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Parent un jour, parent toujours

Des trucs et astuces qui permettent de réfléchir sur l'éducation des enfants en valorisant l'expérience des papas et des mamans d'aujourd'hui. Deux sympathiques familles se rencontrent pour une fin de semaine afin de vivre toutes sortes d'activités qui leur permettent d'échanger sur un thème précis lié à l'éducation des tout-petits. Un spécialiste se joint à la bande pour approfondir davantage le sujet et proposer d'autres solutions aux défis quotidiens que représente l'éducation.

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Le fameux terrible 2

Vers l’âge de deux ans, notre bambin peut se transformer en Docteur Jekyll et en M. Hyde. Le terrible two – ou la phase du non – est une étape normale du développement qui exaspère bien des parents. Deux couples, leurs enfants et une éducatrice spécialisée mettent en pratique différentes stratégies pour calmer la tempête.


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VIDÉO TRANSCRIPTION

Intertitre :
Album de familles


NARRATEUR

Voici la famille

Ptito-Brisson. Maman Alexia,

Papa Benoît et leurs marmots.


BENOÎT présente ses enfants qui dessinent autour d'une table.


BENOÎT

Ma plus vieille, Maïka, qui a

6 ans, qu'on appelle Mouse.

Manek, qui a 4 ans, qu'on

appelle Mannou et Maël, qui a

2 ans, qu'on appelle Malou.


NARRATEUR

Voici la famille

Lamothe-Brodeur. Maman Nadine,

Papa David et leur tribu.


NADINE présente ses enfants qui jouent sur un lit.


NADINE

Alors, ici, on a le petit

dernier, le beau Zachaël, qui a

3 ans. Ensuite, on a la belle

Maélie, qui a 4 1/2, presque 5.

Ensuite, on a Thomas, 7 1/2. Et,

À l'autre bout, Samantha, qui a

9 ans, l'aînée de la famille.


NARRATEUR

Ces parents, qui ne

se connaissent pas, ont accepté

de passer une fin de semaine

complète ensemble pour échanger,

se donner des trucs, sur

une période de turbulence que

traversent tous les enfants :

la phase du non, ou le fameux

« terrible 2 » comme on

l'appelle communément. Une

étape normale du développement,

où nos tout-petits prennent

des allures de Dr. Jeckyll et

Mr. Hyde. Une période qui peut

être plus ou moins longue, qui

exige de nous, parents, de la

patience, de la maîtrise de

soi et un bon accompagnement.


Titre :
Parent un jour, parent toujours: Le fameux « terrible 2 »


Dans une cuisine, BENOÎT et ALEXIA préparent à manger pour leurs enfants qui sont assis à une table.


BENOÎT

On fait la salade

ensemble, Maël?


MAËL

Non!


ALEXIA

Tu veux m'aider à faire la

table? Tu veux manger des pâtes?


MAËL

Non!


ALEXIA

Non? Tiens. Oui,

ça c'est un gâteau.


ALEXIA pose une assiette devant MAËL.


MAËL

Non!


ALEXIA

Est-ce que tu veux

du chocolat à la place?


MAËL

Non!


ALEXIA

Est-ce que tu veux aussi

un petit peu de melon d'eau?


MAËL

Non!


ALEXIA témoigne.


ALEXIA

Le « terrible 2 » c'est plus

une phase où, justement...

Tu sais, c'est la phase du

non, c'est la phase où on veut

s'affirmer, mais il faut s'armer

de patience, ça c'est sûr,

parce que c'est toujours...

Quand il faut qu'on parte le

matin, puis là, c'est là où,

là, Maël, il refuse absolument

de mettre ses chaussures ou

s'habiller pour l'hiver, etc.

On a dû... Oui, c'est ça, on

a dû s'armer de patience plus

d'une fois, de dire : « OK,

là, on respire, on crie pas,

puis on trouve la solution

qui va faire que ça va

aller plus rapidement. »


MAËL pleure devant son assiette.


ALEXIA

Ah non!

Tiens, tiens.


ALEXIA donne un chocolat à MAËL.


ALEXIA

Ben a cassé son

chocolat. Mais ça, c'est le

genre de choses qui arrivent à

2 ans, qui est plutôt ordinaire.

MAËL)

Regarde, maman

t'en a donné un autre.

T'as vu ça? C'est correct.

