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Parent un jour, parent toujours

Des trucs et astuces qui permettent de réfléchir sur l'éducation des enfants en valorisant l'expérience des papas et des mamans d'aujourd'hui. Deux sympathiques familles se rencontrent pour une fin de semaine afin de vivre toutes sortes d'activités qui leur permettent d'échanger sur un thème précis lié à l'éducation des tout-petits. Un spécialiste se joint à la bande pour approfondir davantage le sujet et proposer d'autres solutions aux défis quotidiens que représente l'éducation.

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Des larmes de crocodile

La crise de larmes est un passage obligé qui exaspère bien des parents. Comment accompagner nos enfants pour qu’ils apprennent à gérer leurs émotions?


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VIDÉO TRANSCRIPTION

Intertitre :
Album de familles


Une photo de famille apparaît à l'écran.


NARRATEUR

Voici la famille Lefebvre-Burton.

Maman Nadia, papa Mathieu

et leurs trois filles.


MATHIEU BURTON présente ses trois filles.


MATHIEU BURTON

Alors ici on a notre...

la belle Sofia, qui a 2 ans.

On a Clara ici, la grande

fille qui a eu 6 ans.

Et notre Maéva, ici, qui a 5 ans.


Une autre photo de famille apparaît à l'écran.


NARRATEUR

Voici la famille Bergeron-Cabana.

Maman Karine, papa Alexandre

et leur petite fille.


KARINE BERGERON présente sa fille.


KARINE BERGERON

Voici Laurence,

notre petite fille unique,

qui va avoir 4 ans bientôt.

Et puis qui est

une petite boule d'énergie.


NARRATEUR

Ces parents, soucieux d'offrir

une bonne éducation à leurs enfants,

ont accepté de passer une fin

de semaine complète ensemble

pour échanger, se donner

des trucs sur un sujet qui exaspère

souvent les parents :

les crises de larmes.

Quelles sont les méthodes

pour les gérer adéquatement?

Peut-on les éviter?

Si oui, comment?


Titre :
Parent un jour, parent toujours... Des larmes de crocodile


NADIA LEFEBVRE

Clara est très... je dirais...

bien pas colérique, là, mais

mettons qu'elle a un caractère

assez affirmatif, là. Tandis

que Maéva, elle, elle est

beaucoup plus réservée,

renfermée même je dirais.

Beaucoup de difficulté

à s'exprimer, à exprimer

comment elle se sent.

Quand il y a une chicane entre

eux autres, entre les trois

ou entre deux des trois,

c'est généralement Maéva

qui finit par pleurer.

Elle a bien de la peine

parce que sa sœur lui a dit

de faire telle chose,

elle lui a dit de placer le jouet

d'une manière, puis elle,

ça ne lui tentait pas.

Puis elle n'est comme pas

capable... elle reste pris

avec ça. Tu sais, je ne veux

pas le faire, mais elle me dit

de le faire. Qu'est-ce

que je fais avec ça?

Bien, je pleure.


MATHIEU BURTON

Des fois ça vient nous chercher

assez loin, là, tu sais quand

on les voit pleurer comme ça.

Puis des fois on ne sait pas

comment les aider

ou comment essayer...

bien, tu sais, comment

les orienter pour que ça soit

moins dur pour eux

un peu des fois.


NADIA LAFEBVRE

Je pense à quand elle va aller

à l'école, que là il n'y aura

pas de maman à côté pour gérer,

pour régler les chicanes.

Que son professeur va

en avoir 20 autres, puis

que j'ai l'impression que Maéva

va pleurer dans son coin,

puis tout ça. Fait que ça m'inquiète

beaucoup pour l'école.


NARRATEUR

Marie-Hélène Spénard est

intervenante psychosociale.

Depuis 15 ans, elle anime

des ateliers parentaux

pour donner des outils aux parents,

les aider à bien comprendre

les réactions de leurs enfants

et à bien les accompagner.

Les crises de larmes, elle connaît ça.


MARIE-HÉLÈNE SPÉNARD

Une crise de larmes, c'est

une grosse boule d'émotions

qui est à l'intérieur de soi.

La boule, elle demande juste

à sortir, mais ils ne savent

pas comment la faire sortir.

Le circuit émotionnel n'est

pas encore à pleine maturité,

donc ça demande des fois

de l'aide des parents pour

les accompagner là-dedans.

C'est très normal d'avoir

des crises de larmes. On est

en train de s'affirmer, on est

en train de démontrer aussi

une émotion. Parce que souvent

ils ne vont pas encore, au niveau

du langage, être capable

d'exprimer comment ils se

sentent, fait que ça va sortir

par les crises de larmes.


