Universe image Arrière-scène Universe image Arrière-scène

Arrière-scène

Arrière-Scène invites you to meet those who work behind the scenes: movie score composers, tour managers, show schedulers, record sellers, producers, bar musicians.

Official sitefor Arrière-scène
Share

Video transcript

Taking Centre Stage

Even if recorded music is the most widely consumed form of music, live music remains the real litmus test for many. While several musicians are beasts in the studio, others shine their brightest on stage.



Réalisateur: Nicolas Boucher
Production year: 2013

Accessibility
Change the behavior of the player

video_transcript_title-en

Arrière-Scène part à la rencontre des artisans qui fabriquent de leurs mains notre paysage musical. On y découvre les coulisses de l'industrie musicale en rencontrant ceux qui y travaillent : musiciens de studio, compositeurs, metteurs en scène, producteurs, disquaires, programmateurs et plusieurs autres.

L'émission «Arrière Scène» est ponctuée d'entrevues de journalistes en studio et d'autres intervenants du milieu qui viennent apporter leur expertise et leurs commentaires.

Générique d'ouverture

[Début information à l'écran]

Arrière-scène — Se mettre en scène

[Fin information à l'écran]

MARTIN LÉON arrive au Théâtre de Quat'Sous pour la répétition de son spectacle. On entend son entrevue hors champ tandis qu'il entre dans la salle de répétition du théâtre.

[Début information à l'écran]

Martin Léon, auteur-compositeur-interprète

[Fin information à l'écran]


MARTIN LÉON

(hors champ)

J'ai eu la chance,

dans les cinq dernières années,

de faire quatre grands

voyages en Asie.

Je ne pouvais pas remonter

sur scène et faire comme

si je n'avais pas vécu

ces voyages-là,

c'est-à-dire remonter sur scène

puis faire un show plus

traditionnel comme j'avais

toujours fait avant:

batterie, basse, guitare

électrique et clavier,

une belle choriste

puis moi qui chante.

Il y a des gens

qui veulent devenir vedettes,

puis ceux qui ont vraiment

quelque chose d'important

pour eux à dire et à offrir,

à partager. Moi je suis

dans cette partie-là.

J'avais besoin de faire

une offrande supplémentaire.

[Début information à l'écran]

Olivier Robillard-Laveaux, journaliste et critique musical— Voir

[Fin information à l'écran]


OLIVIER ROBILLARD-LAVEAUX

(en studio)

Moi j'ai vu Martin Léon

sur scène m'expliquer comment

il avait fait son disque.

Ils étaient deux sur scène

et il racontait que:

"Je suis allé à telle place

en voyage au Laos.

J'ai vu ce paysage-là.

Je me suis mis à entendre

cette petite mélodie-là

dans ma tête".

Et là, il y a un ordinateur

qui joue la petite mélodie.

(MARTIN LÉON arrive dans la salle de spectacle où l'attendent ses musiciens. Il s'installe pour sa répétition, tandis que son entrevue hors champ se poursuit.)


MARTIN LÉON

(hors champ)

Pour moi, la scène

c'est une tribune.

C'est une tribune ou quelqu'un

a la chance de prendre

la parole puis de dire

des choses qui peuvent avoir

une influence quelconque.

Je me suis dit:

"OK, si je suis pour remonter

sur scène avec l'album

Les Atomes, et que ce n'est pas

dans une formule traditionnelle,

il va falloir que j'attende

de le sentir, de quelle manière

je veux mettre en scène

ce voyage-là, ces chansons-là."


OLIVIER ROBILLARD-LAVEAUX

(en studio)

Ça, c'est un concept qui est

complètement éloigné du disque.

Mais en même temps,

au niveau sonore,

tellement imbriqué puis

tellement pris dans la création

du disque et on vivait

ce moment-là.

Ce moment qui me fait

tripper en spectacle c'est

prends-moi par la main puis

emmène-moi quelque part et peu

importe que tu le fasses

en jouant ton disque

avec l'énergie du désespoir

ou en décortiquant tout

ton processus de création,

tu fais vivre ce moment-là

aux spectateurs.

[Début information à l'écran]

Philippe Papineau, journaliste— Le Devoir. Animateur radio, CIBL

[Fin information à l'écran]


PHILIPPE PAPINEAU

(en studio)

Le charisme sur scène,

ça se travaille,

mais ça ne s'invente pas

cette énergie-là.

Je trouve que c'est un talent.

C'est dans la partie des innés.

Il y a des acquis,

mais ça c'est l'inné.

