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Arrière-scène

Arrière-Scène invites you to meet those who work behind the scenes: movie score composers, tour managers, show schedulers, record sellers, producers, bar musicians.

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Video transcript

Auto-Produced

An indie artist, an indie label, an indie production. What does indie mean, anyway? Let`s define the concept and speak to those who claim it! Is independence synonymous with freedom and creation?



Réalisateur: Nicolas Boucher
Production year: 2013

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Arrière-Scène part à la rencontre des artisans qui fabriquent de leurs mains notre paysage musical. On y découvre les coulisses de l'industrie musicale en rencontrant ceux qui y travaillent : musiciens de studio, compositeurs, metteurs en scène, producteurs, disquaires, programmateurs et plusieurs autres.

L'émission «Arrière Scène» est ponctuée d'entrevues de journalistes en studio et d'autres intervenants du milieu qui viennent apporter leur expertise et leurs commentaires.

Générique d'ouverture

[Début information à l'écran]

Arrière-scène— S'autoproduire

[Fin information à l'écran]

Au Festival de musique émergente à Rouyn-Noranda, le groupe Dear Criminals installe ses instruments sur la scène d'un petit bar. FRANNIE HOLDER, la chanteuse du groupe, est accompagnée de CHARLES LAVOIE, un des musiciens

[Début information à l'écran]

Frannie Holder, chanteuse— Dear Criminals, Random Recipe

[Fin information à l'écran]


FRANNIE HOLDER

Tu vois, avec un des projets

j'ai une maison de disque puis

j'ai une équipe qui travaille

super bien dans le contexte

actuel. Tout le monde fait ce

qu'il peut avec la réalité, mais

partir un nouveau band

en ce moment c'est un petit peu

absurde, à mon avis, de signer

avec une maison de disque.

De la même façon

que ce serait absurde

de lâcher la maison de disque

de "Random" maintenant

que tu es déjà dedans

depuis plusieurs années,

mais en 2013 partir un band,

je trouve que c'est plus

casse-gueule qu'autre chose.

[Début information à l'écran]

Charles Lavoie, musicien— Dear Criminals, Betalovers

[Fin information à l'écran]


CHARLES LAVOIE

Il n'y a pas de façons de faire,

ce n'est pas: "il faut que

tu signes avec un "label"

ou même "il faut absolument

pas que tu signes

avec un "label".

Puis moi et Frannie

on s'entend sur une chose,

c'est au niveau humain,

tant que sur le plan humain

les gens avec qui on travaille,

il y a une connexion, puis

après ça c'est signer

des papiers puis dire bien oui,

on fait partie de ce "label",

on s'en fout un peu.

[Début information à l'écran]

Marie-Ève Roy, guitariste— Les Vulgaires Machins

[Fin information à l'écran]


MARIE-ÈVE ROY

(En studio)

Quand on a commencé, le but

aussi d'être "do-it-yourself"

c'est que tu étais le maître

de ta musique, de ton projet.

Les "majors" prenaient

tes droits d'auteurs à vie,

tu n'avais plus de droits

sur les chansons, tu n'étais

pas propriétaire de ta bande

maîtresse, tu ne pouvais pas

faire ce que tu voulais, tu ne

pouvais pas placer ta musique

où tu voulais, tu n'avais

aucun droit de regard.

(Dans un appartement, MARIANNE TRUDEL joue du piano.)

[Début information à l'écran]

Marianne Trudel, pianiste, compositrice et arrangeuse— Marianne Trudel Trio, Marianne Trudel Quintet, Marianne Trudel Septet, Trifolia

[Fin information à l'écran]


MARIANNE TRUDEL

La balance entre l'artistique

et l'administratif c'est un défi

à chaque jour.

C'est deux jobs à temps plein

et ça fait appel à deux parties

du cerveau différentes.

Et moi je travaille

dans la même pièce, donc j'ai

mon piano, mais deux pieds

plus loin j'ai mon ordi,

j'ai mon bureau.

