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La portée des mots

Un artiste raconte l'histoire touchante et percutante d'une de ses chansons, en abordant des thèmes qui lui sont chers.

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Patrice Michaud : Des trous dans les bas

L’auteur-compositeur-interprète Patrice Michaud est né à Cap Chat en Gaspésie. Des trous dans les bas est une chanson sur l’appel de grands espaces, une alarme à l’enlisement dans le quotidien, sur la liberté et la quête de soi. Il s’est inspiré de deux très grands amis qui ont ressenti un immense besoin de quitter l’Europe pour une nouvelle existence.



Année de production: 2011

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VIDÉO TRANSCRIPTION

Générique d'ouverture


Titre :
Patrice Michaud «Des trous dans les bas»


Texte narratif :
Gaspésie, Québec


Des images de bord de mer défilent.


PATRICE MICHAUD

(S'adressant au public de l'émission)

La Gaspésie, c'est le bout du

monde du Québec, qui est très,

très humaine mais qui est encore

très sauvage aussi.

Chez nous, pour moi, c'est ça.


PATRICE MICHAUD joue de la guitare et chante.


PATRICE MICHAUD

♪ Des mots tombent comme des

mouches ♪

♪ Derrière mes stores ♪

♪ Des valises sans voyage

traînent dans mon char ♪

♪ Et perdent le nord ♪

♪ Il faut sortir son derrière du

lazy boy ♪

(S'adressant au public de l'émission)

Je voulais faire passer l'idée

que c'était bon, une fois de

temps en temps, de s'enlever le

derrière du lazy boy,tu sais,

de quitter ses pantoufles et

d'aller... D'aller vers on sait

pas trop quoi juste pour vivre,

juste pour vivre quelque chose.

Il y a une espèce d'urgence,

d'urgence de vivre qui s'est

installée dans la chanson.

D'envie de changement.


PATRICE MICHAUD se rend chez son ami PHILIPPE ACHAINTRE, qui dirige un jeu de rôles.


PHILIPPE ACHTRAIN

(S'adressant à PATRICE MICHAUD et aux autres joueurs)

Y a rien d'acquis pour vous,

dans la vie. Votre existence est

faite que de changements. Vous

êtes quatre aventuriers.


PATRICE MICHAUD

On se connaît-tu?


PHILIPPE ACHAINTRE

Vous ne vous connaissez

absolument pas. Vous vous êtes

déjà croisés.


PATRICE MICHAUD

En voyageant, on a une idée

de où on s'en va. Est-ce qu'on a

un certain contrôle là-dessus?


PHILIPPE ACHAINTRE

Vous savez où vous vous

dirigez et vous y allez pour des

raisons extrêmement précises.

Quand vous étiez jeunes, vous

avez, pendant des années, erré

sur le même monde. Vous avez

connu plein de choses, vous avez

vécu comme des aventuriers, tout

ça. Mais à un moment donné, vous

avez fait face à quelque chose

qui vous a emmenés sur un autre

monde.


PATRICE MICHAUD

(En prestation avec sa guitare)

♪ Faut brasser son coeur ♪

♪ Le jeter dans un train ♪

♪ Retarder son heure ♪

♪ Trouver le chemin ♪

♪ De son Himalaya ♪

♪ La vie sert à ça ♪

♪ Des trous dans les bas ♪


PHILIPPE ACHAINTRE

(S'adressant au public de l'émission)

Je pense que j'ai un côté

très homme préhistorique, là.

C'est très idéaliste, mais je

suis pas quelqu'un qui aime le

modernisme. Je suis pas

quelqu'un qui aime...

nécessairement qui va triper sur

les nouvelles technologies et

tout ça. Je comprends qu'on a

des besoins, c'est sûr. Moi

aussi, j'en ai des besoins. Puis

j'utilise aussi des affaires

dont de la nouvelle technologie,

mais je pense qu'il y a peut-

être...

J'ai l'impression qu'il y a

quand même une façon de faire

autrement.