(Début intertitre)

(La scène, lieu de communion)

(Fin intertitre)

[Début information à l'écran]

Philippe Brault, bassiste et directeur musical— Philippe B, Philémon chante, Random Recipe, Hôtel Morphée, Viviane Audet

[Fin information à l'écran]


PHILIPPE BRAULT

(en studio)

Les gens t'apprivoisent

avec un disque.

Ils t'apprécient, ils ont envie

de te voir puis ils tombent

en amour avec toi quand

ils te voient en show.

C'est ça qui se passe

quand même.

En général, c'est là que t'as

un contact avec les gens.

[Début information à l'écran]

Frédéric Lambert, altiste— Quatuor Molinari, Les violons du Roy; chroniqueur musical— ICI Radio-Canada Première

[Fin information à l'écran]


FRÉDÉRIC LAMBERT


en studio

Un musicien espère,

comme n'importe qui,

en musique même en pop,

peu importe, avoir un public,

avoir du monde

qui va s'intéresser à eux.

C'est une espèce de quête,

si on veut. Il y a des gens

qui viennent voir nos concerts,

ils sont curieux. Des fois,

ils viennent et ne reviennent

pas ou reviennent après

parce que ça les a intrigués,

mais c'est seulement

une rencontre. Les rencontres,

c'est une façon d'ouvrir

la curiosité.

[Début information à l'écran]

Guillaume Déziel, gérant, Misteur Valaire; éditeur et associé—MR. Label

[Fin information à l'écran]


GUILLAUME DÉZIEL

(en studio)

Si le MP3 est la première

rencontre entre deux personnes,

bien la grande nuit d'amour est

probablement celle du spectacle.

Le spectacle devient

l'expérience ultime,

là où il y a une communication,

même une communion

entre la foule, le public

et l'artiste.

(Sur scène, MARTIN LÉON fait des tests de son avec ses musiciens. On entend la suite de son entrevue hors champ.)


MARTIN LÉON

(hors champ)

Tu n'es pas obligé d'avoir

une mise en scène dans la vie.

Tu n'es pas obligé.

Traditionnellement tu as,

admettons, 12 chansons

sur un album. T'engages,

si tu veux, un metteur en scène

qui va faire un filage

de ces 12 chansons-là

avec une bonne virgule là,

une pause là, une image là,

des fois un pétard et ça fait

un spectacle. Dans mon cas ici,

ce n'était pas ça.

Je n'avais pas besoin

d'un metteur en scène

ou d'une metteure en scène.

Il n'était pas question de mise

en scène. Il était question

de raconter ce voyage-là,

de partager, d'offrir l'origine

de ces tounes-là.

Puis là, je montrais des images

à mes amis, des bouts de films,

ils disaient:

"Ah, ils sont beaux tes vidéos.

C'est beau le Vietnam.

C'est beau Tokyo,

la Thaïlande."

Je disais: "Telle personne

que j'ai rencontrée..."

Finalement, à la fin

de la soirée, j'ai des amis

qui me disent:

"C'est peut-être ça le show.

C'est trippant ce que

tu nous as partagé ce soir."

C'était vraiment par accident.

Ils me disent: "Fais ça,

monte ça sur scène."


PHILIPPE BRAULT

(en studio)

Puis je pense que tout

est tellement mis en scène

maintenant. Tout le monde

regarde des vidéos

toute la journée, des affaires

mises en scène,

la téléréalité est mise

en scène, toute l'affaire.

Quand t'as quelqu'un

qui débarque sur scène puis

qui fait juste te chanter

une bonne chanson,

bien veut, veut pas,

c'est une expérience humaine

super réconfortante et puis

enthousiasmante, qui n'arrive

plus si souvent que ça.

C'est ça la force du live,

ça ne se remplace pas.

Tu es là avec la personne puis

ça ne sera plus jamais pareil.

Tu ne pourras pas le regarder

160 000 fois sur YouTube.

Des fois, la mise en scène

a de l'importance.

Puis des fois, il ne faut pas

non plus qu'elle masque

ce côté-là.


PHILIPPE PAPINEAU

(en studio)

Après bon, avec un groupe comme

Misteur Valaire ici qui s'amuse.

Ils ont une musique de party,

une musique assez électro.

C'est des bombes

qui te rentrent dedans

puis tu peux juste l'absorber,

les voir jouer puis les voir

jouer physiquement,

c'est impressionnant

parce qu'ils se donnent à fond

dans ce qu'ils font.

C'est une concentration pure

dans le rendu de l'énergie.

Puis là, comme spectateur,

tu peux juste être impressionné

et capté par ça.

