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Parent un jour, parent toujours

Des trucs et astuces qui permettent de réfléchir sur l'éducation des enfants en valorisant l'expérience des papas et des mamans d'aujourd'hui. Deux sympathiques familles se rencontrent pour une fin de semaine afin de vivre toutes sortes d'activités qui leur permettent d'échanger sur un thème précis lié à l'éducation des tout-petits. Un spécialiste se joint à la bande pour approfondir davantage le sujet et proposer d'autres solutions aux défis quotidiens que représente l'éducation.

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Où on va quand on meurt?

Perdre un être cher n’est jamais une épreuve facile à vivre. Comment annoncer une telle nouvelle à un jeune enfant ? Est-il traumatisant ou salutaire de le faire participer aux rites funéraires ? Comment accompagner son enfant dans le deuil lorsqu’on souffre nous aussi ? Une travailleuse sociale qui se spécialise sur la question apporte des réponses à deux familles qui ont vécu un deuil récemment.



Année de production: 2012

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VIDÉO TRANSCRIPTION

Intertitre :
Album de familles


La photo d’une famille est présentée.


NARRATEUR

Voici la famille

Dion-Tardif : maman Sylvie et

ses quatre mignons petits bouts

de chou.


SYLVIE DION

Je vous présente Laurence, ma

grande fille qui a 6 1/2 ans.

Ensuite, mon garçon Xavier qui

va avoir 5 ans dans un mois.

Puis Frédérique qui est ma

troisième, qui a eu 2 ans le 4

juin. Puis mon petit dernier,

Charles-Christian, qui a eu 9

mois le 5 juin.


La photo d’une autre famille est présentée.


NARRATEUR

Voici la famille

Delisle-Daigle : papa Jean-Sébastien,

maman Marie-Anne et

leurs adorables trésors.


JEAN-SÉBASTIEN DELISLE

Je vous présente mes garçons :

il y a Jules qui a 4 1/2 ans, il

y a Léo qui a 5 1/2 ans.

Leur maman biologique est

décédée alors que Jules avait 1 an

et Léo avait 2 ans. Puis

Marie-Anne, qui est ma nouvelle

conjointe, puis dans les faits

aujourd’hui, bien, la maman des

enfants.


NARRATEUR

Bien que ces

parents ne se connaissent pas,

ils ont accepté de passer une

fin de semaine complète ensemble

pour échanger sur une réalité

qui les rapproche intimement :

le deuil chez les jeunes

enfants. Ces familles ont toutes

les deux été éprouvées par la

mort d’un être très cher.

Quel mot choisir pour expliquer

cette vie qui s’éteint? Est-il

bon de les faire participer aux

rituels? Comment bien les

accompagner dans ce deuil qui

leur fait vivre toutes sortes

d’émotions? Autant de questions

qui assaillent les papas et les

mamans qui voient leurs petits

confrontés à cette expérience

douloureuse qui n’épargne

personne, peu importe l’âge.


Titre :
Parent un jour, parent toujours: Où on va quand on meurt?


SYLVIE DION

Un mois après le décès à

Christian, j’ai eu l’heureuse

nouvelle... j’ai appris que

j’étais enceinte du quatrième.

Puis c’était une surprise, en

fait. Bien, il

s’appelle Charles-Christian

parce que... en l’honneur de son

père.

C’est tellement une belle chose

qu’il m’a laissée, ça été...

c’est une partie de lui qu’il me

laissait en dedans de moi.

Tu sais, c’est... Ça m’a permis

de... de survivre, tu sais.


SYLVIE DION donne le bain à ses enfants.


SYLVIE DION

Encore.


FRÉDÉRIQUE DION-TARDIF

Encore du café.


SYLVIE DION

Qu’est-ce qu’il

faut que je fasse?

Souffle?


FRÉDÉRIQUE DION-TARDIF

Oui.


LAURENCE DION-TARDIF

(Regardant un album photo)

Mon papa, il a été malade en

février, mais je ne sais pas

c’est quoi la date. C’est en...

oui, en 2012. Hum... Mon père,

lui, il était... il habitait

dans l’Armée, lui. Il a eu une

grosse pompe, un sac d’air

jusqu’ici. Puis l’air qui

sortait par son nez, revenait

dans sa bouche pour qu’il

continue à respirer.


NARRATEUR

Le papa de Laurence

a succombé à un cancer du poumon

foudroyant. Les premiers

symptômes de toux sont apparus

au mois de novembre. À peine

trois mois plus tard, Christian

décédait à 32 ans. Lui qui

n’avait pourtant jamais fumé.