C'est de percevoir qu'il y a des

endroits où tu peux mettre les

pieds, où il n'y aura jamais

personne qui auront mis les

pieds. Ça, là, c'est comme...

Ça vient chercher certains

d'entre nous.


PATRICE MICHAUD cueille des fines herbes avec son amie GABRIELLE BÜCHELER.


GABRIELLE BÜCHELER

(S'adressant à PATRICE MICHAUD)

J'ai ramené un peu de romarin

pour la soupe.


PATRICE MICHAUD

Tu voulais du thym, aussi, je

pense, hein?


GABRIELLE BÜCHELER

Oui, du thym.


PATRICE MICHAUD

T'en as pas besoin de tant

que ça? Une botte comme ça ou

plus que ça?


GABRIELLE BÜCHELER

Un peu plus, un peu

plus...

(S'adressant au public de l'émission)

Être dans le jardin, c'est très

calmant. Ça te "grounde".

Et surtout, bon, j'aime bien me nourrir

de bonnes choses quand je sais

d'où ça vient.

C'est tout biologique, naturel.

C'est frais, c'est local.


À l'intérieur de la maison, PATRICE MICHAUD met des légumes en pots avec son couple d'amis.


PATRICE MICHAUD

(S'adressant à GABRIELLLE BÜCHELER et PHILIPPE ACHAINTRE)

Mon père et ma mère

- mais surtout p'pa - c'étaient

des... C'étaient des...

Ils se sont laissés souvent

prendre au jeu...

Quand on a fait les elfes noirs,

et qu'on était tellement

costumés que...

Je veux dire, on était

méconnaissables.


GABRIELLE BÜCHELER

Intéressant.


PATRICE MICHAUD

(S'adressant au public de l'émission)

En réécoutant

Des trous dans les bas,

j'ai réalisé que ça pouvait

être facilement relié au

parcours, à la vie de mes deux

grands amis. Ça met en lumière

leur arrivée, la grande décision

de vie qu'ils ont prise de

quitter leur pays, leurs

familles, leurs amis, leur

contexte social pour aller vivre

complètement autre chose.


GABRIELLE BÜCHELER

(S'adressant au public de l'émission)

Je suis Allemande, je viens

de Cologne, qui est au centre

ouest de l'Allemagne, donc à

l'époque, l'Allemagne de

l'Ouest. C'est une ville de près

d'un million d'habitants.

À l'adolescence, j'ai quand même

aimé ça parce qu'on a besoin de

bouger et de faire plein de

choses, mais je me rappelle que

déjà, à l'adolescence, quand on

commençait à être plus

conscients politiquement... Avec

certains amis, on refaisait le

monde. On visualisait d'émigrer

quelque part, être autonome et

tout, et sortir du béton et aller

dans d'autres valeurs.


PHILIPPE ACHAINTRE

(S'adressant au public de l'émission)

On s'est rendu compte assez

rapidement et on s'en rend

compte encore aujourd'hui assez

souvent qu'on partage vraiment

les mêmes valeurs. Il y a les

mêmes tempéraments humains, les

mêmes problématiques humaines

qui nous font lever debout. Les

Européens, quand on se rend

compte et qu'on voit dans quel

milieu on vit, on n'a même pas

besoin de poser de questions. Ça

vient tout de suite, la réponse,

c'est comme: on cherche le même

port. Comme disait Jacques Brel,

des fois: "On n'est pas du même

bord, mais on cherche le même

port."


PATRICE MICHAUD

(En prestation avec sa guitare)

♪ As-tu déjà pensé de venir avec

moi ♪

♪ Ça manque un peu d'amour dans

l'agenda ♪

♪ Pense à ça ♪

♪ On laissera nos histoires ♪

♪ Dans ta sacoche ♪

♪ Et des lundis matins ♪

au fond des poches ♪


PHILIPPE ACHAINTRE

(S'adressant au public de l'émission)

Quand on vit dans un pays

avec 60 millions ou, comme pour

Gaby, 80 millions d'individus,

c'est certain que tous les

espaces ont été connus, ont été

foulés du pas de l'homme. Tous.

