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Carte de visite

Gisèle Quenneville, Linda Godin and Daniel Lessard meet exceptional francophones from throughout Canada and beyond. Discover politicians, artists, entrepreneurs and scientists whose extraordinary stories are worth telling.

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Rodrigue Landry: Professor-Researcher in Linguistic Minorities

The best way to become perfectly bilingual is to go to a French-language school in a minority setting. This conclusion came to professor and researcher Rodrigue Landry after decades of studying bilingualism. His research shows that if Anglophones want to become bilingual, an immersion program is the way to go. For Francophones living in minority settings, however, chances of becoming fully bilingual increase if they go to a French-language school. The situation is particularly encouraging for children born of parents from different language backgrounds. According to Landry, if the child speaks in French with the Francophone parent and in English with the Anglophone parent, but gets an education exclusively in French, his or her language skills will be comparable to those of children with two Francophone parents. We sat down with Rodrigue Landry in Moncton to learn more.



Réalisateur: Joanne Belluco
Production year: 2016

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Titre :
Carte de visite


Pendant une visite des environs de l'université de Moncton, RODRIGUE LANDRY fait un commentaire.


RODRIGUE LANDRY (Narrateur)

Au Canada, il y a deux langues officielles,

donc mon idéal, les deux langues

seraient égales sur tous les plans,

mais les réalités démographiques

et historiques font en sorte qu'il y a

des minorités de ces langues-là.

Il y a beaucoup d'ouvertures,

de plus en plus, qui viennent

légitimer les langues minoritaires,

les langues officielles. Mais par contre,

les réalités démographiques

font en sorte que souvent,

c'est très difficile

de les garder très vivantes.

Mon nom, c'est Rodrigue Landry,

professeur à la retraite.

J'ai longtemps oeuvré, presque 40 ans,

à l'Université de Moncton et

aussi les dix dernières années

de ma carrière, le premier directeur général

de l'Institut canadien de recherche

sur les minorités linguistiques

et qui s'intéresse

aux communautés

de langues officielles

en situation minoritaire.


GISÈLE QUENNEVILLE rencontre RODRIGUE LANDRY, professeur et chercheur en minorités linguistiques, dans une salle de classe de l'université Moncton.


GISÈLE QUENNEVILLE

Rodrigue Landry, bonjour.


RODRIGUE LANDRY

Bonjour.


GISÈLE QUENNEVILLE

Quand on regarde les statistiques, le français

à l'extérieur du Québec est dans

une situation assez précaire. Je

pense que selon les statistiques

du recensement de 2006,

c'est 2,5% des foyers canadiens

qui parlent français à la

maison. Comment interpréter

une statistique comme ça?


RODRIGUE LANDRY

Bien, il faut nuancer un peu,

dans le sens que c'est 4% langue

maternelle, environ 2,5%

pour la langue parlée

le plus souvent à la maison.

Mais, j'oublie le chiffre exact,

il reste quand même qu'il y a

une grande proportion des

francophones, surtout en raison

des mariages exogames qui sont

très répandus, qui est un

phénomène tout à fait normal

en situation minoritaire, qui

parle régulièrement le français

à la maison. Et ça, c'est

des statistiques qu'on a

seulement depuis 2001,

et donc, ça vient nuancer

quand même. Il faut quand même

réaliser qu'il y a la langue

parlée le plus souvent qui est

la variable qu'on utilise

pour calculer les taux

d'assimilation, les transferts

linguistiques. Mais de plus

en plus, on s'en va vers

les transferts totaux

et les transferts partiels.

Donc, si on parle régulièrement

la langue à la maison, c'est

un transfert plutôt partiel.


GISÈLE QUENNEVILLE

Dans une de vos recherches,

je pense que vous dites que la

force d'attraction du français

est assez faible à l'extérieur

du Québec. Pourtant, les

anglophones vont faire la file

pendant la nuit pour avoir accès

à des programmes d'immersion.

Alors, comment est-ce qu'on peut

affirmer que la langue française

a une petite force d'attraction?


RODRIGUE LANDRY

Il y a une force d'attraction

du français, mais ça reste

une langue scolaire. Et les

recherches démontrent qu'en

immersion, par exemple, c'est

pour des raisons extrinsèques

qu'on apprend le français.


GISÈLE QUENNEVILLE

Pour trouver une job,

par exemple.


