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La portée des mots

Un artiste raconte l'histoire touchante et percutante d'une de ses chansons, en abordant des thèmes qui lui sont chers.

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Bia- mon inventaire

Des rencontres avec des auteurs-compositeurs-interprètes francophones.



Année de production: 2013

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VIDÉO TRANSCRIPTION

Générique d'ouverture

[Début information à l'écran]

Bïa «Mon inventaire»

[Fin information à l'écran]

Images de Montréal. Bïa est dans son appartement, entourée de ses instruments de musique.

BÏA (En aparté)

Mon inventaire. C'est une

chanson que j'ai écrite en 2010,

qui était une année qui avait

vraiment mal commencé.

Il y a une grande inspiration de

Jacques Prévert dans la chanson.

Il y a une phrase dans son poème

Inventaire qui est: "Un mois

de Marie, une année terrible,

une minute de silence,

une seconde d'inattention".

Une seconde d'inattention et ta

vie peut basculer, ou ta façon

de voir la vie peut basculer.

Premier jour de l'an,

tu perds de façon choquante

une de tes amies proches puis

de tes contemporaines.

Puis juste après, j'ai mon père

qui est mort le 25 février,

un jour où j'inaugurais

un spectacle nouveau.

♪ Un raton laveur ♪

♪ Dans mon inventaire ♪

♪ Deux amoureux

Sur un grand lit ♪

Quelques mois plus tard, j'étais

un petit peu déjà en guérison

de mon deuil, mais en réflexion

sur le deuil. La chanson est

arrivée comme une référence

à l'idée, le mot "inventaire".

"Inventaire", qu'est-ce que

ça signifie? C'est un bilan,

c'est une liste. Comme la

chanson

My Favorite Things.

Choses insignifiantes

pour quiconque, mais

symboliques pour toi.

♪ Un coup de chagrin ♪

♪ Une menace de pluie ♪

♪ Des nouvelles de toi ♪

♪ Quand je m'ennuie ♪

(BÏA arrive chez son ami PAULO RAMOS, musicien et chanteur Brésilien.)

BÏA (S'adressant à PAULO RAMOS)

(Propos en portugais)

Tudo bem?

BÏA (En aparté)

Paulo Ramos, ce n'est pas

quelqu'un qui va t'expliquer ce

que tu dois faire. Il va juste

faire. Puis sa présence est

rassurante. Et sa philosophie de

vie, ce n'est pas un discours,

c'est juste une façon d'être.

Il est sain de corps et

d'esprit. C'est vraiment un

des meilleurs amis qu'on puisse

avoir. Moi, souvent, je rigolais

avec lui en disant: T'es ma

meilleure copine. Parce qu'il a

une écoute de fille. C'est le

genre de gars à qui tu peux

raconter pendant des heures

un problème, il essaye pas

de te trouver une solution.

BÏA (S'adressant à PAULO RAMOS)

Tu vois, en 2010, Lhasa était

morte, puis mon père. Tu te

souviens que j'avais été assez

triste à une époque?


PAULO RAMOS

Le soir même, tu as chanté.

Lors de la mort de ton père,

tu as chanté.

BÏA

En spectacle.

J'étais chez moi le matin quand

le téléphone a sonné très tôt.

Et je me souviens d'avoir pensé:

Qui ose me déranger à 7 h

du matin un jour de spectacle?

J'ai pas répondu au téléphone.

Et ça a resonné une demi-heure

plus tard, et encore une demi-

heure plus tard. J'ai fini

par décrocher le téléphone

et c'était ma soeur qui était

au Brésil et qui m'a dit:

(Propos en portugais)

Esta sentada?

Et là, quand on te demande si

t'es assise, généralement, c'est

pas une bonne nouvelle. Et elle

m'a dit que papa était mort.

Mon père... était un homme

qui était plus grand que nature.

C'est une personne qui ne

pouvait pas passer inaperçue.

