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Le fils de l'épicier

Quand Antoine propose à Claire, sa meilleure et seule amie, de lui prêter de l’argent, il est loin d’imaginer où le mènera sa promesse. Car de l’argent, Antoine n’en a pas. À trente ans, il traîne une existence jalonnée de petits boulots et de grosses galères. Pour tenir sa parole, il n’a d’autre choix que d’accepter de remplacer son père, épicier ambulant, parti en maison de convalescence après un infarctus.



Réalisateur: Éric Guirado
Acteurs: Nicolas Cazalé, Clotilde Hesme, Daniel Duval
Année de production: 2007

Accessibilité
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VIDÉO TRANSCRIPTION

ANTOINE descend dans un métro et attend son train. Tandis qu'il attend, il se remémore des souvenirs de son enfance, passés avec son père. Ces souvenirs nous sont présentés sous forme de petits clips tournés en Super 8.


Titre :
Le fils de l'épicier


ANTOINE sort du métro.


Plus tard, ANTOINE se rend à l'hôpital et aperçoit sa mère dans le corridor. Sa mère le serre dans ses bras.


ANTOINE

Ça va?


ANTOINE regarde par-dessus l'épaule de sa mère et aperçoit son père sur un lit l'hôpital. FRANÇOIS, le frère d'ANTOINE, est à son chevet.


MME SFORZA

La peur

qu'il m'a faite.

Bien, entre.


ANTOINE

Je le vois, là.


ANTOINE discute avec sa mère et son frère dans la salle d'attente.


MME SFORZA

Il remplissait le camion

et il est tombé comme ça,

vouf, devant l'épicerie.

La cagette à la main.

Heureusement

que t'étais là, hein?

Moi, j'étais dans la réserve.

Je l'aurais retrouvé mort

dans la rue, c'est sûr.


FRANÇOIS

Déjà dimanche midi,

il se plaignait

qu'il avait une douleur au bras

gauche. J'aurais dû me douter.


ANTOINE

Ça va, il est pas mort

non plus.


MME SFORZA

Comment je vais faire, moi?

Je vais pas pouvoir

ouvrir, hein.

Il faut combien de temps

pour se remettre de ça?

Ils nous disent rien ici.

Et ce soir? Mais ils vont jamais

vouloir que je reste ici.


FRANÇOIS

Bon, ça va, maman.

Tu nous fatigues, là.

Antoine va s'occuper

de toi. Hein?

(S'adressant à ANTOINE)

Tu peux faire ça, non?


ANTOINE

Oui.


Plus tard, ANTOINE retourne dans son appartement avec sa mère.


ANTOINE

Mais rentre.

Oh.

Tu veux boire quelque chose?


MME SFORZA

Oh, t'embête pas.


ANTOINE

(Impatient)

Est-ce que tu veux boire

quelque chose?


MME SFORZA

Bien, un petit café, alors.


ANTOINE

Voilà.

Reste pas comme ça.

Assieds-toi. Attends, attends.


ANTOINE retire une pile de vêtements de sur un pouf. MME SFORZA s'y assoit.


MME SFORZA

Tu viens d'emménager?


ANTOINE

Non.


MME SFORZA

Tu vis seul?


ANTOINE

Oui.


ANTOINE ouvre une armoire et soupire.


ANTOINE

Bon, je n'ai plus de café.

Je reviens.

Fais comme chez toi.


ANTOINE sort de chez lui et va cogner à la porte de l'appartement du dessous. CLAIRE ouvre la porte tout en continuant une conversation au téléphone.


CLAIRE

(Au téléphone)

Oui. Mais si vous me

l'enlevez, je fais comment, moi?

Ah oui?

Oui, oui, je comprends.

Non, mais ce que je comprends,

c'est que j'aurais dû travailler

au black, c'est ça? Oui. Non.

Oui, c'est très bien...


ANTOINE prend du café dans la cuisine de CLAIRE et s'en va.


ANTOINE

À tout à l'heure.


CLAIRE

(Au téléphone)

Vous faites très bien

votre travail, madame.

C'est très gentil. Merci.


ANTOINE retourne chez lui.


MME SFORZA

Ton frère pensait que t'avais

pas de travail.

Alors, peut-être t'aurais...


FRANÇOIS

Bien sûr, bien sûr.

Il habite à côté de chez toi.

Il peut pas t'aider, lui?


MME SFORZA

Mais on t'aurait payé.


ANTOINE

Tu sais, maman, je me suis pas

cassé il y a dix ans

pour qu'on vienne me faire chier

avec tout ça aujourd'hui, hein.

Alors, vos histoires...

Moi, j'ai un travail,

un appart, c'est bon.


À un autre moment, ANTOINE prend le métro en courant. Il court ensuite jusqu'à la salle des employés d'un restaurant, enfile rapidement un costume de serveur et va rejoindre le reste de ses collègues près du bar. Le gérant parle à son équipe.


GÉRANT

Il faut voir les

chiffres. Ils sont brillants.

Je pense que c'est dû à

l'accueil. Donc, sourire, hein?


ANTOINE

Excusez-moi.


GÉRANT

Sforza.

C'est quoi l'excuse,

cette fois? Hum?


ANTOINE

Problème de famille.


GÉRANT

Bien sûr. Ça fait

déjà deux fois

depuis le début de la semaine.

Ta chemise.

Bon, allez. On ouvre les portes.


Le gérant claque des doigts et son équipe se disperse.


GÉRANT

Antoine, on est à la bourre, là.

Il est 11h30.

Tu veux dresser les tables

derrière, s'il te plaît?


ANTOINE

C'est pas mon secteur, là-bas.


GÉRANT

Bien, il manque un serveur

aujourd'hui. Alors, tu prends

un peu d'initiative.

Allez, tu t'y colles.


Le gérant claque des doigts à nouveau.


ANTOINE

Ça fait deux fois que

tu me claques des doigts.


GÉRANT

Ça te pose un problème?


ANTOINE

C'est pas comme ça

qu'on parle aux gens.


GÉRANT

Si ça te va pas,

c'est la même chose, hein.


Dans sa chambre d'hôpital, M. SFORZA discute avec MME SFORZA.


M. SFORZA

Pourquoi tu restes ici?

Tu crois que la boutique va

tourner toute seule?


MME SFORZA

François, il est rentré.

Il va s'en occuper un peu

en attendant.


M. SFORZA

François.

Et l'autre qui est

même pas venu me voir.


MME SFORZA

Il est passé,

quand tu dormais.


M. SFORZA

Ah oui?

En tout cas, tu... tu ouvres

la boutique demain matin.

Et pour le camion, tu dis

à tout le monde que Sforza

sera bientôt sur pied.


Plus tard, ANTOINE est assis avec HASSAN devant l’épicerie de ce dernier. CLAIRE sort de l'épicerie en s'ouvrant une bière.


CLAIRE

Eh bien,

ça bosse dur, les gars.


HASSAN

Hé, je te la mets

sur ta note, la bière?


CLAIRE

T'es pas obligé.


ANTOINE prend une pomme sur un étalage et croque dedans.


ANTOINE

Elles sont pas bonnes,

tes pommes, Hassan.


HASSAN

Va bouffer les figues

à ta soeur, si elles sont

pas bonnes, mes pommes.


ANTOINE

Regarde-moi, ça. T'as vu

à quelle vitesse ils ont monté

leur business?

Si tu m'avais fait

confiance, ce soir, on aurait

marqué "Chez Hassan et Antoine".


HASSAN

Essaie de garder un boulot

trois mois et on reparle après.

Toute façon, toi, t'es pas

fait pour le commerce,

hein. T'as pas le...


Une cliente entre dans l'épicerie.


CLIENTE

Bonsoir.


HASSAN

Bonsoir.

(S'adressant à ANTOINE)

T'as pas le truc avec les gens.

Par exemple, la dame, là,

qui est rentrée, tu lui

as dit bonsoir?


ANTOINE

Je vais pas lui dire bonsoir.

Je la connais pas.


HASSAN

Tu crois que moi je connais

tous les clients qui rentrent.


ANTOINE

Oui.


HASSAN entre dans l'épicerie et s'occupe de sa cliente.


HASSAN

À demain.

(S'adressant à ANTOINE)

Bonne soirée.


ANTOINE

Bonsoir!


HASSAN

Bien, tu vois? C'est

le métier qui rentre.


ANTOINE

Oui.


HASSAN

Dis-moi, ça tient

toujours pour ce soir?

Sinon, je t'installe

un matelas derrière.


ANTOINE

Laisse tomber. Ça y est,

on s'est arrangés comme ça.

C'est elle qui m'a proposé.

Ça lui fait plaisir.


HASSAN

Elle est chaude.


Plus tard, ANTOINE est dans l'appartement de CLAIRE et se gonfle un matelas pneumatique. CLAIRE sort de la douche et ANTOINE l'entrevoit en train de se changer.


CLAIRE

Mais Hassan,

il pouvait pas t'héberger, là,

dans sa pièce de derrière?


ANTOINE

Bien non.

Je lui ai demandé,

mais il m'a dit qu'il y avait

plein de cartons derrière.

Si je le mets là,

à côté du frigo, ça va?


ANTOINE

Oui, oui.

Et ton père, au fait, ça va?


ANTOINE

Bien, il faut voir.

S'ils lui greffent un coeur

d'homme, ça va faire bizarre.

Toi, tes révisions?


CLAIRE

Oh là là, j'en ai marre.

Non, mais attends. Le bac,

c'est bien à 18 ans. Après...

par correspondance,

c'est trop dur.

Trop chiant.

Je suis toute seule, là.

Je bosse le jour,

je révise la nuit.


ANTOINE

Si t'as pas le bac, tu pourras

pas rentrer à l'école.


CLAIRE

Non, je vais laisser tomber.

C'est trop tard,

puis c'est tout.

Je suis trop vieille.


CLAIRE rejoint ANTOINE et se couche.


MME SFORZA est dans la chambre d'ANTOINE. Elle entend ANTOINE et CLAIRE se souhaiter bonne nuit.


Le lendemain, MME SFORZA est assise seule à un café.


ANTOINE va porter une bière à HASSAN, qui pose des bacs de fruits devant son épicerie.


ANTOINE

Tiens. Je te la pose là.


HASSAN

Merci, mon ami.

Alors, cette nuit avec Claire?


ANTOINE

Alors... Alors quoi?

Je crois qu'elle est pas

bien ici. Elle besoin

de prendre l'air.


HASSAN

Bien, fais-lui prendre l'air.

C'est pas compliqué,

elle a besoin d'air.

Alors, si tu veux

lui faire plaisir,

tu lui fais prendre l'air.

T'es toujours en train

de lui renifler le cul,

mais tu lui proposes rien.

Alors, fais quelque chose

de concret. Pour une fois.


Plus tard, à l'hôpital, ANTOINE cogne doucement à la porte de la chambre de son père. MME SFORZA est au chevet du lit.


Plus tard, ANTOINE discute avec sa mère dans la salle d'attente.


ANTOINE

Tu sais, j'ai

réfléchi. Je pense que

je vais pouvoir venir t'aider.

Oui, je... je vais changer

de boulot, là.

Alors, comme j'ai un peu

de temps, autant que

je vienne t'aider.


MME SFORZA sourit.


ANTOINE

Du coup, tu crois

que tu pourrais me

prêter un peu d'argent?


