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Pour rire!

Un homme découvre que sa femme a un amant. Pour mieux l’approcher, il simule une tentative de suicide en se jetant dans la Seine sous ses yeux. Le plan fonctionne comme prévu, l’homme plonge à son tour pour le sauver…



Réalisateur: Lucas Belvaux
Acteurs: Ornella Muti, Jean-Pierre Léaud, Antoine Chappey
Année de production: 1996

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VIDÉO TRANSCRIPTION

Une salle d'audience de tribunal s'ouvre. La salle se remplit. ALICE, une avocate, est devant CHARPIN, son client, qui est assis sur le banc des accusés.


VOIX D'UN HUISSIER

La cour.


ALICE et les autres personnes dans la salle se lèvent.


Dans un local de méditation, NICOLAS est à genoux et se concentre. Un instructeur prononce quelques mots de japonais et donne de petits coups de bâton sur chacune des épaules de l'homme, qui ferme ensuite les yeux et se prosterne rapidement.


Au tribunal, ALICE prononce son plaidoyer. Elle s'exprime avec un accent italien.


ALICE

À quoi

pense-t-il à ce moment-là?

Nous ne le saurons

sans doute jamais.

Quand il retrouve ses esprits,

le pied de biche a déjà traversé

la nuque de Marcel Dubois

et tranché la jugulaire

de Nathalie Charpin.

Tout est dit.

Ce fut un coup phénoménal,

je vous l'accorde.

Mais ce n'est pas

dans la sauvagerie

qu'il faut aller

chercher la raison de

cette force herculéenne,

comme l'accusation voudrait

nous le faire croire,

mais dans la tension

et l'adrénaline.


LE PROCUREUR

Ah non?


ALICE

Et pourtant,

vous parliez de sauvagerie,

Monsieur le Procureur.

Mais il n'y a eu qu'un coup.

Charpin pouvait-il imaginer

cette force en lui?

Regardez-le.

Non.

Nathalie ne fut victime

que d'un malheureux

concours de circonstances.

Imaginons si les amants avaient

été dans une autre position.

Où l'objet aurait-il

fini sa course?


LE PROCUREUR

Maître, permettez-moi,

vous ne nous aviez pas habitués

à de tels... dérapages.

Nous sommes devant un double

meurtre commis par une brute.


ALICE

S'il vous plaît.

Ne nous laissons pas emporter

par la passion.

Nous ne savons que trop

où elle peut mener.


À un autre moment, ALICE est au lit avec GASPARD.


GASPARD

(Tout bas)

Alice...


ALICE

Gaspard...


ALICE et GASPARD s'étreignent amoureusement.


NICOLAS passe l'aspirateur dans son appartement. Il chante. NICOLAS arrête l'aspirateur et regarde sa montre.


Chez GASPARD, le réveil-matin sonne.


ALICE

Déjà.


ALICE veut se lever, mais GASPARD la retient. Elle sourit.


Plus tard, ALICE retourne à son appartement. NICOLAS, son mari, lui ouvre la porte.


NICOLAS

Bonsoir.


ALICE

Tu m'as vue arriver?


NICOLAS

Je guettais.


ALICE embrasse NICOLAS.


ALICE

Mmm, ça sent bon!


NICOLAS

Tu n'as pas acheté de fleurs?


ALICE

Oh, j'ai oublié.


NICOLAS

Ça fait rien, je vais y aller.


ALICE

Ils vont sûrement en apporter.


NICOLAS

Exactement.


Plus tard, NICOLAS et ALICE sont assis à table. Ils attendent des invités.


NICOLAS

J'aimerais bien qu'on m'explique

un jour pourquoi à Paris,

les gens sont

toujours en retard.


ALICE

À cause des embouteillages.


NICOLAS

Mais c'est pas une raison: il

y a toujours des embouteillages.

Un rendez-vous,

c'est à un endroit

précis à un moment donné.

Le reste n'a pas à entrer

en ligne de compte.


On sonne à la porte.


NICOLAS

(Tout bas)

Vas-y, ça me gêne

toujours quand

on m'offre des fleurs.


ALICE ouvre la porte à JULIETTE.


ALICE

Michel n'est pas avec toi?


JULIETTE

(Les larmes aux yeux)

Non.

Il viendra pas.

Plus jamais.


JULIETTE éclate en sanglots.


Plus tard, JULIETTE discute avec NICOLAS et ALICE.


NICOLAS

C'est vraiment dégueulasse.

Ça durait depuis

combien de temps?


JULIETTE

Six mois.


NICOLAS

Et tu ne t'étais rendu

compte de rien?


JULIETTE

Non.


NICOLAS

C'est vraiment incroyable.

Michel menait une double vie

et tu n'avais rien vu?

Remarque, je ne l'aurais

jamais soupçonné de quoi

que ce soit non plus,

mais enfin, moi,

je ne vivais pas avec lui.

Oh, il cachait bien son jeu.

Quelle duplicité...

Jamais je ne l'aurais cru

capable d'une chose pareille.

Tu la connais?


JULIETTE

Non, je crois pas.


NICOLAS

Je suis sûre qu'elle

est moins jolie que toi.

Il paraît que les hommes

quittent toujours leur femme

pour la même en moins belle.

Je l'ai lu dans

Elle.

Reprends du gâteau,

il va en rester.


JULIETTE

Oh, non merci, j'ai plus faim.


NICOLAS

Fais-moi plaisir, c'est moi

qui l'ai fait.

C'est du gâteau de Savoie

avec des cerises dedans.

C'est plus léger.


JULIETTE

Merci.


NICOLAS

Et toi, Alice, tu en veux?


ALICE

Je te remercie.


ALICE regarde dans le vide pendant que JULIETTE mange son gâteau.


NICOLAS

À quoi penses-tu?


ALICE

À rien. Je rêvais.


NICOLAS

Non, tu dormais.

Tu as pas pris de café.


JULIETTE

Je vais vous laisser.


NICOLAS

Non, non, non, reste.

Il n'est que 11h. Tu veux

que je te ramène?


JULIETTE

Oh, écoute, c'est pas

la peine. À cette heure-ci,

il y a encore un métro.


NICOLAS

Ah non. Je ne veux pas

que tu prennes le métro

dans cet état-là.

Je vais chercher la voiture.


Plus tard, JULIETTE a son manteau sur le dos, tandis que NICOLAS attend dehors dans la voiture.


ALICE

T'es sûre que

tu veux pas dormir ici?


JULIETTE

Oui.


ALICE

Promets-moi de ne pas

te faire de mal.


JULIETTE

Non, ne t'inquiète pas..


On entend le bruit d'un klaxon.


JULIETTE

...comme ça.


ALICE fait la bise à JULIETTE.


ALICE

Je t'appelle demain.


JULIETTE

Oui. Au revoir, Alice.


JULIETTE s'en va tandis que les sons de klaxon recommencent. Une fois seule, ALICE prend le téléphone et compose un numéro.


VOIX DE GASPARD

Allô?


ALICE

Tu es là?


VOIX DE GASPARD

Oui, pourquoi?


ALICE

Je sais pas. J'ai toujours

peur que tu ne sois pas là.

Tu vas bien?


VOIX DE GASPARD

Oui.


ALICE

Tu m'aimes?


VOIX DE GASPARD

Oui.


ALICE

Dis-le-moi.


VOIX DE GASPARD

Je t'aime.


ALICE

Encore.


VOIX DE GASPARD

Je t'aime. On se voit demain?


ALICE

Oui. Je t'embrasse.


VOIX DE GASPARD

Moi aussi.


ALICE

Passe une bonne nuit,

mon amour.


Plus tard, ALICE est au lit. NICOLAS l'embrasse.


NICOLAS

Bonne nuit, mon amour.


Plus tard, ALICE est dans le lit de GASPARD et se tourne vers lui.


GASPARD

(Riant)

Ne me chatouille pas!


ALICE continue de chatouiller GASPARD en riant.


NICOLAS est au téléphone.


VOIX DE CLAIRE

Cabinet Arnaud-Leroux,

bonjour.


NICOLAS

Ah, bonjour Claire.

C'est Nicolas. Alice est là?


VOIX DE CLAIRE

Non, elle est à la santé.


NICOLAS

Tiens...

Je croyais que c'était

le vendredi, la santé.

Enfin bon, ça ne fait rien.

Embrassez-la pour moi.

Au revoir, Claire.


Plus tard, NICOLAS fait les cent pas devant un édifice. Il interpelle un policier.


NICOLAS

Pardon, monsieur l'agent.

À quelle heure sortent les

avocats, s'il vous plaît?


POLICIER

Il n'y a pas d'avocats

aujourd'hui. Mercredi,

c'est le jour des enfants.


NICOLAS

Oui, c'est vrai...


NICOLAS va pour s'en aller.


POLICIER

Hop, s'il vous plaît,

vous avez vos papiers?


Plus tard, NICOLAS marche devant un banc public où est assise JULIETTE.


JULIETTE

Nicolas?


NICOLAS

Oh... Juliette.

Quelle surprise.

Tu ne travailles pas?


JULIETTE

Non, j'ai pris

quelques jours.


NICOLAS

Tu as raison. Tiens, va

changer d'air. Va à la mer.


JULIETTE

Toute seule?

Oh, c'est trop triste.

Non, je préfère

me balader dans Paris.

C'est bien, je redécouvre.


NICOLAS

Oui. Oh, la vie est drôle.

On vit dans la plus belle ville

du monde et on l'oublie.

Il faut un coup dur

pour ouvrir les yeux.


JULIETTE

C'est vrai. Depuis hier,

tout est différent.


NICOLAS

Ça va te paraître étrange,

mais je t'envie.


JULIETTE

(les larmes aux yeux)

Il faut pas. C'est triste.


NICOLAS

Mais non.

La vie n'est jamais triste.

Elle est, c'est tout.

Un jour il fait beau,

le lendemain, il pleut.

S'il faisait beau tous les

jours, ce serait plus la vie.

Toi, ça faisait 20 ans

que tu habitais Paris.

Tu voyais plus rien.

Tout était gris.

Et d'un seul coup,

hop, tout s'illumine,

tu retrouves tes yeux

d'il y a 20 ans.


JULIETTE

Des yeux de touriste.


NICOLAS

Prends garde à toi, Juliette.

Tu te complais dans ton malheur.


JULIETTE

Je vais pleurer.


JULIETTE met des lunettes de soleil.


NICOLAS

Tu vois. Écoute,

j'ai pas le temps

de te consoler, là, maintenant.

On a des gens à dîner ce soir

et j'ai pas encore fait

les courses.


JULIETTE

Vas-y, vas-y,

je vais pleurer toute seule.

Ça ne me dérange pas,

ça soulage.


NICOLAS

Écoute, c'est quand même pas

l'endroit idéal pour pleurer

même quand on a le blues.

Tu devrais changer.

Et puis appelle-moi

quand tu veux. Tu sais

que je suis toujours là.

Si je peux te remonter le moral.

Allez.


NICOLAS fait la bise à JULIETTE et s'en va. JULIETTE soupire.


Dans le lit de GASPARD, ALICE embrasse celui-ci sur la joue.


Plus tard, ALICE rentre chez elle, où l'attend NICOLAS.


ALICE

C'est moi.


ALICE embrasse NICOLAS.


NICOLAS

J'ai essayé de te joindre

toute la journée.


ALICE

Qu'y avait-il de si urgent?


NICOLAS

Il y a que les Thiron

viennent dîner

et je sais toujours pas

s'ils viennent avec les enfants.


ALICE

Louise m'avait appelée

hier pour annuler.

L'aîné a les oreillons.


NICOLAS

À son âge, ça,

c'est emmerdant.