(À la caméra)

Maël, ça c'est surtout, par

rapport aux deux autres aussi,

c'est que Maël, il est beaucoup

maintenant dans sa phase de :

« C'est à moi! ». Tout est à

lui, et là, partager c'est

vraiment pas évident. Puis,

nous, on a beau être très

patients, mais les enfants

des fois... Puis c'est surtout

Mannou, là, qui est avec son

frère toute la journée. Puis,

Mannou, qui a quand même un

tempérament assez généreux,

mais c'est qu'à chaque fois

qu'il touche à un jouet, là,

Maël, il va s'énerver, puis :

« C'est à moi! », puis là,

hein... Ça, c'est vrai que ça

a été un épisode assez...


MAËL indique MANEK qui joue avec une figurine.


MAËL

C'est à moi!


ALEXIA

Ah, voilà! « C'est à moi! »

MAËL)

Non, là, c'est Mannou qui

joue avec le Batman. Puis ça,

j'avoue que j'ai pas encore

trouvé la stratégie pour...


Sur un lit, NANCY DOYON joue avec des enfants.


NARRATEUR

Nancy Doyon sait

de quoi il en retourne lorsqu'on

aborde le sujet de la crise du

non que certains spécialistes de

l'enfance appellent aussi « la

première adolescence ». Maman

et éducatrice spécialisée, elle

travaille auprès des familles

depuis plus de 22 ans.

Coach familiale,

elle visite régulièrement

des familles pour les aider

à traverser cette phase

d'opposition qui, chez

certains bambins, peut presque

faire peur à leurs parents.


NANCY DOYON, coach familiale, explique.


NANCY DOYON

C'est une phase normale du

développement. Par contre, tous

les enfants ne la traversent

pas avec la même intensité.

Certains enfants avec un

tempérament plus fort vont

traverser cette période-là de

façon beaucoup plus intense.

Donc, on risque d'avoir

davantage de crises à ce

moment-là chez certains enfants.

On va avoir des pleurs qui

peuvent durer pendant très

très longtemps. Des crises

qui peuvent durer jusqu'à

1h30-2h00. Il y a des enfants

qui, lors des crises, vont

lancer des objets, se mordre,

s'automutiler, se tirer les

cheveux. Il y a des enfants

qui vont se cogner la tête

par terre ou après les murs.

Ma fille à moi se faisait vomir

quand elle faisait des crises.

Par contre, c'est pas tous les

enfants qui se rendent si loin

que ça. Il y a des enfants qui,

dans cette période-là, vont

simplement dire non plus

souvent, vont simplement

refuser de faire certaines

choses ou faire ce que

j'appelle de la surdité

sélective. « Mes parents

me donnent une consigne

et je fais semblant de pas

l'avoir entendue. Je continue

simplement à faire ce que

je faisais en attendant que

mes parents se fâchent. »

Ce qu'ils veulent, dans le

fond, vers l'âge de deux ans,

c'est simplement se différencier

du parent, décider. Ils

réalisent tout à coup qu'ils

ont la possibilité de décider

certains aspects de leur vie,

qu'ils sont pas obligés de faire

tout ce que les parents veulent.

Et là, ils savent pas encore :

« Où est-ce que j'ai le droit

de décider, où est-ce que

j'ai du pouvoir et où

est-ce que je dois absolument

obéir aux adultes? »


BENOÎT est assis autour d'une table avec ses enfants qui dessinent.


BENOÎT

MAËL)

Tu veux que je t'aide?


MAËL

Non!


NANCY DOYON (Narratrice)

Comme c'est une période

qui est normale, on devrait

pas trop s'en inquiéter. Et,

justement, quand on s'en

inquiète trop, parfois, c'est

là que les crises prennent

encore davantage d'ampleur.


ALEXIA témoigne.


ALEXIA

Ce que j'ai trouvé qui était

vraiment bien à intégrer pour

diminuer le nombre de crises

qu'on avait, puis les problèmes

qu'on avait, surtout pour le

dodo avec Maël, c'est qu'on a

décidé d'instaurer vraiment des

routines assez serrées de... On

rentre de l'école, les devoirs

de Maïka, avec le piano et

tout, puis aussi la routine

du bain et la routine du dodo.

Je dirais que ça a diminué

les crises d'à peu près

65% quand même, là.


NANCY DOYON

N'importe quel enfant a besoin

d'avoir une routine claire

qu'il ait 2 ans ou qu'il en ait

14. Dans le fond, de savoir

simplement dans quel ordre je

dois faire les choses et que ce

soit toujours la même chose à

tous les soirs va faire diminuer

de façon vraiment significative

la quantité d'opposition. Et

c'est rassurant aussi pour les

enfants parce qu'ils savent

qu'est-ce qui s'en vient.