Plus tard, ANTOINE rencontre CLAIRE à la terrasse d'un café.


ANTOINE

Ça va?


CLAIRE

Oui.


ANTOINE donne de l'argent à CLAIRE.


ANTOINE

Tiens.


CLAIRE

Mais c'est quoi?


ANTOINE

Tiens, tiens, prends-le.


La serveuse arrive pour prendre la commande.


ANTOINE

Ça va?


SERVEUSE

Oui, toi?


ANTOINE

Oui. Je vais

prendre un café. Merci.


La serveuse s'en va.


ANTOINE

C'est pour te dépanner.

Ça paiera ton loyer

et ton inscription en Espagne.

Tu me dois rien.


CLAIRE

Mais non, il faut

que je te rembourse, quand même.


ANTOINE

C'est pas grave, on verra.

C'est pas ça qui est important.


CLAIRE

Bien, merci.


Plus tard, ANTOINE est dans un train. CLAIRE dort à côté de lui. ANTOINE la regarde dormir.


Arrivés à la gare, ANTOINE et CLAIRE débarquent du train.


ANTOINE

Il va pas tarder.


ANTOINE et CLAIRE attendent un moment. FRANÇOIS vient les chercher en décapotable. ANTOINE et CLAIRE montent dans la voiture.


Le trajet se déroule sans aucun mot. FRANÇOIS fait jouer de la musique techno à plein volume dans sa voiture.


Arrivé au village, FRANÇOIS arrête la voiture devant l'épicerie familiale. MME SFORZA les accueille.


CLAIRE

Bonjour, madame.


MME SFORZA

Bonjour.


CLAIRE

Claire. Enchantée.

(S'adressant à ANTOINE)

T'avais pas prévenu ta maman?


MME SFORZA

Si, si, mais

il m'avait dit qu'il

serait peut-être accompagné.


FRANÇOIS sort les valises de la voiture.


FRANÇOIS

Bon, Antoine, ne m'aide pas,

surtout, hein?


FRANÇOIS fait la bise à sa mère.


FRANÇOIS

Ça va?


MME SFORZA

Merci. Merci.


FRANÇOIS

Bon, je file. À plus tard.


MME SFORZA

(S'adressant à ANTOINE)

Tu ne m'embrasses pas?


ANTOINE fait la bise à sa mère.


ANTOINE

Ça va?


MME SFORZA

Oui.


FRANÇOIS repart. ANTOINE et CLAIRE suivent MME SFORZA dans l'épicerie.


CLAIRE

Donc, là, tu joues

à la marchande?


MME SFORZA

Ça, il a jamais

vraiment aimé ça, hein!

Vous avez fait un bon voyage?


ANTOINE et MME SFORZA vont discuter dans l'autre pièce. CLAIRE regarde les différents items en vente sur les étagères.


MME SFORZA

Vous voulez pas boire

quelque chose vite fait?


ANTOINE

Je vais aller

me changer là-haut.


CLAIRE prend les bagages et rejoint ANTOINE et sa mère.


MME SFORZA

Je vais vous monter

vos bagages.


ANTOINE

Je vais le faire, maman.

(S'adressant à CLAIRE)

Prête-moi mon sac.


CLAIRE

Merci.


ANTOINE

Hop.


ANTOINE monte jusqu'à sa chambre. CLAIRE se rend à la chambre d'amis.


CLAIRE

Bon, bien,

je suis là, je crois.


MME SFORZA

Mais vous partagez pas

la chambre d'Antoine, là?


CLAIRE

Ah bien, non. Non,

non, non. On dort pas ensemble.


MME SFORZA

Ah bien, c'est bien.

C'est rare, mais c'est bien.

Je vais vous ouvrir.


MME SFORZA ouvre la fenêtre de la chambre.


CLAIRE

Oh, wow! Oh là là!

Ho-ho!


MME SFORZA

On est bien, là, hein?


CLAIRE

Oh, bien, oui!


MME SFORZA

Bon, bien, je vais

débarrasser ça, parce que--


ANTOINE

Ils sont où, mes affaires?


MME SFORZA

Euh... Ton père a tout jeté.

Mais...

Je t'ai sauvé quelques trucs.


ANTOINE

C'est gentil.


De sa fenêtre, CLAIRE admire le paysage.


En soirée, ANTOINE, CLAIRE et MME SFORZA prennent leur repas.


ANTOINE

(S'adressant à CLAIRE)

Tu veux du vin?


CLAIRE

Oui.

(S'adressant à MME SFORZA)

C'est délicieux!

Merci.

Oh là là, c'est trop bon.


MME SFORZA

T'en veux encore?


MME SFORZA

Oh. Non, non, non.

Non... J'ai assez mangé, hein.


MME SFORZA sert une autre assiette à CLAIRE.


CLAIRE

Oh là là.

Ah, non, non.

Non, moi, je vais

m'arrêter là, hein.

Ça vous dérange pas

si je monte travailler un peu?


MME SFORZA

Bien non.


CLAIRE

Merci. Merci encore,

hein. C'était bon.


ANTOINE

(S'adressant à MME SFORZA)

Je vais en prendre

un petit peu, moi.


CLAIRE se lève de table.


ANTOINE

(S'adressant à CLAIRE)

À tout à l'heure.


CLAIRE

Oui.


MME SFORZA

Elle est mignonne, hein?

Elle a l'air très gentille.


Plus tard, CLAIRE travaille dans sa chambre. Elle entend ANTOINE écouter de la musique métal.


CLAIRE

Il va se calmer, lui?


CLAIRE ouvre la porte de sa chambre.


CLAIRE

(Criant)

Antoine! Oh!

Antoine!

Tu peux pas baisser?

J'arrive pas à bosser.


ANTOINE

Quoi?


ANTOINE ouvre la porte de sa chambre et baisse le volume.


CLAIRE

Tu peux pas baisser?


ANTOINE

Ça dérange?


CLAIRE

(Chuchotant)

Oui.


ANTOINE

Je baisse un peu.


CLAIRE

(Chuchotant)

Oui! Merci!


La nuit venue, CLAIRE glisse son doigt le long d'une fissure sur le mur. Son cœur bat très vite.


Plus tard, ANTOINE cogne à la porte de la chambre de CLAIRE. Celle-ci est endormie, un livre à la main et la radio ouverte.


ANTOINE

Claire?


CLAIRE se réveille.


ANTOINE

(Chuchotant)

Tu dormais?

C'est toi qui écoutes la radio?


CLAIRE

C'est trop calme ici.


ANTOINE rit.


ANTOINE

Tu t'y feras.

Je vais aller me coucher.


CLAIRE

Bonne nuit.


ANTOINE

Bonne nuit. À demain?


CLAIRE

Oui.


Le lendemain, ANTOINE ouvre la porte du garage et monte dans la camionnette de l'épicerie. Il tâtonne autour de lui, ouvre le coffre à gants et y trouve une vieille photographie de son père. Sous la photo, on peut y lire: «Lavore Per Se, Lavore Per Tre».


ANTOINE

N'importe quoi.


ANTOINE démarre la camionnette. Le moteur a de la difficulté à partir.


Plus tard, ANTOINE arrête la camionnette devant un garage, où il est accueilli par FERNAND.


FERNAND

Antoine.


ANTOINE

Ça va?


FERNAND

Oh, merde, alors!

On t'as pas vu depuis...


ANTOINE

Longtemps, hein?


FERNAND

Fan de la ville.

Ça va?


ANTOINE

Oui.

Je suis venu acheter le garage.

Pour faire une boîte de nuit.


ANTOINE rit.


FERNAND

(Riant)

Tes conneries.

Déjà que ma femme,

elle veut que je vende.

Il y a des Anglais

qui sont venus pour acheter.

Eh bien, moi, je leur ai

dit "fuck you".

La tête de mon père

dans sa tombe s'il me

voit vendre. T'imagines?


ANTOINE

Il y a des problèmes

avec le vieux tacot. Il cale.


ANTOINE redémarre la camionnette. Le moteur émet des grincements.


FERNAND

Je vais te regarder ça.


ANTOINE

Il faut qu'il marche.

Je dois remplacer mon

père quelque temps.


FERNAND

Bien, tu parles! Je suis

au courant. Ta mère, elle

nous a mis une tête comme ça.

Un peu plus, elle convoquait

la fanfare pour ton arrivée.


VOIX DE LA FEMME DE FERNAND

Fernand!


FERNAND

J'arrive.


VOIX DE LA FEMME DE FERNAND

Fernand!


FERNAND

J'arrive! Putain.

(S'adressant à ANTOINE)

Les moteurs, je te les démontre,

je te les remontre, dans

le noir, les yeux fermés.

Une bonne femme,

même en pleine lumière, j'y

comprends pas grand-chose, hein.

Bon, tu repasses tout à l'heure?


ANTOINE

OK.


FERNAND

OK.


ANTOINE

Cet après-midi?


Plus tard, ANTOINE roule dans la camionnette réparée. Il passe devant l'épicerie et klaxonne.


ANTOINE

Claire!


De sa fenêtre, CLAIRE salue ANTOINE.


Plus tard, ANTOINE roule dans le village. Il s'arrête devant un vieil homme et sa femme.


ANTOINE

Bonjour!

Vous n'auriez pas besoin de...

de pain ou...


VIEIL HOMME

Mais non.

On a tout ce qu'il faut.

On s'est arrangé.

On est allé au supermarché,

comme on a su que l'épicier

est à l'hôpital. T'es

le fils Sforza?


ANTOINE

Oui.


VIEILLE FEMME

Mais attends,

vous repassez quand?


ANTOINE

Bien, moi, là, je dois

repasser tous les jours, hein.


VIEILLE FEMME

Comment, "tous les jours"?

On a pas besoin de quelque

chose tous les jours.


ANTOINE

Bon.


ANTOINE redémarre la camionnette.


VIEIL HOMME

Ton père, comment il va?


ANTOINE

Il va bien, il va bien.


ANTOINE repart. Il arrête sa camionnette plus loin au village, après avoir klaxonné. Des gens font la file devant la camionnette.


FEMME ÂGÉE

Bonjour, monsieur.


ANTOINE

Bonjour.


FEMME ÂGÉE

Mais là, je voudrais du râpé.


ANTOINE

Oui.


FEMME ÂGÉE

Ah, puis du fromage. Euh...

Tenez, La vache qui rit,

pour les petits enfants.


ANTOINE

OK. Avec ceci?


FEMME ÂGÉE

Il est fort,

votre pâté au genièvre?


ANTOINE

Au genièvre?

Euh... Non, non, non.

Non, je crois pas.


FEMME ÂGÉE

Bon, bien, alors non,

j'en veux pas.

Bien c'est tout.


ANTOINE

Ce sera tout?


FEMME ÂGÉE

Oui.

S'il vous plaît, vous me

le marquez comme d'habitude?


ANTOINE

Bien, pour aujourd'hui,

je veux bien,

mais à partir, il

faudra me payer.


FEMME ÂGÉE

Votre père,

il nous faisait

crédit. Il était gentil.


ANTOINE

Oui, mais c'est terminé.


FEMME ÂGÉE

Ah bon?


ANTOINE

Donc, demain, faudra

régler ce que vous me devez.

En plus, vous devez pas mal

de trucs, alors...

Bonne journée.


FEMME ÂGÉE

Merci.


ANTOINE

Suivant. Monsieur.