KARINE BERGERON

La boule d'énergie

est un excellent terme

pour décrire notre petite puce.

Elle a beaucoup d'énergie.

C'est une personnalité

très intense, elle est sensible

beaucoup à tout ce qui

se passe autour d'elle;

un enfant qui pleure, nos émotions

à nous si on est stressés ou...

Peu importe comment on se sent,

elle réagit à ça. Fait que c'est

sûr que comme elle a

beaucoup d'énergie, on dirait

que ça tendance à exploser

quand elle a des réactions.

Quand une crise de larmes

ou une crise de colère survient,

c'est vraiment... souvent

avec Laurence c'est vraiment

des bagatelles, là, elle stick

sur des détails, puis...

Comme par exemple,

on lui a dit quelque chose

la semaine passée, qui est

un super détail, mais nous

on ne s'en rappelle même plus,

puis elle nous revient

une semaine plus tard

avec ce détail-là.

Mais là, elle veut

qu'on lui dise la même affaire.

Puis là, on lui dit :

« Bien, on ne s'en rappelle pas,

on s'en rappelle pas. « 

Puis là, elle, a... Tu sens

l'intensité qui monte

dans son ton de voix,

puis là ça se met à vibrer.

Puis là, foup!

elle disconnecte complètement,

là, puis on dirait

qu'elle devient quasiment possédée,

là, tu sais, la tonalité de sa voix

qui vient vraiment chercher

le petit trémolo, là. Puis elle

se met à hurler, mais elle

ne nous écoute plus, là,

ça sert à rien d'essayer de la...

de lui expliquer ce qui se passe,

de lui expliquer ce qu'elle n'a

pas fait de correct ou quoi

que ce soit. Elle n'est plus

pantoute avec nous autres, là.


ALEXANDRE CABANA, père de LAURENCE, témoigne.


ALEXANDRE CABANA

Je trouve ça difficile,

mais on s'est quand même

bien équipés pour passer à travers.

On a lu beaucoup de choses,

puis on est allés chercher des outils.

Moi, je suis allé suivre une

formation qui est « Je suis tanné

de crier ». Puis qui nous aidait

à trouver des endroits...

tu sais, les points de non retour

ou les choses comme ça.


MARIE-HÉLÈNE SPÉNARD

Ça peut être plein de choses

qui peuvent causer la crise

de larmes. Ça peut être la fatigue,

la peur, ça peut être le stress.

Ça peut être aussi des refus.

Quand maman ou papa

mettent une limite.

Ils sont dans le plaisir,

dans le moment présent.

Alors quand vient un non

ou on va serrer le jouet

ou on partage,

bien la crise de larmes

peut arriver plus facilement.


KARINE BERGERON

Nous autres qu'est-ce

qui fonctionne bien c'est

vraiment de la ramener

avec nous autres puis

de la calmer. On la rassure

en lui chantant souvent :

(Chantant)

C'est la poulette grise

Qui a pondu dans l'église

Puis là, il y a comme

plein de couleurs, là,

on a inventé plein de poulettes.

Fait que tu la sens

tranquillement qui se calme,

puis après ça on peut passer

à autre chose, là.

(Chantant à LAURENCE)

Elle a pondu son coco

Pour la loulou

Qui va se calmer


MARIE-HÉLÈNE SPÉNARD

Mais moi, je pense qu'on ne peut

jamais dire non

à des nouveaux outils parce que

l'enfant change aussi.


MATHIEU BURTON

J'aimerais ça être capable

de me rendre... Tu sais, de pouvoir

la désamorcer, si on veut,

avant que ce soit vraiment

rendu trop loin. Donc peut-être

des petits trucs comme ça

ou des idées des fois ou...


NADIA LAFEBVRE

Moi, j'aurais le goût

de partager qu'il y a autre chose

qui existe que les traditionnelles

punitions qu'on entend souvent

ou que les gens essaient

beaucoup, mais qui n'aident

pas nécessairement l'enfant

à apprendre à régler le conflit.


MARIE-HÉLÈNE SPÉNARD

Les parents peuvent se rencontrer

puis partager plein de choses.

Ils vont partager leurs préoccupations,

ils vont s'échanger des trucs aussi.

Puis c'est ça qui est nourrissant

pour le parent, de dire

qu'ils ne se sentent pas tout seuls.

Moi, je vis ça, puis je ne suis

pas la seule qui le vit,

elle aussi, elle le vit.

