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La portée des mots

Un artiste raconte l'histoire touchante et percutante d'une de ses chansons, en abordant des thèmes qui lui sont chers.

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Alexandre Désilets - Le repère

Alexandre Désilets a passé une partie de son enfance à Kingston, en Ontario. Parmi les souvenirs, il y a cet immense saule. Cet arbre et son environnement sont d’ailleurs à l’origine de sa chanson, Le repère, une ode à la nature et à la puissance régénératrice.



Année de production: 2013

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VIDÉO TRANSCRIPTION

Générique d'ouverture

[Début information à l'écran]

Alexandre Désilets «Le repère»

[Fin information à l'écran]

Dans une ruelle verte de Montréal, ALEXANDRE DÉSILETS et sa copine ARIANE CHARBONNEAU rencontrent MONIQUE ROZENFARB, citoyenne engagée.


MONIQUE ROZENFARB

Bonjour.


ALEXANDRE DÉSILETS

Salut, Monique.


MONIQUE ROZENFARB

Ça va bien?


ALEXANDRE DÉSILETS

Oui. Ça va bien, et vous?


MONIQUE ROZENFARB

Un bisou.


ARIANE CHARBONNEAU

C'est vraiment magnifique ici.

(Dans la ruelle verte, l'asphalte a fait place au gazon, et il y a des arbres et des fleurs en abondance.)


ALEXANDRE DÉSILETS

Quels sont les avantages? Et

pourquoi construire une ruelle

comme ça? Qu'est-ce que ça

apporte?


MONIQUE ROZENFARB

Comme tu dis, c'est un

oasis de paix, de calme. Mais le

gros avantage de cette ruelle

- et tout le monde le dit:

"C'est pas possible. Il y a une

différence de température entre

la rue et ici." Donc les

résidents sortent leurs chaises

ici. De temps en temps, on

fait... "Ah! Pourquoi on fait

pas un petit-déjeuner ensemble?"

Donc on est sept ou huit, on vient

s'asseoir ici. On sort quelques

tables, des chaises.


ARIANE CHARBONNEAU

Vous vous connaissez plus,

dans le fond. Ça vous a unis,

dans le fond.


MONIQUE ROZENFARB

Oui.


ARIANE CHARBONNEAU

Ça vous a ramenés ensemble.


ALEXANDRE DÉSILETS

Ça vous a rapprochés.


MONIQUE ROZENFARB

Oui, beaucoup.

(ALEXANDRE DÉSILETS chante au piano, accompagné par un guitariste.)


ALEXANDRE DÉSILETS

♪ J'ai un abri, un repère ♪

♪ Fait de fougères

et d'eau de pluie ♪


ALEXANDRE DÉSILETS (En aparté)

J'étais en train d'écrire toutes les

paroles pour l'album

La Garde,

puis j'étais avec Mathieu

Leclerc. On avait déjà... à peu

près huit ou neuf chansons déjà,

d'écrites, puis il y en avait

une, tu sais, qui nous restait

dans le lot de maquettes sans

paroles, et je trouvais que

c'était la toune plus lente, tu

sais, plus ambiante. Je trouvais

que dans le lot, ça en prenait

une comme ça. Puis le thème

qu'on a choisi, c'était de

parler de la nature. Puis je

trouvais que ça interpellait ça.

Il y avait des rayons de soleil,

il y avait de la verdure, il y

avait une douceur, une

ouverture. On voyait des

plaines, on voyait... Ça fait

qu'on s'est dit: "Ce serait cool

de parler d'un genre de sous-

bois", un endroit sacré. Puis on

s'est imaginé un repère. Un

endroit où un enfant va jouer.

Tu sais, que l'enfant, il part

puis il rentre dans un monde. On

trouvait que la musique amenait

ça, interpellait ça.

