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Édouard & Caroline

Newly married Edward and Caroline are preparing for a family evening during which Édouard is expected to play the piano. But they get into a fight, complete with yelling, slapping and threats of divorce. Are Edward and Caroline over?



Réalisateur: Jacques Becker
Acteurs: Daniel Gélin, Anne Vernon
Production year: 1951

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VIDEO TRANSCRIPT

Générique d'ouverture


Titre :
Édouard et Caroline


ÉDOUARD joue du piano dans le salon de son appartement. CAROLINE est dans la salle de bain en robe de chambre. Elle ajuste sa coiffure, entre au salon et sort une robe d'un placard.


CAROLINE

Doudou, le fleuriste

va être fermé.


ÉDOUARD

J'y vais.


CAROLINE

J'aimerais bien avoir

une petite fleur pour ma robe.

C'est vrai, elle est

déjà si laide.


ÉDOUARD

Bien quoi? Elle est parfaite

ta robe. Qu'est-ce que

tu lui reproches?


CAROLINE

Depuis le temps

que je la mets.


ÉDOUARD

(Soupirant)

Évidemment.

Je vais acheter la fleur.


ÉDOUARD se dirige vers la porte et enfile son manteau. Il jette un coup d'oeil sur la bibliothèque.


ÉDOUARD

Caroline?


CAROLINE

Oui?


ÉDOUARD

Viens voir.


CAROLINE

Pourquoi?


ÉDOUARD

Viens voir.

Je suis peut-être maniaque,

mais quand tu te sers

de mes dictionnaires,

tu pourrais les remettre

en place comme il faut, non?


CAROLINE

Je vais te dire une chose:

je ne m'en suis jamais servie

de tes dictionnaires!

Et je ne m'en servirai jamais!


ÉDOUARD sort de l'appartement sans rien dire.


CAROLINE

Édouard!


CAROLINE rejoint ÉDOUARD dans la cage d'escalier. Elle embrasse ÉDOUARD plusieurs fois sur les joues.


ÉDOUARD

Quoi, que... Quoi, mais...


CAROLINE pousse ÉDOUARDà la blague.


ÉDOUARD

Oh! Ha ha!

Bon, bon!


CAROLINE retourne dans l'appartement, allume la radio et enfile sa robe. La radio joue un air de musique exotique. On sonne à la porte.


CAROLINE

C'est toi, doudou?


VOIX DE ROSETTA

C'est Rosetta!

J'ai tout mon temps!


CAROLINE

Han! Flûte, la concierge.


CAROLINE met sa robe de chambre par-dessus sa robe et ouvre la porte à ROSETTA.


ROSETTA

Je viens demander une toute

petite faveur à madame.


CAROLINE

Mais entrez donc, Mme Leroy.


ROSETTA

Oh, la belle robe!


CAROLINE enlève la robe de chambre de sur son dos.


CAROLINE

Comme ça,

vous pourrez mieux juger.


ROSETTA

C'est somptueux!


CAROLINE

Vous allez

m'aider à l'agrafer.

J'y arrive pas toute seule.


ROSETTA

Mais avec plaisir,

pensez donc!


ROSETTA aide CAROLINE à agrafer sa robe.


CAROLINE

Oh!


ROSETTA

Oh, excusez-moi.

J'ai les doigts froids.


CAROLINE

C'est rien.


ROSETTA

J'ai toujours les mains et

les pieds comme des glaçons!


CAROLINE

Vous êtes pas la seule. Toutes

les femmes ont les pieds froids.


ROSETTA

Madame aussi?


CAROLINE

Bien sûr.


ROSETTA

Là...

Ça y est!


CAROLINE

Merci.


ROSETTA

Madame va au bal

avec monsieur?


CAROLINE

Oui. Enfin, non.

Nous allons à une soirée.


ROSETTA

Hum! Hé hé hé!


CAROLINE

Excusez-moi, Mme Leroy,

mais je dois finir de me

préparer, alors...


ROSETTA

Je vous laisse. Je vous

laisse, je vous laisse!

Oh, j'oubliais le principal.


CAROLINE

Quoi donc?


ROSETTA

J'ai eu une visite

aujourd'hui, vous savez qui?


CAROLINE

Non.


ROSETTA

Mon neveu Ernest,

celui qui est mobilisé.

Il est à Paris

en permission de 24 heures.


CAROLINE

Oh bien, c'est bien ça.


ROSETTA

Naturellement, il veut

entendre monsieur au piano.

Pensez donc: dans l'immeuble, on

ne parle que du grand musicien!

Ha ha! Il veut pas rater ça!


CAROLINE

C'est une très bonne

idée, mais malheureusement,

nous sommes attendus à 9h.


ROSETTA

Eh bien, il est 7h30.

J'amène Ernest à 8h et

on s'en va tout de suite,

juste le temps d'entendre

un beau morceau.


CAROLINE

Bon. Si vous voulez.


ROSETTA

Ah! Alors, à tout à l'heure!


CAROLINE

C'est ça, à tout à l'heure!


ROSETTA

À tout à l'heure!


ROSETTA sort de l'appartement.


CAROLINE

Eh bien...


CAROLINE monte le volume de la radio et enfile ses souliers en fredonnant.


CAROLINE

♪ La la la la la la la ♪

♪ La la la la la la la la ♪

♪ La la la la la ♪

♪ La la la la la la la ♪


CAROLINE se regarde dans le miroir avec sa robe. Elle court jusqu'à la bibliothèque, s'empare de deux dictionnaires. Elle place ses dictionnaires sur le plancher, monte dessus et se regarde dans le miroir. Elle entend ÉDOUARD entrer dans l'appartement. Elle cache les dictionnaires sous le lit et court à la salle de bain. ÉDOUARD entre avec une fleur qu'il dépose sur le piano.


CAROLINE

T'as trouvé?


ÉDOUARD

Je suis désolé, tu sais, tous

les fleuristes étaient fermés.


CAROLINE

Je m'en doutais!

Enfin, ça ne fait rien.


ÉDOUARD éteint la radio. CAROLINE sort de la salle de bains.


CAROLINE

Oh! Tu as fermé?

C'était mon air, tic tic tic!


ÉDOUARD

Oh, c'est terrible.


ÉDOUARD rallume la radio en changeant de chaîne. On entend la voix d'une animatrice.


ANIMATRICE RADIO

Jacqueline Vignolles

de Reims...


CAROLINEremarque la fleur sur le piano.


CAROLINE

Oh, doudou...


ÉDOUARD

Oh, doudou!


CAROLINE

Ce qu'elle est jolie.


ÉDOUARD

Tu permets?


CAROLINE

J'ai plus rien à te refuser.


CAROLINE embrasse ÉDOUARD, ferme la radio et va dans la salle de bain. ÉDOUARD sort on habit du placard et commence à se préparer.


ÉDOUARD

Qu'est-ce que tu fais?


CAROLINE

(Pour elle-même)

Faut que je pense

à acheter du dentifrice.


CAROLINE met de l'eau dans un verre et place la fleur dans l'eau. Elle montre ses pieds à ÉDOUARD; elle porte une chaussure différente à chaque pied.


CAROLINE

Édouard, quel pied? Quel pied?


ÉDOUARD

Le gauche.


CAROLINE

Tiens? Moi, j'aurais dit

le droit.

Il me semble que ça m'avantage

mieux la jambe.


ÉDOUARD

Oui enfin, pour ce qu'on verra

de tes jambes avec ta robe...


CAROLINE

Oui, t'as raison.

Je vais mettre ceux que tu dis.


CAROLINE cherche quelque chose sous le lit.


ÉDOUARD

Mais qu'est-ce que

tu fabriques? Tu vas

craquer ta robe!


CAROLINE

Je cherche mon autre soulier.

Laisse-moi tranquille,

occupe-toi de tes affaires.


ÉDOUARD

Mais je te dis que

tu vas craquer ta robe.

Allez, relève-toi!


ÉDOUARD force CAROLINE à se relever et fouille sous le lit.


ÉDOUARD

Laisse-moi faire ça.

Tiens!


CAROLINE

C'est pas celui-là.

Laisse, je vais m'en occuper.


ÉDOUARD

Je ne veux pas

que tu abîmes ta robe.


ÉDOUARD remarque quelque chose sous le lit.


ÉDOUARD

Tiens, tiens.


CAROLINE

Quoi?


ÉDOUARD sort les dictionnaires de sous le lit, ainsi que le soulier manquant.


CAROLINE

Je les aurais remis, tu sais.


ÉDOUARD

Tu consultais

mes dictionnaires, peut-être.


CAROLINE

Parfaitement. J'avais

besoin d'un renseignement.


ÉDOUARD

Quel renseignement

cherchais-tu?


CAROLINE

Un renseignement!

C'est mon droit, non?


ÉDOUARD

Mais je croyais

que tu te servais jamais

de mes dictionnaires.


CAROLINE

Tu sais qu'il est près de 8h?


ÉDOUARD

Et alors? On a tout le temps.


CAROLINE

Mais non, je veux

que tu t'habilles.

Allez! Prépare-toi,

lave-toi! Allez!


ÉDOUARD va à la salle de bain en grommelant. CAROLINE place la fleur sur sa robe et se regarde dans le miroir. Elle s'arrête subitement, fouille dans le placard et en sort un magazine. Elle le feuillette et tombe sur une publicité où on peut lire: «Découpez vos robes du soir». ÉDOUARD sort de la salle de bain.


CAROLINE

Édouard, j'ai une idée

formidable!

Je regarde là un modèle

de Christian terrible!


ÉDOUARD

Jacques Christian?


CAROLINE fait oui de la tête.


ÉDOUARD

Je vais te faire

voir quelque chose.


ÉDOUARD fouille dans une armoire.


CAROLINE

Quoi?

Qu'est-ce que tu cherches?


ÉDOUARD

Tu permets?

Ah, le voilà!


ÉDOUARD sort une robe d'une boîte.