Puis en même temps c'est sécurisant.


Les Lefebvre-Burton se rendent chez les Bergeron-Cabana.


NARRATEUR

Pas le temps d'enlever les bottes

et les manteaux, parents et enfants

reprennent la route

pour une sortie de famille.


Les deux familles se rendent à la cabane à sucre.


NARRATEUR

Malheureusement, même si

on planifie de belles activités

pour notre marmaille,

cela ne veut pas dire

que les crises de larmes

ne s'inviteront pas à la fête.


MATHIEU BURTON se rend à la table avec sa fille MAÉVA qui pleure.


MATHIEU BURTON

Maéva voulait prendre

ses choses elle-même. Je sais

que c'est normal. Dans le fond

ça ne fait pas son affaire

parce qu'elle, elle voulait

faire quelque chose

en particulier, mais là,

ça n'adonne pas, donc...

Ça arrive souvent, on ne fera pas

un gros cas avec ça.


Une fois à table, SOFIA, l'une des filles des Burton-Lefebvre, pleure.


NADIA LAFEBVRE

On ne mangera pas juste

du pain Sofia. C'est tout.

Non, papa non plus ne va

pas t'en donner d'autre.


MARIE-HÉLÈNE SPÉNARD

L'enfant vit son rôle; c'est

de tester les limites, c'est

son travail. Puis le parent,

c'est de mettre les limites.

Il faut vraiment se dire :

« Mon enfant ne me manipule pas. » 

L'enfant, lui, fait son travail,

il teste ma limite.

C'est à moi à mettre ma limite.

Quand mon enfant fait

une crise, si je veux lui parler,

c'est sûr de me mettre

à son niveau, de le regarder

dans les yeux, c'est plus facile,

puis avoir un ton calme

c'est aidant pour l'enfant.

C'est sûr que si je parle plus fort,

si je ne le regarde pas,

bien l'enfant ne se sent pas compris.

Quand il est dans la crise,

on ne peut pas lui parler

et essayer de lui entendre raison.

Tu sais, dans le fond

c'est de le laisser...

la boule évacuée, puis on peut

juste nommer le sentiment.

« T'es en colère, t'aurais aimé ça

manger un biscuit au chocolat? »

Mais tu sais, ça ne veut pas dire

que je suis d'accord, que je vais

lui donner son biscuit au chocolat,

je fais juste nommer.

Puis je suis en train de l'aider

à être capable d'évacuer sa crise.

L'humour, là, c'est un moyen

qui est très surprenant des

fois. En utilisant l'humour,

ça peut prendre quelques secondes

puis l'enfant est passé

à autre chose déjà.

Souvent, les parents puis les enfants

se mettent à rire, puis ils ont

du plaisir au travers de...

Ça devient un jeu finalement, là.

C'est très important de faire

un retour après la crise.

Quand un enfant a vécu sa crise,

c'est sûr qu'il a besoin de sentir

qu'on les aime encore parce que là

ils ont eu de la peine

pour différentes raisons.

Puis de les prendre dans nos bras,

de leur faire un câlin,

c'est : « OK, je t'aime encore. »

Mais ça ne sert à rien,

surtout en bas âge, de revenir

sur tout ce qui s'est passé.

C'est comme : « OK, c'est bon. »

Là, on peut passer avec

qu'est-ce qui suit.

Si l'enfant a fait une crise

parce qu'il ne voulait pas partager,

on peut juste mentionner

nos attentes après.

On partage les jouets avec les amis,

puis sans plus.


KARINE BERGERON et NADIA LAFEBVRE discutent.


KARINE BERGERON

Nous on a trouvé un mot magique

pour désamorcer la crise

quand ça commence.

On cherchait une solution

pour qu'elle se rende compte

du moment qu'elle commence

à faire une crise.


NADIA LAFEBVRE

OK.


KARINE BERGERON

Puis elle nous a dit qu'elle

ne trouvait pas de solution,

fait qu'on lui a demandée :

« Est-ce que tu t'en rends

compte que t'es en train

de faire une crise? »


NADIA LAFEBVRE

Oui.


KARINE BERGERON

Puis elle nous disait que oui,

mais qu'elle ne savait pas

comment l'exprimer.

Fait qu'on lui a demandé

de choisir un mot.

On utilise beaucoup

le mot « raisin ».


NADIA LAFEBVRE

OK.


KARINE BERGERON

C'est un mot qu'elle a choisi

elle-même, puis justement

on lui dit d'une façon humoristique

qu'on lâche vraiment de nulle part.