(Dans une salle de spectacle vide, le groupe Misteur Valaire est en répétition. Les membres du groupe discutent avec BRIGITTE POUPART, leur metteure en scène. On entend BRIGITTE POUPART en entrevue hors champ.)

[Début information à l'écran]

Brigitte Poupart, metteure en scène—Misteur Vallaire, Yann Perreau, Marie-Jo Thério, Gala de l'ADISQ, Gala des JUTRA, Hommage à la Bolduc; comédienne, Monsieur Lazhar, Les Zapartistes, Catherine

[Fin information à l'écran]


BRIGITTE POUPART

(hors champ)

Pour moi, une bonne mise

en scène c'est quand

on ne voit pas les ficelles,

quand on ne devine pas.

Je travaille pour magnifier

ce qui est là.

L'idée c'est de travailler

avec l'artiste.

C'est pour ça que pour

moi c'est un long processus.

Le travail en amont

avant d'arriver en répétition

comme ça est très long

parce qu'il faut que

je détecte qu'est-ce que

la personne qui est devant

moi a besoin pour magnifier

ce qui est là, les rêves,

les désirs, l'imagerie aussi.

Il faut qu'on arrive

à un vocabulaire commun.

Et l'idée derrière ça c'est

pousser ce qui est là,

c'est-à-dire mettre en lumière

ce qui est là et non pas si moi

je me mets en avant-plan,

ça ne marche pas.

Moi mon objectif c'est toujours

que les gens ne disent pas,

j'ai vu un bon show,

mais j'ai vu un sacré bon show,

un show mémorable. On ne sait

pas nécessairement qui a fait

la mise en scène, mais

c'est ça pour moi l'objectif.

(NATHALIE NADON est devant un théâtre.)

[Début information à l'écran]

Nathalie Nadon, metteure en scène, Ontario Pop

[Fin information à l'écran]


NATHALIE NADON

Moi quand je vais voir

un spectacle puis la musique

est super bonne,

ah c'est hot la fille.

Puis elle dit: "La prochaine

chanson, je l'ai écrite

dans mon bain.

Écoutez les paroles.

C'est bon." Voyons, tu viens

de me gâcher ma soirée.

T'as des paroles

extraordinaires, mais tu ne peux

pas t'adresser au public.

De là l'importance

d'aller te chercher

un metteur en scène.

(La répétition de MARTIN LÉON se poursuit tandis que se succèdent des entrevues hors champ de MARTIN LÉON et de PASCAL RACINE VENNE, son musicien.)


PASCAL RACINE-VENNE

(hors champ)

On a monté ça ensemble,

une toune à la fois.

Au départ, on n'a pas dit:

"On monte ça puis on fait

quelque chose avec".

Cette chanson-là nécessite ça.

Comment on peut s'arranger

pour le faire?

On va trouver une façon.

Puis à la fin, on se ramasse

avec tout ça.


MARTIN LÉON

(hors champ)

C'est ça aussi ce show-là.

Il y a des chansons qui sont

livrées telles quelles,

comme elles sont nées

avant d'être arrangées,

avant d'avoir été enregistrées,

endisquées, réalisées

et produites.

(Sur la scène, PASCAL RACINE-VENNE est assis devant son ordinateur et plusieurs autres instruments. Il nous les décrit.)


PASCAL RACINE-VENNE

(en aparté)

C'est un "set-up"

qui est le fun.

C'est le fun à construire.

Ce n'est pas un kit de drum.

C'est en fonction des besoins

du spectacle. On s'est adapté

puis on a créé un "set-up"

pour que ça fonctionne

puis qu'on ne se sente

pas limité.

(La répétition se poursuit tandis qu'on entend la suite de l'entrevue hors champ de MARTIN LÉON.)


MARTIN LÉON

(hors champ)

Je n'ai pas eu besoin de faire

affaire avec un metteur en scène

ou une metteure en scène

parce que c'est ma vie

personnelle que j'ai mise

sur table.

Beaucoup d'auteurs écrivent

eux-mêmes leur affaire,

le squelette est clair.

Ils le font puis c'est fait.

L'éditeur est inclus en eux.

Dans ce cas-ci, le metteur

en scène est inclus dans moi.

(Durant la répétition de Misteur Valaire, BRIGITTE POUPART donne des indications au groupe. La répétition se poursuit tandis qu'on entend FRANCE, un des musiciens du groupe, donner une entrevue hors champ.)