Enfin, les courses sont faites

et on va manger des brocolis

pendant trois jours.


ALICE

C'est très bien.

J'adore ça.


NICOLAS

Quand même,

pendant trois jours...

Enfin, on invitera Juliette.

Au fait, je suis allé

à la santé.


ALICE

Pour quoi faire?


NICOLAS

Mais pour te voir.

Claire m'a dit que tu y étais.


ALICE

Ah oui, ce n'était pas vrai.

C'est parce que Juliette

m'a demandé d'aller la voir.

Il fallait bien que

je trouve un prétexte.


NICOLAS

Ah.


ALICE

Elle ne va pas bien du tout.

Elle ne met plus le nez dehors.

Je lui ai conseillé d'aller à la

mer pour se changer les idées.


NICOLAS

C'est une bonne idée.


ALICE

Oh oui, elle trouve aussi.

Quelle heure est-il?


NICOLAS

6h30.


ALICE

Seulement?

Je vais prendre un bain.


Pendant qu'ALICE se fait couler un bain, NICOLAS prend le veston d'ALICE et le sent. Il récite une prière bouddhiste.


NICOLAS est dans une salle de méditation et récite une prière bouddhiste avec d'autres gens.


NICOLAS lave un verre au-dessus de l'évier. Le verre casse dans ses mains.


NICOLAS

Argh! Bon, maintenant,

ça suffit.


Plus tard, NICOLAS est au téléphone.


VOIX DE CLAIRE

Cabinet Arnaud-Leroux,

bonjour.


NICOLAS

Bonjour Claire.

C'est Nicolas. Alice est là?


VOIX DE CLAIRE

Je vous la passe.


NICOLAS patiente quelques instants.


VOIX D'ALICE

Bonjour mon chéri.


NICOLAS

Bonjour. On déjeune ensemble?


ALICE

Écoute, c'est embêtant.

Juliette passe me prendre.

Je pense qu'il vaut mieux

que je la voie seule.

Ça t'embête?


NICOLAS

Non, non, pas du tout.

Embrasse-la pour moi.


ALICE

D'accord. À ce soir.


NICOLAS

À ce soir.


NICOLAS raccroche.


NICOLAS

On va voir ce qu'on va voir.


NICOLAS attend dans un café devant le bureau d'ALICE. Il voit celle-ci sortir de son bureau. NICOLAS suit ALICE jusqu'à un autre café, où il s'aperçoit qu'ALICE est assise avec JULIETTE.


ALICE

(Faisant un signe au serveur)

S'il vous plaît.


NICOLAS quitte le café. Il entre chez un fleuriste.


Au tribunal, ALICE continue son plaidoyer.


ALICE

Pendant ce temps-là, Raoul

fait des heures supplémentaires.

Et plus Raoul travaille,

plus Nathalie s'ennuie,

plus elle est lasse,

plus elle déprime et plus

on a recours au bon Dr Dubois.

Excellent praticien, certes,

mais non conventionnel.

Et qui prescrit beaucoup.

Et que prescrit-il?

Des calmants, bien sûr.

Pas si sûr.

L'autopsie nous apprendra

qu'en fait,

il s'agissait d'un aphrodisiaque

chinois à base de plantes.

C'était sans doute sa conception

des médecines douces.

Quoi qu'il en soit,

on en retrouvera dans

les estomacs des deux victimes.

Ils se les partageaient.

Et qui va chercher à la

pharmacie ces aphrodisiaques?

Charpin.

Et qui les paie? Charpin.

Et qui en profitera?


À un autre moment, ALICE rentre chez elle.


ALICE

C'est moi.


NICOLAS

Bonsoir.


ALICE aperçoit un vase rempli de fleurs sur la table de la salle à manger.


ALICE

J'ai oublié un anniversaire?


NICOLAS

Non, non, pas du tout.

C'est impromptu.

Une preuve d'amour.


NICOLAS embrasse ALICE.


ALICE

C'est gentil.


NICOLAS

J'en ai encore

pour une demi-heure.


ALICE

Je vais prendre un bain alors.


NICOLAS

Oui, à tout de suite.


Plus tard, ALICE et NICOLAS s'assoient à table.


ALICE

Dis donc, tu m'avais pas dit

que t'avais vu Juliette hier.


NICOLAS

Ah oui, c'est vrai.

Ça m'était complètement

sorti de la tête.

T'aurais dû l'inviter

ce soir, la pauvre.


ALICE

Je lui ai proposé,

mais elle devait voir Michel.


NICOLAS

J'en étais sûr.

Un couple comme ça,

il peut absolument rien

lui arriver de grave.

Des aventures, oui,

des passades, mais sinon...

Et d'ailleurs, je ne serais

pas surpris d'apprendre

qu'elle a des aventures,

elle aussi.

Elle a parfois

de ces petits airs coquins...


ALICE

(Souriant)

S'il te plaît...


NICOLAS

Je t'assure qu'elle m'a jeté

des oeillades de quasi...

gloutonne.


ALICE

Prétentieux.


NICOLAS

Enfin, maintenant

qu'elle revoit Michel,

je ne risque plus rien.

Tout est bien qui finit bien.


ALICE

Je crois qu'il passait juste

récupérer quelques affaires.


NICOLAS

Quelquefois, ça suffit.


ALICE

Peut-être.


Plus tard, ALICE regarde une compétition de cyclisme à la télévision. Deux commentateurs décrivent la performance d'un cycliste.


COMMENTATEUR 1

Il est bien, Gilbert.

Regardez comme

cette relance est belle.


COMMENTATEUR 2

Ça, c'est clair,

il n'amuse pas le terrain.


COMMENTATEUR 1

Un petit résumé pour ceux

qui nous rejoignent:

Gilbert Duclos-Lassalle

est donc seul en tête de

cette étape de Paris-Nice.

Il a une avance de 3 min 12 s

à notre dernier pointage.

Et derrière Didier,

ça a pas l'air de réagir.


COMMENTATEUR 2

Bien non, la chasse n'est pas

encore organisée.


NICOLAS

Tu regardes le vélo?


ALICE

Ça ou autre chose...


NICOLAS

Tu es malade?


ALICE

Non.


NICOLAS

Tu es sûre?


ALICE

Oui.


NICOLAS

C'est la Flèche Wallonne

ou le Tour des Flandres?


ALICE

Je sais pas.


NICOLAS

Parce qu'il faut pas

plaisanter avec ça, hein.

Les Belges sont très

susceptibles, là-dessus.

Comme les Corses.


COMMENTATEUR 1

Quand on parle du loup,

voilà Gilbert.


Dans la télévision, un motocycliste roule à côté du cycliste. Assis derrière le motocycliste se trouve GASPARD, un appareil photo en main, qui salue la caméra.


COMMENTATEUR 2

Ah, et notre camarade

Gaspard Aubach.

Salut Gaspard.


ALICE sourit en voyant GASPARD.


COMMENTATEUR 2

Sympathique photographe.

Toujours un mot gentil

à la bouche.


COMMENTATEUR 1

C'est ça, la grande famille

du cyclisme.

Un très bon photographe,

un très bon copain aussi.


GASPARD envoie des bises à la caméra.


COMMENTATEUR 1

C'est vrai.

On va peut-être revenir

À la course, maintenant.


NICOLAS

Ha, ha! Ah, tu as vu?


ALICE

Quoi?


NICOLAS

Le type à la télé

qui fait "bonjour".

On aura tout vu.


ALICE

C'est gentil.


NICOLAS

C'est un ringard.

Tu vas regarder jusqu'au bout?


ALICE

Oui, sans doute.


NICOLAS

Mais tu sais qu'il y en a

encore pour deux heures?


ALICE

Je trouve ça passionnant.


NICOLAS

Je sais pas comment

je dois prendre ça, mais...

c'est très, très troublant.


ALICE

Je ne vois pas pourquoi.


NICOLAS

Je t'assure que découvrir

après 15 ans de vie commune

que sa femme aime le vélo,

c'est troublant.

C'est comme si j'apprenais...

je sais pas, moi, que tu

avais un amant hollandais

qui s'appelait Van

Je-Sais-Pas-Quoi.


ALICE

Mais il n'y a

absolument aucun rapport.


NICOLAS

Mais si. Tous les champions

cyclistes sont hollandais.

Ils s'appellent tous

Van quelque chose.

Tu n'as pas d'amant?


ALICE

Ne sois pas ridicule.


NICOLAS

Ça n'aurait rien

d'extraordinaire.


ALICE

Non.

Non, mais non,

je n'ai pas d'amant.


NICOLAS

Tant mieux.


Plus tard, ALICE marche dans la rue en lisant un journal grand ouvert. Elle n'aperçoit pas JULIETTE sur son chemin et se cogne contre elle.


ALICE

Excusez-moi.


JULIETTE

Tu lis

L'ÉQUIPE, maintenant?


ALICE

Non, non...

Je regardais les photos.


JULIETTE

Ah.


ALICE et JULIETTE marchent ensemble.


ALICE

Qu'est-ce que tu fais là?


JULIETTE

Euh... Je te cherchais.

Ça va pas du tout.


ALICE

T'as pas vu Michel?


JULIETTE

Si.


ALICE

Vous vous êtes engueulés?


JULIETTE

Non, il a été très gentil.


ALICE

Quel salaud.


JULIETTE

Bien non, on peut pas lui

en vouloir. C'est sa nature.

Il m'aime plus, c'est tout.

Si je l'aimais plus non plus,

il y aurait pas de problème.

C'est quand même pas sa faute

si je l'aime encore.


ALICE

Oui. Oui, c'est vrai.


JULIETTE

En plus, il a attendu

six mois avant de m'en parler

pour pas me faire

de la peine inutilement.

Si tu te rends compte:

passer six mois de sa vie

avec quelqu'un qu'on aime plus.

Ça doit être pénible.


ALICE

Ça, c'est vrai.

Je suis arrivée.


JULIETTE

On déjeune ensemble

tout à l'heure?


ALICE

Viens plutôt prendre le café.

J'ai déjeuné tous les jours,

cette semaine.


JULIETTE

Ah, dis donc, ça marche bien.


ALICE

Oui, ça marche.


ALICE et JULIETTE se font la bise et se séparent.


Plus tard, ALICE est chez GASPARD. Les deux amants s'embrassent.


ALICE

Je t'ai vu à la télévision.


Plus tard, ALICE et GASPARD sont couchés un à côté de l'autre. ALICE remet sa montre.


ALICE

L'hiver, il y a pas de vélo.


GASPARD

Non.


ALICE

Tu fais le foot?


GASPARD

Non.


ALICE

Tant mieux.

Tu fais quoi?


GASPARD

Je travaille au BHV.


ALICE

Ah bon.


GASPARD

Basket, handball, volley.


ALICE

(Riant)

T'es con.


Un cadran sonne. ALICE va pour s'en aller.


GASPARD

Reste un petit peu.

Je te ramènerai.


ALICE

Tu seras prudent?


GASPARD

Oui.


ALICE

Cinq minutes alors.


ALICE et GASPARD s'embrassent à nouveau.


Plus tard, ALICE est assise derrière GASPARD sur sa moto.


NICOLAS est dans un café. Il aperçoit MICHEL à une autre table. MICHEL rencontre une jeune femme, l'embrasse sur la bouche et s'assoit à côté d'elle.


NICOLAS

(Tout bas)

Merde alors.


MICHEL aperçoit NICOLAS et lui fait signe de se joindre à eux. NICOLAS se lève et va les voir.


NICOLAS

Salut Michel.


MICHEL

Salut. Ça va?


NICOLAS

Très bien et toi?


MICHEL

Comme tu vois.