Y a pas un endroit où... à moins

des grottes profondes, mais il

n'y a pas un endroit qui reste

vierge. Ça, sur la psyché, je

pense que ça joue.


PATRICE MICHAUD

(S'adressant au public de l'émission)

En Europe, faire l'équivalent

de Montréal-La Martre, tu peux

changer trois fois de pays.

Au niveau de la distance, de

l'espace, il y a...

C'est deux planètes.


PHILIPPE ACHAINTRE

(S'adressant au public de l'émission)

Je suis né en Bourgogne dans

le centre est de la France.

Puis, mes parents ont déménagé,

j'avais deux ans, pour la région

parisienne.

Quand je me projetais dans mon

avenir, je voyais vraiment pas

ce que je ferais dans un endroit

pareil. Le côté conformisme me

dérangeait énormément. Le côté

de me projeter dans une vie à

long terme qui soit assez

monotone, tout le temps

pareille, un petit peu sans

surprise, me dérangeait

énormément. J'avais toujours...

eu envie de vivre à un endroit

où il n'y avait pas nécessairement

beaucoup de population.


GABRIELLE BÜCHELER

(S'adressant au public de l'émission)

C'est le rêve des grands

espaces. L'Amérique, c'est la

nature... Peu de population,

surtout en allant vers le

Canada. J'avais des amis

allemands qui étaient à l'époque

en Alaska et qui me parlaient de

l'Ouest canadien. En allant

là-bas, plusieurs kilomètres toute

seule avec mon sac à dos, à 19

ans, j'ai fait la rencontre d'un

loup solitaire. Ça a vraiment

changé ma vie parce qu'on s'est

regardés peut-être un vrai 10

minutes. À peut-être 20 mètres

de distance, on s'est regardé, on

s'est compris, c'était très,

très fort comme rencontre.

Pour moi, ça a vraiment opéré un

changement profond. Ça m'a

vraiment dit que je pouvais pas

retourner dans le béton, qu'il

fallait que je suive ma

philosophie, mes valeurs

profondes finalement.


Retour chez PHILIPPE ACHTRAIN, pendant un jeu de rôle entre amis...


PHILIPPE ACHTRAIN

(S'adressant à PATRICE MICHAUD et aux autres joueurs)

Mais à un moment donné, vous

avez fait face à quelque chose

qui vous a emmené sur un autre

monde. Et là, ça a comme

totalement changé votre approche

et vous vous êtes retrouvés un

peu des étrangers dans votre

propre monde quand vous êtes

revenus.

Vous avez vu les choses d'une

manière totalement différente.


GABRIELLE BÜCHELER

(S'adressant au public de l'émission)

Ce que j'aimais pas dans la

vie en ville, la vie en

Allemagne, c'était beaucoup les

valeurs qui n'étaient pas les

miennes. Je voyais vraiment une

société de performance où la

plus importante chose était le

travail, la réussite, la carrière,

l'argent.

C'est des valeurs qui ne me

rejoignaient pas. J'aimais

beaucoup plus les valeurs

humaines, l'amitié. Les amis

étaient très importants pour

moi, le respect, l'écologie, le

partage. J'aimais toujours

beaucoup la nature et les

animaux aussi. C'est pour ça que

je suis devenue végétarienne,

aussi, parce que j'aimais pas la

manière dont on élevait et tuait

les animaux.


DOROTHÉE SOHIER, voisine et amie de GABRIELLE BÜCHELER et de PHILIPPE ACHTRAIN, discute avec PATRICE MICHAUD.


DOROTHÉE SOHIER

(S'adressant à PATRICE MICHAUD)

C'était choisir de s'en venir

dans un pays où ils pouvaient

vivre un rêve quand même de

retour à la terre, dans le sens

où il y avait une liberté

d'espace. Ils voulaient des

animaux.

