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Papa à la chasse aux lagopèdes

Vincent Lemieux, un fraudeur notoire et recherché par la police, prétend partir à la chasse aux lagopèdes alors qu’il prend la fuite vers le Grand Nord en vue de s’échapper du pays. Durant son trajet, il se confie sur bande vidéo pour s’excuser auprès de ses deux fillettes de leur imposer l’ignominie d´avoir un père criminel et pour leur raconter comment il en est arrivé là.



Réalisateur: Robert Morin
Acteur: François Papineau
Année de production: 2008

Accessibilité
Déterminer le comportement de la visionnneuse vidéo:

VIDÉO TRANSCRIPTION

VINCENT, un homme d'affaire, essaie une caméra vidéo en magasin. La vidéo commence au milieu d'une phrase.


VENDEUR

.. l'écran,

vous pouvez vous voir...


VINCENT

(Se filmant avec la caméra)

Juste là.


VENDEUR

Oui, c'est ça.

C'est pour quoi exactement,

vous voulez... cette caméra-là?

Travail?


VINCENT

Petit film personnel

pour mes filles. Un film maison.


VENDEUR

Ah, bien là, vous avez

la Rolls Royce pour faire ça.

Ça, c'est vraiment

le nec plus ultra.


VINCENT

Le zoom, il marche bien.


VENDEUR

Ah oui, vous allez voir...

Le sac, je vais avoir besoin...

Est-ce que vous allez

prendre l'avion ou quoi

que ce soit avec ça?


VINCENT

Il y a-tu une différence?


VENDEUR

Donc, c'est vraiment

une caméra professionnelle.


VINCENT est maintenant dans sa voiture. Il s'adresse à la caméra qu'il vient d'acheter. Tout au long du scénario, il s'adressera à ses filles en s'enregistrant à la caméra.


VINCENT

Allô, Maude. Allô, Sophie.


VINCENT regarde un dessin d'oiseaux sur son cellulaire probablement fait par un enfant. Il porte l'inscription «Papa à la chasse aux lagopèdes».



VINCENT est maintenant dans le métro. Il s'adresse toujours à ses filles via la caméra.


VINCENT

Les lagopèdes,

ça vit dans le nord,

dans le Grand Nord.

Loin, loin.

C'est là que papa s'en va.

Pour un petit bout de temps.


VINCENT est maintenant dans un stationnement.


VINCENT

Là où on chasse le lagopède,

on peut pas y aller en auto.

Fait que papa, il doit louer

un gros camion comme ça.

Parce qu'il y a trop

de neige là-bas.


VINCENT charge son auto avec son matériel, puis, s'assoit à l'intérieur.


VINCENT

Bon, là, papa,

il a tout ce qu'il faut.


Plus tard, toujours en voiture...


VINCENT

Allô, Maude. Allô, Sophie.

Je m'en vais

à la chasse, mais...

je vais pas juste chasser

quand je vais être à la chasse.

Il faut aussi que...

Bien, que je...


VINCENT essuie des larmes. Cesse l'enregistrement et reprend avec le sourire.


VINCENT

(Pour lui même)

Bon. Attends un peu.

Bon.

(À sa caméra)

Allô, les filles.

J'ai quelque chose à vous...

j'ai quelque chose à vous dire.

Là, je m'en vais

à la chasse, mais...

je vais pas juste chasser

quand je vais être à la chasse.

Comment je pourrais dire ça?

Il faut...

... il faut aussi...

Bien, c'est ça. Je vais là-bas,

mais c'est pas juste...

pas juste pour chasser.


VINCENT est ému, mais garde le sourire. Il installe sur son tableau de bord une photo de ses deux filles qui semblent avoir environ cinq et dix ans.


VINCENT se confie à la caméra tout en conduisant.


VINCENT

Ça va être plus facile

de vous parler

avec vous deux devant moi.

Pas mal plus facile.

Je vais regarder votre belle

photo à tous les jours,

jusqu'à tant qu'on se revoie.

Là, si maman vous montre

la cassette du film

que papa a fait,

ça veut dire que j'arrive

au bout de mon voyage.

On va se revoir très bientôt.

Papa a déjà hâte.

Ça veut dire aussi que...

... vous savez ce que j'ai fait.

Peut-être que vos amies

ont déjà été méchantes

avec vous à l'école

à cause de ce que papa a fait.

Je m'excuse, les filles.

J'ai pas pensé, quand j'ai

fait ce que j'ai fait,

que ça pouvait vous apporter

des problèmes à l'école,

avec vos amis, puis tout ça.

Je suis désolé.

Je le savais pas.

Mais je vais

vous expliquer pourquoi.

Je sais pas encore comment,

mais je vais vous expliquer.

Tu sais, c'est des choses

d'adultes, hein.

Même les adultes comprennent pas

tout le temps.

J'aurais aimé ça vous parler,

mais c'est allé trop vite.

J'ai pas téléphoné non plus

parce qu'au téléphone,

il y en a un des trois qui s'est

mis à pleurer tout de suite,

puis... les deux autres

auraient suivi,

puis il y en aurait pas eu

d'explications.


VINCENT retient ses larmes.


VINCENT

Je vous ai pas écrit non plus

parce que je sais

que vous aimez plus regarder

des films que lire.

Fait que c'est pour ça

que je fais un film.

Papa aussi,

quand il était petit,

aimait bien plus regarder

des films que lire.

Je pense que tous les enfants

aiment mieux ça.

Même que quand il était petit,

papa rêvait de faire des films.

Ah oui.

Avec des beaux personnages.

Ça veut pas dire que papa a

confiance de...

de faire un film

que vous allez aimer.

Mais je vais me forcer.


C'est la nuit, des paysages de la route qu'emprunte VINCENT défilent. Une chanson joue à la radio.


VOIX MASCULINE

La nuit on dort serré

en petites cuillères ♪

♪ Sinon on se retrouve

en enfer ♪


VINCENT change de poste de radio. C'est maintenant les nouvelles.


VOIX FÉMININE

L'homme aurait

répété ses intrusions

dans trois autres CHSLD

de la région métropolitaine.

À Montréal également, la police

est toujours à la recherche

de l'homme d'affaires

Vincent Lemieux.

PDG de la firme

de placements Palomar,

Lemieux allait être

formellement accusé de fraude

au moment de sa disparition.

On estime à près

de 100 millions de dollars

le montant détourné,

qui provenait essentiellement

des économies de plusieurs

centaines de petits épargnants.

La Saint-Valen...


VINCENT éteint la radio.


VINCENT

Vous avez dû

l'entendre souvent

depuis que je suis parti.

Trop souvent, c'est sûr.

Papa, lui, quand il entend

tout ce que les gens disent

sur lui, ça le choque.

Ça me choque même si c'est vrai.

C'est vrai parce que c'est vrai

que c'est de ma faute.

Vous deux, c'est pas

de votre faute,

puis je suis sûr

que ça vous choque pareil.

Quand le même bobo fait mal

à trois personnes différentes,

ça, ça veut dire que...

que ces personnes-là s'aiment

beaucoup, beaucoup, beaucoup.

J'espère juste que

ce que je suis

en train de faire là,

ça va tout...


VINCENT éteint la caméra. Puis, plus tard, la rallume.


VINCENT

Papa vient juste

de se souvenir des films

qu'il voulait faire

quand il avait votre âge.

C'était des films toujours

avec le même personnage.

Comme Caillou

ou Martine ou Harry Potter.

Le personnage principal, là,

il s'appelait François Sicotte.

Je voulais qu'il s'appelle

de même parce que je voulais

que ce soit un petit gars

bien ordinaire.

Pas un détective,

là, ou un magicien

ou quelque chose

de même, là, non.

Je voulais que ce soit

un petit gars bien ordinaire,

mais à qui il arrive

des choses extraordinaires.

Si on faisait ces films-là

aujourd'hui,

peut-être qu'il faudrait

l'appeler autrement parce que...

"François", c'est plus bien,

bien un nom à la mode.

Peut-être qu'il faudrait

changer de nom.

On pourrait peut-être

l'appeler...

Victor ou Blaise.

Jonathan. Hein?

Qu'est-ce que vous en pensez?

C'est bon, hein, Jonathan?


VINCENT soupire.


VINCENT

Je sais pas à quel âge j'ai arrêté

de penser au P'tit Sicotte.

Peut-être que...

papa serait en train de faire

des films aujourd'hui

s'il avait pas

arrêté d'y penser.

Mais j'ai arrêté d'y penser,

puis j'ai fait de l'argent

à la place.

Bien de l'argent. Plein, plein,

plein, plein, plein.

Papa serait peut-être pas en

train de se sauver aujourd'hui

s'il y avait pensé

un petit peu plus.


Un peu plus tard, VINCENT conduit à travers des paysages nordiques. Il suit un caribou qui court sur l'autoroute. Il s'endort presque au volant.


VINCENT

Le jour se lève.

On va s'arrêter

pour se reposer un peu.


VINCENT s'est arrêté devant un établissement. Dehors, des cadavres de caribous, clairement tués intentionnellement, semblent gelés sur le sol.


VINCENT

Les caribous,

ça ressemble beaucoup

aux rennes

du père Noël, hein?

Oui.


VINCENT est maintenant à l'intérieur de l'hôtel.


VINCENT

Papa, il se sent un peu comme...

comme Bugs Bunny.

Tu sais, Bugs Bunny,

quand il doit choisir

entre faire le bien ou faire

le mal. C'est pareil pour papa.

J'ai un petit ange ici,

là, qui me dit

que c'est pas bien

de voler les gens,

puis de tuer les petits rennes

du père Noël.

Mais de l'autre côté,

j'ai un petit diable qui me dit

que les gens que j'ai volés

sont peut-être pas aussi

innocents qu'on le pense.

Puis les rennes du père Noël

sont bons à manger.