Je te présente Romance.


NICOLAS

C'est votre vrai nom?


ROMANCE

Oui.


MICHEL

Juliette m'a dit tout ce

que vous faisiez pour elle.

C'est sympa, merci.

Ça rend les choses plus faciles.


NICOLAS

Elle va déjà mieux.


JULIETTE attend à un café. Par la fenêtre, elle aperçoit ALICE descendre de la moto de GASPARD et l'embrasser. JULIETTE éclate en sanglots.


Plus tard, JULIETTE est sur un pont et regarde la Seine. Derrière elle, un homme et une femme s'étreignent amoureusement.


JULIETTE

(S'adressant à l'homme.)

C'est votre femme?


HOMME

Mais ça vous regarde pas.


Les larmes aux yeux, JULIETTE court et saute à l'eau.


NICOLAS est au téléphone.


NICOLAS

Oh merde!


ALICE est à l'hôpital, au chevet de JULIETTE qui dort sur un lit. Elle quitte la chambre et ferme la lumière. Dehors, elle rejoint GASPARD.


GASPARD

Comment va-t-elle?


ALICE

Ça va.

Bizarrement, ça va.

Est-ce que tu ronfles?


GASPARD

J'en sais rien. Pourquoi?


ALICE

Parce que je sais

que Juliette ronfle,

que Nicolas ne ronfle pas.

Et toi, je t'aime,

j'en sais rien.

Je ne t'ai jamais

regardé dormir.

Je ne me suis jamais

réveillée près de toi.

C'est triste, non?


GASPARD

Un peu.


ALICE

C'est la première fois

que je suis triste depuis

qu'on se connaît.

Est-ce que tu vas

être à la hauteur?


GASPARD

Le weekend prochain,

je vais en Italie.

C'est Milan-San Remo.

Je t'emmène.


ALICE

Tu sais bien que

ce n'est pas possible.

Je voudrais rentrer à pied.

Est-ce que tu m'accompagnes.


GASPARD

Oui.


ALICE rentre chez elle, où l'attend NICOLAS.


ALICE

C'est moi.


NICOLAS

Alors?


ALICE

Ça ira, elle a rien de grave.

Elle est déprimée.


NICOLAS

Ça s'est passé comment?


ALICE

Elle a sauté dans la Seine

et un type est venu la chercher.


NICOLAS

Il faudrait pas qu'elle

attrape une hépatite maintenant.

Ce serait le bouquet.


ALICE

Je vais prendre un bain.


NICOLAS

Ça s'est passé où?


ALICE

Sur le pont des Arts.


NICOLAS

Je la savais pas

si romanesque.

C'est marrant de savoir

que si on se jette à l'eau,

il y a toujours quelqu'un

pour venir vous chercher.

C'est assez réconfortant.


ALICE

Tu y serais allé, toi?


NICOLAS

Je ne sais pas.

Sans doute, oui.


ALICE

J'espère bien.

Je ne pourrais pas vivre

avec quelqu'un

qui ne plongerait pas

dans un cas comme ça.


NICOLAS

D'un autre côté, c'est un

manque de respect de l'autre.

C'est vrai, si elle

voulait mourir, c'était

son choix après tout.

Un choix que je respecte,

d'ailleurs.

Je ne trouve pas ça lâche du

tout, le suicide. Au contraire.

C'est une idée de l'absolu.

Je ne la croyais pas capable

d'une telle abnégation.

Elle remonte dans mon estime.

J'irai la voir demain.


Le lendemain, NICOLAS est au chevet de JULIETTE.


NICOLAS

C'est un quatre-quarts.

Mais avec des pommes dedans,

c'est moins sec.

Faut venir me voir

quand ça ne va pas.

En fait, je crois que tu ne

t'exprimes pas assez. Parle.

Dis les choses. Les copains,

c'est fait pour ça.


Pendant ce temps, GASPARD marche avec ALICE jusqu'à l'entrée de l'hôpital.


NICOLAS

De toute façon, j'ai décidé

de te prendre en main.

On ira à la piscine ensemble.

Tu viendras

faire zazen avec moi.

Au début, ça fait un peu

mal aux genoux.

Mais après, tu pourras

plus t'en passer.


ALICE entre dans la chambre de JULIETTE.


NICOLAS

Tiens, qui va là.


ALICE

Tu es déjà là.


NICOLAS

Il y a pas d'heures

pour les braves.


ALICE

Ça va?

Je t'ai apporté des gâteaux.


NICOLAS

Ton frère a téléphoné

ce matin.

J'ai annulé.


ALICE

Tu as bien fait.


Une infirmière apporte le repas à JULIETTE.


INFIRMIÈRE

Comment ça va?

On a de la visite?

Mais ça a l'air d'aller mieux.

Vous allez manger,

aujourd'hui, hein?

À tout à l'heure.


NICOLAS

Mais on se connaît, non?

J'ai l'impression de vous avoir

déjà vue quelque part.


INFIRMIÈRE

Ha. Non.

Certainement pas.


ALICE

Vous savez quand

elle pourra sortir?


INFIRMIÈRE

Faut demander au médecin.

Elle n'a pas encore vu

le psychologue.

Sans doute demain.


ALICE

Merci.


L'infirmière s'en va.


ALICE

(S'adressant à JULIETTE.)

Tu veux que je relève le lit?


JULIETTE fait non de la tête.


NICOLAS

Tu ne manges pas?

Ça a l'air bon. Je peux goûter?

Tu es sûre que tu en veux pas?

Mets-toi à l'aise.


JULIETTE

Non merci.


MICHEL entre dans la chambre de JULIETTE.


MICHEL

Salut. Ça va?


NICOLAS

Oh, bonjour.


MICHEL

Eh bien, qu'est-ce

que tu as fait?

Tu nous as fait peur.


ALICE

On vous laisse.


MICHEL

Non, non, restez,

je ne fais que passer.

(S'adressant à JULIETTE.)

Faut pas faire des trucs

comme ça, écoute.

Tiens, je t'ai apporté

des chocolats.

T'es con, hein. Je vais

avoir du mal à m'en remettre.

Je me sens vachement coupable.

Tu sors quand?


ALICE

Demain, peut-être.


MICHEL

Oh bon, ça va, alors.

C'est pas trop grave.

Bon, excuse-moi,

faut que j'y aille, là.

On m'attend.


ALICE

Moi aussi.


MICHEL

Je reste encore.


NICOLAS embrasse ALICE.


ALICE

À ce soir.


ALICE et MICHEL quittent la chambre.


NICOLAS

C'est quoi, ton signe?

Scorpion?


NICOLAS prend un journal et lit l'horoscope à voix haute. Pendant qu'il lit, on voit GASPARD et ROMANCE attendre sur les marches à l'entrée de l'hôpital. MICHEL rejoint ROMANCE et les deux partent ensemble. ALICE attend que MICHEL soit plus loin pour revenir sur ses pas et rejoindre GASPARD.


NICOLAS

"Scorpion.

Coeur: vrai foudre de guerre."

"Né avant le 3,

la fidélité ne sera pas

votre plus grande vertu."

"Le deuxième décan:

tout aussi ardent..."

"... sera bienveillant,

mais pas bavard."

"Né après le 12,

"votre sensibilité s'éparpillera

"en vagues élans de sympathie.

"Leurs destinataires

seront ravis.

"On conseille:

À vaincre sans désir,

on triomphe sans joie."


JULIETTE

Nicolas.


NICOLAS

Hum-hum?


JULIETTE

Alice a un amant.


NICOLAS

Mais non.


Plus tard, NICOLAS attend dans un café. Par la fenêtre, il aperçoit ALICE descendre de la moto de GASPARD et l'embrasser.


Plus tard, NICOLAS est sur le même pont où se trouvait JULIETTE. Derrière lui, le même couple s'embrasse. L'homme s'arrête quand il remarque que NICOLAS les regarde.


HOMME

C'est ma femme.


NICOLAS

Qu'est-ce que vous voulez

que ça me foute?


Plus tard, NICOLAS est chez lui et écoute de la musique. ALICE arrive.


ALICE

C'est moi.


NICOLAS

Salut. Pas trop crevée?


ALICE

Ha... Un peu.

Qu'est-ce qu'on mange?


NICOLAS

Des pâtes avec du jambon.


ALICE

Très bien.

Tu mets la musique un peu

plus fort, s'il te plaît?


À un autre moment, NICOLAS est dans sa voiture et guette ALICE à la sortie de son bureau. Il l'aperçoit monter avec GASPARD sur sa moto et s'en aller. GASPARD suit la moto jusqu'à ce qu'elle passe entre deux camionnettes et que NICOLAS se retrouve bloqué.


NICOLAS

Merde!


Au tribunal, ALICE poursuit son plaidoyer.


ALICE

C'est un véritable

contre-la-montre.

On fait l'amour le nez

dans le guidon.

On court,

on chronomètre plus juste.

Les rendez-vous sont minutés,

conditionnés

par les horaires de Charpin

et les consultations de Dubois.


Parmi les pièces à conviction se trouvent trois réveils-matin.


ALICE

Les policiers arrivés

sur les lieux du drame

ont entendu sonner

deux réveille-matin:

un dans la chambre,

un dans la cuisine.

Ils les ont entendus

À 18h25,

c'est-à-dire cinq minutes

seulement

avant le retour

théorique de Charpin.

Ces deux-là jouaient

avec le feu.

Drôle de jeu.

Un jeu dont Charpin n'était pas

tout à fait exclus, d'ailleurs.

Il y avait sa place.

Symboliquement,

les réveils, c'était lui.

La trotteuse, ses pas.

Il était toujours là,

absent et omniprésent.

Mais alors, quel était son rôle?

Soit il était le risque

calculé qui émoustille,

soit il était la balle

de la roulette russe.

La passion de Dubois

ne serait alors

qu'un inconscient

désir de mort.


CHARPIN verse une larme.


ALICE

Sa liaison,

un effroyable traquenard.

Un suicide maquillé en crime

et dont Charpin

serait la victime.


Plus tard, NICOLAS discute avec JULIETTE dans la chambre d'hôpital.


NICOLAS

Ton histoire

ne tient pas debout.

C'est matériellement

impossible.

On ne se quitte pas

plus d'une journée.

D'abord, pourquoi

aurait-elle un amant?


JULIETTE

Je l'ai vu.


NICOLAS

Mais tu étais pas dans

ton état normal. Tu voyais

des adultères partout.

Un motard... Ça n'a pas de sens.

On refait pas sa vie

avec un motard.


JULIETTE

J'ai pas dit qu'elle

voulait refaire sa vie.

J'ai dit qu'elle avait

un amant, c'est tout.


Plus tard, NICOLAS entre dans le local de méditation avec JULIETTE. Il lui donne quelques indications à voix basse et les deux s'assoient face à un mur, à côté des autres membres, pour méditer.


NICOLAS rêve qu'il rentre chez lui.


ALICE

C'est toi?


NICOLAS

Tu es déjà rentrée?


ALICE

Oui.


NICOLAS

Formidable.

Qu'est-ce que tu veux manger

ce soir? J'ai pas encore

fait les courses.


ALICE

Je ne mange pas ici ce soir.


NICOLAS

Tu manges avec Juliette?


ALICE

Non.

Je m'en vais, Nicolas.

Je te quitte.

Je ne t'ai jamais pardonné ça.


ALICE prend une pile de vieilles lettres dans le placard et les jette aux pieds de NICOLAS.


NICOLAS

Tu savais?


ALICE

Ça se voyait comme le nez

au milieu de la figure.


NICOLAS

Mais c'était en 1981.


ALICE

Il n'y a pas de prescriptions

dans l'amour.