RODRIGUE LANDRY

Pour trouver une job,

pour avoir plus d'opportunités

de carrière. L'anglais,

c'est la langue la plus forte

que l'humanité a connue.

Il y a des raisons historiques

pour ça, mais il y a aussi les

forces économiques. L'économie

du XIXe siècle a été contrôlée

beaucoup par la Grande-Bretagne.

L'économie du XXe siècle, c'est

les États-Unis. Et de plus

en plus, maintenant, au XXIe

siècle, c'est la mondialisation

et tous les grands organismes

de la planète ont tendance à

utiliser l'anglais en priorité,

donc la langue de communication

dominante. Donc, il y a une

force naturelle d'attraction

pour l'anglais.


GISÈLE QUENNEVILLE

Mais si on fait la file pour

les programmes, pour accéder

aux programmes d'immersion

française, on ne fait pas,

je crois, la file pour aller

à l'école de langue française.


RODRIGUE LANDRY

Ça mériterait d'être très bien

étudié, cette question-là. Ce

que nos recherches démontrent,

c'est que beaucoup de parents

francophones, quand on leur

demande la question: "Si vous

aviez vraiment le choix et que

vous pourriez trouver un peu

le programme idéal pour

votre enfant pour qu'il soit

un bon bilingue...", une réponse

de la moitié jusqu'à deux tiers

des parents selon les contextes

pensent que ce serait le modèle

50-50. C'est-à-dire qu'on dit:

si on enseigne bien la moitié

dans les deux langues, on va

être des parfaits bilingues.


GISÈLE QUENNEVILLE

Mais c'est pas comme ça

que ça se passe, hein?


RODRIGUE LANDRY

Non, justement, c'est qu'on

oublie qu'il y a une société

qui s'occupe de l'anglais.

Et le principe est très simple:

si on met l'accent sur la langue

dominante, ça développe

un bilinguisme davantage

soustractif qui fait en sorte

qu'on a tendance à perdre

le français pour mieux maîtriser

l'anglais. Et le défi, c'est

de faire du bilinguisme quelque

chose d'additif où est-ce qu'on

demeure très fort dans sa langue

et pouvoir ensuite maîtriser

l'anglais même autant

qu'un anglophone.


GISÈLE QUENNEVILLE

Donc, si les programmes

d'immersion sont pas la

meilleure façon de devenir

bilingue, comment est-ce

qu'on devient bilingue?


RODRIGUE LANDRY

Mais justement, c'est un

bon programme, le programme

d'immersion, mais ça reste

un programme de langue seconde

pour des anglophones ou des

allophones. L'école française,

on enseigne le français

comme une langue première.

Donc, si on est dans un foyer

exogame où est-ce qu'on a un

parent francophone et un parent

anglophone, ça serait le

programme idéal parce que

ça donnerait deux langues

maternelles à l'enfant, deux

langues premières. Les résultats

le démontrent, ça développe

un excellent bilinguisme

simplement par le principe

très simple que plus on met

l'accent sur la langue

minoritaire, plus on développe

les deux. Mais l'immersion,

c'est un genre de compromis.

En bout de ligne, c'est

l'école française qui produit

le meilleur bilinguisme

au Canada finalement.


GISÈLE QUENNEVILLE

Qu'est-ce que ça veut dire bilingue?


RODRIGUE LANDRY

Le mythe, c'est un peu qu'on

est parfait. C'est les Justin Trudeau

qui parlent dans les deux langues

et à peine qu'on peut savoir

s'ils sont francophones

ou anglophones. Souvent,

d'ailleurs, c'est des foyers,

justement, exogames

qui produisent ce genre

de bilinguisme-là. à cause

de la réalité du Canada,

le bilinguisme devient

important. Ça peut être

important pour des anglophones

qui veulent travailler

dans la fonction publique.


GISÈLE QUENNEVILLE

Parfois, je me promène un peu

partout au pays dans des écoles,

des écoles de langue française,

et quand je parle aux jeunes,

je sais pas s'ils sont vraiment

bilingues. Je pense qu'ils

se considèrent bilingues,

mais ils auraient peur de parler

français à l'extérieur de leur

salle de classe, par exemple.


RODRIGUE LANDRY

Justement, ça, c'est un phénomène

qu'on appelle la sécurité linguistique

et c'est en partie la faute

de la langue française.