HOMME ÂGÉ

Bonjour, monsieur.

Je voudrais du beurre.


ANTOINE

Du beurre.

Avec ceci?


HOMME ÂGÉ

Euh... Un poivron.

Voilà.

Un paquet de radis.


ANTOINE

Hop. Ils sont combien,

les radis?

Il y a pas de prix?


HOMME ÂGÉ

Ah, il y a pas de prix.


ANTOINE

Je vous fais ça

à 1,50 euro, hein?


HOMME ÂGÉ

Vous me mettez la rallonge,

s'il vous plaît.

La rallonge, là. Oui, voilà.


ANTOINE

Ah oui.

OK. Puis avec ceci?


HOMME ÂGÉ

Mais ils sont bien durs,

tes avocats, là.

C'est pour

jouer à la pétanque?


ANTOINE regarde l'homme sans répondre.


HOMME ÂGÉ

Bon, combien ça fait, là?


ANTOINE

Bon, ça vous fait

13,25 euros. Merci.


HOMME ÂGÉ

Merci! Au revoir, monsieur.


ANTOINE

Bonne journée.

(S'adressant à une autre cliente)

Madame.


DAME

Monsieur, bonjour.


ANTOINE

Bonjour.


DAME

Alors, moi,

je vais prendre des tomates,

un paquet de riz,

et un paquet de coquillettes,

tenez, à côté. Allez,

mettez-moi aussi.

Le miel vous avez, c'est

du miel de lavande ou de quoi?

Il vient d'où?

C'est pas marqué.


ANTOINE

Je sais pas, lisez

ce qu'il y a marqué dessus.


DAME

Provence, mais il y a

pas marqué...


ANTOINE

Voilà, c'est du miel

de lavande de la Provence.

Ça fait 5,20 euros,

s'il vous plaît.

Vous avez pas du tout

de monnaie?


DAME

Je n'ai plus

de monnaie, monsieur.


ANTOINE

Il faudra venir

avec de la monnaie

aussi, parce que...


DAME

Oh, vous en voulez,

des choses.


Plus tard, ANTOINE arrête la camionnette devant la maison de M. CLÉMENT.


ANTOINE

Bonjour, M. Clément.


M. CLÉMENT

Oh!

Bien, dis donc,

je t'aurais pas reconnu.

Tu remplaces ton père, alors.


ANTOINE

Oui, un petit peu.


M. CLÉMENT

C'est bien.


ANTOINE

Bon,

qu'est-ce que je vous sers? Hum?


M. CLÉMENT

Je sais pas. Donne-moi

une boîte de petits pois, tiens.


ANTOINE

Une boîte de petits pois.

Une boîte, c'est tout?


M. CLÉMENT

Pour l'instant.


ANTOINE

Votre femme, ça va?


M. CLÉMENT

Adèle?

Elle est morte.


ANTOINE

(Mal à l'aise)

Tenez, Léon, des petits pois.

Les meilleurs.

Au naturel.


M. CLÉMENT rentre chez lui et revient avec quatre œufs.


ANTOINE

Et les moutons, ils sont où?


M. CLÉMENT

Je les ai liquidés.

Non, vraiment,

je ne peux plus m'occuper

de tout ça, maintenant.

Tiens, voilà tes oeufs.


ANTOINE

Mais il faut me payer,

M. Clément.

Qu'est-ce que vous voulez

que je fasse des oeufs, moi?


M. CLÉMENT

Une boîte de petits pois,

quatre oeufs. Comme d'habitude.


ANTOINE

Si c'est comme d'habitude...


M CLÉMENT remet une bouteille d'alcool à ANTOINE.


M. CLÉMENT

Et...

La gnôle pour ton père.

Ça va le requinquer.


Plus tard, ANTOINE s'arrête devant la maison de LUCIENNE. LUCIENNE est à sa fenêtre.


LUCIENNE

Quoi?


ANTOINE

C'est l'épicier!


LUCIENNE sort de chez elle.


LUCIENNE

T'es pas l'épicier,

t'es le fils de l'épicier.


ANTOINE

Oui, c'est la même chose.

C'est la maison Sforza.


LUCIENNE

Comment il va, ton père?


ANTOINE

Ça va. Il se repose.


LUCIENNE

Et alors, tu veux quoi,

Sforza junior?


ANTOINE

Bien, je vous apporte

la bouteille de gaz.


LUCIENNE

Ça fait trois jours

que je mange froid.


ANTOINE

Ah oui?

Bien, maintenant,

vous allez manger chaud.

Voilà.


LUCIENNE

Je me souviens de toi.

T'as du Fernet-Branca?


ANTOINE

Du quoi?


LUCIENNE

Du Fernet-Branca.

Il m'en faudrait une bouteille.


ANTOINE

Non, on en a pas.


LUCIENNE

De l'Aspirine, t'as?


ANTOINE

Bien, non. C'est pas une

pharmacie, c'est une épicerie.


LUCIENNE

Et des timbres?

Il me faut des timbres.


ANTOINE

On n'a pas

de timbres, non plus.


LUCIENNE

Bien, alors t'as rien!


MME SFORZA prépare le repas. Elle discute avec CLAIRE.


MME SFORZA

J'ai rencontré mon mari,

on s'est marié, je l'ai suivi.

Finalement, ça a fait une vie.


CLAIRE

Hum. Moi, ça a pas fait

une vie, hein.

Mariée à 17 ans, divorcée à 22.


MME SFORZA

Ah bon? T'as été mariée?


CLAIRE

Et maintenant,

je trace ma route.


MME SFORZA

Mais 26 ans,

c'est pas trop tard, ça,

pour reprendre des études?


CLAIRE

Non, c'est jamais trop tard,

quand on veut changer

un truc dans sa vie.


MME SFORZA

Tu dis ça

parce que t'es jeune.


CLAIRE entend la camionnette arriver.


CLAIRE

Oh.


CLAIRE court dehors avec des ustensiles à salade et fait des signes à la camionnette comme sur une piste d'atterrissage.


CLAIRE

(Avec un accent régional)

Hé, bonsoir Antoine.

Une petite réaction à chaud.


Plus tard, ANTOINE mange avec CLAIRE et sa mère.


ANTOINE

J'ai bien fait

de quitter ce pays, hein?

Ça pue la mort ici.

Puis c'est débile de faire

autant de kilomètres pour rien.

Franchement, on devrait

se débarrasser de ce camion.


MME SFORZA ne répond pas.


ANTOINE

Quoi? J'ai pas dit là,

maintenant, tout de suite.


La nuit tombée, CLAIRE est dehors et regarde le ciel.


ANTOINE

Qu'est-ce que tu fais?


CLAIRE

Je respire.

Puis je compte les étoiles

filantes et je fais des voeux.


ANTOINE

Tu peux faire un voeu

pour moi?


CLAIRE

T'es assez grand.

Tu te démerdes.

Moi, j'ai pas pris option lavage

de linge sale en famille.


CLAIRE

En forme, ce soir, hein?


ANTOINE

Oui.

J'ai passé

une excellente journée.

J'ai dormi, j'ai révisé.


ANTOINE

J'ai amené un petit truc

pour me faire pardonner.


CLAIRE

C'est quoi, ça?


ANTOINE

C'est le Fernet-Branca

de la vieille.

On va goûter, quand même.

Tiens.


ANTOINE sert un verre de vin à CLAIRE.


CLAIRE

Merci.


ANTOINE

Il paraît que c'est très bon.


ANTOINE lève son verre.


ANTOINE

À la tienne.


CLAIRE

À la tienne.


CLAIRE prend une gorgée et grimace.


CLAIRE

Oh!

(Riant)

Oh, salaud.


Le lendemain, CLAIRE réveille ANTOINE.


CLAIRE

Allez, debout, là-dedans!

Je t'accompagne.

Tu t'habilles, tu te laves

les dents, et tu me rejoins.

Je vais te montrer

comment on fait, moi.


Un peu plus tard, CLAIRE va pour monter dans la camionnette.


ANTOINE

Hop, hop, hop, hop.


CLAIRE

Quoi?


ANTOINE

C'est moi qui conduis.


CLAIRE

Je me mets où, moi?


ANTOINE

Tu restes debout.


CLAIRE

(Riant)

Oui, c'est ça.


ANTOINE démarre la camionnette. En chemin, il croise la voiture de FRANÇOIS.


FRANÇOIS

Déjà de retour?


ANTOINE

Bien, on commence.


FRANÇOIS

À cette heure-là?

Bien, vous allez pas

vous fatiguer.


ANTOINE

Et toi, tes mises en plis?


FRANÇOIS

Je descends en ville.

Je passe voir maman,

si elle a besoin d'un truc.

(S'adressant à CLAIRE)

Mademoiselle, si vous avez

besoin de quelque chose.


ANTOINE repart. Il roule sur une petite route de campagne.


ANTOINE

Ça remue pas trop?


CLAIRE

(Riant)

C'est un peu tape-cul, hein.


Plus tard, ANTOINE arrête la camionnette devant la maison de LUCIENNE et descend avec CLAIRE.


ANTOINE

On a fait le tour.


CLAIRE

Oui.


ANTOINE ouvre l'arrière de la camionnette.


ANTOINE

Hop.


CLAIRE

Hé, tu m'aides?


ANTOINE aide CLAIRE à ouvrir le présentoir sur le côté de la camionnette.


ANTOINE

Tire!


CLAIRE

Pousse!


ANTOINE

Bien, alors.


ANTOINE remet une poutre de bois à CLAIRE.


ANTOINE

Tiens.


CLAIRE

Je mets ça où, moi?


ANTOINE

Comme je t'ai dit,

là. Dans l'angle.


CLAIRE place la poutre pour faire tenir la porte du présentoir.


ANTOINE

Oh, merde, la bouteille

de Fernet-Branca.


CLAIRE

Oh, merde.


LUCIENNE sort de chez elle. CLAIRE va à sa rencontre.


CLAIRE

Bonjour, Lucienne!

Comment ça va?


LUCIENNE

Un jour, vous êtes un, puis

vous êtes deux. Vous êtes qui?


CLAIRE

Moi, c'est Claire.


LUCIENNE

Tant mieux.


CLAIRE

Alors, voilà, Lucienne.

On va se revoir demain,

parce que demain, on vous

apportera la bouteille

de Fernet-Branca.


LUCIENNE

Pourquoi pas aujourd'hui?


CLAIRE

Ah, parce qu'il a fallu

la commander spécialement

et elle arrive que demain.

Alors, en attendant, qu'est-ce

qui vous ferait plaisir?


LUCIENNE

Vous m'avez l'air plus

sympathique que l'autre crapule.

Il m'en a fait voir.

Je suis pas prête d'oublier!


CLAIRE

C'est une jeune brute,

celui-là. Mal dégrossi.

Ceci dit, le bon dieu

l'a bien puni.

Vous avez vu la tête de couillon

malheureux qu'il a?


LUCIENNE

Bien fait pour lui.

Bon, eh bien, j'ai plein

de choses à acheter.

Amène-toi, ma fille.

Je vais te faire la liste.


LUCIENNE emmène CLAIRE chez elle. Plus tard, ANTOINE redémarre la camionnette.


ANTOINE

Qu'est-ce que tu lui as dit?


CLAIRE

Hein?


ANTOINE

Qu'est-ce que tu lui as dit?


