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Carte de visite

Gisèle Quenneville, Linda Godin and Daniel Lessard meet exceptional francophones from throughout Canada and beyond. Discover politicians, artists, entrepreneurs and scientists whose extraordinary stories are worth telling.

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Charles Larroque: CODOFIL's executive director

Charles Larroque was named president of CODOFIL, Louisiana’s French-existence watchdog. In 1968, the government created an organisation to promote French in the State: the Conseil pour le développement du français en Louisiane, aka CODOFIL. The agency setup French classes and, in 1983, the first immersion classes were born. Since then, some 20,000 Louisiana French students have been educated.



Réalisateur: Linda Godin
Production year: 2015

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Pendant que GISÈLE QUENNEVILLE présente son invité, CHARLES LARROQUE, directeur exécutif du conseil pour le développement du français en Louisiane, on montre des images de différentes villes louisianaises. L'entrevue se déroule dans un grand bureau.


GISÈLE QUENNEVILLE

La Louisiane, pays de bayous,

de jambalaya et de jazz.

Il y a 4,5 millions d'habitants

en Louisiane. 150 000 d'entre

eux sont francophones.

Ces Cajuns et Créoles vivent

surtout dans la vingtaine de

paroisses qui forment la région

Acadiana, au centre de l'État.

Dans des villes comme Lafayette

ou dans les villages

comme Arnaudville, Eunice,

Grand Coteau, Grosse Tête

ou Ville Platte.

En 1968, le gouvernement

de l'État a créé une agence

pour développer et promouvoir

le fait français en Louisiane.

L'agence a mis sur pied

des cours de français, et

en 1983, les premières classes

d'immersion ont vu le jour.

Depuis ce temps-là, des milliers

d'enfants ont appris le français

dans les classes d'immersion

de l'État. L'an dernier,

Charles Larroque a été nommé

directeur général du CODOFIL.

Ce Louisianais a maintenant

un nouveau mandat: créer des

débouchés pour que les 20 000

diplômés en immersion puissent

non seulement étudier

en français, mais qu'ils

puissent aussi travailler

dans leur deuxième langue.

Charles Larroque, bonjour.


CHARLES LARROQUE

Bonjour.


GISÈLE QUENNEVILLE

Le CODOFIL a vu le jour en

1968. Qu'est-ce qui se passait,

à cette époque-là, pour inciter

les législateurs louisianais à

créer une agence pour promouvoir

et développer la langue

française ici?


CHARLES LARROQUE

Il y a une longue histoire.

Une longue histoire, et

il y avait quelques illuminés,

tel que Jimmy Domengeaux,

qui ont su que c'était

maintenant ou jamais

où il faut vraiment

institutionnaliser le fait

français en Louisiane.

Donc, on a créé cette agence

d'État, le conseil pour

le développement du français

en Louisiane. L'isolement,

ça a été un très... très...

Très fort, ici, en Louisiane.

Marginalisation des petits

habitants, qu'ils soient sur

les prairies, dans les

marshes,

comme on dit, les marais. Il

y avait beaucoup d'isolement, et

finalement, pendant les années

1920, il arrive l'industrie

pétrolière. Et avec ça,

des opportunités économiques.

On comprenait à l'époque que

l'anglais était nécessaire

pour avoir ces opportunités

économiques. Donc, quand

on pense, disons, à la misère

de ces petits habitants

depuis plusieurs générations,

c'était inouï, cette

opportunité. Il y avait cet

échange de langue. C'est-à-dire,

le français, ça servait pour

faire des affaires, ici,

au village ou sur la ferme,

tout ça. C'était très familier.

Mais le business, c'était

l'anglais. Et donc, en 1916,

il y avait carrément une loi

qui a interdit le français sur--


GISÈLE QUENNEVILLE

Le territoire.


CHARLES LARROQUE

Le terrain des écoles, dans

les écoles. Pas à l'extérieur

des écoles. Mais à l'école,

les enfants étaient obligés

de parler en anglais.

Chose qui a traumatisé beaucoup

d'enfants. Beaucoup de

générations. Il y a plusieurs

générations. Il y a beaucoup

de gens qui parlent encore

de cette stigmatisation-là.