D'abord, il avait une voix...

C'était un homme de radio

dans sa jeunesse, puis c'était

un avocat, c'était un orateur.

J'ai appelé mon frère.

Une des premières choses qu'il

m'a dit, c'était: "Fais ton

concert. Fais ton concert.

Et ça, ça va être ton oraison,

ta prière pour papa. C'est comme

ça que tu vas faire ta veillée."


PAULO RAMOS

Dans des moments comme ça,

on prend notre instrument ou

notre chant. Alors faire ce que

tu as fait, je trouve que c'est

justement... c'est ce qu'il y a

à faire. C'est la vie qui

continue d'une façon sensible.

Ça m'a touché beaucoup de voir

comment, tu vois, par exemple,

on peut traduire des fois...

On est dans des états d'âme,

des tristesses, mais comme...

Pour les gens qui étaient là,

pour nous, surtout pour moi,

c'était une émotion, c'était

quelque chose de spécial

et qui m'a touché beaucoup.

(PAULO RAMOS chante en portugais et joue de la guitare pour BÏA.)

BÏA (En aparté)

On ne se rend compte que

quand la personne part de tout

le vent qu'elle brassait.

Mon père, là, ce qui a été

le plus dur pour moi, ça a été

de retourner chez lui après

sa mort. Je suis allée avec mon

fils pour passer trois semaines

avec ma belle-mère, sa femme

et sa veuve, dans la maison.

Et ça, ça a été tellement dur.

Parce que je me rendais pas

compte à quel point cet homme-

là, qui était tellement bruyant,

était la vie même de la maison.

Il avait, depuis 10 ans,

une qualité de vie diminuée

à cause de son quintuple pontage

et du fait qu'il continuait

à fumer en cachette.

Il venait de se faire installer

un pacemaker et... Selon les

médecins, sa situation était

stable. Mais... il est mort

subitement. Subitement. Il a

fait un infarctus, il est arrivé

à l'hôpital, on a stabilisé sa

condition. Et puis subitement,

sous les yeux des médecins, il a

refait un infarctus et ils ont

pas pu le réanimer. Il est mort.


PAULO RAMOS

Combien de temps s'est passé

entre la mort de Lhasa

et la mort de ton père?

[BÏA:] Euh... Deux mois.

Puisque Lhasa est morte le jour

de l'an, à l'arrivée de 2010,

et mon père, il est décédé

le 25 février.

(Images du spectacle Danse Lhasa Danse)

BÏA (En aparté)

Quand j'ai écrit la chanson

Mon inventaire, j'ai embarqué

dans une aventure qui venait

rendre hommage à cette amie

disparue qu'était Lhasa,

dont la disparition me marquait

beaucoup, mais marquait pas

que moi. Et donc, on était

plusieurs personnes marquées

pour des raisons différentes par

cette disparition. Et le fait de

faire ça ensemble, non seulement

ça m'a permis d'évoquer

sans arrêt son nom, de chanter

ses paroles, chose que j'avais

jamais fait auparavant, même

de les comprendre de l'intérieur

comme interprète, mais de

me faire de nouveaux amis.

Danse Lhasa Danse était une

des plus belles expériences

professionnelles déjà, dans ma

vie. On a construit un spectacle

dans lequel la danse, la musique

et la voix et l'univers poétique

de Lhasa ne font plus qu'un.

(BÏA est maintenant chez une amie auteure-compositrice-interprète, ALEJANDRA RIBERA. Elles cuisinent ensemble des biscuits.)

BÏA (En aparté)

Alejandra Ribera, que j'ai

connue sur ce plateau,

d'une certaine manière, elle a

rempli la place que Lhasa avait

dans ma vie. Comme une amie,

une confidente, une collègue.

J'avais besoin d'elle et elle,

elle avait besoin de moi

parce qu'elle déménageait,

elle s'en venait à Montréal.

Elle laissait à Toronto

ses relations, ses habitudes.

