre collait

son numéro de téléphone sur

les tuyaux de gouttière

pour trouver du travail

et Manon était surveillante

de cantine dans une école.


PIERRE et MANON sont ensuite chez HENRI et LA FEMME DE HENRI. Ils sont assis à table et écoutent HENRI.


HENRI

J’avais 18 ans

au début de la guerre.

J’avais entraîné un camarade

et sa mère m’en a voulu

parce qu’on a été arrêtés.

On allait dans

les sous-sols et...

On a commencé à écrire des

croix de Lorraine à la craie

et des "V" de victoire

dans les rues.


LA FEMME DE HENRI se lève de table et s’en va.


HENRI

On a dit: "On va étoffer tout ça

on va faire un petit

groupe de résistants."

Et on a fait ça avec une dizaine

de jeunes camarades.

On écrivait des petits

tracts à la main.

Vraiment de l’amateurisme.

Je me souviens.

Ça a pas duré longtemps.

On a été dénoncés...

et arrêtés.

Mais la...

la police avait rien

trouvé chez moi, alors-


LA FEMME DE HENRI revient avec une boîte de biscuits qu’elle place devant MANON et PIERRE.


LA FEMME DE HENRI

Allez-y, les enfants.

Servez-vous.


HENRI

On n’est pas restés

arrêtés très longtemps

avec mon copain Jacques.

Et c’est... en 1942...

Oui, c’est en 1942 que

je suis vraiment rentré

dans la Résistance.


LA FEMME DE HENRI

(Parlant des biscuits)

C’est moi qui

les ai faits.


HENRI

Dans un groupe

d’obédience communiste

mais je le savais pas.


LA FEMME DE HENRI

Ils sont à l’anis.


HENRI

On m’a donné rendez-vous

autour des magasins du Louvre.

Et alors là, pendant deux

heures, deux heures et demie,

j’ai subi un questionnaire,

mais alors, très dur.

Très, très dur.

Je les ai revus deux ou

trois fois jusqu’à ce

qu’ils me disent...

"Bien voilà, c’est bon,

tu es chez nous."

C’est... C’est très délicat de

parler de tout ça, parce que...

J’ai deux fils et...

ils sont pas du tout au courant

de mes activités de résistant.


PIERRE

Vous leur

avez jamais dit?


HENRI

Il y a beaucoup de...

pudeur chez

les anciens résistants.

Vous savez, on se voit,

mais on n’aborde jamais

la question de l’Occupation.


PIERRE et MANON écoutent attentivement. MANON est émue.


PIERRE

Ça va?


MANON

Vous...

Vous savez pourquoi...

Pierre veut faire

un film sur la Résistance?

(S’adressant à PIERRE)

Est-ce que je peux lui dire?


PIERRE

Oui, oui.


MANON

Son père a fait

le Débarquement pour

accompagner les Américains.


HENRI

Ah oui?


PIERRE

Mais je ne

sais presque rien,

il vient de mourir.


HENRI

Et...

Vous avez fait des recherches?

Vous n’avez rien trouvé?


PIERRE

Oui, oui.

Malheureusement.

Il a tué deux mecs, deux nazis.

Il me l’a dit avant de mourir.

"Il fallait bien

que quelqu’un le fasse."


Plus tard, MANON partage un repas avec LA MÈRE DE MANON dans un restaurant.


MANON

J’ai confiance,

maman, je te jure.


LA MÈRE DE MANON

Je sais pas. T’aurais pu quand

même continuer les Langues O'.

Interprète, ça t’aurait

fait une sécurité.


MANON

Oui, mais j’avais pas

envie d’être interprète.

J’ai un petit boulot qui

me rapporte un peu d’argent

et qui surtout, me laisse

le temps de me consacrer

aux films de Pierre.

Faut qu’on soit patients.

Ça finira bien par nous

rapporter quelque chose.


LA MÈRE DE MANON

Tu crois?


MANON

Ah oui ça, j’en suis sûre.


LA MÈRE DE MANON

Bon.

Quand tu as rencontré Pierre,

tu avais un chemin.

Tu l’as interrompu,

je trouve ça dommage.


MANON

C’est toi qui me dis ça?

Toi qui as été

une grande amoureuse?


LA MÈRE DE MANON

J’étais une grande

amoureuse, oui.

Mais de qui, ha!

Aucun homme ne mérite

qu’on se sacrifie pour lui.


MANON

Mais je me sacrifie pas,

c’est mon choix.


LA MÈRE DE MANON

Ah bon?


MANON

Bien oui.

Travailler avec l’homme

que tu aimes, qu’est-ce

que tu veux de mieux?

Partager tes projets ensemble.

Il est là notre amour.


LA MÈRE DE MANON

Tu es sûre

au moins qu’il a du talent?


MANON

Ah oui ça, j’en suis sûre.


LA MÈRE DE MANON

Faudra qu’il le

montre un jour, hein.


MANON

(Rigolant)

Ça viendra.


LA MÈRE DE MANON semble peu convaincue.


MANON

Je te jure.


LA MÈRE DE MANON

Mouais.

Et ce qu’il fait,

tout le monde le fait.

Poser des questions à des gens,

filmer les réponses, tout

le monde peut faire ça.


MANON

Ah non, ne crois pas ça.

Il sait... écouter.


LA MÈRE DE MANON

Ah bon?


MANON

Et puis...

Il sait poser

les bonnes questions.

Et quelques fois

aussi, il attend.

Il dit rien.

Et l’autre ne peut pas

supporter ce silence.

Alors il dit des choses

qu’il aurait pas dites

si on l’avait interrogé.

