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La portée des mots

Un artiste raconte l'histoire touchante et percutante d'une de ses chansons, en abordant des thèmes qui lui sont chers.

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Andrea Lindsay - Les yeux de Marie

Andrea Lindsay a grandi en Ontario, dans un milieu qui était à l’époque presque entièrement anglophone. Jeune adulte, toutefois, elle tomba amoureuse de la culture francophone. Sa chanson, Les yeux de Marie, raconte le moment pivot où elle s’est trouvée pour la première fois dans ce nouveau monde qu’elle connaissait peu…



Année de production: 2013

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VIDÉO TRANSCRIPTION

Générique d'ouverture

[Début information à l'écran]

Andrea Lindsay «Les yeux de Marie»

[Fin information à l'écran]

L'auteure-compositrice-interprète ANDREA LINDSAY est assise dans un parc de Guelph, en Ontario.


ANDREA LINDSAY

(avec un fort accent anglais)

La chanson

Les yeux de Marie

parle d'une fille...

Elle est un peu perdue, un peu

dans un autre monde. Elle

ne comprend pas nécessairement

la langue, ou elle ne comprend

pas peut-être aussi le monde des

adultes. Elle est en train de

justement se faire initier,

quelque part. Il faut apprendre

à nager. Elle est comme... C'est

comme si elle était jetée dans

l'eau, et là, elle se rend

compte: "Il faut que je brasse

l'eau ou bien je vais couler."

Je m'appelle Andrea Marie

Lindsay. Donc, c'est sûr que

c'est un peu autobiographique.

(Accompagnée au piano par l'auteure-compositrice-interprète GENEVIÈVE TOUPIN, et à la guitare par LUC DE LAROCHELLIÈRE, ANDREA LINDSAY offre une prestation.)


ANDREA LINDSAY

♪ Elle marche seule ♪

♪ Dans la nuit ♪

♪ Sur un ciel de minuit ♪

♪ En suivant les lampadaires ♪

♪ Qui s'allument dans la rue ♪

♪ Tranquillement, elle reprend ♪

♪ Le même chemin qu'avant ♪

♪ Les allées qui serpentent ♪

♪ Jusqu'à l'Odéon ♪

♪ Et dans les vitrines en face ♪

♪ Elle se voit passer ♪

♪ Dans les yeux de Marie ♪

♪ On voit la vie qui passe ♪

♪ Le jour plus sombre ♪

♪ Que la nuit ♪


ANDREA LINDSAY (en aparté)

Dans mon école secondaire, il y

avait un programme d'échange

étudiant. Grâce à ce programme-

là, j'ai pu vraiment fréquenter

des jeunes de partout dans le

monde. Et puis, je me suis fait

un ami en France. Il m'a invitée

à venir voir c'était comment,

chez lui. C'est sûr que j'ai

accepté l'invitation.

(Retour à la prestation)


ANDREA LINDSAY

♪ Dans une cabine téléphonique ♪


ANDREA LINDSAY (en aparté)

En fait, c'était plusieurs

séjours en France, que j'ai

faits, pour une période qui a

duré à peu près 2 ans. Je

parlais pas un mot de français.

J'avoue que c'était quelque

chose, tout à coup, arriver en

France et ne rien comprendre. Et

puis, même les feux de

signalisation, c'est pas pareil.

Et puis, je me suis sentie comme

vraiment bouleversée. J'ai pas

beaucoup voyagé avant ça, là,

j'étais dans le même coin, dans

la même réalité et dans la même

langue. Donc, ça m'a beaucoup

secouée, mais d'une bonne façon.

Et puis, dans cette chanson, ça

parle de ma période en France.

Ça parle d'une période de grand

changement.

(Images de la ville de Guelph, en Ontario)


ANDREA LINDSAY (en aparté)

Je suis née dans la ville de

Guelph. C'est une ville qu'on

appelle "The Royal City".

Mon monde a commencé là.

C'est une ville universitaire

parce que tout fonctionne pas

mal autour de l'université qui

est très importante pour nous.

Je dirais aussi qu'il y a un

côté écologique très développé.

Et puis, c'est ça, y a beaucoup

de verdure. Justement, une

espèce de easy going, un peu

baba cool. Je suis contente

d'avoir... politique un peu à

gauche... Je suis contente

d'avoir grandi dans ça.