LAURENCE DION-TARDIF

(Commentant par la suite)

Il est rendu dans le ciel,

c’est une étoile! Ou un ange.

Je trouve qu’il est beau puis je

m’ennuie de lui en plus.


JOSÉE MASSON, une travailleuse sociale, vient rejoindre les enfants durant ce weekend et discute avec eux.


JOSÉE MASSON

Est-ce que vous le savez, vous

autres, mon nom?


LAURENCE DION-TARDIF

Josée!


JOSÉE MASSON

Josée.


LÉO DELISLE-DAIGLE

Josée.


JOSÉE MASSON

Josée! Est-ce que vous savez

c’est quoi mon travail?


LAURENCE DION-TARDIF

Toi, t’aimes ça parler des

personnes qui sont mortes.


NARRATEUR

En effet, Josée Masson

a développé une expertise

rare en matière de deuil chez

les tout-petits. Travailleuse

sociale, auteure et

conférencière, elle a créé

l’organisme Deuil-Jeunesse dont

la mission est de soutenir,

informer et intervenir sur la

problématique du deuil vécu dans

l’enfance et l’adolescence.

Cette maman accompagne des

familles et des jeunes qui

vivent un deuil ou qui

accompagnent un proche souffrant

d’une maladie grave.


JOSÉE MASSON donne une entrevue.


JOSÉE MASSON

Le jeune, à partir du moment où

il apprend : papa est mort...

je vais vous définir un peu

comment ils vivent ça. Ils

deviennent étourdis, OK, c’est

comme un étourdissement qui se

prolonge dans le temps.

Hein, ce qu’on appelle souvent

le choc, OK. Plus faim, mal au

ventre, mal au cœur, plus

capable de se concentrer, ça

donne une chaleur... Ça, les

enfants le vivent, même très

jeunes. Ils ont l’impression

qu’ils sont anormaux, qu’ils

sont fous. Ils ne comprennent

pas ce qui se passe en dedans

d’eux. Ça revient à l’adulte de

leur dire : « Ce que tu vis,

c’est normal. Et en plus, il y a

un mot pour ça. » Ça fait qu’en

leur disant que ça s’appelle le

deuil, ils vont faire : « Hé,

s’il y a un mot qui existe,

c’est parce que c’est vraiment

normal. »


SYLVIE DION regarde des vidéos avec ses enfants.


SYLVIE DION

Te rappelles-tu de ça?


LAURENCE DION-TARDIF

Oui.


LAURENCE DION-TARDIF

(Chantant)

♪ Bonne fête papa! ♪


NARRATEUR

Sylvie et ses

enfants ont tenu à souligner

l’anniversaire de Christian

malgré son départ. Les rituels

pratiqués après le décès

représentent une façon très

personnelle de garder vivant le

souvenir d’une personne qui nous

était très chère.


LAURENCE DION-TARDIF

♪ Bonne fête papa! ♪


JOSÉE MASSON

(Poursuivant l’entrevue)

Je pense que quand on fait ce

genre de rituel là, il faut

s’assurer que les jeunes savent

à quoi ils vont être exposés et

il faut entendre qu'est-ce

qu'ils ont le goût de faire pour

participer. Et s’il y en a qui

ont le goût d’être plus effacés,

il va falloir qu’on respecte ça.

Souvent la première année les

gens vont le faire beaucoup

beaucoup beaucoup, après ça, ils

ne savent plus trop quoi faire

avec ça par contre. Tu sais, ils

vont faire premier anniversaire,

première date de son décès,

premier Noël sans papa où on va

en parler beaucoup. Alors il va

y avoir ça. Le danger, c’est que

ça s’arrête. On est mieux de

cibler lequel on va faire, puis

le poursuivre peut-être toute

notre vie, OK. Que d’en faire

plein au début, puis après ça ne

plus en faire puis que le jeune

fasse : « Bien voyons, on ne

l’aime plus? Je suis-tu la seule

à l’aimer encore, moi? »


La famille Deslisle-Daigle regarde des images de la mère biologique sur un ordinateur.


JEAN-SÉBASTIEN DELISLE

Qui est dans le ventre?


JULES DELISLE-DAIGLE

Léo!


JEAN-SÉBASTIEN DELISLE

C’est toi.


LÉO DELISLE-DAIGLE

Maman Dominique.


JEAN-SÉBASTIEN DELISLE

Hein, c’est qui ça?