Donc c'est d'essayer que

les deux n'entrent pas trop

en conflit, mais c'est parfois

difficile. Je t'avoue que ça

m'arrive souvent de pratiquer

puis tout d'un coup:

Ah! Il faut que j'envoie

un courriel!

Et l'inverse, je suis en train

de faire des courriels, là je

regarde mon piano et je me dis:

"bon là il faudrait que je passe

un peu de temps à ce clavier-ci

et non au clavier d'ordi."

Comme là les journées

de concert, j'ai essayé

de me garder une petite

heure pour pratiquer,

me réchauffer, tout ça, mais

la partie courriels, Facebook,

réseaux sociaux, il faut être

très présente à tout moment donc

ça c'est encore plus exigeant.

(MONONC' SERGE est dans son appartement.)

[Début information à l'écran]

Mononc' Serge, auteur-compositeur-interprète; musicien—Les Colocs, Mononc' Serge et Anonymus

[Fin information à l'écran]


MONONC' SERGE

Ce n'est pas tout le monde

qui est prêt à faire ça, qui a

les outils pour le faire, qui a

les connaissances pour le faire

ou qui est entouré de gens

qui peuvent te donner des bons

"cues" pour te partir comme

il faut. Puis après ça,

une fois que tu es parti,

tu peux en faire un bout.

Il faut dire qu'aujourd'hui

c'est beaucoup plus facile

d'être tout seul qu'il y a

vingt, vingt-cinq ans.

On parle beaucoup

de l'effondrement

du marché du disque,

pour les ravages des MP3,

pour les droits d'auteurs

puis tout ça, mais on entend

beaucoup moins souvent

que les auteurs, les artistes à

la racine, ils ont beaucoup plus

de moyens qu'ils en avaient

il y a vingt-cinq, trente ans

quand moi j'ai commencé.

[Début information à l'écran]

Franz Schuller, guitariste & chanteur— Grimskunk; président— Indica records

[Fin information à l'écran]


FRANZ SCHULLER

(En studio)

Les structures indépendantes

offrent l'ouverture

sur la différence,

la nouveauté, puis je pense

que c'est là où la créativité,

puis l'imagination

prennent leur envol

le mieux aujourd'hui.

(À l'université Laval de Québec, le groupe de rap Alaclair Ensemble répète sur une scène.)

[Début information à l'écran]

Robert Nelson, rappeur— Alaclair ensemble

[Fin information à l'écran]


ROBERT NELSON

(Narrateur)

Pour l'expliquer, on va passer

par la positive.

On peut le formuler

comme si on refuse de faire

affaire avec des maisons

de disque, mais je pense que

c'est plus vrai, ça se rapproche

plus de la vérité qu'on a envie

de le faire nous-mêmes en fait,

parce que c'est moins

par résistance que par désir

de créer quelque chose d'autre.

Justement parce qu'on est

des amis, parce qu'on sent

qu'on n'a pas besoin

d'une structure

institutionnelle derrière

le projet, j'ai l'impression.

C'est comme un luxe social

que pas tous les groupes

de musique ont.

Je pense que ça permet justement

beaucoup plus facilement d'avoir

un mode de fonctionnement

spontanément indépendant.

Comme si tu veux voyager

avec tes chums,

tu ne vas probablement pas

approcher une compagnie

de visite guidée, tu vas

y aller avec la spontanéité,

mais si tu ne connais

pas personne, tu t'en vas

quelque part avec l'intention

de visiter un endroit,

tu te retrouves avec du monde

que tu ne connais pas,

peut-être que la visite

guidée va être

un bon cadre de cohésion,

mais nous on n'a comme

pas besoin de ça.

(MARIANNE TRUDEL est devant son ordinateur.)


MARIANNE TRUDEL

Donc là je m'apprête à aller

lancer un petit dernier message

sur Facebook pour dire:

"N'oubliez pas le concert

de ce soir."

Ça fait partie des activités

de la journée.

J'étais un peu rébarbative

à Facebook au départ.

J'avais pas vraiment envie

de ça quand ça a commencé,

puis c'est un ami en fait qui

a ouvert mon compte à mon insu.

Il n'en revenait pas que

je n'étais pas sur Facebook,

il dit: "Ça n'a pas

de bon sens Marianne!"