Elle a cogné à la porte, elle a

dit: "Je cherche un terrain." Le

rêve québécois, canadien de la

petite maison dans le bois.


GABRIELLE BÜCHELER

(S'adressant au public de l'émission)

(Imitant DOROTHÉE SOHIER)

"On n'a pas de terrains à

vendre, mais pourquoi pas? S'il y

en a un qui te plaît, on peut

bien te vendre un terrain."


DOROTHÉE SOHIER

(S'adressant à PATRICE MICHAUD)

On est montés ici, sur notre

terre et on lui a offert quand

même assez proche, mais elle

voulait vraiment être dans le

bois.


GABRIELLE BÜCHELER

(S'adressant au public de l'émission)

Le plus qu'on allait... à un

moment donné, on monte ici en

haut et c'était vraiment beau.

Je me sentais bien. C'est comme

éloigné dans le bois aussi. J'ai

vu une maman perdrix avec ses

six bébés qui me regardaient.

J'ai dit: "Ah, ça, c'est un

signe. OK, c'est ici... OK,

j'achète ici."


DOROTHÉE SOHIER

(S'adressant au public de l'émission)

C'est de la vitalité pour les régions,

je trouve, parce que c'est des gens

qui arrivent, qui sont souvent

cultivés aussi, et qui arrivent

avec des valeurs qui étaient

proches des nôtres à ce

moment-là.

La simplicité volontaire, le

retour à la terre, manger sain.

On était qualifiés un peu comme

"granolas" dans le village, même

si on est des gens de la

Gaspésie parce que... On

avait... De façon spontanée, on

avait conversé et on se faisait

des déjeuners communautaires.

On partageait les mêmes valeurs.


GABRIELLE BÜCHELER

(S'adressant au public de l'émission)

Premièrement, nous avons

construit la maison ici

nous-mêmes avec des matériaux,

le plus possible écologiques et

locaux aussi. C'est-à-dire

construit en bois qui était

acheté et coupé ici.

Nous n'avons pas d'électricité.

Nous avons maintenant deux

panneaux solaires. Je trouve que

c'est quelque chose de... qui

tout simplement a été oublié,

mais qui devrait être naturel

pour l'être humain, de vivre

dans la simplicité volontaire.

On devrait même pas avoir besoin

de le nommer. Les cultures

autochtones ont toujours vécu

dans cette simplicité

volontaire, d'avoir le moins

d'impact, d'être respectueux

face à toutes choses.

Ça m'a toujours inspirée depuis

l'enfance.


PATRICE MICHAUD

(En prestation avec sa guitare)

♪ Faut brasser son coeur ♪

♪ Le jeter dans un train ♪

♪ Retarder son heure ♪

♪ Trouver le chemin ♪

♪ De son Himalaya ♪

(S'adressant au public de l'émission)

La première fois que je suis

monté ici et que j'ai rencontré

Gaby et Philippe, c'était pour

une partie de jeu de rôle.

J'avais convaincu ma mère

d'avoir la permission de...

de... d'y participer.


PATRICE MICHAUD nous transporte chez sa mère, GAÉTANE BOUCHARD, où il se remémore des souvenirs avec sa mère et son cousin JACKY MICHAUD.


PATRICE MICHAUD

(S'adressant au public de l'émission)

Philippe, c'est un Français.

Il habite dans le bois.

C'est un maître de jeu.

Là, je comprenais...

Il ressemblait à personne. Il me

parlait de son personnage, le

personnage à Jacky. Là, moi, je

bavais. J'en avais tellement

envie, mais je savais qu'il

allait y avoir une grande... une

barrière à surmonter: Gaëtane.

Je suis rentré chez nous,

j'avais élaboré une stratégie.

J'étais allé voir maman. Je me

suis assis: "Écoute, maman, j'ai

quelque chose à te demander.

C'est extrêmement sérieux." Et

c'était très sérieux.