Oui, c’est pas donné

à tout le monde.

Je te le dis:

un jour, on s’en sortira.

Et son talent sera reconnu.


LA MÈRE DE MANON

Oui, mais...

Mais quand, hein?

(Regardant sa montre)

Oui, il faut que j’y retourne.


LA MÈRE DE MANON sort un miroir et le tend à sa fille pour qu’elle puisse s’appliquer du rouge à lèvres.


LA MÈRE DE MANON

Tu peux me tenir ça,

s’il te plaît?

Tu remontes un petit

peu plus haut? Là.

Là.

(Replaçant ses cheveux)

Ça va comme ça, hein?

Oui? Hein?


MANON

T’es très, très belle, maman.


LA MÈRE DE MANON

À bientôt, ma chérie.

À bientôt, hein?


LA MÈRE DE MANON s’en va et MANON termine son repas seule.


Plus tard, MANON et PIERRE regardent la projection d’un film. La main de MANON est posée sur celle de PIERRE qui, au bout d’un moment, finit par se lever. Il sort dehors au même moment qu’ELISABETH, une femme qui transporte des bobines de film à l’aide d’un petit chariot.


PIERRE

Je peux vous aider?


ELISABETH

Merci.

Je vais jusqu’au parking.


PIERRE et ELISABETH marchent côte à côte sans rien dire pendant un bon moment en direction du parking. PIERRE aide à mettre les bobines dans la voiture d’ELISABETH.


ELISABETH

Après, il y en a d’autres.


PIERRE

Vous faites quoi ici?


ELISABETH

Je suis stagiaire au service

des archives.


PIERRE

Alors, je peux vous trouver.


PIERRE accompagne ELISABETH au service des archives pour prendre d’autres bobines sur une tablette que lui indique ELISABETH.


ELISABETH

Ceux-là, c’est tout ça.


ELISABETH compte les bobines pour s’assurer qu’il n’en manque pas.


ELISABETH

21.


PIERRE

Tu t’appelles comment?


ELISABETH

Elisabeth.


PIERRE

Moi, c’est Pierre.


PIERRE utilise le petit chariot pour transporter les bobines vers l’extérieur.


Plus tard, on retrouve PIERRE et MANON. PIERRE est couché sur le canapé, quand MANON entre dans la pièce.


MANON

Qu’est-ce que tu fiches?

On va être en retard.


PIERRE

Je reste ici.


MANON

Comment ça tu restes ici?

Tu te fiches de moi? On a dit

qu’on y allait ensemble.


PIERRE

Bien, j’ai plus envie.


MANON

Je suis pas d’accord. J’en ai

marre de sortir toute seule.

(Soupirant)

Allez, viens.

Qu’est-ce que je ferai

là-bas sans toi?


PIERRE

Je viendrai pas,

j’ai pas envie.

Et réfléchis:

il y a un avantage.

Si tu y vas seule,

tu pourras te faire

payer le dîner par Sylvain.

Ou par un autre.


MANON s’en va. Elle est fâchée.


MANON

On dirait pas,

mais je te déteste!


MANON claque la porte. On retrouve PIERRE qui accompagne ELISABETH dans le corridor menant chez elle.


ELISABETH

(Chuchotant)

Ma chambre,

elle est juste en dessous.

Elle a entendu, on est

tous les deux à marcher.


ELISABETH déverrouille la porte.


PIERRE

(Chuchotant)

Quoi?


ELISABETH

Bien, le plancher.


PIERRE

Alors, comment on fait?


ELISABETH

Bien, j’y vais d’abord.

Et tu me rejoins après.

Et il faut enlever

ses chaussures.


ELISABETH entre dans la pièce et invite PIERRE à la suivre.


ELISABETH

Viens.


PIERRE rejoint ELISABETH, qui est assise sur le lit.


PIERRE

J’ai l’impression

d’avoir 14 ans.


ELISABETH

Moi aussi.


ELISABETH retire son manteau.


PIERRE

Faut quand même

que je te le dise.


ELISABETH

Quoi?


PIERRE

Que je suis marié.


ELISABETH

Je m’en doutais.


ELISABETH et PIERRE s’embrassent. Plus tard, ils sont couchés dans le lit, sous les couvertures, et discutent.


PIERRE

Ah bon, t’as quatre sœurs?


ELISABETH

Hum hum.

En vraies sœurs,

j’ai trois sœurs.

Et un frère.

Et après, j’ai deux sœurs

supplémentaires,

donc j’ai cinq sœurs

et un frère.


PIERRE

Ils sont plus petits?


ELISABETH

Non.

Enfin, je suis la troisième.

Mais tout ça, c’est différent.


PIERRE

Qu’est-ce qu’ils font les plus

jeunes? Ils vont à l’école.


ELISABETH

Oui, je suis la seule qui ai

fait des études pour le moment.

En fait, je suis

la seule qui ait fait ce

que mon père avait voulu

quand ils ont changé

de classe sociale.

Enfin, mes parents, ils...

ils viennent d’un milieu

plutôt populaire

et ils sont devenus bourgeois.

Enfin, mon père

est devenu bourgeois.

Et il a toujours rêvé que...

ses enfants appartiennent

à une...

Enfin, à une éducation

plutôt élitiste.

Et puis, les études, ça a plutôt

foiré pour les autres et...

moi, alors qu’il s’en foutait

un peu, je suis la seule

à l’avoir fait.


PIERRE

T’as fait quoi?


ELISABETH

Bien...

J’ai été en prépa et...

J’ai été à la fac.