C'est probablement la langue la

plus normative au monde, dans

le sens qu'on se fait souvent

corriger quand on parle

le français. Nos recherches

démontrent que même en étant

complètement scolarisés

en français, sauf pour les cours

d'anglais, quand on fait

des tests de compétences

linguistiques, 80% à peu près

de nos étudiants qu'on a testés

à travers le pays sont plus

proches de la norme anglophone,

sur un test de compétences

linguistiques, qu'ils sont

proches de la norme francophone.

Donc, c'est pour ça qu'il faut

mettre l'accent sur la langue

minoritaire et la développer

au maximum, parce que c'est là

qu'on a le plus de difficultés

finalement à développer.

C'est pas toujours naturel parce

qu'en dehors de l'école, dans

beaucoup de régions, on vit

en anglais. Et c'est de faire du

français une langue autre qu'une

langue scolaire qui finalement

produit de bons résultats.


Un extrait d'une lecture de l'honorable KATLEEN WYNNE, première ministre de l'Ontario, est présenté.


HON. KATLEEN WYNNE

Aujourd'hui, au nom du

gouvernement de l'Ontario,

je présente des excuses à

tous les Franco-Ontariens

dont la famille et la communauté

ont souffert à cause

du règlement 17.


Le texte du règlement 17 apparaît, suivi de photos de l'époque montrant des classes de femmes ontariennes, des rassemblements populaires et d'autres photos qui illustrent la situation de l'époque.


RODRIGUE LANDRY

Le règlement 17, c'est encore

aujourd'hui un symbole des

luttes de la francophonie en

Ontario. Un moment historique où

ça aurait été très intéressant

de pouvoir présenter des

recherches comme celles que

j'ai faites avec mes collègues.

Le gouvernement interdisait

carrément l'enseignement

du français, sauf pour les deux

premières années ou les trois

premières années. Donc, c'était

vraiment une interdiction

de pouvoir continuer ses études

en français. Il y a eu une lutte

féroce contre ce règlement-là.

Ça aurait été très intéressant

de pouvoir montrer à cette

époque-là qu'on aurait pu

étudier complètement en français

et quand même être très

bien réussi en anglais.


Un titre apparaît à la manière des films muets : «La guerre des épingles». Ensuite, un extrait du mégaspectacle «L'écho d'un peuple» joue pendant la narration.


NARRATEUR

2 enseignantes,

19 mères de famille et plein

d'enfants courent dans leur

école et barrent toutes les

portes. Pendant plusieurs jours,

Béatrice et Diane Desloges

continuent à enseigner en

français, mais la police veut

entrer dans l'école et les sortir de là.

Pour empêcher la police

de rentrer, toutes les mères

de famille montent la garde

sur le perron et aux fenêtres

de l'école avec leurs grandes

épingles à chapeau. Puis 30

policiers défoncent la porte et

courent attaquer tout le monde

dans l'école. Mais du haut

des escaliers, des dizaines

d'enfants repoussent cette armée

de policiers en leur lançant

des craies, des crayons

et des brosses. La police

a peur et se sauve.

Nos écoles françaises ont été

sauvées par le courage

de ces femmes, de ces hommes

et de ces enfants.


MARK POWER, avocat, témoigne.


MARK POWER

Je m'appelle Mark Power.

Je suis un avocat basé à Ottawa

puis à Vancouver. Je fais du

litige, ce qui veut dire presque

tout ce qui se rend en cour,

mais je fais beaucoup de travail

en droits linguistiques,

donc tout ce qui a trait au

statut du français, hors Québec,

au niveau fédéral, provincial,

en matière d'éducation surtout.

Ça m'intéresse, je mange ça.

Et j'en fais beaucoup

depuis environ 15 ans.

J'ai beaucoup travaillé

avec Rodrigue Landry,

d'abord et avant tout en

Colombie-Britannique. Là-bas,

dans deux affaires, dans deux

dossiers distincts. Le premier

qui est largement connu,

celui qui porte sur l'école

Rose-des-Vents à Vancouver.

Le second qui est moins connu

pour le moment parce qu'il est

en délibéré au moment où on se

parle, mais c'est un procès qui

a duré deux ans qui porte sur

une quinzaine d'écoles à travers

la province et qui implique tant

le Conseil scolaire francophone

de cette province-là que

la Fédération des parents.