JULES DELISLE-DAIGLE

Ah, c’est moi.

Bien, Dominique c’est elle et

ça, c’est moi. C’est notre maman

et on l’aime beaucoup.


LÉO DELISLE-DAIGLE

Oui, elle est dans notre cœur.

Maintenant elle est morte. Puis

Marie-Anne, c’est notre maman

adoptive. Bien moi, quand je

pense à maman Dominique, je

pense qu’elle est gentille, elle

est très très belle.


JULES DELISLE-DAIGLE

Moi, je pense que maman

Dominique, elle m’aime. Et elle

est toujours fière de moi.


JEAN-SÉBASTIEN DELISLE donne une entrevue.


JEAN-SÉBASTIEN DELISLE

Dominique avait 33 ans quand

c’est arrivé. Et puis, pour

faire une histoire courte : maux

de cœur, ne file pas, un peu

symptôme style gastro.

Et puis elle me dit : « Appelle

mon père qu’il vienne chercher

les enfants. Comme ça demain,

moi, je vais pouvoir rester

couché, me reposer. » Je me

lève, ni vu ni connu, il est 6 h

le matin. Je vais prendre ma

douche puis je rentre dans la

chambre. Je vois les yeux mi-

ouverts puis je m’approche

d’elle : « Ah, t’es réveillée? »

Puis il n’y a aucune réponse.

Puis je saisis les bras puis ils

sont raides. Et puis on a appris

quelques jours plus tard qu’elle

avait fait un ACV.

Jules venait tout juste de

rentrer à la garderie, il avait

17 mois. Puis Léo avait 28 mois.

Donc moins de 1 1/2 an et moins

de 2 1/2 ans.


JEAN-SÉBASTIEN DELISLE

(Arrivant avec des assiettes)

On va mettre la table, mon loup.


JULES DELISLE-DAIGLE

Oui.


JEAN-SÉBASTIEN DELISLE

Qui s’assoit où ce soir?


JULES DELISLE-DAIGLE

Là, c’est Marie-Anne.


JEAN-SÉBASTIEN DELISLE

Face à face, comme d’habitude.

Marie-Anne ici?


JULES DELISLE-DAIGLE

Oui.


JOSÉE MASSON

(Poursuivant l’entrevue)

La routine de vie, quand il y a

le deuil d’un papa, d’une maman

ou d’un frère ou d’une sœur,

hein, c’est beaucoup quand ça

touche la maison, c’est là...

là, souvent, on perd le

contrôle. Alors que

malheureusement, la sécurité,

ils vont l’avoir dans la

routine. Elle est essentielle.

Il faut la continuer, mais il

faut que le parent

— je vais

l’appeler le parent survivant —

il faut que le parent survivant

soit conscient que là, sa vie

n’est pas celle d’avant, c’est

une nouvelle vie. Et même au

niveau des routines, ça va être

nouveau. Il faut l’établir de

façon constante le plus vite

possible. Encore des

conséquences, encore des règles,

encore de la constance.

Ça va être la clé du succès.


JEAN-SÉBASTIEN DELISLE arrive dans la chambre de ses enfants pour leur lire une histoire.


JEAN-SÉBASTIEN DELISLE

Êtes-vous confortables?


JULES DELISLE-DAIGLE

Oui. Lucie est partie.


JEAN-SÉBASTIEN DELISLE

Ça fait longtemps qu’on l’a pas

rencontrée, hein?


JULES DELISLE-DAIGLE

Oui.


JEAN-SÉBASTIEN DELISLE

(Lisant un livre)

"Zelda était une petite oie

très heureuse. Elles

partageaient toutes leurs

découvertes."


LÉO DELISLE-DAIGLE

Une chenille.


JEAN-SÉBASTIEN DELISLE

(Poursuivant la lecture)

Quoi? Lucie est partie en voyage

et elle ne m’a même Elle chercha

très loin sous la terre.


JEAN-SÉBASTIEN DELISLE

(Commentant par la suite)

C’est une histoire que j’ai lue et

relue assez souvent.

Et puis qui me touche encore

aujourd’hui beaucoup.

(Poursuivant la lecture)

"Zelda trouva le jardin désert.

Elle regarda derrière chaque

laitue. Personne.

(Poursuivant l’entrevue)

Non seulement

Léo en a parlé en classe, mais

Jules aussi la connaissait par

cœur un moment donné. Puis Léo

a dit en classe qu’il savait la

fin de l’histoire, qu’il savait

que le personnage ne reviendrait

pas ou mourrait. Puis que lui

l’avait vécu, puis il racontait

comment ça s’était passé pour sa

maman et pour lui devant ses

petits camarades de classe.