J’ai fait de l’Histoire.

Maintenant, je fais un doctorat.


PIERRE se lève pour aller à la salle de bains, tout juste à côté.


ELISABETH

Tu crois que c’est quoi le pire?

Pisser là où se douche ou

se doucher là où on pisse?


PIERRE urine.


PIERRE

Se doucher

là où on pisse.


Plus tard, PIERRE sort de la chambre d’ELISABETH et rejoint MANON dans le lit. Il se couche à côté d’elle.


Le lendemain, PIERRE apporte un bouquet de fleurs à MANON qui prépare le repas.


MANON

Merci.

C’est gentil.


PIERRE

Avant, t’aimais pas

les fleurs. Maintenant,

t’aimes ça, hein?


MANON

C’est parce que les fleurs,

c’est un classique des femmes

trompées. Le mari va voir

sa maîtresse et il revient

avec un bouquet de fleurs.

Alors avant, quand je te voyais

arriver avec des fleurs,

je pensais que

ça se passait mal.

Maintenant,

je te fais confiance.

Tu sais, toutes les filles se

méfient des mecs qui arrivent

avec des fleurs.

(Rigolant)

C’est un classique.


PIERRE

Ah oui?


MANON

Oui. Tu savais pas.


PIERRE et MANON sont ensuite chez LA FEMME DE HENRI et HENRI. Ce dernier poursuit son récit, tandis que MANON filme.


HENRI

Je connaissais pas bien

le problème juif pendant

l’Occupation.

On savait pas.

J’étais pas entouré

de Juifs, je...

On l’a pas su.

On a su après.

À la Libération, les camps, oui.

Et moi, ayant été arrêté,

j’ai été amené à la Santé.

La rafle du Vel' d’Hiv,

j’ai pas su.


Après ces confidences, PIERRE est par terre et il écrit quelque chose sur un bout de feuille, qu’il dépose ensuite sur la table.


PIERRE

(S’adressant à MANON)

J’ai jamais fait un tournage

aussi difficile.


HENRI

(Poursuivant son récit)

À la libération de Paris,

les rues étaient désertes.

Tout le monde était

terré chez lui.

On était seuls,

nous, dans les rues.

Je m’en souviendrai toujours.

Une masse tassée

dans l’encolure noire

à la porte Saint-Martin

commandait le détour.

Hirsute...

la barbe rongée

de sel et poivre

et des yeux petits.

Pas de regard ni de bouche.

Quant aux dents...

L’apparition

d’un cerveau malade.

Un gros bébé mort,

revenu de l’Enfer.

Non...

C’é... c’était un homme.

C’était... un homme, mon Dieu...

Un de...

la race des dominants.


Le tournage du documentaire prend fin. ELISABETH se promène dans la rue et s’arrête devant l’immeuble où habitent PIERRE et MANON. Elle demeure en retrait et les voit arriver en voiture. ELISABETH se cache et épie la conversation.


MANON

Pourquoi tu ris?


MANON, PIERRE et LISA, une amie de MANON, descendent de la voiture et sortent le matériel du coffre en discutant.


LISA

Je sais pas. Je vous

trouve vraiment tellement beaux.

Vous vivez ensemble,

vous travaillez ensemble,

vous faites tout ensemble.

Vous faites comment pour pas

vous engueuler tout le temps?


MANON

Oh, on s’engueule!


LISA

Ah bon?


MANON

Oui.


Pendant que la conversation se poursuit, ELISABETH, impassible, continue d’épier ce qu’ils se disent.


LISA

Tiens, tu me tiens ça.


MANON

Ça, c’est pas à moi.


LISA

Ah oui, pardon.

J’ai jamais entendu

Pierre élever la voix.

Je t’ai même jamais

entendu parler fort.


PIERRE

Moi, jamais.


MANON

(Rigolant)

Oh, t’es...

OK. C’est moi qui gueule

pour deux, voilà.

C’est dit!


LISA embrasse MANON et PIERRE et s’apprête à partir.


MANON

Tu montes?

Pourquoi?


LISA

Bien, parce que j’ai un truc

à faire et... voilà.


MANON

T’as des trucs à faire?


LISA

Oui.


MANON

C’est quoi?


LISA

(Rigolant)

Mais arrête. J’ai

des trucs à faire, c’est tout!


MANON

Tu viens la prochaine fois?


LISA

D’accord.


MANON

OK, bonne soirée.


LISA

Toi aussi.

Salut, Pierre!


PIERRE

Salut.


LISA démarre en voiture. ELISABETH, toujours cachée, prend son téléphone et fait un appel qui demeure sans réponse. À l’intérieur de l’appartement, PIERRE et MANON discutent.


MANON

Je fais

quoi à manger ce soir?


PIERRE

Ce que tu veux.


MANON

Ça fait combien de temps

qu’on n’a pas quitté Paris?


PIERRE

Ça fait longtemps.


MANON

Il y a Lisa qui

nous prête la maison de

ses parents en Bretagne.

Il y a aura personne en juillet.

Ce serait chouette, non?

En plus, il y a des vélos.

Elle est pas loin de la mer.

Ça nous ferait du bien.

Tu dis quoi?


PIERRE ne dit rien.


MANON

Je vais chercher une salade.

Je te ramène quelque chose?


PIERRE

Non, ça va.


De son côté, ELISABETH se prépare un bol de soupe qu’elle mange seule à sa table, sans grand appétit.


Quelques instants plus tard, PIERRE frappe à la porte de l’appartement d’ELISABETH. Il enlève ses chaussures et entre.