Puis c'est vraiment un outil

qu'on utilise au début de la crise.

C'est pas quelque chose

qu'on peut utiliser une fois

qu'elle est partie, là.

Quand elle est partie,

ça ne marche pas.

Mais au début de la crise,

si on lâche le mot « raisin »

venant de nulle part,

bien souvent c'est un outil

qui peut fonctionner.


NADIA LAFEBVRE

OK.


KARINE BERGERON

(S'adressant à LAURENCE)

Ça veut dire quoi

quand on dit le mot raisin?


LAURENCE

De se calmer.


KARINE BERGERON

Ça veut dire

qu'il faut se calmer.


LAURENCE

Oui. Pourquoi tu dis ça?


KARINE BERGERON

Non, mais c'était

pour savoir si tu t'en rappelais.


MARIE-HÉLÈNE SPÉNARD

Tu sais l'imaginaire, là,

de se trouver des façons de faire

en tant que parent

pour désamorcer la crise.

Pour l'enfant, elle a fait

un point d'encrage.

Pour elle, OK, raisin, mais ça,

ça amène à autre chose.

Parce que là elle réalise que, là,

la crise est rendue trop haute.

Mais c'est un moyen qui

est excellent, tout à fait.

Je trouve ça original même.


MATHIEU BURTON et ALEXANDRE CABANA discutent.


MATHIEU BURTON

En public, si jamais il y a

une crise de larmes,

qu'est-ce que tu fais avec Laurence?

Comment tu réagis?


ALEXANDRE CABANA

Bien la première chose,

on l'isole, parce qu'il y a

tellement de stimulus,

tellement de bruits,

tellement de choses qui se passent.

Puis de se sentir comme aussi...

comme en plein milieu de tout ça,

bien ça l'aide pas à se calmer.

On l'isole, on peut parler

doucement puis habituellement

ça aide à désamorcer.


MATHIEU BURTON

OK. Puis le regard des autres

par rapport à ça?


ALEXANDRE CABANA

Bien c'est sûr qu'au début,

la première fois,

ça nous dérangeait peut-être

un petit peu, mais ça été

comme une fois. Après ça,

regarde, on oublie les autres,

nous on a notre fille

à s'occuper puis le reste...

Si les gens ne comprennent pas,

bien tant pis, là.


MATHIEU BURTON

Oui.


MARIE-HÉLÈNE SPÉNARD

Quand on parle de l'attitude

des parents, on a beaucoup peur

du jugement. Si le parent fait

telle action, bien les autres

vont penser... mais, qu'est-ce

que je fais, mais, j'exagère.

Ou si je ne fais rien,

ils vont dire : « Bien,

elle ne fait rien non plus. »

C'est pas facile de gérer

en tant que parent, de trouver

des solutions. Mais si ça arrive

souvent quand je vais à l'extérieur,

c'est de se préparer d'avance.

De dire : « OK, si mon enfant fait

une crise, qu'est-ce que je fais?

Comment je réagis? Il y a-tu

un endroit, si je vais à l'épicerie,

il y a-tu un endroit où je peux

me retirer? Est-ce qu'il y a

une salle de bain que je pourrais

y aller avec mon enfant

pour le laisser évacuer sa crise? »

Ou bien si je me prépare

d'avance, de dire : « Bien moi,

si mon enfant fait une crise,

je laisse mes choses là

puis je m'en vais à la maison. »

C'est peut-être tout simplement

ça aussi. C'est de se trouver

une façon de faire avant de partir.

Donc quand la crise, elle arrive,

bien je ne tombe pas

face à une situation

que je ne sais pas quoi faire.

Puis si la crise c'est à cause

qu'il voulait quelque chose

puis que finalement je vais

lui donner parce que ça va être

plus facile pour moi e

n tant que parent de le faire,

puis en pensant que ça va

acheter la paix, oui ça va l'acheter

dans l'immédiat, mais à long terme

ça va amener autre chose aussi.

Il ne faut pas céder.


Les deux familles sont rentrées de la cabane à sucre et sont maintenant dans une cuisine. Ils regardent tous une affiche présentant différentes émotions.


KARINE BERGERON

Vous savez

c'est quoi une émotion?


LAURENCE

Oui.


KARINE BERGERON

OK. Il faut être capable

d'identifier les émotions,

fait qu'on va regarder

les petits bonhommes

puis on va essayer

de comprendre comment

ils se sentent dans leur coeur.

Celui-là ici?


LAURENCE

Il a de la peine.


NADIA LAFEBVRE

Toi, Maéva,

tu dirais quoi?