Et ça a resté longtemps sur

le coeur. Il y avait la Deuxième

Guerre. Il y avait aussi

cette prise de conscience

aux États-Unis de son identité

ethnique là. Ça a filtré ici,

en Louisiane. Le

timing

était bien. Fin des années

1960. Aussi...


GISÈLE QUENNEVILLE

Il y avait tout le mouvement

pour les droits civils.


CHARLES LARROQUE

Oui et donc, ce qui marchait

bien pour les Noirs,

marchait bien aussi

pour d'autres minorités.


GISÈLE QUENNEVILLE

Alors, le CODOFIL a vu le jour

en 1968. On a... On a créé, mis

sur pied des cours de français

dans les écoles. Après,

c'était les écoles d'immersion

en Louisiane. Comment est-ce

que ces écoles-là, le fait

que le français était de retour

à l'école, comment ça a changé

le paysage linguistique

de la Louisiane?


CHARLES LARROQUE

C'était un grand changement,

je peux vous dire. Déjà, pour

revoir le français à l'école,

non seulement l'utilisation

par les écoliers, mais

l'enseignement du français.

Au début, c'était le français,

langue seconde. Donc, des petits

cours de 30 minutes. Et en 1983,

on a démarré un programme

d'immersion française. Et puis

là, on a vu tout de suite là,

les bénéfices vraiment

remarquables et l'efficacité de

cette méthode et donc, ça a pris

feu. Et aujourd'hui, on a près

de 5000 élèves qui sont dans

des programmes d'immersion.


GISÈLE QUENNEVILLE

Est-ce que ça a été difficile

de convaincre les parents

d'inscrire leurs enfants

en immersion compte tenu de

tout le passé de la Louisiane?

Et des Francophones?


CHARLES LARROQUE

Ça dépend de la région. Pour

la Nouvelle-Orléans qui n'était

plus francophone vraiment,

depuis les années 1950, pour

dire vrai. Et il existe encore,

aujourd'hui, des paroisses fort

francophones. Comme la paroisse

Vermillon. Ils n'ont aucun

programme d'immersion là.

Ils sont encore stigmatisés

par le passé que le Français,

le Francophone était traité

comme... Au Québec, on disait:

"Le nègre blanc", bien,

c'était ça.

White trash man.

Des analphabètes.

Donc, oui, est-ce qu'il y avait

de la résistance au début?

Un peu, un peu.

Mais dès qu'on a aperçu les

résultats chez les enfants, à

l'âge de 8-9 ans, à toutes fins

pratiques, ils sont bilingues.

Ils peuvent fonctionner à

Ottawa, comme à Dakar, comme

à Montréal, comme à Montpellier,

très bien, très bien. Donc, les

parents, ils ont vite compris

que wow! Ça, ça marche.


GISÈLE QUENNEVILLE

Je sais que pour mettre sur

pied ces écoles d'immersion,

il a fallu faire venir des

enseignants, des professeurs,

d'ailleurs, l'Europe, le Canada,

pour enseigner ce français.

Et je pense que, sans doute,

ça a créé un débat au niveau du

français qu'on enseignait dans

les écoles, n'est-ce pas?

Ici, il y a le français cajun,

acadien. Et les gens qui

venaient d'ailleurs parlaient le

français, oh, il y en a qui vont

dire "standard", mais avec

l'accent européen ou l'accent

québécois, canadien.

Comment est-ce que vous avez

pu et comment est-ce que

vous naviguez encore,

aujourd'hui, ce débat-là?


CHARLES LARROQUE

C'est une question épineuse.

Toujours. Beaucoup moins, mais

au début, ça a été un sujet très

délicat. Comme dit le pape:

"Quand un homme est en train de

saigner à mort, on lui demande

pas son taux de cholestérol."

On avait besoin de l'aide.

Dans les écoles, dans les salles

de classe, un enfant qui passe

de la maternelle à la 8e année

pourrait être exposé à deux,

trois, quatre, cinq cultures

différentes. Ce qui est immense,

très, très, très riche.

En termes de langue, est-ce que

la langue cajun ou créole ou la

langue française de la Louisiane

était dévalorisée à cause de ça?