Vous aimez ça, vous,

la fondue au caribou

quand papa en fait, hein?

Sauf que papa,

c'est pas Bugs Bunny

J'ai pas des carottes

à leur planter dans la bouche

au petit diable, puis au petit

ange pour les faire taire.

Puis là, papa est trop

fatigué pour décider

c'est lequel des deux

qui a raison.


VINCENT est maintenant couché dans son lit d'hôtel.


VINCENT

Je suis très fatigué,

mais j'arrive pas à dormir.

Peut-être que si on se racontait

une histoire, ça va m'aider.

J'ai envie de vous conter

une histoire du P'tit Sicotte.

Elle vient de me revenir.

L'histoire du P'tit Sicotte,

c'est pas une histoire drôle.

Mais c'est une histoire

pour enfants quand même.

Moi, quand j'étais enfant, mes

histoires préférées,

c'était souvent celles qui me

faisaient de la peine

ou qui me faisaient peur.

Il y a tellement d'histoires

pour enfants qui sont drôles

que je vois pas pourquoi

j'en ferais une de plus.

Fait que l'histoire

du P'tit Sicotte est pas drôle.

Mais elle est pas tout le temps

triste non plus.

Quand l'histoire commence,

le P'tit Sicotte a exactement

ton âge, Maude: il a 5 ans.

Ses parents viennent

de déménager dans un quartier

où tout le monde parle anglais.

Ses parents l'inscrivent

dans une maternelle en français.

Ils savent que ce serait trop

pour lui

de se faire des nouveaux amis,

puis, en plus,

dans une langue

qu'il comprend pas.

Dans le quartier, il y a juste

un autre petit gars comme lui

qui parle français,

puis qui va à la même maternelle

que le P'tit Sicotte.

Il s'appelle le P'tit Laplante.

C'est sûr, ils viennent vite

des amis tous les deux.

La maternelle où ils vont est

loin du quartier anglais.

Fait que les deux enfants

y vont en autobus.

Puis ils aiment ça,

prendre l'autobus.

Ils la prennent ensemble,

ils en débarquent ensemble.

C'est des petits gars, hein,

fait qu'ils se tiraillent

beaucoup, avant, après,

dans l'autobus, comme

tous les autres petits gars.

Puis les filles

les trouvent fatigants.

Un bon jour, ils sortent

de l'autobus comme ça,

en se tiraillant.

Ils montent sur le gros banc

de neige à côté de l'arrêt.

Le P'tit Laplante lance

une balle de neige

dans la face

au P'tit Sicotte.

Le P'tit Sicotte pousse le P'tit

Laplante,

qui part à glisser en

bas du banc de neige,

puis qui attrape en passant

les jambes du P'tit Sicotte.

Les deux enfants glissent

le long du banc de neige

au moment où l'autobus s'en va.

Le P'tit Laplante,

qui tient toujours les jambes

au P'tit Sicotte,

glisse sous l'autobus.

Les roues arrière

de l'autobus passent sur lui.

Le P'tit Sicotte, qui est

trop occupé à s'accrocher

à une motte de neige

pour pas glisser plus bas,

se rend compte de rien.

Il sent juste les mains

du P'tit Laplante

qui serrent très, très fort,

puis qui arrêtent de serrer.

Quand le P'tit Sicotte

se retourne,

il voit le P'tit Laplante

qui bouge plus,

la tête dans son capuchon,

la face dans la neige.

Puis la neige qui vient

toute rouge autour de sa tête.

Le P'tit Sicotte essaie

de retourner

le P'tit Laplante sur le dos,

mais il est pas capable.

C'est comme s'il était

collé sur le chemin.

Là, ensuite, il essaie

d'empêcher la flaque de sang

de s'agrandir autour

du capuchon. Il ramène le sang

sous le capuchon, mais le sang

coule plus. Ça fait rien.

Le P'tit Sicotte lâche pas.

Il ramène la flaque

au fur et à mesure, puis ça dure

très, très longtemps, ça.

Mais à force, le P'tit Sicotte

réussit à ramener

la flaque de sang vers le

capuchon,

puis, même, à pousser dessus

pour la faire rentrer

en dessous du capuchon.

Quand il y a plus une trace de

sang autour, là, tout à coup,

le P'tit Laplante se met

à bouger.

Il se lève, il regarde

le P'tit Sicotte et lui sourit.

Il est content.

Il lui dit merci.

Puis là, aussitôt,

le P'tit Sicotte se réveille

en disant qu'il est content,

lui aussi.

Encore plus content même.

En disant ça, il se rend compte

qu'il est dans son lit.

Il y a un médecin avec son père,

puis sa mère près de lui.

Sa mère pleure de joie en disant

qu'elle aussi, elle est contente

de le voir se réveiller.

Puis son père dit la même chose.

Ça fait trois jours qu'ils

attendent qu'il se réveille.

Le médecin lui donne une pilule,

lui dit de se reposer.

Le P'tit Sicotte reste seul

dans sa chambre,

en pensant à son cauchemar

qui avait bien fini.

Il regarde autour de lui,

il se lève,

il entrebâille la porte de sa

chambre,

puis il voit sa mère mettre

son habit de neige,

tout taché de sang,

dans un sac vert.

Il regarde ses mains,

puis il voit

qu'on les a mal lavées.

Il a le dessous

des ongles noir.

Là, il sait qu'il a pas fait

de cauchemar, que c'était vrai.

Il se met à pleurer

parce qu'il sait

que son ami est mort,

puis qu'il a pas réussi

à le sauver.

Au même moment, il entend cogner

dans la fenêtre de sa chambre.

Il se retourne.

Il voit le P'tit Laplante

qui lui fait une grimace.


VINCENT mime une grimace.


VINCENT

Le P'tit Sicotte en revient pas.

Fait que là, le P'tit Laplante

en fait un autre.

Fait que le P'tit Sicotte

en fait une aussi.

Puis ils se mettent à rire

et ils sont contents.

Ils vont se revoir

souvent par la suite.

Toute la vie

du P'tit Sicotte en fait.

À chaque fois que le P'tit

Sicotte va se sentir tout seul,

le P'tit Laplante va apparaître

pour lui tenir compagnie.

Fait que c'est comme ça

que ça commence

l'histoire de la vie

du P'tit Sicotte.

Je pense que ça a marché.

Je vais m'endormir, là.

Bonne nuit, mes amours.


VINCENT éteint la caméra. Le lendemain matin, VINCENT a fait un montage avec sa caméra. Le résultat: à chaque fois qu'il émet un son, il apparaît vêtu d'une couche de vêtements supplémentaire. Il est habillé très chaudement.


VINCENT

Pop! Poup! Poup!

Poup! Poup! Poup! Poup!

Là, papa, il est sûr

de pas avoir froid.


VINCENT roule maintenant sur une route enneigée. Une troupeau de caribous court sur la route.


VINCENT

C'est bon de faire de la route.

C'est bon pour réfléchir.

Ça tombe bien parce que le petit

ange et le petit diable

ont laissé plein de questions

dans ma tête.

Plein de pourquoi.

Les pourquoi, c'est un peu

comme les poupées russes

que mamie vous a données à Noël.

À l'intérieur

de chaque gros pourquoi,

il y a tout le temps

un autre pourquoi plus petit,

mais plus difficile

à répondre encore.

Regardez bien.

Premier gros pourquoi.

Pourquoi j'ai volé

ces personnes-là?

C'est facile de dire que c'était

pour avoir plus d'argent.

OK, parfait.

Deuxième pourquoi.

Pourquoi plus d'argent

alors que j'étais

déjà millionnaire?

Plus difficile, ça.

Mais pire encore.

Pourquoi j'ai continué

même si je savais que j'allais

me faire attraper?

On est des bébittes

pas mal compliquées.

Pas mal trop compliquées

pour répondre à des questions

comme celles-là.

Peut-être que dans le fond,

la bébitte qu'on est

est pas capable

de s'arrêter, jamais,

de faire du mal.

Faire du mal aux autres,

à soi-même.

À ses enfants.


VINCENT s'arrête auprès d'un cadavre de caribous sur la bord de la route. Il sourit. Il remonte dans son auto.


VINCENT s'est arrêté pour manger dans sa voiture. Il se trouve devant de gros contenants de déchets.


VINCENT

C'est pas vraiment

le genre d'endroit

pour se mettre en appétit.

Mais bon, faut bien jeter

nos déchets quelque part.

Les poubelles, c'est

une très bonne idée.

Jusqu'à tant

qu'elles débordent.

Qu'est-ce qui arriverait,

vous pensez,

si on enlevait les poubelles ici

pour rendre ça beau

comme c'était avant? Hum?

Mais les gens continueraient de

jeter leurs déchets partout ici.

Parce qu'ils sont

habitués de le faire.

Puis ils en auraient étendu,

là, à perte de vue.

Ce serait encore plus laid

que maintenant.

Je me sens un petit peu

comme ces poubelles-là.

Mais remettre l'argent,

puis penser revenir en arrière,

ça serait pire pour vous deux,

comme pour moi.

On essaierait de faire semblant

qu'il s'est rien passé,

mais il y aurait tout le temps

des déchets partout.

Fait qu'il reste juste

à continuer d'avancer

pour laisser les déchets

le plus loin possible derrière.

Puis me dire que je vais

plus jamais

refaire l'erreur que j'ai faite.


VINCENT est maintenant devant un petit aéroport.


VINCENT

Papa est venu jusqu'ici

parce que...

la police a sûrement déjà

donné ma photo

dans tous les aéroports.

Sauf ici, parce que c'est loin.

C'est un aéroport

qui sert pas souvent,

une fois de temps pour

les compagnies d'électricité

qui fabriquent les barrages.

Fait que c'est ça.

Papa a un ami qui va venir le

chercher demain ici, en avion.