BÏA

(S'adressant à ALEJANDRA RIBERA)

(Propos traduits de l'anglais)

Toute la chanson Mon inventaire

provient, en quelque sorte, du fait

que lorsqu'on s'arrête et qu'on pense

à notre vie, et qu'on se dit:

«OK, des choses terribles comme

la mort et la perte (d'un être cher)

peuvent arriver». Tout à coup,

cette espèce de truc du genre

«C'est un bien pour un mal», tu sais...

est ce qui se produit par la suite.

Alors, j'ai le sentiment d'avoir reçu

ce cadeau de l'au-delà de la part

de Lhasa. Et ce cadeau a été de permettre

à des gens de se réunir en son nom,

en sa faveur, et de leur permettre

de devenir amis et de partager

des choses... Nous pouvons parler

d'elle, et s'immerger dans sa poésie

et sa musique sans tristesse, dans

la célébration, en lui rendant hommage,

dans la joie...


ALEJANDRA RIBERA

Avec vénération...

BÏA

Vénération, oui, mais d'une manière

très créative. Lorsqu'on songe à dresser

cette liste de... où j'en suis dans ma vie

présentement, quels ont été mes deuils,

et quels sont les éléments qui me gardent

en vie, et me font sourire et me font

du bien, et font que j'ai le goût de vivre

encore longtemps et d'aimer, voilà

ce que j'ai voulu dire un peu dans

ma chanson. Et il y a une phrase

à un moment donné qui dit:

«Des nouvelles de toi quand je m'ennuie»,

et entendre la voix d'une amie. Et je crois

que je viens tout juste de comprendre

à quel point il est important d'avoir,

tu sais... des amitiés; à quel point

celles-ci font du bien à l'âme

et te donnent un point de contact,

en particulier des amies qui font

des biscuits!

(ALEJANDRA RIBERO rigole.)


ALEJANDRA RIBERO

En t'écoutant raconter l'histoire

de ta chanson et ce qui t'a inspirée

à la composer, et ce que tu vivais

au moment où tu l'as écrite,

ça m'a rappelé une chanson que

j'ai écrite, alors que je ne vivais pas

encore à Montréal, mais que je venais

souvent ici, parce que ma tante qui vivait

ici se mourait du cancer. Et je me souviens,

en hiver, d'avoir marché dans

le Parc Lafontaine, et de la neige

qui tombait, c'était comme

un blizzard... et elle (ma tante)

était sur cet étage sur lequel tu vas

lorsque tu sais que ça n'ira pas mieux,

et que ça sera... tu sais que tu auras

besoin d'aide et... alors, j'ai écrit

cette chanson, Un Cygne la nuit,

que j'ai tout d'abord rédigé en anglais,

et puis Jim Corcoran en a fait

la traduction, ou plutôt, une adaptation.

Ça a été, en quelque sorte,

une expérience similaire,

de simplement réfléchir à la vie,

et à toutes ces choses pour lesquelles

je suis reconnaissante; ces moments

étranges où il arrive parfois qu'on vive

quelque chose de vraiment intense

et difficile, qui nous oblige à arrêter

et à dire: «Wow...», et à simplement

respirer, tu sais... et simplement être...

totalement présent.

(BÏA se trouve maintenant au Centre Culturel Brésilien, où elle s'exerce à la Capoeira, en compagnie de MESTRE PENINHA, maître de Capoeira.)

BÏA (En aparté)

Mestre Peninha est mon

professeur de capoeira,

qui est cet art martial

brésilien très particulier,

qui ressemble à une danse et

à une joute et aussi à un jeu.

(MESTRE PANINHA se promène entre les capoeiristes en jouant d'un instrument.)


MESTRE PENINHA

C'est un instrument qui

s'appelle bérimbau.C'est lui

le vrai maître de la capoeira.

Tous les capoeiristes doivent

suivre les rythmes que lui

donne. Si on joue moins vite, si

on va jouer plus vite...