MAÉVA

Il a de la peine.


MARIE-HÉLÈNE SPÉNARD

C'est très important de nommer

les émotions. C'est comme

nous autres, hein, quand on vit

quelque chose de difficile.

Mais quand on est capable

d'identifier c'est quoi le sentiment,

bien à 50% ça fait comme...

Ah! Ça fait du bien, là,

on a l'impression

qu'on comprend mieux la situation.


LAURENCE

(Pointant l'affiche)

Lui, il est triste.


KARINE BERGERON

Oui, il a l'air triste

un petit peu, oui.


MARIE-HÉLÈNE SPÉNARD

Les enfants en bas âge peuvent

reconnaître quatre émotions

facilement : il y a la peur,

il y a la colère, il y a la peine,

il y a la joie. En faisant

des mises en situation

avec les enfants en le faisant

avec des jeux, on les prépare

aussi à être capables

de plus nommer ces sentiments-là.


MATHIEU BURTON

Pourquoi tu dis qu'il est triste,

ma belle? Est-ce qu'il y a

quelque chose dans son visage

que tu vois?


LAURENCE

Parce qu'il a des larmes.


MARIE-HÉLÈNE SPÉNARD

On peut prendre des cartes

avec des images. Puis quand

je suis fâché, qu'est-ce que je fais

quand je suis fâché? Là, on peut

mimer puis on peut mimer

le geste avec notre facial,

avec nos mains. OK, puis

c'est quoi les situations

qui me fâchent?

Puis en tant que parent on peut

dire : « Moi, qu'est-ce qui me fâche

c'est quand mon souper,

je l'ai manqué, puis il est

tout brûlé. Là, je peux être fâché

parce que ça pas fonctionné. »

Puis on peut donner la parole

à l'enfant et demander

qu'est-ce qui les fâche.


NADIA LAFEBVRE

Qu'est-ce qu'on fait

quand on est triste?


LAURENCE

On se calme.


NARRATEUR

Bien des émotions ou états d'âme

peuvent provoquer

une crise de larmes

chez notre enfant. La simple fatigue,

l'insécurité, la peur, la frustration

et surtout la colère.

Colère et larmes sont bien souvent

indissociables chez les tout-petits.


MARIE-DANIELLE, une marionettiste, cogne à la porte. Les enfants vont ouvrir la porte et une marionnette du nom de LÉA apparaît.


LÉA

Bonjour! Ça va?

Moi, mon nom c'est Léa.

Toi?


LAURENCE

Laurence.


LÉA

Est-ce que je peux te

présenter ma marionnettiste?


LAURENCE

Oui.


LÉA

Marie-Danielle, tu peux venir.


MARIE-DANIELLE s'avance dans le cadre de porte.


MARIE-DANIELLE

Ah! Bonjour!


MARIE-DANIELLE fait un spectacle de marionnettes dans le salon.


MARIE-HÉLÈNE SPÉNARD

Il y a comme une histoire

à l'intérieur des marionnettes.

Puis les marionnettes, on peut

mettre plein d'intonations.

Fait que les enfants, comme,

sont captivés par ça,

par les marionnettes, les couleurs.

Puis souvent, même après,

les enfants peuvent en reparler.

Ça va les aider à faire

des liens pour des émotions

éventuelles qu'ils vont vivre.


Dans le spectacle, deux marionnettes vivent un conflit.


MARIE-HÉLÈNE SPÉNARD

Souvent c'est une question

qu'on pose aux parents :

quand vous êtes fâchés,

vous faites quoi? Fait qu'il y a

des parents qui répondent :

« Bien moi, je claque les armoires

ou les portes ou je vais crier. »

Puis après on fait le parallèle

avec leurs enfants, puis

ils se rendent compte

que leurs enfants font

la même chose. Tu sais,

c'est comme un miroir.

Fait que c'est important

d'être un exemple pour son enfant

quand on est en colère.


La marionnette interroge les enfants.


LÉA

Je n'aime pas ça faire

des colères et je me sens

toute triste. Toi, comment

te sens-tu quand tu fais

des crises?


LAURENCE

J'ai de la peine.


LÉA

Tu as de la peine. Et qu'est-ce

que tu fais pour te calmer?


LAURENCE

On chante.


LÉA

Et toi, papa, maman, comment

tu fais pour rester calme

quand tu es en colère?


KARINE BERGERON

On respire.


MARIE-HÉLÈNE SPÉNARD

Il y a un truc aussi.