(Retour dans la ruelle verte)


ALEXANDRE DÉSILETS

(S'adressant à MONIQUE ROZENFARB)

En écrivant, on cherchait une

image et on s'imaginait un

endroit justement où... avec

très peu d'efforts, on se

retrouve dans un endroit où il y

a des arbres, des feuilles. Puis

on s'imaginait une allée

ensoleillée où les arbres se

redressent presque comme une

ruelle. Donc on cherchait à

créer une poésie qui marie les 2

univers donc... L'urbanisme,

mais en même temps, la nature,

puis... Pour nous, les arbres

avec les cimes qui se redressent

lorsque le soleil se pointe,

c'était... pratiquement comme

une allée, comme une ruelle,

comme ça. Puis... Ici, c'est un

bel exemple, en fait. C'est

l'image qu'on essaie d'avoir

dans la chanson.


MONIQUE ROZENFARB

Oui. J'ai écouté votre chanson,

Le repère. Et je l'ai trouvée

très poétique. Et vous avez une

voix qui va avec les mots de

votre chanson. Et j'ai découvert

un chanteur.


ARIANE CHARBONNEAU

Nous, on a découvert une ruelle.

(En riant)

C'est un bel échange.

MONIQUE ROZENFARB

Oui!


ALEXANDRE DÉSILETS (En aparté)

Très, très jeune, j'ai passé

beaucoup de temps seul dans le

bois. Tu sais, mes parents

avaient choisi de ne pas nous

laisser écouter la télévision

pendant trois heures, quatre heures

par jour. Puis j'avais un immense

terrain de jeu, à cause du boisé

et du champ qu'il y avait en

arrière. Ça fait que je passais

beaucoup de temps... J'étais

obsédé en fait, petit, par tout

ce qui était insectes,

grenouilles, couleuvres.

Je capotais là-dessus. Ça fait

que j'ai gardé cet amour-là...

(Diffusion d'images de Kingston)


ALEXANDRE DÉSILETS (En aparté)

J'ai grandi à Kingston, en

Ontario. Mon père enseignait sur

la base militaire à Kingston.

La rue où on était, c'est

vraiment littéralement...

C'était un croissant, un

crescent. Puis juste en arrière,

c'était une réserve faunique. Ça

fait que... C'était un grand,

grand terrain de jeu.


ALEXANDRE DÉSILETS

♪ Si j'avais pas ♪

♪ Cet endroit qui m'apaise ♪

♪ J'ai passé des heures ♪

♪ À retracer mes pas ♪

♪ Trop de fois j'ai voulu ♪

♪ Me refaire ♪

♪ Mais à ne plus savoir ♪

♪ C'est comme un mauvais sort ♪

(ALEXANDRE DÉSILETS est chez lui, et il regarde des photos avec ARIANE CHARBONNEAU.)


ALEXANDRE DÉSILETS

C'est assez hallucinant

l'endroit où...


ARIANE CHARBONNEAU

Ça, c'est l'arbre?


ALEXANDRE DÉSILETS

Oui, ça, c'est l'arbre. En

fait, je te décris un peu. On

avait la cour qui était déjà

assez grande, tu sais,

comparativement à ce qu'on peut

avoir ici à Montréal. Puis tout

de suite après, c'était un

gigantesque champ qui était un

genre de parc, mais on s'entend

que c'est juste un champ. Puis

on marchait sur ce sentier-là,

puis tout au bout, il y avait un

immense arbre. J'ai l'impression

que c'est un saule. Si je me

souviens bien, il se retrouve au

bout du champ juste collé sur la

rivière, donc ses racines

puisent carrément dans la

rivière, puis... Elles doivent

s'étendre assez loin, là.

Il manquait pas d'eau. Dans mon

souvenir, il était énorme.

C'était l'endroit, le spot.

On le savait tous. Les gens, les

enfants avec qui on jouait. Tu

te donnes toujours un point de

rencontre. T'es soit au parc, tu

sais, dans les jeux. "OK. On se

rejoint là à telle heure. On se

rejoint dans la ruelle ou on se

rejoint à l'arbre."


ARIANE CHARBONNEAU

Est-ce que t'as pensé à ce

lieu-là quand t'as écrit

Le repère?

(Diffusion d'images du lieu décrit par ALEXANDRE DÉSILETS.)