Une autre chose qui va être

vraiment intéressante, ça va

être simplement de prévenir

les enfants. Donc, cinq minutes

avant qu'on doive fermer la

télé pour venir manger, je les

avertis. « OK, les cocos, dans

cinq minutes, c'est l'heure

de manger. » Ça va leur

donner le temps de digérer

la transition qui s'en vient.


Autour d'une table, NADINE et DAVID jouent avec leurs enfants avec un jeu de dés. Les enfants se distribuent des pions de couleurs.


ZACHAËL

Non, moi, je veux pas le noir!


DAVID

Mais oui, tu vas

prendre le noir.


ZACHAËL

Non, je veux pas! Je

veux pas! Je veux le vert!


DAVID

Tu veux le vert?

Maélie, tu veux-tu le noir?


ZACHAËL

Non, moi je veux le

noir. Je veux le noir.


MAÉLIE

Moi, je suis vert.


ZACHAËL

Hé! Papa!


DAVID

ZACHAËL)

Oui, attend, ça va être

à toi, on va commencer.

(À la caméra)

Zachaël, là, lui, il

commence. On dirait qu'il

ne l'avait pas avant, mais

là, il rentre plus dedans.

C'est comme... le fait que

les trois autres soient plus

vieux peut-être qu'ils étaient

plus à son service, tu sais,

le petit dernier.


ZACHAËL parle en même temps que son père.


NADINE

Hé! Papa, il parle!


DAVID

Oui.


NADINE

Oui, parce que papa, il parle.


ZACHAËL pleure.


DAVID

Il est plus habitué justement

qu'on soit à son service. Ça

fait que, là, quand on l'est

plus, là, il a de la misère.

Puis la petite jalousie qui

embarque... Ça a retardé, mais

là, il est embarqué dedans, là.


NANCY DOYON

En fait, le « terrible 2 »,

le bout où les enfants ont

vraiment... vont pleurnicher

beaucoup, vont réagir beaucoup,

ça va être... Ça part environ

vers 18 mois

il y a certains

enfants qui prennent un

peu d'avance

et ça peut

s'étendre jusqu'à 3 ans.


DAVID

Bien, je te dirais qu'au

quatrième, ça nous affecte plus

bien bien. C'est comme... il

crie, il pleure, bien regarde,

fais ta crise, puis quand

ça passe, ça va passer.


ZACHAËL

Papa!


DAVID

ZACHAËL)

Je parle, attends.

Non, Tu attends! Papa,

il parle, ça va être après.

(À la caméra)

Il faut qu'il apprenne. Il faut

tenir notre bout aussi. C'est

dur de tenir notre bout, des

fois on a le goût de plier,

mais il faut tenir notre bout,

là, pour qu'il voit qu'il y a

de la constance. C'est à

force de répéter, puis...

Lui aussi, il teste.


ZACHAËL

Papa!


NADINE

Là, on lui donne pas

l'attention, ça fait que,

là, il aime pas ça, là.

ZACHAËL)

Zachaël! Tu attends!

On va continuer.

(À la caméra)

Lui, il faut le saisir des

fois, tu sais... Il faut

élever la voix un petit

peu. Puis le 1-2-3 marche

pas mal avec lui aussi.


DAVID

Veux-tu

t'asseoir sur la marche?


NADINE

Zach, assied-toi comme il faut.


ZACHAËL

Non!


NADINE

Est-ce que tu

veux jouer encore?


ZACHAËL

Non!


NADINE

On arrête de jouer?

On va mettre le pyjama

déjà, faire dodo?


ZACHAËL

Non!


NADINE

Bon, bien tu te calmes.

Est-ce que tu attends ton tour?


ZACHAËL

Oui.


NADINE

Arrête de chigner comme un

bébé. Samantha, elle va jouer

quand on va lui dire de jouer.

Là, on est en train de parler.

Est-ce que c'est compris?


ZACHAËL rit.


NADINE

Ris pas, je veux pas.

Non!

(À la caméra)

Vois-tu, ça, c'est quelque

chose avec lui qui marche.

Quand on... Mais c'est

dangereux en même temps,

mais la contradiction, quand

il est marabout comme ça...

Souvent, on va dire : « Je veux

pas que tu ries, je veux pas

que tu sois de bonne humeur. »,

puis les 3/4 du temps,

ça va marcher, puis il va

revenir de bonne humeur.

ZACHAËL)

Non! Reste marabout!


ZACHAËL rit.


NADINE

Bon! On peut jouer, là? Oui?


La famille recommence à jouer.


NANCY DOYON

Il faut faire attention à

comment on qualifie les

enfants, donc, leur donner

un qualificatif négatif.