GAÉTANE BOUCHARD

(S'adressant au public de l'émission)

Je me rappelle que j'ai

donné la permission, aller chez

des personnes que je connaissais

pas et je ne connaissais pas le

jeu non plus. Non, ce dont je me

rappelle plus, c'est quand il

m'expliquait le jeu.


Retour chez PHILIPPE ACHTRAIN, pendant un jeu de rôle entre amis...


PHILIPPE ACHTRAIN

(S'adressant à PATRICE MICHAUD et aux autres joueurs)

Vous allez franchir une porte

et vous allez vous retrouver

dans une pièce et cette pièce-là

va être ailleurs.

(S'adressant au public de l'émission)

J'avais déjà commencé à

découvrir ce qu'était le jeu de

rôle et je me suis dit: on

pourrait peut-être être

travailleur autonome et faire un

club de jeu de rôles. Ça fait

que j'ai fait une affiche, j'ai

loué une salle. Puis... Il y a

cinq personnes qui se sont

présentées, qui étaient

intéressées par l'idée.

Dont le cousin à Patrice, Jacky.


Retour chez GAÉTANE BOUCHARD...


JACKY MICHAUD

(S'adressant à PATRICE MICHAUD)

C'est sûr qu'ils avaient vraiment

une allure de gens marginaux.

Philippe, avec ses bottes de moto...


PATRICE MICHAUD

Philippe encore plus que

Gaby.


JACKY MICHAUD

Sa veste à franges. Il avait

l'air d'un motard, mais pas de

moto.


GAÉTANE BOUCHARD

Mais Philippe, c'est

Philippe.


PHILIPPE ACHTRAIN

(S'adressant au public de l'émission)

Puis, Patrice est arrivé

quelques mois plus tard. Jacky

l'a ramené chez nous parce

que... C'est ça, il avait envie

de découvrir ce que c'était.

C'est là qu'on a découvert

Patrice.


PATRICE MICHAUD

(S'adressant au public de l'émission)

Moi, je m'étais fait une image

mentale de Philippe. On parle

souvent de Philippe parce qu'au

visuel, c'est lui qui nous a

tous fessés le plus. J'avais une

image mentale. Je savais qu'il

était Français, tout ça, mais il

ne me l'avait pas décrit. Je

débarque là... Je me vire puis

il se pointe!

Il avait des grosses barniques

aussi, fumées. Il a les cheveux

frisés, mais il en avait déjà un

peu plus. La grosse barbe, les

bottes de moto, j'ai fait:

"My god, c'est lui?"

Au début, il m'a fait un peu peur.


PHILIPPE ACHTRAIN

(S'adressant au public de l'émission)

Ça m'a vraiment sorti aussi

de ma zone de confort. C'était

des fils de garagistes... On

avait vraiment, vraiment des

vies extrêmement différentes.


PATRICE MICHAUD nous transporte dans le garage de RAYNOLD MICHAUD, son père.


PATRICE MICHAUD

(S'adressant au public de l'émission)

La crainte au début que mes

parents n'acceptent pas, à cause

de mon âge, que j'y aille, ça

s'est tassé assez vite parce

qu'ils ont compris que c'était

un jeu puis qu'on

rencontrait.... On faisait une

belle rencontre. On était en

train de faire une belle

rencontre qui était pas si

courante. On pouvait pas

s'attendre à ça dans un

village... dans les villages en

Gaspésie, parce que des étranges,

on n'en avait pas tant que ça.


RAYNOLD MICHAUD

C'était monsieur et madame

Étrange.


PATRICE MICHAUD

Oui!


RAYNOLD MICHAUD

Même leur allure, pour

nous autres, les parents...


PATRICE MICHAUD

(S'adressant à son père)

Qu'est-ce que tu veux dire?


RAYNOLD MICHAUD

Ils s'habillaient pas de la

même façon. Ils sont plus hors

norme. Ça fait que déjà là, un

petit oeil... Mais le petit

doigt à Gaétane a vu juste.

C'était du bon monde.