CLAIRE

Plein de saloperies sur toi

et elle a adoré.

Je sais pas ce que tu lui as

fait à celle-là, mais elle

t'en veut encore.


ANTOINE

Ça doit remonter

quand on était jeunes.

Avec mes copains,

on allait la voir.

Elle a une maison

plus haut dans la campagne.

Elle se faisait des parties de

jambes en l'air avec ses amants.

Nous, on allait la voir, puis

un jour, elle nous a gaulés.


Plus tard, ANTOINE et CLAIRE sont avec d'autres clients.


ANTOINE

(S'adressant à CLAIRE)

2,30.


CLAIRE

2,30. Voilà.

(S'adressant au client)

Ça fait 16 euros, monsieur.


HOMME ÂGÉ

Alors...

6 euros.


CLAIRE

Non, non. 16. Pas 6, 16 euros.


HOMME ÂGÉ

Cinq, 5,50 et 6 euros.


CLAIRE

Et encore 10.


ANTOINE

Seize, monsieur.


LA FEMME DU VIEIL HOMME

Vous devez 10 euros encore.


ANTOINE

(Parlant plus fort)

On va vous le noter. Parce que

c'est 16 euros, hein?

C'est pas six.


LA FEMME DU VIEIL HOMME

Il va le marquer pour

la semaine prochaine,

quand il repasse.


CLAIRE

Bonne journée!


LE VIEIL HOMME ET SA FEMME

Au revoir!


CLAIRE

Et de rien, hein!


ANTOINE

(S'adressant à une cliente)

Bonjour.


CLIENTE

Bonjour. 1 kilo

de farine pour moi.


ANTOINE

1 kilo de farine.

Alors, la farine, là-bas.


CLIENTE

Et des oeufs?

Vous en avez, des oeufs?


ANTOINE

Des oeufs bio?


CLIENTE

Oui, bien sûr.


Plus tard, ANTOINE et CLAIRE refont de la route en souriant.


Plus tard, ils ont arrêté la camionnette ailleurs. Un petit garçon est devant le présentoir et prend un aliment.


ANTOINE

Hop! Je t'ai vu.


CLAIRE

Hum... Oh, le gourmand.


ANTOINE

C'est quoi

que t'as ouvert, là?


CLAIRE

Un paquet de choco, 3 euros.


ANTOINE

Je vais chercher les sous.

Je reviens.


CLAIRE

Tiens, donne-lui les chocos.


ANTOINE remet les paquets de chocolats à CLAIRE, qui le remet à l'enfant.


CLAIRE

Regarde avec les yeux,

et le sourire.

Il y en a au chocolat

au lait aussi. Tiens, regarde.

Ceux-là sont super bons.


ANTOINE

C'est les princesses.


CLAIRE

Regarde comme la princesse

est belle.


ANTOINE

Tiens, regarde.


CLAIRE

Tiens.

Voilà. Tiens, là, il y a

un dinosaure. Attention.


ANTOINE

Des cookies.


ENFANT

Vous avez la crème de marrons?


CLAIRE

Crème de marrons?


ANTOINE

Tu veux de la crème

de marrons? Il y en a.

Regarde, hop! Et ça?


PÈRE DE L'ENFANT

T'en prends pas

un peu trop, là?


CLAIRE

(Riant)

Il a rien voulu savoir.


ANTOINE

On a essayé de le raisonner.

Rien. Il est têtu.


Le père de l'enfant prend une autre boîte de chocolats.


CLAIRE

Merci.

(S'adressant à l'enfant)

Tiens.


ANTOINE

(S'adressant au père)

Vous venez d'arriver?


PÈRE DE L'ENFANT

Exactement. Je m'installe

avec ma femme.

Elle est prof.

Elle en pleine dépression,

alors la campagne, ça peut

que lui faire du bien.


ANTOINE

Ah, oui.


PÈRE DE L'ENFANT

Mais vous,

on voit bien que vous êtes

épanouis, hein, de vivre ici.


Plus tard, ANTOINE et CLAIRE ont arrêté la camionnette sur le bord de la route pour manger. ANTOINE s'éloigne pour regarder le paysage. CLAIRE regarde longuement ANTOINE.


Plus tard, à l'épicerie, ANTOINE, CLAIRE, FRANÇOIS et MME SFORZA viennent de terminer leur repas. Ils regardent un album de photos.


CLAIRE

C'est Antoine, ça?


MME SFORZA

Oui.

Il a 6 mois, là.

C'est un gros bébé, hein?


CLAIRE

Oui, impressionnant.

(S'adressant à ANTOINE)

Oh là là... T'es joufflu.


ANTOINE

Oui, quand même.


MME SFORZA

Là, c'est François.


CLAIRE

Noël.


FRANÇOIS remet un plateau à ANTOINE.


FRANÇOIS

Tiens.


ANTOINE

Merci.


CLAIRE

Wow! Super robe de mariée,

hein.

(S'adressant à ANTOINE)

Oh... T'as vu comme

elle est belle ta mère?


ANTOINE

Toi aussi tu devais

être belle, en robe de mariée.

T'as gardé les photos?


CLAIRE

Non, j'ai tout jeté.


FRANÇOIS

Je savais pas

que t'étais mariée.


CLAIRE

Erreur de jeunesse.


FRANÇOIS s'apprête à démarrer un petit projecteur.


FRANÇOIS

Ah. Projection.

Mais maman, reste assise.


MME SFORZA

Mais non, je vais regarder

en même temps.


FRANÇOIS

Hop.


FRANÇOIS démarre le projecteur. Le film est projeté sur le petit plateau. On y voit des images d'ANTOINE et de FRANÇOIS alors qu'ils étaient enfants.


CLAIRE

Oh, c'est trop mignon.


Dans le film, ANTOINE joue aux chevaliers.


FRANÇOIS

Ah, la petite tronche.

L'épée, elle est

plus grande que toi.


CLAIRE

Il est mignon.


FRANÇOIS

Ça a duré combien

de temps, ton mariage?


CLAIRE

Cinq ans et trois mois.


FRANÇOIS

Mais t'étais super jeune.


ANTOINE

T'es de la police?


CLAIRE

Ça va, Antoine.


FRANÇOIS

Ah, excuse-moi. J'ai dit

quelque chose de mal?


ANTOINE

C'est des choses dont

elle a pas envie de parler.


CLAIRE

Ah, non, non, mais ça va.


FRANÇOIS

C'est toi qui en parles,

de la robe, des photos et tout.

C'est quoi ton problème?

Ça te fait chier

que les gens se marient ou quoi?


ANTOINE

J'ai pas de problème.

Je me suis pas marié pour faire

plaisir à papa et maman, moi.

Je vis pas ma vie

en fonction des autres.


FRANÇOIS arrête le film.


FRANÇOIS

Pardon? Pardon?

Mais c'est sûr. Les autres, t'en

as rien à foutre, toi. Hein?

On t'a attendu toute la journée

au bureau, aux Pères Thuizot.

Tu t'en fous, de toute façon,

car c'est à maman

qu'on se plaint.


ANTOINE

Si maman a quelque chose

à me dire, elle peut me le dire

en face. Hum?


MME SFORZA

C'est un petit peu vrai.

Mais c'est pas grave.


FRANÇOIS

Bien, voilà. Regarde, elle ose

même pas. T'en profites comme

toujours. Tu comprends

pourquoi papa t'as pas aidé

il y a dix ans? Car on peut

pas te faire confiance.


ANTOINE

T'es resté bloqué

il y a dix ans ou quoi?

Tu vas continuer

à me faire chier longtemps?


FRANÇOIS

Putain, mais t'as pas changé.


MME SFORZA

François, t'arrêtes.

Tu deviens méchant.


FRANÇOIS

Je deviens méchant? Moi?

Putain! Qui c'est

que t'appelles trois fois

par jour dès que t'as

un problème, hein?

Qui c'est qui vient quand

le père fait son malaise?

C'est qui? Antoine?


ANTOINE

On te fait confiance à toi.

Il faut assumer, mon grand.

Pourquoi tu t'énerves?


FRANÇOIS

Mais parfaitement, j'assume,

mon vieux. J'assume.

Je suis pas comme monsieur

avec les grands projets

et je me barre pas

en plantant tout le monde.

Deviens adulte, un peu.


FRANÇOIS quitte la pièce. MME SFORZA le suit.


MME SFORZA

François.


CLAIRE s'en va à son tour. ANTOINE redémarre le projecteur.


Plus tard, ANTOINE cogne à la porte de la salle de bain, où CLAIRE se brosse les dents.


ANTOINE

Je peux entrer?


CLAIRE

Hum.


ANTOINE

Excuse-moi

pour tout à l'heure.


CLAIRE

Oui, je te l'ai déjà dit,

hein. Les histoires

de famille, moi...


ANTOINE

Hum.


CLAIRE

En plus, il y a des vieux

qu'on a laissés sur le carreau.

Ça craint.

Maintenant, on ferait mieux

de bosser. Hein?

Chacun de son côté.


ANTOINE

Hum-hum.


CLAIRE

C'est pas grave.


ANTOINE

Bonne nuit.


Le lendemain, CLAIRE fait bouillir de l'eau dans la cuisine. Elle va dans la pièce à côté et voit que MME SFORZA fait essayer des chaussures à une cliente de l'épicerie.


MME SFORZA

Ah, bien,

ça vous va bien, hein!


CLIENTE

Oui?


MME SFORZA

Oui.


CLIENTE

C'est normal.

On essaiera un peu

des autres aussi,

mais celle-ci

est ma préférence.


MME SFORZA

Vous touchez, là?


CLIENTE

Oui.


Sans se faire voir, CLAIRE prend un sac de biscuits sur une étagère et quitte la pièce rapidement.


MME SFORZA

Ça va?


CLIENTE

Oui.


MME SFORZA

Bon. Bien, essayez

devant vous.

Oh, bien, c'est parfait. Ça vous

va bien, hein, franchement.


CLIENTE

Pas mal, oui.


MME SFORZA

Très bien.

Oui? Bon--


CLIENTE

Est-ce que je peux essayer

une autre paire?


MME SFORZA

Si vous vous voulez,

si vous voulez.


CLIENTE

Oui.


MME SFORZA

Vous voulez la bleue?


Dans la cuisine, CLAIRE mange un biscuit.


De son côté, ANTOINE est dans son camion et sert des clientes. Ce sont toutes des dames âgées.


DAME 1

Passez devant, Mme Sabacce.


DAME 2

Mais aussi je suis seule,

Mme Simone. Il y a pas

de raison.

Non, non, c'est à vous.


DAME 1

Mais non, c'est à vous.


DAME 3

Je voudrais de la Ricorée,

s'il vous plaît.


ANTOINE

La Ricorée. Avec ceci, madame?


DAME 3

Des petits pois.


ANTOINE

Des petits pois...

En boîte, hein?


DAME 3

Extra fermes. Oui, oui, oui.


ANTOINE

Voilà. Alors...

Ça vous fait 3,80 euros,

s'il vous plaît.


DAME 3

Et voilà.


ANTOINE

Merci beaucoup.


ANTOINE

Bonne journée, madame.


DAME 3

Au revoir.


ANTOINE

Au revoir.


DAME 3

Au revoir,

mesdames. Bonne journée.


DAME 1

Au revoir.


ANTOINE

Alors, vous

vous êtes décidées?


