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TFO 24.7

TFO 24.7, le nouveau regard francophone. Un magazine qui divertit, informe et commente les découvertes sociales et culturelles de notre francophonie canadienne. TFO 24.7 met à l'avant-scène les artisans, les artistes, les jeunes, les entrepreneurs, les leaders et toutes celles et ceux qui font vibrer notre francophonie d'un bout à l'autre du pays. Reportages, chroniques, entrevues, humour, opinions, une émission qui pose un regard authentique sur notre identité franco-canadienne.

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Le Divan : Qu'est-ce qu'un crieur professionnel?

Qu’on se le dise; il existe peu de crieurs à plein temps sur notre terre, et, de ce groupe, Daniel Richer est l’un des plus occupés. Il a su faire un heureux mélange de ses antécédents d’enseignant, de comédien ainsi que de son goût pour l’histoire. Le résultat lui a permis de transformer un emploi peu connu en une carrière à long terme.
Crieur officiel de la région de la Capitale Nationale, il représente Gatineau, Ottawa, ainsi que l’Ontario.
Découvrez ce métier hors du commun et comment il façonne le quotidien de Daniel Richer.



Réalisateur: Carine Ouellet
Année de production: 2015

Accessibilité
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VIDÉO TRANSCRIPTION

Titre :
TFO 24.7


DANIEL RICHER, crieur public, se tient derrière le Divan avec une grosse cloche en main. Il est vêtu d'un costume d'époque et porte un tricorne sur la tête.


DANIEL RICHER

Oyé!


DANIEL RICHER est assis sur le divan.


DANIEL RICHER

Je suis le crieur officiel

de la région de la

Capitale nationale

Ottawa-Gatineau. Je suis

également le crieur provincial

de l'Ontario, et ce, depuis

34 ans.


Dans le petit téléviseur, des images montrant DANIEL RICHER, dans son costume de crieur public, défilent au coursde l'entrevue.


DANIEL RICHER

Un crieur public,

premièrement, c'est une position

officielle. On doit être

voté par conseil municipal,

provincial ou fédéral. C'est

un ambassadeur, un maître de

cérémonie, des haut-parleurs

et un décor tout-en-un.

Alors, on attire l'attention,

on présente les gens, on fait

les liens et on maintient

l'attention du public. Le crieur

public, pour moi, c'est une

façon de vivre à l'ancienne

aujourd'hui. Comme comédien,

on joue un moment dans une vie

pendant une heure, deux heures

sur scène et ensuite, on revient

à la maison et c'est fini.

Mais le crieur public voyage

en uniforme, garde des fois

l'uniforme pour plusieurs jours

parce que des fois on a des

contrats qui sont sur plusieurs

jours. Et donc, on devient

le crieur public. Ça devient

un mode de vie en fin de compte.

Donc, je me dois que mon décorum

soit à la hauteur des gens que

je représente. Donc, je ne peux

pas me permettre d'être de

mauvaise humeur. Je peux pas me

permettre de traverser une rue

sur une lumière rouge. Parce

que peut-être que les gens me

regardent, peut-être que

les enfants vont me suivre.

Alors, le crieur public devient

une seconde nature et c'est bien

que ce le soit, puisque je me

suis toujours senti comme quoi

j'étais à la mauvaise époque.

Beaucoup de gens disent:

"Je suis né 100 ans trop tard",

mais peu de gens trouvent une

façon de revenir en arrière.

Le crieur public m'a permis ça.

Ça me permet d'être aussi poli

que je veux l'être. Ça me permet

quelque part d'être aussi

romantique que je peux l'être.

Ça me permet d'avoir un décorum

et un style bien à moi.

L'époque d'aujourd'hui est

premièrement trop rapide.

L'époque d'aujourd'hui est

trop froide. Quelque part,

on a oublié de se parler. On n'a

jamais eu autant de façons de

communiquer puis on n'a jamais

si peu communiqué entre

personnes. Il n'y a rien pour

moi qui est plus symbolique de

notre époque que lorsque tu

entres dans une école puis que

tu as quatre étudiants assis un

à côté de l'autre qui se textent

mutuellement, alors qu'ils

pourraient se tourner et se

parler. Quand tu fais un texte,

c'est des mots froids, hors

contexte. Quand tu parles à

quelqu'un, tu as des yeux

qui communiquent, tu as une

gestuelle qui communique, tu as

un positionnement du corps qui

communique. Aussi, on est allés

trop loin. Je me souviens très

très bien, un moment donné,

mon père, qui à l'époque avait

70 ans, était revenu d'une de

ses sorties. Mon père conduisait

pas. Il prenait l'autobus.

Et il pleurait. Il pleurait

parce qu'il était descendu de

l'autobus et il s'était retourné

pour offrir sa main à la dame

qui était derrière lui parce

qu'il avait un banc de neige à

traverser et elle avait frappé

sa main en lui disant qu'il

était un vieux condescendant.

Alors que lui, tout ce qu'il

voulait faire, c'est être poli

et aider quelqu'un. Il l'aurait

fait probablement si ça avait

été un jeune garçon ou un

monsieur qui avait de la misère

à se déplacer. Alors, quelque

part, je pense qu'il y a

beaucoup de notre politesse

qui est disparue à cause de ce

que j'appelle l'ultra-féminisme.

L'égalité, c'est bien beau, mais

gardons aussi notre identité.

Et il y a aussi le fait que,

quelque part, on a oublié

le respect. Il n'y a rien qui

me brûle plus que de rentrer

dans un bon restaurant, aller au

théâtre et voir des gens avec le

chapeau. Je veux dire, dans les

époques anciennes où on portait

le haute-forme, on rentrait avec

le chapeau, mais on l'enlevait

puis on le glissait sous le

siège. Alors qu'aujourd'hui,

avoir un père de famille qui

essaie d'expliquer à ses

enfants comment se comporter

à table alors que lui porte une

casquette devant son épouse et

devant les autres, je trouve ça

ridicule. Ça fait longtemps que

je veux partir un mouvement

qui interdirait autant les

cellulaires dans les restaurants

que les casquettes.

Trop souvent, je vois des hommes

costauds qui vont ouvrir une

porte puis ils regarderont pas

derrière à savoir s'il y a une

femme ou un jeune enfant qui les

suit. Moi, je trouve dommage,

justement, ce manque de

civilité. Je trouve dommage ce

manque de décorum. Je trouve

qu'on a perdu des couleurs, des

saveurs, des odeurs. Je trouve

qu'on a perdu une partie de soi

qui nous rendait bien spéciaux

et qui nous rendait

très humains.

(En riant)

Je ne sais pas si je suis un

gentleman. J'essaie de l'être.

Parce que je suis nostalgique.

Je pense qu'on l'est tous. Sauf

que peut-être, la différence,

c'est que je suis nostalgique

pour des choses qui sont encore

très réalisables et très

possibles. Pour moi, le mot

"village" est la façon que

les gens se traitent entre eux.

Et je crois que c'est important

qu'on revienne à ça si on

veut que le futur en soit

un d'aisance et de joie

pour nos enfants.


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