Donc il m'a ouvert un compte

et maintenant, j'avoue

que c'est très pratique.

C'est sûr que c'est trippant

parce que là tout le monde

y va un peu de ses commentaires

puis ça nourrit.

Je ne m'en sers que

pour le professionnel.

Tiens, voici une petite photo

du spectacle de ce soir.

(MARIANNE TRUDEL montre sur son écran la photo d'une affiche promotionnelle de son spectacle.)


MARIANNE TRUDEL

Donc effectivement, Facebook

ça a ses avantages quand

on sait s'arrêter à temps,

parce que ça peut être

un gruge-temps incroyable.

(Début intertitre)

(S'autoproduire... en équipe?)

(Fin intertitre)

(MARIANNE TRUDEL est à l’intérieur d'un taxi.)


MARIANNE TRUDEL

Si j'attendais que les gens

viennent à moi en me disant:

"Est-ce que je peux t'aider à

réaliser tes projets?" Il ne se

passerait pas grand-chose. Ceci

dit, j'ai toujours été chanceuse

et privilégiée d'avoir,

premièrement des bons amis

et des collaborateurs qui

s'impliquent, qui sont présents.

Étant artiste indépendant,

j'ai pas troujours, même très

peu souvent de budget

pour payer des répétitions.

Mes musiciens sont là

avec moi et ils sont là

depuis plusieurs années

et ce sont des gens qui me sont

fidèles et je leur suis fidèle

aussi. Donc ça c'est important

de trouver des bons

collaborateurs, des gens

sur qui on peut compter.

(FRANNIE HOLDER et CHARLES LAVOIE sont dans le bar de Rouyn-Noranda.)


FRANNIE HOLDER

Déjà on a une amie

qui nous aide beaucoup.

Elle dans la vie,

elle fait plutôt des RP,

mais en ce moment,

elle est en train

d'apprendre comment faire un peu

la job d'un gérant d'une maison

de disque, parce que c'est

elle qui va mettre en ligne,

sur ITunes, qui va nous aider

à aller chercher les CD

ici et là. Fait que tu sais,

on a déjà quelques amis

qui nous aident durant

le processus. Puis plus

ça avance, c'est juste que

tu les choisis individuellement

plutôt qu'avoir un "label"

qui vient avec tout.


CHARLES LAVOIE

C'est ça, tu crées un peu,

finalement tu recrées

ton équipe, tu recrées

le fonctionnement d'un "label",

mais avec des gens que

tu choisis individuellement,

avec qui tu as un contact

direct avec eux.

Puis des fois, à fouiller

un peu, tu te rends compte

que tu es bien mieux entouré

que tu pouvais penser l'être.

Tu as une amie

qui est en linguistique,

tu as un autre ami

qui fait de la sérigraphie,

tu as un autre ami qui fait

du "booking on the side."


MARIE-ÈVE ROY

(En studio)

Quand tu fais tout toi-même puis

que tu as une bonne équipe,

ça devient comme un projet

à tout le monde. Les gens

qui t'aident dans différentes

sphères, soit dans le vidéoclip

ou les photos, ils font partie

un peu aussi de ton projet,

de ton groupe dans un sens.

(Le groupe Alaclair Ensemble est devant un pavillon de l'université Laval.)


ROBERT NELSON

C'est comme une famille

dans le fond. Dépendamment

des moments, il y a des membres

qui sont plus demandés.

Comme quand vient le temps

de faire de la réalisation

d'album, moi quand je sors

du studio, musicalement ma job

est finie, je n'ai rien d'autre

à faire. Mais tu en as qui vont

passer des heures et des heures

à la maison en train

de retravailler une toune, etc.

Chose que moi je ne fais pas.

Mais moi admettons, j'ai passé

des heures depuis que Alaclair

existe à m'occuper de la gestion

des courriels, etc.