« Alors, si maman me

dit que je suis tannante,

je vais la croire.

Et si je crois maman, je fais

comme, écoute, moi je suis

tannante, alors je vais me

conduire comme une tannante. »

Donc, je risque de faire

augmenter la fréquence des

comportements indésirables.

Moi, ce que je préfère, c'est

qu'on dise à l'enfant qu'il

s'est trompé. « Oups! T'as

donné une tape à ton frère.

Ouf, là, je pense que tu

t'es trompé, hein? C'était

pas vraiment ça que tu voulais

faire. Écoute, là, tu étais

fâché, tu t'es trompé de

geste. Voici ce que tu

aurais dû faire à la place. »


La famille de DAVID et NADINE arrive chez BENOÎT et ALEXIA. Ils se saluent et se présentent.


ALEXIA apporte un plateau de muffins aux enfants assis autour d'une table.


DAVID

Qu'est-ce qu'on dit?

Qu'est-ce qu'on dit?


ENFANTS

Merci.


DAVID

Moi, je me laisse tenter,

j'en essaie un.


DAVID prend un muffin.


DAVID

Ils sont bons.


ALEXIA

Maël, oui, il a 2 ans. Puis

toi, tu as quel âge Maélie?


MAÉLIE

4 1/2 ans.


ALEXIA

4 1/2 ans.


Dans une autre pièce, ZACHAËL pleure.


NADINE

ZACHAËL)

Tant pis, tu vas

rester assis là.


ZACHAËL est assis sur un escalier et pleure. NADINE est devant lui.


NADINE

C'est une scène quotidienne.

On est en train de manger.

C'est sûr que c'est

un contexte différent.

On est pas chez nous.


ZACHAËL se lève.


NADINE

ZACHAËL)

Non! Tu restes assis,

je t'ai pas dit de te lever.


ZACHAËL se rassoit.


NADINE

Donc, bon... Les habitudes

sont changées, ça fait

que là, regarde partout,

refuse de manger.

Je l'ai averti :

« Tu manges! », puis là, il

poussait sur la table aussi.

J'ai dit : « Tu arrêtes sinon

je t'assois sur la marche. »,

donc un endroit de retrait pour

se calmer. Puis là, bien, il a

continué, donc j'avais annoncé,

je mets en pratique. Donc, là,

je l'ai retiré. Ça fait que,

là, on est dans la phase

de la crise parce que là,

je l'ai retiré, puis il sait

que pour réintégrer, il faut

d'abord qu'il se calme.

Tant qu'il est comme ça,

moi je vais le laisser là.


ZACHAËL

Je veux papa!


NADINE

Non. Papa, il viendra

pas te sauver. Non, non.


ZACHAËL

Je veux papa!


NADINE

Bien non.


NANCY DOYON

Quand un enfant s'emporte, la

première étape à faire, c'est le

reflet des émotions. Prendre le

temps. Moi, comme adulte, je

devrais arrêter de le bousculer,

me mettre à sa hauteur et lui

refléter l'émotion que je pense

qu'il ressent. Par exemple :

« Ah, mon Dieu, je pense que

tu es très fâché. Je pense

que tu es déçu, hein, de ne

pas avoir ton histoire ce

soir? » Ensuite, accueillir

l'émotion. Je valide l'enfant.

« Je te comprends d'être déçu.

Je pense que tu as pris une

mauvaise décision tantôt. »

Ça ne devrait pas être plus

long que ça. Ensuite, si

l'enfant... Parce que souvent,

ça va faire baisser la crise de

pas mal. Si l'enfant choisit de

continuer à tempêter, à crier, à

hurler, je vais dire : « Écoute,

tu as le droit d'être fâché.

Je vais te laisser tout seul un

instant. » Et là, idéalement, je

vais ignorer la crise. Si jamais

la crise prend de l'ampleur,

je pourrais décider avec

lui d'un petit coin retrait.


ZACHAËL arrête de pleurer.


NADINE

Es-tu calmé?


ZACHAËL

Oui.


NADINE

Oui. Est-ce que tu vas

manger un petit peu?


ZACHAËL

Oui.


NADINE

Oui? OK, on va essayer.

Viens faire un câlin.


ZACHAËL enlace sa mère.


NANCY DOYON

Quand il

est calme, on va le féliciter.

Bravo, mon coeur, tu t'es

calmé. Maintenant, on

s'explique un petit peu

et on passe à autre chose.


Les parents habillent les enfants.


ALEXIA

MAËL)

Veux-tu aller faire

mettre tes souliers en haut?


MAËL

Non!