(ANDREA LINDSAY s'entretient maintenant avec ses parents, DAVID LINDSAY et JOYCE LINDSAY, dans le parc, à Guelph.)


ANDREA LINDSAY

Mon plus lointain souvenir de ce parc

remonte au moment où je suis tombée

du pédalo. Vous en souvenez-vous?


[JOYCE LINDSAY:] Oh oui!

ANDREA LINDSAY

Je ne sais pas quel âge j'avais: peut-être

deux ans et demi?


JOYCE LINDSAY

Un peu plus que deux ans et demi.


DAVID LINDSAY

Je ne sais même pas s'ils ont encore ces pédalos.


ANDREA LINDSAY

Ouais.


ANDREA LINDSAY (en aparté)

Mes parents sont anglophones

monolingues. Ils viennent aussi

d'une réalité où le français

n'était même pas une option, à

l'école, à l'époque.


JOYCE LINDSAY

Te souviens-tu de la fois où tu as chanté

pour la Reine, sur la Colline parlementaire?


ANDREA LINDSAY (propos en anglais)

Oh! Oh! Yeah! A little bit!

(ANDREA et ses parents éclatent de rire.)


ANDREA LINDSAY

Je m'en souviens très bien: j'étais vraiment

nerveuse, et j'ai dû chanter le Ô Canada

en direct à la télévision.

(Diffusion d'images télévisuelles d'ANDREA LINDSAY avec la Reine, sur la Colline parlementaire)


ANDREA LINDSAY

Je devais me rendre sur le bout d'une feuille

d'érable sur la scène. Non, j'étais vraiment

nerveuse. Je craignais de ne pas pouvoir

atteindre cette note haute à la fin.

Je m'en souviens très bien!


DAVID LINDSAY

Tu as très bien fait ça.


ANDREA LINDSAY

Oh, merci!


JOYCE LINDSAY

Tu as chanté en français et en anglais.


ANDREA LINDSAY

Ouais, oui... c'est vrai.


JOYCE LINDSAY

Je me souviens d'avoir téléphoné

à presque tout le monde que je connaissais

en Ontario et au Québec.


DAVID LINDSAY

Je peux te dire que tous les regards

étaient rivés sur toi.


JOYCE LINDSAY

Des gens nous ont téléphoné par la suite

pour nous dire: « On l'a vue, on a vu

Andrea. Oh, elle était magnifique! »

C'est étrange pour nous, parce que nous sommes

les parents, et parfois, on ne sait pas comment

réagir, tu sais?


ANDREA LINDSAY

C'est bien vrai.


JOYCE LINDSAY

Nous sommes tellement fiers de toi, mais

nous devons parfois freiner nos ardeurs:

on ne peut pas se laisser emporter!


DAVID LINDSAY

C'est vrai. Je me souviens de la première fois

qu'on t'a entendu chanter. On ne pouvait pas

t'entendre dans la maison, alors on s'est assis

dans la petite Hyundai pour attendre

que ta chanson joue.


ANDREA LINDSAY

À la radio?


DAVID LINDSAY

Ouais... c'était vraiment quelque chose.

Je m'en souviendrai toujours.


ANDREA LINDSAY

Lorsque la chanson a commencé, comment

avez-vous...


DAVID LINDSAY

On était vraiment excités, tu sais?

Je crois que tout le monde était là,

assis dans la petite Hyundai.

(ANDREA LINDSAY éclate de rire.)


JOYCE LINDSAY

C'est toi qu'on entend à la radio,

et on répète sans cesse:

«C'est notre fille, c'est notre fille»...

et on se regarde et ouais... celle qui

ne voulait pas suivre de cours

de français à l'école secondaire ni rien.


ANDREA LINDSAY

Je n'ai pas aimé apprendre le français

à l'école secondaire, c'est vrai.


JOYCE LINDSAY

Et te voilà en train de chanter en français,

à la radio... et nous, on était tellement...

tu sais...


DAVID LINDSAY

On était surpris...


ANDREA LINDSAY (en aparté)

Il y a des francophones à

Guelph. Je ne les connaissais

pas. Et puis, ces francophones-

là, ils allaient à Hamilton pour

aller à l'école, à l'époque. Il

n'y avait pas d'école

francophone à Guelph.