ALEXANDRE DÉSILETS

Ce lieu-là a influencé toute

ma personne, ma personnalité. Je

pense que c'est très marquant,

dans la vie d'un enfant. Je veux

dire, c'est entre l'âge de 3 ans

et 8 ans. C'est à peu près 5

ans, 5 ans et demi de temps où

j'avais accès à ce monde-là, où

j'étais pratiquement tout le

temps dans le bois ou en train

de jouer avec des bâtons, des

couleuvres, des grenouilles et

des rivières... On patinait

là-dessus. Tu sais... Veux, veux

pas, ça forme une personnalité.

Puis je suis resté marqué par ça.

Inconsciemment, puis je pense

assez consciemment pour moi, cet

endroit-là me venait tout

naturellement à l'esprit parce

que... J'ai pas connu d'autres

endroits aussi bien que celui-là

donc... Quand je décris des

moments dans la nature, c'est

sûr que spontanément, c'est cet

endroit-là qui me vient en

premier.


ARIANE CHARBONNEAU

Je trouve ça beau.

Je trouve ça vraiment...

Vraiment, vraiment profond, tu

sais? D'être ancré à un arbre.

(Retour dans la ville de Montréal, où ALEXANDRE DÉSILETS se rend chez MAXIME TANGUAY pour rencontrer cet artiste-peintre.)


MAXIME TANGUAY

(Propos en anglais)

Follow the leader.

(MAXIME TANGUAY suit ALEXANDRE DÉSILETS au salon, avec les tasses de thé qu'il a préparées.)


MAXIME TANGUAY

Moi, j'ai bien aimé dans

Le repère,

ce que tu dis par rapport à la nature,

le côté ressourçant. Ce que moi, j'en

retiens, c'était beaucoup le

fait que quand on va dans la

nature, il y a quelque chose qui

est apaisant, naturellement.

Il y a une espèce de flot, nos

pensées qui vont s'arrêter,

souvent.


ALEXANDRE DÉSILETS

Je sais que toi, tu es peintre.

(MAXIME TANGUAY acquiesce.)


ALEXANDRE DÉSILETS

J'aime le travail que tu fais

et je sais que tu t'inspires de

la nature. Et je suis curieux de

savoir... Toi, ton processus

artistique, c'est quoi, ta

démarche et comment la nature

t'inspire dans ce que tu fais?


MAXIME TANGUAY

Premièrement, moi, j'aime

faire des choses très colorées.

Ça fait que c'est sûr que dans

la nature, il y a comme la

variété de couleurs. Les tons de

couleurs sont pratiquement

infinis.

(Diffusion d'images des œuvres de MAXIME TANGUAY.)


MAXIME TANGUAY

La nature est une oeuvre d'art

en tant que telle. Je pense que

je vais me nourrir là-dedans,

quelque part. Par les formes que

je vois, par les couleurs, par

l'harmonie, par les contrastes,

aussi. Quand on regarde un

arbre, d'un vert très tendre,

avec un ciel... un ciel bleu,

y a un contraste qui est très

fort là-dedans. Ça, dans ce

sens-là, ça m'inspire. Puis ce

qui m'intéresse, c'est beaucoup

le moment où la vie se crée.


ALEXANDRE DÉSILETS

Moi, j'ai l'impression des

fois... C'est que tu viens d'une

espèce de vie tumultueuse, de la

ville, tu sais... Cellulaire,

laptop,ce que tu veux, puis à

un moment donné, tu t'en vas...

Je vais chez mes parents. Je

fais juste sortir le moindrement

de la ville, puis je m'endors.

C'est juste que ça fait... Je

sais pas si c'est les ondes

cérébrales ou c'est juste que

c'est moins... C'est moins

intense qu'en ville. Et j'ai

l'impression de... de

décompresser. Puis la nature me

fait cet effet-là.


MAXIME TANGUAY

Oui. Il y a sûrement quelque

chose là-dedans aussi. Tu sais,

dans le monde moderne,

aujourd'hui, on a tellement

de... Juste au niveau des

bruits... Si tu t'arrêtes pour

écouter, il y a toujours des

bruits en ville. Il y a

toujours... Y a des ondes

électromagnétiques, y a... On en

connaît encore peu, à quel point

ça nous affecte. Puis quand on

se retrouve dans la nature, on

est coupés de ces stimuli-là.