Mais au-delà de la

Colombie-Britannique, j'ai

travaillé avec Rodrigue, ici, en

Ontario, au Nouveau-Brunswick,

dans des dossiers de santé,

par exemple, aux Territoires

du Nord-Ouest, au Yukon.

Ça, c'est sur le plan litige,

ce qui va en cour.

L'objet, presque toujours, des

droits linguistiques, c'est de

protéger le statut du français

et de nous aider à avancer.

Pour savoir ce que ça prend

pour qu'une communauté avance,

pour savoir ce que ça prend pour

protéger le statut du français,

ça prend beaucoup plus

que des avocats. Ça prend

des chercheurs, des gens

qui s'y connaissent vraiment,

qui sont rodés en sociologie,

en linguistique, en éducation,

à la limite, parfois,

en sciences politiques aussi.

Et c'est ce qui nous mène donc

à chercher l'expertise de gens

comme le Pr Landry. Des gens qui

peuvent expliquer à une juge,

à un juge, pourquoi telle

ou telle décision aurait

un impact sur nos communautés.

Les tribunaux peuvent trancher et avancer.

L'un des rapports que Rodrigue

a produits dans l'une des causes

que je pilotais était un rapport

d'envergure d'environ 200 pages

qui portait sur une analyse

statistique de la demande

pour l'éducation en français

en Colombie-Britannique.

Ce qui était intéressant du

rapport que Rodrigue avait fait,

c'est qu'il avait analysé les

résultats des recensements de

Statistiques Canada pour essayer

d'expliquer à une juge pourquoi

des gens répondaient d'une

certaine façon au recensement

et comment des gens pouvaient

mal comprendre, mécomprendre,

des questions, et de quelle

façon les résultats étaient

peut-être davantage favorables

aux communautés francophones

qu'on pourrait le croire ou

qu'une juge pourrait le croire.

Il n'y a aucun doute que les

juges s'inspirent en partie,

parfois même en très grande

partie, sur le point de vue, sur

l'opinion de ce qu'on appelle

les experts. Lorsqu'on leur

pose des questions à l'extérieur

de leurs connaissances de base,

le juge moyen n'est pas capable

d'interpréter les détails

des questions du recensement.

Dans le domaine des droits

linguistiques, que ce soit le

statut du français hors Québec

ou l'anglais au Québec,

l'expertise de gens comme

Rodrigue, il y en a peu, à

son niveau, s'avère pratiquement

indispensable. Il est, en ce

moment, "la" personne qui fait

autorité dans son domaine.

Quel est son domaine? La

sociolinguistique, l'éducation,

le statut du français et ce

que ça prend pour que nos

communautés se développent.


GISÈLE QUENNEVILLE poursuit son entretien avec RODRIGUE LANDRY dans une salle de classe de l'université Moncton.


GISÈLE QUENNEVILLE

M. Landry, on parle beaucoup

d'ayant droit, n'est-ce pas,

quand on parle d'école de

langue française. C'est quoi

au juste un "ayant droit"?


RODRIGUE LANDRY

On a mis des conditions qui

donnaient et on a mis ça dans la

Constitution, avec l'article 23,

qui donnent un statut d'ayant

droit aux parents de pouvoir

éduquer son enfant en langue

française. Il y a à peu près

trois conditions qu'on met.

C'est que la langue minoritaire

soit la langue de la minorité.

Donc, si on parle le français

en situation minoritaire.

Juste le fait d'avoir le

français comme langue maternelle

nous donne le statut d'ayant

droit. Mais par contre, si j'ai

perdu la langue historiquement,

mais que j'ai pu être scolarisé en français

au primaire, ça me donne aussi

le droit, et si j'ai des enfants

que j'ai pu inscrire à l'école

française, tous les enfants

ont le droit d'être enseignés.

Donc, ensuite, ça, ça se

transmet de génération en

génération. On est très généreux

avec ça. Il y a des conseils

scolaires qui, si les

grands-parents sont

francophones, on va les accepter

à l'école française. Et c'est

une façon de renouveler.

Par exemple, à l'Île-du-Prince-Édouard,

quand on a voulu créer de

nouvelles écoles dans des

régions où les Acadiens avaient

été assimilés au cours du temps,

il y avait pas tellement

d'intérêt parce qu'on fonctionnait

avec la langue anglaise.