Ça a beaucoup grandi. C'est plus

le cas. Donc, c'est comme si le

français, même si c'était sur

les emballages et à la télé,

c'était un peu comme l'espagnol

ou... Une autre langue. On

savait que ça existait, mais on

n'avait pas beaucoup d'accès.

C'est pas quelque chose qui nous

entourait, pas du tout. J'étais

plus dans un environnement

monolingue la plupart du temps.

Je viens d'une famille

protestante, baptiste, croyante.

Donc, c'est sûr qu'il y avait

cet élément-là. Mais aussi, avec

ça, il y a toujours un intérêt,

une curiosité vers l'histoire,

vers - c'est sûr - la lecture.

On allait beaucoup à la

bibliothèque avec notre mère,

les trois filles. Et puis il y

avait une grande excitation, je

me rappelle, quand on allait à

la bibliothèque et on avait le

droit de choisir trois livres,

je me rappelle. Je choisissais

soigneusement mes livres. Et

puis, c'était un moment de

plaisir, vraiment. Ça m'a

amenée, quelque part, à une

curiosité vers la langue.

Les langues en général, mais la

langue française parce que

curieusement, quand on est

enfant, au Canada, on apprend à

lire, et puis on apprend aussi

qu'il y a des affaires qu'on

n'arrive pas à lire, même si on

a appris à lire, parce que tous

les emballages, toutes les

affaires sont bilingues.

(ANDREA LINDSAY est maintenant dans un restaurant avec ANGÈLE GILBERT, une amie de la famille.)


ANGÈLE GILBERT

C'est vraiment spécial.

Ma meilleure amie, sa fille est

une chanteuse. Elle vit au

Québec, elle est française.

C'est quelque chose que,

vraiment, jamais j'aurais pensé

que ça pourrait arriver.

C'est vraiment spécial!


ANDREA LINDSAY

C'est vrai, hein? On ne sait

jamais. Donc, toi qui es la

première francophone que j'ai

rencontrée, je me rappelle

aussi, c'est avec le contact du

monde qu'on a cette curiosité

qui vient. Ça provoque une

curiosité, parce qu'on voit une

vraie personne qu'on connaît,

qu'on aime bien, et puis on

remarque: "Oh, c'est quoi ce

joli accent?" Tu sais, il y a

quelque chose de différent, là,

et puis maman a expliqué:

"Angie, tu sais, elle parle

anglais, mais aussi, en fait,

elle vient d'une autre culture

avec une autre langue. C'est le

français." Et puis elle nous

expliquait ça. Et puis, c'est

sûr qu'on trouvait ça

intéressant. Pour moi, tu étais

mon premier contact, en fait,

avec le français, avec quelqu'un

qui est francophone.

Donc, pour moi, tu joues un rôle

très important dans mon

évolution. Dans la langue

française et dans la

connaissance de la francophonie.


ANGÈLE GILBERT

Moi, je me rappelle de

t'entendre chanter quand t'étais

toute petite. Tu étais vraiment

superbe. Mais t'as arrêté de

chanter en anglais pour faire

une carrière avec la chanson

française. C'est vraiment

quelque chose d'inimaginable.

J'aurais... Tu sais? Ça fait que

je suis vraiment... Je suis

vraiment contente que ça t'ait

aidé.

(ANDREA LINDSAY est devant l'Université de Guelph.)


ANDREA LINDSAY (en aparté)

Après mon année en France, je

suis allée à l'université de

Guelph, et j'avais déjà un an de

fait en chant classique. Comme

rien à voir! Et je me suis dit:

"C'est ça que je veux faire. Je

veux faire des études en

français, en traduction, entre

autres." Et puis, je suis allée

à l'université, au département

de français, et puis j'ai

expliqué à... Je me rappelle, il

s'appelait Monsieur Thomas.

Et puis, je lui ai expliqué que

je venais juste de passer un an

en France, que je voulais faire

des études en français, mais que

j'avais juste ma 9e année de

français, de l'école secondaire.

Et donc, j'étais pas vraiment...

J'avais pas vraiment le droit

d'aller maintenant au niveau

universitaire et puis faire des

études en français, mais...