Dans le fond, peut-être qu'il y

a quelque chose aussi là-dedans

qui nous fait nous relaxer. On

se retrouve là-dedans. On

retrouve nos repères, un peu

comme tu dis dans la chanson,

là. On s'enracine.

Peut-être qu'il y a ça dans la

nature, le fait de ne pas

pouvoir faire le tour, qu'il y a

quelque chose de plus grand que

nous. On ne peut pas mettre...

tu sais, clôturer ça puis...

Il y a quelque chose de plus

grand, y a un cycle qui nous

dépasse.

(Images d'arbres dans le vent, puis retour à la conversation entre ALEXANDRE DÉSILETS et ARIANE CHARBONNEAU.)


ALEXANDRE DÉSILETS

C'est un repère, en fait,

c'est... Ça l'était quand

j'étais petit. Ce n'est plus mon

repère, parce que j'y suis

jamais retourné. Il y a une

partie de moi qui n'a jamais

voulu y retourner...


ARIANE CHARBONNEAU

Parce que t'as peur de ne

plus retrouver ce que t'as vécu?


ALEXANDRE DÉSILETS

Oui. D'y retourner, bien là,

tout d'un coup, tu te rends

compte qu'ils ont creusé une

mine... Tu sais?


ARIANE CHARBONNEAU

Ou qu'il y a une autoroute ou

un McDo.


ALEXANDRE DÉSILETS

Y a une autoroute qui

passe... C'est ça, un McDo en

plein à l'endroit où tu grimpais

dans ton arbre, là...

(Au pied de la Biosphère, ALEXANDRE DÉSILETS discute avec l'activiste MIKAEL RIOUX.)


ALEXANDRE DÉSILETS

C'est hallucinant pareil, le

vent qu'il y a aujourd'hui.


MIKAEL RIOUX

C'est vrai. On est confrontés

aux éléments de la nature.

(ALEXANDRE DÉSILETS.)

On est dedans.

(Images d'arbres et de feuilles qui oscillent dans le vent.)


ALEXANDRE DÉSILETS

(S'adressant à MIKAEL RIOUX)

C'est bien pour moi que tu sois

là parce que t'as servi

d'inspiration indirectement pour

la chanson, les paroles de la chanson

Le repère.

Parce qu'à l'époque, quand j'écrivais

ça, je cherchais de l'inspiration,

je lisais de la poésie, par

exemple, de Walt Whitman, tout

ça, puis je regardais les

documentaires. Puis ma copine

Ariane, qui travaillait à la

Biosphère, m'avait amené ton

documentaire, parce que t'avais

fait une conférence là, et je

m'étais inspiré de ce qui est

dit dans le documentaire, et de

ta démarche. Entre autres,

pour écrire les paroles.


ALEXANDRE DÉSILETS (En aparté)

J'ai beaucoup d'affinités avec les gens,

justement, qui manifestent et

qui expriment fortement leur

amour pour la nature, puis qui

ont choisi de se battre et

d'aller au front, comme des

chevaliers. J'ai comme toujours

choisi de me ranger du côté

du... du fighter, tu sais... Le

combattant, le défenseur de la

nature et celui qui, jusqu'au

bout, va décider: "Non. Je vais

me battre jusqu'au bout. Je vais

tenir mon bout."


MIKAEL RIOUX

Moi, c'est drôle, parce que

quand je l'écoute, Le repère,

ça me fait penser justement au spot

sur le bord de la rivière Trois-

Pistoles. Quand tu dis, justement:

"Du coup, mes pensées..."


ALEXANDRE DÉSILETS

"Se mettent en lumière."


MIKAEL RIOUX

Quand on est jeune, on a tous

nos petits repères quelque

part...


ALEXANDRE DÉSILETS

Une cachette.