Non, pas du tout.

On a toujours des enseignants

louisianais et à chaque

opportunité, là, on essaie

d'insérer les expressions

louisianaises, de faire entendre

l'accent d'ici. C'est une

question d'opportunité

économique, aujourd'hui.

Et c'est le travail, c'est

le mandat du CODOFIL de créer

des espaces francophones

dans lesquels on va

entendre plusieurs accents.

Et on ne dit plus "français

standard" ici. "Universel".

On dit "universel", et c'est

ça qu'on veut privilégier: les

contacts, les relations globales

plus que d'autres choses.

Est-ce qu'il reste encore

des vieux cocos qui disent que:

"Oui, mais c'est toujours pas

le français de la Louisiane."

Euh... Ce sont des Louisianais

qui parlent le français,

donc c'est le français

de la Louisiane.


GISÈLE QUENNEVILLE et CHARLES LARROQUE sont à l'extérieur.


GISÈLE QUENNEVILLE

M. Larroque, on est devant

l'ancien hôtel de ville

de Lafayette, et devant,

cette statue Mouton.

Alors, qui était M. Mouton?


CHARLES LARROQUE

Jean Jacques Alfred Mouton,

c'était le petit-fils

du fondateur de Vermillonville.

Et puis, il était un officier

dans la guerre de Sécession,

comme on dit, la guerre des

Confédérés. Il y a toujours

beaucoup de Mouton à Lafayette

de cette famille.

Blancs et noirs.


GISÈLE QUENNEVILLE

Donc, Vermillonville,

c'est comme ça que ça s'appelait

à l'époque. À quel moment

on a changé pour Lafayette

et pour quelle raison?


CHARLES LARROQUE

Il y avait un Lafayette

qui est, aujourd'hui,

à la Nouvelle-Orléans,

à l'époque. Et ça a été

gobé par l'agglomération

de la Nouvelle-Orléans.

Donc, peu de temps après la

visite du Marquis de Lafayette,

je crois que c'était en 1820,

1830, ou quelque chose comme ça,

il y avait l'opportunité

pour Vermillonville d'acquérir

ce nom-là. Donc, c'était

vers cette époque-là.


L'entrevue se poursuit dans le bureau.


GISÈLE QUENNEVILLE

M. Larroque, vous, vous venez

d'un petit village, pas très,

très loin d'ici qui s'appelle

Jeanerette. Décrivez-moi

Jeanerette.


CHARLES LARROQUE

Jeanerette, c'est le pays

de la canne à sucre. Donc,

il y a beaucoup de fermes, de

plantations de cannes à sucre.

C'était à peu près 30%, 40%

Noirs et le reste, Blancs.

Donc, Jeanerette est un petit

bled de 5000 personnes

à peu près.


GISÈLE QUENNEVILLE

Est-ce qu'on a toujours parlé

français chez vous? Chez vos

ancêtres francophones, mais...


CHARLES LARROQUE

Chez mes grands-parents et mes

grand-tantes, oui, mais moi,

j'ai été élevé en anglais.


GISÈLE QUENNEVILLE

Ah.


CHARLES LARROQUE

Oui, même si c'était la langue

maternelle de mon père.

Mais nous, on faisait partie

de cette génération qui a été

sautée. Donc, on voulait qu'on

devienne des professionnels,

et donc l'anglais, l'anglais,

l'anglais. C'était surtout ça.


GISÈLE QUENNEVILLE

Vous êtes allé passer dix ans

au Québec. Qu'est-ce que

vous êtes allé faire là?


CHARLES LARROQUE

Oh, beaucoup de choses!

Je voulais vraiment, vraiment

apprendre le français comme

il faut. À Québec, je savais

que c'était... c'était vraiment

l'environnement propice pour

une expérience immersive.


GISÈLE QUENNEVILLE

Et c'est là où vous avez lancé

votre restaurant. Une tentative.


CHARLES LARROQUE

Une tentative qui a duré même

pas un an. C'était à l'époque

des Grands Voiliers, en 1984.

Pour le 375e anniversaire

de la fondation de Québec. Donc,

c'était le restaurant, le café

louisianais, Le Bayou Pompon.