NARRATEUR

Pierre voyait Elisabeth

pour le plaisir de la chair.

Il la retrouvait chez elle.

Il la prenait tout de suite

et puis, il filait.

Cependant, il ne pouvait

s’empêcher de la voir

régulièrement,

de revenir toujours à elle.

Il aimait son corps.


PIERRE est ensuite assis sur l’appui de la fenêtre, torse nu, pendant qu’ELISABETH, couchée dans le lit, le regarde tendrement.


NARRATEUR

Et quand il pensait à Manon,

à sa manière toute familiale

de vivre entre lui et sa mère,

il avait peur de la perdre.

Mais il ne pouvait se passer

de voir Elisabeth.

Et puis, il se justifiait

avec cette double morale

qui est celle des hommes.

Il se disait: "C’est comme ça

parce que c’est comme ça,

parce que je suis un homme.

Et c’est pas ma faute

si je suis un homme."


Quelque temps plus tard, LISA et MANON sont chez LISA et discutent. LISA se prépare à partir, alors que MANON est adossée au mur.


LISA

Ça va?


MANON

Oui.


LISA

Oui...


LISA ramasse ses trucs sur le bureau pour libérer l’espace.


MANON

Non mais laisse, laisse!

Je te jure, ça me dérange pas.


LISA

Non, non, mais moi,

ça me dérange. Comme ça,

vous avez la place de...

de poser vos trucs pour

pouvoir travailler bien.

Je suis en retard.


PIERRE arrive à ce moment.


MANON

T’as l’air plutôt

en forme.


LISA

(Se regardant dans le miroir)

Bien... Non, pas tellement.

Y’a mon ex qui me tyrannise

encore. Ça va, Pierre?


PIERRE

(Montrant un sac)

Ça va. Tes munitions.


MANON

OK.


LISA

Eh bien voilà. Euh...

Vous oubliez pas de poser

les clés dans la boîte aux

lettres quand vous partez?


MANON

Ah mais tu me les as

pas données tes clés.


LISA

Je te les ai pas données?


MANON

Non.


LISA

(Fouillant dans son sac)

Euh... Ah oui. Ah oui!

Tiens.


MANON

Merci.


LISA

Bonne nuit. Travaillez bien.


MANON

Oui!


LISA

Vous m’appelez

s’il y a un problème?


MANON

OK.


Trois jours plus tard, PIERRE est dans un café avec ELISABETH.


ELISABETH

Tu me dis pas où t’étais?

Ça fait trois jours.

On s’appelle pas.

On se voit pas.

C’est un peu dur.


PIERRE

Tu le savais. Je t’ai

pas prise en traître.

Tu le sais depuis

le début que je suis marié.

J’ai des trucs à faire.

Tu veux qu’on arrête

de se voir?


ELISABETH

J’ai pas dit ça.


De retour chez ELISABETH, PIERRE et elle discutent.


PIERRE

Un jour, tu vas rencontrer

un mec plus jeune, il sera

libre et il aimera que toi.

Et ce sera fini, nous deux.


ELISABETH

Pourquoi tu dis ça?


PIERRE

Parce que c’est la vie.


ELISABETH

Arrête.

Pourquoi tu dis

des trucs comme ça?

Tu peux pas arrêter? Je...

(Soupirant)

C’est toi que je veux.

C’est toi que j’aime, c’est...


Un jour, ELISABETH sort du métro et se rend dans un café.


NARRATEUR

Un jour vint où

Elisabeth découvrit que Manon,

elle aussi, avait un amant.


ELISABETH entre dans le café et se rend au comptoir.


EMPLOYÉ

Bonjour.


ELISABETH

Un timbre fiscal à 25 euros

pour une carte d’identité,

s’il vous plaît.


EMPLOYÉ

Voilà.


ELISABETH détourne le regard et aperçoit MANON qui est assise un peu plus loin avec son MEDIR, son amant. ELISABETH quitte le café et retourne dans le métro, où elle s’arrête dans une cabine photo.


NARRATEUR

La trahison de Manon à

l’égard de Pierre lui fit mal.

Inexplicablement,

elle se sentit salie,

elle et son amour pour Pierre.

Mais elle décida de garder

le secret pour le moment.


Plus tard, ELISABETH est couchée dans son lit et PIERRE, qui s’habille, s’apprête à partir.


ELISABETH

J’aimerais bien

le voir, ton film.


PIERRE

Tu le verras.


ELISABETH

Oui...

En DVD.

Pourquoi tu me dis pas

de venir ce soir?


PIERRE

Tu sais très bien pourquoi.


ELISABETH

Tu crois que

je saurai pas me tenir?

T’as peur que...

que j’aille voir ta femme?

Et je vais lui dire quoi?

Bonjour...

J’ai beaucoup entendu

parler de vous.

En bien, d’ailleurs.

Je suis très heureuse de vous

rencontrer, vous savez pourquoi?

Parce que ça fait six mois

que votre mari peut pas se

passer de moi physiquement.

Hein?

T’as peur que je lui dise ça?


PIERRE

Si tu lui dis ça,

tu m’obligeras à choisir.


ELISABETH

Et tu choisirais qui?


PIERRE se lève.


PIERRE

Je t’appelle demain.


ELISABETH

C’est une projection publique!


De retour à l’appartement, PIERRE accueille MANON qui arrive en retard.


PIERRE

Qu’est-ce que tu foutais,

bordel? Ça fait deux heures

que je t’attends.


MANON

J’étais chez une amie de maman

qui avait un problème

d’ordinateur.


PIERRE

Tu travaillais

et je t’attendais.