DAME 1

Oui. Du café, s'il vous plaît.


ANTOINE

Du café.


Plus tard, ANTOINE est devant la maison de LUCIENNE.


LUCIENNE

T'es en retard.


ANTOINE

Il y avait du monde

sur le périf.

Regardez plutôt ce

que je vous ai apporté.


ANTOINE montre une bouteille de vin à LUCIENNE.


LUCIENNE

Trop tard, j'en veux plus.

Elle est où, la petite jeune?


ANTOINE

Elle est pas là.

Ça se voit pas?

Elle révise son bac.


LUCIENNE

Elle a raison.

Elle est courageuse.

C'est le moyen

de pas dépendre d'un bonhomme.

Alors, il me faudrait du lait,

des oeufs, de la farine,

des fruits au sirop,

du chocolat, du sucre,

de la confiture...


ANTOINE se retourne pour prendre les items. Il entend la porte de côté tomber. Il retourne et voit LUCIENNE étendue sur le sol.


ANTOINE

Lucienne?

Ça va?


LUCIENNE

Quel con, mais quel con!


Plus tard, ANTOINE est chez LUCIENNE et examine sa tête.


ANTOINE

Bien, tenez. La bouteille

de Fernet-Branca, bien,

je vous l'offre.


LUCIENNE

Tu peux te la garder,

assassin.


ANTOINE

On va mettre un peu de glace

pour faire dégonfler.

Oh, putain.


ANTOINE ouvre le congélateur et y voit de la crème glacée en grande quantité.


ANTOINE

Vous l'aimez, le sucre.


LUCIENNE

Ferme ce frigo.

C'est pas tes oignons.

(En touchant sa tête)

C'est pas une bosse,

c'est un os.


Plus tard, au garage, FERNAND explique à ANTOINE comment faire tenir la porte du présentoir. Il retire la poutre qui la fait tenir.


FERNAND

Ça, tu l'enlèves. C'est

parce que tu l'enclenches mal.

Regarde. Tu pousses à fond,

atteins le petit clic.

Et là, c'est bon, ça tient.


La porte arrière de la camionnette tombe sur FERNAND.


ANTOINE

Putain.

Ça va ?


FERNAND

Oui.


ANTOINE

T'es sûr ça va?


FERNAND

Oui, c'est bon.

Je vais voir

ce que je peux faire.


Plus tard, ANTOINE retourne chez lui.


MME SFORZA

T'es déjà là?


ANTOINE file à la chambre de CLAIRE et cogne à sa porte.


ANTOINE

Claire, tu vas rigoler.

J'ai failli tuer Lucienne.

Claire?

Maman, t'as pas vu Claire?


MME SFORZA

Bien, elle est partie

à la rivière avec François.


À la rivière, CLAIRE a les deux pieds dans l'eau et une canne à pêche dans les mains. FRANÇOIS l'accompagne.


CLAIRE

Là, j'en ai une.


FRANÇOIS

Quoi?


CLAIRE

Quoi?


FRANÇOIS

Attention.


CLAIRE tombe à l'eau et rit. FRANÇOIS l'aide à se relever.


CLAIRE

Ah!

C'est froid!


Un peu plus tard, au bord de l'eau, FRANÇOIS essaie d'enlever la botte trempée de CLAIRE.


CLAIRE

(Riant)

Mais tire.


Plus tard, FRANÇOIS emmène CLAIRE chez lui. CLAIRE est encore toute mouillée.


FRANÇOIS

J'arrive.


FRANÇOIS revient avec une robe.


FRANÇOIS

Tiens, je t'ai pris

une robe de Sophie.


CLAIRE

Ah, c'est sympa. Merci.


FRANÇOIS

Et tu veux prendre une douche?


CLAIRE

Ah, oui, je veux bien.

Je pue la vase.


FRANÇOIS

C'est juste là-haut,

à l'étage.


CLAIRE

Merci.


FRANÇOIS

Voilà, je t'ai pris une

serviette. C'est à droite.


CLAIRE

D'accord.


Plus tard, CLAIRE redescend avec la robe.


FRANÇOIS

Elle te va vraiment bien.


CLAIRE

Elle est jolie.


FRANÇOIS sert du thé à CLAIRE.


FRANÇOIS

Tiens. Attention.


CLAIRE

Merci.

Elle est partie

il y a longtemps?


FRANÇOIS

Qui?


CLAIRE

Ta femme.


FRANÇOIS

Il y a quelques mois.

Elle avait besoin

de prendre un peu d'air.

C'est un peu compliqué.

C'est pour ça que j'ai pas

terminé les travaux.

Je préfère qu'on finisse

la déco ensemble.

Excuse-moi, mais je préférerais

que t'en parles pas à ma mère.


Plus tard, ANTOINE et CLAIRE prennent leur repas à table.


CLAIRE

Ah, t'as pas

de la cancoillotte?

Il y en a peut-être

à l'épicerie, non?


ANTOINE

À l'épicerie, il y a

du fromage, il y a pas

de la cancoillotte.


CLAIRE

Et quoi, la cancoillotte,

c'est pas un fromage, peut-être?

C'est mon fromage préféré.


ANTOINE

La cancoillotte,

c'est qu'une anecdote

dans l'histoire du fromage.


CLAIRE rit.


CLAIRE

N'importe quoi.

Je vais prendre

du chèvre, alors.


ANTOINE

Hum.

Et sinon, tes révisions

avec François?


CLAIRE

Ah, c'est ça.


MME SFORZA s'assoit à table.


ANTOINE

Je pense que tu peux

la fermer, là, l'épicerie, non?

Il est 20h30, maman.


MME SFORZA

Si on les dépanne,

ça nous dérange pas.


CLAIRE

(S'adressant à ANTOINE)

Comment ça a marché,

aujourd'hui?


ANTOINE

Super.

Je suis plein aux as.


CLAIRE

Je pensais à toi,

gros couillon.

J'ai un truc

pour doper les ventes.


Plus tard, CLAIRE tend à ANTOINE des pots de peinture trouvés dans l'établi.


CLAIRE

Si tu veux m'aider, prends ça.


CLAIRE commence à peindre la camionnette.


ANTOINE

Oh, là, là, là, là, là, là.

Je suis pas sûr que ce soit

une bonne idée, là, hein.


CLAIRE

Toi, tu vas mettre

du vert, là.

C'est bon.


Craintif, ANTOINE regarde CLAIRE peindre. Puis, il sourit.


CLAIRE

(Riant)

Vas-y, lance-toi.


ANTOINE prend un pinceau et aide CLAIRE à peinturer.


ANTOINE et CLAIRE boivent de la bière et rient en peinturant.


CLAIRE

(Riant)

C'est trop...

Bien vas-y, touche pas!


Plus tard, dans la chambre, CLAIRE et ANTOINE se caressent et font l'amour.


Le lendemain, ANTOINE se réveille à côté de CLAIRE. Il se rhabille et descend préparer le déjeuner.


CLAIRE se réveille seule. Elle s’assied sur le lit et engouffre sa tête entre ses bras.


Plus tard, CLAIRE descend à la cuisine.


ANTOINE

Bonjour.


CLAIRE

Bonjour.


ANTOINE

Tu veux du jus d'orange?


CLAIRE fait non de la tête. Long long silence s'installe.


ANTOINE

T'es sûre que tu veux

rien manger?


CLAIRE fait non de la tête.


Plus tard, ANTOINE rejoint CLAIRE dans sa chambre.


ANTOINE

Tu viens faire

la tournée avec moi?

Pour voir la réaction des vieux

avec la peinture.


CLAIRE

J'ai pris du retard, là.

Tu me raconteras.

Je suis sûre

que Lucienne va adorer.


ANTOINE

OK. À tout à l'heure.


CLAIRE

Attends.

Tu peux me poster ça?

C'est mon bac blanc.


CLAIRE remet une enveloppe à ANTOINE.


Plus tard, ANTOINE roule en camionnette. Il jette l'enveloppe par la fenêtre.


ANTOINE

Fait chier.


ANTOINE s'arrête au village. Le côté de la camionnette est peinturé avec des couleurs vives et on peut y lire: «Épicerie Volante». Un peu plus tard, ANTOINE sert une cliente.


ANTOINE

Avec ceci?


CLIENTE

Oh, ça sera tout.

Je suis toute seule.


ANTOINE

Non, mais c'est

pas possible, hein.

Moi, je peux pas venir jusqu'ici

pour trois tomates, quoi.

Il faut prendre plus que

ça, sinon c'est pas rentable.

Vous comprenez, quand même.


CLIENTE

Vous passez bien par la

chapelle de Bois-des-Pesses?


ANTOINE

Oui.


CLIENTE

Vous pourriez me rendre

un petit service.


ANTOINE

Quoi?


CLIENTE

Y faire

une petite prière pour moi.


ANTOINE

Oui, bien sûr.

Je suis pas curé, je suis

épicier. Bon sang,

c'est pas possible.


CLIENTE

Le curé, c'est un ivrogne,

et ma prière, elle va

arriver toute tordue.


ANTOINE

Une prière, c'est 5 euros.


CLIENTE

Hein?


ANTOINE

Bien oui, c'est comme ça.


CLIENTE

Avec les tomates.


ANTOINE

Ah, non. Avec les tomates,

c'est 5,50.


La cliente donne l'argent à ANTOINE.


ANTOINE

Merci.


De son côté, une vieille dame trouve l'enveloppe jetée par ANTOINE.


ANTOINE arrête la camionnette à un autre endroit du village.


VIEIL HOMME

Des petits poids, aujourd'hui.


ANTOINE

Une grande boîte, ça va?


VIEIL HOMME

Oui.


ANTOINE

Ça va faire...


CLIENT

Saucisson!

Pas trop gros, hein.


VIEILLE DAME

(S'adressant à l'autre client)

Bonjour.


ANTOINE

Saucisson, j'ai ça.

Il est sec.


CLIENT

(S'adressant à la cliente)

Qu'est-ce qu'il a dit?


VIEIL HOMME 2

Il est sec.


VIEILLE DAME

Il est très sec.


VIEIL HOMME

Ah.

Il est gros,

surtout, en effet.


ANTOINE

C'est bon?


VIEIL HOMME

Ça va... Ça ira

pour moi, merci.


ANTOINE

OK.

(Parlant fort)

8,25 euros, s'il vous plaît.


Le vieil homme remet l'argent à ANTOINE.


ANTOINE

(Parlant plus fort)

J'ai pas dit 5,

j'ai dit 8,25 euros.


VIEIL HOMME

Ah, c'est ça, le problème,

quand on entend pas bien.


ANTOINE

C'est ça. Vous entendez

comme ça vous arrange, hein?


VIEIL HOMME

À demain, hein!

Au revoir, voisin.


ANTOINE

Moi, si c'est comme ça,

je vous sers pas

demain, hein. Voleur!

Il se fout de moi,

c'est pas possible.


VIEILLE DAME

Il est sourd,


ANTOINE

(Maugréant)

Il est sourd.


ANTOINE arrête sa camionnette devant la maison de LUCIENNE. Celle-ci sort de chez elle avec un casque sur la tête.


ANTOINE

N'importe quoi.

Vous pouvez vous approcher.

Ça craint rien, hein.


LUCIENNE

Non, non, je reste là. Tu vas

encore essayer de me tuer.

C'est quoi, ces peintures?