ALEXIA (Narratrice)

Il voulait pas mettre ses

bottes, donc on lui a donné le

choix entre souliers et bottes,

puis, c'est ça. On a réussit

à l'habiller en 30 secondes

de plus que ça aurait pris

s'il avait dit oui dès le début

puis... En fait, ce qu'ils

veulent, c'est de pouvoir

s'affirmer. Donc, en le laissant

choisir, bien, il s'est affirmé.

Moi, vraiment, je trouve que

c'est le meilleur truc là à

cet âge-là. Avec les trois,

là, ça a bien marché.


NANCY DOYON

Dans le fond, c'est pas

sorcier. Comme les enfants,

ce qu'ils ont besoin de savoir

c'est où est-ce qu'ils ont du

pouvoir, c'est : « Je vais

leur en donner du pouvoir, mais

toujours aux mêmes endroits. »

Donc, je pourrais décider qu'à

tous les matins, mon enfant

a deux choix. Souvent, les

tout-petits ont de la misère à

gérer plus que deux choix. Par

exemple : « Ce matin, est-ce que

tu veux avoir des toasts ou des

céréales? Tu veux des toasts?

Qu'est-ce que tu veux dessus?

Est-ce que tu veux avoir du

beurre d'arachide ou est-ce que

tu veux avoir des confitures? »

« Je veux avoir du Nutella! »

« Bien, peut-être le Nutella

demain, mais ce matin, tu as le

choix entre le beurre d'arachide

et les confitures. » « Je veux

du Nutella. » « Bien, écoute,

ce matin, c'est moi qui décide.

C'est toi qui décide ou

c'est moi. Donc, tu décides

pas, je choisis que c'est

les confitures. D'accord,

on passe à autre chose. »


NANCY DOYON

Il y a aussi les faux-choix qui

sont intéressants à utiliser.

C'est l'heure de souper : « Je

veux pas manger. » « D'accord.

Est-ce que tu veux avoir tes

carottes en rondelles ou en

lanières? Où est-ce qu'on les

place tes carottes dans ton

assiette? Mais, tu auras

quand même des carottes dans

ton assiette et ça va quand

même être le moment de souper.»

Donc, je vais laisser à

l'enfant certaines zones

de pouvoir, tout en gardant

tout le temps mon leadership.


Les deux familles entrent dans une bibliothèque publique.


Les enfants s'assoient devant JOHANNE.


JOHANNE

Alors, bonjour! Je suis très

contente de vous recevoir à la

bibliothèque. Et, comme vous le

savez, mon nom c'est Johanne. Et

Johanne, qu'est-ce qu'elle fait

à la bibliothèque? Elle raconte

des histoires! Bon, alors là,

maintenant, j'ai Jeanne...


NANCY DOYON (Narratrice)

La lecture des

livres pour enfants, ça peut

être un bon moyen. Toutefois,

encore une fois, il faut se

demander c'est qui l'enfant

qu'il y a devant moi. Chez

certains enfants, plus on va

parler de la colère, plus on va

alimenter son désir d'en faire

pour voir, pour constater,

est-ce que mes parents

vont réagir comme le

personnage dans le livre.


JOHANNE

Tu n'es plus ma maman!

Je veux une autre maman.

Celle de Sophie, elle est

beaucoup plus gentille que toi.


NANCY DOYON (Narratrice)

Souvent, avec les enfants,

à force de parler des

comportements indésirables,

malheureusement, on les

alimente. On serait peut-être

mieux, dans le fond, de parler

de gestion des émotions,

d'enfants qui collaborent

bien avec l'adulte, d'avoir

des histoires où les enfants

se comportent bien, que de

trop avoir d'histoires où

les enfants se comportent mal.


JOHANNE fait participer les enfants dans son histoire.


JOHANNE et les ENFANTS

Non! Non! Non! Pas question!


NANCY DOYON (Narratrice)

Que ce soit vers l'âge de

2 ans ou vers l'âge de 4 ans,

quand les enfants ont un immense

besoin de contrôler. Il faut

faire attention à deux excès.

Le premier excès serait de les

laisser contrôler. Donc, je

les laisse décider et j'essaie

d'acheter la paix de façon

régulière. Donc, pour éviter

la crise, je négocie beaucoup

avec mon enfant, je le laisse

décider, je lui dis oui la

plupart du temps, etc. Là, moi

ce que je dis, c'est : « Les

enfants naissent avec un espèce

de petit balluchon de crise,

et chaque fois que l'enfant se

prépare à sortir une crise, et

que j'achète la paix, il range

sa crise, mais, dans le fond,

on fait juste la remettre à

plus tard. » Ça fait que,

donc, moi je préfère gérer

une crise d'un enfant de

2 ans que celle d'un enfant

de 8 ans ou de 14.