Et donc, on avait du gombo--


GISÈLE QUENNEVILLE

Un restaurant cajun, oui.


CHARLES LARROQUE

Oui, oui, c'était cajun,

créole. Tous les mets d'ici.

C'était un peu prématuré.

Parce que les gens demandaient

de la pizza...

de la poutine,

des affaires comme ça.


GISÈLE QUENNEVILLE

À quel moment est-ce que

vous vous êtes dit euh...

Je veux rentrer en Louisiane

et je veux travailler pour les

Francophones de la Louisiane?


CHARLES LARROQUE

Au moment quand j'ai mis

la clé dans la porte du Bayon

Pompon. Je me suis dit:

C'est pas assez d'essayer,

de forcer à partager ma culture

avec les gens, avec la famille,

euh... C'était vraiment cette

expérience de restaurateur

d'un restaurant louisianais

où j'ai eu une autre épiphanie

de ma propre culture, de mon

peuple, de mon monde et je me

dis: Tout ce que j'ai appris

au Québec... parce que c'était

à l'époque de René Lévesque.

Zachary Richard. On est arrivés

en même temps, Zach et moi.

C'était cette ouverture

d'esprit, de cette ouverture des

possibilités pour la création

de l'identité francophone là.

Et là, on voyait qu'en

Louisiane, oui, il y avait

le CODOFIL, oui, il y avait

des efforts par le biais

des écoles. Mais moi,

ça m'intéressait davantage

avec le tourisme culturel.

Je pensais qu'après mes

expériences, après mon accueil

au Québec. Dix ans magnifiques.

J'ai même épousé une Québécoise.


GISÈLE QUENNEVILLE

Je dis toujours que ça,

c'est le meilleur

programme d'immersion.


CHARLES LARROQUE

On ne peut pas avoir mieux,

c'est vrai. Je voulais partager

cette attitude, cette culture,

cet esprit même de revendication

un peu, ici, en Louisiane. Et

donc, j'ai eu une offre d'emploi

dans une école pour enseigner le

français comme langue seconde.

Alors, je l'ai pris.

On a rempli le U-Haul

et on est revenus en Louisiane,

dans un ouragan, en plus.


GISÈLE QUENNEVILLE

Alors, vous, vous avez fait

votre vie en Louisiane. Vous

avez pu travailler en français.

Vous avez pu vivre en français.

Vous avez eu trois filles qui

sont adultes, aujourd'hui,

et elles parlent français.

Où est-ce qu'elles se situent

culturellement dans

cette Louisiane?


CHARLES LARROQUE

Il faudrait bien, peut-être,

poser la question

à ces filles-là.

J'en ai une qui a fait le plus

de formation en français,

si on veut. Elle a vécu

un an et demi à Paris.

Euh... Et... elle est

à San Diego, aujourd'hui.

Elle a fait un diplôme

en français et un diplôme

en relations internationales.

Mais elle ne travaille pas avec

le français, aujourd'hui. Donc,

elle vit sa vie. Le français,

c'est un peu... en marge pour

elle. Mes deux autres filles qui

habitent ici même, à Lafayette,

qui travaillent dans l'industrie

pétrolière. Elles ont peu

d'occasions pour se servir

de leur français autre que ma

fille aînée, Amélie, qui fait

la recherche chez les greffiers,

les archives, pour les cadastres

et tout ça avant qu'ils fassent

des forages pétroliers.

Il y a des vieux documents en

français et donc, son français,

ça lui sert pour ça, au moins.

Mais en termes d'identité

francophone, elles savent

qu'elles sont Américaines,

elles sont Louisianaises,

elles sont francophones, mais

malheureusement, elles n'avaient

pas assez d'opportunités

pour pouvoir appliquer leurs

habiletés linguistiques au

marché du travail. Et ça, c'est

le défi du CODOFIL, aujourd'hui.

Il faut qu'on offre autant

d'opportunités que possible.

C'est ça, notre défi.


GISÈLE QUENNEVILLE et CHARLES LARROQUE sont dans la ville de Lafayette.


GISÈLE QUENNEVILLE

M. Larroque, une des choses

qui me frappent, ici,

à Lafayette, c'est le visage

francophone de cette ville

américaine. Comment vous

faites pour garder un visage

francophone dans cette ville?