Mais quand on a compris

le concept du droit

et qu'on a vu qu'on perdait

un droit et que c'était un droit

qui pouvait se transférer

de génération en génération,

il semble que ça a créé beaucoup

d'intérêt. Et maintenant,

on a créé de nouvelles écoles

à l'Île-du-Prince-Édouard et

graduellement, les populations

scolaires augmentent.


GISÈLE QUENNEVILLE

Est-ce que, règle générale,

les ayants droit envoient leurs

enfants à l'école française?


RODRIGUE LANDRY

Un enfant sur deux, à peu

près, si on fait une moyenne

pour l'ensemble hors Québec,

les francophones vont

à l'école française.


GISÈLE QUENNEVILLE

Donc, ça veut dire

qu'il y a un enfant sur deux

qui va à l'école anglaise

ou à l'école d'immersion.


RODRIGUE LANDRY

Bien, c'est ça. Si je faisais

un portrait rapide, je dirais,

c'est à peu près 50% à l'école

française. Mais c'est à peu près

55% au primaire et à peu près

44-45% au secondaire. Donc,

on en perd au secondaire.

Et ensuite, il y a peut-être

15-16% qui vont en immersion

et le reste, c'est dans les

programmes réguliers en anglais.


GISÈLE QUENNEVILLE

Mais est-ce que c'est juste le

fait de ne pas parler la langue

ou de vouloir aller en immersion

ou est-ce qu'il y a d'autres

critères? La proximité de l'école,

les programmes qui sont offerts,

la modernité de l'école, par exemple.


RODRIGUE LANDRY

Il y a toutes sortes de

facteurs qui jouent et ça, c'est

encore un domaine de recherche

qu'on a pas vraiment approfondi.

Pour l'école française, ça a

tendance à être des raisons

identitaires. Et le choix

de l'école anglaise s'explique

souvent par des facteurs,

comme vous dites, instrumentaux.

Comme le fait qu'on perçoit les

programmes comme étant peut-être

meilleurs. C'est pas clairement

dit dans les données de recherche

à savoir si c'est une perception

que le programme est meilleur,

mais il y a à peu près 17% qui vont dire,

qui vont évoquer le programme

comme ayant indiqué leur choix.

Ensuite, il y a en beaucoup...

Le deuxième facteur est les distances.


GISÈLE QUENNEVILLE

Donc, comment est-ce qu'on

peut changer ce chiffre-là pour

que plus d'ayants droit, plus

de petits francophones puissent

aller à l'école française?


RODRIGUE LANDRY

De plus en plus de parents

commencent à comprendre

qu'on va pas perdre l'anglais

si on scolarise son enfant en français.

Et c'est là que je pense qu'on

peut faire beaucoup de gains.

Moi, j'ai même parlé de

marketing social, de marketing

sociocommunautaire aussi.

Dans le sens que de faire

comprendre aux parents que

l'école française, ça produit

pas juste des francophones. Ça

produit les meilleurs bilingues

au pays. Et c'est la meilleure

façon pour un couple exogame

de sauvegarder les deux langues,

c'est de scolariser son enfant

en français parce qu'il

devient... En bout de ligne,

nos recherches démontrent qu'ils

sont aussi francophones que

les francophones qui ont deux

parents francophones, et en plus

de ça, ils sont plus forts en anglais.

Donc, c'est les meilleurs bilingues au pays.

Plus on met l'accent sur

la langue minoritaire dans

l'enseignement et aussi

à l'extérieur, dans la famille,

etc., on trouve autant

d'occasions que possible pour

appuyer la langue minoritaire,

et ça donne un excellent

bilinguisme.


GISÈLE QUENNEVILLE

Vous avez mentionné tantôt

la définition des ayants droit

et le fait que c'est une définition

un peu élastique, selon les conseils

scolaires, dans le sens qu'il y en a que

si les grands-parents ont été

scolarisés en français, eh bien,

les petits-enfants ont le droit

d'aller à l'école française.

Est-ce que c'est problématique

pour vous que les conseils

scolaires, justement, aient

cette élasticité-là avec ce concept-là?


RODRIGUE LANDRY

C'est élastique et c'est un

peu controversé dans certaines

régions. Il y en a qui disent

qu'on admet trop de personnes

et que ça anglicise l'école.