Pour m'amener dans le sud,

là où j'ai caché de l'argent,

puis où la police peut pas

venir m'arrêter.


Plus tard, la nuit est tombée. Une petite lumière apparaît au bout du chemin, quelqu'un s'approche. [VINCENT

L'homme qui s'en vient

s'appelle Jim.

C'est un Autochtone, un Cri.

C'est lui qui me guide quand

je viens à la chasse au caribou.

Je lui ai dit que j'allais

chasser le lagopède

au lieu du caribou,

parce que la chasse au lagopède

est plus facile,

puis on a pas besoin de guide.

Comme ça, demain,

je vais être seul.

Puis j'aurai pas besoin

de lui expliquer pourquoi

je vais être à l'aéroport

plutôt qu'à la chasse.

C'est pour le protéger.

Comme ça, si la police vient

lui poser des questions,

ça va paraître dans ses yeux

qu'il savait pas

ce que j'allais faire, puis

ils vont le laisser tranquille.

En disant ça, je viens

de me rendre compte

que je pourrai plus

jamais mentir à Jim.

Pour la simple raison

que je pourrai plus jamais venir

à la chasse ici sans risquer de

me faire arrêter par la police.


Une motoneige s'approche. JIM et VINCENT se saluent et partent en motoneige. VINCENT s'installe dans une petite cabane auprès du feu. JIM lui donne des conseils en anglais. JIM quitte.


VINCENT mange à la lueur d'une bougie. La photo de ses filles est installée devant lui, sur la table,


VINCENT

Bon appétit, mes amours.

(Faisant allusion à la lumière qui s'éteint)

Oh, la génératrice

aussi veut manger.

(Après avoir reparti la génératrice)

Pour le dessert,

papa va vous conter

une autre partie

de la vie du P'tit Sicotte.

Êtes-vous prêtes?

Là, le P'tit Sicotte est rendu

à ton âge, Sophie. Il a 10 ans.

Il a vieilli de 5 ans

depuis la dernière fois,

mais il a pas grandi

d'un centimètre.

C'est encore le P'tit Sicotte,

c'est le cas de le dire.

À chaque fois qu'il est seul,

il joue toujours avec le fantôme

du P'tit Laplante.

Ça fait qu'il s'ennuie jamais.

Ils ont

beaucoup de plaisir ensemble.

Pour vous expliquer le genre de

fantôme que c'est,

le P'tit Laplante, d'abord,

c'est pas le genre de fantôme

à apparaître à plusieurs

personnes en même temps

pour leur faire peur.

Le P'tit Laplante a pas le goût

de faire peur à personne.

Il a juste le goût

d'apparaître au P'tit Sicotte,

puis surtout pas

pour lui faire peur.

La première fois

que le P'tit Laplante est apparu

au P'tit Sicotte,

c'était pour jouer avec lui.

Ni l'un ni l'autre le savait

encore c'était quoi un fantôme.

Ils ont décidé de jouer

à la balle.

Ils étaient dans la maison,

mais ils ont décidé

de jouer à la balle quand même.

Et surprise,

quand le P'tit Laplante a

essayé d'attraper la balle,

la balle est passée

à travers lui.

C'était une balle de caoutchouc.

Elle avait rebondi partout dans

le salon.

Puis la mère du P'tit Sicotte

avait une collection

de bibelots.

Ça fait que quand son père est

revenu à la maison,

c'est le P'tit Sicotte

lui-même qui s'est mis

à rebondir partout

dans la maison.

C'était pas un fantôme,

lui, le P'tit Sicotte.

La ceinture de culotte avec

laquelle son père le battait,

elle passait pas à travers lui.

Elle s'arrêtait sur ses fesses,

sur son dos, sur sa tête.

Puis quand elle arrêtait,

ça laissait des traces.

La peau enflait, venait

toute rouge, épaisse comme ça.

Évidemment, tout le temps que

son père était là,

le P'tit Laplante,

lui, avait disparu.

Mais il est revenu tout de suite

après que son père soit parti

pour s'excuser de pas

avoir attrapé la balle.

Le P'tit Sicotte lui a dit

qu'il avait pas à s'excuser

parce que ni lui ni le P'tit

Laplante le savaient, ça,

qu'un fantôme,

c'est transparent,

puis que c'est condamné

à parler.

Juste parler, pour l'éternité.

Quand ils ont appris ça, tous

les deux, ils ont eu un choc.

Le P'tit Laplante surtout.

Juste parler...

Lui qui aimait ça

se tirailler, puis jouer.

Mais là, le P'tit Sicotte a été

bien correct avec lui.

Il lui a dit: "Il y a pas

de problème, Laplante.

On va continuer

à parler ensemble

jusqu'à ce que je meurs.

Puis après, jusqu'à la fin

de l'éternité."

On peut-tu dire que c'est

une vraie preuve d'amitié,

ça, les filles? Hein?

Ça fait que les deux

amis avaient

de plus en plus de plaisir

à parler ensemble.

Ils parlaient de tout:

la vie quand elle est drôle,

quand elle est plate.

Ils parlaient,

ils aimaient bien ça.

Même que, des fois, le P'tit

Sicotte faisait accroire

à ses amis que sa mère voulait

qu'il reste à la maison

juste pour pouvoir parler

avec le P'tit Laplante.

Fait qu'une bonne fois comme ça,

les amis sont dans la cave

en train de parler des filles.

Tout d'un coup,

le P'tit Laplante disparaît.

Le P'tit Sicotte, lui, il sait

que c'est parce que sa mère

descend dans la cave.

Comme de fait, elle ouvre

la porte en pleurant.

Puis elle lui annonce

que son père vient d'avoir

un accident et qu'il est mort.

Le P'tit Sicotte sait pas

quoi dire. Il aime pas son père.

Mais il aime sa mère.

Fait qu'il la prend

dans ses bras.

Ensuite, elle s'en va

pour s'occuper des funérailles.

Dès qu'elle est partie,

le P'tit Laplante vient

rejoindre le P'tit Sicotte.

Les deux s'attendent,

d'une minute à l'autre,

de voir arriver

le père du P'tit Sicotte,

aussi transparent

que le P'tit Laplante.

Le P'tit Sicotte se dit

que la ceinture de culotte

va faire moins mal

si elle devient

transparente elle aussi,

comme son père va être

un fantôme. Bien non.

Il y a pas de fantôme de

son père qui vient à la maison.

Le P'tit Laplante explique

au P'tit Sicotte

que les gens, quand ils meurent,

deviennent des fantômes

seulement pour les gens qui

voulaient pas qu'ils meurent.

Les gens qui les ont aimés.

Bon, c'est correct, le P'tit

Sicotte aimait pas son père.

Mais comment ça se fait

que son père, en fantôme,

est pas en haut avec

sa mère dans ce cas-là?

Le P'tit Laplante le sait pas.

Il dit au P'tit Sicotte:

"Attends-moi ici, Sicotte.

Je vais essayer

de le retrouver

dans la gang des fantômes."

Fait qu'il part et il revient

aussitôt. Pi-piou!

Ça voyage vite, hein,

les fantômes.

Là, il est un petit peu gêné.

Mais il apprend quand même au

P'tit Sicotte

que le fantôme de son père est

avec une autre femme

qui pleure plus que sa mère.

Sur le coup, le P'tit Sicotte

est triste pour sa mère.

Mais après ça, il commence

à voir le bon côté des choses.

Sa mère va pouvoir trouver un

homme qui l'aime vraiment,

puis qui deviendra son fantôme

à elle quand il va mourir.

Fait qu'à partir

de ce moment-là,

le P'tit Sicotte a toujours vu

le beau côté des choses

quand ça allait pas bien.

Après la mort de son père,

il y a plus personne pour

rapporter

de l'argent à la maison.

Sa mère et lui déménagent

dans un logement

dans un quartier pauvre.

Sa mère est obligée de

travailler.

Mais le bon côté, c'est qu'elle

était pas souvent à la maison.

Puis le P'tit Sicotte

pouvait passer

encore plus de temps à parler

avec le P'tit Laplante.

Fin de l'épisode.

Papa va se reposer maintenant.

Bonne nuit, mes amours.


VINCENT éteint la caméra.


Le lendemain matin...


VINCENT

Ouais... J'aurais bien aimé ça

vous amener ici, les filles.

Bien aimé ça.


VINCENT est maintenant dehors et voit un avion passer.


VINCENT

Non, c'est pas celui-là.

Ça va être le prochain sûrement.

Voyons, je voulais vous dire

quelque chose d'important

avant que l'avion me dérange.

Je m'en souviens pas.

Je viens de me souvenir, là.

Je me souviens

de ce que je voulais vous dire.

Je voulais dire,

inquiétez-vous pas.

C'est pas parce que papa va

vivre dans le sud

que vous allez manquer

de quoi que ce soit

quand vous allez être

chez maman. Fait que c'est ça

que je voulais vous dire.

Vous allez manquer de rien.

Papa a divisé l'argent

qu'il a volé en deux:

il y a une partie qui est

dans le pays où je m'en vais,

où la police peut pas aller,

l'autre partie, je l'ai donné

à maman avec la maison.

Comme ça, les policiers

peuvent pas le reprendre.

C'est un peu comme

si Sophie volait une Barbie

à une de ses amies.

Cette amie-là pourrait pas dire

à Maude: "Hé, ta soeur

m'a volé une Barbie,

fait que donne-moi

une des tiennes."

Fait que c'est pareil, pareil

avec les sous que j'ai volés.

Maintenant, ils sont

à maman pour toujours.


VINCENT éteint la caméra. Quand il la rallume, il est dans la voiture.


VINCENT

Bon, là, les filles,

on a un petit délai.

Mon ami peut pas venir

me chercher avant demain.

Fait qu'on va aller

à la chasse en attendant.