Jamais de pardon,

jamais d'oubli.

Des complaisances, des

arrangements, des faiblesses,

oui, sans doute.

Sûrement. Mais c'est tout.

Qu'est-ce que t'as fait,

en 15 ans?

Les courses,

le ménage, la bouffe.

J'ai l'impression de vivre

avec un major d'homme.

Un couple, ça ne se nourrit pas

que de brocoli, Nicolas.

Je ne t'aime plus.


Une prière bouddhiste résonne dans la tête de NICOLAS.


ALICE

Tu es devenu creux...


VOIX DE NICOLAS ET D'ALICE

... sans substance, suffisant.


VOIX DE NICOLAS

Tu ne m'apportes plus rien.

Je ne t'avais pas rêvé

comme ça.


Nicolas sort de son rêve et se réveille dans le local de méditation. Il ouvre les yeux, les referme et se prosterne rapidement.


NICOLAS retourne chez lui et s'empare des lettres dans le placard. Il les jette à la poubelle.


ALICE sort de son bureau pour monter sur la moto de GASPARD. NICOLAS les suit en motocyclette.


Dans un café, NICOLAS lit un magazine nommé: «La bible du cyclo.»


NICOLAS va porter sa motocyclette à un mécanicien spécialisé en motocyclettes.


NICOLAS

Pardon, monsieur. Pouvez-vous

me monter un Kitolini

et un Poterminoli,

s'il vous plaît?


MÉCANICIEN

Pardon?


NICOLAS

Pourriez-vous me monter un

Kitolini et un Poterminoli.


MÉCANICIEN

Désolé, monsieur,

C'est interdit.

Sauf si c'est

pour rouler sur circuit.


NICOLAS

C'est pour rouler sur circuit.

Pour demain, c'est possible.


MÉCANICIEN

Faudra me signer une décharge.


NICOLAS

Bon d'accord, alors à demain.

C'est la bleue, là.

À demain.


ALICE continue son plaidoyer au tribunal.


ALICE

Peut-être qu'un jour,

la génétique prouvera

que trois hommes sont

biologiquement nécessaires

à telle femme,

deux femmes à tel homme,

quatre pour un tel

et cinq pour tel autre.

Et nous n'aurons rien à dire.

Peut-être

la combinaison génétique

déterminera-t-elle

l'espérance de vie de couple.

Les fameux sept ans.


Dans la salle d'audience, NICOLAS assiste au plaidoyer. Il sourit.


ALICE

Qui découvrira les chromosomes

de la fidélité?

C'est lui qui garantira

la perpétuité conjugale.

Et là où il y aura ces gènes,

y aura-t-il du plaisir?

Peut-être.

Mais dans l'état actuel

de nos connaissances,

ce qui détermine nos pulsions,

ce 2000 ans de culture,

d'éducation et de lois.

2000 ans niés devant lui

par Nathalie et Dr Dubois.

C'était plus que ne pouvait

supporter Charpin.

Pouvait-il laisser

bafouer sous ses yeux

20 siècles de culture

et de civilisation?

Le pouvait-il oui ou non?


LE PROCUREUR

Comme vous y allez,

l'amour serait donc un crime?


ALICE

Pas l'amour,

Monsieur le Procureur.

La trahison, la lâcheté,

l'ignominie.

L'amour est un sentiment

qui réunit les êtres.

Et pas cette union

qui se nourrissait

de la souffrance de Charpin.


NICOLAS et ALICE discutent au lit.


NICOLAS

C'est audacieux.

Mais à double tranchant.

Alors charge-les.

Surtout Dubois.

Faisons un monstre avec

une bite à la place de la tête.

Suis ta ligne, creuse, souligne

tout quatre fois en rouge

que tout le monde

comprenne bien.

Reviens sur le côté mesquin,

misérable de l'adultère.

Fais le parallèle entre

leur histoire d'amour

et la candeur,

l'innocence de Charpin.


ALICE

Ne viens plus, Nicolas.


NICOLAS

(Soupirant)

Oui, je sais.

Je sais très bien

ce que tu as fait.


ALICE

Mais non, ce n'est pas ça.

C'est ta présence dans

la salle d'audience.


NICOLAS

Ça ne t'a pas fait plaisir?


ALICE

Ça m'a beaucoup troublée.


NICOLAS

C'est la surprise.

À partir d'aujourd'hui,

je reviendrai tous les jours.


ALICE

Arrête. Tu te fais du mal.


NICOLAS

Mais non, au contraire.

C'est une sorte d'exorcisme.

Ça me fait le plus grand bien.


ALICE

Pas pour moi.

J'avais l'impression

d'usurper la place de quelqu'un.


NICOLAS

Mais non.


ALICE

Mais si, je t'assure.

Je me suis soudain

sentie très malheureuse.

Et en plus, ton oncle t'a vu

et il m'a fait une réflexion

très désagréable


NICOLAS

Je ne vois vraiment pas

de quel droit.


ALICE

Mais si, tu sais.


NICOLAS

Bon...

Je viendrai plus.

Comme ça, c'est dommage.

J'aurais bien aimé savoir

comment tu allais t'en sortir.


ALICE

Je te raconterai.


À un autre moment, NICOLAS suit la moto de GASPARD sur sa motocyclette. GASPARD et ALICE s'arrêtent devant un immeuble et montent dans une chambre. NICOLAS veut entrer, mais la porte de l'immeuble ne s'ouvre pas. NICOLAS attend et regarde par la fenêtre. Il y voit ALICE et GASPARD s'embrasser.


Plus tard, ALICE quitte l'immeuble et part dans un taxi. GASPARD sort de l'immeuble et NICOLAS décide de le suivre. GASPARD monte les marches d'un petit pont. NICOLAS le dépasse et se jette à l'eau. GASPARD plonge pour le sauver.


NICOLAS

Laissez-moi mourir!

Laissez-moi! Laissez-moi!

Laissez-moi mourir!

Laissez-moi! Laissez-moi mourir!


Plus tard, NICOLAS et GASPARD sont assis au bord de l'eau.


NICOLAS

Je ne vous remercie pas.


GASPARD

Il y a pas de quoi.


NICOLAS

Vous vous rendez pas compte

du courage qu'il faut

pour se suicider.

Si ça trouve,

je le retrouverai plus jamais.


GASPARD

Je m'excuse,

ça a été plus fort que moi.


NICOLAS

Je suppose que vous vouliez

épater quelqu'un.


GASPARD

Non, non.


NICOLAS

C'est quand même incroyable.

Vous êtes grand, beau, bronzé.

En plus, faut que

vous fassiez le malin.


GASPARD

Ça va?


NICOLAS

Si on veut, oui.

Si vous étiez resté tranquille,

je me poserais plus la question.

Et n'espérez pas que ça ira

mieux dans huit jours.

Je ne vous remercierai pas

non plus.


GASPARD

Dans six mois, peut-être.


NICOLAS

Vous êtes un optimiste, vous.


GASPARD

Rien ne va jamais

si mal qu'on le pense.


NICOLAS

Vous croyez?


GASPARD

Oui.


NICOLAS

Rien ne va jamais

si bien non plus, alors.


GASPARD

Oui, effecti... effectivement.


NICOLAS

Vous êtes bouddhiste?


GASPARD

Non, pourquoi?


NICOLAS

Pour rien.

Comme ça.


GASPARD

Faudra peut-être se sécher.

Je vais récupérer mes affaires.


NICOLAS et GASPARD se lèvent.


Un peu plus tard, GASPARD et NICOLAS s'adressent à une dame.


GASPARD

Je les avais laissées là.


DAME

Il y a un grand moustachu

qui les a emportés.

Il n'est pas venu

vous les rapporter?


GASPARD

Non.


DAME

Eh bien, il est malhonnête.


Plus tard, GASPARD et NICOLAS sont au poste de police. Le policier tape le témoignage de GASPARD à la machine à écrire.


POLICIER

"J'ai... enlevé mes bottes...

"et mon blouson...

"et j'ai...

plongé."

(S'adressant à NICOLAS.)

C'est vous, le désespéré?


NICOLAS

Oui.


POLICIER

Votre nom?


NICOLAS

Pierre Labbé.


POLICIER

C'est votre vrai nom?


NICOLAS

Oui.


POLICIER

Normalement, je dois

vous envoyer à l'Hôtel-Dieu.


GASPARD

Même si je m'occupe

de monsieur?


POLICIER

Vous êtes de la famille?


GASPARD

Oui. Oui, oui.


POLICIER

Oui, bon.

On fera comme si.


GASPARD

Merci.


POLICIER

Je vous appelle un serrurier?


Plus tard, un serrurier ouvre la porte de l'appartement de GASPARD avec un pied-de-biche.


GASPARD

Vous êtes sûr

que vous êtes serrurier?


SERRURIER

Ah, bien les serrures de

sécurité, on peut pas

faire autrement.

Puis il faut le savoir

avant de perdre ses clefs.


GASPARD

Je vous dois combien?


SERRURIER

750 francs, monsieur.


GASPARD

Pour défoncer une porte?


SERRURIER

C'est le déplacement.


GASPARD

(S'adressant à NICOLAS.)

Excusez-moi, mon portefeuille

était dans mon blouson.


NICOLAS sort son portefeuille de son veston.


GASPARD

Désolé.


NICOLAS donne de l'argent à GASPARD.


GASPARD

Merci.

(S'adressant au serrurier.)

Tenez.


SERRURIER

Dites, je vous change

le verrou?


GASPARD

Non. À ce tarif-là,

je le ferai moi-même, merci.

Au revoir, monsieur.


NICOLAS aperçoit une photo d'ALICE dans un cadre.


NICOLAS

C'est votre femme?


GASPARD

Ma fiancée.


NICOLAS

Je la voyais pas comme ça.

Vous allez vous marier?


GASPARD

Je ne crois pas, non.


NICOLAS

Mais pourquoi dites-vous

"ma fiancée", alors?

Une fiancée, c'est quelqu'un

qu'on va épouser

ou les mots ne veulent

plus rien dire.


GASPARD

Oui, mais c'est plus joli que

"ma gonzesse" ou "ma nana", non?


NICOLAS

Bien, dites "ma concubine",

si vous aimez ce qui est joli.

C'est joli, "concubine".

Ça fait penser à Colombine.


GASPARD

Oui, mais ça serait pas plus

juste: on ne vit pas ensemble.


NICOLAS

Ça ne m'étonne pas,

vous avez une tête d'amant.

Dites "ma maîtresse", alors.

N'ayons pas peur des mots.


GASPARD

Si vous voulez.


NICOLAS

Je ne veux rien, moi.

Appelez-la comme vous voulez,

"mon ange",

"mon lapin", "mon coeur".

En Pologne, ils disent

le cul d'un tel.

"Tu la connais?" "Oui, c'est

Marika, le cul de Ludvash."

C'est peut-être pas

très délicat, mais ça a

le mérite d'être clair.


GASPARD

Oui, c'est un peu réducteur.


NICOLAS

Pas plus que "mon coeur".


GASPARD

Et comment ils disent

"amant" en Pologne?


NICOLAS

Vous êtes un prétentieux,

vous.


GASPARD

Pourquoi vous avez fait ça?


NICOLAS

Ma femme m'a quitté.


GASPARD

C'est grotesque.


NICOLAS

Vous trouvez?


GASPARD

Mais bien sûr. À 15 ans,

on meurt par amour.

À 20, à la rigueur.

Mais à votre âge...

À votre âge, c'est ridicule.

C'est même curieux. L'homme mûr

aurait plutôt tendance à tuer.


NICOLAS

Je n'y ai même pas pensé.


GASPARD

C'est que vous êtes

resté jeune.