C'est lui la parole, le juge.

BÏA (En aparté)

C'est Paulo Ramos qui m'a

initiée à la capoeira. Paulo,

il m'a dit: "Mais pourquoi

t'essayes pas la capoeira?"

J'ai dit: Es-tu fou? Un art

martial? J'ai pas cette

agressivité en moi. Je vais

pas me mettre à lutter, à donner

des coups de pieds dans...

Il m'a dit: "Mais la capoeira,

il y a une dimension ludique,

une dimension spirituelle,

une dimension artistique.

Il y a beaucoup plus que

juste les coups de pied dans

la figure. Viens. Je te paye

ton cours d'initiation."

(BÏA et son maître exécutent des mouvements de Capoeira.)

BÏA

(S'adressant à MESTRE PENINHA, après le cours)

La chanson qui s'appelle

Mon inventaire, Meu inventario...

L'inventaire, c'est la liste

qu'on fait un peu quand

quelqu'un meurt, de tout

ce qu'il a laissé.


MESTRE PENINHA

Des choses plus plates.

BÏA

Oui, mais en même temps,

toutes ces choses plates,

quand j'ai écrit la chanson,

c'était plus pour dire: Bon.

C'est une année où mon père

est mort. Ma grande amie Lhasa,

qui est chanteuse, qui était

chanteuse, est morte. D'écrire

cette chanson, c'était déjà la

moitié du chemin de la guérison

puis de prendre le deuil, pour

te donner la force de continuer.


MESTRE PENINHA

Toute cette espèce d'inspiration

que la chanson donne à nous

pour composer quelque chose.

Capoeira, pour nous, aussi

c'est très important à cause de

ce lien entre les amis, entre la

famille, entre toute

la spiritualité. D'où vient

la capoeira, comment s'est

développée la capoeira

au Brésil. Moi-même, toute

l'histoire de vie, ma vie

personnelle depuis tout-petit,

quand j'ai commencé la capoeira.

Tout ça, ça donne de

l'inspiration. Ça donne un...

une façon de vivre.

BÏA (En aparté)

Capoeira est née dans

l'esclavage. Et puis, les

esclaves n'avaient pas le droit

ni de porter des armes,

naturellement, ni de lutter, ni

d'apprendre la lutte.

Et en masquant sous des aspects

folkloriques, dansants,

ils s'entraînaient à la lutte.

Ils s'entraînaient au combat.

Ils s'entraînaient à la défense.

Donc la capoeira était un

langage secret, une arme secrète

et une fierté secrète.

(BÏA nous transporte maintenant chez la harpiste SARAH PAGÉ. Elles discutent dans le salon.)


SARAH PAGÉ

Ça, c'était la plante à Lhasa

qui était...

[BÏA:] Dans le petit coin, là.

Derrière le sofa.


SARAH PAGÉ

Oui. Oui, oui.

Qui était suspendue.

BÏA

OK. Donc c'est ton héritage.


[SARAH PAGÉ:] Oui, oui.

BÏA (En aparté)

Sarah Pagé est une musicienne

extraordinaire, harpiste,

qui a été une des amies

les plus proches de Lhasa sur

les dernières années de sa vie.

Elles se sont rencontrées,

je pense, quatre ou cinq ans

avant que la vie de Lhasa ne

finisse. Et puis, elles se sont

retrouvées en tant qu'artistes

et en tant que femmes.

BÏA (S'adressant à SARAH PAGÉ)

Le papa de Lhasa est venu voir

Danse Lhasa Danse la semaine

dernière à Québec. Et après

le spectacle, je sors des

coulisses pour aller le saluer,

l'inviter à se joindre à nous.

Puis là, près de la console

de son, d'un coup, je vois

Alejandro, le papa.

(BÏA fait un geste faisant référence à la grandeur du papa.)


SARAH PAGÉ

Il est tout petit, oui.