JOHANNE

Sais-tu qu'est-ce qu'il fait

quand il gagne pas? Il prend le

jeu puis il le tire par terre.


NANCY DOYON (Narratrice)

L'autre excès

pourrait être l'inverse, c'est :

Je deviens hyper-contrôlant.

J'ai tellement peur que

mon enfant me monte sur

la tête. J'ai tellement peur

de perdre le contrôle, que

là, j'essaie de tout régenter.


JOHANNE

Là, Johanne, elle veut

te prêter ses livres. Si

tu as le goût de regarder.


DAVID discute avec BENOÎT.


DAVID

Je me demandais, chez toi, il

y a tu quelqu'un qui gère plus

les colères et l'opposition?


BENOÎT

Quand il y a de l'opposition,

moi je pense que c'est Alexia

qui est plus, tu sais, qui

dirige le plus. Moi, je

suis un peu plus permissif.

Mais, aussi, on veut

pas avoir trop l'aspect

de « good cop, bad cop ».


DAVID

C'est parce que

ça devient récurrent.

Moi aussi, Nadine est plus

négociatrice là-dessus.

Peut-être de par sa

formation d'enseignante.


BENOÎT

Ouais, c'est ça, peut-être un

peu plus fin dans l'approche.


DAVID

Oui, c'est ça, un peu comme

nos parents. Le papa, c'était

la grosse menace. « Attends

que ton père arrive! »


BENOÎT

Oui, c'est ça! Ouais,

la ceinture... Non, pas du

tout, en tout cas, pas dans

notre famille. Je pense...


DAVID

C'est pas mal comme

chez nous, je pense. Oui,

la nouvelle génération.


BENOÎT

Oui, c'est ça.

Les papas doux, puis...


BENOÎT et ALEXIA donnent un bain à leurs enfants.


BENOÎT

À l'heure du bain, on a la

routine, se laver les cheveux,

par exemple. Mais, évidemment,

dépendant de la journée,

dépendant de l'humeur des

enfants, on peut raccourcir ou

rallonger... à la place de se

laver les cheveux, on va leur

donner plus de temps pour

jouer. Puis, ça, ça les aide

beaucoup en fait. On choisit

nos batailles parce que,

sinon, on serait toujours

en train d'être la police.


MAËL se tient dans le bain vidé de son eau.


ALEXIA

Il faut qu'on sorte du bain!


MAËL

Non...


ALEXIA

Est-ce que tu veux

sortir du bain?


MAËL

Non!


ALEXIA

OK, Maël, maman elle compte

jusqu'à 3. Après, il faut sortir

du bain, OK? 1, 2, 3, on sort

du bain!


ALEXIA capture MAËL et le sort du bain.


ALEXIA

Ouais! Bravo!


NANCY DOYON

J'aime bien

l'idée de choisir ses batailles,

parce que, si on mène toutes

les batailles en même temps,

on risque un peu de s'épuiser,

puis d'embarquer dans une

spirale négative.

Sauf qu'il faut différencier

céder et choisir ses batailles.

Si, dès le départ, quand je

demande une consigne à mon

enfant, il me dit non, et moi,

tout en gardant mon leadership,

je lui dis : « Hum, d'accord,

pour ce soir, ça me va.

J'accepte. » Je garde quand

même mon leadership. C'est

pas lui qui décide. Par contre,

j'aurais envie de dire aux

parents : « Essayez de choisir

toujours les mêmes batailles. »

Donc, si on décide que les

enfants doivent prendre leur

bain à tous les soirs, je peux

pas me batailler avec eux trois

soirs, puis céder au quatrième,

parce que là, ils comprendront

pas. À partir du moment où

j'ai insisté, puis que l'enfant

crie, là je peux plus céder.

Mon enfant risque de

comprendre, à ce moment-là :

« Mes parents ont cédé, grâce

à mon opposition, donc, ça,

c'est un numéro gagnant,

je vais le garder dans ma

petite poche d'en arrière. »


Sur un lit, MAËL se dandine en couinant. ALEXIA le capture.


ALEXIA

Oui. Oui, là, il faut qu'on

aille mettre le pyjama.

Il faut qu'on aille

brosser les dents, OK? Oui.