Il y a parfois certains

ajustements à faire comme

quand quelqu'un réalise

que sa charge de travail

personnel est peut-être devenue

trop grosse par rapport à celle

des autres, ça peut être

intéressant de redistribuer

les tâches, mais à la base

la vie nous donne

des responsabilités

qu'on ne choisit pas tant que

ça, puis il faut les assumer

puis essayer d'aimer le rôle

que la vie nous donne.

(Début intertitre)

(S'autoproduire : un choix?)

(Fin intertitre)

(MARIANNE TRUDEL est dans son taxi.)


MARIANNE TRUDEL

J'ai réellement toujours trois

ou quatre projets en même temps

en tête, puis j'ai le désir

de les réaliser. Donc on n'est

jamais si bien servi que par

soi-même, surtout en jazz,

il y a très, très peu d'agents.

Donc si je veux réaliser

mes disques,

si je veux faire des concerts,

si je veux faire des tournées,

voilà, j'ai commencé avec

mon premier disque solo

ça fait dix ans

et je l'ai produit moi-même,

j'ai fait les photos moi-même.

En tous cas, c'était vraiment

"home made" et puis ça n'a pas

tant changé dix ans plus tard.

[Début information à l'écran]

Liste d'albums autoproduits par Marianne Trudel : Trifolia—Le refuge; Marianne Trudel Septet— Espoirs et autres pouvoirs; Duo Trudel-Bourbonnais— L'embarquée; Marianne Trudel— Espaces libres; Marianne Trudel Quintet— Sands of Time (live)

[Fin information à l'écran]


MARIANNE TRUDEL

Mais c'est une nécessité si

on veut être actif, si on veut

réaliser des productions,

on doit mettre la main

à la pâte de façon constante.

[Début information à l'écran]

Navet Confit, auteur-compositeur-interprète; réalisateur— Carl-Éric Hudon, Émilie Proulx, Polipe)

[Fin information à l'écran]


NAVET CONFIT

(En studio)

L'espèce d'autoproduction,

de [Propos en anglais et en français]

"do-it-yourself",

je l'ai fait parce que

je n'avais pas d'autres choix.

Puis c'est drôle

parce qu'après, pendant

une certaine période,

des chroniqueurs parlaient

de moi comme étant une espèce

de porte-étendard

du "do-it-yourself", comme si

j'étais quasiment en politique

puis que je prônais telle ou

telle affaire, alors que j'ai

juste fait ça parce qu'il n'y

avait personne qui voulait

me signer.

(ROBERT NELSON marche sur une rue et arrive devant la porte d'un bâtiment.)


ROBERT NELSON

On est là. Bienvenue au 1036,

l'endroit ou tout se passe.

C'est un endroit un peu

légendaire pour nous, parce que

beaucoup de nos projets du passé

et du présent ont été faits ici

et continuent à être faits ici

puis sans cette place là,

Alaclair n'existerait pas

vraiment.

(ROBERT NELSON ouvre la porte et montre quelques marches. Il entre dans un appartement où se trouvent les autres membres d'Alaclair Ensemble.)


ROBERT NELSON

La grande majorité

de tout ce qu'on fait, on l'a

enregistré ici. Le premier album

d'Accrophone du haut du balcon,

on parle bien de ce balcon-ci.

Tous les membres du groupe ont

dû habiter dans cet appartement,

sauf lui.

(ROBERT NELSON désigne un autre membre du groupe.)

[Début information à l'écran]

Kenlo Craqnuques, rappeur—Alaclair Ensemble

[Fin information à l'écran]


KENLO CRAQNUQUES

Ce qui est pratique ici,

on est juste à côté

de la Colline Parlementaire.

C'est un endroit typique dans

le quartier ou les ministres

viennent diner le midi.

Donc on peut leur faire

des suggestions à partir

du balcon ici quand

ils passent, puis après

ils ramènent ça à la job,

puis ça se rend dans

les archives.


FRANZ SCHULLER

(En studio)

Les médias et l'industrie

n'avaient pas compris ce que ça

pouvait être l'indépendant.

Autant que l'industrie du monde

n'aurait jamais, jamais cru que

Smells Like Teen Spirit et

Nirvana auraient pu devenir ce

que c'était quand c'est sorti.