BÏA

Tu sais, moi j'ai perdu papa

et lui il a perdu une fille.

J'ai comme une espèce de

projection affective sur lui.


[SARAH PAGÉ:] Oui, oui.

BÏA

Donc en fait, de le voir là,

après le spectacle, j'ai

vraiment explosé en larmes.

C'était comme une opportunité de

prendre mon père dans mes bras.

Ça paraît vraiment étrange

de dire ça.


[SARAH PAGÉ:] Et Lhasa aussi.

(Images de Montréal, puis retour à la conversation entre BÏA et SARAH PAGÉ)


SARAH PAGÉ

Je pense que pour tout le monde,

on cherche vraiment quelque

chose de solide dans l'univers,

dans nos vies. C'est toujours

flou. C'est comme un bateau dans

un orage. On est toujours comme

dans la mer, on est poussé ici

et là et on cherche la terre.

On veut vraiment se reposer.

Puis de voir quelqu'un qui dit:

"Je sais où est-ce qu'on va."

Je pense que Lhasa, elle

représentait une place pour

beaucoup de personnes à poser

leur âme. C'était un plateau

d'atterrissage pour l'âme.

C'est comme si on pense encore

que si on recherche ses chansons

encore et encore et encore,

on va trouver un petit indice

de plus de comment ça se passe,

qu'est-ce qui nous attend.

BÏA

Je me dis, c'est vrai, à quel

point... combien de temps dans

sa vie, elle a dédié à la pensée

de la mort. Bien avant de penser

qu'elle allait mourir jeune,

hein. On est d'accord que

les chansons que bien des gens

pensent qui parlent de la mort

ne parlent que du cycle de la

vie pour elle. C'est vraiment

autre chose. On sait qu'elle

les avait écrites bien avant

son diagnostic pour certaines.

BÏA (En aparté)

On entend beaucoup parler de la

guérison dans le cancer du sein.

Enfin moi, je croyais que ça

se guérissait tout le temps,

le cancer du sein. Parce que je

connaissais plusieurs personnes,

les mamans de mes amis, qui

avaient eu le cancer du sein et

qui avaient continué de vivre,

qui avaient passé à travers

les traitements, la chimio,

tatata... Et qui après, étaient

toujours là. Je ne savais pas

que plus le sujet est jeune,

plus le cancer est virulent.

(Diffusion d'images de Lhasa, montrant la chanteuse pleine de vie.)

BÏA (En aparté)

Puis à un moment donné,

elle a pensé être en rémission.

Elle a commencé à nous envoyer

des courriels pour nous rendre

son bulletin de santé et nous

dire que toutes ses vilaines

cellules étaient éliminées.

Et cette rémission-là, elle y a

cru et puis les médecins y ont

cru pendant quelques mois.

Puis le cancer est revenu avec

des métastases de partout.

BÏA (S'adressant à SARAH PAGÉ)

C'était au mois d'octobre,

début octobre. Et je lui ai...

J'ai encore les courriels.

Je lui ai écrit plein de

courriels en disant: Je vais

rentrer telle date, j'aimerais

qu'on se voie. Je suis là,

j'aimerais qu'on se voie.

Bien sûr, elle ne répondait plus

aux courriels. Puis...


[SARAH PAGÉ:] Oui, oui. [BÏA:] Mon chum, il m'a dit...

Il est très clairvoyant,

tu vois. Très spirituel,

très sensitif. Il n'a pas besoin

qu'on lui dise les choses,

il le sent. Il m'a dit:

"Si tu veux voir ton amie,

va chez elle maintenant."

Et quand... malheureusement, en

fait, c'est un journaliste qui

m'a téléphoné pour me demander

de confirmer la nouvelle.


SARAH PAGÉ

Ah, c'est terrible.

BÏA

"Est-ce que vous pouvez

confirmer la nouvelle?"

Et là, j'ai eu... tu sais,

le froid qui descend jusqu'à

la pointe de tes doigts.