LÉO DELISLE-DAIGLE

Elle est partie pour toujours.


JEAN-SÉBASTIEN DELISLE

Bien oui.


NARRATEUR

Léo n’est pas le

seul à aborder la mort sans

malaise. Il est même fréquent

que les enfants parlent

ouvertement de l’être cher

décédé à des inconnus qu’ils

croisent par hasard, et ce, en

toute circonstance.


JOSÉE MASSON

(Poursuivant l’entrevue)

Quand ils disent : « Ma mère

est morte. », à l’épicerie, ils

sont en train de dire : « Je

m’ennuie de maman. » Ils sont

peut-être en train de dire : «

Tu lui ressembles vraiment. » En

arrière de : maman est morte,

c’est : moi, j’ai l’air d’aller

bien comme ça, mais j’ai de la

peine.

Il ne faut jamais que nos

enfants sentent un nuage de

honte. Écoutez, vivre la mort

d’un parent quand t’es tout

petit ou d’un frère, d’une sœur

ou d’une grand-maman qu’on aime

de tout notre cœur, c’est gros

de même dans leur vie. C’est

énorme.


La famille Delisle-Daigle arrive à la maison de la famille Dion-Tardif.


MARIANNE

En marchant.


SYLVIE DION

Allo, moi c’est Sylvie!


MARIANNE

Bonjour! Marie-Anne.


SYLVIE DION

Allo Marie-Anne!


JEAN-SÉBASTIEN DELISLE

Jean-Sébastien.


SYLVIE DION

Allo Jean-Sébastien!

Laurence...


NARRATEUR

Tout parent qui

doit annoncer la mort d’une

personne importante dans la vie

de ses petits chéris se demande

quelle est la meilleure façon de

le faire. Le plus simplement du

monde, nous dit Josée Masson, en

évitant les détours, en disant

la vérité sur les circonstances

du décès et idéalement le plus

rapidement possible.


Les deux familles s’installent à l’extérieur pour un pique-nique.


JEAN-SÉBASTIEN DELISLE

(S’adressant à SYLVIE DION)

Comment tu leur dis ça que leur

parent est décédé? Toi, il y a

eu un laps de temps qui s’est

passé, puis un moment donné

c’est arrivé. Comment vous les

deux côtés?

Parce qu’il y a le temps qui

passe vers ça, puis ça, ça

arrive finalement.


SYLVIE DION

Moi, j’étais trop en peine pour

l’expliquer, ça fait que j’en ai

parlé avec Christian. Et puis

c’est lui qui m’a dit : « Bien,

c’est à moi à faire ça. Je vais

leur expliquer comment ça va se

passer puis tout ça. » Christian

a expliqué à Laurence, en fait,

que les médecins avaient tout

essayé pour guérir papa, puis ça

n’avait pas fonctionné. Ça fait

que papa allait mourir. Puis ça,

il a expliqué ça, dans le fond,

quelques heures avant sa mort,

en fait.


SYLVIE DION

Laurence, veux-tu faire manger

ton petit frère?


LAURENCE DION-TARDIF

OK.


SYLVIE DION

(Poursuivant son récit)

Quand on est retournés à la

maison, il était 6 h du matin,

puis les enfants venaient de se

réveiller, puis c’était pas

Noël, c’était pas comme Noël.

J’ai assis les enfants alentour

de moi, puis j’ai pris

Frédérique sur moi. Puis

Laurence m’a demandé pourquoi je

pleurais. Ça fait que là, j’ai

expliqué à Laurence que...

ce que papa lui avait dit dans

la journée, bien, c’était

arrivé. Que papa était mort,

puis que... on n’aurait plus de

papa puis tout ça. Ça fait

que... c’est ça. Ça fait que là,

bien, une crise de larmes s’en

est suivie des deux enfants en

fait, parce que Frédérique, elle

n’a pas nécessairement compris

ça. Mais ça duré 10 minutes, puis

après ça ils ont dit : « Bon

bien, OK, j’ai faim. »


JOSÉE MASSON

(Poursuivant l’entrevue)

Idéalement, l’annonce devrait

se faire tous les enfants

ensemble. Pourquoi? Parce que la

personne qui va annoncer,

principalement le parent si

c’est possible, sinon une

personne significative. Donc, la

personne qui l’annonce devrait

le faire à tout le monde en même

temps parce que si on le fait de

façon séparée, on a deux dangers:

le premier c’est de ne pas se

rappeler ce qu’on a dit au

premier puis à l’autre.