Autant que personne n'aurait

pu croire que Hawaïenne

aurait pu être ce que

c'est devenu au Québec.

(ROBERT NELSON est dans l'appartement d'Alaclair Ensemble.)


ROBERT NELSON

Quand on produit quelque chose,

en général, on essaie de

le partager à tout prix et ça,

ça veut dire le plus rapidement

possible, le plus facilement

possible et à la plus grande

échelle possible. Pour nous,

pour répondre à ces questions-là

ou à ces besoins-là, on pense

que mettre la musique en

téléchargement gratuit sur

internet avec option de donation

volontaire, on pense vraiment

que c'est la meilleure manière

de fonctionner. Parce que

les gens sont libres

de découvrir avant de devoir

débourser, avant de devoir

décider s'ils trouvent ça

assez bon pour débourser.

Je pense que étant donné que

la musique, comme toute autre

chose, on essaie souvent

d'interpréter ça comme un bien

de consommation ou comme

une réalité économique.

Quand on parle du succès

d'un band, il y a toujours

une réalité économique

derrière, puis les gens ont

de la misère à faire le lien

entre le succès d'un groupe

et le fait que l'album

ou la musique est

en téléchargement gratuit.

Mais en fait, ce que cette

réalité-là démontre, c'est

qu'il n'y a pas toujours le lien

super étroit entre les deux.

C'est que avant d'être un groupe

qui a un succès économique,

un groupe doit être

un groupe de musique.

(Début intertitre)

(Être indépendant = Être musicien, producteur, publiciste, agent de spectacle, technicien, chauffeur, graphiste, coordonnateur)

(Fin intertitre)

(Sur la scène du cabaret Lion d'Or à Montréal, MARIANNE TRUDEL répète avec ses musiciens.)


MARIANNE TRUDEL

(Narratrice)

L'étendue des tâches, c'est

premièrement la conception

d'un projet, il faut avoir

les idées, faire appel

à des collaborateurs,

des musiciens, etc.

Une des tâches qui prend

souvent beaucoup de temps,

c'est l'organisation

des horaires, surtout quand

on travaille avec des musiciens

très en demande

et ensuite, la planification

de l'échéancier c'est-à-dire,

si je fais un disque,

je m'organise toujours

pour qu'il y ait des concerts

pour lancer le disque.

Parce que sortir un disque sans

tournée ou sans concert ou sans

activités, ce n'est vraiment pas

une bonne idée. Le fameux

booking qui est très exigeant

en temps et en énergie.

L'envoi de dossiers, l'appel

des gens, le rappel des gens,

le rappel des gens,

le rappel des gens.

Courriels effectivement

et ensuite, souvent

des demandes de subventions

pour pouvoir concrétiser tout

ça, tant dans la production

d'un album ou une tournée.

Parce que je ne peux pas

partir en tournée à travers

le Canada avec un septet sans

une aide financière pour couvrir

les frais de déplacement,

des per diem, des trucs

comme ça. Ça m'est arrivé

quelques fois de finalement

réussir à booker disons

six, sept concerts,

donc faire la demande

de subvention une fois que j'ai

ces contrats-là, attendre trois

ou quatre mois parce que

c'est à peu près le délai

pour savoir si j'ai la demande,

parce que si je n'ai pas

la demande, il faut que

je refuse des contrats.

Je ne peux pas aller au Yukon

si j'ai pas une aide

qui va payer une partie

des déplacements.

(Le groupe Dear Criminals est dans le bar de Rouyn-Noranda.)


CHARLES LAVOIE

Il y a de moins en moins

d'isolement des spécificités

de chacun. Justement le gérant

est rendu qu'il fait du booking

autant que de la relation

de presse, le musicien lui-même

finit par faire de la relation

de presse.

[Début information à l'écran]

Vincent Legault, musicien— Dear Criminals, Random Recipe

[Fin information à l'écran]


VINCENT LEGAULT

En fait c'est dommage, mais

c'est intéressant, je pense que

toi avec tes bands que tu as

fais, tu as été beaucoup dans

la production et toi aussi.

Tu aimes ça quand même

toute cette implication-là.