MANON

Oh merde!

Excuse-moi.


PIERRE

T’as une drôle de coiffure.


MANON

Quoi?

J’ai une... T’as dit...


NARRATEUR

Ce fut le premier

mensonge de Manon.


MANON

(Se regardant dans le miroir)

C’est parce qu’il faisait

très chaud chez l’amie

à maman et je...

Ça coulait.


Quelque temps après, MANON va porte une lettre dans la boîte aux lettres de MEDIR, son amant.


VOIX DE MANON

Medir...

Je suis rentrée dans

un territoire inconnu

et je m’y perds.

Je sais pas où aller

et j’ai peur par moments.

Tu me fais perdre la tête

et alors, j’ai peur.


Un jour, alors qu’elle passe devant un café, ELISABETH aperçoit MANON et MEDIR dans ce café. Il se touche l'un l'autre le visage doucement.


NARRATEUR

Quand elle revit Manon

avec son amant, Elisabeth

prit ça pour un signe.

Elle décida

de le dire à Pierre.


ELISABETH discute avec PIERRE.


ELISABETH

Ta femme, elle te dit

qu’elle t’aime.


PIERRE

Moins maintenant, mais

c’est pas la peine de le dire.


ELISABETH

Vous êtes bien ensemble?


PIERRE

Oui.


ELISABETH

Tu lui fais confiance?


PIERRE

Évidemment.

Pourquoi tu me demandes ça?


ELISABETH

Pour rien.

Qu’est-ce que tu ferais si...

... si elle te trompait?


PIERRE

Qu’est-ce que tu cherches

à savoir au juste?


ELISABETH

Rien.


PIERRE

Tu veux savoir

si je la quitterais?


ELISABETH

Tu le ferais?


PIERRE

Je peux même pas l’imaginer.

Elle est pas comme ça, Manon.


ELISABETH

Je l’ai vue avec un homme.

Je les ai vus deux fois.


PIERRE

Qu’est-ce que tu racontes?


ELISABETH

Je m’étais jurée que

je dirais rien, mais...


PIERRE

Vas-y, dis-moi.


ELISABETH

C’était il y a

dix jours à peu près.

Je suis sortie du métro

à Grands Boulevards,

je suis rentrée dans

un café et ils étaient là.

Il lui tenait la main.

Et...

hier...

Oui, hier, c’est...

Ils étaient au même café.

Sur la terrasse.

Et là, ils s’embrassaient.

Alors tu vois, c’est drôle.

J’ai pensé que c’était...

... pas forcément un hasard

si je retombais sur eux.

Que peut-être,

c’était pas pour rien.

Je te le jure sur ma tête.


PIERRE

Comment tu sais

que c’était elle?


ELISABETH

Bien, je l’ai reconnue.


PIERRE

T’es sûre que c’était elle?


ELISABETH

Bien oui.


PIERRE

Comment tu sais?

Tu la connais?


ELISABETH

Non, mais je...

J’avais besoin de savoir.

Je... J’avais besoin

de voir où t’habitais,

comment elle était, alors je...

je suis allée plusieurs

fois dans ta rue.

Et un soir, je...

J’ai guetté la lumière

aux fenêtres

pour te voir passer

et vous êtes sortis

tous les deux, alors je...

Ça m’a fait mal

de voir votre couple.

Je l’ai trouvée assez belle.


PIERRE

Tu nous espionnes

depuis combien de temps?


ELISABETH

Depuis le premier jour.


MANON de son côté, s’en va rejoindre MEDIR dans un restaurant.


MEDIR

Tu veux boire quelque chose?


MANON

Euh...

Non.


MEDIR

On peut y aller directement?


MANON

Oui.


MEDIR prend un billet pour payer sa consommation. Il avertit la serveuse qu’il lui laisse le billet sur la table, puis MEDIR et MANON s’en vont.


MEDIR

Madame?


MANON et MEDIR montent l’escalier qui mène à l’appartement de MANON. MANON s’arrête à un moment.


MANON

Ça me fait drôle.


MEDIR

Quoi?


MANON

D’être là, à côté

d’un autre homme.

Et toi?


MEDIR

Moi, je fais souvent ça.


Pendant ce temps, PIERRE marche. Son visage n’affiche aucune expression.


NARRATEUR

Pierre ne pouvait pas

croire ce qu’Elisabeth

venait de lui dire.

Il imaginait qu’elle divaguait

et que tout avait

une explication.

Il ne pouvait pas être trompé.

Pourtant, le soir même...


Ce soir-là, PIERRE et MANON sont à l’appartement et discutent.


PIERRE

Tu sais quoi?

J’ai l’impression que j’ai

une autre femme à côté de moi,

que c’est plus toi,

que je ne te connais plus.


MANON

Non, Pierre, c’est moi.

(Émue)

C’est bien moi.

Je suis comme tout le monde.

Je suis pas parfaite.


PIERRE

Justement, je croyais

que t’étais différente.


MANON

Tu me traites

pas de pute alors?


PIERRE

Non.


MANON

Je l’ai pas fait

contre toi, j’ai jamais

voulu te faire de mal.


MANON, nerveuse, s’assoit puis se relève aussitôt. Elle tient difficilement en place.


PIERRE

Alors pourquoi tu l’as fait?

Pour le plaisir?


MANON

C’est quelqu’un de bien.


PIERRE

Tu te fous de moi.


MANON s’assoit.


MANON

Il... Il me fait du bien.

Il me regarde.

J’avais l’impression

qu’il m’aimait.


MANON éclate en sanglots.