VINCENT démarre la voiture.


VINCENT

Comme ça, j'aurai pas menti

à Jim finalement.


VINCENT marche maintenant dans la neige.


VINCENT

Papa vous a déjà dit

que son travail,

c'était de faire de l'argent

avec de l'argent?

Prendre des sous,

puis faire plus de sous avec?

Vous vous en rappelez, hein?

Mais...

il vous a jamais expliqué

comment il fait.

C'est très, très, très simple.

En fait, on a juste...

Ah, mais attendez donc.

Il y a justement une émission

là-dessus qui commence là, là.

On va aller l'écouter.

Vite, vite!


VINCENT entre dans sa voiture, ouvre une fenêtre comme s'il s'agissait du cadre d'une télévision, et s'adresse à ses filles sur le ton d'un journaliste.


VINCENT

(Journaliste)

L'argent. Invention salutaire

ou source des drames

de l'humanité?

Il n'est plus un peuple

sur la Terre

qui ne peut se passer d'argent.

Et qui n'a jamais rêve

d'en faire beaucoup?

Beaucoup, sans travailler.

Ici, Charles Tessier.

Aujourd'hui, je vous invite

à faire une incursion

dans le monde fascinant

de la finance.

Pour ce faire,

nous étudierons ensemble

les diverses tractations

nécessaires à la fabrication

et à la vente

de cet objet fascinant

qu'est la cartouche de fusil.


VINCENT montre une cartouche de fusil à la caméra.


VINCENT

(Journaliste)

Entrons, si vous le voulez bien,

sans plus tarder,

dans le vif du sujet.

Imaginons que le métal

et le plastique qui composent

cet objet fascinant

coûtent un sou.

Et que l'employé

qui le fabrique,

lui, coûte 4 sous.

Les cartouches,

ces merveilleuses inventions

technologiques coûtent donc

5 sous à fabriquer.

Il arrive parfois que

les compagnies qui fabriquent

ces merveilleuses

cartouches n'ont pas

tous les sous nécessaires

pour les fabriquer.

C'est alors qu'ils font appel

à des financiers,

des hommes de la trempe

de Vincent Lemieux.


VINCENT répond au personnage du journaliste en se jouant lui-même.


VINCENT

(Lui même)

Allô, les filles.


VINCENT

(Journaliste)

Vincent aura la lourde,

mais passionnante tâche

de trouver les sous manquants.

Il ira donc voir

des petits épargnants.

Disons, cinq petits épargnants

qui lui confieront

chacun un sou.

Les 5 sous seront

alors prêtés à la compagnie,

qui a maintenant

tous les sous nécessaires

pour fabriquer

la fascinante cartouche.

La compagnie la vendra,

disons, 100 sous.

Le patron gardera 20 sous

pour fabriquer quatre cartouches

sans emprunter d'argent.

Il se prendra

un salaire raisonnable

de 50 sous.

Vincent, lui, se prendra

un salaire de 20 sous.

Les 10 sous restants

retourneront

aux petits épargnants.


VINCENT a dessiné les montants d'argent dans la neige sur la porte de sa voiture. Pour représenter les petits épargnants, il a dessiné des bonhommes sourires.


VINCENT

(Journaliste)

Comme ils ont l'air heureux,

les petits épargnants,

qui ont fait des sous

sans travailler.

Et ils ne sont pas les seuls.

Regardez Vincent.


VINCENT sourit.


VINCENT

(Journaliste)

Et imaginez le patron

qui n'a pas pu venir aujourd'hui

parce qu'il est trop occupé.

Occupé à fabriquer

d'autres cartouches

et à rendre d'autres gens heureux.

Heureux de faire

des sous sans travailler

grâce au merveilleux monde

de la finance.


VINCENT

(Lui même)

Papa, il sait qu'il gagne

beaucoup d'argent

compte tenu

qu'il travaille pas beaucoup.

Mais tous les gens qui font

mon métier, ça donne ça.

Si je me donnais pas autant,

les petits épargnants

me feraient pas confiance,

puis ils iraient voir

quelqu'un d'autre.

Je le sais que c'est bizarre,

mais c'est comme si

une Barbie coûtait juste 1$.

Vous vous demanderiez

si elle a pas un défaut caché.

Si elle est pas moins blonde

que les autres

ou si elle a pas

les jambes moins longues.

Les trop grandes aubaines,

c'est comme ça:

ça rend les gens méfiants.

Fait que papa est obligé

de se donner ce salaire-là.

Je vais continuer de chasser.


VINCENT se promène avec un fusil. Puis, aperçoit un oiseau blanc.


VINCENT

(Chuchotant)

Il y en a un là, juste là.

Ça, c'en est un, lagopède.

L'hiver, il est tout blanc.

Il est très difficile

à voir sur la neige.

Ça prend des bons yeux.

Le lagopède a juste

deux prédateurs:

le faucon, puis l'humain.

Le faucon le tue pour manger,

papa le tue juste

pour le plaisir.

C'est sûr que vu comme ça,

papa est cruel.

Par contre, le faucon, lui,

quand il le tue,

son bec le déchire

tranquillement, tranquillement,

puis il le fait souffrir

très, très longtemps.

Alors que le fusil de papa le

tue d'un coup sec. Il sent rien.

Fait que lequel des deux

est le plus cruel:

papa ou le faucon?


VINCENT sourit.


VINCENT

Quand je pense aux petits

épargnants que j'ai volés,

je me pose ces questions-là.

C'est certain que je me dis

que j'ai été cruel.

Mais est-ce que j'ai été

plus cruel qu'eux autres?

Parce qu'eux autres aussi

peuvent être très cruels

à leur manière.

Il y en a justement un

qui s'en vient.


VINCENT enlève une partie de son manteau, met un autre chapeau et joue le rôle du petit épargnant.


VINCENT

(En petit épargnant)

Bonjour, M. Lemieux.

J'ai beaucoup entendu

parler de vous. En bien.

En beaucoup de bien.


VINCENT

(Lui même)

Tant mieux.


VINCENT

(En petit épargnant)

Alors, j'ai décidé

de venir vous voir.


VINCENT

(Lui même)

Qu'est-ce que je peux

faire pour vous?


VINCENT

(En petit épargnant)

Eh bien, je vais bientôt

avoir 50 ans.

Dans 15 ans, je vais être à

la retraite, content de l'être.


VINCENT

(Lui même)

Vous travaillez

dans quel domaine?


VINCENT

(En petit épargnant)

Je travaille

dans une usine de plastique.

Alors, c'est sûr,

les paies sont pas énormes,

mais quand même, j'ai pu mettre

une couple de piastres

de côté par semaine,

puis j'ai ramassé avec tout ça

10 000$ pour mes vieux jours.

Bien, c'est sûr

que c'est pas beaucoup.

Surtout si mes vieux jours se

mettent à s'étirer un peu, là.

Fait que c'est pour ça

que je suis venu vous voir.


VINCENT

(Lui même)

Avez-vous

des projets particuliers

pour votre retraite?


VINCENT

(En petit épargnant)

Ah oui, oui.

C'est le Winnebago.

C'est notre affaire,

ma femme puis moi.

Oui, on veut faire le tour des

States tranquillement pas vite.

Pensez-vous pouvoir m'aider?


VINCENT

(Lui même)

Oui, je pense

que je peux vous aider à faire

profiter vos économies.

Dans 15 ans,

votre 10 000$ aura doublé.


VINCENT

(En petit épargnant)

Donc, j'aurai 20 000$.


VINCENT

(Lui même)

C'est ça.


VINCENT

(En petit épargnant)

Rien que ça.


VINCENT

(Lui même)

Bien là.

Vous voudriez en faire combien?


VINCENT

(En petit épargnant)

Bien, au moins dix fois plus.

C'est le gros Winnebago que je

veux, celui avec le satellite,

puis la pièce

qui se gonfle sur le côté.


VINCENT

(Lui même)

Il y a un moyen

de faire plus d'argent.

Sauf que...


VINCENT

(En petit épargnant)

Sauf que quoi?


VINCENT

(Lui même)

Bien, pour ça,

il faudrait l'investir

dans des secteurs, disons...

un peu plus...

un peu moins propres.


VINCENT

(En petit épargnant)

Genre?


VINCENT

(Lui même)

Bien, il y en a plusieurs.

Avec toutes les guerres

qu'il y a présentement

dans le monde,

il y a l'armement.

Ça, c'est un secteur

qui marche très bien.

Je connais une compagnie aux

Indes qui engage des enfants,

pas cher, à fabriquer

des cartouches.

Mais des cartouches de guerre

qui servent à tuer

d'autres enfants

un peu partout dans le monde.


VINCENT

(En petit épargnant)

Parfait. Parfait,

c'est bon, ça, les Indes.

Mettez-moi tout

ce que j'ai là-dedans.


VINCENT

(Lui même)

Bon. Dites-vous que

vos économies sont déjà

en train de faire travailler,

puis tuer des enfants.


VINCENT

(En petit épargnant)

Oui, de toute façon,

ils en font tellement

des enfants là-bas.

Bon, bien,

merci beaucoup. Merci.

La prochaine fois,

je vous fais faire

un tour de Winnebago.


VINCENT s'adresse de nouveau à la caméra.


VINCENT

Vous voyez?

Ils sont de même.

Ils sont de même!

Puis à chaque fois

qu'un petit épargnant vient

confier ses sous à papa,

papa est obligé de devenir

son complice.


VINCENT charge son fusil.


VINCENT

Même si c'est pas moi

qui paie pour les cartouches

ou qui les fabrique,

ou qu'il les tire.

C'est quand même moi qui dois

trouver l'argent.


VINCENT vise un oiseau.


VINCENT

Fait qu'à force de faire affaire

aux petits épargnants,

je me suis mis à plus

les respecter.

Puis à les détester.