À un moment donné,

moi je me disais: "bien je

peux-tu juste être musicien?"

Puis non, c'est plus possible,

c'est terminé, tu ne peux pas

juste faire ça. Puis il reste

qu'un moment donné c'est quand

même des années et des années

d'études, tout dépend de ce que

tu veux faire, mais il reste

qu'un musicien normalement

formé, ça pend dix ans à

pratiquer huit heures par jour,

puis après c'est: "Ah!

J'ai manqué le bateau, j'aurais

dû faire mon HEC aussi,

j'aurais du faire ci, j'aurais

dû faire ça" Juste pour

pouvoir survivre point.

(MONONC' SERGE est dans son appartement.)


MONONC' SERGE

Moi quand j'ai commencé à faire

de la musique, j'imaginais

qu'être un artiste c'était faire

un peu ce que je fais

aujourd'hui, je le voyais

de même. Je me disais,

un groupe de musique

bien c'est des gens qui

s'impliquent à faire

des affiches, à compter

l'argent, à faire des appels.

J'imaginais le travail

comme ça, puis je me suis

rendu compte, surtout quand

j'étais dans les Colocs,

je voyais les autres

aller autour, puis il y avait

beaucoup de musiciens

autour de moi qui voyaient

leur travail strictement

comme un travail de musicien,

puis tout ce qui était un peu

extérieur à l'aspect purement

artistique, bien c'était comme

pas leur domaine.

Dans le fond, ce que je vis

aujourd'hui, c'est la vie que

je m'imaginais vivre dans

le meilleur des scénarios quand

j'avais dix-neuf ans. Bon, c'est

peut-être moins le fun

que je l'avais imaginé,

mais je fais ce que j'avais

imaginé à tout le moins.

(MONONC' SERGE présente ses différentes marchandises qui sont rangées dans son appartement.)


MONONC' SERGE

Ça, c'est des CD que je vends

en spectacle. Alors vous avez

ici toute ma collection

de t-shirts. Ca c'est mon petit

présentoir à CD, les dix albums

et les deux DVD

que j'ai produits depuis

que je fais de la musique.

(ROBERT NELSON est dans l'appartement d'Alaclair Ensemble.)


ROBERT NELSON

Avoir le contrôle sur tout ce

qui n'est pas de la musique

aussi ça fait partie

du processus créatif pour nous,

parce que quand on dit qu'on est

une troupe de post-rigodon,

on ne dit pas qu'on est

un groupe de musique,

on fait plusieurs choses,

entre autres de la musique.

Puis dans les choses

qu'on fait, on aime ça continuer

le processus créatif dans tous

les éléments qui impliquent

Alaclair Ensemble.

Dans la manière dont

on fait du marketing

pour nos albums,

dans la manière dont

on fait des commentaires

sur les réseaux sociaux,

dans la manière dont

on s'exprime, on inclut

le processus créatif.

(Dans le lobby du cabaret Lion d'Or, MARIANNE TRUEL place des albums sur une table à marchandises.)


MARIANNE TRUDEL

(Narratrice)

Souvent, le piano passe

malheureusement en dernier,

ce qui est complètement

ironique parce que toutes

ces heures-là sont censées

permettre à la musique

de vivre et la part

d'administration, de gestion est

tellement grande que souvent

la musique en souffre.

Donc c'est le constat que

je fais depuis deux ans environ

et là je veux rééquilibrer

les trucs, parce qu'à un moment

donné ça devient triste

tout ça, parce que je fais ça

pour pouvoir jouer, mais

je n'ai plus le temps de jouer.


NAVET CONFIT

(En studio)

Je retourne disons en 2004,

avant mon premier EP,

quand je commençais à faire

des shows, puis à penser

à sortir quelque chose.

J'avais une job à temps

plein à l'extérieur de Montréal,

fait que je faisais déjà

la route à chaque jour.

Quand je revenais, j'avais

souvent une pratique ou deux

par semaine, un soir ou deux,

j'avais de la sérigraphie

à faire pour mes pochettes.