MANON

Mais c’est toi que je veux.

C’est de toi que

je voudrais me sentir aimée.


PIERRE

Personne peut

t’aimer comme moi.


MANON

Alors pourquoi tu me

le donnes pas, ton amour!

Pourquoi je le sens pas?! Hein?!

Parce que s’il existe,

je sais pas où tu le caches.

Et ça fait longtemps

que tu me vois pleurer,

souffrir et que tu restes là!

Indifférent.


PIERRE

Tu voudrais

me quitter pour lui?


MANON

Non!

Mais tu comprends

ce que je te dis?

Lui, c’était juste...

C...

C’était juste...

C’était juste des moments!

Mais après, il fallait que

je te retrouve très vite.

Il fallait que je sache que

t’étais toujours là pour moi,

que t’étais pas parti.


PIERRE

Tu veux nous garder

tous les deux, alors?


MANON

(Criant)

Non, je veux te garder, toi!

Je te dis que lui,

c’était juste...

(Pleurant)

C’était juste...


PIERRE

Si je te demande--


MANON

Non, c’était l’envie de me

sentir vivante, tu comprends?!


PIERRE

Si je te demande

de plus le voir?


MANON

Je ne le vois plus.


Plus tard, MANON va rejoindre MEDIR à l’extérieur. Celui-ci l’attend contre un mur.


MEDIR

Ça va?

On va dans le café?


MANON

Non.

Je... Je te quitte.

Pierre est au courant de tout.

N’essaye plus de rentrer

en contact avec moi.

C’est fini.


MANON quitte MEDIR.


On voit ensuite PIERRE et MANON à l’appartement. Ils se lancent des regards attendris.


NARRATEUR

Manon avait rompu

immédiatement avec son amant.

Seulement maintenant,

à chaque fois qu’elle sortait,

Pierre ne pouvait pas

s’empêcher de la regarder

différemment.

Finalement, il ne put

jamais lui pardonner, c’était

au-dessus de ses forces.

Il avait beau continuer

à voir Elisabeth de son côté,

cela ne l’aidait en rien

et il devint aussi mauvais

avec l’une qu’avec l’autre.


À un autre moment, ELISABETH et PIERRE sont sur le lit. PIERRE est couché, tandis qu’ELISABETH cherche quelque chose.


PIERRE

À quoi tu joues?


ELISABETH

Je joue pas, je...

Je cherche mon collier.

Tu l’as pas vu?


PIERRE

Si on allait se promener?

Il fait beau dehors. J’en ai

marre de rester enfermé.


PIERRE se relève et ELISABETH trouve son collier qui était sous lui.


ELISABETH

Ah, regarde. Il est là.

On n’est pas bien ici?

(Attachant son collier)

Regarde.


PIERRE fait dos à ELISABETH et ne se retourne pas.


ELISABETH

Viens.


PIERRE

Arrête.


ELISABETH

Embrasse-moi.


PIERRE

Arrête! J’étouffe ici.


ELISABETH

T’as pas envie de moi?


PIERRE

Tu penses qu’à ça, ma pauvre

fille. Tu me vampirises.

T’as rien d’autre dans la tête.

Y’a pas que ça dans la vie.


ELISABETH

Pourquoi tu dis ça?

T’es dégueulasse.


PIERRE

Excuse-moi.

Je suis con, je le pensais pas.

Je te jure, je tourne pas rond.


ELISABETH

Fous-moi la paix.


PIERRE

Allez, sois pas

bête, c’est fini.


ELISABETH

Oui, c’est fini...


PIERRE se lève subitement et s’en va sans rien ajouter. ELISABETH se couche sur le lit et pleure.


NARRATEUR

Elisabeth ne comprenait pas

ce qui se passait.

Pierre la négligeait,

il lui parlait durement,

comme si tout à coup,

il la méprisait,

et elle se demandait:

"Est-ce que c’est ma faute?

"Est-ce que c’est

à cause de moi?

"À cause de ce que

je lui ai dit sur Manon?

C’est elle qui le trompe

et c’est moi qui en souffre."


Quelque temps après, PIERRE est à l’appartement et invite MANON à le rejoindre au lit.


PIERRE

Viens.

Viens.


PIERRE et MANON sont couchés dans le lit et discutent.


PIERRE

C’est comme ça que

tu baises avec lui?

Réponds. C’est comme ça

que tu baises avec lui?


MANON regarde PIERRE qui lui passe la main dans les cheveux.


MANON

Tu me fais mal.


NARRATEUR

Il arrivait à Pierre

de regarder Manon comme

un animal qui le dégoûte,

un animal étranger.

C’était plus fort que lui.

Il ne pouvait s’empêcher

de terroriser Manon, qui

se sentait coupable.

Elle se laissa torturer

dans un premier temps,

pensant que c’était

un passage obligé.

Il croyait que seuls les hommes

pouvaient être infidèles,

que pour une femme

c’était plus grave, plus

interdit, plus dangereux.

Il sentait bien que ses idées

étaient trop simples et même,

qu’elles étaient fausses,

qu’elles étaient des idées

d’homme, mais il ne pouvait pas

s’empêcher d’y revenir,

au point de ne penser qu’à ça.


MANON passe à la cuisine préparer du thé et revient dans la chambre.


MANON

Il n’y a rien

à comparer entre toi et lui.


NARRATEUR

Leur couple ne pouvait pas

retrouver la paix,

la tranquillité.

Il y avait quelque chose

entre eux et il n’arrivait pas

à dire quoi.

C’était un sentiment

si banal qu’il n’arrivait pas

à le nommer.