On peut, même nous autres

en tant qu'adultes, de se trouver

des moyens. De dire :

« Moi, quand je suis en colère,

qu'est-ce que je pourrais faire

pour m'aider à faire sortir

ma colère? » Ça peut être :

je vais aller prendre une marche,

je vais écouter de la musique,

je vais prendre un bain.

Tu sais, on peut se trouver

des moyens. Puis les enfants

peuvent faire la même chose

aussi. Ils veulent faire plaisir

aux parents, hein, fait qu'ils vont

embarquer là-dedans

puis ils vont trouver

des solutions. Tu sais,

ça peut être dessiner. Moi,

je peux dessiner ma colère.


Les enfants décorent leur propre marionnette.


NARRATEUR

La tête encore pleine

des activités de la journée,

les enfants vont maintenant

se coucher. Les parents, eux,

poursuivent leur soirée

autour d'un bon souper

en compagnie

de Marie-Hélène Spénard.


ALEXANDRE CABANA

Marie-Hélène?


MARIE-HÉLÈNE SPÉNARD

Oui?


ALEXANDRE CABANA

La question que tous les parents

doivent te poser : c'est quoi

le secret pour gérer

une crise de larmes?


MARIE-HÉLÈNE SPÉNARD

Si j'avais le secret,

je pense que je ne serais

pas ici, je serais trop...

je serais millionnaire.

Non, mais en fait il n'y en a

pas de secret. Tu sais, je peux

donner des outils, des trucs

aux parents, mais ça reste

aux parents de les appliquer

à la maison, de les appliquer

avec leurs propres couleurs,

puis aussi avec les couleurs

de leurs enfants. Puis c'est ça

qui fait le succès. Tu sais,

mais dans le fond

c'est de lui montrer comment

il peut la gérer cette colère-là.

Parce qu'il y a plein

de façons qu'on peut la gérer.

Admettons que si je suis

en colère, qu'est-ce que je peux

faire? Il y aurait-tu quelque chose...

Des fois, se défouler ça

fait du bien. Ça peut être

l'oreiller, ça peut être

plein de choses. Est-ce que

je pourrais lancer des choses?

Je pourrais-tu déchirer

du papier? Ça, on appelle

ça des moyens exutoires.

Est-ce que je dessine

ma colère? Tu sais, il y a

même des parents qui font

des bacs à colère.

Tu sais, ils vont mettre

un bac... OK, quand je suis

en colère je peux prendre

ce bac-là, puis ça peut être

des éponges, ça peut être du papier,

ça peut être des crayons.

Mais souvent, c'est une super

bonne idée, mais si je prends

le bac et que je le donne

à mon enfant puis moi,

je continue à faire mes affaires,

il y a des fortes chances

que ça ne fonctionne pas.

Il faut que je le fasse avec lui.


NADIA LEFEBVRE

Comme Maéva, elle est très

sensible, puis aussitôt qu'il

arrive quelque chose,

une situation... je le sais pas,

un enfant qui prend son jouet,

qui lui dit quelque chose,

elle pleure, toujours.

J'avoue que j'ai souvent

tendance, mettons que c'est

sa soeur, surtout quand c'est

sa soeur, tu sais, je vais aller

chicaner l'autre qui lui a

pris son jouet. Mais ça vient

tellement me chercher

quand Maéva a de la peine,

que je ne sais pas quoi faire,

tu sais.


MARIE-HÉLÈNE SPÉNARD

Tu peux juste lui dire,

quand il se passe quelque chose,

dis-le avec des mots. De quelle

façon tu peux le dire? « Elle t'a

pris ton jouet, dis-lui

C'est à moi, je veux le ravoir. »

Puis tu sais, tu peux lui montrer

de quelle façon, mais sans

nécessairement de continuer

de donner trop d'attention

là-dedans.



KARINE BERGERON

Quand Laurence est très fatiguée,

elle va rester sur un détail.


MARIE-HÉLÈNE SPÉNARD

OK.


ALEXANDRE CABANA

Et tant qu'on ne trouve pas

ou qu'on ne règle pas ce détail-là,

ça s'envenime et ça continue,

la pression monte. Ça pourrait

être n'importe quoi. On avait dit

dans la journée qu'on irait

manger une crème glacée,

par exemple, puis on n'y a pas

été, on a oublié. « T'avais dit

qu'on ferait quelque chose. »

« Heu... quoi? »


KARINE BERGERON

Là, on ne s'en rappelle plus, là.


MARIE-HÉLÈNE SPÉNARD

Puis là, elle, elle connaît

la réponse, mais elle ne veut

pas le dire.


