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TFO 24.7

TFO 24.7, le nouveau regard francophone. Un magazine qui divertit, informe et commente les découvertes sociales et culturelles de notre francophonie canadienne. TFO 24.7 met à l'avant-scène les artisans, les artistes, les jeunes, les entrepreneurs, les leaders et toutes celles et ceux qui font vibrer notre francophonie d'un bout à l'autre du pays. Reportages, chroniques, entrevues, humour, opinions, une émission qui pose un regard authentique sur notre identité franco-canadienne.

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L'art, une solution à la réinsertion ?

Professeure de criminologie à l’Université d’Ottawa, Sylvie Frigon a travaillé dans le milieu carcéral pendant 20 ans. Avec les prisonniers, elle a organisé plusieurs ateliers d’écriture et de danse.
Selon elle, les bienfaits de l’art en prison sont multiples. Dans un milieu carcéral fermé et hostile, les arts permettent de s’échapper et de s’exprimer. Outil de survie, interstice de liberté, l’art permet d’aider les prisonniers à une éventuelle réhabilitation.

De cette expérience, elle a publié plusieurs ouvrages, dont un pour les enfants, afin de donner une voix aux détenus mais aussi pour démystifier la prison.



Réalisateur: Carine Ouellet
Année de production: 2015

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VIDÉO TRANSCRIPTION

Sur le Divan, on retrouve SYLVIE FRIGON, criminologue, qui nous parle des programmes de réhabilitation par l'art, pour les détenus et détenues.


SYLVIE FRIGON

Moi, je crois beaucoup à une

deuxième chance. Tout détenu,

à peu près, va sortir de prison,

et moi, je crois que l'art,

ça permet... C'est très

thérapeutique, très souvent,

pour sortir un peu les démons.

Des femmes qui sont en prison

depuis un certain temps, qui ont

leur corps trahi très souvent,

que c'est des femmes, très

souvent, qui ont été battues,

violentées. Donc, la danse leur

permet de reprendre contact avec

ce corps-là, qui est un corps en

souffrance en fait. Donc, une

femme me dit dans une entrevue,

c'est une femme assez grosse qui

me dit: « Mais tu sais, Sylvie,

c'est la première fois que je me

sens belle de toute ma vie en

faisant de la danse. » Une autre

qui a dansé avec un danseur

masculin m'a raconté, en

entrevue: « Bien, tu sais, c'est

la première fois qu'il y a un

homme qui me traite bien comme

ça dans la vie. » Tu sais, puis

elle a dansé une minute avec ce

danseur. Avec différents auteurs

de l'Ontario français, on a

fait, par exemple, des ateliers

d'écriture avec des hommes

en prison, des femmes en prison.

Et je me souviens d'un gars que

ça faisait 16 ans qu'il était

en prison et qui a fait des

ateliers d'écriture, je parle,

de quatre semaines seulement,

à raison de trois heures par

semaine, qui me disait: « Tu

sais, quand je fais les ateliers

pendant trois heures, je me sens

pas en prison. Je me sens

libéré d'une certaine façon. »

Et ils écrivaient souvent

leur histoire dans ces textes

littéraires là. Un autre détenu,

qui mesurait 6 pi 2 po, qui

avait des tatouages, me dit:

« Sylvie, quand est-ce qu'on fait

de la poésie? » Bien, on s'attend

pas à ça d'un détenu, masculin

surtout. Donc, je pense que,

dans ce cas-ci, les ateliers

d'écriture permettaient à ces

détenus-là d'avoir une parole,

de prendre parole et discuter

de différentes choses qui les

intéressaient, mais qui les

touchaient profondément.

Ça permet de se réapproprier un

peu un sentiment de bien-être,

un peu plus d'estime de soi et

de rencontrer des artistes qui

viennent faire... que ce soit

de l'écriture, de la danse,

du théâtre en prison. Et souvent

ces programmes-là permettent aux

personnes incarcérées d'avoir

un contact avec des gens de

l'extérieur et de se voir

autrement que par la prison. Ces

gens-là sont toujours jugés,

sont toujours dans l'évaluation,

mais nous quand on vient comme

bénévole ou comme artiste ou

faire de l'art en prison, on est

là dans l'accueil, on ne veut

pas les juger. Donc, on est

là avec la personne, pas avec le

détenu, pas avec un crime, pas

avec un délit. T'apprends à

connaître ces personnes-là, à

savoir pourquoi ils sont là.

Et c'est important de dire que

c'est pour excuser ce qu'ils ont

fait, mais c'est de comprendre

pourquoi ils l'ont fait. Je

pense que, souvent, dans

le public en général, on a

l'impression que nous, par

exemple, criminologues ou

intervenants, on excuse ces

gens-là. On les excuse pas, on

contextualise ce qu'ils ont

fait, dans quel contexte ils ont

fait ça. Et ça, c'est important.

Encore une fois, ils ont à

rendre des comptes, ils doivent

être punis, mais la prison,

ça doit pas servir juste à punir

quelqu'un, ça sert à investir

pour sa réhabilitation future,

parce que tout le monde après ça

va en bénéficier quand ils

vont sortir de prison.

C'est difficile de justifier des

programmes et des financements

dans les prisons quand on sait,

par exemple, que le Canada

est en récession et tout ça.

Par ailleurs, en France, depuis

1996, il y a un programme, un

partenariat entre le ministère

de la Culture et le ministère

de la Justice. Ils offrent des

programmes d'art en prison.

Il y a des écrivains qui vont

en prison, ils vont faire de

la sculpture, de la danse, de

l'écriture, des choses comme ça.

Et c'est financé à même des

fonds publics parce qu'on croit

que ces programmes d'art là

permettent la réhabilitation. Et

si on peut éviter une récidive

et que les gens retournent pas

en prison, bien, on économise

beaucoup plus d'argent. Mais

évidemment que c'est difficile à

vendre. Ça, j'en conviens. Par

ailleurs, je pense qu'il faut

avoir une vision un peu plus à

moyen terme et à long terme.

Les femmes réussissent à un très

haut succès en termes de

non-récidive et de

réhabilitation, tu sais, de non

retour en prison. Donc, c'est

quand même... c'est rassurant

dans ce sens-là. Souvent,

elles ont été victimes d'abus,

d'inceste, d'agressions

sexuelles, de violences

conjugales à 80, 90% des

cas. Donc, c'est des profils

qui sont assez lourds. Mais moi,

ce qui me fascine toujours quand

je regarde ces personnes-là, et

chez les hommes aussi, c'est

comment ils sont des survivants

parce qu'ils veulent s'en

sortir. Je pense qu'il faut

continuer à y croire, sinon

ça sert à rien de faire de

l'intervention. Et je pense

que l'intervention réside sur

cet idéal de réhabilitation.

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