En d'autres mots, il y en a même

qui utilisent l'expression:

"On va faire de l'école française

une école d'immersion."

Oui, il y a toujours le risque

qu'on transforme l'école

un peu en école d'immersion,

mais l'autre extrême, c'est

qu'on va gérer des écoles vides.

Pour l'ensemble des francophones

hors Québec, c'est deux tiers

maintenant des enfants

qui peuvent aller à l'école française,

qui sont dans un foyer exogame.

Donc, c'est une réalité qu'on ne

peut plus négliger. Ça ne peut

pas faire autrement. On vit dans

une réalité où les deux langues

sont importantes, mais c'est

encore une notion de garder

l'identité et que le bilinguisme

soit additif, c'est-à-dire:

qu'on ne perde pas le français

parce qu'on apprend l'anglais.

Et c'est un défi qui est plus

facile à exprimer théoriquement

qu'à réaliser. On a une légitimité

de la langue française qui permet de

le faire, mais il y a encore

beaucoup d'ayants droit qui sont

peut-être conscients de leurs

droits et surtout qui ne

connaissent pas les conditions

relativement simples pour

produire un excellent

bilinguisme.


GISÈLE QUENNEVILLE

M. Landry, d'où est venu votre

intérêt pour cette recherche que

vous faites sur le bilinguisme,

la vitalité linguistique?


RODRIGUE LANDRY

Disons que c'est un peu un

accident de parcours réellement,

parce que, moi, ma carrière,

j'ai commencé en éducation.

J'ai enseigné dans le système

scolaire. Je rencontrais mes

anciens professeurs de temps en

temps. On discutait recherche.

Donc, ils ont vu que j'avais un

intérêt pour la recherche et ils

m'ont dit: "On cherche quelqu'un

qui voudrait s'intéresser

à l'apprentissage scolaire

et qui irait faire un doctorat."


GISÈLE QUENNEVILLE

Vous êtes allé au Wisconsin, c'est ça?


RODRIGUE LANDRY

Oui, justement.


GISÈLE QUENNEVILLE

Pourquoi le Wisconsin?


RODRIGUE LANDRY

C'était une université qui

avait une très bonne réputation

dans le domaine que je voulais

étudier. Moi, j'étais en éducation spéciale.

Je m'intéressais particulièrement

à l'apprentissage. Donc,

ils avaient un bon programme

en psychologie éducationnelle,

et je suis allé pour ça.

J'ai commencé à m'intéresser

à la mémoire et je suis tombé,

purement par accident, sur un

texte qui parlait de la mémoire

bilingue et c'était une thèse de

doctorat qui avait été publiée

par après. Et j'ai lu cette

publication-là, et l'auteur,

sa conclusion était que le

bilinguisme rendait la pensée

confuse. Et moi qui étais comme

jeune francophone qui à peine

savait parler anglais et qui

étudiait et faisait un doctorat

en anglais, j'étais très inquiet.

Ça m'a vraiment interpellé et j'ai voulu

approfondir. Donc, ma thèse de

doctorat, ça fait exactement

40 ans de ça, j'ai été diplômé

en 1976. Je l'ai faite sur

la mémoire bilingue, mais je

voulais démontrer le contraire

que la mémoire bilingue, j'avais

toutes sortes de théories

pour dire que ça nous forçait

à mettre l'attention sur le sens

et moins sur la forme et que ça

produisait finalement une pensée

plus riche. Et ces recherches-là

m'ont amené à rencontrer

de grands spécialistes

du bilinguisme comme

Wallace Lambert à l'Université McGill

qui a mis sur pied l'immersion,

etc. Donc, un grand spécialiste

du bilinguisme. Et je me suis

intéressé à son concept

de bilinguisme additif,

du bilinguisme soustractif.

Il y a beaucoup de personnes

qui pensent... J'en ai

tellement parlé.


GISÈLE QUENNEVILLE

Que c'est vous l'inventeur.


RODRIGUE LANDRY

Mais j'ai toujours cité Lambert

là-dessus. Je me suis intéressé:

mais comment on

pourrait rendre plus additif

le bilinguisme en milieu minoritaire?

Et c'est la question qui a guidé toutes mes

recherches jusqu'à aujourd'hui.