[SARAH PAGÉ:] Oui. [BÏA:] Et... Euh...

C'est ça. J'avais l'impression

qu'on m'avait trompée sur

des tas... Enfin, c'est comme:

Quoi? Qu'est-ce que vous

avez fait? Comment?


SARAH PAGÉ

C'est comme si t'apprends

tout d'un coup que le ciel est

vert et non bleu. C'est comme:

Quoi? Mais je comprends pas!

Parce que j'ai plein d'idées

de la vie qui sont basées sur

ces faits-là et si ces faits-là

sont pas vrais, là, je ne sais

plus quoi penser.

Lhasa, c'est quelqu'un que...

On pouvait croire en elle.

(Diffusion d'images de Lhasa)


SARAH PAGÉ

Et quand on voit qu'elle aussi

est juste une mortelle...

[BÏA:] Oui.
[SARAH PAGÉ:] Temporaire...

ça nous enlève une sécurité.

Non seulement comme ce trou

dans ta vie, t'as aussi

un questionnement de la

fonctionnalité de la vie et de

l'humanité. Parce que de voir

quelque chose dans lequel

tu crois, tranquillement se...

(Propos en anglais)

degenerate.

Se dégrader...

[BÏA:] Oui. Se dégrader, oui.

SARAH PAGÉ

… Un petit morceau à la fois.

C'est très difficile.

C'est très difficile de voir

la faiblesse de tout le monde,

la vulnérabilité,

même des plus forts.

BÏA

Et en même temps,

tu sais quoi? Avec tout ça,

toutes ces idées, ça m'a

vraiment donné un deuxième...

J'avais déjà ça parce que

je suis plutôt optimiste comme

personne, mais une raison

supplémentaire d'être attentive

aux beautés, aux grâces,

aux bénédictions que la vie

chaque jour, tu vois, te donne.

Et puis, d'être bien relative

par rapport à des tracas.

(Dans une salle de danse, BÏA regarde les danseurs Tom Casey et Roxane Duchesne-Roy exécuter des mouvements de danse contemporaine.)

BÏA (En aparté)

Pendant le spectacle

Danse Lhasa Danse,

j'ai rencontré quelques personnes

qui sont devenues proches. Ça s'est fait

progressivement et, parmi elles,

il y a Roxane Duschesne-Roy

et Tom Casey.


TOM CASEY (S'adressant à BÏA)

(Propos traduits de l'anglais)

J'ai perdu ma mère l'an dernier, et après

un long... Elle a livré un long, long,

long combat contre la sclérose en plaques,

et elle... elle a... demandé à être

incinérée et j'ai... j'ai demandé une partie

de son corps! En fait, je lui ai demandé

alors qu'elle était encore vivante et...

son corps n'avait plus d'utilité pour elle,

elle ne l'aimait plus, alors elle a dit:

«Oui, oui... vas-y!». Alors maintenant,

partout où je vais, même à tous

les spectacles j'ai ma maman avec moi,

et je l'amène avec moi.

BÏA (Propos traduits de l'anglais)

Quoi, les cendres? Des cendres?


TOM CASEY

(Propos traduits de l'anglais)

Les cendres. Alors, elle peut enfin

voir tous les spectacles. Et d'une certaine

manière, c'est absurde en quelque sorte,

parce que c'est un petit contenant

que j'emporte sur moi partout

où je vais maintenant. Mais c'est comme...

enfin, Maman peut assister à chaque

spectacle, même si elle n'en a pas le choix.

Je ne lui demande pas d'y assister:

elle doit y assister!


ROXANE DUCHESNE-ROY

(S'adressant à BÏA)

J'ai une amie qui est en train

de partir maintenant.

Ça fait trois ans qu'elle

a été diagnostiquée, puis là elle part.

[BÏA:] Cancer?

ROXANE DUCHESNE-ROY

Une tumeur au cerveau.