ALEXANDRE CABANA

Exact. Puis là, toutes les

choses que t'as énumérées

tantôt, aller l'isoler,

ça fonctionne pas.


KARINE BERGERON

Ça peut prendre une heure

trouver la raison.

On le trouve, c'est fini.


NADIA LEFEBVRE

Pendant ce temps-là,

elle a votre attention parce

que vous essayez de trouver

c'est quoi qu'elle veut dire.


MARIE-HÉLÈNE SPÉNARD

Moi, ce serait d'ignorer.


NADIA LEFEBVRE

Si vous faites juste : « Je

le sais pas. Quand tu me le diras,

tu voudras me le dire. Mais

en attendant, fais ta crise

si tu veux, mais moi

je prépare le souper puis

je ne m'occupe pas de toi. »



MARIE-HÉLÈNE SPÉNARD

Moi, je pense que les enfants

ont des gains à aller chercher

dans différentes affaires. Ça

peut être dans le boudage,

dans le lyrage, dans... Elle a

une attention qu'elle va chercher

là-dedans, puis c'est comme

une game à quelque part.


NADIA LEFEBVRE

C'est sûr que la crise risque

d'être beaucoup plus grosse

la première fois que vous

allez... parce qu'elle n'est

pas habituée à ça.


ALEXANDRE CABANA

C'est dur à battre.


KARINE BERGERON

Ça va nous prendre

de la patience.


MARIE-HÉLÈNE SPÉNARD

C'est pour ça qu'on dit

qu'il faut être prêt puis être décidé.

Quand on veut qu'un comportement

arrête, il faut vraiment être

décidé parce que si on ne l'est

pas décidé, là, c'est difficile

d'aller au bout de ça. Souvent

les parents se questionnent :

si je mets des limites à mes

enfants, je vais amener

la frustration. Est-ce que j'ai

le goût que mes enfants soient

frustrés? Il y en a qui se

questionnent. Par contre,

si je ne mets pas de limite,

ça amène l'insécurité à mon enfant.

Fait que si je choisis entre

la frustration puis l'insécurité,

je vais choisir la frustration.

Parce que la frustration,

c'est une histoire de vie.


NADIA LEFEBVRE

Ça, j'ai pas de difficulté

à mettre des limites,

mais c'est de toujours

les entendre chialer. Tu sais,

je me demande : coudonc, ma

limite était-tu trop stricte?


MARIE-HÉLÈNE SPÉNARD

C'est là l'importance de mettre

la limite dans notre zone de confort.

Si toi, ta zone de confort c'est :

OK, elle peut pleurnicher mettons

cinq minutes, ça va, je suis encore

dans ma zone de confort.

Mais rendu à 10 minutes,

t'es plus dans ta zone de confort.

Mais c'est de voir : qu'est-ce

que je peux faire, moi? OK,

après cinq minutes, là, OK,

est-ce que je la mets en retrait?

Est-ce que je dis : « Va dans

ta chambre. » Puis des fois,

juste de l'écrire, OK, quand

il y a tels comportements, ça,

ça va, ça, ça va. Rendu là,

houp! Non, ça ce n'est plus

ma zone de confort. Bien là

tu n'interviens plus dans

ta zone de confort, fait que

c'est là que des fois tu peux

des fois manquer de patience

ou tu peux être à bout,

essoufflé. Quand on met

nos règles, quand on met

nos limites, c'est de les

mettre en fonction

de notre confort à nous autres.


NARRATEUR

Avec de nouveaux outils

en poche, les familles

Bergeron-Cabana et Lefebvre-

Burton amorcent une nouvelle

journée. Aujourd'hui, ils se

lancent dans la construction

d'un bac à colère.


KARINE BERGERON

Hier, avec la spécialiste

Marie-Hélène Spénard, on a

parlé des bacs à colère

qui est une façon pour les enfants

de se défouler en lançant

des choses dans un bac

réservé à cette émotion-là.

Alors on décore, on tente

l'expérience, on décore

des bacs à colère où est-ce

qu'on a des éponges comme ça

que les enfants vont pouvoir

lancer à l'intérieur du bac

quand ils vont avoir

cette émotion-là.


LAURENCE

Pourquoi moi, je peux lancer

les éponges dans le bac?


KARINE BERGERON

Bien, tu vas pouvoir lancer

les éponges pour te défouler

dans ton bac à colère.


LAURENCE

C'est quoi défouler?


KARINE BERGERON

Défouler ça veut dire que

ça fait du bien, on se...


ALEXANDRE CABANA

Ça enlève la colère.