Je suis parti du cerveau,

l'apprentissage bilingue

dans le cerveau, et ensuite,

j'ai commencé à m'intéresser

aux conditions sociales, etc.,

et aujourd'hui, même si je suis

pas sociologue, ma recherche est

quand même assez sociologique.


GISÈLE QUENNEVILLE

Vous expliquez très bien

que pour qu'un minoritaire

francophone devienne bilingue

et qu'il maintienne sa langue,

c'est l'école de langue

française qui est la base.

Mais est-ce que c'est le seul

aspect qui va faire en sorte que

ce jeune-là va garder sa langue?


RODRIGUE LANDRY

Non, c'est pas le seul

aspect. C'est l'aspect le plus

important. à la base, c'est

ce qu'on appelle la proximité

socialisante où les facteurs

démographiques jouent.

Par exemple, si on est très

minoritaires et dispersés

dans une grande ville, c'est

des facteurs beaucoup plus

de conviction personnelle qui

font qu'on garde la langue.

Si on est plus concentrés,

les normes sociales nous aident,

c'est-à-dire que c'est tout

à fait naturel de parler

français si on est

entourés de francophones.


GISÈLE QUENNEVILLE

Bien oui.


RODRIGUE LANDRY

Donc, il y a des choses

qui peuvent être faites, dans

le sens qu'on peut peut-être,

quand les personnes n'ont pas

la concentration territoriale

nécessaire à une forte proximité

socialisante, c'est de travailler

à la conscientisation

des personnes. Mais ensuite,

il y a ensuite l'appui de l'État

que j'appelle la légitimité idéologique.

Finalement, c'est une question

d'idéologie, c'est pas une

question factuelle. Si on a

une idéologie qui est pluraliste

où est-ce qu'on appuie les

minorités et qu'on nous donne

des droits et que les personnes

ensuite commencent à percevoir

leur langue comme légitime,

ils ont plus le goût de l'utiliser.


GISÈLE QUENNEVILLE

Quand un francophone perd sa

langue ou quand un francophone

garde sa langue, est-ce que

c'est un choix conscient ou pas?


RODRIGUE LANDRY

Moi, je pense que c'est

un choix rarement conscient.

C'est un choix conscient, c'est

un choix conscient de la part

du parent. Mais le jeune

qui grandit dans un milieu

où c'est la langue anglaise

qui... il pense que c'est ça qui est normal.


GISÈLE QUENNEVILLE

Ça fait, M. Landry, bon,

une quarantaine d'années

que vous étudiez le bilinguisme,

l'assimilation et tout ça. Quel

est le constat que vous faites

après 40 ans de recherches?

Est-ce que ça va mieux?

Est-ce que ça va moins bien?

Où est-ce que ça s'en va?


RODRIGUE LANDRY

Bien, je suis obligé de nuancer.

J'ai parlé d'autonomie

culturelle avec ses trois

grandes composantes.

C'est qu'on a perdu sur le plan

de la proximité socialisante.

Nos paroisses antérieures qu'on

avait à une certaine époque où

les francophones vivaient autour

de leur église et de leur école,

etc., ça, c'était la proximité

socialisante. On a perdu

de ce côté-là, mais on a gagné

beaucoup en légitimité et

en complétude institutionnelle.

Aujourd'hui, on est peut-être

mieux reconnus que jamais, mais

ça arrive un peu sur le tard.

Si on avait pu avoir

ces conditions-là à l'époque

de ce que j'appelle la nation,

de l'époque de la nation

canadienne-française, je pense

qu'on serait peut-être beaucoup

plus avancés aujourd'hui

qu'on l'est, parce que c'est

arrivé un peu sur le tard.

La Charte canadienne des droits

et libertés, ça date de 1982.

C'est pas facile de dire si on

progresse ou si on régresse. Je

pense que plus on va prendre en

charge les trois éléments et y

travailler, plus j'ai d'espoir.

Mais il y a toujours des

possibilités que les grandes

tendances lourdes qu'on observe

se maintiennent et qu'il y ait

des communautés francophones qui

vont disparaître avec le temps,

mais c'est toujours une lutte.


GISÈLE QUENNEVILLE

Eh bien, M. Landry,

merci beaucoup.


RODRIGUE LANDRY

Ça m'a fait plaisir

et merci de l'invitation.


Générique de fermeture

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