Ce n’était pas de la jalousie

ni de la colère.


Un jour, MANON rentre à l’appartement, accueillie par PIERRE.


PIERRE

D’où tu viens?


MANON

Des Langues O'.


PIERRE

À quoi ça te sert tout ça?


MANON

Pour mon plaisir.


PIERRE s’approche de MANON et la sent.


PIERRE

T’as changé de parfum?


MANON

Non, pas du tout.


Une fois, PIERRE et MANON marchent dans la rue et croisent un AMI.


AMI

Salut, Pierre.


MANON

Oh!


AMI

Ça va?


PIERRE

Oui, bien.


MANON

Salut.


AMI

Ça va?

Comment se passe

le documentaire?


PIERRE

Ça va.


AMI

Moi, j’ai confié

Théophile à mes parents.


MANON

Ah, c’est chouette ça.


AMI

Oui, oui. On avait besoin

d’un nouvel élément.


MANON

Ouah.


AMI

Oui, ça nous a permis

de retrouver un petit peu.


MANON

Oh, mais il faut

que vous veniez dîner

à la maison un soir.


AMI

Oui, bien sûr. Écoute, je te

rappelle quand je rentre, OK?


MANON

OK.


AMI

Ciao.


PIERRE et MANON continuent de marcher.


MANON

Pourquoi

tu me regardes comme ça?


PIERRE

Parce que je te découvre.


MANON

Tu découvres quoi?


PIERRE

Comme tu parles, comment

tu te conduis avec les hommes.

Comment tu leurs souris,

comment tu leurs dis:

"Au revoir, à bientôt."


MANON

J’ai toujours été comme ça.


PIERRE

Oui, mais je le voyais pas.


MANON

Ah.


Un jour, PIERRE se rend près d’un café pour espionner sa femme. Elle est à l’intérieur du café, avec LISA et LA MÈRE DE MANON.


LISA

Oui, ça m’est

arrivé une fois.

J’ai été très, très, très

jalouse de mon ancien copain,

mais au point qu’une fois,

j’ai même tout cassé chez lui.

Et on était fiancés

à ce moment-là, mais

on vivait pas encore ensemble

et une fois, j’ai attendu

toute une nuit couchée

devant son palier.

Je m’étais même endormie,

et à 5h du matin,

toujours pas de Daniel.

Donc là, je...

Donc là, je descends.

J’ai une idée, je me dis:

Là, je descends.

Je vais à une cabine

téléphonique et j’appelle

une copine

pour qu’elle appelle chez lui.

Donc je remonte très

vite les trois étages

et j’entends, quand

j’arrive devant sa porte,

j’entends son téléphone

qui sonne à l’intérieur

et je l’entends, lui, décrocher.

Alors là, j’étais... Ça m’a,

mais... Ça m’a détruite.

J’ai tambouriné sur sa porte

pour qu’il m’ouvre,

j’ai crié, j’ai réveillé

tout l’immeuble.

Parce qu’en fait, je croyais

qu’il était avec une fille.

C’est pour ça.


MANON

Ouah...


LISA

Bien oui! Et il me répondait

pas, alors voilà.

Et au bout d’un moment,

ce crétin arrive,

il m’ouvre la porte et là, je...


LISA arrête son récit, alors qu’elle aperçoit PIERRE de l’autre côté de la rue.


LISA

Mais, il y a Pierre là-bas.

Mais qu’est-ce qu’il fout là?


MANON

Attends, je reviens.


LISA

Eh bien, j’ai quand même

tout cassé chez lui.


MANON va rejoindre PIERRE à l’extérieur.


MANON

Tu me suis?


PIERRE

Pas du tout, je voulais

te faire une surprise.


MANON

Oui, c’est ça.


PIERRE

Tu ne le vois plus?


MANON

Je t’ai dit que non.

Tu m’as demandé de le quitter,

je ne le vois plus.


PIERRE

Et tu le regrettes?


MANON

Non, je le regrette pas.

Mais si tu continues comme ça,

je vais finir par le regretter.

(Pleurant)

J’en peux plus, Pierre.

Tu me suis, tu regardes

mes messages: j’en peux plus.

Si, tu le sais. J’en peux plus!


PIERRE

Tu m’as trompé, Manon.

Tu m’as trompé!


MANON

Mais comme toi!


PIERRE

Quoi comme moi?


MANON

Je sais que t’as quelqu’un.


PIERRE

Moi?


MANON

Tu vas quand même pas

me dire le contraire?


PIERRE

Mais qui t’a dit ça?

Hein?


MANON

C’est toi qui me l’as dit.


PIERRE

Moi?


MANON

Par ta façon...

... de me parler.

De te coucher près de moi.

De me regarder.


PIERRE

Tu t’es renseignée?


MANON

Pour quoi faire? Je suis pas

comme toi, Pierre!

Je vais pas me faire

encore plus de mal.


MANON se défile. PIERRE la suit jusqu’à l’appartement.


PIERRE

Mais tu pouvais dire

que tu le savais.


MANON

(entrant dans l’appartement)

Ça aurait changé

quelque chose? Tu l’aurais

quittée, cette femme?


PIERRE

Peut-être.


MANON

Moi, j’ai pas dit peut-être.

Moi, tu m’as demandé

de le quitter, je l’ai

plus jamais revu.


PIERRE

Ça t’a fait de la peine?


MANON

C’est toi qui

me fais de la peine.


PIERRE

T’aurais dû

rester avec lui alors.


MANON

Comment tu peux

être aussi malhonnête.