Quand je revenais chez nous,

je gravais des disques moi-même

parce que je n'avais pas

d'argent pour les faire

"printer" chez l'industriel.

Le pire après tout ça,

c'est que je découpais

mes pochettes à l'exacto,

puis je les collais

moi-même aussi.

Alors j'avais pas beaucoup

de temps libre.


MARIE-ÈVE ROY

(En studio)

Je me souviens d'avoir fait

des décors pour les spectacles,

d'avoir été moi-même chercher

les lampes dans une vente

de garage. On fait tout

dans le fond.

Il faut être créatif.

Mais c'est ça, on est

des musiciens, on crée,

on crée dans toutes

les sphères.

(MONONC' SERGE est dans son appartement.)


MONONC' SERGE

Il y a beaucoup de choses

que je délègue rendu au niveau

de la promotion, surtout

les relations de presse.

En fait, moi ce dont

j'ai horreur, c'est appeler

les gens, les courtiser

pour qu'ils m'invitent

à leurs émissions de radio

ou de télé,

ou qu'ils m'invitent carrément

à aller faire un spectacle.

C'est pour ça aussi que toutes

les ventes de spectacles,

moi je ne m'occupe pas de ça,

moi je ne me vois pas appeler

dans un bar puis dire:

"Engagez-moi je suis bon."

Je suis trop orgueilleux

pour ça. C'est clair que

je ne ferais pas ça.

(Un peu avant leur spectacle, les membres du groupe Dear Criminals sont dans leur loge.)


FRANNIE HOLDER

C'est comme: Yes man! Je vais

passer ma vingtaine à faire

de la musique! Pfff!

(Propos en anglais et en français)

"I fooled

someone now."

C'est vraiment de la job,

puis dans le fond je retourne

à mon "10-year reunion"

du secondaire, puis je me rends

compte que je suis l'épaisse

qui a fait le choix vraiment

stupide, j'aurais pu être

médecin puis avoir une bonne

job. Non, "I chose fun!

And arts, fun and arts!"


CHARLES LAVOIE

La question aussi est:

c'est quoi un métier pour toi?

Si tu me dis, est-ce que être

musicien c'est d'avoir

une source de revenu

récurrente, oublie ça.

C'est sûr que non. En même

temps, il y a plein de métiers

qui sont des métiers de pigiste

ou tu acceptes un contrat comme

tu acceptes un show, tu fais

de l'argent un peu et voilà,

tu essaies de survivre

là-dessus, tu as un autre petit

"side line" à côté,

puis finalement, moi

personnellement, je ne peux pas

me voir dans une job neuf

à cinq, la même job

pendant dix ans.

Fait que en quelque part,

je suis heureux dans ça. Après

ça, c'est sûr qu'on "struggle",

quel compromis il va

falloir que je fasse encore

pour pouvoir continuer?

On veut tous continuer.


FRANNIE HOLDER

Ça épuise, c'est ça l'affaire.

C'est la précarité de la job et

le fait qu'aujourd'hui elle est

vraiment moins payante

qu'elle pouvait l'être

il y a dix ans. Combiné au fait

que c'est un travail

de création super personnel,

alors c'est toujours tes tripes

que tu mets. Si je parle comme

de ma dépression en musique

mettons, puis je la mets

en musique, c'est super

difficile de se faire critiquer

de cette façon-là. Je pense

que d'être sujet à la critique,

le fait que ça soit précaire,

le fait que ça ne soit

pas payant, tout ça ensemble

ça fait que c'est comme

une job qui est rushante.

(Début intertitre)

(Les outils de l'autoproduction)

(Fin intertitre)

(ROBERT NELSON est dans l'appartement d'Alaclair Ensemble.)


ROBERT NELSON

On a fait notre propre site web,

on utilise Bandcamp, on partage

le contenu sur des réseaux

sociaux comme Facebook

et Twitter. C'est pas mal

principalement ça, puis

honnêtement, tous ces trucs-là

c'est gratuit. C'est ça aussi.

Puis aussi évidemment, c'est sûr

que d'avoir accès à un endroit

où tu peux t'enregistrer

sans devoir payer à l'heure

par exemple, c'est sûr

que ça aide beaucoup.