NICOLAS

C'est pas

ce que pensait ma femme.


GASPARD

Soyez pas amer.


NICOLAS

Vous êtes marrant, vous.

Vous avez le beau rôle.


GASPARD

Peut-être qu'elle reviendra.


NICOLAS

Mais non, les femmes ne

reviennent jamais.


GASPARD

C'est vrai.


NICOLAS

Vous voyez?


GASPARD

Vous en trouverez une autre.

Statistiquement,

il n'y a aucun doute.

Une mieux, même.


NICOLAS

C'est la mienne que j'aime.


GASPARD

Je comprends bien, mais

je peux pas vous la rendre.


NICOLAS

Fallait pas me sortir

de l'eau alors.

Vous ne m'êtes pas sympathique.

Au revoir, monsieur.


GASPARD

Je vous ramène.

Ma moto est en bas.


NICOLAS

Je préfère rentrer à pied.


GASPARD

Qu'est-ce que

vous allez faire?


NICOLAS

Je sais pas.

Rentrer chez moi, je suppose.


GASPARD

Laissez-moi votre adresse.

Je vous enverrai vos 750 francs.


NICOLAS

Vous m'avez sauvé la vie,

c'est à peu près le prix

qu'elle valait.

Nous sommes quittes.


GASPARD

Prenez mon téléphone,

au moins.

On sait jamais. Si vous avez

envie de parler à quelqu'un.


GASPARD donne son numéro de téléphone à NICOLAS.


GASPARD

Voilà. Merci.

Faites pas de connerie.

Pensez à ce que

je vous ai dit.

Demain est un autre jour.


NICOLAS

C'est ça, oui.

Au revoir, monsieur.


NICOLAS sort de chez GASPARD et s'aperçoit que sa motocyclette n'est plus là.


NICOLAS

C'est vraiment un quartier

de voleurs, ici.


Dans son appartement, GASPARD est au téléphone.


GASPARD

Bonjour mademoiselle.

Pourrais-je parler à Me Obini,

s'il vous plaît?


VOIX DE CLAIRE

De la part?


GASPARD

M. Aubach.


VOIX DE CLAIRE

Ne quittez pas.


VOIX D'ALICE

Allô?


GASPARD

Oui, tu ne devineras jamais

ce qui vient de m'arriver.


Plus tard, NICOLAS est avec ALICE.


ALICE

Tu crois que ça a un rapport

avec la saison?


NICOLAS

Mais non,

c'est un pur hasard.


ALICE

Quand même.

Juliette qui se jette

à la Seine,

le mari de Claire qui sort

quelqu'un du canal

Saint-Martin...

En trois jours,

ça fait beaucoup.


NICOLAS

Un pur hasard.

Et après,

qu'est-ce qu'il a fait?


ALICE

Il l'a amené chez eux

à prendre un verre.


NICOLAS

Mais il est complètement fou.

On ne ramène pas n'importe

qui comme ça chez soi.

C'est peut-être un maniaque,

il peut revenir,

faire une fixation sur lui

et ne plus le lâcher.

Ça s'est vu. Si ça se trouve,

il lui en veut à mort

de lui avoir sauvé la vie.


ALICE

Tu crois?


NICOLAS

Mais oui.

C'est un classique

du fait divers.

Tu héberges un type qui sort

de prison, un clochard ou

un chômeur en fin droit

et à la première occasion,

hop, il te barbote tes

chandeliers en argent.

C'est connu,

c'est le syndrome Jean Valjean.

Il a intérêt à se méfier,

le mari de Claire.

Et elle aussi, d'ailleurs.

Ce type-là a dû développer

une misogynie exacerbée.


ALICE place une couverture sur les jambes de NICOLAS.


NICOLAS

On devrait l'appeler

tout de suite.


ALICE

Je n'ai pas son numéro.

Je lui en parlerai demain.

Tu veux un grog?


NICOLAS

Oui.


ALICE

Je me demande où

tu as attrapé ça.


NICOLAS

Sûrement à la poissonnerie.


ALICE

Tu as acheté du poisson?


NICOLAS

Non, mais il fait trop froid

à la poissonnerie.

Si on se mariait?


ALICE

Pourquoi pas?


ALICE fouille sous la chemise de NICOLAS et sort de thermomètre de son aisselle.


Plus tard, ALICE est au lit avec GASPARD. Elle retire un thermomètre de sa bouche.


ALICE

39,5.

Finis ton grog.


GASPARD

Je vais pas pouvoir fermer,

San Remo.

Ça m'apprendra

à jouer les héros.

Si j'avais su.


ALICE

Ne dis pas

des choses comme ça.

D'ailleurs, ça n'a rien à voir.

Nicolas a la même chose.

Dans trois jours, ça sera fini.


GASPARD

Tu crois?


ALICE

Oui.

Promets-moi que

si le fou revient,

tu feras très attention.

Parce que ça arrive souvent.

Ils font une fixation

avec leur sauveteur.


GASPARD

Il est pas fou.

Puis même s'il l'était,

je risquerais rien.

Je fais une tête

de plus que lui.


ALICE

T'étais comment

quand t'étais petit?


GASPARD

Trop petit.

Les autres

m'appelaient "le nain".


ALICE

Ça t'a fait souffrir?


GASPARD

Un petit peu, oui.

Et toi?


ALICE

Moi, j'avais

des lunettes et...

l'appareil dentaire.

T'imagines?


GASPARD

On était des vilains

petits canards.


ALICE

Oui. Mais maintenant,

on est des jolis cygnes blancs.


ALICE et GASPARD s'embrassent.


GASPARD

Tu vas attraper ma crève.


ALICE

Tu es chaud

comme un radiateur.


NICOLAS est assis sur un divan. Il porte des vêtements chauds et tousse. Il prend le téléphone.


NICOLAS

Ça devrait être bon, là.


Chez GASPARD, le téléphone sonne pendant que GASPARD et ALICE sont sous les draps. GASPARD répond.


GASPARD

Oui?


NICOLAS

Bonjour, c'est Pierre.


GASPARD

(S'adressant à ALICE.)

C'est lui.


NICOLAS

Vous vous souvenez,

vous m'avez sauvé la vie hier?


GASPARD

Oui, bien sûr.

Vous allez bien?


NICOLAS

Non, non, pas du tout.

En plus, j'ai la crève.


GASPARD

Moi aussi,

si ça peut vous consoler.


NICOLAS

Vous faites de la fièvre?


GASPARD

Oui.


NICOLAS

Combien?


GASPARD

39,5.


NICOLAS

Moi, j'ai 40. Par moment,

je délire. Vous délirez, vous?


GASPARD

Non, pas vraiment, non.


NICOLAS

C'est terrible de délirer.

Parfois, j'ai des quintes

de toux épouvantables.

Vous avez des quintes

de toux épouvantables?


GASPARD

J'ai des quintes de toux,

mais pas épouvantables.


NICOLAS

Qu'est-ce que

vous prenez comme sirop?


GASPARD

Du Rhinathiol.


NICOLAS

Moi, je prends du Toulatoux.

Vraiment, c'est pas terrible.


ALICE embrasse et chatouille GASPARD.


GASPARD

(Se retenant pour ne pas rire.)

Oui, bien essayez

le Rhinathiol.

Bon, eh bien salut.


NICOLAS

Euh... C'est à cause de moi

si vous êtes malade.

Vous m'en voulez?


GASPARD

Non, non...

Non, non. Si c'était

à refaire, je le referais.

De toute façon,

il paraît que c'est un virus.


ALICE raccroche.


ALICE

Mais il exagère. Quel bavard.

Il fallait lui dire

que tu es occupé.


GASPARD

Mais il est en pleine

déprime. Je pouvais pas

lui raccrocher au nez.


ALICE

Si, si. Viens vite, il me

reste plus qu'une demi-heure.


NICOLAS recompose le numéro, mais la sonnerie sonne occupé, rageur, NICOLAS raccroche.


GASPARD

Oh merde! Ils en ont

encore pour 20 minutes.

Merde!


NICOLAS se met des gouttes dans le nez.


Plus tard, NICOLAS cogne à la porte de GASPARD et entre. Il regarde à nouveau la photo d'ALICE et trouve un poignard sur une table. NICOLAS examine le poignard. GASPARD dort dans son lit. NICOLAS s'approche de lui, le poignard en main. Il se cache en entendant ALICE entrer. ALICE s'assoit à côté de GASPARD, l’embrasse sur le front et crie pour le faire sursauter. ALICE rit.


GASPARD

Bonjour, mon ange.


ALICE

Bonjour, paresseux.


ALICE pince le bras de GASPARD.


GASPARD

Aïe! Je suis malade.


ALICE

Tu es guéri. Nicolas allait

beaucoup mieux ce matin.


GASPARD

C'est vrai

que je me sens mieux.


ALICE place une table et une chaise devant la porte.


GASPARD

Qu'est-ce que tu fais?


ALICE

Je ne veux pas que le fou

nous surprenne dans l'intimité.

Tu pars à Milan, alors?


GASPARD

Oui.


NICOLAS est caché dans le placard. Il écoute la conversation entre ALICE et GASPARD.


ALICE

Finalement, j'aurais préféré

que tu sois malade

encore un jour ou deux.


GASPARD

Je pars pas longtemps.


ALICE

Si, tu m'abandonnes.


ALICE et GASPARD s'embrassent. Dans le placard, NICOLAS brandit son poignard, mais le poignard se coince dans un vêtement. NICOLAS regarde ALICE et GASPARD faire l'amour en récitant une prière bouddhiste.


Plus tard, GASPARD et ALICE partis, NICOLAS sort en vitesse du placard et vomit une petite flaque rouge.


NICOLAS se lave le visage dans l'évier de chez GASPARD. Ensuite, il saccage l'appartement. GASPARD retourne chez lui et NICOLAS se faufile hors de l'appartement sans se faire voir. GASPARD constate les dégâts.


GASPARD

Merde.

Merde, merde, merde...

Oh merde...

Merde.


Le téléphone sonne. GASPARD répond.


GASPARD

Allô?

C'est grave?

Oui, d'accord. Où?

J'arrive.


NICOLAS entre dans l'appartement.


GASPARD

Vous tombez à pic.


NICOLAS

Ça va pas très bien.


GASPARD

Vous pouvez me garder

l'appartement? J'en ai pour

une heure à tout casser.


NICOLAS

Si ça peut vous faire plaisir.


GASPARD

Merci. À tout de suite.


Plus tard, GASPARD est avec ALICE dans un parc. Il tient dans ses mains une lettre dont l'écriture est faite de découpures de journaux. Il est écrit: «Ton mari saura tout».


ALICE

C'est arrivé

au courrier de 2h.


GASPARD

C'est tout?


ALICE

C'est tout.


GASPARD

Qu'est-ce que tu vas faire?


ALICE

Je vais tout dire à Nicolas.

Je ne veux pas qu'il

l'apprenne comme ça.


GASPARD

Tu vas le quitter?


ALICE

Oui.


GASPARD

Quand?


ALICE

Ce soir.


GASPARD

Si j'avais su,

il y a longtemps que je t'en

aurais envoyé une moi-même.


ALICE

Je n'aurais pas aimé.


GASPARD

Tu n'aurais jamais su

que c'était moi.


ALICE

Si.

La tienne aurait été gentille.


ALICE baisse les yeux et reste muette.


GASPARD

À quoi tu penses?


ALICE

À Nicolas.


GASPARD

Tu es sûre qu'il ne sait rien?


ALICE

Bien sûr.


GASPARD

Parce que quelqu'un est venu

tout casser chez moi pendant

que j'étais à la droguerie.


ALICE

C'est le fou.