Je lui ai parlé de ça et, je me

rappelle, il m'a dit: "Raconte

tout ça en français." Parce que

je venais juste d'expliquer tout

ça en anglais. "Raconte-moi tout

ça en français et puis on

verra." J'ai comme répété tout

ce que j'avais dit, mais en

français. Donc, M. Thomas m'a

donné le laissez-passer, ce

petit morceau de papier jaune,

là, pour faire des études en

français. Je suis tombée en

amour, quelque part, avec cette

façon de m'exprimer, avec cette

langue poétique.

(Images de Guelph puis de Montréal)


ANDREA LINDSAY (en aparté)

C'est après que j'ai eu mon

diplôme de traduction à

l'université de Guelph. J'ai

décidé de venir à Montréal parce

que je me suis dit: "Si je reste

dans un contexte anglophone, je

vais perdre le français que j'ai

accumulé." Ça me tentait de

vivre en français, mais

justement, ce côté de

l'Atlantique. Et puis j'ai

entendu beaucoup de bien de

Montréal. Donc, c'est drôle, le

jour où j'ai déménagé à

Montréal, c'est la première fois

que je suis venue à Montréal. Et

puis, j'ai déménagé pour de bon.

Quand je suis arrivée à

Montréal, j'ai fait une

audition. J'ai trouvé ça dans le

Voir.C'était une audition pour

un groupe de filles. Et c'est

drôle parce que quand je suis

arrivée à l'audition, je me suis

rendu compte que c'était

vraiment n'importe quoi.

(ANDREA LINDSAY marche maintenant aux côtés de son amie JENNIFER BACCHET, dans les rues de Montréal.)


ANDREA LINDSAY (en aparté)

Et Jennifer, elle était à

l'audition aussi. Et puis, on

s'est rencontrées, et on a été

choisies, en fait, pour ce

groupe. Mais on a décidé que

c'était vraiment pas pour nous.

Donc, on a laissé tomber le

projet, mais en fait, on a

commencé à faire de la musique

ensemble.

(ANDREA LINDSAY et JENNIFER BACCHET entament une conversation, assises dans un escalier.)


JENNIFER BACCHET

Bien, Les yeux de Marie,

je dirais que je me souviens pas

exactement de la première fois

où je l'ai écoutée, mais si je me souviens

bien des paroles et de mes

impressions, c'était que je

voyais ça comme une transition.

Que tu prenais un nouveau

passage ou un nouveau chemin,

qui n'était pas vraiment à deux

personnes. Tu te ramassais toute

seule, et tu t'en allais vers la

francophonie, quelque chose en

français. C'était nouveau,

finalement.

Et puis, peut-être que ça allait

rejoindre un peu tes expériences

antécédentes ou quand tu étais

en France, toute seule. Ça fait

que tu sais, seule dans la rue

ou dans la nuit, toutes ces

paroles-là, mais moi je le

voyais un peu comme un

changement, tu sais? Tu

affrontais quelque chose de

nouveau et puis je te trouvais

bien courageuse et je te

trouvais bonne.


ANDREA LINDSAY

Merci! Mais c'est drôle que

tu dises ça, parce que parfois,

les gens proches de nous, qui

ont du recul, ils voient des

affaires que nous on ne voit

pas, parce que c'est sûr que

oui, quand je l'ai écrite, je

pensais à une espèce de rite de

passage en France, mais c'est

vrai qu'à ce moment-là, j'étais

en train de vivre un autre rite

de passage, si tu veux. Qu'est-

ce que je veux faire avec ma

vie? Toutes ces questions!


JENNIFER BACCHET

Les remises en question.


ANDREA LINDSAY

Quel style? OK. Je veux faire

de la musique? OK. Si j'assume,

quelle langue, quel style, tout

ça, c'est vrai. Et je me sentais

comme en train de franchir des

nouvelles portes et puis de...

(propos en anglais)

striking out on my own.


JENNIFER BACCHET

Oui, c'est ça!


ANDREA LINDSAY (en aparté)

Bien, j'étais peut-être un

petit peu surprise. Oui et non,

parce que bon, Andrea était

quelqu'un qui était français, à

ce moment-là, dans sa vie. Donc

oui, elle était... Et elle était

ici, à Montréal. Elle était

beaucoup en français. Mais de là

à créer en français, je dois

dire que j'ai été très

impressionnée, en tout cas, de

ce talent. Et puis je pensais

pas qu'elle avait ça en elle, de

faire aussi bien que ça. Et puis

d'avoir autant de réussite.