FRANCE

(hors champ)

On l'adore, Brigitte. Elle fait

un travail remarquable puis

quand on a commencé à travailler

avec elle pour Golden Bombay

on s'est rendu compte

qu'elle était vraiment super

à l'écoute de ce qu'on fait

puis de nos volontés.

On emmenait des idées puis elle

avait le tour pour être capable

de partir de ça puis après ça

rendre ça encore plus homogène,

aller chercher des idées

intéressantes, emmener les focus

aux bonnes places pour que

vraiment le show soit à la fois

impressionnant mais aéré.

(Sur la scène, JULES, un autre membre de Misteur Valaire, décrit au public ses tables tournantes et ses autres instruments électroniques.)


JULES

On "link" la musique

et l'éclairage

sur le même "clock".

Donc, en midi, ça envoie

des signaux à tous

les instruments.

C'est bon ça!

Puis ça envoie aussi

des signaux aux éclairages,

aux vidéos. On utilise ça

pour envoyer le "clock"

aux autres "synthés"

puis aux éclairages parce que

c'est le beat. Il y a une marge

d'erreur qui est humaine, mais

c'est pour ça qu'on le pratique.

(TO, un autre membre de Misteur Valaire, est sur la scène.)


TO

Ça se peut qu'il y ait

des tounes que ça marche

moins finalement qu'on pensait.

Ça se peut que le "pacing"

change. Au niveau du visuel

aussi si on sent finalement

qu'il y a des trucs qui sont

trop lourds à installer,

que ça prend trop de temps,

bien il va falloir couper

là-dedans. C'est pour ça que si

la pré-prod ne se passe pas

bien, tu n'as pas le temps de

raffiner le truc puis de garder

juste les bonnes choses.

Il y a comme trop d'affaires,

puis il faut que ça

reste efficace.

(Derrière la console d'éclairage, BRIGITTE POUPART s'adresse au public de l'émission.)


BRIGITTE POUPART

On va les arrêter juste s'il y a

vraiment des problèmes.

L'idéal c'est toujours

de faire un filage

ou un enchaînement si tu veux

avec arrêt puis qu'on voit,

tout le monde ensemble où sont

les problèmes puis qu'on

les règle. Puis le deuxième

enchaînement, je le dis

tout le temps, sans arrêt,

même s'il y a des problèmes,

on continue pour voir

si on est capable de le faire

même si ce genre de trucs-là

se produit pendant le show.

(Depuis la console d'éclairage, BRIGITTE POUPART donne des instructions au groupe.)

(Début intertitre)

(Le disque et la scène : deux mondes)

(Fin intertitre)


OLIVIER ROBILLARD-LAVEAUX

(en studio)

Moi je veux être sur scène pour

vivre un moment. Si tu me joues

l'album sensiblement pareil,

parfait, mais joue-le moi avec

l'énergie du "live". Joue-le moi

comme si c'était la dernière

fois de ta vie que tu le jouais

puis mets-moi en plein

la gueule.

Ça ne me dérange pas.


PHILIPPE BRAULT

(en studio)

Il y a deux écoles de pensées

sur la relation entre le disque

puis le show, et c'est important

de réfléchir à ça quand

t'es le réalisateur, puis c'est

important de réfléchir à ça

quand tu es le musicien

du spectacle. J'ai souvent été

soit le directeur musical

sur des tournées,

donc c'est un peu à moi

d'y penser. Il y a les gens

qui veulent que leur disque,

quand tu le fais, il soit

jouable en spectacle parce

qu'ils ont envie d'avoir

un passage vraiment fidèle

d'un à l'autre.

Moi, ce n'est pas mon école

préférée. Puis il y a ceux

qui font: "Le disque c'est

une affaire. Le show c'est

une affaire." C'est comme si

tu prenais un roman puis tu

l'adaptes pour le cinéma, puis

tu l'adaptes pour le théâtre.

Il va y avoir plus de lieux

au cinéma. Il va y avoir

des plans larges.

Il va y avoir des explosions,

des hélicoptères.

Mais au théâtre, on va en parler

puis on verra. Pour moi, c'est

la même affaire. Je pense que

l'important quand tu vas faire

un show, après un disque, c'est

de trouver c'est quoi l'essence

de chaque chanson puis qu'est-ce

qui est vraiment important pour

que la chanson se passe et lève,

puis que les gens

la reconnaissent,

puis que t'aies gardé

le meilleur de cette chanson-là

pour la faire. Des fois,

c'est radical. On l'a faite

avec un orchestre

symphonique complet, puis là

on est un band guitare, drum,

basse. Bien, fais-là toute seule

au piano! Ca va être plus proche

que si nous on le fait.