ÉDOUARD

Je te présente Bipop,

création Jacques Christian,

ingénieusement recopiée par

ta bonne couturière, Mme Benoît.


CAROLINE hausse les épaules.


ÉDOUARD

Je m'excuse, tu la trouves

peut-être très bien après tout.

Mais il faudra la garder

toujours. Elle est très

utile, cette robe.

Ceci dit, je suis tout prêt

à considérer ton nouveau modèle

avec sympathie.


CAROLINE

Jamais de la vie.


ÉDOUARD

Montre, quoi.

C'est peut-être très bien.


CAROLINE

Non.


ÉDOUARD

Quoi, elle est

si moche que ça?


CAROLINE

Atroce. N'y pensons

plus, va t'habiller.


ÉDOUARD va s'habiller. CAROLINE d.pose le magasine et pliant discrètement la page de l'annonce. Elle se regarde dans le miroir en chantonnant et en dansant.


ÉDOUARD

Ça va pas?


CAROLINE continue de danser et de chantonner.


ÉDOUARD

(Riant)

Elle est folle!

Ah, j'ai épousé une folle, moi!


CAROLINE

Oh, mais c'est Édouard!

Le bon petit Édouard...


CAROLINE fait une étreinte à ÉDOUARD.


ÉDOUARD

(Impatient)

Allons! Allons!

Allons, allons!


CAROLINE

Mais il n'est pas bon du tout!

C'est le méchant Édouard.

Qu'est-ce que tu cherches?

Tout est sur le lit.


ÉDOUARD

Sauf mon gilet, figure-toi.

Tu as une façon

de dissimuler mes vêtements

dans tous les coins, toi.


CAROLINE

Je ne dissimule rien du tout.

Je peux trouver n'importe

quoi ici les yeux fermés.


ÉDOUARD

Tellement tu as d'ordre.


CAROLINE

Non, j'ai du flair,

c'est beaucoup mieux.

Je vais te le trouver,

ton gilet.


CAROLINE ouvre le tiroir d'une commode, mais ne trouve pas le gilet.


CAROLINE

Tiens...


ÉDOUARD

Ton flair te trahirait-il?


CAROLINE

Comme c'est étrange.


ÉDOUARD

Ah non, Caroline,

tu vas pas me faire ça.


CAROLINE

Il y a pas de quoi s'affoler.


Tout en parlant, CAROLINE cherche le gilet un peu partout dans l'appartement.


ÉDOUARD

Ah, tu crois?


CAROLINE

Et si on ne le trouve pas,

tu peux toujours t'en acheter un

à la rigueur.


ÉDOUARD

À cette heure-ci?

Tu es complètement folle,

tout est fermé!


CAROLINE

Tu te ferais ouvrir.


ÉDOUARD

C'est ça!

Et l'argent?

Tu y as pensé à l'argent?

Ça vaut au moins 2000 balles,

maintenant, un gilet d'habit.

(Furieux)

Ah non, non,

non, non, non, non!

Il me faut mon gilet!


CAROLINE

"Il faut", "Il faut",

t'es drôle!

Tu penses bien qu'on va

trouver une solution.


ÉDOUARD

Mais il y a pas de solution!


CAROLINE

"Il y a pas de solution!"

Tout de suite le drame!

Tu penses bien que

je vais le retrouver! Un gilet,

ça se glisse n'importe où!


ÉDOUARD

Vraiment?!


CAROLINE

(Criant)

Et puis aide-moi au moins

au lieu de rester planté là!


ÉDOUARD

Insensé.

C'est insensé.


On sonne à la porte


CAROLINE

C'est la catastrophe!


ÉDOUARD

Qui est-ce?


CAROLINE

C'est la concierge.


ÉDOUARD

Et alors?


CAROLINE

Tout doux, je t'en

supplie, sois gentil.


VOIX DE ROSETTA

C'est nous, madame!

Nous sommes là!


CAROLINE

(À voix basse)

Édouard? Il faut,

tu m'entends, "il faut" que

tu joues un petit morceau.


ÉDOUARD

À la concierge?


CAROLINE

Non, à son neveu.

Si tu ne le fais pas, nous

serons obligés de déménager.


ÉDOUARD

Déménager? Pourquoi?


CAROLINE

Cette concierge est

si gentille avec nous,

elle nous aime tant,

elle ne comprendrait pas!


On sonne à la porte


CAROLINE

Voilà! Voilà!

(À voix basse)

Édouard...


ÉDOUARD

Tout ça, c'est très joli,

mais moi, il me faut mon gilet!


CAROLINE

Je vais le trouver, il est là!

Je continuerai à chercher

pendant que tu joueras, mais

je t'en supplie, promets-moi,

jure-moi que tu joueras!


ÉDOUARD

Je te promets, je te promets.


CAROLINE

Jure-le!


ÉDOUARD

Oui, oui, mais ouvre

alors, ouvre!


CAROLINE

Merci, doudou.


CAROLINE va ouvrir à ROSETTA et ERNEST tandis qu'ÉDOUARD, encore en caleçons, court à la salle de bain.


CAROLINE

Je m'excuse, mon mari

n'était pas visible.


ROSETTA

Avance, Ernest!

Nous ne vous dérangeons pas

au moins?


CAROLINE

Mais pas du tout, entrez donc.


ROSETTA

ERNEST)

Mais avance, voyons!

CAROLINE)

C'est un morceau, hein?

Hé hé!


CAROLINE

C'est vrai.


ÉDOUARD sort de la salle de bain en robe de chambre.


ÉDOUARD

Bonjour, Mme Leroy.


ROSETTA

Bonjour, monsieur.

Mon neveu Ernest.


ÉDOUARD

Tiens, mais vous êtes soldat!


ERNEST

Oui, monsieur.


ÉDOUARD

Parfait, parfait.


ERNEST donne une poignée de main ferme à ÉDOUARD.


ERNEST

(Riant)

Oh!

Eh bien mon vieux,

si vous détruisez

mes instruments de travail...


ERNEST

Pardon, monsieur.


ROSETTA

J'espère qu'on ne dérange pas

monsieur.

On était justement montés

pour que monsieur nous joue.

Imaginez-vous

qu'Ernest est de passage à Paris

en permission de 24 heures!


ÉDOUARD

Bon, très bien, très bien,

très bien. Eh bien, si vous

le permettez, j'y vais, hein?

Malheureusement,

nous sommes un peu pressés.

N'est-ce pas, chérie?


CAROLINE

Mon mari exagère.

(En toisant ÉDOUARD)

Nous ne sommes pas

si pressés que ça.

(S'adressant à ROSETTA)

Eh bien, vous ne

vous asseyez pas?

On écoute mal debout,

vous savez.


ROSETTA

Merci, madame.


ERNEST

Merci, madame.


ROSETTA et ÉDOUARD s’assoient sur des chaises et attendent, avec CAROLINE, qu'ÉDOUARD commence à jouer.


ERNEST

(Fâché)

Eh bien, cherche, Caroline!


CAROLINE recommence à chercher tandis qu'ÉDOUARD commence à jouer. Il commence si brusquement que ROSETTA et ERNEST sursautent. CAROLINE s'arrête de chercher; elle a une idée. Elle prend le téléphone, s'en va discrètement dans le vestibule et compose un numéro.


Dans une grande salle à manger, JULIEN, un valet de chambre, aide une femme de chambre à mettre le couvert. Le téléphone sonne.


JULIEN

(À la femme de ménage)

Non, non, continuez

votre travail. Je vais répondre.


JULIEN va répondre dans le lobby.


JULIEN

Allô, j'écoute?


CAROLINE

(À voix basse)

Allô, Julien?

Dites-moi, je voudrais

dire un mot à M. Beauchamp.


JULIEN

Monsieur est très occupé

pour l'instant, madame.


M. BEAUCHAMP s'adresse à ses déménageurs qui transportent un piano recouvert d'un drap.


M. BEAUCHAMP

Attention aux carreaux!

Attention aux carreaux!

Eh bien, Julien,

qu'est-ce que vous faites?

Arrivez ici, voyons.


JULIEN

(Au téléphone)

Pardon, madame.


JULIEN dépose le combiné et va voir M. BEAUCHAMP.


M. BEAUCHAMP

(Aux déménageurs)

Un instant, messieurs.

Un instant, je vous prie.

Roulons d'abord le tapis,

s'il vous plaît. Reculez,

s'il vous plaît.

Mais sur le côté, voyons!

Pliez-le!

Pliez-le sur le côté!

Comme ceci!

Tenez, voyez.

En route quand vous voudrez!

Doucement.

Doucement.

JULIEN)

Qui est-ce qui téléphone?


JULIEN

C'est la nièce de monsieur.


M. BEAUCHAMP

Une seconde.


JULIEN reprend le combiné.


JULIEN

Si madame veut bien--


M. BEAUCHAMP

(Aux déménageurs)

Je m'excuse en--


JULIEN

(À M. BEAUCHAMP)

Je demande pardon

à monsieur.

(Au téléphone)

Monsieur vient

tout de suite, madame.


M. BEAUCHAMP

(Aux déménageurs)

Mes amis...

Tous les meubles,

tous les bibelots

qui ornent ce salon,

n'ont pas de prix pour moi.

Pièces de collection,

souvenirs de famille...

Vous voyez ce que je veux dire?

Et maintenant, allez-y.

Mais suivez, Julien!

Suivez, voyons!


M. BEAUCHAMP prend le téléphone.


M. BEAUCHAMP

Allô, "Carolaïne".


Chez CAROLINE, ÉDOUARD vient de terminer son morceau.


CAROLINE

(Au téléphone, à voix basse)

Ne quittez pas,

je suis à vous tout de suite.


CAROLINE sort du vestibule et s'adresse à ÉDOUARD.


CAROLINE

Mais c'est pas fini!

Et la suite?

Tu ne leur joues pas la suite?


ÉDOUARD

La suite?


CAROLINE

(S'adressant à ROSETTA et ERNEST)

C'est La Polonaise

de Chopin. Mon mari ne

vous en a joué que la moitié.