(MARIANNE TRUDEL est à une table du Lion d'Or.)


MARIANNE TRUDEL

Pour le type de musique

que je fais, je ne vois pas

beaucoup d'avantages

à être avec un "label".

Ce qui ne veut pas dire

que je ne suis pas ouverte aux

propositions, mais il y a très,

très peu de "labels" maintenant

qui font des productions.

Excessivement peu de labels qui

font des productions. Ils vont

prendre des artistes en licence,

finalement une licence, ça veut

dire quoi? Tu paies pour tout,

tu fais la production, tu paies

pour tout et tu es sur leur

étiquette, mais tu achètes

tes propres disques.

Donc est-ce que c'est vraiment

un avantage? Bah! Pas vraiment,

non. Pas à mon sens.


FRANZ SCHULLER

(En studio)

Dans la dernière année, si je ne

m'abuse, les deux plus gros,

nouveaux succès mondiaux

en musique ce sont Adèle, puis

Mumford and Sons.

Deux artistes qui sont

à la base indépendants,

signés chez des "labels"

indépendants, puis qui sont

les plus gros, et de loin,

sur la planète. Est-ce que

les "majors" sont encore

utiles? Oui, pour pousser

des grosses affaires aux gros

publics. Est-ce qu'un "major"

est utile pour pousser

le gagnant de American Idol?

"Sure". Est-ce qu'un "major" est

encore utile pour pousser J-Lo

ou Rihanna, "sure",

pas de problème.

Mais quand tu as Adèle

qui vend dix fois plus que

n'importe qui d'autre

sur la planète puis

qui n'est même pas

sur un "major", je pense

que le roi n'est plus trop,

trop dans son château hein?

(MARIANNE TRUDEL monte sur la scène du Lion d'Or avec ses musiciens et commence à jouer.)


MARIANNE TRUDEL

(Narratrice)

Il y a beaucoup d'avantages

à faire tout soi-même,

c'est-à-dire qu'on a

une liberté, on a un contrôle,

on a un regard sur tout.

Donc oui, ça a beaucoup

d'avantages, mais il y a

certains aspects que

je délèguerais avec plaisir.


NAVET CONFIT

(En studio)

Il faut que tu le dises au monde

que ton album est sorti, puis

c'est là où est-ce que je dis

que les gens de l'industrie,

moi je ne suis pas contre

eux autres parce que

c'est ça leur job, d'annoncer

au monde la bonne nouvelle.

(Le groupe Dear Criminals joue sur la scène du bar de Rouyn-Noranda..)


FRANNIE HOLDER

(Narratrice)

C'est facile pour les bands

de toujours pointer

l'industrie, ou le fait

que les gens n'achètent

pas les albums, ils peuvent

se plaindre de la réalité.

Je dis: "Bien, tu as juste

à pas faire ça dans la vie"


CHARLES LAVOIE

(Narrateur)

Finalement, être musicien ce

n'est peut-être pas un travail,

le rester c'en est un.

(Le groupe Alaclair Ensemble chante sur la scène de l'université Laval.)


ROBERT NELSON

(Narrateur)

En dehors de toutes

les considérations, du fait que

chacun individuellement, ça fait

plus de dix ou quinze ans chacun

qu'on fait la musique qu'on

fait, indépendamment du fait

qu'on met beaucoup de travail.

Je pense que c'est le plaisir

et l'aspect familial,

communautaire, qui nous

fait grandir.

J'ai l'impression que dans

le futur, si un jour je suis

un vieil homme puis que

je repense à l'aventure

de Alaclair Ensemble,

je pense que je vais

bien plus avoir en tête

l'expérience humaine derrière ça

que n'importe quelle forme de

succès médiatique, commercial,

économique, peu importe.

Puis je ne les "downgrade"

pas ces succès-là,

je ne dis pas comme

si on s'en fout puis que ce

n'est pas important. Quand même,

ce serait définitivement

l'expérience humaine

qui serait le noyau dur

de cette expérience-là.

(Fin émission)

(Générique de fermeture)

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