De son côté, FRANÇOIS rencontre SOPHIE à la terrasse d'un café.


FRANÇOIS

Ça va?


SOPHIE

Oui.


FRANÇOIS veut faire la bise à SOPHIE, mais celle-ci se dégage.


SOPHIE

Euh... Je pensais

qu'on prendrait juste un verre.


FRANÇOIS

Bien, oui. En fait, je me suis

dit qu'il faisait beau et--


SOPHIE

Je suis désolée,

j'ai pas le temps, François.


FRANÇOIS

Non, mais il y a pas

de problème.


Un serveur remet le menu à FRANÇOIS et s'en va.


FRANÇOIS

Euh, oui.

Je vais voir.


SOPHIE

Je suis enceinte.


FRANÇOIS

De... De combien?


SOPHIE

De trois mois.


FRANÇOIS

Ah.


SOPHIE

Je voulais pas

te le dire au téléphone.


FRANÇOIS

Ça se voit pas. C'est...

C'est un peu rapide, non?


SOPHIE

Non.

Ça fait deux ans

qu'on est séparés.


FRANÇOIS

Non, ça fait pas deux ans.


SOPHIE

Si.

Si.

Si tu veux pas signer

les papiers que je t'ai

envoyés, c'est pas grave.

La maison, tu la gardes

et on en parle plus.


FRANÇOIS ne trouve rien à répondre. SOPHIE se lève et s'en va.


ANTOINE entre chez M. CLÉMENT avec une boîte de petits pois.


ANTOINE

M. Clément.


M. CLÉMENT

Oui?


ANTOINE

Comment on va, M. Clément?


M. CLÉMENT

Bien.


ANTOINE

Les petits pois. Et ça,

c'est cadeau pour le retard.


ANTOINE remet une autre conserve à M. CLÉMENT.


M. CLÉMENT

Merci, mais moi, j'ai pensé

que tu reviendrais plus.

Je t'ai pas préparé les oeufs.


ANTOINE

Non, c'est pas grave. Demain.


M. CLÉMENT

Non, on va y aller.

Tu vas venir avec moi

les chercher.


ANTOINE et M. CLÉMENT entrent dans le poulailler.


M. CLÉMENT

Allez.

Depuis que la porte est cassée,

elles pondent n'importe où.

Tiens, regarde-moi ça.


ANTOINE

Ah, c'est pas la porte qui est

cassée, c'est la fenêtre.


M. CLÉMENT

J'espère que tu vas

trouver ton bonheur.


ANTOINE

Il y en a pas beaucoup, hein?


M. CLÉMENT

Que veux-tu?

Regarde peut-être là-haut.


ANTOINE

Là?


M. CLÉMENT

Oui.


ANTOINE

Elles sont vicieuses, vos

poules. Oh, là, là, là, là, là.


ANTOINE flatte une poule.


ANTOINE

Elles sont gentilles.


M. CLÉMENT

Elles sont très gentilles.


ANTOINE

Bon. Bien, c'est bon, hein.


CLAIRE travaille dans sa chambre. Au rez-de-chaussée, M. SFORZA discute avec MME SFORZA.


M. SFORZA

À quelle heure il est parti?


MME SFORZA

Mais il fait ta tournée.

Qu'est-ce que tu crois?


M. SFORZA

À quelle heure il rentre?


MME SFORZA

Bien, quand il faudra.


M. SFORZA

Bien, "quand il faut,

quand il faut."


M. SFORZA sort de l'épicerie pour attendre ANTOINE. Il remarque les légumes sur le présentoir.


M. SFORZA

T'as vu la gueule des légumes,

là? Ils sont à moitié lavés.

Ça, c'est du boulot

de saligaud.

C'est du boulot de saligaud

et tu laisses faire ça, toi?


MME SFORZA

J'ai fait comme j'ai pu,

moi! J'étais toute seule ici.


M. SFORZA

Dès qu'il rentre, il me donne

la clé du camion et il s'en va.

Je veux plus le voir.


MME SFORZA

T'aurais mieux fait

de rester te reposer.

Ça se passait très bien

ici sans toi.


M. SFORZA

Je ne veux plus le voir

dans mes pattes.


MME SFORZA

Mais vas-y, énerve-toi!

Tu veux nous refaire une crise?

Comme ça, tu meurs au milieu

de tes boîtes de conserve

et on sera bien avancés.

Je comprends vraiment pas

comment les docteurs ont pu

te laisser sortir.


M. SFORZA

Comment tu me parles, toi.

C'est nouveau, ça.


Plus tard, MME SFORZA entre dans la chambre de CLAIRE et lui remet une lettre.


MME SFORZA

Tiens, t'as du courrier.

Ça vient de l'Espagne.


CLAIRE

Ça va?


MME SFORZA ne répond pas. Elle s'en va.


CLAIRE

Merci, hein.


M. SFORZA est assis à une terrasse. Il aperçoit la camionnette repeinte passée devant lui.


M. SFORZA

Il manque plus que

des éléphants et un chapiteau.

Quelle misère.


En soirée, ANTOINE est à table avec CLAIRE, FRANÇOIS, et M. SFORZA. MME SFORZA est dans la boutique avec une cliente.


MME SFORZA

Merci. Bonne soirée.


CLIENTE

Bonsoir.


MME SFORZA

Au revoir.


MM SFORZA revient s’asseoir.


M. SFORZA

Qu'est-ce

que tu faisais?


MME SFORZA

Il y avait un client.


MME SFORZA met de la nourriture dans l'assiette de M. SFORZA.


M. SFORZA

Ça va, ça va.

Tiens, j'ai pas

de fourchette, moi.


MME SFORZA

Bien, tiens.


M. SFORZA

(S'adressant à FRANÇOIS)

Ça va, Sophie?


FRANÇOIS

Oui, oui, très bien.


M. SFORZA

Le salon, ça marche bien?


FRANÇOIS

Ça va.


M. SFORZA

(Goûtant à sa nourriture)

Oui, c'est froid.


Après avoir servi les autres assiettes, MME SFORZA réchauffe le plat de M. SFORZA. Personne ne parle ni ne mange.


M. SFORZA

Bien mangez, vous.

Il faut pas que ça soit

trop chaud non plus, hein.


ANTOINE se lève de table.


MME SFORZA

Mais t'as rien mangé.


M. SFORZA

(S'adressant à MME SFORZA)

Reste pas debout, assieds-toi.


MME SFORZA s'assoit.


La nuit tombée, ANTOINE va à la cuisine pour manger. CLAIRE le rejoint et pousse un petit rire malicieux.


CLAIRE

Je le savais.


ANTOINE

Mais oui, j'ai faim.

C'est moi qui t'ai réveillée?


CLAIRE

Non.


ANTOINE

Hum.


CLAIRE

J'ai eu la réponse.

Pour l'Espagne. Ils ont accepté

mon dossier.

Et si j'ai le bac,

j'ai plus qu'un

entretien à passer

et c'est quasi gagné.

C'est un peu beaucoup

grâce à toi, tout ça.


ANTOINE

Non, c'est rien.


CLAIRE

Bon, allez, je vais

me coucher, moi.


ANTOINE

À demain.


CLAIRE

Bonne nuit.


Le lendemain, ANTOINE cherche par terre à l'endroit où il avait lancé l'enveloppe. Il ne trouve rien.


De son côté, CLAIRE rejoint M. SFORZA, qui répare une vieille pompe à l'extérieur de la maison.


CLAIRE

J'ai fait du café,

si ça vous dit.


M. SFORZA

Oh, non, merci.

J'y ai plus droit.

Puis ça me donne envie de fumer.

Ça, j'ai plus le droit non plus.


CLAIRE

Elle est cassée?


M. SFORZA

Ça fait longtemps

qu'elle marche plus.

Ça va, le travail?

Ma femme m'a dit.


CLAIRE

Oui, ça va.

Quand vous tapez pas sur votre

pompe, j'arrive à me concentrer.


M. SFORZA pousse un petit rire.


CLAIRE

Et vous, la santé?


M. SFORZA

Ça va. Je vais bientôt

reprendre le volant.

Il était temps.

On peut avoir confiance

en personne, vous comprenez?


CLAIRE

Je trouve qu'Antoine,

il s'en sort bien.


M. SFORZA

Si mes deux abrutis de fils

avaient voulu, on aurait

monté un supermarché.

J'en connais un qui

s'est ouvert il y a cinq ans.

Il faut voir comment ça marche.

Mais nous, on est

des petits bricoleurs.

Une famille de bricoleurs.


À l'épicerie, MME SFORZA salue une cliente.


MME SFORZA

Au revoir, madame.


Une vieille dame entre à l'épicerie avec l'enveloppe que cherchait ANTOINE dans ses mains.


VIEILLE DAME

Bonjour.


MME SFORZA

Ah, bonjour, Suzanne.


La dame remet l'enveloppe à MME SFORZA et s'en va.


MME SFORZA rejoint CLAIRE et lui redonne l'enveloppe.


MME SFORZA

C'est pas à toi, ça?


Un peu plus tard, ANTOINE décharge la camionnette. CLAIRE l'attend, l'enveloppe bien en vue à côté d'elle.


ANTOINE

Je suis désolé.


CLAIRE

T'es désolé de quoi?

Je sais pas. Je te

confie une enveloppe,

on me la ramène comme ça.

Explique-moi.

Tu veux pas que j'aie mon bac?


ANTOINE

Si.

J'ai envie que tu l'aies.

Je serais jamais venu

me faire chier à la campagne.

Je suis venu pour toi.


CLAIRE

Je vois pas le rapport.


ANTOINE

Tu vois pas le rapport, hein?

Selon toi, l'argent,

il vient d'où?

C'est ma mère qui me l'a prêté.

Et à ce rythme-là, ils-


CLAIRE

Non, mais t'es

un grand malade.

Moi, je t'ai jamais demandé

d'emprunter du fric à ta mère.


ANTOINE

Ça me fait chier

que tu partes en Espagne.

Je veux pas que tu t'en ailles.


CLAIRE

C'est ça. Crétin.


Plus tard, CLAIRE se rend au salon de coiffure de FRANÇOIS et s'adresse à lui.


CLAIRE

Tu peux me rendre un service?


Pendant ce temps, ANTOINE frappe à la chambre de CLAIRE.


ANTOINE

Claire?

Claire?


ANTOINE ouvre la porte. CLAIRE n'est pas là. Il descend à l'épicerie, où FRANÇOIS est avec MME SFORZA. Deux autres clients sont à l'épicerie.


ANTOINE

Elle est où, Claire?


FRANÇOIS

Je l'ai raccompagnée

à la gare.


ANTOINE

File-moi

les clés de ta bagnole.


FRANÇOIS

Non, ça. Calme-toi, hein.

Le train est déjà. Elle m'a

demandé, je l'ai emmenée.

T'as déconné ou quoi?


ANTOINE

Fais pas chier. Je te pose des

questions sur toi et ta femme?


Furieux, FRANÇOIS quitte l'épicerie. Mal à l'aise, les deux clients l'imitent.


MME SFORZA

(Aux clients)

Au revoir. Au revoir.


M. SFORZA

Hé. Ça te suffit

pas de nous faire perdre

de l'argent avec le camion?

Faut en plus que tu fasses fuir

les clients avec tes conneries.


ANTOINE

M'emmerde pas, toi.


M. SFORZA

Tu me parles autrement.