KARINE BERGERON

On enlève la colère

de dans notre coeur.


Les enfants s'amusent à lancer des éponges dans le bac.


KARINE BERGERON

Le bac à colère est un outil

qu'on connaissait, mais qu'on

était réticents à essayer.

Et là il y a une ouverture

à l'essayer. J'ai pas l'impression

que Laurence va tout lancer

dans la maison parce qu'elle

lance des éponges dans un bac, là.

Fait que ça c'est quelque chose

qui m'a accroché beaucoup.


MARIE-HÉLÈNE SPÉNARD

Le jeune enfant qui n'a pas appris

à bien gérer ses émotions plus jeune,

rendu à l'âge adulte c'est

plus difficile parce qu'il n'a

pas développé de stratégies,

de moyens, qui vont l'aider.

C'est sûr que quand ils vont

vivre la colère, bien là ça va

monter puis ça peut sortir

de n'importe laquelle façon.

Mais quand il l'a appris plus jeune,

quand il était accompagné

là-dedans, mais ça va lui rester.


KARINE BERGERON

Il y a plein d'outils qu'on

a pu justement apprendre

peut-être à utiliser d'une façon

différente de ce qu'on faisait.

Puis de se sentir un peu moins

tout seul aussi. Tu sais, tout

le monde en vit des colères,

des fois on se sent isolé

comme parent à être pris tout seul

avec nos problèmes de colère

avec les enfants. Mais en

en jasant avec d'autres parents

on se rend compte qu'on est

pas tout seul puis des fois

ça fait du bien d'en jaser

avec d'autres personnes

qui le vivent aussi, là.


ALEXANDRE CABANA

Bien c'est sûr que leur réalité

est différente de la nôtre, là.


KARINE BERGERON

Oui, beaucoup.


ALEXANDRE CABANA

Ils en ont trois, on en a une.

Une chose que Nadia a parlée

souvent, c'est comme qu'ils n'ont

pas nécessairement le temps

de gérer les crises du cas

par cas puis c'est peut-être

justement l'inverse de nous.

Nous, on en donne peut-être

trop. Fait que peut-être

de voir si on peut prendre

un peu plus de recul

quand arrivent des crises

pour voir si ça pourrait

changer quelque chose.


MARIE-HÉLÈNE SPÉNARD

Lorsqu'on vit une situation

plus difficile, bien c'est

de regarder la situation et

de dire : « OK, si je la mets

plus loin que moi, à quoi ça

va ressembler dans 10 minutes?

À quoi ça va ressembler dans

10 heures ou dans 10 jours? »

Puis finalement dans 10 jours,

bien finalement ça va être très

banal. Puis ça peut nous donner

des fois des forces pour mieux

la gérer parce qu'elle est

comme... je la regarde d'un

regard extérieure et non...

je suis moins pris dans

mon émotivité.


MATHIEU BURTON

Bien moi ce que je trouvais

amusant, c'était un peu leur

mot « raisin » pour comme...

lui faire prendre conscience

que la colère était en train

de monter. Je ne sais pas

si ce serait quelque chose

qui pourrait fonctionner

pour nous, on pourrait

peut-être essayer.


NADIA LEFEBVRE

C'est à voir.


MATHIEU BURTON

Oui, oui, ce serait peut-être

de voir quand elles sont

en train de se pomper,

bien peut-être juste leur sortir

un mot qu'elles auront choisi.

Peu importe c'est quoi, mais juste

voir si ça pourrait aider.


NADIA LEFEBVRE

Marie-Hélène m'a fait prendre

conscience que, tu sais, quand

Maéva fait des crises de larmes,

j'ai tendance à la consoler

beaucoup. Je pense qu'on met

peut-être trop d'attention

sur ça. Tu sais, je ne dis pas

de ne pas la consoler,

mais faire identifier l'émotion.

Tu sais, de dire que c'est triste,

qu'on est désolé qu'elle ait

de la peine, mais que c'est

la vie puis que quand elle aura

fini d'avoir de la peine, bien

qu'elle reviendra avec nous

par exemple pour jouer. Plutôt

que de rester, la prendre

dans nos bras, la garder

dans nos bras, puis :

« Pauvre petite Maéva. »

Tu sais, la victimiser un peu.

Je pense que ça peut aider.

En tout cas, j'essaie d'avoir

confiance.


MATHIEU BURTON

On sent un petit peu le stress

qui s'en vient parce que, tu sais,

l'école s'en vient vite,

mais on va essayer

de travailler ça pour améliorer ça.


NARRATEUR

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