CHARLES LARROQUE

À un moment donné, c'était

vraiment grâce au CODOFIL,

à l'époque. Il y a eu cet

"éveillement" qu'il faudrait

avoir les mots en français,

écrits au moins, pour les

endroits publics tels la Maison

de cour, la cour municipale,

le centre international.

Donc, c'est ça qui crée

l'ameublement, si on veut,

de notre environnement

avec nos mots en français. Pour

normaliser son identification

avec la langue.


GISÈLE QUENNEVILLE

Qu'est-ce que les Anglophones

ou les Américains, comme vous

les appelez, pensent de ça?


CHARLES LARROQUE

Il y en a bien qui trouvent

que c'est exotique et ils

comprennent la valeur que

ça ajoute à l'environnement,

à l'économie touristique aussi,

bien sûr. On entend le français,

pourquoi pas le voir?


L'entrevue se poursuit dans le bureau.


GISÈLE QUENNEVILLE

M. Larroque, on parle de créer

des nouveaux débouchés pour

les jeunes qui sortent des

programmes d'immersion. Et je

lisais, l'autre jour, que il y a

une nouvelle cible qui s'appelle

le 12% cocodrie. Alors,

qu'est-ce que c'est, ça?


CHARLES LARROQUE

Le 12% cocodrie, c'est une

machination personnelle. J'étais

toujours fasciné par l'industrie

de l'élevage des cocodries.

Vous dites "des alligators".

Ici, on dit ou bien

"cocodrie" ou "caïman".

Les éleveurs qui vont aller dans

les marshes, les marais, dans

l'habitat naturel des cocodries,

ils vont cueillir les oeufs et

une fois que les oeufs éclosent,

ici, dans les "écloseries",

je sais pas. La loi de l'État

exige des éleveurs de retourner

à l'habitat original,

lorsque le cocodrie a,

à peu près trois pieds,

de les retourner dans

leur environnement. 12%.

12% des "éclos". Et donc,

je me suis posé la question.

Est-ce qu'on pourrait faire

autant pour nos enfants

qu'on fait pour nos reptiles?

Et ça, ça veut dire, oui. Créer

des débouchés, créer des espaces

francophones, créer un habitat,

un environnement propice pour

des activités en français pour

que les jeunes puissent avoir

des opportunités à réaliser

leurs rêves professionnels,

culturels, sociaux, tout

ce qu'on voudra. Donc, c'est

ces espaces francophones.

12%, c'est pas beaucoup.


GISÈLE QUENNEVILLE

Et c'est un peu le mandat que

vous vous êtes donné. Comment

est-ce qu'on s'y prend? Quels

sont les débouchés économiques

pour les jeunes qui sortent

des programmes d'immersion,

qui parlent français?


CHARLES LARROQUE

Les débouchés sont variés.

Traditionnellement,

on pensait que le français...

Pour travailler en français, il

fallait être ou bien éducateur

ou bien musicien. Et c'est vrai.

C'est toujours vrai. Mais tu

peux être aussi boulanger,

ébéniste, chef de police,

militaire, prêtre, n'importe

quoi. N'importe quoi.

Bien sûr, l'énergie en

Louisiane, l'énergie, pétrole et

gaz, il y a des débouchés en

Afrique, Afrique de l'Ouest.

Où le français, c'est évident,

là. Tourisme, c'est le plus

facile, bien sûr.

En 2018, La Nouvelle-Orléans

va fêter ses 300 ans, son

tricentenaire. Alors, où sont

les plateformes? Où est

la structure pour accueillir

les touristes en français? Ça,

c'est un grand, grand besoin.


GISÈLE QUENNEVILLE

Les jeunes ici, la plupart

des programmes d'immersion

se terminent en 8e année.

Ça commence... On commence à en

avoir quelques-uns qui vont

au secondaire. Est-ce que

les jeunes qui font neuf ans

d'études en français

sont capables d'offrir

ces services-là, une fois

qu'ils deviennent adultes?


CHARLES LARROQUE

C'est sûr qu'on voudrait

avoir une articulation

jusqu'au postsecondaire.