Retour chez GAÉTANE BOUCHARD...


GAÉTANE BOUCHARD

Moi, c'est la valeur de la

personne. Pas comment ils sont

habillés ou comment ils vivent.


PATRICE MICHAUD

D'où ils viennent...


GAÉTANE BOUCHARD

Non. Par contre, ça m'a pris

du temps à comprendre le jeu,

moi, Pat. Parce que c'était

difficile. Quand t'arrivais le

lendemain et que tu me

contais...


PHILIPPE ACHTRAIN

(S'adressant au public de l'émission)

Il y a plein de perceptions

du jeu de rôle. Il y a plein de

stéréotypes du jeu de rôle. Au

début, c'était comme... Se

balader avec un personnage écrit

sur papier, tout dans

l'imagination, à parcourir des

couloirs pour taper sur des

monstres pour gagner des points

d'expérience, c'est comme:

Mouais...


Retour chez PHILIPPE ACHTRAIN, pendant un jeu de rôle entre amis...


PHILIPPE ACHTRAIN

(S'adressant à PATRICE MICHAUD et aux autres joueurs)

Vous savez que dans chacun des

mondes, il y a des passeurs, des

gens comme vous qui êtes des

aventuriers et qui passez de

monde en monde.


Des images des joueurs rassemblés pendant le jeu de rôle défilent.


PHILIPPE ACHTRAIN

(S'adressant au public de l'émission)

À la base, si tu as été un

enfant qui a rêvé d'être le

personnage d'un livre d'aventure

que tu as lu, tu es un excellent

sujet pour faire du jeu de rôle.

L'idée, elle est là. C'est que

tu vas incarner un personnage

qui est un aventurier.

Quelqu'un qui a une expérience

des chemins, du vagabondage, puis

de châteaux abandonnés et de

personnalités un peu bizarres.

Après, c'est ton imagination qui

fait le reste. Le cadre qui aide

aussi à l'imagination, on va

dire. Tu joues le soir en

mettant des chandelles. T'es un

peu dans ta bulle.


JACKY MICHAUD

(Jouant son rôle)

Moi, je m'appelle Segarius.

Ma renommée vient surtout de

toutes les batailles que j'ai

commandées pour garder un

certain équilibre dans les

mondes. Je suis un personnage

très autoritaire puis je suis un

peu hautain sans exagération,

mais... Quelqu'un qui m'approche

et qui ne fait pas les courbettes

qu'il faut, je le remets à sa place,

c'est pas long.


PATRICE MICHAUD

(S'adressant aux autres joueurs du jeu de rôle)

Les voyages entre les mondes

ont eu des impacts majeurs sur

ma personne. C'est-à-dire que je

changeais beaucoup. À partir

d'un moment donné, la personne

que vous connaissez sous le nom

d'Edmond a toujours... s'est

comme fixée.


Retour chez GAÉTANE BOUCHARD...


PATRICE MICHAUD

(S'adressant au public de l'émission)

Moi, je suis arrivé ici, j'avais

les yeux dilatés de même,

tellement je venais de découvrir

quelque chose, je venais de

rencontrer... Là, j'étais pas

couché et ma mère non plus, tu

peux être sûr. Je me suis mis à

expliquer c'était quoi le jeu.


GAÉTANE BOUCHARD

(S'adressant au public de l'émission)

Il dit: "En tout cas, une terrible

de belle game! On s'est battus."

Je dis: "Vous vous êtes

battus?" Il dit: "Oui, oui et

j'en ai mis deux ou trois à

terre." J'ai dit: "Patrice,

faites attention, c'est quoi qui

se passe!?" Il me dit: "Non,

maman, tu comprends pas. On

était autour d'une table. C'est

tamisé, il fait noir, puis le

jeu se passe comme ça et

Philippe fait brûler de

l'encens."

J'ai dit: "Es-tu sûr que c'est

de l'encens qu'il fait brûler?"