PHILIPPE PAPINEAU

(en studio)

Je ne crois pas que l'époque

des chanteurs,

des auteurs-compositeurs

seuls à la guitare est finie.

Je ne crois pas que ce ne soit

jamais fini parce que

c'est l'expression musicale

dans sa presque plus simple

expression. Je dis guitare.

Ça peut être quelqu'un

au piano. Ça peut être quelqu'un

qui fait juste des chants

de gorge pendant une heure

et demie. Mais si c'est bon,

ça nous émeut. Pas besoin

d'autre chose que son corps.


PHILIPPE BRAULT

(en studio)

Ce qu'on cherche ce n'est pas

de récréer, je pense,

intégralement ce qu'il y a

sur l'album mais de mettre

les gens dans le même état.

La chanson, elle crée

cette émotion-là mais il faut

que tu la recrées sur scène.

Des fois, c'est avec rien.

Des fois, c'est avec plein

de choses. Il y a des disques

qui peuvent vivre sans show,

puis c'est bien correct.

Il y a du monde qui vont

toujours être bons en show

puis qui n'arrive pas à le faire

en disque. Mais je pense que

l'important, c'est les artistes

qui durent longtemps puis qui

ont vraiment un "fan base" fort,

c'est le monde qui sont

capables de faire les deux.

[Début information à l'écran]

Nicolas Tittley, journaliste—Elle Québec, Musique Plus, Journal Métro

[Fin information à l'écran]


NICOLAS TITTLEY

(en studio)

On ne peut plus être un artiste

qui existe sur disque

uniquement. Il faut exister dans

d'autres sphères maintenant.

Et ça force un repositionnement

puis un questionnement qui est

très sain à mon avis. Qu'est-ce

que je veux faire comme artiste?

C'est quoi que je veux?

Je veux parler à un public.

Et plutôt que de se dire:

"Le public n'est plus là...

Comment est-ce que je peux

aller le trouver? Où est-il

ce public-là? Il est bien

à quelque part. S'il n'est pas

à mon spectacle, il doit être

en train de faire autre chose."

Les gens n'ont pas arrêté

de consommer de la culture.


GUILLAUME DÉZIEL

(en studio)

Aujourd'hui, si tu n'es pas

capable de monter sur une scène

et d'être charismatique,

tu n'as pas nécessairement

beaucoup d'avenir.

Peut-être que l'avènement

de la technologie qui fait

en sorte que tout le monde

peut s'enregistrer,

que tout le monde peut

s'autodistribuer, que plus

personne peut nécessairement

payer pour la musique,

on ne plus monnayer justement

la transaction, l'acte

de distribuer sa musique.

Peut-être que c'est

une opportunité. En gros,

peut-être que c'est une chance

pour ces créateurs-là

de se dire: "Je ne peux pas

compter nécessairement

sur la vente de mon produit,

mais je vais juste

me concentrer un petit peu

plus sur la qualité

de mon spectacle".


PHILIPPE PAPINEAU

(en studio)

Il y en a qui ont juste envie

de créer, un peu comme

des ermites dans le sens

où je propose la musique.

La voici. Vous l'écoutez

sur votre support préféré,

dans votre auto si vous voulez.

Je n'ai pas trop envie

de me mettre en avant.

Je respecte ça.

Sauf que si pour en vivre,

pour en vivre bien en général,

on n'a plus le choix d'être

capable de la vendre

et de la reproduire sur scène

devant des gens,

d'humains à humains.


OLIVIER ROBILLARD-LAVEAUX

(en studio)

Un phénomène qu'on voit beaucoup

depuis l'apparition de MySpace

puis BandCam, c'est des groupes,

des bibittes de studio, des gens

qui, avec des micros puis

des cartes de son et tout ça,

vont se créer facilement

un enregistrement qui a du bons

sens, qui sonne bien, mettre ça

sur MySpace puis BandCam,

y travaillent beaucoup

là-dessus. Les tounes

sont super bonnes

et le groupe a tellement

travaillé ensemble

dans le studio,

mais quand ils arrivent

sur scène, ce n'est pas là.

J'ai vu beaucoup de groupes

qui n'étaient pas prêts à aller

faire de la scène.

(La répétition de Misteur Valaire se poursuit tandis que se succèdent les entrevues de BRIGITTE POUPART et de FRANCE.)


BRIGITTE POUPART

C'est toujours une question

de dialogue un show, un show

vivant, que ce soit du théâtre,

de la musique, un concert

de musique, tout ça.

C'est tout le temps en relation

avec un public et souvent

si le public est là,

on en donne plus.