Et on travaille là-dessus,

maintenant. Mais le fait

qu'un enfant ait eu...

neuf ans...

de cours, d'école en français,

c'est hardwired dans le

cerveau. Donc, c'est là. Donc,

c'est une question d'avoir

des prétextes économiques

plus que d'autres choses.


GISÈLE QUENNEVILLE

Il y a quelques années, deux

ans, je pense, le CODOFIL a vu

son budget amputé de moitié.

Si je comprends bien, c'était

une décision du gouverneur

de l'État, Bobby Jindal,

à l'époque, c'était un veto

du gouverneur. Est-ce qu'on sait

quel était le raisonnement

derrière une coupure

de budget aussi importante?


CHARLES LARROQUE

Non.

Moi, je ne sais pas.

Je connais pas sa motivation.

J'ose dire qu'il y avait un

peu de politique qui jouait

là-dedans. Mais c'était un mal

pour un bien. Parce qu'une

fois que les nouvelles sont

sorties... Le CODOFIL a un

statut iconique en Louisiane.

C'est la seule institution

qui représente cette minorité

linguistique. Il y avait pas

l'Église catholique comme

au Canada francophone.

Les universités, oui, mais...

c'était pour former

les éducateurs surtout.

Mais pour le petit peuple,

le CODOFIL représentait euh...

L'agence qui leur a donné

la permission de sortir

de la garde-robe, si on veut

et s'affirmer sa francité.

Et ce qui était très

intéressant: beaucoup de jeunes

ont réagi et se sont ralliés

pour faire un événement où ils

ont complètement effacé cette

coupure-là avec un événement.


GISÈLE QUENNEVILLE

Est-ce que le français,

c'est politique en Louisiane?


CHARLES LARROQUE

Le français, c'est

un phénomène euh...

mystique pour bien du monde,

si tu parles pas la langue.

Si tu parles la langue,

tu as une invitation spéciale.

Vous avez l'occasion de...

d'échanger avec la francophonie

internationale.

Quand les politiciens,

d'ailleurs en Louisiane,

ils voient ça, ils reconnaissent

que le CODOFIL, c'est une agence

d'État qui a le pouvoir de

représenter l'État pour signer

des accords avec la France,

avec le Nouveau-Brunswick, avec

la Belgique, avec les Antilles.

C'est vraiment une puissance

de niveau international.


GISÈLE QUENNEVILLE

Le CODOFIL va fêter

ses 50 ans en 2018. Après

50 ans d'existence, le CODOFIL

a beaucoup évolué. Quel est

le constat que vous faites

après 50 ans?


CHARLES LARROQUE

Moi, ce que je vois,

maintenant, c'est on a enfin

fait des ouvertures importantes

pour la population

créolophone de la Louisiane.

Et j'ai beaucoup confiance que

les prochains 50 ans, il va

y avoir plus de créolité

qui ferait partie de cette

expérience franco-louisianaise.

Et ça va être surtout grâce à

nos affinités avec les Antilles.

Donc, ça, ça va nous mener

à avoir plus d'échanges

d'activités avec l'Afrique.

Et l'Afrique, d'après moi, c'est

le berceau. C'est le berceau des

valeurs aussi. Je pense que l'on

pourrait faire beaucoup de...

On pourrait avoir beaucoup

d'influence, même à la politique

américaine, grâce à cette

francophonie louisianaise

qui est américaine, qui est dans

le Sud, qui est noire autant

que blanche et qui fait partie

de cette francophonie

internationale. Donc, j'ai

beaucoup, beaucoup d'espoir pour

l'avenir. Mais je salue tous

les gens qui nous ont précédés

dans les salles de classe,

dans les bureaux, l'organisation

communautaire, les gens qui

sont toujours là, aujourd'hui,

à franciser leur communauté,

à ne pas lâcher la patate, comme

on dit, et surtout, je remercie

aux milliers d'enseignants

étrangers qui sont venus ici.

Qui ont fait que, aujourd'hui,

c'est encore viable dans les

écoles. Ça, ça compte beaucoup.


GISÈLE QUENNEVILLE

Charles Larroque,

merci beaucoup.


CHARLES LARROQUE

Merci à vous.


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