Puis je les ai ruinés.


VINCENT tue un oiseau.


VINCENT

Un après l'autre.


VINCENT tue un autre oiseau. Puis, plusieurs autres. Il les réunit ensuite sur le sol, baignant dans leur sang.


VINCENT

Oui, papa a brisé leurs rêves.

Mais c'était juste des rêves.

Des petits épargnants meurent

pas pour vrai, eux autres.

Il nous en manque un.

On va aller le chercher.


VINCENT met les oiseaux dans son sac. Il marche sur la neige, puis déboule une pente.


VINCENT

Oh...

(Riant)

Le lagopède a joué

un bon tour à papa.

(Nettoyant la lentille de la caméra)

Ouf! Attends, là, c'est mieux.

Ouf...

Bon, il reste juste

à monter en haut.


VINCENT tente de remonter la pente, mais il glisse de nouveau.


VINCENT

Voyons.

Ah, c'est glissant ici,

les filles.

Papa est mal pris. Il a de la

neige jusqu'en dessous des bras.

Mais je pense que je viens

d'avoir une idée.

Bon, c'est évident que je peux

pas monter par ici.

La pente est pareille

de ce côté-là.

Jusqu'au fond.

Si on regarde l'autre côté,

c'est pareil,

la pente est aussi à pic,

sauf que vous voyez les petites

branches au fond là-bas?

Papa va essayer

d'aller les rejoindre

pour s'accrocher après

pour monter jusqu'en haut.

Quand on a un problème dans

la nature, des fois, les filles,

on peut s'inspirer des animaux.

Là, papa, il va faire

la petite taupe.


VINCENT creuse un chemin dans la neige. La nuit tombe.


VINCENT

Là, papa va venir vous

rechercher

en faisant le serpent.

(Avançant dans la neige.)

Ah! Allô!

Là, la taupe est

fatiguée un peu.

Elle va prendre une pause.

Puis tant qu'à faire,

une pause P'tit Sicotte.

Le P'tit Sicotte est

rendu à 15 ans.

Il grandit,

mais beaucoup moins vite

que les autres dans sa classe,

fait que tout le monde l'appelle

encore le P'tit Sicotte.

C'est l'été,

le début des vacances.

Lui, puis sa mère sont bien

pauvres

depuis la mort de son père.

Elle, elle travaille

à faire des ménages. Lui, il

livre des commandes d'épicerie.

L'été, sa mère l'envoie

en vacances un mois

chez son oncle qui a

une roulotte dans un camping,

sur le bord d'une autoroute.

Le P'tit Sicotte hait

tout le temps ses vacances.

Il se dit que quand il va être

vieux,

il va avoir assez d'argent

pour plus jamais avoir

à prendre des vacances comme ça.

Au camping, tout le monde vit

tassé les uns sur les autres.

Fait que pour pouvoir être seul

avec le P'tit Laplante,

le P'tit Sicotte est obligé

de sortir du camping.

Il passe pas mal de temps dans

le champ de blé d'Inde à côté

à niaiser, puis à jaser

avec le P'tit Laplante.

Ils se baignent tous les deux

dans un petit ruisseau

près du champ.

L'eau est boueuse,

fait qu'ils sont tout seuls

à se baigner là.

Une bonne fois, le P'tit

Sicotte, puis le P'tit Laplante

viennent de sortir de l'eau,

ils se font sécher

sur le bord du ruisseau,

chacun un bout de feuille

dans la bouche; tout va bien.

Tout à coup, le P'tit Laplante

disparaît,

sans avertir.

Le P'tit Sicotte sait tout de

suite que quelqu'un s'en vient.

Fait qu'il surveille autour,

dans le champ de blé d'Inde.

Il y a rien qui bouge.

Il comprend pas.

Au moment de retourner

au camping,

qu'est-ce qu'il aperçoit?

Une tête.

La tête d'une fille qui sort

du ruisseau devant lui.

Le P'tit Sicotte est tellement

surpris

qu'il est pas capable de parler.

La fille le regarde,

le P'tit Sicotte lui sourit.

Mais elle, c'est comme si

elle avait peur de lui.

Elle finit par lui

sourire un petit peu,

mais ça prend du temps.

Là, la fille sort

un peu plus de l'eau.

Elle a un costume de bain

qui a l'air fait

avec des écailles de poisson.

Elle, c'est une P'tite Gauvin.

Elle s'appelle Maryse.

Maryse Gauvin.

Elle a exactement le même âge

que le P'tit Sicotte.

Elle aussi trouve ça plate

au camping.

C'est la première année

qu'elle vient là.

Sa mère est divorcée, elle s'est

remariée avec un homme

qui est bien gentil avec elle,

puis qui a une roulotte.

Tout de suite, le P'tit

Sicotte la trouve belle.

Elle aussi, il pense,

mais il est pas sûr.

Elle parle pas beaucoup.

Mais crime qu'elle nage,

qu'elle nage bien.

Elle entraîne

le P'tit Sicotte avec elle.

Elle lui montre à mieux nager,

à mieux retenir son souffle,

pouvoir aller plus creux.

Ça prend juste quelques jours.

Il y a des jours,

la P'tite Gauvin peut pas

aller se baigner

avec le P'tit Sicotte.

Les jours où sa mère va faire

l'épicerie en ville,

elle reste avec son beau-père,

elle sort pas de la roulotte.

Pas moyen de savoir pourquoi.

Le P'tit Sicotte va se baigner

avec le P'tit Laplante

dans ce cas-là.

Le lendemain, la P'tite Gauvin

revient se baigner avec lui.

Elle parle un peu moins

à chaque fois.

Mais plus bizarre,

à chaque fois,

les écailles

de son maillot s'étendent

un peu plus sur son corps.

Au bout d'un mois, elle a

des écailles jusqu'au cou.

Ça l'aide à nager encore

beaucoup mieux.

Le P'tit Sicotte est pas

capable de la suivre.

Un jour, la mère doit aller en

ville pour une fin de semaine.

La P'tite Gauvin doit

rester dans la roulotte

avec son beau-père

pendant deux jours.

Le P'tit Sicotte est triste,

même si le P'tit Laplante est

là.

Il est en train de se faire

bronzer au soleil,

sur le bord de l'étang,

quand le P'tit Laplante

disparaît tout à coup.

Le P'tit Sicotte est content

qu'il disparaisse pour une fois

parce qu'il sait

que la P'tite Gauvin s'en vient.

Comme de fait, la tête de

la P'tite Gauvin sort de l'eau

comme la première fois.

La différence

avec la première fois,

c'est que là, sa figure est

maintenant toute couverte

d'écailles.

Le P'tit Sicotte saute tout de

suite à l'eau pour la rejoindre.

Ils descendent en dessous

de l'eau boueuse.

Puis là, ils se retrouvent dans

une eau claire, claire, claire

qui chauffe pas les yeux,

puis dans laquelle

on voit pas embrouillé.

Un moment donné, le ruisseau

s'élargit, puis devient un lac.

Au fond du lac,

il y a plein de monde là

qui nagent, qui font rien.

Des jeunes, des vieux,

plein de monde.

Ils ont tous des écailles,

comme la P'tite Gauvin.

Puis ils ont l'air bien.

La P'tite Gauvin a l'air

contente de les voir.

Le P'tit Sicotte un peu moins.

Il a pas d'écailles, lui.

Mais pire que ça, il commence

à manquer d'air. Mais pas elle.

Elle, elle a hâte

d'aller les voir.

Mais en même temps, elle sait

que le P'tit Sicotte peut pas la

suivre. Puis ça la rend triste.

Sous l'eau,

c'est des bulles d'air

qui sortent de ses yeux

quand elle pleure.

Le P'tit Sicotte aussi

est triste,

mais lui, ses larmes

paraissent pas dans l'eau.

Le P'tit Sicotte

lui prend la main,

puis lui fait signe

de remonter avec lui.

La P'tite Gauvin fait signe que

non. Elle l'embrasse doucement,

puis elle va rejoindre

le monde à écailles.

Le P'tit Sicotte,

lui, a pas le choix,

ses poumons lui font trop mal.

Il remonte à la surface.

Le P'tit Laplante est là,

il a eu peur pour lui.

Peur que le P'tit Sicotte

devienne un fantôme comme lui.

Le P'tit Sicotte continue

de pleurer.

Maintenant, on les voit,

ses larmes.

La P'tite Gauvin est jamais

revenue au camping.

Le lendemain,

la police est venue.

Ils l'ont cherchée partout.

Ils ont interrogé

le P'tit Sicotte

parce qu'il savait

que c'était son meilleur ami.

Le P'tit Sicotte leur a pas dit

où elle était partie, c'est sûr.

Il voulait pas la trahir.

Comme elle était pas

devenue transparente,

comme le P'tit Laplante,

le P'tit Sicotte était sûr

qu'elle était encore vivante.

À moins qu'elle soit morte,

mais qu'elle ait aimé quelqu'un

plus fort que lui,

puis qu'elle soit allée

le rejoindre.

Si c'était le cas,

le P'tit Sicotte pouvait rien.

Il savait déjà qu'il pouvait pas

forcer personne à l'aimer.

Fait qu'il est jamais

retourné au ruisseau.

Il est retourné en ville

livrer des commandes,

il a eu de la peine

tout le reste de l'été.

Quand l'école a recommencé,

il s'est mis à étudier

comme un fou

pour avoir un bon travail

plus tard.

Puis de l'argent en masse.

Pour plus jamais aller

dans un camping.

Puis pour aider une autre

P'tite Gauvin plus tard,

à sortir de sa tristesse.


VINCENT est ému. Il regarde des caribous au loin. La nuit est presque tombée. VINCENT creuse son chemin dans la neige.


VINCENT

(Regardant les branches au loin)

Sont trop loin.

Je me rendrai jamais avant

que le soleil se couche.