Si le public est moins là,

y a des réactions différentes.


FRANCE

Il faut que le spectacle

ressemble au band. La vision

d'ensemble est super importante.

C'est la raison

pour laquelle on travaille

avec une metteure en scène.

C'est le regard externe,

c'est l'expérience, c'est tout

ça qui fait que le spectacle

peut être focusé, puis aller

chercher tous les éléments

qu'on apporte sur le stage

pour en faire vraiment

quelque chose d'unifié.

(Cinq minutes avant son spectacle, MARTIN LÉON traverse sa loge pour se rendre en coulisses, où il discute avec PASCAL RACINE VENNE. Puis, MARTIN LÉON et PASCAL RACINE-VENNE se rendent sur scène, sous les applaudissements de la foule.)


MARTIN LÉON

(à la foule)

Bonsoir! Ça va bien? Merci

d'être là au rendez-vous.

Il y aurait eu vraiment

une vingtaine d'histoires

différentes que j'aurais pu

vous raconter ici ce soir.

(Un peu plus tard, pendant le spectacle, MARTIN LÉON pointe un grand tableau où sont projetées les représentations graphiques des sons joués par l'ordinateur de PASCAL RACINE-VENNE. Un petit rythme électronique accompagne le discours de MARTIN LÉON.)


MARTIN LÉON

Ce que vous entendez,

c'est la piste de la basse,

celle-là, juste là.

La représentation graphique

des sons est plus grande

quand le son est plus fort

ou plus grave, de sorte que

normalement, tout le monde,

on est supposé d'être rendu

là, en ce moment.

Mais si vous n'êtes pas là,

c'est que vous êtes ailleurs.

(La foule rit. Le spectacle se poursuit tandis qu'on entend MARTIN LÉON en entrevue hors champ.)


MARTIN LÉON

Là, j'avais vraiment envie

de faire un trip, un show.

Comment ça se monte?

Comment ça se met

en scène?

Comment on travaille ça?

Ça fait que le soir, on fait

un show, on prend des notes.

Le lendemain, on revenait.

On améliorait quelque chose.

On déplaçait des chansons.

On enlevait des numéros,

on en rajoutait un autre.

C'était ça l'expérience

que j'avais envie de faire.

(Sur scène, MARTIN LÉON montre à la foule une vidéo d'un de ses voyages en Asie. On le voit jouer de la musique avec une famille locale.)


MARTIN LÉON

Alors, le père de la famille

jouait de l'instrument à vent.

Je trouvais ça intéressant.

Et plus fascinant encore,

il avait trois fils.

Le premier qui est là.

Le deuxième qui a exactement

le même visage. Et le troisième

qui va passer avec une bière et

un tatou dans le dos, le voici.

(Plus tard durant le spectacle, MARTIN LÉON interprète une de ses chansons.)


MARTIN LÉON

♪Are you all in for business ?

Mario, Millionaire à l'air

En bon héritier de naissance

N'avait guère

Le sens des affaires

En bon héritier de naissance

Et penchait pour les vacances

Débarqua sur le port

Mirant sa montre en or

En chantant, Le feu au corps

Are you all in for business ?♪♪


OLIVIER ROBILLARD-LAVEAUX

(en studio)

Martin Léon lorsqu'il a fait

son spectacle au Quat'Sous,

je pense qu'il a fait comme

20 soirs dans une toute

petite salle. Donc, le risque

est moins grand. La salle va

être remplie plus vite.

Dans le cas de Martin Léon,

ça faisait un an

qu'il n'avait pas donné

de concert, sinon deux

à peu près pour ce disque-là.

Donc, il y avait déjà beaucoup

de demande. Il a fait ça dans

une petite salle qui coûte moins

cher à louer ou si c'est vide,

ça va moins paraître.

Donc, il faut calculer

le risque et bien le prendre.

Mais c'est certain qu'au nom

de la création, on peut faire

un spectacle sans limites

de budget. Donc, il faut

savoir où on trace la ligne,

jusqu'où on peut aller puis

comment on s'y prend

pour réussir ce coup-là.

(Début intertitre)

(L'industrie du spectacle : rentable?)

(Fin intertitre)


PHILIPPE BRAULT

(en studio)

En spectacle, c'est assez clair

en général le cadre budgétaire,

ce qui le définit

surtout c'est combien on va

être. Ça, ce n'est pas juste

défini par c'est quoi

les salaires disponibles.

Ça va prendre combien

de camions si on est cinq

puis ça va prendre

combien de chambres d'hôtel.