De penser qu’on a dit les mêmes

détails. On est dans un contexte

de détresse, hein, on est dans

un contexte où il y a beaucoup

d’émotions, c’est très chargé.

Alors on peut omettre un détail

très très très important à

l’autre. Et là, ce qui peut

arriver c’est : « Comment ça tu

ne me l’as pas dit? Pourquoi je

n’ai jamais su? Pourquoi? » OK,

ça fait qu’il y a ça.

Ensuite, il y a tout l’aspect de

la rivalité fraternelle. À qui

on le dit en premier puis

pourquoi? Puis après ça, je vous

le dis des fois 20 ans plus

tard, 40 ans plus tard, à Noël

ça sort encore. « On sait bien,

toi, tu l’as su en premier que

papa était mort. » Tout ce que

ça peut créer comme rivalité.


SYLVIE DION

(S’adressant à JEAN-SÉBASTIEN DELISLE)

Les enfants ne sont pas allés à

l’hôpital la voir?


JEAN-SÉBASTIEN DELISLE

Non, c’était trop subit. Elle

était dans le coma, elle était

avec le respirateur puis tout

ça. Puis comme je n’avais pas

consulté, je n’avais pas eu

d’outils encore pour savoir avec

ça. Ils sont venus pour les

funérailles, ils sont venus pour

la mise en terre aussi. Ils ont

tout participé à ça, mais avant

ça, on était tous mal pris. On

se disait : « Est-ce qu’on dit

ça? » Il fallait que j’aille

voir une ressource avant. Ça

fait que le temps que tu passes

à travers un peu tes émotions

puis que tu consultes, ça pris

peut-être 10 jours.


Des images de militaires entrant à l’église en portant un cercueil sont présentées.


NARRATEUR

Après le décès,

viennent les rites : le salon

funéraire, la messe,

l’enterrement ou tout autre

rituel selon la confession

religieuse des endeuillés.

Pour ne pas traumatiser leurs

petits, plusieurs d’entre nous

hésitent à les inviter à y

participer.


SYLVIE DION

Encore là, tu sais, je ne savais

pas trop quoi faire.

J’ai dit : « Bon, je ne veux pas

qu’ils aient peur. Ils vont-tu

être traumatisés? Je les amène-

tu? » Puis tout ça.

J’ai dit : « Je ne veux pas

regretter, qu’ils me disent

bien, tu sais, tu ne m’as pas

amené. » Ou c’est ci, c’est ça.

Ça fait que j’ai dit : « Bon,

bien, tu sais, je avec les peurs

ou peu importe qu’est-ce qui

arrivera. »

Puis là, bien, j’ai demandé au

monde : « Ça vous dérange-tu si

j’y vais toute seule en premier,

toute seule avec Laurence, puis

toute seule avec Xavier. » Ça

fait que je suis allée... en

fait, j’ai amené Laurence puis

là, j’ai dit à Laurence :

« Bien, regarde, papa est là. »

Puis tout ça. Ça fait que là,

elle l’a regardé puis elle s’est

mise à pleurer. Puis...

elle m’a dit : « C’est vrai, là,

papa est mort. Il ne pourra plus

jamais nous prendre dans ses

bras. »


Des images de la cérémonie de l’enterrement sont présentées.


JOSÉE MASSON

(Poursuivant l’entrevue)

C’est important qu’ils sachent

qu’ils peuvent assister. Ça,

c’est la première chose. On est

qui, comme adulte, pour empêcher

un enfant de dire un dernier au

revoir à son papa ou à sa maman,

à son frère, sa sœur, sa grand-

mère? Peu importe, hein.

Alors quand on empêche nos

jeunes d’assister aux rites

funéraires, c’est comme s’ils

étaient dans la disparition.

Et ils vont souvent attendre le

retour parce qu’ils ne sont pas

dans la réalité.


Les deux familles visitent ensuite un musée où il y a une exposition sur les papillons.


JEAN-SÉBASTIEN DELISLE

Est-ce qu’il vole encore ce

papillon-là, tu penses?


LÉO DELISLE-DAIGLE

Non. Ils ne sont plus vivants,

ils sont morts.


JEAN-SÉBASTIEN DELISLE

Il y en a-tu qui sont vivants,

ici, des papillons?


NARRATEUR

Sujet complexe,

s’il en est un, la mort est

encore de nos jours taboue.