PHILIPPE ACHTRAIN

(S'adressant au public de l'émission)

Franchement, vivre

ça ensemble, que ce soit entre

le maître de jeu et ses joueurs,

ça crée des très beaux liens. Et

je le vois justement avec ces

amis-là parce que j'ai jamais

été riche comme travailleur

autonome avec ça, mais je me

suis fait... Ma richesse, ça a

été les amis que je me suis

faits. Ça, ça a été quelque chose

d'extraordinaire.


PATRICE MICHAUD

(S'adressant au public de l'émission)

On arrivait là. Avant que le

jeu commence, l'école, la

famille, c'était fini, là.

C'était complètement en arrière.

On était fin prêts à se mettre

dans la peau de nos personnages.

C'est ça, le début de notre

histoire avec eux autres.


Chez son couple d'amis, PATRICE MICHAUD fait du pain avec GABRIELLE BÜCHELER et DANNY GASSE.


GABRIELLE BÜCHELER

(S'adressant au public de l'émission)

Nous sommes en train de

terminer de faire du pain. On a

commencé ça ce matin en se

levant. On a sorti le levain

hier soir pour le rendre à la

température de la pièce.

Ce matin, on le nourrit avec de

la farine et de l'eau chaude. À

chaque fois, on prélève de

nouveau du levain pour le

prochain pain qu'on fait.

(S'adressant à PATRICE MICHAUD)

Là, on fait 300 coups pour

enlever le gluten un peu.


PATRICE MICHAUD

Le 300 coups.


GABRIELLE BÜCHELER

Ouais, le fameux 300 coups.

On le fait lever et on va le

faire cuire.

(S'adressant au public de l'émission)

J'ai travaillé dans différents

endroits. J'ai toujours été

proche des jeunes de par ce que

je suis. À un moment donné, j'ai

vu le poste de travailleur de

rue, travailleur de milieu comme

on appelle ici. Je me suis dit:

bon, je peux aussi bien me faire

payer pour quelque chose que je

fais déjà depuis toujours.

Accompagner les jeunes, créer

des liens de confiance dans le

but d'être à l'écoute, les aider

dans ce qu'ils vivent, sans

jugement, en toute confidentialité.

Danny, c'est un jeune du village

d'à côté, de Marsoui, que je

connais depuis huit ans.


DANNY GASSE

(S'adressant au public de l'émission)

Même chez nous, juste pour dire,

un petit village comme on est,

j'ai reçu des lettres de menace

comme: "N'avez-vous pas honte

que votre fils soit gay?

Vous marchez la tête quand même

haute." Tu sais?

Au bout de la ligne, ça joue un

peu sur le moral. C'est toujours

plaisant d'avoir une oreille

pour écouter et en parler, ce

qu'on en pense... J'ai fait

vraiment mon coming-out avec

Gaby, qui m'a aidé là-dedans.

Tu sais, elle nous apporte autant

un réconfort quand on est

triste, quand on a besoin

d'elle.


GABRIELLE BÜCHELER

(S'adressant à DANNY GASSE)

C'est courageux, tu sais,

d'être gay, dans un petit

village! Il y a beaucoup

d'homophobie. C'est pas évident.

C'est vraiment très difficile

dans l'adolescence.

Ça demande du courage.


PATRICE MICHAUD

(S'adressant au public de l'émission)

Gaby est une personne de

coeur et de conviction. C'est

une femme très forte et à la

fois, bien sûr, parce qu'il n'y

a rien de plus beau que les

paradoxes, c'est à la fois une

femme très forte et extrêmement

sensible. Quand tu comptes Gaby

parmi tes amis, c'est pour

toujours. Peu importe ce qui

peut t'arriver, la porte est

ouverte. Elle est là et surtout,

elle va te défendre s'il y a

lieu. Et surtout, tu veux pas

subir l'assaut de Gaby. Parce

que tu vas t'en rappeler

longtemps. T'es aussi bien de

l'avoir de ton bord.