T'es chez moi!


ANTOINE

Tu crois que je suis

pour ta gueule?

Je suis venu pour aider maman.


M. SFORZA

Je me demande pourquoi

cette fille est restée

si longtemps avec toi.

Elle a bien fait de partir.

Tu la mérites pas.


ANTOINE

Je la mérite pas?

Mais tu nous mérites, toi?

Est-ce que tu nous mérites?

(Criant)

Un pied dans

la tombe, tu continues

à nous faire chier?

Je vais vous rendre

l'argent et vous venez

plus jamais me faire chier.

Jamais.


De retour à Paris, CLAIRE passe devant l'épicerie d'HASSAN, valises aux mains.


CLAIRE

Salut Hassan!


HASSAN

Vous êtes déjà rentrés?


CLAIRE

Que moi.


HASSAN

Attends, je vais

t'aider à rentrer.


CLAIRE

Non, ça va.


HASSAN

T'es sûre?


CLAIRE

Oui, oui.


Dans sa chambre, M. SFORZA se fait examiner par un docteur.


M. SFORZA

Alors?


DOCTEUR

Bien, vous vous reposez pas

assez, M. Sforza.


M. SFORZA

C'est des contrariétés.


DOCTEUR

Vous avez pas l'air

de prendre au sérieux

ce qu'on vous a dit, hein?

Je vais vous rédiger

un acte de décès,

puis j'aurai plus

qu'à mettre la date.


M. SFORZA

C'est quoi, cette histoire?


DOCTEUR

Je pensais qu'on vous avait

expliqué à l'hôpital.

Enfin.

Vous allez tout

de même pas déprimer parce

que vous devez vous reposer.

Profitez du bon temps.

Vous savez, il y a pas

de mention spéciale

gravée sur la tombe

de ceux qui ont trimé

toute leur vie.

Alors, à vous de voir,

M. Sforza.


Au garage de FERNAND, ANTOINE nettoie la peinture sur la camionnette.


FERNAND

C'est dommage, c'était joli.

De toute façon, les filles,

elles ont toujours envie

de partir.

Elles finissent toujours

par s'emmerder.


ANTOINE

Je t'ai jamais dit

qu'elle s'emmerdait.


Plus tard, ANTOINE livre un paquet de nourriture la maison de LUCIENNE.


LUCIENNE

C'est dommage d'avoir effacé

les peintures du camion.

C'était quand même plus gai.

Tu m'emmènes chez ton frère,

demain, pour ma mise en plis?


ANTOINE

Je suis pas taxi.


LUCIENNE

Ton père, il m'emmenait

partout où j'avais besoin.

Il souriait pas plus

que toi, mais au moins,

il savait rendre service.


ANTOINE

22,20 euros.


LUCIENNE

Tu peux garder ta marchandise.


ANTOINE

Hé.

C'est d'accord,

je veux bien vous amener.

Mais à une condition.

Vous me prêtez la petite maison

qu'il y a dans la colline.


LUCIENNE

Quelle maison?


ANTOINE

Celle où vous faisiez

des galipettes.


LUCIENNE

Tu peux courir.


MME SFORZA dîne dans la cuisine. Elle regarde par la fenêtre et voit M. SFORZA, assis seul.


Plus tard, ANTOINE s'arrête devant la petite maison de LUCIENNE. Il y entre et voit plusieurs vieux meubles entassés. Il vide la maison et brûle les meubles pendant la nuit. Le lendemain, assis à une table dans la maison, il ouvre l'enveloppe contenant la prière donnée par la vieille dame.


Plus tard, ANTOINE est seul devant l'autel d'une église et récite la prière.


ANTOINE

"Sainte-Marie, Mère de Dieu,

"je viens vous demander

que ma petite-fille, Sarah,

"réussisse son bac

"pour qu'elle puisse enfin

partir de chez ses parents,

"qui ne la méritent pas,

"et que mon petit-fils

"se débarrasse

de cette petite pute

"qui lui a mis

le grappin dessus

"parce qu'elle lui met

des idées dans la tête

"que c'est pas possible d'avoir

des idées pareilles à son âge.

Amen."


Plus tard, au village, ANTOINE s'occupe des clients.


CLIENT

Fit pour les vitres.


CLIENTE

Ah oui, Fit pour les

vitres qui sont sales.


ANTOINE

Et?


CLIENTE

Puis des éponges, évidemment.

Bonne journée.

À la prochaine fois.


ANTOINE arrête sa camionnette à un autre endroit.


ANTOINE

Bonjour!


CLIENTE

Je voudrais des oeufs,

s'il vous plaît.


ANTOINE

Douze?


CLIENTE

Oui.


On voit plusieurs clients à différents endroits passer leur commande à ANTOINE.


CLIENTE

Je voudrais trois bananes.


ANTOINE

Trois, quatre, cinq pêches?


CLIENT

1 kilo, à peu près.


JEUNE GARÇON

Est-ce que

vous vendriez des bières?


Plus tard, ANTOINE revient au salon de coiffure pour chercher LUCIENNE. Il siffle sarcastiquement en voyant sa coupe de cheveux.


LUCIENNE

Sois poli, si t'es pas joli.


Un peu plus tard, ANTOINE est dans la camionnette avec LUCIENNE.


ANTOINE

C'est pourquoi, vos cheveux?

Le jour où ils seront rouges, ça

veut dire qu'il fera de l'orage?


LUCIENNE

Oh, mais il va pas

nous chier une pendule!


Plus tard, ANTOINE est avec une autre cliente.


CLIENTE

Il y a que deux jours

que je suis sortie.


ANTOINE

Vous étiez à l'hôpital?


CLIENTE

Regardez.

Ils sont remontés

jusqu'au coeur.


ANTOINE

Je vais mettre ça dans

votre sac. Je vais vous aider.


CLIENTE

C'est gentil.


ANTOINE reconduit la dame jusqu'à chez elle.


ANTOINE

Hop! Je vais vous aider

à remplir le chèque, là.

C'est la fin du mois.


ANTOINE poursuit sa route et s'arrête à un autre endroit du village.


ANTOINE

Les haricots verts, la farine.

Quoi d'autre?


CLIENT

On va prendre

deux pêches encore.


ANTOINE

Deux pêches. C'est tout?


CLIENT

On prendra un paquet de radis?


CLIENTE

Bien.


CLIENT

Allez.


ANTOINE

Une botte de radis?


CLIENT

Oui.


ANTOINE

Allez. Hop!


CLIENT

C'est ça. Alors,

on arrangera le compte...


ANTOINE

La semaine prochaine ou la fin

du mois, comme d'habitude.


CLIENTE

(Riant)

Ou l'année prochaine.


CLIENT

C'est ça, alors--


ANTOINE

(Blaguant)

Hé, moi, j'ai besoin

de faire tourner la boutique,

l'année prochaine.


ANTOINE s'arrête chez M. CLÉMENT.


ANTOINE

Ils les aiment, les touristes

des Pères Thuizot, vos oeufs.

Je les ai tous vendus.

7,50 euros.

Je vous mets les petits pois

dans le buffet?


M. CLÉMENT

Hé, t'as bien rentré

les moutons, au moins?

Hein?


ANTOINE regarde tristement M. CLÉMENT.


M. CLÉMENT

J'ai pas envie de me faire

engueuler par Adèle.

Tu la connais pas.


ANTOINE

(Triste)

Je les ai rentrés ce matin.


M. CLÉMENT marmonne. Il aperçoit l'argent déposé par ANTOINE.


M. CLÉMENT

(Confus)

Ah.

Merci, je...


Plus tard, ANTOINE s'occupe d'un couple de clients. L'homme a une boîte de chatons dans les mains.


ANTOINE

Les pommes et les carottes.


FEMME

Merci!


HOMME

Vous voulez pas

de petits chats, par hasard?


ANTOINE

Ouh là, non. Non, non.


HOMME

Bien, tant pis, je les tue.


ANTOINE

Bien, non.


HOMME

Bien, si.


CLIENTE

Mais non! Vous allez

pas tuer les petits chats.


FEMME

(S'adressant à ANTOINE)

Regardez comme ils sont beaux.

Vous le mettez dans la litière.


ANTOINE

Il est mignon.

(S'adressant à l'autre cliente)

Madame,

vous voulez pas un chat?


CLIENTE

Volontiers.


ANTOINE donne le chaton à la cliente.


ANTOINE

Oh, là, là, là, là!


CLIENTE

Aïe. Il va venir vers moi.


ANTOINE

Bien, voilà. Un de moins.

À qui le tour?


Deux autres clientes arrivent.


ANTOINE

Vous voulez pas un chat?


CLIENTE 2

Oh, ce beau petit chat.


CLIENTE 3

Oh, bien, moi,

j'en ai un déjà.


ANTOINE

Bon, maintenant,

qui est-ce qui veut du lait?

Bien, il faut bien les nourrir,

les chats. Hein? Bon.

Et voilà!

Et vous, madame,

du lait aussi?


CLIENTE

Oh, bien, oui, oui, merci.


À un autre moment, ANTOINE est chez LUCIENNE. Cette dernière prépare une crêpe sur la poêle.


ANTOINE

Je crois pas que ce soit

encore de votre âge

de faire flamber.


LUCIENNE

Bien, on verra comment

tu seras à mon âge, petit con.

Qu'est-ce que tu feras flamber?


ANTOINE

Bon, laissez-moi faire.

Je vais vous montrer, moi.


LUCIENNE

C'est une crêpe, ça?

Hum? T'as la tête ailleurs,

mon fils.

T'as des nouvelles?


ANTOINE

De qui?


LUCIENNE

Tu me prends pour une bille?

C'est bête, vous alliez

bien ensemble.


ANTOINE

Je crois pas.

Je sais pas comment elle a fait

pour me supporter.


LUCIENNE

Accusé, vous avez

quelque chose à ajouter

pour votre défense?


LUCIENNE tape amicalement l'épaule d'ANTOINE. ANTOINE met de l'huile sur la crêpe et la fait flamber. Une grosse flamme jaillit.


LUCIENNE

Alors...

Tu vois, c'est pas mieux que

moi, hein? Voilà, c'est malin.

Donnez-moi ça, donne-moi, ça.


ANTOINE

Vous foutez de l'alcool à

brûler dans vos crêpes ou quoi?


LUCIENNE

Donne-moi ça. Pousse-toi.


ANTOINE

Attention à vos cheveux,

quand même.


À un autre moment, ANTOINE est dans l'atelier de M. CLÉMENT. Il s'empare de deux morceaux de bois.


ANTOINE

Vous auriez pas une scie?


M. CLÉMENT

Il y en a, là, derrière.

Il y en a au moins deux,

des égoïnes.


ANTOINE

Il y a rien, là.


M. CLÉMENT

Bien, écoute,

si c'est pas là,

je vais te dire,

c'est que c'est ailleurs.

Alors, mais je peux pas

te dire exactement.


ANTOINE

Ah oui.


ANTOINE trouve une scie.


ANTOINE

Il me faudrait...

Vous avez des pointes?


M. CLÉMENT

Oui, là. Là où tu es.


ANTOINE

Ah oui.

C'est un petit peu rouillé

quand même, hein?


M. CLÉMENT

Hé, hé, bien, moi aussi.


ANTOINE

Non.


M. CLÉMENT

Eh oui.


ANTOINE commence à scier le morceau de bois.