C’est pourquoi, lorsqu’elle

frappe à la porte de notre

petite famille, on ne sait pas

toujours comment l’expliquer à

nos enfants. Selon Josée Masson,

la première étape avant même

d’incorporer toute notion de

croyance est d’aborder avec nos

enfants l’aspect purement

physiologique de la chose,

c’est-à-dire l’arrêt du

fonctionnement du corps.


JOSÉE MASSON

(Poursuivant l’entrevue en commentant l’activité)

De voir des insectes vivants et

des insectes morts, ce que ça va

amener, ça va être vraiment

l’aspect de la finalité de la

vie. Ça, c’est la première chose

que nos jeunes doivent saisir.

Nos jeunes s’attendent à ce que

leur parent réapparaisse à

quelque part, peu importe

comment, mais à quelque part.

Alors en utilisant les insectes

comme ça, ça va leur permettre

de résonner ça. « Non, c’est

vrai, il ne peut pas. Donc,

maman non plus ne peut pas. »

De voir le corps, ça sert à

réaliser l’arrêt du

fonctionnement du corps. C’est

ça qui est important. Puis les

gens ont beaucoup peur du

traumatisme, mais ce que les

enfants nous disent c’est :

« Une chance que je suis allé

parce que sinon je n’aurais pas

cru. » C’est ça qu’ils vont nous

dire. C’est des moments aussi où

ils vont s’en rappeler plusieurs

années plus tard. Et quand ils

sont au niveau cognitif dans le

moment important de la

compréhension de la mort, ils

vont faire : « Ah oui, je me

rappelle. Je me rappelle quand

je suis allé à l’hôpital. Ah

oui, c’est vrai, il était froid,

c’était plus dur, c’était pas

pareil comme... » Puis : « Ah,

c’est pas comme dormir, là.

Mourir c’est vraiment être mort.

Il y a dormir, puis il y a

vivre. »


NARRATEUR

Les enfants au lit,

épuisés par une journée intense,

les parents se retrouvent pour

un bon repas en compagnie de

Josée Masson afin de poursuivre

l’échange sur les jeunes et la

mort.


SYLVIE DION

Ça me fait plaisir de vous

rencontrer puis de vous inviter

à souper ce soir chez nous.

Ça fait qu’à ce souper!


JEAN-SÉBASTIEN DELISLE

Merci à toi!


MARIANNE

Merci!

(S’adressant à JOSÉE MASSON)

Quelles sont les erreurs que tu

voies le plus fréquemment dans

qu’est-ce qu’on dit aux enfants?

Qu’est-ce qu’on ne devrait pas

dire?


JOSÉE MASSON

Les plus grandes erreurs sont

celles d’expliquer la mort par

la croyance et de faire comme si

c’était que ça, tu sais.

« Maman est morte, elle est au

ciel. » Mais qu’on a pas la

finalité de la vie, qu’on n’a

pas la mort, tu sais : « Maman,

elle est morte. » Puis on a de

la misère à parler des croyances

après. Ce qu’on entend le plus

souvent c’est : « Maman est

partie. » Ça, il faut faire

attention. Partir, c’est un

abandon. C’est que j’ai décidé

de faire mes bagages et de

partir. Tu sais, à 4 ans, 5 ans,

partir c’est partir, hein, et

c’est revenir. Et l’attente va

être pénible. Partir en voyage

c’est... la mort n’est pas un

voyage, ce n’est pas ça. Ce

n’est pas Cuba, il n’y a pas de

retour, hein, ce n’est pas un

voyage. C’est pas non plus Jésus

ou un dieu quelconque qui a

décidé de cette mort-là.

Parce que si c’est ça, on va

comme faire croire aux enfants

que c’est peut-être le prochain,

puis c’est peut-être la

prochaine, puis c’est qui le

prochain? Puis c’est quelqu’un

d’autre qui décide alors que

c’est une mort subite créée par

quelque chose au niveau du

corps, c’est une maladie, c’est

un accident... Tu sais, peu

importe, mais ce n’est pas une

décision. Ce n’est pas dormir.

Mourir ce n’est pas dormir.

Ça, c’est une des plus grandes

erreurs avec les tout-petits.

T’as peur de ta propre mort

quand t’es tout-petit puis que

tu penses que c’est ça, tu ne

peux plus dormir, peut-être que

ça va arriver là. Et vous avez

besoin de dormir, hein. Et là,

si nos enfants pensent que

mourir c’est dormir, ils vont

vous réveiller 15 à 20 fois par

nuit pour s’assurer que vous

dormez vraiment et que vous

n’êtes pas mort. Parce que

l’anxiété est vraiment présente.