Vaudrait mieux que vous

l'entendiez en entier,

n'est-ce pas, Édouard?

Tant qu'à faire. Allez, joue.


ÉDOUARD se rassoit, de mauvaise humeur.


ERNEST

Vous voulez

peut-être vous asseoir, madame?


ÉDOUARD

Oui, c'est ça, assieds-toi.


CAROLINE

Tu es fou, si tu crois

que j'ai le temps de m'asseoir.


ÉDOUARD

Caroline! Qu'est-ce que

tu fais dans le vestibule?


CAROLINE

Moi? Rien du tout.


ÉDOUARD

Comment rien du tout?

Mais le gilet? Tu cherches

pas le gilet, non?


CAROLINE

Ne t'inquiète pas,

tout est arrangé.


ÉDOUARD

Où vas-tu alors?


CAROLINE

Nulle part.


ÉDOUARD

Ah, je te demande pardon,

tu vas dans le vestibule.

Qu'est-ce que tu fais

dans le vestibule?


CAROLINE

Vous voyez comment

il est, Mme Leroy?

Joue!


CAROLINE retourne dans le vestibule. ÉDOUARD recommence à jouer. CAROLINE prend le téléphone et va jusque dans la cage d'escalier.


CAROLINE

(Au téléphone)

Allô? Ah!

Oh, vous êtes encore là!


M. BEAUCHAMP

Oui, tu permets? Une seconde.

(Aux déménageurs)

Où en sommes-nous?

Tout est fini?


DÉMÉNAGEUR

Pas tout à fait. Il faut

dresser le piano et le placer.


M. BEAUCHAMP

Parfait, mettez-le debout,

mais ne vous inquiétez

pas du reste,

nous ferons cela nous-mêmes.

Julien?


M. BEAUCHAMP prend JULIEN à part.


M. BEAUCHAMP

Faites le nécessaire pour

le pourboire de ces hommes.

Et remerciez-les de ma part,

n'est-ce pas?

Voilà.

(Au téléphone)

Ils s'en vont, je respire.

Alors, "Carolaïne"?


CAROLINE

C'est désastreux, mon cher

Claude, absolument désastreux,

je vous assure!

Et je suis terriblement

ennuyée...


Un VOISIN descend l'escalier.


VOISIN

Bonsoir, madame.


CAROLINE

Bonsoir.

(Au téléphone)

Voilà: j'ai absolument

besoin d'un gilet!


M. BEAUCHAMP

Un gilet? Et pour quoi faire,

Seigneur Dieu?


CAROLINE

Mais pour l'habit d'Édouard!

C'est ma faute, il en avait un,

mais je--


M. BEAUCHAMP

Et il en a pas d'autres?


CAROLINE

Mais non, mon oncle, hélas.


M. BEAUCHAMP

Ho ho, mais c'est ridicule!

Comment peut-on être

aussi stupide?

Un seul gilet d'habit?

Ha ha! Ça doit être ça

qu'on appelle la bohème.

Enfin, ne quitte pas, je vais

voir ce qu'on peut faire.


M. BEAUCHAMP dépose le combiné et s'en va dans une autre pièce, où ANGEL, un coiffeur, coupe les cheveux d'ALAIN, le fils de M. BEAUCHAMP.


M. BEAUCHAMP

Ah! Vous êtes là.

Bonsoir, Angel.


ANGEL

Bonsoir, monsieur.

Je vais pouvoir prendre monsieur

tout de suite. J'ai fini.


M. BEAUCHAMP

N'en profitez pas pour

me tondre. Je vais avoir l'air

de sortir de chez le coiffeur.

(À M.BEAUCHAMP)

Il est terrible, méfiez-vous.


ANGEL

Monsieur votre père a plus

confiance que vous, M. Alain.

Depuis le temps que

je lui coupe les cheveux.


M. BEAUCHAMP

Mais oui, mais oui, Angel.

ALAIN)

Je viens de parler à ta cousine.


ALAIN

Caroline? Elle est là?


M. BEAUCHAMP

Au téléphone.

Figure-toi que son imbécile de

mari n'a pas de gilet d'habit.

Ha ha! Grotesque!

Arrange ça.


ALAIN

(S'adressant à ANGEL)

C'est fini?


ANGEL

Oui, M. Alain. Une seconde.


ALAIN

(À M. BEAUCHAMP)

Elle est au bout du fil?


M. BEAUCHAMP

Oui.


ALAIN se lève et quitte la pièce en vitesse. M. BEAUCHAMP s'assoit sur la chaise.


M. BEAUCHAMP

Rafraîchissez seulement,

n'est-ce pas, Angel? Ça suffira.


ANGEL

D'accord, M. Beauchamp.

Juste le duvet, n'est-ce pas?


M. BEAUCHAMP

Juste le duvet.


ALAIN se faufile entre ses déménageurs pour répondre au téléphone.


ANGEL

Pardon.

(Au téléphone)

Bonsoir, belle cousine

de mes rêves. Comment vas-tu?


CAROLINE

C'est toi, Alain? Oh,

j'ai cru qu'on m'abandonnait.


ÉDOUARD sort de l'appartement en compagnie de ROSETTA et d'ERNEST.


ÉDOUARD

T'es devenue folle?


CAROLINE

Oui, oui. C'est ça, c'est ça.

(Au téléphone)

Une seconde.

(S'adressant à ROSETTA)

Alors c'est fini? Ça vous a plu?


ROSETTA

Je crois bien! Merci, madame.

Allez, on vous laisse.

Tu viens, Ernest?


ERNEST

Au revoir, madame. Au plaisir.


CAROLINE

Bonsoir!


CAROLINE retourne dans l'appartement avec ÉDOUARD.


CAROLINE

(Au téléphone)

Allô?


ÉDOUARD

Qui est-ce?


CAROLINE

(Au téléphone)

Je m'excuse, on m'a dérangée.


ÉDOUARD

Qui est-ce?!


CAROLINE

Chut! C'est ton gilet.


ÉDOUARD

Mon gilet?


CAROLINE

(Au téléphone)

Allons, je m'excuse.


ALAIN

Alors, le grand artiste

a des ennuis vestimentaires?

Ça n'a aucune importance.

J'ai une ravissante collection

de gilets d'habit

toute à la disposition

d'Édouard.


CAROLINE

(Au téléphone)

Quelle veine! Je t'adore!


ÉDOUARD

Quoi?!


ALAIN

Ils sont peut-être un peu

grands pour lui évidemment.


CAROLINE

(Au téléphone)

Tu crois?


ALAIN

J'ai les épaules larges,

le sport, tu comprends.

Mais le conservatoire,

pour développer les muscles...


ÉDOUARD

Dis donc, c'est fini tout ça?

À qui téléphones-tu à la fin?


CAROLINE

(Au téléphone)

Alors je peux te l'envoyer?


ALAIN

Quand tu voudras.


CAROLINE

(Au téléphone)

À tout à l'heure!


ÉDOUARD arrache le téléphone des mains de CAROLINE, mais elle a déjà raccroché.


ÉDOUARD

C'était ton lamentable cousin.


CAROLINE

C'est mon lamentable cousin,

comme tu dis.


ÉDOUARD

T'avais peur

que j'écoute, hein?

Ah celui-là, alors.

On n'a pas idée d'être

amoureux de sa cousine.


CAROLINE

Pouh!


ÉDOUARD

Il est pas amoureux

d'ailleurs, il te désire.


CAROLINE

Ah? En attendant,

il te prête un gilet.


ÉDOUARD

Ça, il en est pas question!

J'aimerais mieux crever!

D'ailleurs, j'ai un gilet,

je mettrai mon gilet.


CAROLINE

Impossible.

J'avais oublié, mais je viens

de me rappeler. Je l'ai jeté.


ÉDOUARD

Tu te fous de moi?


CAROLINE

Pas du tout!

Je l'ai jeté! Avec un tas

de vieilles saletés qui

encombraient mon appartement.


ÉDOUARD

Mais c'est de la folie,

il était neuf! Ou presque!

Je l'avais à peine mis!


CAROLINE

Oh! C'était le vieux

gilet de ton père.

Il était tout jaune,

tout effiloché. Tu devais

t'en acheter un autre!

Souviens-toi.


ÉDOUARD

Je me souviens de rien!

Et quand l'as-tu jeté,

mon gilet?

Hein?


CAROLINE

Ça doit faire

à peu près un an.

Qu'est-ce que tu veux?

On peut pas tout garder!


ÉDOUARD

Je me demande vraiment

pourquoi t'as pas jeté mon habit

pendant qu'on y était!

Qu'est-ce que je vais faire

maintenant, sans gilet?


CAROLINE

C'est très simple.

Tu vas avoir un gilet d'Alain.

Un magnifique gilet,

tu seras superbe.


CAROLINE remet des vêtements à ÉDOUARD.


CAROLINE

Tiens. Enfile ça

et va le chercher.

Enfile ça.


ÉDOUARD

Je te jure...

Si tu m'avais dit

que t'allais leur téléphoner...


CAROLINE

C'est pour ça

que je ne t'ai rien dit.

Qu'est-ce que je pouvais faire?

Il n'y avait que mon oncle

pour nous tirer d'embarras.


ÉDOUARD

Je croyais que c'était Alain!


CAROLINE

Oui, enfin, j'ai demandé

à mon oncle d'abord.


ÉDOUARD

De toute façon,

pour moi, que ce soit

ton cousin ou ton oncle,

ils me déplaisent autant

l'un que l'autre, alors...


Après avec mis un chandail et des pantalons, ÉDOUARD va pour enlever ses souliers.


CAROLINE

Non, n'enlève pas tes

vernis, tu serais obligé

de les remettre.

T'as tort. Il t'aime

beaucoup mon oncle.


ÉDOUARD

Ha ha!


CAROLINE

Parfaitement.

Il t'aime beaucoup.

Il aimerait beaucoup

que tu réussisses.


ÉDOUARD

Oui, tu parles!

Il en a surtout marre

d'avoir un fauché comme

moi dans la famille.