C'est là que la compagnie

t'arrive avec le budget du show.

Et ça donne trois musiciens.

OK, tu fais avec.

Tu n'as pas bien le choix.


NICOLAS TITTLEY

(en studio)

On dit souvent:

"On ne vent plus d'albums".

La réponse naturelle c'est:

"Faites des spectacles alors.

C'est important d'aller voir

votre public." Mais là on dit:

"Oui, mais il y a moins

d'argent pour les spectacles

aussi parce que les festivals

nous paient moins,

parce que les salles n'ont plus

les moyens de prendre

et d'assumer tous les risques

d'un spectacle."

Donc souvent, on prend

la porte seulement, le prix

d'admission à l'entrée.

En fait, on n'a pas de salaire

garanti. On peut se rendre dans

une ville, donner un spectacle

et même pas être sûr de revenir

avec de quoi payer l'essence.


PHILIPPE BRAULT

(en studio)

C'est vrai que le disque vend

moins, mais les shows se vendent

moins aussi en ce moment.

Ce n'est pas comme si l'un

compensait pour l'autre.

Ça, c'est une fable.

Il y a moins de monde

dans les shows. Les diffuseurs

sont plus frileux.

Partout, ça baisse un peu.

Ce qu'il faut c'est juste

trouver ta voie puis

que ça se complète

dans l'un puis dans l'autre.

(Dans leur loge, 30 minutes avant leur spectacle, les membres de Misteur Valaire se préparent à monter sur scène. On entend BRIGITTE POUPART en entrevue hors champ.)


BRIGITTE POUPART

(hors champ)

Comme les moyens sont presque

inexistants en musique

pour monter des shows,

c'est ma grande bataille

parce que souvent je vais dire

aux producteurs, aux gérants:

"Les disques, arrêtez

de chialer que les disques

ne se vendent pas,

il faut faire des shows.

Si tu veux faire connaître

ton artiste, il faut faire

des shows".

Parce que si je reviens

à l'époque de James Brown,

c'est des shows. C'est dans

les cabarets et dans les salles

de théâtre que ces gens-là

se sont faits connaître.

Puis les Misteur Valaire

c'est ça qui est arrivé.

Ils ont donné leur musique,

ils ont fait un sacré bon show.

Ç’a marqué. Et après ça,

les gens les suivent.

Tu peux tomber en amour

avec un disque, mais

ce n'est pas la même chose.

En ce moment, je trouve

qu'il faut beaucoup plus pousser

vers ça, vers le spectacle.

Et là les gens vont pouvoir

vraiment découvrir

quelque chose puis découvrir

un univers autour. Je trouve

qu'en ce moment la difficulté

ce n'est pas tant de m'attaquer

à des grosses affaires,

c'est de ne pas avoir

les moyens de faire le travail

que je veux faire.

(NATHALIE NADON est devant un théâtre.)


NATHALIE NADON

Si tu n'as pas les moyens

de te payer un metteur

en scène, tu as les moyens

d'appeler un ami puis d'avoir

un troisième oeil. Pour moi,

la mise en scène ce n'est

pas seulement comment tu chantes

tes chansons. C'est comment

tu fais tes transitions,

où est-ce que tu places

ton entracte, quand est-ce que

tu t'adresses au public.

C'est des petits détails

qui font que t'optimises

ta performance pour les gens

et que le monde ne fatigue pas.

Des fois, c'est de la façon

dont tu tiens ton micro.

Comme tout à l'heure j'avais

quelqu'un qui tenait son micro

comme ça...

(NATHALIE NADON fait mine de tenir un micro juste devant son visage.)


NATHALIE NADON

Mais ma belle,

c'est parce qu'on ne voit

pas du tout tes yeux, puis

tes yeux sont aussi importants

que ta voix!

(LUIS, un membre de Misteur Valaire, est dans sa loge)


LUIS

Ce que j'ai besoin de savoir,

c'est justement d'un oeil

extérieur, quand est-ce que

c'est plus pertinent de parler

puis quand est-ce que je n'ai

pas besoin de parler. Le but

c'est toujours d'aller chercher

les gens le plus possible.

(On voit BRIGITTE POUPART et Misteur Valaire en répétition sur scène. BRIGITTE POUPART donne des indications aux membres du groupe. La répétition se poursuit tandis que se succèdent les entrevues de FRANCE et de LUIS.)

t


FRANCE

Brigitte nous donne un gros coup

de pouce pour avoir un regard

externe sur nous-mêmes,

sur notre présence

sur un stage. Puis des fois

quand on fait certains moves,

on peut avoir l'impression

que ça va donner de l'intensité

au show mais finalement,

ça devient un peu trop "buzzy".