Faut que je me fasse un feu.


VINCENT se réchauffe aux côtés d'un feu. Il cuit un oiseau.


VINCENT

Il y a assez d'arbres ici

pour faire du feu

toute la nuit, mes amours.

Le problème, c'est

qu'à chaque fois que j'en brûle,

je m'éloigne

de plus en plus de la route.


VINCENT apparaît jouant le personnage d'un ange qui se parle à lui-même, puis, le personnage du diable. Les deux personnages ne sont pas costumés, mais le premier s'éclaire avec une lampe de poche blanche, et le second, avec une lampe de poche rouge.


VINCENT

(En ange)

Les criminels

s'éloignent toujours

de là où ils veulent aller.

Le sud, c'est par ici,

hein, mon p'tit homme?


VINCENT

Lui, c'est le petit ange

qui se tient là, là.

Comme dans les

Bugs Bunny.


VINCENT

(En ange)

C'est ça.

Là, là. Le petit ange

qui t'avait tout dit

ce qui allait arriver.

Te souviens-tu de l'histoire

du p'tit homme qui fait caca

là où c'est défendu? Là,

il trouve que ça sent pas bon.

Il décide de se sauver,

mais là, en se sauvant,

il pile dans son caca,

il glisse dedans, puis il tombe

assis dans son caca.

Oh! Maudite affaire!

Pas mal beurré, hein,

mon p'tit homme?


VINCENT

(En diable)

Mais Vincent n'est

pas beurré du tout.

Il a eu quelques ennuis,

mais il s'en sort très bien.


VINCENT

Lui, vous avez deviné

c'est qui.


VINCENT

(En ange)

Ah, ah oui. Ah, il va

finir par sortir d'ici.

Mais "d'ici",

c'est autre chose.


VINCENT

(En diable)

Parce que vous croyez

que Vincent se sent coupable?


VINCENT

(En ange)

Mais pourquoi faire un film

pour Maude et Sophie

s'il se sent pas coupable?


VINCENT

(En diable)

Mais voler des gens

alors qu'on est déjà

un millionnaire

n'est pas un crime.

C'est une maladie.

Or, les malades n'ont pas

à se sentir coupables

de leur maladie.


VINCENT

(En ange)

Mais justement, là, là,

le malade a besoin

de calme, de repos.

Une fois reposé, tout va être

plus clair dans sa tête.

Il va remettre l'argent

aux petits épargnants,

il va se rendre à la police,

puis il va aller en prison.

Et quand il va

sortir de prison,

il va se sentir bien...


Le diable rit.


VINCENT

(En diable)

La prison

pour se sentir bien.

Pourquoi pas le...le...

(Mimant un coup de fusil dans la bouche)

Pow!

Vous y avez pensé,

n'est-ce pas, Vincent?

Et avec raison.

C'est sûrement la méthode

la plus rapide

et la moins douloureuse

pour se débarrasser

de tous ses tourments.

L'autre méthode est

moins douloureuse.

Il s'agit de laisser

l'oubli faire son travail,

laisser le temps passer...

idéalement dans

une grande maison

sur le bord de la mer.


VINCENT

(En ange)

Le temps, ça réglera

rien pour Maude et Sophie,

qui vont avoir à vivre

toute leur vie

avec un papa criminel.


VINCENT met des morceaux d'oiseaux cuits dans la bouche du diable et de l'ange. Les deux mangent goulûment.


VINCENT

Ça, pour les faire taire,

c'est aussi bon

que les carottes de Bugs Bunny.

Bon appétit, mes amours.


Plus tard, VINCENT rallume le feu.


VINCENT

Un peu de P'tit Sicotte,

les filles?

OK. Bon.

Le P'tit Sicotte est rendu

à 25 ans.

Mais il est pas tellement

plus grand qu'à 15,

fait qu'on peut pas l'appeler

le Grand Sicotte.

Il étudie la comptabilité,

même université que papa.

Il vient de finir ses cours,

il a son diplôme.

Il est content,

il sera plus pauvre.

Il trouve un travail de

comptable à l'hippodrome.

Il compte l'argent que les gens

ont gagé, puis qu'ils ont perdu.

Fait qu'il manque pas d'ouvrage.

Quand il prend sa pause,

il va dehors.

Là, il voit des gens

qui ont perdu, qui déchirent

leurs tickets, qui pleurent.

Il est triste pour eux autres.

Il leur dit pas qu'il vient

de compter l'argent

qu'ils viennent de perdre.

En parlant avec eux autres,

il se rend compte

qu'il y a deux sortes

de joueurs à l'hippodrome:

il y a ceux qui vont gager là

parce que c'est juste une place

de plus pour aller gager;

puis il y a ceux

qui vont gager là

parce qu'ils aiment les chevaux.

Un soir qu'il jase

de ces joueurs-là

avec le P'tit Laplante,

Laplante a une bonne idée

pour les aider. Il se dit:

Il faudrait acheter un cheval.

Pas le faire courir,

mais le mettre à l'entrée

de l'hippodrome,

puis dire que ceux

qui vont gager sur ce cheval-là

sont sûrs de gagner.

Ils vont pas gagner autant

que ceux qui gagent

sur des chevaux qui courent

quand c'est

des chevaux gagnants,

mais sont sûrs

de tout le temps gagner.

En réalité, le P'tit Sicotte

aurait juste à placer

leur argent à la bourse

et leur redonner

les intérêts de l'argent

qu'ils ont gagé le soir même.

Hé, wow! Le P'tit Sicotte trouve

que le P'tit Laplante est

un génie.

Fait qu'il ramasse

ses économies,

puis il va s'acheter un cheval.

Il en trouve un pas trop cher,

qui s'appelle Palomar.

Il va le voir.

Quand il rentre dans l'étable,

le P'tit Sicotte voit le cheval,

puis il voit une main de fille

qui caresse le cheval.

La fille est de l'autre bord,

fait qu'il la voit pas.

Mais il l'entend par contre. Il

entend ce qu'elle dit au cheval.

Elle sait que le cheval

va être acheté,

puis qu'il va s'en aller.

En lui faisant ses adieux,

elle se met à pleurer.

Puis elle lui dit

que de tous les chevaux

dont elle s'est occupée,

ça a été lui le plus gentil,

celui qu'elle a le plus aimé.

C'est sûr qu'en entendant ça,

le P'tit Sicotte vient tout mal.

Fait qu'il décide de dire

à la fille qu'elle va pouvoir

s'occuper du cheval

pour lui si elle veut.

Fait que le P'tit Sicotte fait

le tour du cheval

par en arrière. Quand il arrive

derrière le cheval,

il la voit enfin. La plus belle

fille qu'il a jamais vue.

Mais plus, elle parle sans

ouvrir la bouche,

puis le P'tit Sicotte comprend

tout ce qu'elle dit.

D'abord, il pense que c'est un

fantôme comme le P'tit Laplante,

mais sa main est pas

transparente.

Elle passe pas à travers

le cheval quand elle le caresse.

Le P'tit Sicotte est émerveillé.

Le cheval, lui, doit sentir

qu'il y a quelqu'un derrière

lui, fait qu'il est nerveux.

Alors, la fille se retourne

pour voir qui est là.

Dès que ses yeux rencontrent

ceux du P'tit Sicotte,

le P'tit Sicotte voit

des étoiles.

Quand il se réveille,

il est dans un lit d'hôpital.

La fille est là, près de lui,

les yeux pleins de larmes.

Le P'tit Sicotte la trouve

encore plus belle

de proche comme ça.

Il va pour lui dire ça,

mais sa bouche ouvre pas

même s'il veut l'ouvrir.

Il la touche avec sa main, puis

il se rend compte que son menton

et sa mâchoire sont

pleins de boulons, puis de vis.

Toujours sans bouger les lèvres,

la fille lui explique

que le cheval l'a rué

dans la figure,

puis qu'il a plein de fractures.

Elle s'excuse encore

pour Palomar.

"Mais t'as pas à t'excuser pour

un cheval,

c'est pas de ta faute."

En lui disant ça,

le P'tit Sicotte se rend compte

qu'il parle comme elle,

sans ouvrir la bouche forcément.

Les deux comprennent

en même temps

que c'est extraordinaire

ce qui leur arrive.

C'est tellement extraordinaire

qu'ils sont obligés

d'appeler ça "l'amour".

Elle s'appelle Francine Goyette.

Comme elle est pas plus grande

que le P'tit Sicotte,

on peut se permettre

de l'appeler la P'tite Goyette.

Elle est pas riche,

comme le P'tit Sicotte.

Le P'tit Sicotte, lui,

reste deux mois

avec la mâchoire boulonnée.

Pendant ce temps-là,

lui et la P'tite Goyette

mettent Palomar devant

l'hippodrome. Puis ça marche.

Ils ramassent les paris

des gens qui aiment les chevaux,

les placent en bourse,

remettent les intérêts,

puis gardent un peu

de sous pour eux.

La première chose

que le P'tit Sicotte fait

quand on lui déboulonne

la bouche,

c'est de se brosser les dents.

La deuxième, c'est embrasser

la P'tite Goyette.

La P'tite Goyette, puis le P'tit

Sicotte finissent

par se marier,

ils ont deux enfants.

Ils se parlent toujours sans

ouvrir la bouche, avec les yeux.

Palomar, lui, continue

de faire des sous, ça va bien.

Ils vivent en ville.

Mais la P'tite Goyette

aimerait ça

avoir une maison à la campagne,

avec une prairie pour Palomar.

Fait que le P'tit Sicotte

achète une grosse maison,

pas loin de la ville,

avec un lac en avant,

puis des arbres tout le tour.

Mais pour la payer,

il doit travailler beaucoup.

Palomar, c'est pas suffisant.

Il se part une entreprise

de placements.