Un artiste obscur, n'est-ce pas?

Seulement, moi, les Beauchamp,

je les em-


CAROLINE ET ÉDOUARD

Merde!


ÉDOUARD sort avec son manteau, mais cogne à la porte aussitôt sorti.


ÉDOUARD

Je vais avoir

l'air malin, moi...


CAROLINE

Mais non! Tu ne verras

personne et le paquet est prêt.


ÉDOUARD

Ah? J'aime mieux ça.

Ah, ce qu'il faut pas

faire dans la vie alors...


CAROLINE

Tu sais que c'est

très important pour

nous cette soirée.


ÉDOUARD

Oh...


CAROLINE

C'est la chance de notre vie.


ÉDOUARD

Dis pas des choses comme ça.


CAROLINE

En tout cas, moi,

je suis très optimiste.

Dégrafe-moi dans le dos.


ÉDOUARD

Tu vas pas te

déshabiller, non?


CAROLINE

Non, mais j'ai un petit

point à faire à ma robe.

Tu n'y vois pas d'inconvénient?


ÉDOUARD

Aucun.


CAROLINE

Parfait.


ÉDOUARD dégrafe la robe de CAROLINE et s'en va. CAROLINE retourne dans l'appartement, allume la radio et rouvre le magasine à la page pliée. Elle prend une paire de ciseaux et commence à découper sa robe.


Chez les Beauchamp, ÉDOUARD se fait ouvrir la porte par JULIEN.


ÉDOUARD

Bonsoir.


JULIEN

Bonsoir, monsieur.


JULIEN

Je viens chercher un paquet.


JULIEN

Un paquet?


ÉDOUARD

Oui, on vous a pas remis

un paquet pour moi?

Je suis M. Mortier,

le neveu de M. Beauchamp.


JULIEN

Je reconnais monsieur,

mais monsieur ne m'a rien

remis pour monsieur.


ÉDOUARD

Ah...


JULIEN

Si monsieur veut se donner

la peine d'entrer.


ÉDOUARD

Non, non, inutile, non.

J'attendrai ici.


JULIEN

Comme monsieur voudra.

Je vais prévenir monsieur.


ÉDOUARD

Merci.


JULIEN s'éloigne. ÉDOUARD attend dans le hall d'entrée. Un homme quitte la maison. [HOMME

ÉDOUARD)

Bonsoir, monsieur.


L'homme tombe sur IGOR en ouvrant la porte.


IGOR

J'allais justement

sonner, monsieur!


HOMME

Mais entrez donc.


IGOR

Merci! Merci, monsieur! Merci!


L'homme s'en va. IGOR se présente à ÉDOUARD.


IGOR

Igor Poniev.


ÉDOUARD

Édouard Mortier.


JULIEN revient vers ÉDOUARD et IGOR.


JULIEN

IGOR)

Monsieur?


IGOR

Je suis l'extra,

engagé pour servir buffet

pour la soirée.


JULIEN

Il y a un escalier de service!


IGOR

Oui, je sais il y a

escalier de service.

Pas trouvé.


JULIEN

Je ne vous félicite pas.

Mais vous avez une moustache!


IGOR

Oui.

(Touchant sa moustache)

Une moustache.


JULIEN

ÉDOUARD)

Monsieur vient

tout de suite, monsieur.

IGOR)

Suivez-moi, voulez-vous?


IGOR

Oui.


JULIEN et IGOR s'en vont. M. BEAUCHAMP va à la rencontre d'ÉDOUARD.


M. BEAUCHAMP

Comment, mon cher!

Vous êtes dans l'antichambre!

Mais entrez, voyons!

Ha ha! Entrez!


ÉDOUARD

Je m'excuse de vous déranger.


M. BEAUCHAMP

Mais vous ne me dérangez

jamais, mon cher. Venez.

Venez, je vais vous montrer

quelque chose.

Voilà votre piano.


ÉDOUARD

Comment, vous avez

acheté un piano?


M. BEAUCHAMP

Ha ha ha! Non,

je l'ai loué, mon cher.

Chez Pleyel. On n'achète pas

un piano de grand concert!

C'est un meuble abominable.

Vous ne l'essayez pas?


ÉDOUARD

Oh si, volontiers.


M. BEAUCHAMP

Je pense qu'il est bien placé.

Je l'ai roulé moi-même,

mon cher ami!

Avec mes gens, ha ha!

Vous auriez beaucoup ri:

Claude Beauchamp en déménageur.

Vous voyez la scène? Ha ha ha!


ÉDOUARD joue quelques notes au piano.


M. BEAUCHAMP

Instrument correct?

Est-il parfait?


ÉDOUARD

Je le trouve excellent.


M. BEAUCHAMP

S'il n'est pas parfait,

je le téléphone à Pleyel.

Ils le changent en 30 minutes!


ÉDOUARD

C'est tout à fait inutile,

je vous assure.


M. BEAUCHAMP

Vous savez que vous jouez

ce soir devant des gens

merveilleux.

Pour ne vous citer que

deux noms, nous avons Florence

de Morteuil et les Barville,

qui font la pluie et

le beau temps à Paris.


ÉDOUARD

En effet.


M. BEAUCHAMP

Je veux réparer une injustice.


ÉDOUARD

Ah?


ÉDOUARD

Mais naturellement, mon cher.

Vous avez un talent fou, mais

personne ne vous connaît.

C'est effrayant,

des choses comme ça.


ÉDOUARD joue très fort.


M. BEAUCHAMP

J'en parlais à votre femme tout

à l'heure, car je lui disais...


M. BEAUCHAMP fait signe à ÉDOUARD d'arrêter de jouer.


M. BEAUCHAMP

J'expliquais à "Carolaïne"

que si vous plaisez

ce soir à mes invités,

votre nom sera demain

sur toutes les lèvres.

Vous saisissez?


ÉDOUARD

Oui, oui, je pense bien.


M. BEAUCHAMP

Mais qui lance les artistes,

Édouard? Qui, croyez-vous?

Mais nous montrons

le chemin, mon brave!

Le public nous suit,

sans même s'en rendre compte.

Ça vous étonne?


ÉDOUARD

En fait, non, pas tellement.


M. BEAUCHAMP

Vous verrez, vous serez

célèbre, riche, mon cher!

À propos, est-ce que...

"Carolaïne" a une robe,

comment dirais-je?

Convenable pour ce soir?


ÉDOUARD

Bien oui, elle a une robe.


M. BEAUCHAMP

C'est idiot.

Je voulais emmener

"Carolaïne" chez Jacques.

Vous savez,

Jacques Christian, le plus

grand couturier de Paris?


ÉDOUARD

Je connais.


M. BEAUCHAMP

C'est mon ami.

Je voulais offrir

ça à "Carolaïne".

Oh! Tant pis, trop tard.


ÉDOUARD

C'est très aimable à vous,

mais vraiment, il y avait

aucune raison.


M. BEAUCHAMP

Mais si! Mais si!


M. BEAUCHAMP emmène ÉDOUARD dans la salle à manger et s'adresse à IGOR.


M. BEAUCHAMP

Faites-nous deux dry.

ÉDOUARD)

Ça vous va?


ÉDOUARD

Euh non, écoutez,

pas maintenant.

Vous savez, je bois peu,

et surtout quand je dois jouer,

je préfère...


M. BEAUCHAMP

Je comprends.

IGOR)

Alors un seul.


IGOR

Bien, monsieur.


M. BEAUCHAMP

ÉDOUARD)

Alors?


ÉDOUARD

Eh bien, je ne vais pas

vous déranger plus longtemps.

Je vais m'habiller.


M. BEAUCHAMP

C'est ma foi vrai!

Sauvez-vous vite.

On vous a donné

votre gilet, j'espère?


ÉDOUARD

Euh, non. Non, mais je...


M. BEAUCHAMP

Pourquoi ne le disiez-vous pas,

mon brave ami? Mais pensez donc!

Nous sommes à

votre disposition. Julien?

Conduisez M. Mortier

auprès de M. Alain.

ÉDOUARD)

Alain va vous donner ça,

mon bon.

À tout de suite.


ÉDOUARD

Merci.


IGOR apporte un verre à M. BEAUCHAMP.


IGOR

S'il vous plaît, monsieur.


M. BEAUCHAMP

Merci.

Dites-moi,

quel est votre prénom?


IGOR

Igor, monsieur.


M. BEAUCHAMP

Vous êtes Russe alors?


IGOR

Oui, je suis Russe.


M. BEAUCHAMP

Parfait! Parfait! Parfait!


M. BEAUCHAMP s'éloigne. IGOR tâte sa moustache.


Dans une autre pièce, ALAIN ajuste son nœud papillon. On cogne à la porte.


ALAIN

Oui?


JULIEN

M. Mortier, monsieur.


ALAIN

Qu'il entre, qu'il entre.

Bonjour, maître.

C'est la grande

forme, il me semble.

Je t'entendais jouer d'ici.

Comme ça, mon vieux.

Tu permets

que je continue à m'habiller?

Alors, qu'est-ce que

tu joues ce soir?


ÉDOUARD

Différentes choses.


ALAIN

Tu n'as pas le trac?


ÉDOUARD

Ah non, pourquoi?


ALAIN

Les gens du monde

t'impressionnent un peu, non?


ÉDOUARD

Je dirai ça tout à l'heure.


ALAIN

Écoute, je vais te donner

un conseil: joue-leur du Brahms.

Surtout du Brahms,

c'est ton triomphe.


ÉDOUARD

Peut-être.


ALAIN

Évidemment,

chacun sa spécialité.

Brailowsky, c'est Chopin.

Toi, c'est Brahms.


ÉDOUARD

Tu es bien bon.


ALAIN

Mais au fond, joue-leur ce que

tu voudras. Tu es le seul juge.


ÉDOUARD

Je verrai ça.


ALAIN

Oh, j'ai horreur de ce noeud!

J'ai jamais pu choisir entre le

satin mat et le satin brillant.