ANDREA LINDSAY

Je trouve que quand on a une

passion pour quelque chose,

c'est ça qui nous donne le

talent. Mais c'est sûr que, non,

il faut dire que je me rappelle,

j'étais comme au milieu de mon

lit avec la guitare. "Oh,

qu'est-ce que je suis en train

de faire?" Je me rappelle.

C'était comme: "OK..."


JENNIFER BACCHET

Ça devait être intimidant.


ANDREA LINDSAY

"Au pire, je me plante. Au

pire, je me plante." Et puis, au

moins, j'aurai essayé. Comme

l'idée est là, et je veux le

faire. Au pire, je me plante.

Mais tu sais, j'avais pas le

goût de me planter, là! C'est

pas le fun.

(ANDREA LINDSAY monte maintenant l'escalier menant à un appartement du Plateau Mont-Royal.)


ANDREA LINDSAY (en aparté)

J'ai écrit cette chanson,

Les yeux de Marie,

dans un petit appartement

sur le Plateau Mont-Royal. Un appart

où je suis restée quand même 8 ans

de ma vie. Huit ans, ici, à Montréal.

Petit 4 1/2 charmant. J'ai

toujours adoré cet appartement.

(ANDREA LINDSAY revisite l'appartement.)


ANDREA LINDSAY

Et voilà! Chez nous. Encore

la même peinture que j'ai faite

avec ma soeur. Et j'avais

tellement hâte de tout installer

qu'il y a les traces des

étagères, comme... Des détails,

hein! J'ai tellement vécu des

affaires, ici, des grandes

joies, des grandes déceptions...

C'est ici.

(émue)

C'est un appartement

qui veut dire quelque chose pour

moi. C'est...

♪ Elle marche seule ♪

♪ Dans la nuit ♪

♪ Sous un ciel de minuit ♪

♪ En suivant les lampadaires ♪

♪ Qui s'allument dans la rue ♪

♪ Tranquillement elle reprend ♪

♪ Le même chemin qu'avant ♪


ANDREA LINDSAY (en aparté)

J'ai écrit la chanson

Les yeux de Marie,

je me rappelle, au milieu de mon lit,

dans ma chambre, en tremblant,

avec mon gros dictionnaire. Et

puis, c'était vraiment dans cet

appartement-là, en fait, que

j'ai écrit mon album

La belle étoile,

et puis que j'ai débuté

ça, avec la chanson

Les yeux de Marie.

♪ Elle n'attend que lui ♪

♪ Oh! Elle n'attend da da da ♪

♪ Et les écrans de télé ♪

♪ Reflètent le côté caché ♪

♪ De ses envies ♪

♪ Mais j'ai pas compris ♪

♪ Pourquoi on voit que la nuit ♪

♪ Dans les yeux de Marie ♪

(ANDREA LINDSAY éclate de rire en retrouvant son amie GENEVIÈVE TOUPIN, au milieu d'un parc de Montréal.)


ANDREA LINDSAY (en aparté)

Geneviève Toupin, c'est une

auteure-compositrice-interprète

que j'aime beaucoup. J'aime son

oeuvre. Ça adonne aussi que

c'est ma coloc.


GENEVIÈVE TOUPIN

(s'adressant à ANDREA LINDSAY)

Ah, c'est drôle! Parce que moi, je me

retrouve vraiment dans ta

chanson. Je pense que je peux

m'identifier à ce thème-là.

Plus vraiment maintenant, dans

ma vie, mais il y a eu une

période, quand je suis arrivée à

Montréal, du Manitoba... Je

pensais que j'allais m'intégrer

facilement, parce que je suis

francophone et je viens d'une

famille qui a beaucoup milité

pour garder le français, pour

ouvrir une école francophone

chez nous, et que toute notre

vie, vraiment, on a fait

beaucoup d'efforts, mes parents,

pour qu'on apprenne le français

et tout. Et puis oui, c'est

culturel aussi. Il y a une

culture attachée à ça.