NANCY DOYON

C'est certain

que les parents peuvent avoir

l'impression que l'enfant fait

ça contre eux, qu'il cherche à

les narguer, qu'il cherche à les

confronter. Mais, dans le fond,

l'enfant fait pas ça contre ses

parents, mais pour lui. Dans

le sens où, ce qu'il cherche à

faire, c'est à bien définir :

« Où est-ce que j'ai le droit

de décider et où est-ce que j'ai

pas la possibilité de décider. »

Il ne peut pas toujours

comprendre, à 2 ans,

pourquoi dans telle situation

j'ai le droit de décider

et dans telle autre, non.


DAVID et NADINE mettent leurs enfants au lit.


NARRATEUR

Les enfants au lit,

après une journée bien remplie,

les parents se retrouvent pour

souper entre adultes afin de

poursuivre l'échange sur la

phase du non. Nancy Doyon a

été invitée à se joindre à eux.


Autour d'une table, DAVID, NADINE, BENOÎT, ALEXIA et NANCY DOYON mangent et discutent.


NANCY DOYON

Des fois, je trouve que,

la non-intervention est la

meilleure intervention. Entre

autres avec les petits, où

j'ai un tout-petit qui refuse

de s'habiller pour partir à la

garderie, bien je pourrais-tu

mettre simplement son manteau

dans un sac, puis partir

comme ça pour qu'il constate

qu'il fait froid, puis que

il comprenne pourquoi il

doit mettre un manteau.

Puis là, aujourd'hui,

il va avoir froid, mais

c'est pas grave, demain,

tu le mettras ton manteau.


ALEXIA

Nous, on l'a fait avec Maël,

puis ça a tellement bien marché,

ça. C'est ça, on l'a laissé

sortir, il a eu froid, puis

maintenant, il s'en souvient...

Puis, même si ça lui tente pas,

je vais dire : « Mais là, on

va mettre ton manteau pour

pas que tu aies froid. »,

puis là : « Ah, OK. »


DAVID

Moi, je me demandais, il nous

arrive des situations des fois

où on corrige l'enfant, puis

l'enfant dit : « Je t'aime

pas. ». C'est comme si, tu

es pas un bon parent, là.


NANCY DOYON

Oui, oui. T'es pas fin.

Je t'aime plus. Je veux

déménager. Hé, puis chez

les parents qui sont séparés,

il y a aussi l'espèce de...

« Bien, mon père est plus

gentil, je veux m'en aller

rester chez papa. Oui. »


DAVID

Tu sais, moi j'ai tendance à en

mettre plus, à ridiculiser la

patente. « Bien non, regarde, je

suis pas un bon parent, je suis

pas bon, puis t'auras jamais

le choix de rien... », puis là,

je rempire la patente. Ils

finissent par comprendre

que, là, c'est pas vrai.


NANCY DOYON

Bien, le sarcasme, en fait,

avec certains enfants, le

sarcasme, ça peut bien faire,

puis il y a d'autres enfants qui

peuvent mal réagir. Encore là,

il faut s'adapter. Mais j'aime

ça ce que tu dis, parce qu'il y

a des parents qui prennent

ces menaces-là ou qui prennent

ce rejet-là au sérieux. Il faut

vraiment comprendre que les

enfants, eux autres, ils vivent

dans le ici et maintenant. Ça

fait que, quand ils sont fâchés,

puis qu'il disent : « Je t'aime

plus. », bien ils vous aiment

vraiment plus, mais dans la

seconde qu'il y a là. Dans

8 secondes, ça va être passé.

Ils vont vous aimer encore,

mais là, là, là, dans le fond,

ce qu'ils veulent vous dire

c'est : « J'aime pas ce que tu

me dis. J'aime pas ce que tu me

fais. » Ça fait que, tu sais,

ça peut être de répondre par

l'humour ou bien moi, ce que

j'aime bien, c'est de dire :

« Ah, ouais, toi tu m'aimes

pas? Bien, moi je t'aime

encore, même quand je suis

fâchée contre toi. » Ou de

refléter l'émotion, de dire :

« Ouais, là, tu dis que

tu m'aimes pas, mais

je pense surtout que tu

es en colère contre moi. »


ALEXIA

Ouais, mais c'est dur...

En tout cas, moi, je trouve

que c'est difficile des fois

de dire, justement, d'avoir

cette attitude-là de dire :

« Bien moi, je t'aime quand

même. » Il y a des fois où

tu as le goût de pogner

les nerfs aussi, tu sais...


NANCY DOYON

J'hais pas l'idée, moi, que

comme parents, des fois, on se

fâche, puis qu'on leur montre

qu'on est fâchés. De vraiment

dire : « Là, là, je suis fâchée.