(S'adressant à GABRIELLE BÜCHELER)

Qu'on vienne d'un milieu urbain

ou d'un milieu rural, presque

systématiquement, il y a un

appel au changement. Mais entre

cette pensée et l'action de le

faire, il y a bien du monde qui

ne fait pas le pas. Puis qui...

qui des fois vivent avec le fait

qu'ils sont restés là. Parfois,

les regrets, les frustrations...

Ça, ça... C'est pas sain, tu

sais.


PHILIPPE ACHTRAIN

(S'adressant au public de l'émission)

Sincèrement, je ne trouve pas

qu'on vit en marge de la

société. Je pense que nous

sommes des marginaux. Ça, c'est

sûr. Mais je ne pense pas qu'on

vive en marge de la société. On

a une vie qui est somme toute

très ordinaire. Comme tout le

monde, on fait nos petites

affaires. On répond aux besoins

principaux.

L'idée d'un calendrier chargé,

ça, c'est pour moi le contraire

de mon bien-être, vraiment. Dans

ma vie à moi, le bien-être,

c'est ne pas avoir à me soucier

du temps qui passe. Je déteste

le genre de paroles comme: "Il

faut que ce soit fait pour

hier." Ça, c'est quelque chose

que je... La plus grande des

absurdités. Comme si tout ce

qu'on faisait était si important

que la Terre arrêterait de

tourner.


PATRICE MICHAUD et GABRIELLE BÜCHELER retournent dans le jardin.


GABRIELLE BÜCHELER

(Montrant une sorte d'herbe)

T'as reconnu ça, ici?


PATRICE MICHAUD

De?


GABRIELLE BÜCHELER

Ça?


PATRICE MICHAUD

Ça, non, je ne les reconnais

pas. J'ai déjà rencontré ça?


GABRIELLE BÜCHELER

Regarde la feuille. Oui.


PATRICE MICHAUD

(S'adressant au public de l'émission)

La chanson, je trouve qu'elle

est... Elle s'actualise sur tout

leur parcours. Même une fois

installés ici, même après avoir

décidé de vivre en couple, de

s'être installés et de

s'impliquer dans une

collectivité, donc de prendre

racine, c'est des gens qui ne

prennent rien pour acquis, qui

veulent toujours se renouveler,

qui se remettent en question,

qui ne se prennent pas au

sérieux et qui veulent...

Tu sais, qui veulent vivre, tu

sais.


PATRICE MICHAUD interprète sa chanson Des trous dans les bas, accompagné de ses musiciens.


PATRICE MICHAUD

♪ Des mots tombent comme des

mouches ♪

♪ Derrière mes stores ♪

♪ Des valises sans voyage ♪

♪ Traînent dans mon char ♪

♪ Et perdent le nord ♪

♪ Faut sortir son derrière ♪

♪ Dulazy boy ♪

♪ Retourner en arrière comme les

cow-boys ♪

♪ Faut brasser son coeur ♪

♪ Le jeter dans un train ♪

♪ Retarder son heure ♪

♪ Trouver le chemin ♪

♪ De son Himalaya ♪

♪ La vie sert à ça ♪

♪ Des trous dans les bas ♪

♪ As-tu déjà pensé de venir avec

moi ♪

♪ Ça manque un peu d'amour ♪

♪ Dans l'agenda ♪

♪ Pense à ça ♪

♪ On laissera nos histoires ♪

♪ Dans ta sacoche ♪

♪ Et des lundis matins ♪

♪ Au fond des poches ♪

♪ Faut brasser son coeur ♪

♪ Le jeter dans un train ♪

♪ Retarder son heure ♪

♪ Trouver le chemin ♪

♪ De son Himalaya ♪

♪ De son Himalaya ♪

♪ La vie sert à ça ♪

♪ Des trous dans les bas ♪

♪ Faut brasser son coeur ♪

♪ Le jeter dans un train ♪

♪ Retarder son heure ♪

♪ Trouver le chemin ♪


Générique de fermeture

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