GASPARD

Que je suis con.

Il est chez moi. Je lui ai

demandé de garder l'appartement.

Je t'appelle!


GASPARD court jusqu'à son appartement, où il trouve NICOLAS assis tranquillement. L'appartement est rangé.



GASPARD

Je passe un coup de téléphone.


GASPARD glisse sur le vomi de NICOLAS.


NICOLAS

Je n'ai pas pu le faire,

ça me rend malade.


GASPARD

C'est pas grave.


GASPARD prend le téléphone.


GASPARD

(Au téléphone)

Me Obini, s'il vous plaît.

Allô. Oui, c'est moi.

Tout va bien.

Tout va bien. Je te rappellerai

avant de partir.

Ne t'inquiète pas.

Je t'expliquerai.

Je t'embrasse.


GASPARD raccroche.


GASPARD

Je... je sais pas

quoi vous dire.


NICOLAS

Ne dites rien.


GASPARD

Vous êtes un chic type,

Pierre.


NICOLAS

Ah.


GASPARD

Si.


NICOLAS

Mais non.


GASPARD

Vous connaissez le syndrome

Jean Valjean?


NICOLAS

Non.


GASPARD

C'est un peu compliqué. C'est

une théorie psychanalytique

qui dit que quand

on rend service à quelqu'un,

bien il nous en veut.

Il supporte pas d'être

redevable de quoi que ce soit

à qui que ce soit et

sa reconnaissance première,

naturelle...

instinctive, quoi,

se change en une haine farouche.

Ça peut aller

jusqu'au crime. Ça s'est vu.


NICOLAS

Vous appelez ça

de la psychanalyse, vous?

Moi, j'appelle ça

de la psychologie de bazar.

Et en plus, je trouve que

cette théorie manque de coeur.

Ça m'étonne

que vous ayez cru ça.


GASPARD

J'avoue que

quand on y réfléchit...

Mais j'y ai cru, oui.


NICOLAS

C'est le mari.

C'est pas la peine d'aller

chercher de midi à 14h.


GASPARD

Mais non, c'est un mou.


NICOLAS

Comment ça,

vous le connaissez?


GASPARD

Non.


NICOLAS

En tout cas, vous comprendrez

que c'est pas moi qui lui

jetterai la pierre.


GASPARD

Parce que vous

trouvez ça normal?


NICOLAS

Je l'excuse pas.

Mais je comprends.

Et avec votre

théorie sur l'homme mûr,

estimez-vous heureux.

À votre place, j'aurais changé

mon verrou depuis longtemps.


GASPARD

Oui, peut-être,

mais vous n'avez pas tout cassé

chez l'amant de votre femme.


NICOLAS

Je suis suicidaire.

C'est une autre école.

Ça arrangerait tout le monde,

mais tous les cocus ne peuvent

pas être des lâches.


GASPARD

Vous avez raison.

C'est pas lâche de se suicider.

C'est très beau.


NICOLAS

Pas quand on se rate.


GASPARD

Vous n'y êtes pour rien.

C'est moi.

De toute façon,

ça ne change rien.

C'est l'intention qui est belle.

Le don de soi.

C'est beaucoup plus généreux

que de venir tout casser

chez les gens.

Bon, excusez-moi,

il faut que je me grouille,

je pars en Italie ce soir.


NICOLAS

Et qu'est-ce que

vous faites dans la vie?


GASPARD

Je suis photographe

À L'ÉQUIPE.


NICOLAS

Et ça vous plaît, ça?


GASPARD

Ah oui, beaucoup, oui.

J'aime la photo et le sport.


NICOLAS

Si je comprends bien,

vous vivez de votre passion.


GASPARD

Oui, comme vous dites.


NICOLAS

J'avais un copain comme ça.

Lui, c'était la plongée.

Il ne pensait qu'à ça

depuis qu'il était petit.

Il est rentré

dans l'équipe Cousteau.


GASPARD

Formidable.


NICOLAS

Ha, si on veut, oui.

Il s'est fait manger

par un crocodile

de mer en Australie.


GASPARD pousse un petit rire.


NICOLAS

Ça n'a rien de drôle.


GASPARD

Excusez-moi, j'ai cru

que c'était une plaisanterie.


NICOLAS

Oui, je sais, oui. On ne

me prend jamais au sérieux.


GASPARD

Je suis désolé,

mais je dois changer mon verrou

et mon train est à 10h.


GASPARD va chercher des outils dans son placard.


NICOLAS

Laissez-moi deviner:

Milan-San Remo?


GASPARD

Exactement.

Vous aimez le vélo?


NICOLAS

Pas spécialement.

J'ai entendu des types

en parler dans un bistrot,

mais j'aurais pu.


GASPARD

Ah oui,

ça intéresse plein de gens.

Dans tous les milieux.

Ça aurait même tendance

à devenir à la mode.


NICOLAS

Effectivement,

je me faisais la même réflexion

il y a pas longtemps.

Vous rentrez quand?


GASPARD

Dimanche soir.

Vous voulez qu'on dîne

ensemble, dimanche?

J'enterre ma vie de garçon.


GASPARD discute tout en changeant le verrou de sa porte.


NICOLAS

Comment ça?


GASPARD

Lundi, ma maîtresse

sera ma concubine.


NICOLAS

Celle de la photo?


GASPARD

Oui.

Elle m'a annoncé ça

tout à l'heure.

Elle quitte son mari ce weekend.

Ça me ferait plaisir

de fêter ça avec vous.


NICOLAS

(Raide)

Je suis très touché,

mais dimanche, je ne peux pas.


GASPARD

Excusez-moi.


NICOLAS

(Fâché)

Ah, mais ne vous excusez

pas tout le temps!

Le bonheur, ça ne se partage

pas, puis c'est tout.


NICOLAS s'en va.


ALICE est au tribunal, en plein plaidoyer.


ALICE

Ça aurait pu

être une amourette,

un instant d'adolescence,

une de ces liaisons furtives

qu'on s'avoue

quand on est vieux.

Et que même l'autre

finit par trouver mignonne.

Cette idylle aurait pu

se changer en amour.

Ces choses-là arrivent

sans prévenir.

Et alors, que faire?

Avouer et partir?

Assumer son amour jusque

dans la souffrance de l'autre?


ALICE rentre chez elle. NICOLAS est assis sur le divan, l'air piteux. ALICE se penche vers lui.


NICOLAS

(Soudainement)

Si on faisait un enfant?


ALICE

Qu'est-ce que c'est

que cette histoire?


NICOLAS

Je ne sais pas, moi.

Ça me paraît tout à fait normal,

quand on s'aime,

de faire un enfant.

Et un couple qui ne

veut pas faire un enfant,

c'est pas un couple,

c'est rien, c'est de la merde,

c'est n'importe quoi.


ALICE

Pourquoi tu me dis ça?


NICOLAS

Parce que je t'aime.


ALICE

Mais pourquoi aujourd'hui?


NICOLAS

Parce que

je t'aime aujourd'hui.

Parce que je me souviens plus

quand tu m'as dit "je t'aime"

pour la dernière fois.

Parce que Michel

quitte Juliette,

parce que tout

fout le camp, voilà.

Mais qu'est-ce qu'elle va

devenir, Juliette, sans Michel?

Excuse-moi.

J'ai pas voulu te faire de mal.


ALICE

Je sais, mon amour.


NICOLAS

Dis-moi que tu m'aimes.


ALICE

(Les larmes aux yeux)

Je t'aime.


ALICE pleure. Elle serre NICOLAS dans ses bras.


ALICE

Nicolas.


NICOLAS

Souris-moi.


ALICE fait non de la tête.


NICOLAS

Tu m'en veux?


ALICE

Non.


NICOLAS

Je vais partir, Alice.


ALICE

Tu veux me quitter?


NICOLAS

Mais non. Qu'est-ce que

je deviendrais sans toi?

Je vais partir quelques jours.

Je sens bien qu'en ce moment,

je t'aime mal. J'ai l'impression

de ne pas te mériter.

Je sais pas ce que j'ai.

Je suis plus le même.

Je me sens... je me sens mou.

Il faut que je parte un peu

histoire de me retrouver.

Tu comprends?


ALICE

Oui.


NICOLAS serre ALICE dans ses bras.


Plus tard, ALICE reconduit NICOLAS à la gare. NICOLAS embrasse ALICE et monte dans le train. ALICE regarde sa montre et part en courant.


Plus tard, ALICE arrive à la gare de Lyon en taxi. Elle descend en courant et rate le train pour Milan.


Plus tard, ALICE est chez elle et regarde une compétition de cyclisme à la télévision.


COMMENTATEUR 1

Ça promet

une fin de course palpitante.


COMMENTATEUR 2

Oui. Les grandes manoeuvres

ne vont pas tarder à commencer.

Personne ne baissera les bras.

La pression monte.


COMMENTATEUR 1

J'ai l'impression

que l'allure augmente derrière.


ALICE éteint la télévision.


NICOLAS est dans un café et écrit derrière une carte postale. À l'extérieur, une guide touristique parle dans un microphone.


GUIDE

À votre gauche,

Notre-Dame de Paris.

Berceau des amours

de la belle Esmeralda

et de l'horrible Quasimodo.


Plus tard, NICOLAS est à la gare. Il interpelle un homme un uniforme de marin et lui tend sa carte postale.


NICOLAS

Pardon, monsieur.

Pouvez-vous

me rendre un service?


LE MARIN

Bien sûr.


NICOLAS

Est-ce que vous pouvez

mettre cette carte postale

À la poste ce soir?


LE MARIN

Oui. Écoutez, regardez.


Le MARIN met la carte postale dans son béret.


LE MARIN

Je la mets là.

Hop, comme ça,

je risque pas de l'oublier.


NICOLAS

Ce soir, hein.

C'est important.


LE MARIN

Vous inquiétez pas.

Je sais ce que c'est.


ALICE est chez MICHEL et discute avec lui.


ALICE

Es-tu sûr que ça n'est pas

exclusivement sexuel?

Parce que c'est un peu

l'effet que ça fait.


MICHEL

Tu trouves?


ALICE

Oui.

Je la connais peu,

mais franchement,

je la trouve très creuse.

Je me demande ce que vous aurez

encore à vous dire

dans dix ans.


MICHEL

On verra dans dix ans.


ALICE

Oui, mais non,

tu peux pas répondre ça.


MICHEL

Je me rendrai pas

malheureux maintenant

sous prétexte que je pourrais

l'être dans dix ans.


ALICE

Il y a aussi Juliette

dans cette histoire.


MICHEL

Il y a Romance aussi.


ALICE

C'est Juliette qui souffre.


MICHEL

Romance souffrirait aussi.


ALICE

Ce n'est pas pareil.


MICHEL

Pourquoi? Tu crois que

les maîtresses souffrent moins?


ALICE

Non, mais...

une histoire courte,

ça laisse moins de souvenirs.

Ça serait plus facile pour elle.

Pour toi aussi, d'ailleurs.

Je suis sûre que ce

n'est pas facile

pour toi non plus.


MICHEL

Oh non. C'est le choix

qui est difficile.

Mais une fois que le choix est

fait, on nage dans le bonheur.


ROMANCE entre dans la pièce.


ROMANCE

Bonjour.


ALICE

(Faiblement)

Bonjour.


Un soir, ALICE attend à la gare. Elle attend le train en provenance de Milan.


VOIX DANS L'INTERPHONE

Mlle Obini est attendue

au point rencontre.

Mlle Obini est attendue

au point rencontre.


ALICE s'en va. NICOLAS prend immédiatement sa place. GASPARD descend du train et NICOLAS vient l’accueillir.


GASPARD

Ah, ça, c'est une surprise.