Qu'est-ce que tu préfères, toi?


ÉDOUARD

Oh tu sais, moi, je suis pas

très compétent.

Euh, dis donc,

je m'excuse pour le gilet.


ALAIN

Oh, mais tu plaisantes,

mon vieux!


ALAIN prend une poignée de gilets et la jette devant ÉDOUARD.


ALAIN

Tiens, choisis dans le tas.


ÉDOUARD

Tu es bien aimable.

Celui-là ira sûrement très bien.


ALAIN

Essaye-le, au moins,

malheureux.

Décidément, j'adopte

le genre mat. Ça finit

toujours comme ça d'ailleurs.


ÉDOUARD essaie le gilet.


ALAIN

Ah ça, tu es parfait!

Je dois dire que tu es parfait!

Tiens, voilà mon père.

Entrez, entrez! Vous ne trouvez

pas qu'Édouard est sublime?


M. BEAUCHAMP

Ha ha! Je dois dire

qu'il est pas mal.


On sonne à la porte.


M. BEAUCHAMP

(En riant)

Je m'excuse,

on sonne.


ALAIN

Reste comme ça, mon vieux,

reste comme ça. Ta femme

en profitera au moins.


ÉDOUARD met son manteau.


ÉDOUARD

En fait, pourquoi pas.


ALAIN

Sérieusement, tu ne veux pas

qu'on te fasse un paquet?


ÉDOUARD

Non, non.

Tout va très bien, je t'assure.

Merci, Alain, à tout à l'heure.


Dans le vestibule, M. BEAUCHAMP accueille M. BARVILLE et MME BARVILLE.


M. BEAUCHAMP

Chers amis!


MME BARVILLE

Oh, Claude! C'est affreux,

nous sommes les premiers?


M. BEAUCHAMP

Mais comme c'est gentil!

Au contraire, c'était tout

ce que je souhaitais!


MME BARVILLE

Merci.


MME BARVILLE aperçoit ÉDOUARD sortir de la pièce.


MME BARVILLE

Qui est-ce?


ÉDOUARD va se cacher.


M. BEAUCHAMP

ÉDOUARD)

Approchez! Ha ha!

Approchez, voyons.

Ha! Ces artistes!


M. BEAUCHAMP va chercher ÉDOUARD.


M. BEAUCHAMP

(À voix basse)

M. et Mme Barville,

dont je vous ai parlé.

(Aux Barville)

Je vous présente le mari

de Caroline, un grand pianiste,

lauréat du conservatoire.

Mme Barville, M. Barville,

pour qui vous jouerez ce soir.


ÉDOUARD

M'dame, m'sieur.


MME BARVILLE

Quelle joie!

Vous ne voulez pas nous jouer

quelque chose tout de suite?


ÉDOUARD

Excusez-moi, madame,

mais je dois m'en aller.


MME BARVILLE

Oh, quel dommage.


M. BEAUCHAMP

Mais rassurez-vous,

il va revenir.


MME BARVILLE

Alors, à tout à l'heure.


ÉDOUARD

À tout à l'heure.

Bonsoir, mon oncle.


M. BEAUCHAMP escorte ÉDOUARD jusqu'à la sortie.


MME BARVILLE

(Propos en anglais)

Charming.


M. BARVILLE

C'est vrai.


M. BEAUCHAMP et ÉDOUARD sont dans la cage d'escalier.


M. BEAUCHAMP

Ne m'appelez pas

"mon oncle" devant les gens.

C'est un peu ridicule.

Appelez-moi Claude,

comme tout le monde.

N'est-ce pas?


ÉDOUARD

D'accord, mon oncle.


M. BEAUCHAMP

Prenez l'ascenseur.


ÉDOUARD

Non, ça va plus vite

comme ça, merci.


Un peu plus tard, ÉDOUARD retourne dans son appartement. Il enlève son gilet avant d'entrer. De la musique classique joue à plein volume dans la radio.


ÉDOUARD

Caroline?


ÉDOUARD éteint la radio. ON entend CAROLINE se lamenter.


ÉDOUARD

Bien, t'es pas encore prête?


ÉDOUARD se dirige vers la salle de bain. La porte est fermée.


ÉDOUARD

Allez, ouvre, quoi!


CAROLINE

J'ai pas fini!


ÉDOUARD

Mais qu'est-ce que

tu fabriques?

C'est fou ce qu'on est

en retard, on devrait

déjà être là-bas!


CAROLINE

On y sera!

Tu peux t'habiller,

tout est sur le lit.


ÉDOUARD

Je sais, je sais.


CAROLINE

T'as trouvé le gilet?


ÉDOUARD

Qu'est-ce que tu dis?


CAROLINE

Je te demande si

tu as eu le gilet?


ÉDOUARD

Ha, tu parles!

Il a fallu que je m'appuie

toute ta famille, alors...


CAROLINE

Pauvre petit Édouard!

Comme il a eu peur!


ÉDOUARD

Oh, pas du tout,

j'étais très à l'aise.


CAROLINE

Ha ha ha!


ÉDOUARD donne un coup de talon à la porte.


ÉDOUARD

Ah, ils sont en été parfaits.

Alain m'a même donné

des conseils sur le choix

de mon répertoire.

Ha!

Ah, il est charmant,

ton amoureux.

Tu sais qui j'ai vu?


CAROLINE

Non, mais je vais le savoir.

Alors, qui as-tu vu?


ÉDOUARD

Mme "Berville".


CAROLINE

Barville!


ÉDOUARD

Oui. Eh bien,

je lui ai fait une très grosse

impression à Mme Barville.

Elle m'attend avec impatience.


CAROLINE

Doudou?


ÉDOUARD

Quoi?


CAROLINE

Va t'asseoir sur

le fauteuil, je vais sortir.


ÉDOUARD

Quoi?


CAROLINE

Va t'asseoir sur le fauteuil,

je vais sortir.


ÉDOUARD

Oh là là!


CAROLINE

T'y es?


ÉDOUARD

Attends, attends.


ÉDOUARD s'assoit.


CAROLINE

Voilà!


CAROLINE sort de la salle de bain, vêtue de sa robe. ÉDOUARD remarque que le devant de la robe a été raccourci.


ÉDOUARD

Sans blague, t'es devenue folle?

Défais-moi ça tout de suite!


CAROLINE

Qu'est-ce que tu veux

que je défasse? C'est coupé.


ÉDOUARD

Coupé?

Où sont les morceaux?


CAROLINE

Pour quoi faire?


ÉDOUARD

Je veux voir les morceaux!


CAROLINE apporte les morceaux de la robe à ÉDOUARD, qui les jette par terre. Il traîne CAROLINE devant le miroir.


ÉDOUARD

Non, mais regarde-toi!

Regarde-toi!


CAROLINE

Eh bien justement,

c'est formidable.

Ça surprend peut-être un peu

au début, mais c'est formidable.


ÉDOUARD prend un verre sur le piano et le brise en le lançant par terre. CAROLINE prend la fleur qui était dans le verre.


CAROLINE

Voyons, doudou.

Tu as failli l'abîmer.

Mon petit doudou,

calme-toi, voyons.

Domine-toi.

Écoute.

Je vais t'expliquer

bien gentiment.

Tu n'es peut-être pas

très au courant de la mode,

mais toutes les femmes élégantes

portent maintenant

des robes du soir courtes.


ÉDOUARD

Pauvre malheureuse.


CAROLINE

Parfaitement!

Tout le monde porte

des robes du soir courtes!

Sauf des gros paysans abrutis

comme toi!


ÉDOUARD

Eh bien moi,

j'en ai jamais vu!


CAROLINE

Attends!

Tiens, regarde.


CAROLINE donne un magazine à ÉDOUARD, qui le déchire aussitôt en deux.


ÉDOUARD

T'avais une robe ravissante.

Maintenant, tu es absolument

ridicule! Ah, c'est réussi!

Et puis t'as même pas été foutue

de la couper proprement.

Elle est plus longue

derrière que devant!


CAROLINE

(Criant)

Mais c'était exprès!

C'est fait exprès!

C'est le mouvement plongeant!


ÉDOUARD

(Hurlant)

Grotesque!


CAROLINE s'empare du métronome sur le piano. ÉDOUARD le lui arrache des mains.


CAROLINE

Tu me dégoûtes!


ÉDOUARD

Tu vas pas casser

mon métronome, non?


CAROLINE lance ses souliers vers ÉDOUARD.


CAROLINE

Tu me dégoûtes!

Tu me dégoûtes!


ÉDOUARD

Non, mais t'es pas folle, non?


CAROLINE

Je te hais!


ÉDOUARD

Quoi?


CAROLINE

Je te hais! Je te hais!

Tu es immonde.


ÉDOUARD gifle CAROLINE.


ÉDOUARD

Oh pardon, je voulais pas.


CAROLINE

Je suis très contente.

C'est exactement

ce que j'attendais.

Tu es vraiment comme

je le souhaitais.


CAROLINE gifle ÉDOUARD, le frappe et essaie de le mordre. ÉDOUARD la retient.


ÉDOUARD

Allons, voyons!


CAROLINE court dans la salle de bain en pleurant. ÉDOUARD entre dans la salle de bain


ÉDOUARD

Écoute, Caroline...

Je regrette, mais t'aurais

dû comprendre

que c'était vraiment

pas le moment de faire

des bêtises, enfin.


CAROLINE

Va-t'en!

Ta gifle m'a ouvert les yeux!

Tu es vulgaire! Vulgaire!

Va-t'en, je te dis! Va-t'en!

Je veux plus te revoir, jamais!


ÉDOUARD

Bon.


ÉDOUARD enfile son gilet et son veston. Il s'en va. CAROLINE prend un bibelot et le fracasse contre le sol. Elle jette la fleur par terre et l'écrase avec son pied.


À la soirée chez les Beauchamp, ALAIN discute avec deux jeunes dames.


JEUNE DAME

Oh non, vous êtes

impardonnable. À La Baule!


ALAIN

À La Baule? Vous avez toujours

cette villa incroyable?