Là, je vais aller me calmer le

pompon dans ma chambre, puis

je me retire. Je m'auto-retire

dans ma chambre le temps de

me calmer. » Ça fait que ça

peut être intéressant, ça.


ALEXIA

M'excuser, ça, ça a été dur.

À n'importe quel âge, avec les

enfants, d'apprendre à dire :

« OK, je respire, là j'ai

vraiment fait une niaiserie. »

Même si j'ai encore envie de le

tuer, je vais comme m'assoir

puis dire : « OK, là c'est vrai

que je suis allée trop loin.

Désolée. » M'excuser, c'est

ça, c'est vraiment...


NADINE

On leur demande de le faire,

quelque part, on est le modèle

aussi, si nous on est pas

capable de le faire, là.


NANCY DOYON

Puis, on est modèles avec les

enfants, quand on se trompe.

Puis, dans le fond, nos erreurs,

comme parents, sont des superbes

opportunités pour les enfants,

parce qu'ils apprennent que même

les meilleurs leaders peuvent se

tromper et qu'ils sont capables

d'assumer leurs erreurs la tête

haute. Mais, si je peux me

permettre, je vais donner un

petit cours d'excuse 101. Il y

a des parents qui s'excusent

en disant : « Écoute, maman

s'est choquée ce matin,

j'ai crié fort, mais tu sais

que ça faisait huit fois

que je répétais, hein? »


Les convives rient.


NANCY DOYON

Là, je suis un parent qui

s'excuse pas, je suis un

parent qui cherche des excuses.


NADINE

Tu remets encore...


NANCY DOYON

Exact. Mais si je peux faire

exactement la même chose, mais

juste en changeant ma phrase de

bord, je pourrais dire : « Tu

sais, ce matin, j'ai répété

plusieurs fois. J'étais fâchée,

parce qu'on était en retard,

mais j'aurais jamais dû

crier comme je l'ai fait.

Je suis vraiment désolée. »


ALEXIA et BENOÎT discutent.


ALEXIA

La phase du non, ou le

« terrible 2 », pour nous,

c'est une période parmi tant

d'autres. Mais, en même temps,

ils sont tellement

cute à deux ans.

Ils sont encore en couche,

ils sont encore tout potelés,

ils commencent à parler, à

communiquer, puis on voit

leur personnalité aussi qui se

développe devant nos yeux, puis,

ça, tu sais, oui peut-être qu'il

y a plus de batailles, mais,

en même temps, c'est comme...

Surtout quand on en a

plusieurs, on a comme...

J'ai comme l'impression que

c'est aussi... ils se forgent

leur place dans la famille.


BENOÎT

Puis juste la manière qu'ils

s'opposent, la manière, les

trucs pour lesquels ils vont

être sensibles, c'est une

manière de les connaître

aussi. C'est une autre

manière. Ça va tout ensemble.


Les parents des deux familles surveillent leurs enfants qui jouent dans un parc.


DAVID

Ça ramène des

questionnements... Ah,

ils font ça de même eux

autres, ils sont vraiment

le contraire de nous

autres... On est-tu dans le

champ? Non, c'est peut-être

pas ça, c'est juste des

façons différentes de...


NADINE

Tu sais, vraiment, sur certains

points où vraiment des écarts

importants dans nos types

d'interventions où je pense que

ça t'amène... Ça te questionne

encore plus sur : « OK, eux

autres, ils font ça comme

ça. Ah ouais? » Je pense

que la réflexion va durer

peut-être plus longtemps.


DAVID

Oui.


BENOÎT

Je suis agréablement surpris,

en fait. Je me suis plus amusé

que ce que j'aurais cru... Je

pense aussi que j'en ai retiré

quand même pas mal. Nancy, j'ai

trouvé qu'elle donnait des bons

points. J'étais agréablement

surpris par son expertise.


ALEXIA

C'était un échange, là. S'il y

avait comme un mot pour décrire

l'expérience, c'est vraiment

ça. On se faisait pas faire

la leçon, puis, au contraire

que, oui, c'était un échange

entre êtres passionnés. C'est

vraiment... ça paraissait que

tout le monde, surtout au souper

hier, on était vraiment animés

par la discussion parce

que, veut, veut pas, c'est

au coeur de notre vie d'être

parents, puis les enfants.


Les membres des deux familles se saluent et se disent au revoir.


NARRATEUR

Découvrez la

section Rencontre de parents,

dans laquelle vous retrouverez

un forum de discussion où il est

possible de poser des questions,

faire part de ses préoccupations

et proposer trucs et astuces

en ce qui a trait à la vie

de famille à l'adresse :

TFO.org/parent.


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