Mais moi, je me rends compte que

même si j'ai été élevée dans une

famille francophone, j'ai baigné

dans un environnement

anglophone. Alors

culturellement, je suis vraiment

un mélange de tout ça.


ANDREA LINDSAY

Oui! On parle bilingue, mais

on peut parler biculturel aussi.


GENEVIÈVE TOUPIN

Oui, vraiment, oui!


ANDREA LINDSAY

C'est la même affaire quand

je parle avec Daniel Lavoie. Tu

sais? On parle dans les deux

langues. Mais aussi, je trouve

que c'est comme si on changeait

le poste à la radio. Et puis je

vois comme deux... Voilà le

biculturalisme qui est là aussi.

(ANDREA LINDSAY entre dans une fromagerie avec son ami LUC DE LAROCHELLIÈRE, auteur-compositeur-interprète.)


LUC DE LAROCHELLIÈRE

On est venus goûter des

fromages québécois.


LE FROMAGER

Parfait! Bien, j'ai préparé

une petite sélection, en ce

moment, en fin de compte, de

fromages québécois. J'y ai été

avec mes coups de coeur, en fin

de compte...


ANDREA LINDSAY (en aparté)

Je trouve que,

comme artiste, Luc de

Larochellière... C'est quelqu'un

dont j'ai découvert l'oeuvre

plus tard dans la vie, il faut

dire, à cause des deux

solitudes. Ou "grâce" aux deux

solitudes, quelque part, parce

que ça m'a permis de tout

découvrir sans être trop

intimidée par la personne,

parce que son oeuvre est

impressionnante. Je trouve qu'il

a une facilité, une profondeur

dans ses textes, une poésie...

Mais aussi une qualité terre à

terre que j'aime beaucoup. Je

trouve que c'est quelqu'un,

comme artiste... Ses oeuvres

sont abordables.

(Retour à la fromagerie)


LE FROMAGER

Moi, je me souviens, quand

j'ai commencé dans le domaine,

en 85, on avait à peu près

maximum cinquante variétés et c'était

surtout du cheddar ou du Saint-

Paulin, du brie, des trucs comme

ça. Et aujourd'hui, on est

rendus à quatre-vingt-dix fromageries,

au Québec, et il y a trois cents variétés

et plus de fromages, que ce soit

du lait de vache, du lait de

brebis, de chèvre...


ANDREA LINDSAY (en aparté)

Justement, en parlant avec

Luc, c'est... On est d'accord

sur des choses fondamentales. Je

peux respecter que... Je peux

comprendre pourquoi lui il veut

avoir son pays à lui. Je peux

comprendre plein d'affaires, et

puis j'ai un respect pour ça.

C'est sûr que ça reste toujours

pour moi la question:

"Est-ce que je me considère

comme séparatiste?" Non. Mais

quelque part, je peux respecter

et comprendre sa réalité. Je

suis pas fermée d'esprit. Je

comprends le contexte et je peux

comprendre pourquoi, pour lui,

c'est cher, et pourquoi il pense

comme ça, facilement. Ce qui est

drôle, pour moi, parfois, c'est

que, tu sais, en étant

Canadienne francophile qui aime

le Québec, j'ai tendance à

vouloir garder ça avec moi.

(LUC DE LAROCHELLIÈRE et ANDREA LINDSAY dégustent des fromages.)


LUC DE LAROCHELLIÈRE (en aparté)

Andrea a fait un chemin un peu

particulier dans le sens qu'elle

a... C'est une Ontarienne

anglophone qui entend le

français, dans sa jeunesse,

comme la majorité des Ontariens

anglophones l'entendent, c'est-

à-dire la 2e langue officielle,

mais qu'on n'entend pas si

souvent que ça, finalement!


ANDREA LINDSAY (en aparté)

Je me rappelle, très jeune,

la musique, j'ai eu cette espèce

d'éveil qui arrive. On le

connaît tous, ce feeling:

"Wow! Ça me va comme un gant!"

J'aime ça. Ça me passionne. J'ai

toujours eu ça avec la musique,

depuis l'âge de peut-être 4-5

ans. Je me rappelle avoir eu ce

sentiment, cette passion-là qui

croît en soi. Et la 2e fois dans

ma vie que j'ai reconnu ce

feeling,c'était avec la langue

française.