NICOLAS

Je me suis libéré.


NICOLAS

C'est gentil.


ALICE attend au point de rencontre de la gare. Elle s'en va au bout d'un moment et se rend chez GASPARD. Elle met la clé dans la serrure, mais la porte ne s'ouvre pas. ALICE s'assoit dans la cage d'escalier et attend.


GASPARD et NICOLAS sont dans un bar.


NICOLAS

On est plein de préjugés.

J'ai toujours pensé que

les journalistes sportifs

étaient des crétins finis.

Et pourtant,

j'ai jamais lu

L'ÉQUIPE.


GASPARD

On a l'habitude.


NICOLAS

Ha! L'habitude d'être

cons, ouais! Ha, ha!

Hein?


ALICE est assoupie dans la cage d'escalier. La lumière s'éteint.


Plus tard, GASPARD et NICOLAS montent l'escalier en fredonnant. GASPARD trouve un message sur sa porte.


GASPARD

Qu'est-ce que c'est que ça?


Sur le message, ALICE a écrit: «Je t'ai attendu toute la nuit. Où étais-tu?».


NICOLAS

Hum-hum...

Ça commence...


GASPARD

C'est pas très gentil,

ce que vous dites.


NICOLAS

Et vous ne vivez pas

encore ensemble.


GASPARD

Mettez-vous à sa place.


GASPARD et NICOLAS entrent chez GASPARD.


GASPARD

Elle arrive après

une discussion orageuse,

peut-être même violente,

qu'elle avait sans doute

repoussée tout le weekend.

Elle a traversé tout Paris

dans un taxi sordide,

elle monte les escaliers

en courant.

Elle arrive tout essoufflée,

fragile, vulnérable,

ayant besoin de bras

dans lesquels se réfugier.

Elle trouve porte close.

Imaginez son désarroi.

Il faut que je l'appelle

tout de suite.


NICOLAS

Il est 6h du matin.


GASPARD

Elle dort sûrement pas.

Elle a dit qu'elle avait

attendu toute la nuit.


NICOLAS

Mais c'est une figure

de style. On attend pas

toute la nuit.


GASPARD

Vous ne la connaissez pas.


NICOLAS

Mais vous allez pas

l'appeler maintenant.

Si c'est son mari qui répond?


GASPARD

Exact.


NICOLAS

Vous feriez mieux de dormir.


GASPARD

Mais j'ai pas du tout sommeil.


NICOLAS

Moi si.


ALICE dort sur son divan. Le téléphone sonne.


ALICE

Oui allô?


VOIX DE L'HORLOGE PARLANTE

8 heures

0 minute 20 secondes.


ALICE raccroche. Elle compose un numéro.


Le téléphone sonne chez GASPARD. Celui-ci dort profondément. NICOLAS répond en changeant sa voix.


NICOLAS

Commissariat du 18e, j'écoute?


ALICE

Excusez-moi,

c'est une erreur.


NICOLAS

Je vous en prie.

Ça arrive à tout le monde.


NICOLAS raccroche et débranche le téléphone.


ALICE recompose le numéro et entend le signal de la ligne coupée.


ALICE va jusqu'à sa porte d'entrée et ramasse deux lettres. La première est la carte postale de NICOLAS où il est écrit: «Tu es le monde où je vis. Je t'aime. Nicolas». ALICE sourit en lisant la lettre. La deuxième lettre est un nouveau message écrit en coupures de journaux. Il est écrit: «Plaisir d'amour ne dure qu'un moment».


ALICE

Pauvre con.


Plus tard, GASPARD et NICOLAS vont en moto jusqu'à une boutique. GASPARD regarde un ensemble de vaisselle.


GASPARD

Vous avez vu le prix?


NICOLAS

Vous n'allez pas

la faire manger dans

des assiettes en carton.


GASPARD

Ah, elle s'en fout.


NICOLAS

Ne croyez pas ça.

Jusque-là, vous n'avez connu que

les joies de la clandestinité.

Maintenant, vous allez goûter

aux plaisirs du quotidien.

Il va falloir être vigilant

parce qu'elle ne vous

pardonnera plus rien.


GASPARD

Vous croyez?


NICOLAS

Je l'ai compris trop tard.


Au tribunal, le procureur fait son plaidoyer.


LE PROCUREUR

Car il nous faudra

bien l'admettre

à un moment ou un autre:

vous êtes un monstre, Charpin!


CHARPIN

Non, je ne suis pas

un monstre. Je l'aimais.

Je l'aime encore.

Qu'est-ce que j'aurais dû faire

pour qu'on me croie?

Retourner mon arme contre moi?

Elle mourrait là,

à mes pieds et...

je la voyais me regarder,

des larmes plein les yeux.

C'était de ma faute et

je ne pouvais rien faire.

À ce moment-là,

oui, j'ai voulu mourir!

Seulement, comment fait-on

pour retourner un pied

de biche contre soi?


Plus tard, au tribunal, deux policiers emmènent un homme condamné. JULIETTE, son avocate, est derrière lui.


CONDAMNÉ

Je suis innocent!

Je suis innocent!

Vous condamnez un innocent!

C'est une justice

à deux vitesses!


JULIETTE

Nous allons faire appel,

je vous le promets.


HOMME

Ta gueule, salope!

Tout ça, c'est de ta faute.

Je suis innocent!

Tous des rats!

Vous êtes que des rats,

des corbeaux!


Le condamné continue de hurler dans les corridors. JULIETTE se retient pour ne pas pleurer. ALICE vient à la rencontre de JULIETTE.


ALICE

Ils disent tous ça.


JULIETTE

Non, mais pour lui,

c'est vrai.


ALICE

Ça fait un moment

qu'on ne s'est pas vues.


JULIETTE

Oui.


ALICE

On déjeune ensemble

l'un de ces jours?

Ça me ferait plaisir.


JULIETTE

Pas à moi.


JULIETTE s'en va.


Plus tard, ALICE arrive chez GASPARD et l'embrasse. Dans la cuisine, elle remarque la table et l'ensemble de vaisselle.


ALICE

Ça change.


GASPARD

Maintenant, c'est chez nous.


ALICE

Pas encore, mon amour.


GASPARD s'assoit et reste silencieux.


ALICE

Tu es déçu?


GASPARD

Oui.


ALICE

Tu m'en veux?


ALICE

Non, je comprends.

Ça doit pas être facile.


ALICE

Je n'ai pas pu.

Il va mal.

Je ne m'en étais pas

rendu compte.

Il a besoin de moi.

C'est juste

une question de moment.

Ça n'était pas le bon moment.

Je croyais, et puis-


GASPARD

Tu n'as pas à t'expliquer.


ALICE

Si.

J'aimerais bien t'expliquer.


NICOLAS est dans son local de méditation. Il médite dans d'autres membres et un instructeur.


INSTRUCTEUR

Faut pas bouger.


NICOLAS pousse un grand cri de rage et quitte le local.


INSTRUCTEUR

Pierre qui tombe dans l'eau

ne brise aucun miroir.


PIERRE fait les cent pas dans l'appartement d'ALICE. Il s'en va en laissant une note écrite avec des découpures de journaux. Sur la note, il est écrit: «C'est dégueulasse».


Plus tard en soirée, NICOLAS est sur un pont et regarde en bas. JULIETTE l'aperçoit.


JULIETTE

Vous n'allez pas sauter?


NICOLAS se retourne et JULIETTE le reconnaît.


JULIETTE

Oh! Nicolas.


NICOLAS

Mais qu'est-ce que tu fais là?


JULIETTE

Rien, je... je me promène.

(Pleurant)

Je me sens si seule.

Il me manque.


NICOLAS

Mais oui, je comprends.


JULIETTE

Moi, je connais

que des couples,

des filles seules et

des taulards, alors...

J'ai envie de refaire ma vie.


NICOLAS

Mais il faut, oui. Tu es

encore belle, désirable.

Ce serait vraiment du gâchis.


JULIETTE

Tu trouves?


NICOLAS

Ah oui.


JULIETTE

Embrasse-moi.


NICOLAS embrasse JULIETTE.


JULIETTE

Encore.


Plus tard, NICOLAS est au lit avec JULIETTE. Il se rhabille. JULIETTE pleure.


De leur côté, ALICE et GASPARD sont au lit.


ALICE

Il était beau.

Dès qu'il a été diplômé,

il est rentré dans un cabinet

prestigieux.

Et très vite,

on lui a confié une affaire

importante aux assises.

C'était une jeune femme

très belle.

Et très coupable.

Il en est tombé

amoureux très vite.

Tout de suite, il a compris

qu'elle était indéfendable.

Il ne pouvait rien pour elle.

À l'époque,

on risquait encore sa tête.

Il aurait pu la sauver,

mais ça,

ça ne l'intéressait pas.

Lui, il la voulait libre.

Alors un jour, il a caché

une lime dans sa manche

pour lui apporter au parloir.

Manque de chance.

Il était maladroit.

Dans les couloirs,

au milieu des gardiens,

la lime est tombée.

Évidemment, on a dit

que c'était elle

qui avait tout combiné.

Qu'elle l'avait séduit

uniquement pour ça.

Il m'a toujours juré que non.

Qu'il avait eu l'idée

le matin même.

Toujours est-il qu'elle a été

condamnée à mort,

puis graciée.

Je crois qu'elle est

toujours à Fresne.


GASPARD

Et lui?


ALICE

Son père est bâtonnier,

son oncle est juge.

On s'est contenté

de le rayer du Barreau.

Sa carrière était finie.

Je l'admirais déjà beaucoup.

Mais après cette histoire,

je l'ai aimé.

Mais aimé...

J'étais jeune.

Je trouvais ça tellement beau.

D'ailleurs, je trouve

toujours ça très beau.


GASPARD

C'est vrai, c'est très beau.


GASPARD

On s'est mis à vivre ensemble.

C'était comme si

je l'avais recueilli.

Je ne crois pas qu'il m'aimait.

Au début, en tout cas.

Quand j'ai commencé à plaider,

il m'aidait à préparer

les dossiers,

à écrire mes plaidoiries.

Il assistait aux audiences

en se cachant.

Et puis, le soir,

il me faisait la critique.

Un jour, il s'est rendu compte

que ça n'était plus la peine.

Que c'était juste

pour son plaisir.

Alors, il a arrêté.


GASPARD veut embrasser ALICE, mais ALICE le repousse.


ALICE

Non, s'il te plaît.


ALICE se lève.


GASPARD

Tu ne restes pas?


ALICE

Pas ce soir.

C'est pas si simple, tu sais.


GASPARD

Non, je ne sais pas.


ALICE

Ne m'en veux pas.

J'ai besoin de toi.


GASPARD

Je préférerais que tu m'aimes.


ALICE

Qu'est-ce que ça veut dire?


GASPARD

Ça veut dire

que tu couches avec moi,

mais que tu vis avec lui.


ALICE

(Fâchée)

Si c'est ça qui t'inquiète,

sache que je couche

aussi avec lui.


JULIETTE pleure chez elle. ALICE sonne à sa porte.


ALICE

Excuse-moi.

J'avais besoin de te voir.

Je te réveille?


JULIETTE

Non, non, non, non, je...

je bouquinais.


ALICE

Ça va mieux, toi?


JULIETTE

Ça va, ça va.


ALICE

J'ai un amant.


JULIETTE

Il y a longtemps

que je le sais.


ALICE

Alors c'était toi?


JULIETTE

Hein?


ALICE gifle JULIETTE et s'en va.


ALICE

Salope!


NICOLAS sonne chez GASPARD.


NICOLAS

Alice est là?


GASPARD

Non. Entrez,

vous me dérangez pas.