Puis c'était une danseuse aussi,

donc... Oui. Puis elle a comme

tout perdu... Elle a perdu

un côté au complet, elle est

devenue paralysée et tout.

Ça fait que maintenant, à chaque

show, j'ai toujours une pensée

pour elle, tout le temps, tout

le temps, tout le temps. Puis

là, elle part là, en ce moment.

Là, elle est en train de partir.

La dernière tournée de Lhasa, je

l'ai comme vraiment dédiée pour

elle. Chaque show, je lui donne

une partie de ce spectacle-là.

Puis c'est la même chose pour

ma marraine aussi. Ma marraine

est décédée du cancer du sein

aussi, comme Lhasa. Ça fait que

de faire partie de ce projet-là

aussi, c'était comme:

"OK. Je vais le faire pour ma

marraine aussi." Tu sais, je...

On a tous des gens proches

de nous qui partent puis j'aime

pouvoir, à chaque fois que j'ai

une belle occasion dans la vie

de le faire, de leur dédier

un petit truc comme ça. De dire:

"OK. Je fais ce projet-là pour

cette raison-là, pour cette

personne-là, puis..." Puis ça

aide aussi je pense au deuil.

BÏA (En aparté)

Carlos, mon fils, est un

enfant extrêmement sensible.

Il a une très grande force

spirituelle. Le moment où, bon,

j'ai appris la mort de Lhasa,

j'étais vraiment très, très

triste. Je pleurais. Puis il m'a

demandé pourquoi. Et mon choix

a été de lui dire la vérité:

"J'ai une amie que j'aime

beaucoup, que t'as pas eu

l'opportunité de rencontrer,

elle est morte."

(Diffusion d'images de Lhasa, du père de BÏA, et de Carlos)

BÏA (En aparté)

Quand j'ai perdu mon père...

Carlos, il disait:

"T'es bien triste. Ton papa est

mort. Ça te rend triste parce

que tu ne pourras plus le serrer

dans tes bras ni écouter sa

voix. Mais n'oublie pas que tu

m'as, moi. Je suis là pour toi.

Moi, je suis là, maman.

Je vais te protéger.

Je vais te consoler, moi."

Ces mots-là, d'un enfant

de 4 ans, ça m'a beaucoup,

beaucoup consolée, en effet.

C'est drôle parce que le

privilège de pouvoir s'exprimer

est une thérapie gratuite.

C'est comme transformer

un citron en limonade.

Voilà. Tu...

Ça devient buvable.

(BÏA chante en compagnie de ses deux musiciens.)

♪ Un raton laveur ♪

♪ Dans mon inventaire ♪

♪ Deux amoureux ♪

♪ Sur un grand lit ♪

♪ Je veux comme Prévert ♪

♪ Énumérer ici ♪

♪ Tout ce qui me plaît ♪

♪ Ce qui me déplaît aussi ♪

♪ Dans mon sac à pain ♪

♪ Il y a une souris ♪

♪ J'ai deux moineaux ♪

♪ Dans mon jardin ♪

♪ Un coup de chagrin ♪

♪ Une menace de pluie ♪

♪ Des nouvelles de toi

quand je m'ennuie ♪♪

♪ Trois jours à la mer ♪

♪ Une lame de fond ♪

♪ L'ombre d'un immense

marronnier ♪

♪ Quelques assassins ♪

♪ Des donneurs de leçon ♪

♪ Deux pays voisins qui se font

la guerre comme des cons ♪

♪ Trois pierres

Quatre fleurs ♪

♪ Deux ratons laveurs ♪

♪ Quelque chose

qui nous trahit ♪

♪ La mort de mon père ♪

♪ La voix d'un ami ♪

♪ Des nouvelles de toi

quand je m'ennuie ♪

♪ Des nouvelles de toi

quand je m'ennuie ♪

♪ Des nouvelles de toi

quand je m'ennuie ♪♪

(Générique de fermeture)

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