MIKAEL RIOUX

... où on se sent

bien, aussi, où on retourne plus

tard, aussi. Moi, c'était la

rivière Trois-Pistoles. Quand

j'étais jeune... depuis que je

suis jeune que je vais là, me

ressourcer, puis... Astheure,

encore, toutes les fois que

j'arrive à Trois-Pistoles, c'est

la première place où je vais. C'est

énergisant, c'est bon pour la

santé aussi. Ça a des bienfaits.

Puis ça, c'est documenté

scientifiquement.

Ce que j'ai appris dans les dix

dernières années de ma vie, j'ai

réalisé que les citoyens ont un

grand pouvoir d'influencer les

choses. On peut pas tout le

temps dire: "C'est la faute du

politique, c'est la faute du

politicien. C'est la faute

d'untel, untel."

Moi, j'ai comme l'impression que

les gens ne réalisent pas

l'ampleur de la catastrophe qui

nous pend au bout du nez.


ALEXANDRE DÉSILETS

On est encore perpétuellement

dans l'illusion.


MIKAEL RIOUX

On est dans une société de

divertissement. On a tout ce

qu'il faut pour regarder

ailleurs que où ça compte

vraiment.

Mais là, on est rendus à une

étape que ça prend des

changements de paradigmes

majeurs, ne serait-ce que dans

le système capitaliste. On ne

peut pas penser qu'un système va

aller en croissant tout le

temps, sur une planète qui est

finie, avec des ressources

limitées.

Donc il faut amorcer une

décroissance. Puis ça, personne

n'ose parler de ça. La

décroissance, ça fait peur aux gens.


ALEXANDRE DÉSILETS

Ça existe pas.


MIKAEL RIOUX

Tu sais, un PIB inversé,

c'est la récession et c'est la

catastrophe, mais... Il y a une

façon d'avoir des emplois qui

vont faire en sorte de changer

cette espèce de folie-là.

C'est sûr qu'on va arriver à la

fin des ressources, puis...


ALEXANDRE DÉSILETS

Faut trouver un système qui

accepte la décroissance, tu

sais, que le changement...


MIKAEL RIOUX

Puis qui va utiliser les

ressources qui sont déjà

exploitées pour les recycler,

les renouveler, les rentrer dans

un autre système. Ça, les

solutions existent déjà là-dessus.

(Retour à la conversation entre ALEXANDRE DÉSILETS et MAXIME TANGUAY.)


MAXIME TANGUAY

Aujourd'hui, ça va tellement

rapidement aussi, dans nos

sociétés, que je pense que ça

définit aussi nos sociétés

d'aujourd'hui. La perte de

repères. Les gens se cherchent

des repères. Puis c'est

difficile, des fois, d'en

trouver parce que ça bouge

tellement...


ALEXANDRE DÉSILETS

Oui.


MAXIME TANGUAY

... que quand on se trouve un

repère, rapidement, il est

obsolète ou il disparaît.

(ALEXANDRE DÉSILETS revisite la ville de Kingston, en Ontario, en compagnie d'ARIANE CHARBONNEAU.)


ALEXANDRE DÉSILETS

C'est drôle. C'est comme des

mini flashbacks. Il y a certains

édifices, par exemple, où on

était dans le vieux Kingston,

que: "Oh, OK. Je vais

reconnaître", mais pas plus que

ça. C'est trop loin en arrière.


ARIANE CHARBONNEAU

Moi aussi, ça fait longtemps

que je suis pas revenue. Je

pense que j'avais 5 ans. On

visitait, là. Mais de penser que

mon grand-père était ici, tu

sais?


ALEXANDRE DÉSILETS (En aparté)

La famille d'Ariane a joué un

rôle aussi dans l'établissement

de la communauté franco-

ontarienne à Kingston,

justement.


ARIANE CHARBONNEAU

Mon grand-père était vraiment

impliqué dans la paroisse saint

François d'Assise, puis... C'est

lui qui l'a co-fondée, je pense

en 58. Ça fait que... Y a de

l'histoire ici, autant pour

notre pays que... pour nos deux

familles, hein?

(ALEXANDRE DÉSILETS roule en voiture et s'arrête devant la maison de son enfance.)


ALEXANDRE DÉSILETS

Ouais... En tout cas, il y a plus

d'arbres. C'est bizarre. Je

serais passé en voiture...