JEUNE DAME

Vous êtes fou? Quelle horreur!


De leur côté, les Barville discutent avec d'autres invités.


VIEIL HOMME

Comment, vous n'allez

jamais au marché aux puces?


M. BARVILLE

Non, pourquoi?

C'est bien le marché aux puces?


ALAIN

(À la jeune dame)

Je vous demande pardon.

Mme Barville me réclame.


ALAIN rejoint MME BARVILLE.


MME BARVILLE

Alors, le pianiste?


ALAIN

Nous l'attendons tous,

chère madame.


MME BARVILLE

Il paraît qu'il joue si bien.


ALAIN

Il joue pas mal.


M. BEAUCHAMP s'assoit à une table de bridge avec d'autres invités.


INVITÉ 1

Je croyais que nous avions

droit à un petit récital.


INVITÉ 2

Oui! Au fait, et ton pianiste?


M. BEAUCHAMP

Il arrive, mon cher,

il arrive.


On sonne à la porte.


M. BEAUCHAMP

Si vous me permettez.


M. BEAUCHAMP se lève pour accueillir FLORENCE et SPENCER, son mari.


M. BEAUCHAMP

Florence! Quelle joie!


M. BEAUCHAMP s'adresse à SPENCER.


M. BEAUCHAMP

(Propos en anglais)

My dear friend.


SPENCER

Bonsoir.


FLORENCE

Nous sommes

follement en retard.


M. BEAUCHAMP

Mais non!


FLORENCE

Il est encore

plus tard que je ne croyais.

C'est vraiment terrible.


M. BEAUCHAMP

Mais voyons, Florence,

c'est votre rôle! Ha ha!

Vous êtes une reine. Une reine

doit se faire attendre.


M. BEAUCHAMP s'adresse à SPENCER.


M. BEAUCHAMP

(Propos en anglais)

Don't you think? A queen

must be waited, monsieur.


SPENCER

Je préfère vous

parler français.

Je comprends rien quand

vous parlez anglais.


FLORENCE

Vraiment?


SPENCER

Pas un mot.


FLORENCE

(À M. BEAUCHAMP)

C'est étrange que Spencer

ne comprenne pas votre anglais.

Je trouve que vous parlez

absolument bien.


M. BEAUCHAMP

Je l'ai appris à l'université.

(Propos en anglais)

Oxford, you know...


FLORENCE

Tout s'explique.

La langue d'Oxford n'a aucun

rapport avec celle de Chicago.


SPENCER

Yeah.


M. BEAUCHAMP

C'est possible,

car en Angleterre,

on m'entend parfaitement.


VOIX D'UN INVITÉ

Alors, Claude?


M. BEAUCHAMP

J'arrive! J'arrive!


M. BEAUCHAMP s'éloigne.


FLORENCE

Soyez poli, s'il vous plaît!


SPENCER

Ah, pfff!


FLORENCE et SPENCER rejoignent M. BEAUCHAMP.


M. BEAUCHAMP

Des tyrans, chère amie!

Moi qui déteste le bridge.


FLORENCE

Je vais vous sauver.


INVITÉ 1

Oh, chère amie!


INVITÉ 2

Chère Florence.

Elle est merveilleusement belle.


INVITÉ 3

Comme toujours.


INVITÉ 1

Ah ça...


FLORENCE

N'est-ce pas?

Je vous amène un nouveau

quatrième: mon mari.

Spencer Borch,

M. Hubert Demoule,

M. Killy-Foucart,

le baron Erpin.

Bridge?


INVITÉ 2

Bravo!

Monsieur va leur montrer

comment on joue au bridge.


FLORENCE

(Propos en français et en anglais)

Bye bye. Be a good boy.

Bonsoir, Hélène.


HÉLÈNE

Bonsoir.


FLORENCE

Bonsoir, Jean.


MME BARVILLE

ALAIN)

Voilà Florence.


MME BARVILLE et FLORENCE se saluent de la main. FLORENCE salue une autre invitée.


FLORENCE

Bonsoir, Olivia.


MME BARVILLE

ALAIN)

Vous n'allez pas la saluer?


ALAIN

Tout à l'heure.

Je suis très bien ici.


MME BARVILLE

Elle est ravissante ce soir.

Très jolie robe.

Vous avez vu?


ALAIN

J'ai vu.


MME BARVILLE

Hum, elle vous regarde

avec des yeux...


ALAIN

Eh bien, je vais aller

la saluer. Il faut être poli.


ALAIN va à la rencontre de FLORENCE et lui baise la main.


FLORENCE

Bonsoir, mon petit Alain.


ALAIN

Très jolie robe.


FLORENCE

Vous aimez?


ALAIN

Beaucoup.

Vous me plaisez beaucoup.


FLORENCE

Attention,

Lucy Barville nous observe.


ALAIN

Vous croyez?

Si nous allions par là

nous asseoir un peu?


M. BEAUCHAMP rejoint les Barville.


M. BEAUCHAMP

Alors?


MME BARVILLE

Je suis un peu déçue,

vous savez.

Le musicien ne viendra pas?


M. BEAUCHAMP

Il manquerait plus que ça,

par exemple!


M. BARVILLE

Lucy tient

beaucoup à son petit concert.


M. BEAUCHAMP

Mais nous y tenons tous!


MME BARVILLE

Alain devrait

téléphoner peut-être.


M. BEAUCHAMP

Mais vous avez

tout à fait raison.


MME BARVILLE

Il est parti par là

avec Florence.


M. BEAUCHAMP

J'y vais. J'y vais.


M. BEAUCHAMP s'approche d'ALAIN et de FLORENCE.


M. BEAUCHAMP

Ah!

Ah! Ah! Ah! Ah!


FLORENCE

Oui, et votre fils est

charmant. Il a de qui tenir.


M. BEAUCHAMP

Ho ho ho! Merci,

Florence, merci.

ALAIN)

Il faut que tu téléphones.

Caroline ma nièce n'est pas

arrivée et son mari non plus.

Je ne comprends pas!

Je ne comprends vraiment pas.


FLORENCE

Oh, mais c'est affreux!

Et notre concert alors?


M. BEAUCHAMP

Justement!

ALAIN)

Non, téléphone.

Oui, et ne te gêne pas surtout.

Je rejoins Mme Barville.


ALAIN

Pardon, Florence.


ALAIN décroche le téléphone et compose un numéro.


Chez elle, CAROLINE entend le téléphone sonner, mais elle ne répond pas.


ALAIN

Tout va bien, ils sont partis.


ALAIN entend un bruit à l'autre bout de la ligne.


ALAIN

Tiens?


CAROLINE a décroché le téléphone.


CAROLINE

(Au téléphone)

Merde! Merde! Merde!

Merde!

Après ce que tu as fait,

je demande le divorce!


CAROLINE raccroche.


FLORENCE

Mais qu'est-ce qui se passe?


ALAIN

Vous ne pourriez pas

comprendre.


FLORENCE

Ah...


ALAIN

Figurez-vous, chère Florence,

qu'on me réclame.

C'est odieux, nous avions

tant de choses à nous dire.


FLORENCE

Vous aviez des choses

à me dire?


ALAIN

Et vous?


FLORENCE

Moi?

Je ne vois pas ce que

j'aurais eu à vous dire.


ALAIN

Tiens, au fond, moi non plus.

Nous nous sommes trompés

sans doute.


FLORENCE

C'est vous

qui vous êtes trompé.


ALAIN

Ce doit être moi, en effet.


ALAIN met son manteau, ouvre la porte et tombe sur ÉDOUARD.


ALAIN

Édouard,

qu'est-ce que tu faisais là?


ÉDOUARD

J'allais sonner.


ALAIN

Mais tu es

en retard, dis donc.


ÉDOUARD

Oui.


ALAIN

Comment "oui"? Mais oui, mon

vieux. Tout le monde t'attend.

Tu es seul? Où est Caroline?


ÉDOUARD

Euh, Caroline est malade.


ALAIN

Oh, pauvre Édouard.

Débarrasse-toi, mon vieux.


ÉDOUARD

Tu sors?


ALAIN

Oui, comme tu vois.


ALAIN s'en va. Une femme de chambre retire à ÉDOUARD son manteau.


ÉDOUARD

Merci, mademoiselle.


ÉDOUARD se dirige vers le téléphone, décroche le combiné et s'arrête en apercevant FLORENCE.


FLORENCE

Téléphonez, téléphonez,

je m'en vais.


ÉDOUARD

Je vous remercie,

madame, mais de toute façon,

c'était sans importance.


FLORENCE

Vous êtes Édouard,

n'est-ce pas?


ÉDOUARD

Oui, madame.


M. BEAUCHAMP arrive.


M. BEAUCHAMP

Tout de même!

Entrez, mon cher, entrez!

Je vous assure!

Où est "Carolaïne"?

Elle a eu le temps de se

coiffer chez elle, fichtre!

Quand on arrive

à cette heure-ci!

"Carolaïne"? "Carolaïne"?


M. BEAUCHAMP s'en va.


FLORENCE

Venez, je vais vous aider

à faire votre entrée.


FLORENCE prend ÉDOUARD par le bras.


MME BARVILLE

Oh, nous vous attendions

avec une impatience!


M. BARVILLE

Ça, vous pouvez le dire.


M. BEAUCHAMP rejoint ÉDOUARD.


M. BEAUCHAMP

Où est Caroline?


ÉDOUARD

Euh... Elle est malade.


M. BEAUCHAMP

Mais c'est impossible, voyons.


MME BARVILLE

Oh, comme c'est triste.


INVITÉ 1

Beauchamp!


MME BARVILLE

Et qu'est-ce qu'elle a?


INVITÉ 1

Comment on dit

"sans atout" en anglais?


M. BEAUCHAMP

(Propos en anglais)

Without...

Without...


INVITÉ 1

Oui, je sais, oui, "wizaout".

Mais c'est "atout" que

nous ne savons pas.