Puis ça va bien,

l'argent rentre,

mais le P'tit Sicotte

travaille beaucoup.

La première fois que lui et

la P'tite Goyette se chicanent,

c'est à propos de ça.

Elle trouve

qu'il travaille trop,

qu'il s'occupe pas assez

des enfants.

Pour la première fois

depuis qu'ils se connaissent,

ils ouvrent la bouche

pour se parler.

Puis plus le temps passe, moins

ils se parlent avec les yeux,

plus avec la bouche.

Le P'tit Sicotte a beau dire à

la P'tite Goyette

qu'il a pas le choix,

qu'il peut pas s'occuper

des enfants comme elle voudrait.

Il doit travailler pour payer

la maison, le lac,

la prairie de Palomar. Mais la

P'tite Goyette veut rien savoir.

Elle menace de le quitter

avec les deux enfants,

puis lui prendre

la moitié de son argent.

Le P'tit Sicotte est découragé.

Il sait plus quoi faire.

Puis en plus, la P'tite Goyette

commence à être malade,

une drôle de maladie.

Elle commence à dire des mots

que le P'tit Sicotte connaît

pas. Puis plus ça va,

plus elle parle sa langue

à elle toute seule,

moins il la comprend.

Le P'tit Sicotte sait

plus quoi faire.

Il passe des heures à jaser

de ça avec le P'tit Laplante,

sans trouver de solutions.

Un jour, le P'tit Sicotte

rentre à la maison

après avoir dit bye

au P'tit Laplante.

Il pense que la femme

qui est dans la cuisine

avec ses filles

est une gardienne.

Mais quand il entend parler

sa langue bizarre par exemple,

il sait que

c'est la P'tite Goyette.

Non seulement

il la comprend plus,

mais il la reconnaît plus.

Là, il se dit que vivre

avec la P'tite Goyette,

c'est comme vivre tout seul,

sans pouvoir parler

au P'tit Laplante.

C'est là qu'il décide d'aller

vivre tout seul, tout seul.

Ses enfants vivent avec lui

une fin de semaine sur deux.

Le reste du temps, c'est le

P'tit Laplante qui vit avec lui.

C'est pas l'idéal,

ni pour les enfants

ni pour le P'tit Laplante.

Mais c'est quand même mieux

que de vivre tout le temps avec

la P'tite...


VINCENT émet des sons pour imiter la langue de la P'tite Goyette.


VINCENT

C'est comme ça que

la P'tite Goyette disait

qu'elle s'appelait

dans sa langue.


VINCENT émet des sons de nouveau.


VINCENT

Bonne nuit, les filles.

Papa est fatigué.

Il commence à faire froid ici.


VINCENT met son capuchon. Le lendemain matin, le visage de VINCENT est couvert de givre.


VINCENT

Bon matin, les filles!

Il fait beau ce matin, hein?


VINCENT creuse encore son chemin dans la neige.

Un avion passe dans le ciel.


VINCENT

Un petit peu plus vite.

C'est peut-être mon ami

avec son avion.

On va se dépêcher.


VINCENT joue maintenant le rôle d'un pilote d'avion avec un accent italien.


VINCENT

(En pilote d'avion)

Hé, Vince, mon chum,

es-tu prêt?

On décolle, là.


VINCENT

Non, pas tout à fait.


VINCENT

(En pilote d'avion)

Une minute.

Laisse virer le moteur.

Laisse-le virer,

qu'est-ce qu'il y a, Vince?

Il y a-tu un bogue?


VINCENT

Je me demande si...

si je devrais pas me rendre

à la police.


VINCENT

(En pilote d'avion)

What the quessé?

Es-tu en train de faire

une dépression, toi?


VINCENT

Je pense que les filles vont

plus me pardonner

si je décide de me rendre.

Puis je vais les voir plus

souvent aussi.


VINCENT

(En pilote d'avion)

Bien oui, sure, Vince.

C'est sûr, ça.

À chaque visite, elles vont se

faire fouiller par des matrones,

passer dix portes à barreaux,

se faire regarder

par des pédophiles

ou des hommes qui ont pas vu

des femmes depuis des années.

Tout ça juste pour te voir

dans ton suit à stripes.

Bien oui, c'est sûr,

ça va être plus facile

pour elles de te pardonner.

Face it, man.

Pour leur dignity.

Laisse-moi donc

te "flyer" là-bas.


VINCENT

Elles vont peut-être aussi

admirer ma dignité à moi,

mon courage si je décide

de me rendre.


VINCENT

(En pilote d'avion)

Bullshit!


VINCENT

Puis la honte de venir me voir

va durer seulement le temps

de purger ma peine.

C'est pas la prison à vie

que je risque, là.


VINCENT

(En pilote d'avion)

Bien non, pas la prison

à vie, mais au moins...


VINCENT

Dix ans.


VINCENT

(En pilote d'avion)

Bien, voyons donc!

C'est pas des gommes ballounes

que t'as volées,

c'est 100 millions de dollars!


VINCENT

Bien, d'après mes avocats,

détournement de fonds,

première offense.

Dix ans, c'est le maximum

prescrit par la loi.

Puis si je me tiens tranquille,

je peux être libéré

après 18 mois de prison.


VINCENT

(En pilote d'avion)

Ouais... Vu comme ça...

100 millions de dollars,

18 mois, ça, ça fait...


VINCENT

17,122$ de l'heure.

24 heures par jour.


VINCENT

(En pilote d'avion)

Ouais... On peut dire que

c'est un salaire raisonnable.


VINCENT

Ça, c'est à condition

que je garde l'argent.


VINCENT

(En pilote d'avion)

Quoi? Qu'est-ce que je suis

en train d'entendre, là?

Remettre l'argent?

Voyons donc, t'es-tu malade?

Mais y as-tu pensé?

Y as-tu pensé avec tes reins?

Qu'est-ce qui va se passer si

tu fais ça en sortant de prison?

Hein? Bien, à part

tes filles, puis encore,

il y a personne qui va

te "truster".

Il y a personne qui va aller

en business avec toi.

Puis en plus, t'auras plus

une maudite cenne.

Penses-y donc un peu.

OK, OK, OK pour la prison. OK.

Mais là, remettre l'argent,

franchement, Vince!

Est-ce qu'on demande à un

assassin de "résurrecter"

ses victimes avant

de le mettre en prison?

Regarde, là, Vince:

t'es déjà en prison ici.

T'es déjà en train de payer

pour ce que t'as fait.

Hein? Fait que finis ton temps,

puis viens me rejoindre

dans le cockpit.


Le pilote d'avion s'en va.


VINCENT

De toute façon, je peux rien

décider avant de sortir d'ici.


VINCENT monte la pente enneigée. Le soir commence à tomber.


VINCENT

(Essouflé)

Il reste seulement 10 mètres.

C'est un peu plus dur ici.

Je te dis que je vous aime.


VINCENT gémit d'effort.


VINCENT

On va l'avoir!

Merci, mes amours! Merci! Wô!


VINCENT s'accroche à des branches dans la pente.


VINCENT

Entendez-vous?

Il y a quelqu'un qui s'en vient.

J'aurai même pas besoin

de marcher jusqu'au camion.

Hé, là!


VINCENT crie alors qu'une souffleuse souffle un tas de neige dans la pente et recouvre ainsi VINCENT. Seule sa tête dépasse maintenant de la neige.


VINCENT

On voit même plus

les petites branches.

La nuit s'en vient, puis

il fait de plus en plus froid.

Papa, il sait plus, là.


VINCENT grelotte.


VINCENT

Bon, bien, là...

Je peux plus

m'en faire accroire.

Je peux plus vous en faire

accroire non plus.

J'ai fini de vous parler

comme à des petits épargnants.

Fini le film

au lieu de vous parler en face.

Tout ce qui me faisait peur

s'engourdit tranquillement.

J'ai plus peur.

J'ai même plus peur de voir

vos petits yeux

qui feraient semblant

de m'aimer.

Qui feraient comme

si j'avais rien fait,

même si vous savez

que je suis un criminel.

J'ai plus peur du tout.

C'est juste que...

je me sens coupable.

Je pensais que le froid

engourdirait ça aussi,

mais non.

Je me sens coupable

de vous avoir abandonnées,

puis de vous avoir menti.


VINCENT grelotte.


VINCENT

Il y a juste une chose

que je veux que vous sachiez.

C'est que je vous aime.

De plus en plus.

Malgré qui je suis.


VINCENT pleure. Puis, il fait un salut à la caméra et l'éteint.


VINCENT est maintenant sous la neige.


VINCENT

Regardez, les filles,

ce que j'ai trouvé.

Tantôt, il y avait quelque chose

qui me picossait

dans le dos.

Fait que là, j'ai gratté,

puis j'ai trouvé

une petite branche.

Fait que là, mon plan,

c'est de creuser un tunnel,

puis d'aller de branche

en branche

jusqu'à tant que je remonte

à la surface, au chemin,

pour aller vous retrouver.


VINCENT cogne contre le toit du tunnel et perce une ouverture.


VINCENT

Les filles, je vois dehors.

On voit dehors! Youhou!


Il pousse des cris de joie. On voit la lune au travers du trou.


VINCENT

Oui! Oui!

On l'a, les filles! On l'a.


VINCENT se baigne maintenant dans une mer tropicale. Il nage jusqu'à la plage.


VINCENT

Wô! Allô, mes amours!

Ça y est, je suis enfin

au chaud, puis ça fait du bien.

Beaucoup de bien même.

Puis on dirait que la chaleur

me fait encore plus

penser à vous deux.

J'ai beaucoup pensé

à la prison, aussi,

depuis que je suis arrivé.

De plus en plus, à chaque jour.

Pourquoi? C'est bien simple.

Parce que j'y suis.

Je suis en prison ici.

Une prison de luxe,

mais prison quand même.