PIERRE

Mais c’est moi qui ai été

honnête. Je te l’ai dit,

moi, dès que j’ai su.


MANON saisit PIERRE au collet.


MANON

Toi?

Toi, t’as été honnête.


PIERRE

Bon, maintenant,

on est quittes, allez.


MANON

(Pleurant)

On est...

Je...

Je sais pas comment

on en est arrivés là.

Je ne supporte plus cette vie.

(Lui faisant face)

Je ne te supporte plus.


PIERRE

Si tu ne me supportes plus,

tu restes pas là.

Tu fous le camp!

(Criant)

Allez, tu fous le camp!

Le plus tôt... c’est le mieux.

Allez! Si tu veux partir,

tu pars tout de suite.


MANON quitte l’appartement en pleurant. En sortant, elle claque la porte.


NARRATEUR

Lui ne le voulant pas,

elle ne le voulant pas,

ils se quittèrent.


Quelque temps plus tard, PIERRE sable un mur de plâtre.


VOIX DE PIERRE

C’est tellement

long le temps sans toi.

C’est hallucinant

comme c’est long.

Et comme j’ai envie de toi,

ma femme.

Comme je voudrais

te tenir dans mes bras.


PIERRE est présenté à différents moments, tandis qu’il mange, seul. De son côté, MANON est couchée seule sur un lit.


Un jour, PIERRE prend un café avec LA MÈRE DE MANON sur une terrasse.


LA MÈRE DE MANON

Là, je suis très fort avec

vous. Avec vous deux, hein?

Hein? Très, très fort.

Je m’excuse, mais...

il faut que je parte

maintenant, j’ai du travail.

Voilà. Vous n’allez pas faire

de bêtise au moins?


PIERRE

Non, ça va aller,

je vais travailler.

Sans elle, puisqu’elle ne veut

même plus en entendre parler.

J’ai d’autres projets.


LA MÈRE DE MANON

Bien, tant mieux.

Je suis désolée.

Je suis désolée.

Je vous aimais bien,

malgré tout ça.

Hein?


LA MÈRE DE MANON s’en va. PIERRE marche ensuite dans la rue. De son côté, MANON, seule dans une chambre, entend au loin une femme jouir. Elle se rend à la fenêtre, puis retourne se coucher, incapable de dormir.


NARRATEUR

Un an plus tard,

le vieux résistant mourut

et Pierre et Manon se revirent

à l’enterrement d’Henri.


PIERRE arrive à l’église. MANON est sur le parvis.


PIERRE

T’es venue.


MANON

Oui, je suis venue.


PIERRE et MANON entrent dans l’église.


PIERRE

J’ai rompu.


MANON

Je sais.


PIERRE

Qui te l’a dit?


MANON

Qu’est-ce que ça peut te

foutre? Tout le monde le sait.

(Soupirant)

T’es seul?


PIERRE

Oui.


MANON rigole un peu.


MANON

Pardon.

Non mais c’est juste

que tout ça pour ça, quoi.

Pour qu’on se retrouve

tous les deux tous seuls.

C’est un peu bête, non?


PIERRE

Bien oui. Je trouve.


MANON

C’est comme l’autre vieux con,

là, qui se racontait

des histoires.


PIERRE

Qui?


MANON

Bien, Henri.

C’était un faux résistant.

T’étais pas au courant?


PIERRE

De quoi?


MANON

Mais toute sa vie, toutes ses

médailles, c’était du bidon.

En fait, il a trahi.

Il a donné le nom de tous ses

copains qui ont été fusillés.

Lui qui jouait au héros

toute sa vie.

C’était un salop.

Un vrai salop.


PIERRE

Mon film vaut plus rien alors.


MANON

Ah mais non, ne dis pas ça.

Non, on pourrait

reprendre le truc.

On pourrait faire un film

sur le fait que c’était

un faux résistant.


PIERRE

Tu travaillerais avec moi?


MANON

Je...


PIERRE

Tu sais que t’es

la femme de ma vie.


MANON

Allez viens, on sort.


PIERRE et MANON déambulent dans les rues.


PIERRE

J’ai deux autres projets.

Le premier, je vais essayer

de le faire assez vite.

C’est un élan, faut pas trop

que je réfléchisse.

Le deuxième, au contraire, je...

Je vais mettre du temps

à l’écrire, je pense.


MANON

T’as l’air d’aller

plutôt bien, non?


PIERRE

Oui. Et toi?


MANON

Moi? Ça va. Enfin...

Je... Je vais pas te faire

le coup de la femme...

... indépendante

et épanouie.

La solitude, ça m’a jamais

fait rêver, mais...

Mais ça va, hein.

Je tiens debout.

Je suis triste, un peu triste,

tout le temps triste, mais...

Mais ça va.

Je tiens debout.


PIERRE

T’aurais dû

rester avec moi.


MANON

C’est toi qui

m’as dit de partir.


PIERRE

C’est toi qui es partie.


MANON

Il y avait que ça à faire.


PIERRE

Peut-être.


MANON

(Rigolant)

Toi et tes "peut-être".


PIERRE

Pardon.

Je suis complètement

perdu sans toi.


MANON

Alors pourquoi

tu joues ce jeu-là?


PIERRE

Parce que je suis bête.

J’arrive pas à concevoir

la vie sans toi.


MANON

(Pleurant)

Prends-moi dans tes bras.


PIERRE

Pleure pas.


PIERRE et MANON s’enlacent.


MANON

Aïe!


PIERRE

Pardon, mon amour!

J’aime te mordre!


MANON

Oh...


Générique de fermeture

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