M. BEAUCHAMP

Oui... Ça, c'est ridicule,

je ne reviens pas sur le mot!


INVITÉ 3

C'est pas la peine

d'avoir été à Oxford.


M. BEAUCHAMP

Je vais chercher Mme Borch.


M. BEAUCHAMP s'adresse à SPENCER.


M. BEAUCHAMP

(Propos en anglais)

I'll ask your wife.


INVITÉ 1

Je crois que ça vaut mieux.


M. BEAUCHAMP

Chère Florence, on a le plus

grand besoin de vos lumières.


FLORENCE

Ah oui, où ça?


M. BEAUCHAMP

À la table de bridge.


FLORENCE

MME BARLEY)

Je m'excuse.


FLORENCE s'en va.


M. BEAUCHAMP

Édouard?


MME BARVILLE

Vous allez jouer?

Oh, quelle chance!

Non, vous allez d'abord

vous restaurer un peu.


ÉDOUARD

Non merci, madame,

mais je n'ai pas faim.


MME BARVILLE

Nous allons bouffer

tous les deux.

Non, tous les trois.

Venez, Hervé.

Oh, regardez. Il y a de gentils

petits toasts au caviar.


ÉDOUARD

Non merci.


MME BARVILLE

Oh. Euh...

Un petit pâté peut-être?


ÉDOUARD

Non merci vraiment, non.


MME BARVILLE

Non? Une tranche de saumon.

Du saumon fumé, c'est si bon.


ÉDOUARD

Non merci, je ne pourrais

vraiment pas avaler une bouchée,

vous savez, je...


MME BARVILLE

C'est parce que sa femme est

malade.

(À son mari)

Comme il est sensible.


M. BARVILLE

Alors un peu

de salade de fruits.


ÉDOUARD

Non. Vous êtes bien aimable.


M. BEAUCHAMP

Alors?


MME BARVILLE

Il ne veut rien manger.


M. BEAUCHAMP

Les artistes vivent d'amour et

d'eau claire, c'est bien connu.

N'est-ce pas, Édouard?


FLORENCE

Buvez ça, c'est très bon.

Croyez-moi.


ÉDOUARD boit d'une traite le verre que lui tend FLORENCE.


MME BARVILLE

Oh? Et nous alors?


M. BARVILLE

Laissons-le

puisqu'il ne veut rien.


ÉDOUARD

Je vais prendre

un petit sandwich.


MME BARVILLE

Ah!


M. BEAUCHAMP

Bravo, chère madame.


ÉDOUARD

Mais un peu

de salade de fruits alors.


FLORENCE

Décidément, c'est un succès.


MME BARVILLE

N'est-ce pas?


IGOR tend un verre à ÉDOUARD.


IGOR

Encore un diable noir,

monsieur?


ÉDOUARD

C'est ça, oui, un diable noir.


ÉDOUARD boit d'une traite le verre que lui tend IGOR.


Dans l'appartement, CAROLINE fait sa valise. Elle s'empare d'une partition sur le piano et elle écrit: «Nous nous sommes tout dit. ADIEU». On sonne à la porte. CAROLINE cache la valise sous le lit et va ouvrir.


ALAIN

Tu me laisses dehors?

Bonsoir quand même.


CAROLINE

Bonsoir.

T'es pas à la soirée?


ALAIN

Toi non plus à ce que je vois.

Quel heureux hasard.

Je suis là, princesse,

pour vous y mener.

Tu permets?

Comment trouves-tu mon petit

smoking? Ah, que je suis beau.


CAROLINE

Je m'excuse,

tout est en désordre.


ALAIN

Oui, en effet,

c'est en désordre.

Alors comment me trouves-tu?


CAROLINE

Très beau, comme d'habitude.


ALAIN

Tiens, moi qui me trouvais

spécialement superbe.


CAROLINE

Dis-moi qu'est-ce que

tu fais ici?


ALAIN

Je viens te chercher, non?


CAROLINE

Ah bien, c'est très gentil

de ta part, mais tu vois,

je ne suis pas prête.

Alors, ne gâche surtout pas

ta soirée pour moi. Laisse-moi.

Quand je serai prête,

je prendrai un taxi.


ALAIN

Je reste.


CAROLINE

Alain.


ALAIN

Oui?


CAROLINE

Je n'ai pas l'intention

d'aller à la soirée de ton père.


ALAIN

Pourquoi?


CAROLINE

Je vais te montrer

quelque chose.

Attends.


ALAIN

J'attends, j'attends.


CAROLINE va à la salle bain. ALAIN allume la radio et se promène dans l'appartement. Il trouve la note de CAROLINE sur le piano. Il se rassoit. CAROLINE sort de la salle de bain avec sa robe.


CAROLINE

Qu'est-ce que tu en penses?


ALAIN

Extraordinaire.

J'adore ce mouvement.


CAROLINE

Et ça ne te gêne pas

que ce soit plus long derrière?


ALAIN

Au contraire,

c'est ça qui fait tout le chic.

Mouvement plongeant.

Viens ici, je vais

te l'attacher.

Alors, on s'est disputée

avec son petit mari?


CAROLINE

Comment le sais-tu?


ALAIN

Oh, je sais

beaucoup de choses, moi.


CAROLINE

Qu'est-ce que tu sais?


ALAIN

Je sais tout.

Tu t'es disputée avec Édouard,

tu lui as annoncé

que tu voulais divorcer.

Tu lui as dit "merde".

Trois fois.

Je suis parfaitement

au courant, c'est moi qui

téléphonais tout à l'heure.

C'est pas ton mari, c'était moi.

Je sais aussi que tu t'apprêtes

à partir chez ta mère

et que tu as laissé

un mot à Édouard avec

une faute d'orthographe.

Hein? Qu'est-ce que tu en dis?


CAROLINE

Eh bien, puisque

tu sais tout, va-t'en.


ALAIN

Non, nous allons passer

la soirée tous les deux.


ALAIN embrasse CAROLINE sur son cou. CAROLINE se débat.


CAROLINE

Alain! Alain, je vais être

obligée de te mettre à la porte!


ALAIN

Qu'est-ce qui

t'en empêche maintenant?


CAROLINE

Alain!


CAROLINE se dégage.


CAROLINE

Partons si tu veux bien.


ALAIN

Et où ça?


CAROLINE

À la soirée.


ALAIN

Tu as peur de rester

seule avec moi?


CAROLINE

Tu viens?


CAROLINE sort de l'appartement. ALAIN la suit.


Chez les BEAUCHAMP, IGOR apporte un autre verre à ÉDOUARD.


FLORENCE

Vous devez

certainement faire des gammes

du matin au soir.


ÉDOUARD

Florence, il faut

que je vous demande,

c'est très, très important.


ÉDOUARD boit son verre d'une traite. FLORENCE fait signe à IGOR de ne plus servir ÉDOUARD.


IGOR

Madame votre femme dit non.


ÉDOUARD

Ma femme?


FLORENCE

Mais je ne suis pas sa femme.


IGOR

Excusez, madame. Madame

empêche monsieur de boire.

Alors j'ai cru madame

femme de monsieur.


IGOR donne un verre à ÉDOUARD.


FLORENCE rit.


ÉDOUARD

Non, Florence,

c'est très important.

Je peux vous appeler Florence?


FLORENCE

Si vous voulez.


ÉDOUARD

Parfait.

Moi, je m'appelle Édouard.


ÉDOUARD boit dans son verre. M. BEAUCHAMP arrive et enlève le verre des mains d'ÉDOUARD.


M. BEAUCHAMP

Vous permettez?

Quand vous voudrez, Édouard.

Vous devriez commencer à jouer

avant d'être complètement saoul.

N'est-ce pas?

C'est votre avis, je pense.

Je vais prévenir tout le monde.


M. BEAUCHAMP s'éloigne.


ÉDOUARD

Excusez cette interruption.

Florence, voilà,

je voudrais vous demander.

Aimez-vous votre mari?


FLORENCE

Parlez moins fort,

s'il vous plaît.


ÉDOUARD

Pardon.

Aimez-vous vraiment votre mari?


FLORENCE

Enfin, je ne peux pas vous

répondre comme ça tout de suite.


ÉDOUARD

Comment, vous n'aimez pas

votre mari?


FLORENCE

Mais si, naturellement.


ÉDOUARD

Ah bon, vous aimez M. Borch.


FLORENCE

Enfin...


ÉDOUARD

Vous l'aimez, vous l'adorez,

votre ménage est parfait.

Alors tout à coup, un jour,

comme ça, pour une bêtise,

il vous gifle.

Qu'est-ce que vous faites?


FLORENCE

Je divorce!


ÉDOUARD

Mais non!


FLORENCE

Mais si!


ÉDOUARD

Comment...


FLORENCE

Évidemment, voyons.

Maintenant, il faut aller jouer.


ÉDOUARD

Florence--


FLORENCE

Allez vous mettre au piano.

Tout le monde vous attend.


ÉDOUARD

Vous divorceriez vraiment?


FLORENCE

Chut...

Allez vous mettre au piano.


ÉDOUARD s'assoit au piano. MME BARVILLE s'approche de FLORENCE.


MME BARVILLE

Je... Je pensais que

peut-être, je pourrais

lui tourner les pages.


FLORENCE

Vous lisez la musique?


MME BARVILLE

Non.


FLORENCE

De toute façon,

il joue sans partition.


MME BARVILLE s'assoit sur un fauteuil.


M. BEAUCHAMP

Vous serez bien?


MME BARVILLE

Oh oui!


M. BEAUCHAMP

Installez-vous, Olivia!


ÉDOUARD

Non, non, non, non.

Moi, vous savez, je veux être

près. Je veux voir ses mains.


M. BEAUCHAMP se rend à la table de bridge.


M. BEAUCHAMP

Quand vous voudrez!


INVITÉ 1

Nous arrêtons.


INVITÉ 2

Prenez tout. Je crois

que ça vous suffit, hein?

(À M. BEAUCHAMP)

Et qu'est-ce qu'il va

nous jouer, ton bonhomme?