Mettons, on est en Floride puis

on passe dans un quartier comme

ça et ça serait ce quartier-là,

je le reconnaîtrais pas.

Là, c'est parce que je sais que

je viens ici que là... que les

flashs reviennent et que je

reconnais la place. Mais la rue,

ça reste très, très vague.

Je reconnais évidemment les

gouttières, tous les arbres ont

grandi, c'est... C'est spécial.

On dirait que les trucs

reviennent tranquillement.

(ALEXANDRE DÉSILETS entraîne ARIANE CHARBONNEAU dans le champ, derrière la maison.)


ALEXANDRE DÉSILETS

L'arbre...

Il est là-bas.


ARIANE CHARBONNEAU

Wow!

Oh My God!


ALEXANDRE DÉSILETS

Il est là-bas.

Ça fait drôle avec l'autoroute.

Ça change le... C'est pas la

même acoustique, en tout cas.

Tu vois, la pollution par le bruit.

Quand j'ai déménagé, j'avais de

la misère à dormir parce que

j'entendais pas le bruit des

grenouilles. L'été, vraiment,

t'ouvrais tes fenêtres, et

c'était le son de toutes les

grenouilles et c'est sans

exagération. Ceux qui sont déjà

restés à côté des étangs le

savent. C'est comme si c'était

des 18 roues qui passaient. Le

son est tellement fort, là... Tu

peux avoir... T'as des milliers

de grenouilles qui chantent

toutes en choeur. Tu sais, les

ouaouarons, ce sont des sons

assez intenses quand même.

Ça, ici, ça gelait en hiver. On

patinait là-dessus. L'autre

côté, tu vois, c'est un marais.

T'as à peu près 400 milliards de

grenouilles qui se tiennent

là-dedans.

La rivière sillonne, se rend...

Elle sépare en fait la forêt du

quartier. Ça fait que tout ça,

là, devant toi, c'est une

gigantesque forêt qui part pour

des kilomètres, là. C'est

gigantesque.


ARIANE CHARBONNEAU

Je peux tellement comprendre

pourquoi tu passais ton temps

ici.


ALEXANDRE DÉSILETS

Mes amis proches, nous

autres, c'était notre grand

terrain de jeu. Écoute, ça...

Le champ, là-bas, il est

immense. Ça continue. Puis

l'arbre, l'arbre était peut-être

deux fois cette grosseur-là et on

pouvait grimper dans l'arbre.

C'est un peu en fait comme le...

Bizarrement, un saule, ça pousse

très vite. Ça a pas une

longue... une longévité. Ça vit

comme 40 ans. Puis ma mère avait

pris une branche de ce saule-là.

On avait juste planté une

branche puis là, tu vois, je

l'ai vu dans la cour. C'est

immense.

(ALEXANDRE DÉSILETS et ARIANE CHARBONNEAU vont voir le gros arbre de plus près.)


ALEXANDRE DÉSILETS

Je sais pas pourquoi j'étais ici

tout seul. Pourtant, on avait

des amis. Mais des fois, tes

amis sont occupés ou tes frères,

ça leur tente pas. Moi, je

venais ici. Je trouvais ça...


ARIANE CHARBONNEAU

Plus intéressant.


ALEXANDRE DÉSILETS

Dans le bois, c'est bien plus

excitant qu'écouter la télé. Tu

sais, y a tellement de choses à

faire puis à voir. Y a rien

qu'on faisait pas ici. Y a

toutes sortes de trucs, puis tu

t'amuses, ici. Tu te tannes pas.


ARIANE CHARBONNEAU

Je peux comprendre pourquoi

un enfant voudrait passer tout

son temps ici, et jouer, puis

dans la bouette puis aller

chercher des grenouilles puis

des... Je comprends tellement

ça.


ALEXANDRE DÉSILETS

La nature, ça change

tellement. Tu sais, c'est sûr,

en 30 ans, t'as... Y a des

arbres que je vois ici que...

Des espèces qui étaient pas là

avant, des arbres qui étaient

carrément pas là pantoute, et

qui ont eu le temps de pousser

en 30 ans. Ça a bougé pas mal.