L’autre grande maladresse c’est

d’arrêter de parler de la

personne qui est décédée, de ne

pas préserver le souvenir. On

voit ici plein de photos. Elles

sont importantes ces photos-là.

Elles sont importantes parce que

c’est ce qui reste de cette

personne-là importante. Quand on

enlève tous les souvenirs, les

enfants doivent se les créer et

malheureusement, à l’âge où ils

ont vos enfants, un moment donné

ils vont se rendre compte qu’ils

n’en ont plus beaucoup de

souvenirs vivants. Alors c’est

tout ce qu’on va laisser à leur

disposition qui est important.

À la limite, si on ne veut pas

que dans notre maison ce soit

très très présent, on met ça

dans une boite puis on laisse

les enfants jouer dedans.


SYLVIE DION

Moi, Laurence, elle m’a

demandé, elle dit : « Maman, si

tu meures... » Elle m’a demandé

si ça allait être Laurence qui

allait prendre soin de la

famille.


JEAN-SÉBASTIEN DELISLE

Ah, ouin...


SYLVIE DION

J’ai allaité mon dernier puis

elle dit : « Comment je vais

faire pour allaiter, pour

nourrir mon petit frère? »


JEAN-SÉBASTIEN DELISLE

Petite chouette.


JOSÉE MASSON

Il ne faut pas se donner la

mission de faire que nos enfants

n’ont plus peur parce qu’elle

est plus normale leur peur.

Alors on va l’accepter cette

peur-là. Tout ce qu’on peut

faire c’est de dire : « Moi non

plus je ne veux pas mourir. » On

va aller les rassurer au moins,

OK. « Moi non plus je ne veux

pas mourir, puis moi non plus je

ne veux pas que tu meurs. Puis

là, on est ensemble, puis c’est

ça qui est important. Non ma

belle, non ce n’est pas toi qui

vas s’occuper de tes petits

frères puis tes petites sœurs. »

Tu sais, il y a beaucoup de

parents qui disent à leurs

enfants : « Si jamais il nous

arrive quelque chose, c’est

mononcle Yvon et matante Diane

qui vont s’occuper de toi. » Tu

sais, il y en a beaucoup qui le

savent et d’emblée c’est

rassurant.

Je vous regardais aller

aujourd’hui puis c’est vraiment

un gros bravo parce que ça

transparaît que vous avez gardé

la communication. Ça fait que je

veux vous dire bravo.


SYLVIE DION

Ah, bien, ça mérite un toast.


Le lendemain, les deux familles font du bricolage.


SYLVIE DION

Hein, les amis, est-ce que ça

vous tente de faire un

bricolage?


ENSEMBLE

Oui!


SYLVIE DION

Est-ce que ça vous tente de...


LAURENCE DION-TARDIF

J’ai déjà mon idée.


SYLVIE DION

... est-ce que ça vous tente de

dessiner qu’est-ce que

représente papa pour vous autres

aujourd’hui, puis maman?


LAURENCE DION-TARDIF

Je sais déjà quoi faire.

Puis votre maman.


SYLVIE DION

Mais là, papa, il est rendu où?


LAURENCE DION-TARDIF

Bien, il est dans le ciel,

c’est une étoile.


SYLVIE DION

Puis toi, ta maman, elle est

rendue où?


LÉO DELISLE-DAIGLE

Bien, elle est rendue très loin

dans le ciel.


SYLVIE DION

Puis elle est-tu ici?

Elle est-tu dans ton cœur?


JULES DELISLE-DAIGLE

Oui, elle est toujours dans mon

cœur.


JOSÉE MASSON

(Poursuivant l’entrevue)

Après avoir parlé de l’arrêt du

fonctionnement du corps, les

croyances rentrent, hein. Parce

qu’on a tous des croyances.

Puis elles sont importantes, les

croyances. Elles nous aident à

donner un sens. Les croyances

nous aident à aller mieux dans

les moments les plus difficiles.

Les croyances nous aident à

donner une forme à notre deuil.