ANTOINE

Tu peux te débrouiller sans moi.


ANTOINE

Ça va aller, M. Clément.


M. CLÉMENT

Bon...


ANTOINE

Je vous appelle

quand c'est terminé.


Plus tard, ANTOINE a terminé de réparer la fenêtre de M. CLÉMENT.


M. CLÉMENT

C'est bien.

Tu veux des petits bouts?


ANTOINE

Non.


M. CLÉMENT

Je me baisse pas,

parce que si je descends jusque

là, je pourrai pas remonter.


ANTOINE

Hop! Oh, quelle chaleur!


M. CLÉMENT

Un petit coup de gnôle?


ANTOINE

Allez!


M. CLÉMENT

Allez!

Au diable la varice!


ANTOINE

Il faudra retourner pour

ranger les poules, quand même.


M. CLÉMENT

Oh, elles ont le temps. Elles

se débrouilleront toutes seules.


ANTOINE

C'est vous qui

vous y collez, hein.


M. CLÉMENT

Oui, bien, toujours.


De son côté, M. SFORZA discute au garage avec FERNAND.


FERNAND

Putain. Tu t'arrêtes, moi,

je vais être le dernier

des Mohicans.

Je vais devoir faire garage,

dépôt de pain, putain.

Moi, j'ai pas fini

d'être emmerdé, hein.


À Paris, CLAIRE est en compagnie d'HASSAN. CLAIRE ouvre un colis contenant du fromage et d'autres souvenirs.


HASSAN

Pourquoi il t'envoie

de la cancoillotte?


CLAIRE

(Amusée)

C'est un truc entre nous.


HASSAN

Moi, je peux toujours

me brosser pour avoir une carte.


CLAIRE

Oh. Tiens, regarde.


HASSAN

C'est quoi?


CLAIRE

Tu vas me goûter ça.


CLAIRE donne une toute petite bouteille à HASSAN.


HASSAN

"Fernet-Branca."

C'est amer. Hum...

Tiens, vas-y. Prends-en.


CLAIRE

Oh, c'est beau.

Je connais, moi.


ANTOINE roule en camionnette et aperçoit la voiture de FRANÇOIS sur le bord de la route. Il descend et va jusqu'à la rivière. Il aperçoit FRANÇOIS qui marche dans l'eau jusqu'à s'y enfoncer la tête.


ANTOINE

Qu'est-ce

qu'il fout, ce con?

François! François!


ANTOINE court jusqu'à la rivière pour sauver FRANÇOIS.


ANTOINE

François!

François!

François!


ANTOINE plonge à l'eau.


Plus tard, FRANÇOIS dort sur un lit d'hôpital. ANTOINE est à son chevet, en compagnie de ses parents.


MME SFORZA

Il a peut-être glissé,

tout simplement.


ANTOINE

(S'adressant à ANTOINE)

Heureusement que t'étais là.


On cogne à la porte de la chambre.


Un peu plus tard, ANTOINE discute dans le corridor de l'hôpital avec SOPHIE.


ANTOINE

Je pensais que c'était bien

que je te prévienne.

T'inquiète pas.

Maintenant, ça va mieux.


SOPHIE

Je ne m'inquiète plus.

Je peux te dire

que les antidépresseurs,

ça fait un moment

qu'il les mélange.

Pourquoi? Tu crois que c'est

à cause moi qu'il a fait ça?


ANTOINE

Non, j'en sais rien, moi.

Il m'a rien dit.

De toute manière, lui et moi,

on se parle pas beaucoup, hein.

Moi, j'avais même pas vu

qu'il allait mal, alors...


Plus tard, de sa fenêtre, M. SFORZA regarde ANTOINE charger la camionnette.


ANTOINE entre à l'épicerie et remet de l'argent à sa mère.


ANTOINE

L'argent que je te devais.

Tu peux recompter, si tu veux.


MME SFORZA

Antoine.


ANTOINE

Tu me feras un reçu?

Signez-le, toi et papa.

c'est mieux, non? Comme ça,

il y a pas d'embrouille.


ANTOINE retourne charger la camionnette. MME SFORZA le suit.


MME SFORZA

Alors, tu restes ou tu pars?


ANTOINE

J'en sais rien.


MME SFORZA retourne à l'épicerie, où l'attend M. SFORZA.


M. SFORZA

Qu'est-ce qu'il t'a dit?

Il part ou il reste?


MME SFORZA

Il sait pas.


ANTOINE part en camionnette.


Plus tard, ANTOINE est chez LUCIENNE.


LUCIENNE

Bon, il va rester

en quarantaine longtemps,

ton frère?

Je me fais faire du souci.


ANTOINE

Mais non, ça va mieux,

petit à petit.

Mais il faut pas

s'inquiéter, ça sert à rien.


LUCIENNE

Bien, si, je m'inquiète.

Qui c'est qui va

me faire mes couleurs?


ANTOINE

(Regardant les cheveux de LUCIENNE)

Oui.


LUCIENNE

Oui.

Tiens, tu lui donneras ça.

C'est la confiture

de mes abricots.

Il y en a qui ont de la chance.

Personne a jamais voulu se tuer

pour moi.


ANTOINE

Mais, moi, Lucienne,

je serais capable de me

laisser mourir pour vous.


LUCIENNE

Dans ce cas.


LUCIENNE donne un autre pot de confiture à ANTOINE.


ANTOINE

Ah, ça me fait plaisir.


LUCIENNE

Allez, va bosser, fainéant.


Plus tard, ANTOINE est devant sa petite maison. M. SFORZA le rejoint à la marche.



ANTOINE

Tu veux de l'eau?


M. SFORZA

(Essoufflé)

Je veux bien,

oui. Je peux m'asseoir?


ANTOINE

Vas-y.


M. SFORZA

Tiens, je t'ai apporté le...

Le reçu que tu m'as demandé.


ANTOINE

Merci.


M. SFORZA

Tu t'es bien démerdé

avec le camion.

T'as fait un bon

chiffre d'affaires.

Pas autant que moi quand j'avais

ton âge, mais c'est pas mal.

Bien, même.

Ta mère et moi,

on s'était même dit que...

si tu voulais reprendre

le camion et l'épicerie,

ça serait bien.


ANTOINE

J'en sais rien.

J'avais l'intention de continuer

cet été, mais après...


ANTOINE soupire.


M. SFORZA

En tout cas, à la fin

de l'été, il y aura plus

de camion et plus d'épicerie.

C'est...

comme ça.

J'arrête.


ANTOINE

Comment ils vont faire,

les vieux, si t'arrêtes?


M. SFORZA

Pfff, les vieux.

Ils se débrouilleront

sans moi.


Plus tard, M. SFORZA repart. ANTOINE reste seul avec ses pensées.


À un autre moment, à l'épicerie, ANTOINE est avec HASSAN. Il lui montre une carte géographique.


ANTOINE

Tiens, viens voir.

J'ai tracé les chemins

de la tournée.

Avec des couleurs différentes,

Ce sera plus facile.

Le chemin vert,

tu pars de La Mulaz,

tu prends la D24

jusqu'à l'Épinette.

Tu prends sur la gauche,

comme ça, jusqu'au croisement

de Citronelle.

Là, tu prends à gauche.

Et t'oublies pas de passer

chez le père Clément, hein?


EMPLOYÉ

Ça va,

je sais lire une carte.


ANTOINE

Non, mais attention, hein.

La tournée, ça a rien

à voir avec ton épicerie.

Alors, fais gaffe. Pars pas

en terrain conquis, Hassan.


HASSAN

Je pars pas en terrain

conquis, je pars pas du tout.

J'ai pas du tout l'intention

de conduire ton truc.

Je te donne un coup

de main ici, c'est tout.


ANTOINE

T'as l'air tendu,

toi, hein. Ça va te

faire du bien, l'air d'ici.


LUCIENNE

Si tu passais plus devant

chez moi, j'aurais pas

besoin de me déplacer.


Le téléphone sonne. ANTOINE se lève.


ANTOINE

Bonjour, Lucienne.

Alors, aujourd'hui,

moi, je suis pas là.

Et je vous laisse avec

le jeune homme.

Mais il faut être gentil

avec lui, parce qu'il est

très sensible comme épicier.


ANTOINE répond au téléphone.


ANTOINE

Allô?


LUCIENNE

HASSAN)

T'as de la farine?


ANTOINE

(Au téléphone)

Oui.


HASSAN

La farine... Oui,

mais je sais pas où elle est.


LUCIENNE

(Moqueuse)

"La farine,

je sais pas trop..."


HASSAN

Je sais pas comment

ils ont rangé ici.

Ils rentrent tout

et n'importe quoi.


LUCIENNE

Alors comment je fais

mes pâtisseries, s'il

y a pas de farine?


HASSAN

Bien, j'ai des loukoums.


ANTOINE raccroche.


ANTOINE

Je reviens.


ANTOINE quitte l'épicerie.


HASSAN

(S'adressant à LUCIENNE)

Puis alors?


LUCIENNE

Oui.


HASSAN donne un loukoum à LUCIENNE, qui en prend une bouchée.


HASSAN

(Taquin)

Vous mangez pas

le papier, hein?


CLAIRE attend ANTOINE à la gare. ANTOINE arrive en camionnette.


ANTOINE

Qu'est-ce que tu fais là?


CLAIRE

Et toi, qu'est-ce

que tu fais encore là?

J'ai deux mois avant l'Espagne.

Je viens t'apprendre

à faire du chiffre.


ANTOINE

Bien, t'as qu'à conduire.


CLAIRE

Comment?


CLAIRE monte dans la camionnette.


À un autre moment, ANTOINE est à la gare avec ses parents.


ANTOINE

On est pas en retard.


MME SFORZA

(S'adressant à M. SFORZA)

Les billets?


M. SFORZA

Oui, je les ai. Tu me l'as

demandé tout à l'heure.


ANTOINE

(Faisant la bise à sa mère)

Allez.

Prenez du bon temps, hein.


MME SFORZA

Oui.


M. SFORZA

Essuie-toi,

elle t'a mis du rouge.


ANTOINE

Maman, un souvenir.


M. SFORZA

Salut, fils.


M. SFORZA fait la bise à ANTOINE.


M. SFORZA

Allez.


MME SFORZA

Tu t'occuperas

de ton frère?


ANTOINE

Oui.


À un autre moment, CLAIRE et ANTOINE pique-niquent devant la camionnette. Le téléphone d'ANTOINE sonne.


CLAIRE

Oh non!

Réponds pas.


ANTOINE

(Au téléphone)

Allô?


HASSAN est à l'épicerie et parle au téléphone.


HASSAN

Demain,

Claire reste avec moi,

parce que je m'en sors pas.

Toi, tu peux être tout seul

au camion, hein.


ANTOINE

OK. Bien, je lui en parle

et puis on voit ça en rentrant.

Non, je crois qu'on va être

un peu en retard, là.

Il y a du monde, là, avec les

vacanciers qui sont arrivés.

Oui, j'arrive tout de suite!

Il faut que je te laisse, là.

J'ai une cliente.


HASSAN

Oui, mais vous êtes où?

Hé, Lucienne.

On se calme sur les loukoums.


LUCIENNE

Hein?


HASSAN

Si on les payait,

pour une fois, les loukoums?


LUCIENNE

J'en ai mangé qu'un!


Générique de fermeture

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