Donc, je crois que sincèrement,

dans la vie, il faut suivre ses

passions. Donc, pour moi,

j'avais comme ces deux passions-

là. Les mettre ensemble, c'était

logique, quelque part.


ANDREA LINDSAY (en aparté)

Le fait qu'Andrea ait fait ce

choix-là, ça a créé vraiment un

pont entre ce qu'on appelle les

deux solitudes. Et puis, c'est

beau, un pont, quand ça roule

d'un bord, mais c'est le fun

quand ça roule des deux bords

aussi. Et ça nous fait du bien.

Je pense que ce choix-là qu'a

fait Andrea fait du bien à

beaucoup de monde.

De sentir qu'il peut vraiment y

avoir rapport et communication,

que ça peut rouler dans les deux

sens, tu sais?

(Des images montrent ANDREA LINDSAY qui traverse un pont, puis qui chante accompagnée à la guitare par LUC DE LAROCHELLIÈRE, et par GENEVIÈVE TOUPIN au piano et à la voix.)


ANDREA LINDSAY

♪ Elle marche seule ♪

♪ Dans la nuit ♪

♪ Sur un ciel de minuit ♪

♪ En suivant les lampadaires ♪

♪ Qui s'allument dans la rue ♪

♪ Tranquillement, elle reprend ♪

♪ Le même chemin qu'avant ♪

♪ Les allées qui serpentent ♪

♪ Jusqu'à l'Odéon ♪

♪ Et dans les vitrines en face ♪

♪ Elle se voit passer ♪

♪ Dans les yeux de Marie ♪

♪ On voit la vie qui passe ♪

♪ Le jour plus sombre ♪

♪ Que la nuit ♪

♪ Elle n'attend que lui ♪

♪ Elle n'attend que lui ♪

♪ Oh! Elle n'attend da da da ♪

♪ Et les écrans de télé ♪

♪ Reflètent le côté caché ♪

♪ De ses envies ♪

♪ Mais j'ai pas compris ♪

♪ Pourquoi on voit que la nuit ♪

♪ Dans les yeux de Marie ♪

♪ Ah ah ♪

♪ Dans une cabine téléphonique ♪

♪ Elle tente encore de faire ♪

♪ Son appel transatlantique ♪

♪ Mais elle tombe ♪

♪ Sur le son de la tonalité ♪

♪ Il n'était pas là ♪

♪ D'ailleurs il n'est ♪

♪ Jamais là ♪

♪ Retourne-toi ♪

♪ Ne reste pas là ♪

♪ C'est pas la peine ♪

♪ Chère Marie ♪

♪ Oh oh oh ♪

♪ Dans les yeux de Marie ♪

♪ On voit la vie qui passe ♪

♪ Le jour plus sombre ♪

♪ Que la nuit ♪

♪ Elle n'attend que lui ♪

♪ Elle n'attend que lui ♪

♪ Oh! Elle n'attend da da da ♪

♪ Et les écrans de télé ♪

♪ Reflètent le côté caché ♪

♪ De ses envies ♪

♪ Mais j'ai pas compris ♪

♪ Pourquoi on voit que la nuit ♪

♪ Dans les yeux de Marie ♪

♪ Oh oh oh ah ah ah ♪

♪ Jour après jour ♪

♪ Après la fin du monde ♪

♪ On se cache du soleil ♪

♪ Et des amours souffrantes ♪

♪ Je crois ♪

♪ Que toi et moi aussi ♪

♪ On est un peu comme Marie ♪

♪ Oh ah ah ah ♪

♪ Dans les yeux de Marie ♪

♪ On voit la vie qui passe ♪

♪ Le jour plus sombre ♪

♪ Que la nuit ♪

♪ Elle n'attend que lui ♪

♪ Elle n'attend que lui ♪

♪ Oh! Elle n'attend... ♪

♪ Et les écrans de télé ♪

♪ Reflètent le côté caché ♪

♪ De ses envies ♪

♪ Mais j'ai pas compris ♪

♪ Pourquoi on voit que la nuit ♪

♪ Dans les yeux de Marie ♪

♪ Non, j'ai pas compris ♪

♪ Pourquoi on voit que la nuit ♪

♪ Dans les yeux de Marie ♪

(Générique de fermeture)

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