Venez, je vais

vous la faire visiter.


VINCENT filme des images de la ville où il se trouve en roulant en voiture.


VINCENT

Ici, c'est sûr,

la police peut pas

venir m'arrêter.

Mais il faudrait pas que

j'essaie de partir par exemple.

Bien non.

Peu importe le pays où j'irais,

je me ferais arrêter

en débarquant de l'avion.

Tiens.

On arrive à ma prison.


Il arrive à une maison cossue. Un garde de sécurité l'accueille.


VINCENT

(Propos en anglais)

Hello. Vincent Lemieux.

225 Ocean Drive.


GARDE DE SÉCURITÉ

(Propos en anglais)

OK, M. Lemieux.

Have a wonderful day.


VINCENT

(Propos en anglais)

Thank you very much.


VINCENT

Les gardes, dans ma prison,

sont pas là

pour m'empêcher de me sauver,

ils sont là pour me protéger.

Au cas où un petit épargnant

déciderait de se venger.

Mais c'est des gardes pareil.

(Montrant la jolie grille devant chez lui)

Ça, c'est ma cellule.

Depuis que je suis enfermé ici,

je sais que la prison, ça sert

pas à se sentir moins coupable.

Au contraire.

La prison, ça fait juste

te remettre sur le nez

que t'es coupable,

à chaque seconde.

Même si je remettais l'argent

aux petits épargnants,

je resterais coupable

aux yeux de tout le monde,

puis il faudrait quand même

que j'aille en prison.

Fait que je me suis

fait à l'idée,

je vais y aller en prison.

Il reste juste une question

par exemple.


VINCENT est entré dans sa cour tout en parlant. Il y a une piscine creusée.


VINCENT

Où?

Où je vais aller?

Dans quelle prison?

Dans quelle prison

vous allez venir me voir?

Si ça vous tente

encore de me voir.

Si ça vous tente encore,

on a le choix.

On a le choix entre ici

et le Canada.

Moi, ça me dérange pas.

C'est pour vous.

Mais c'est sûr qu'ici,

ça serait plus agréable

qu'une vraie prison au Canada.

Mais vous seriez souvent

en avion.

Au Canada,

ça serait moins agréable,

mais vous auriez pas à voyager.

C'est pas facile, hein?

Pas facile de décider

si on l'a pas essayé.

Fait que je vous propose

de l'essayer.

Je vous propose de venir ici

avec moi

pour qu'on en discute

ensemble de prison.

Pour qu'on décide ensemble

où je dois aller. OK?

Fait que là, je vais

vous montrer où on va habiter

tout le temps

qu'on va parler de ça.


VINCENT montre une cuisine, puis un salon luxueux.


VINCENT

Ici, c'est la cuisine.

Le salon.

Comme vous voyez, on manquera

pas d'espace, hein?


VINCENT se filme dans la grande salle de bain.


VINCENT

Allô, les filles!

Allô!

Maintenant, on va aller

voir votre chambre.

Ici, ça pourrait être

ta chambre, Maude.

Il y a deux lits

dans chaque chambre.

On va les garder, au cas où

vous inviteriez une amie.

Maintenant, on va aller voir

la chambre de Sophie.

C'est sûr qu'il faudrait

qu'on décore un petit peu

si vous décidez

que je reste ici.


VINCENT est maintenant dehors.


VINCENT

Mais on va pas discuter

de prison sans arrêt

si vous venez me voir.

On va s'amuser aussi.

Il y a des enfants

de votre âge tout le tour.

(Montrant la maison voisine)

Ici, derrière,

il y a un monsieur

qui faisait des affaires

en Colombie avant de vivre ici.

Il vit avec sa femme, il a deux

garçons de ton âge, Sophie,

puis une petite fille

de ton âge, Maude.

(Montrant une autre maison)

Puis de l'autre côté de la rue,

il y a les petits-enfants

d'un ancien premier ministre

du Canada. Sont bien, bien fins.

Bon, bien...

on a fait le tour des lieux.

J'espère que ça va vous tenter

de venir me voir.

J'espère beaucoup, beaucoup.

Un dernier épisode de la vie

du P'tit Sicotte peut-être?

Avant que je vous envoie

mon film?


VINCENT est maintenant assis dans une chaise longue au bord de sa piscine. Il est bronzé.


VINCENT

Le P'tit Sicotte est toujours

aussi petit,

même s'il a mon âge.

Il est petit,

mais son compte en banque, lui,

est loin d'être petit.

Le P'tit Sicotte est

plusieurs fois millionnaire,

il a beaucoup d'amis.

Les millions,

ça attire beaucoup les amis.

Mais le P'tit Sicotte sait

que c'est pas des vrais amis.

Il sait que son seul ami

est un fantôme,

puis qu'il serait tout seul

au monde sans lui.

Puis ça,

c'est son gros problème.

Parce que depuis

que le P'tit Sicotte est riche,

le P'tit Laplante arrête pas

de le chicaner.

En tant que fantôme, le P'tit

Laplante peut aller partout

sans être vu. Puis il a vu

comment le P'tit Sicotte a fait

ses millions.

Puis il sait qu'on

peut pas être millionnaire

en étant tout le temps honnête.

Fait que le P'tit Laplante

manque pas une occasion

de rappeler au P'tit Sicotte

combien il y a de mauvais

millions

dans son compte de banque.

Des millions qui ont fait mourir

plein d'enfants aux Indes.

À la longue,

le P'tit Sicotte est tanné

de se faire mettre ça sur

le nez par le P'tit Laplante.

Fait qu'il dit d'arrêter,

sinon il va arrêter d'y parler.

Là, le P'tit Laplante

le regarde, l'air triste,

puis il dit: "Non, non, non.

C'est moi qui veux plus te

parler et qui veux plus te

voir du tout. Puis ça,

tant que t'auras pas fait

quelque chose de correct

avec ton argent."

Le P'tit Sicotte le croit pas.

Il dit: "Bien, va-t'en!

Si t'es pour m'achaler

tout le temps de même,

t'es aussi bien de t'en aller."

Il pense que

le P'tit Laplante l'aime trop

pour faire ce qu'il dit

qu'il va faire. Bien non.

Le P'tit Laplante disparaît.

Le P'tit Sicotte pense qu'il va

revenir, mais il revient pas.

Pour la première fois de sa vie,

le P'tit Sicotte

se retrouve tout seul

quand il est tout seul.

Il vient triste,

il dort plus, il mange plus.

Quand il dort,

il fait des cauchemars.

Il rêve au P'tit Laplante

qui s'amuse avec les fantômes

des petits Indiens qui sont

devenus fantômes

à cause du P'tit Sicotte.

Au bout d'un mois,

le P'tit Sicotte en peut plus.

Il tourne en rond

dans son château.

Il veut plus rencontrer ses

faux amis, il en veut un vrai.

Il rappelle le P'tit Laplante

pour lui demander quoi faire

avec son argent.

Mais le P'tit Laplante

revient pas.

Le P'tit Sicotte réfléchit.

Il pense aux enfants

qu'il a fait mourir.

Il décide d'aller voir

leurs parents pour s'excuser.

Il prend l'avion,

puis il arrive aux Indes.

Là, quand il arrive là,

il a un choc.

Il voit encore plein d'enfants

qui meurent de faim

ou qui travaillent

12 heures par jour

à coudre des robes de Barbie.

Le P'tit Sicotte fait ni

un ni deux,

puis il décide

de tout donner son argent

pour fabriquer des collèges,

payer des professeurs

et nourrir les enfants qui sont

pas encore morts de faim.

Tant qu'il reste de l'argent

dans son compte de banque,

le P'tit Sicotte est

pas soulagé.

Fait qu'il dépense,

dépense, dépense.

Son compte baisse,

baisse, baisse.

Puis là, un bon jour, oups!

Tout à coup,

le P'tit Sicotte se sent mieux.

Pour la première fois

depuis longtemps,

depuis très longtemps,

il regarde dans son compte

de banque: l'argent qui reste

correspond à l'argent

qu'il a besoin pour vivre.

C'est le bonheur.

Le P'tit Sicotte ferme les yeux

pour mieux en profiter.

Quand il les rouvre,

le P'tit Laplante est là,

devant lui.

Là, ils se sautent

dans les bras, puis ça fait ça.

Une chance qu'on sait

qu'il est en train

de serrer son meilleur ami,

sinon il aurait l'air bien

niaiseux. Mais il s'en sacre.

Il se sacre d'avoir

l'air niaiseux,

puis il serre plus

fort son ami qui est revenu.

Il serre fort pour plus jamais

qu'il s'en aille.


VINCENT est ému.


VINCENT

J'espère pouvoir conter

le prochain épisode

avec vous deux devant moi.

Parce que...

... parce que je suis pas mal

tanné de parler à une caméra.


VINCENT est maintenant dans son bureau et montre à la caméra l'enveloppe qu'il va poster à ses filles.


VINCENT

Bon, bien, ça y est.

Le film est fini pour vrai.

Il me reste juste

à vous l'envoyer.

Peut-être que vous allez

être tannées aussi

de me regarder à la télé,

puis vous allez accepter

mon invitation.

En tout cas, moi,

je vais vous attendre.

Ou je vais attendre

votre réponse,

si jamais ça vous tente pas

de venir me voir ici.

Mais peu importe

ce que vous allez décider,

j'ai très hâte de l'entendre.

J'ai hâte d'entendre toutes

vos idées, toutes vos idées

par rapport à notre avenir

à tous les trois.

À plus tard, mes amours.


VINCENT embrasse l'enveloppe et souffle un baiser à ses filles.


Le générique de fermeture défile, affichant les noms sur un bloc-notes électronique.


VOIX DE ROBERT MORIN

Là, on est bien, là.

Les grenouilles et tout, là.

Mais maudit qu'il a fait frette.

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