NICOLAS

Vous l'avez pas vue?


GASPARD

Si.

Vous voulez de la brandade?


NICOLAS

Il en reste?

Elle n'a pas aimé?


GASPARD

Elle n'a même pas goûté.

C'est le début de la fin,

mon vieux.


NICOLAS

Allez, n'exagérez pas.


GASPARD

Ça devait être

notre première nuit ensemble

et elle est pas restée.


NICOLAS

Elle vous fait payer

la nuit dernière.


GASPARD

Elle a pas quitté son mari,

Pierre, elle lui a rien dit.

Je suis qu'une aventure.

Elle l'aime encore.

Elle ne m'a parlé que de lui.

Remarquez, c'est presque

rassurant. C'est un type

formidable, vous savez.


NICOLAS

Ah bon?


GASPARD

Il a dû se douter

de quelque chose

et il est parti

au bon moment. Bien joué.

On dit "loin des yeux,

loin du coeur", mais

c'est des conneries.

L'éloignement rapproche.

Parfois, quand un homme en vaut

la peine, les femmes reviennent.

On aura au moins appris ça.

Vous devriez rentrer chez vous.

Je suis sûr qu'elle vous attend.


NICOLAS

Qui ça?


GASPARD

Votre femme.


NICOLAS

Vous croyez?


GASPARD

J'en suis sûr.


NICOLAS

Et vous?


GASPARD

Je vais aller rouler.


Dehors, GASPARD met son casque de moto.


GASPARD

Je vous dépose quelque part?


NICOLAS

Oui.


Plus tard, NICOLAS cogne chez JULIETTE.


JULIETTE

Qu'est-ce que tu veux encore.


NICOLAS

Te présenter

un type formidable.


Plus tard, GASPARD attend dans un café. JULIETTE vient à sa rencontre.


JULIETTE

Bonjour.


GASPARD

Bonjour.

Vous êtes Juliette?


JULIETTE

Oui.


GASPARD

Je suis Gaspard.


JULIETTE

Bonjour Gaspard.


NICOLAS observe GASPARD et JULIETTE de loin. Il va dans une cabine téléphonique et compose un numéro. Chez elle, ALICE répond au téléphone.


NICOLAS

Euh, bonjour, c'est moi.


ALICE

Bonjour. Où es-tu?


NICOLAS

À Brest.


ALICE

Tu vas mieux?


NICOLAS

Oui, beaucoup mieux, oui.

Je rentre demain.

Ça te fait plaisir?


ALICE

Oui.


NICOLAS

À demain, alors.


ALICE

Oui, à demain.


Au café, GASPARD et JULIETTE terminent leur conversation.


JULIETTE

C'est pas grave.

Au revoir, Gaspard.


GASPARD

Au revoir, Juliette.


GASPARD monte sur sa moto et s'en va. JULIETTE se passe la main sur le visage.


Au tribunal, le procureur interroge une femme.


LE PROCUREUR

Marie Fronon,

quels étaient vos sentiments

pour Charpin?


MARIE

Je l'aimais.


LE PROCUREUR

Ce n'est pas un crime.

Saviez-vous qu'il était marié?


MARIE

Oui.


LE PROCUREUR

Et quels étaient

ses sentiments envers vous?


MARIE

Il m'aimait aussi.


CHARPIN

C'est faux.


LE PROCUREUR

Taisez-vous, Charpin.

(S'adressant à MARIE.)

Vous dites que Charpin

vous aimait.

Vous l'a-t-il dit?


MARIE

Oui, il me l'a dit.


CHARPIN

C'est faux! Je ne l'aime pas.

Je ne t'aime pas!

Je ne t'ai jamais aimée!


MARIE pleure.


LE PROCUREUR

J'en ai terminé avec le

témoin, Monsieur le Président.


LE JUGE

Me Obini,

des questions?


ALICE

(Distraite)

Pardon?


LE JUGE

Je vous demandais

si vous aviez des questions

À poser au témoin.


ALICE

Excusez-moi,

Monsieur le Président.

Non, pas de question.


CHARPIN se fait emmener hors de la salle d'audience.


CHARPIN

C'est une

conspiration! Elle ment!

Vendue! Canaille! Vermine!

Je ne veux plus être défendu

par une étrangère incapable!

C'est scandaleux! Une mascarade!

Escrocs! Escrocs!


LE JUGE

L'audience

est suspendue.


Nicolas et GASPARD discutent dans l'appartement de celui-ci.


NICOLAS

C'est pourtant une chic fille.

Vous auriez fait un beau couple.

J'étais sûr que ça marcherait.


GASPARD

Ça ne se commande pas.


NICOLAS

Oui, je sais.


Le téléphone sonne.


GASPARD

(Au téléphone)

Excusez-moi.

Allô?

Oui. Oui.

Oui.

Oui. Oui. Oui.

Oui...

Oui.

À tout de suite, oui.

Je t'embrasse.


GASPARD raccroche. Il enfile rapidement son manteau et serre NICOLAS dans ses bras.


GASPARD

9h, ce soir, ici.

Vous apportez le dessert.


GASPARD part à la course.


Un peu plus tard, GASPARD rejoint ALICE et la serre dans ses bras.


ALICE

Je t'aime.

Je t'aime, je t'aime, je t'aime.


Dans une boutique, NICOLAS achète un dessert.


ALICE et GASPARD sont chez ce dernier.


GASPARD

Tu crois que je peux demander

À Pierre d'être témoin?


ALICE

Oui, pourquoi pas?

Et moi, j'essaierai de trouver

une jolie témoin mignonne et

célibataire. On sait jamais.


On sonne à la porte.


GASPARD

Tu vas ouvrir, s'il te plaît?

J'arrive dans 30 secondes.


ALICE ouvre la porte et aperçoit NICOLAS avec des fleurs.


NICOLAS

Bonsoir.


ALICE ferme la porte au visage de NICOLAS.


GASPARD

C'est Pierre?


ALICE

Il s'appelle Nicolas!


NICOLAS

(Criant)

Ouvre!


NICOLAS frappe très fort à la porte.


NICOLAS

(Criant)

Ouvre, ouvre!


ALICE

N'ouvre pas!


NICOLAS cogne de façon acharnée.


Plus tard, NICOLAS téléphone d'une cabine.


NICOLAS

Passez-la-moi.


VOIX DE GASPARD

Non, Pierre.


Plus tard, NICOLAS crie au bas de l'appartement de GASPARD.


NICOLAS

ALICE!

ALICE!


VOIX D'UN HOMME

C'est pas fini,

ce bordel?


NICOLAS

ALICE!

ALICE!

ALICE!


Quelqu'un vide un seau d'eau sur NICOLAS.


NICOLAS

Con!

ALICE!

ALICE!

ALICE!


Une voiture de police s'arrête devant NICOLAS. Des policiers l'embarquent. L'un deux est le policier du commissariat.


POLICIER

Merde. Allez, Pierre.


NICOLAS continue de crier tandis qu'on le met dans la voiture.


Plus tard, NICOLAS se fait interroger par le même policier.


POLICIER

À nous deux, maintenant.

Papiers.


NICOLAS donne ses papiers au policier.


POLICIER

C'est vos papiers?


NICOLAS

Oui.


POLICIER

Ça se complique,

votre affaire.


NICOLAS

J'ai le droit

à un coup de téléphone.


POLICIER

Compte là-dessus.


NICOLAS

Article 78 du Code pénal,

alinéa 3.

Vous demanderez Me Oblini.


NICOLAS donne un papier au POLICIER.


De leur côté, ALICE et GASPARD discutent.


ALICE

Les assiettes, c'est lui?


GASPARD

Il m'a donné son avis.


ALICE casse les assiettes. Le téléphone sonne.


GASPARD

(Au téléphone)

Allô?

Ne quittez pas.

(S'adressant à ALICE.)

C'est pour toi.

C'est le commissariat.


ALICE

(Au téléphone)

Allô?


VOIX DU POLICIER

J'ai ici devant moi

M. Gardinier.


ALICE

Nicolas Brunoremi,

né le 6 juin 1944

à Arromanches, Calvados?


VOIX DU POLICIER

Oui, c'est ça.


ALICE

Dites-lui d'aller se faire foutre.


ALICE raccroche.


Au commissariat, le policier raccroche à son tour.


POLICIER

Je vais prendre

votre déposition.


NICOLAS

Je m'appelle Nicolas Gardinier,

je suis né le 6 juin 1944.


Le temps passe. NICOLAS parle toujours au policier.


NICOLAS

À 6 ans, à Noël, j'ai réussi

à sauver la dinde. On a mangé

du canard aux marrons.

C'était une vocation précoce.


Le policier l'écoute attentivement. Il est en compagnie d'un autre policier. Plus tard, d'autres policiers se regroupent pour écouter le récit de NICOLAS.


NICOLAS

Je suis devenu homme au foyer.

C'était révolutionnaire

à l'époque. Ses copines

étaient folles de moi.

J'aurais pu les faire toutes

et je ne l'ai pas fait.

Notez-le, ça, c'est important!

C'est fini, maintenant.

Le temps des poètes est terminé.

De toute façon,

je ne sais plus parler aux femmes.

Avant, peut-être, mais... enfin.


Plus tard, NICOLAS est toujours au commissariat. Il continue son récit en faisant de grands pas. D'autres policiers sont venus pour l'écouter.


NICOLAS

Il avait l'air d'un grand mou.

Je me dis : ça va, il viendra pas

me chercher!


Le temps passe. NICOLAS continue son récit.


NICOLAS

Et on m'avait volé

ma mobylette!


Le temps passe. NICOLAS continue son récit.


NICOLAS

J'ai essayé de lui téléphoner

d'une cabine. Il a pas voulu

me la passer. Et vous êtes

arrivés à ce moment-là. Voilà.


POLICIER

Ça va faire long à taper.

Allez, ça ira comme ça.

Rentrez chez vous.


Plus tard, NICOLAS attend dans la cage d'escalier de GASPARD. GASPARD sort de chez lui.


NICOLAS

Vous allez chercher les croissants?


GASPARD

Oui.


NICOLAS donne un sac de croissants à GASPARD, qui s'assoit à côté de lui.


NICOLAS

J'aimerais lui parler.


GASPARD

Non, Pierre.


NICOLAS

Je m’appelle Nicolas.


GASPARD

C'est pareil,

ça sert à rien.

Rentrez chez vous.


PIERRE retourne vers chez lui. En chemin, il croise une affiche avec le dessin d'un soldat. Il est écrit: «Regarde la vie autrement».


Plus tard, NICOLAS est chez MICHEL, qui est revenu en couple avec JULIETTE. JULIETTE rit.


MICHEL

(S'adressant à NICOLAS.)


MICHEL

Et alors?


NICOLAS

Ils n'ont pas voulu de moi.


On sonne à la porte. JULIETTE se lève pour ouvrir.


NICOLAS

(S'adressant à MICHEL)

J'ai eu beau leur dire que

j'étais Hongrois...


JULIETTE ouvre la porte.


JULIETTE

(S'adressant à NICOLAS.)

Pour moi?


NICOLAS se lève et va jusqu'à la porte. C'est ALICE. ALICE et NICOLAS se regardent longuement.


ALICE

Je t'ai cherché partout.


NICOLAS

J'ai erré un peu.

Tu voulais me dire

quelque chose?


ALICE ne répond pas. Elle avance et voit JULIETTE et MICHEL s'embrasser. NICOLAS met sa main sur l'épaule d'ALICE, qui s'éloigne aussitôt et s'en va.


NICOLAS

(S'adressant à MICHEL et JULIETTE.)

Je reviens tout de suite!


Générique de fermeture


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