Elle nous dit:

"Peut-être que c'est mieux

de rester un peu plus

en arrière ou à l'inverse,

tu es en arrière en ce moment

mais il faut meubler le centre.

Puis c'est le bon temps

pour faire une "feature"

un petit peu plus avancée."


LUIS

On a des moments

aussi dans le show

où on dit, comme là:

"Ça va faire, tout est carré

jusqu'à maintenant.

Cette chanson-là est vraiment

plus lâchez-vous "loose."

On s'en fout de tout ce

qui est mise en scène

parce qu'il faut vraiment

que ça nous ressemble

en tant que musiciens

puis en tant que personnes,

plus qu'on sente

qu'on est obligé

d'aller à quelque part comme

dans un show de théâtre.


PHILIPPE PAPINEAU

(en studio)

On revient à une espèce de place

publique. Ca revient à:

"Je suis devant vous.

Je vais me mettre

sur une petite caisse,

puis si je ne suis pas capable

de vous divertir pendant

une heure, une heure et demie,

même une demi-heure,

que les gens s'en vont

comme ça sur la place,

c'est parce que peut-être que

je ne mérite pas de le faire,

entre guillemets". En fait,

on revient donc à cet esprit

de rapport direct

avec la foule et ce sont

les meilleurs là-dedans

qui vont réussir à continuer,

parce qu'on va directement

à la rencontre des gens

et puis ils vont venir

nous voir et puis ils sont

plus fidèles. On fidélise

une clientèle aussi

de cette façon-là.

Puis les spectacles,

veut, veut pas, ramènent aussi

de l'argent que les disques

ne peuvent pas toujours

nous amener.

(Les membres de Misteur Valaire et BRIGITTE POUPART sont dans leur loge et se préparent à entrer sur scène. Tout le monde s'encourage en se tapant dans les mains.)

(Un peu plus tard, le groupe Misteur Valaire est sur scène et interprète une chanson.)


FRÉDÉRIC LAMBERT

(en studio)

On ne peut pas rester assis

à attendre que les gens

viennent vers nous.

Ça n'arrivera pas.

Ça n'arrivera jamais.

Les gens reçoivent tellement

d'informations musicales dans

une journée qu'il faut aller

vers eux, il faut proposer

quelque chose vers eux.


NICOLAS TITTLEY

(en studio)

Les artistes doivent se

repositionner, doivent se dire:

"OK, je dois aller chercher des

fans. Il faut que j'offre aussi

quelque chose d'intéressant.

Si les gens viennent me voir

en spectacle, il faut

que je leur donne un show.

Je ne peux pas juste arriver

là puis regarder mes pieds.

Puis la prochaine fois

que je repasse en ville,

ils ne viendront pas me voir".

(Le spectacle de MARTIN LÉON se poursuit, tandis qu'on entend MARTIN LÉON en entrevue hors champ.)

(MARTIN LÉON)

(hors champ)

C'est grâce au monde que je fais

mon métier. Ça serait fou

quelqu'un qui laisserait

tomber ces gens-là.

Finalement, les 600 personnes

qui devaient voir

ce spectacle-là se sont

transformées en près de 7000

en ce moment.

Il y a eu du bouche-à-oreille.

Il y a quelque chose qui lie

les gens de l'intérieur,

qu'il ne faut pas bafouer,

couper, oublier.

C'est ça la force.

Puis c'est pour ça

qu'on est ici.


OLIVIER ROBILLARD-LAVEAUX

(en studio)

Le moment qu'on vit sur scène,

cette espèce d'impression d'être

à la bonne place au bon moment,

ça m'est arrivé de me dire:

"Je veux être nulle part

ailleurs dans le monde.

Je suis en ce moment

devant le meilleur groupe

au monde qui donne le meilleur

show au monde".

Puis ce moment-là,

tu n'as pas besoin

d'avoir de l'éclairage

ou des feux d'artifices

ou de projection ou de monde

qui court bord en bord

de la scène. C'est juste

une question de sentir

les tripes. Je reviens toujours

à cette expression-là

que la personne joue

comme si c'était la

dernière fois de sa vie.

Dès que tu sens ça,

t'as vraiment l'impression,

même si c'est un groupe

qui n'est pas connu,

que ça devient le meilleur

groupe au monde.

(Fin émission)

(Générique de fermeture)

Episodes of Arrière-scène

Choose a filtering option by age, fiction or season

  • Category Season

Résultats filtrés par