Entre autres celui-ci qui est

tombé. Mais c'est le fun. Ça va

m'aider à mettre en contexte mes

souvenirs d'enfance.


ARIANE CHARBONNEAU

C'est très cool. C'est

bizarre d'être ici, de voir

quelque chose qui a été raconté,

raconté plein de fois. Dans le

fond, là, c'est cool de le voir.


ALEXANDRE DÉSILETS

Trouves-tu que c'est un beau spot?


ARIANE CHARBONNEAU

Ouais.


ALEXANDRE DÉSILETS

C'est pas pire, quand même.

Même si l'arbre est presque

tout tombé.


ARIANE CHARBONNEAU

C'est pas grave.

L'important, c'est qu'il soit

encore là.


ALEXANDRE DÉSILETS (En aparté)

Le lien que je peux faire

avec la chanson, c'est le fait

de sentir qu'on n'est pas

enraciné. Si t'es pas enraciné,

t'es un peu moins droit. Puis au

moindre coup de vent, la moindre

tempête, l'arbre va tomber.

(Retour à la conversation entre ALEXANDRE DÉSILETS et MAXIME TANGUAY.)


MAXIME TANGUAY

Dans les traditions

amérindiennes, c'est ce qu'ils

appellent "être dans son

pouvoir". C'est être enraciné,

être là au moment présent, puis

avoir la vision claire de ce qui

t'entoure, des choix que tu dois

faire dans ta vie. Être

conscient de toi et de où tu

t'en vas. Et cette réflexion-là

est plus facile à faire en étant

dans la nature. Puis dans la

chanson, j'ai... Je voyais la

personne qui vient de vivre

un grand moment de confusion,

qui se retrouve dans la nature

et qui se ré-enracine

naturellement, sans même

avoir... mettre l'intention de

le faire. Puis qui retrouve ses

valeurs de base puis vraiment...

"Qui je suis? Où je m'en vais?"

(ALEXANDRE DÉSILETS acquiesce.)


ALEXANDRE DÉSILETS

♪ J'ai un abri, un repère ♪

♪ Fait de fougères

et d'eau de pluie ♪

♪ Où les nuages se réfèrent

au passage ♪

♪ L'eau est sans bruit ♪

♪ Et quand les cimes

se redressent ♪

♪ Telle une allée ensoleillée ♪

♪ D'un coup mes pensées

se mettent en lumière ♪

♪ L'eau est sans bruit ♪

♪ Si j'avais pas

cet endroit qui m'apaise ♪

♪ J'ai passé des heures ♪

à retracer mes pas ♪

♪ Trop de fois ♪

♪ J'ai voulu me refaire ♪

♪ Mais à ne plus savoir ♪

♪ C'est comme un mauvais sort ♪

♪ Comme un mauvais sort ♪

♪ Un souvenir me renverse ♪

♪ L'ego d'une maladresse ♪

♪ Tu vois, si mes racines

étaient profondes ♪

♪ Je serais debout ♪

♪ Et quand

je traverse la plaine ♪

♪ La nature n'est pas dépassée ♪

♪ Chaque bout d'univers garde

en son coeur ♪

♪ Le dessin d'une vie ♪

♪ Si j'avais pas ♪

♪ Cet endroit qui m'apaise ♪

♪ J'ai passé des heures ♪

à retracer mes pas ♪

♪ Trop de fois j'ai voulu ♪

♪ Me refaire ♪

♪ Mais à ne plus savoir ♪

♪ C'est comme un mauvais sort ♪

♪ Comme un mauvais sort ♪

♪ Comme un mauvais sort ♪

♪ Oh... Oh... ♪

♪ Ouh... Ouh ♪

♪ Ouh... Ouh ♪

♪ Ouh... Ouh ♪

♪ Comme un mauvais sort ♪

♪ Oh... Oh... Oh ♪

♪ Comme un mauvais sort ♪

♪ C'est comme un mauvais sort ♪

♪ Comme un mauvais sort ♪

♪ Ouh... Ouh... Ouh ♪

(Générique de fermeture)

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