Le problème que moi j’ai

constaté dans mes années de

pratique, c’est que souvent on

impose notre croyance aux

enfants. Alors on leur dit :

« Papa est mort, il est allé

rejoindre le petit Jésus. » Mais

là, dans leur cours d’éthique et

de culture religieuse, ils

n’entendent plus parler du petit

Jésus, puis maman n’est pas

pratiquante, ça fait qu’elle ne

va pas plus à l’église. Et ça ne

cadre plus, hein, ça ne cadre

plus dans leur... Et ça ne vient

pas donner l’effet bénéfique que

ça devrait faire. Ça fait que ce

qu’on va dire c’est : « Maman,

pour se rassurer, maman, pour

aller mieux, elle, elle pense

que les personnes qui sont

mortes qu’elles aiment beaucoup

sont au ciel. C’est ça que je me

dis. Mais tu sais, ils ne sont

pas au ciel avec leur corps,

leur peau, tu le sais, hein, ils

sont enterrés, ils sont

incinérés. Je me dis ça parce

que je me dis qu’ils sont là

autour de nous. En fait, c’est

probablement leur amour, tu

sais, qui est là. Moi, c’est ce

que je me dis. Si tu parles à

grand-maman de ça, elle, elle va

te parler du petit Jésus.

Parce qu’elle, elle a grandi

avec tout ça. Puis si tu parles

à mononcle de ça, lui, il va

peut-être te dire que la mort

c’est rien du tout. Puis c’est

super correct comme ça. » Des

croyances c’est personnel et ça

doit faire du bien. En parlant

de croyance, on laisse quand

même un doute. On laisse un

doute que c’est mystérieux la

mort puis qu’on se fabrique des

idées pour se faire du bien,

mais que ça se peut que ce ne

soit pas tout à fait ça. Puis

que ça peut changer au fil des

années. « Mais que papa, dans le

fond, il ne va pas revenir.

Parce que papa, son corps, il

est enterré. Puis papa, son

corps, il ne vit plus. » Et

c’est ça qui est important.


JEAN-SÉBASTIEN DELISLE

Pourquoi t’as dessiné des

cœurs puis des étoiles?


LÉO DELISLE-DAIGLE

Parce que je l’aime beaucoup

maman Dominique.


JEAN-SÉBASTIEN DELISLE

Oui.


JOSÉE MASSON

(Poursuivant l’entrevue)

Moi, je dis souvent aux parents:

le deuil chez l’adulte, c’est

comme... il y a le gros éléphant

en avant de nous qui est le

deuil, puis l’adulte, ce qu’il

fait, c’est qu’il gobe

l’éléphant en une bouchée, puis

là, il le digère. Pas facile,

hein. Mais nos enfants... parce

qu’au niveau cognitif, ils ne

sont pas comme nous, parce qu’au

niveau affectif, ils ne sont pas

comme nous parce qu’ils n’ont

pas le bagage de vie non plus

qu’on peut avoir en tant

qu’adulte, eux autres, ils ont

l’éléphant, puis c’est une

bouchée à la fois. C’est comme

ça qu’ils le vivent. Donc, ça ne

se fait pas du tout pareil.

On ne pourra jamais comparer le

deuil chez les enfants du deuil

chez les adultes.


SYLVIE DION

(Commentant par la suite)

Il faut les accompagner là-dedans.

Il faut les laisser

aller. Moi, je me suis rendu

compte qu’il ne fallait pas

devancer, d’attendre les

questions, d’attendre leurs

interrogations. Puis tout

s’enchaîne, tout se fait

naturellement, puis tu réponds

du mieux que tu peux. Puis de

rappeler les bons souvenirs puis

d’essayer de garder Christian

vivant dans tout ça.


MARIANNE

(Commentant par la suite)

Moi, ce que j’ai retenu, c’est

qu’il faut principalement dire

la vérité, dire tout ce qu’il y

a à dire là-dessus. Et au fond

les tabous, c’est nous qui les

créons. Donc les malaises,

empêcher de pleurer ou des

choses comme ça, bien, c’est

nous qui allons créer ça chez

l’enfant. Donc il faut vraiment

éviter les tabous et laisser

l’enfant se créer sa propre idée

par rapport à la mort selon les

informations qu’on leur dit.


JEAN-SÉBASTIEN DELISLE

(Commentant par la suite)

Puis il faut garder le cap sur

la routine usuelle. Les jeunes

enfants sont dans l’instant

présent, il ne traîne pas comme

nous les choses. Ils reviennent

avec ça plus tard. Il faut vivre

l’instant présent, il faut faire

la nourriture, il faut faire le

quotidien, pas comme s’il

n’était rien arrivé, mais avec

la même passion d’élever des

enfants.


Les deux familles se saluent et se quittent ensuite.


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