M. BEAUCHAMP

Oh, il a tout un répertoire.

Il joue des tas de choses.

Et d'ailleurs, quand il aura

joué deux, trois morceaux,

tu lui demanderas ce que

tu veux, il te le jouera.


INVITÉ 2

Je demande à voir.


FLORENCE

OLIVIA, à voix basse)

Va t'asseoir.


Les invités regardent ÉDOUARD en silence.


M. BARVILLE

Ahem.


ÉDOUARD commence à jouer un pièce de Chopin. Les invités écoutent avec intérêt.


MME BARVILLE

(À M. BARVILLE, à voix basse)

Préludes de Chopin.

C'est un Prélude de Chopin.


M. BARVILLE

(À voix basse)

C'est une étude.


MME BARVILLE

Ah...


L'horloge sonne douze longs coups dissonants. ÉDOUARD ne perd pas sa concentration. L'horloge finit par arrêter et ÉDOUARD poursuit son récital. MME BARVILLE verse une larme d'émotion. ÉDOUARD termine le morceau.


INVITÉE

Très agréable.


M. BARVILLE

Très joli.


Les invités applaudissent.


SPENCER

FLORENCE)

Excellent.


INVITÉ 2

(À M. Beauchamp)

Bien, bien.


M. BEAUCHAMP

Oh, tu n'as rien entendu.

Attends, hé hé! Attends!


ÉDOUARD se lève et se dirige vers M. BEAUCHAMP.


ÉDOUARD

Excusez-moi, mais il faut

que je m'en aille.

(Aux invités)

Excusez-moi.


M. BEAUCHAMP

Comment?

Mais qu'est-ce qui se passe,

mon cher? Vous êtes malade?


ÉDOUARD

Non.


M. BEAUCHAMP

(Aux invités)

Voilà, voilà!

Vous l'avez applaudi,

alors... il est affolé.

Ha ha ha, c'est tout!


Les invités rient.


ÉDOUARD

Je m'excuse, mais il faut

que je rentre chez moi.


M. BEAUCHAMP rit nerveusement.


M. BEAUCHAMP

Il est fou!


ÉDOUARD

Je peux vous parler

une minute en particulier?


M. BEAUCHAMP

Il n'en est pas question, voyons.

Vous êtes ici pour jouer.


ÉDOUARD

Il faut que je retourne

auprès de ma femme.


M. BEAUCHAMP

Ha ha ha! Allons, Édouard,

ne faites pas l'enfant!

Caroline est malade,

c'est entendu.

Vous êtes inquiet,

c'est tout à votre honneur.


ÉDOUARD

Non, monsieur.


M. BEAUCHAMP

Si, si, vous avez

d'excellents sentiments,

c'est parfait.

Mais si Caroline reste

seule une heure ou deux,

elle s'en portera

pas plus mal, croyez-moi.

Et d'ailleurs, il faut jamais

s'occuper des malades.

Les malades préfèrent être

seuls, c'est bien connu. Allez!

Allez, au piano.


MME BARVILLE

Je regrette, mais... mais moi,

je ne peux pas entendre ça.

(À M. BEAUCHAMP)

Claude, si vous étiez

une femme, je vous dirais

ma façon de penser.

Je comprends, Édouard,

je comprends tout à fait.


M. BEAUCHAMP

Vous êtes très gentille,

ma chère Lucy, mais tout va très

bien, je vous assure.

Édouard va nous jouer

un petit morceau et après,

il pourra s'en aller.


MME BARVILLE

Mais vous ne comprenez

donc rien! Tenez, je prends

tout le monde à témoin!

Ce charmant garçon

rempli de talent vous demande

la permission de se retirer.

Sa femme qu'il adore est

très malade et malgré ça,

il est venu jouer.

Mais maintenant, le coeur

lui manque. Il est inquiet,

malheureux. Quelque obscur

pressentiment peut-être.

Il veut retourner

au plus vite auprès d'elle.

Et maintenant,

je voudrais savoir.

Y a-t-il ici un être

assez inhumain, assez abject

qui veuille empêcher ce garçon

de retourner auprès de sa femme?

Non, n'est-ce pas?

Vous pouvez partir, Édouard.

Vous embrasserez Caroline

de ma part.

Je passerai prendre

des nouvelles dans deux

ou trois jours.

Allons! Allons, dites

au revoir à tout le monde.

Allons vite.

Allons, allons.


ÉDOUARD serre la mains des invités.


MME BARVILLE

Bonsoir. Dites au revoir

à madame.

Et à Mme Delmar.

À M. Valéry.

À Mme Roch.

Voilà. Euh...


M. BEAUCHAMP

(Aux invités)

Évidemment...

Évidemment, on ne peut pas

l'empêcher de partir.

Que voulez-vous?

On arrangera quelque chose

une autre fois!


INVITÉE

Bien sûr, bien sûr.


INVITÉ 1

Bonsoir, monsieur.


ÉDOUARD

Bonsoir.


FLORENCE

Bonsoir.


SPENCER

Votre femme a un bon docteur?


ÉDOUARD

Euh, je crois, oui.


SPENCER

Good.


MME BARVILLE

Je crois que nous avons dit

au revoir à tout le monde.

Ah non, il y a encore mon mari.

Hervé?


ÉDOUARD serre la main de M. BARVILLE.


MME BARVILLE

Il est charmant.


M. BARVILLE

J'espère avoir l'occasion

de vous entendre une autre fois.


CAROLINE et ALAIN arrivent dans le vestibule.


M. BEAUCHAMP

Édouard.


ÉDOUARD

(Apercevant CAROLINE)

Je suis bien content.


MME BARVILLE

Claude, je regrette,

mais je préfère m'en aller!


M. BEAUCHAMP

Comment?! Mais voyons,

chère amie!


ÉDOUARD

Je suis bien content.

(Approchant de CAROLINE)

Alors tu vas mieux?

Tu vas vraiment mieux?


ALAIN

J'ai été la chercher.

Ça ne t'ennuie pas, j'espère?


ALAIN va vers le salon et laisse CAROLINE et ÉDOUARD seuls dans la pièce attenante. ALAIN ferme les portes en sortant.



CAROLINE ne dit rien et se dirige vers le salon alors que MME BARVILLE entre avec son mari.


M. BARVILLE

Bonsoir, Caroline.


CAROLINE

Bonsoir, M. Barville.


M. BEAUCHAMP suit le couple BARVILLE et regarde CAROLINE d'un air accusateur.


CAROLINE

Bonsoir, mon oncle.


M. BEAUCHAMP

Reste là, j'arrive.


JULIEN rend leurs manteaux à M. et MME BARVILLE.


MME BARVILLE

Merci, Julien, merci,

vous êtes très gentil.


M. BARVILLE

Au revoir, mon cher.


M. BEAUCHAMP

Mais voyons, Lucy, voyons!


MME BARVILLE

Vous ne comprenez donc pas?

J'étais ridicule!

Mais non, mais non!

Pourquoi ne m'as-tu pas

empêchée de...


M. BEAUCHAMP

Mais voyons, Lucy!


M. BARVILLE

Ne disons rien, elle est

inconsolable.

Viens, mon poulet,

viens, mon petit poulet.


M. BEAUCHAMP revient vers le vestibule. CAROLINE semble inquiète.


M. BEAUCHAMP

(S'adressant à CAROLINE)

Bravo!


CAROLINE

Qu'est-ce qui s'est passé?


M. BEAUCHAMP

Oh, rien du tout!

Vous venez de me brouiller

avec une amie de 20 ans.

Ah, vous avez été très brillant,

vous. "Je suis bien content,

je suis bien content."

Vous vous rendez compte?


ÉDOUARD

Je regrette, quoi.


M. BEAUCHAMP

Oh bien, j'espère!

Quand on se permet de mentir,

on a la politesse de le faire

convenablement.

Ça n'est pas difficile,

tout de même! Enfin...

Si vous voulez bien me suivre...


M. BEAUCHAMP marche d'un pas décidé vers le salon.


CAROLINE

(Arrêtant M. BEAUCHAMP)

Mon oncle, je voudrais

dire un petit mot à Édouard.


ÉDOUARD

Excusez-nous, mon oncle.


M. BEAUCHAMP

Ne vos gênez pas, surtout,

ne vous gênez pas.


ÉDOUARD

Cinq minutes seulement,

après je me remets au piano.


M. BEAUCHAMP

Rien ne presse, maintenant.


M. BEAUCHAMP retourne au salon en prenant soin de bien fermer les portes derrière lui.


ÉDOUARD

Caroline--


CAROLINE

Non. C'est moi

qui vais parler.


CAROLINE va s'asseoir et regarde ÉDOUARD sérieusement. CAROLINE fait signe de s'asseoir à ÉDOUARD.


ÉDOUARD

Écoute, si je--


CAROLINE

Non, tais-toi.

Tu crois sans doute

que ce qui s'est passé entre

nous n'a aucune importance.


ÉDOUARD

Continue.


CAROLINE

Hein? Eh bien, pour moi,

ça en a tellement que...

en un mot...

Je veux divorcer.


IGOR entre dans la pièce en portant un seau à champagne sur un plateau.


IGOR

Le fils de la maison,

monsieur...


ÉDOUARD

M. Alain, peut-être?


IGOR

Oui, Alain. Ce monsieur

envoie le champagne

à madame et à monsieur

avec tous ses voeux de bonheur.


IGOR sert le champagne.


ÉDOUARD

C'est une charmante attention,

tu trouves pas?

Merci, mon vieux.


IGOR

Ça fait plaisir.


IGOR retourne au salon et ferme les portes en sortant.


ÉDOUARD

Bien, tu bois pas?


CAROLINE

Non, j'ai pas soif.


ÉDOUARD

Hum... Pauvre Caroline.

Faut pas te frapper, tu sais.


CAROLINE

Alors?


ÉDOUARD

Oh bien, j'ai compris. Je suis

lent, mais pas à ce point-là.


CAROLINE

Tu es sûr d'avoir bien compris?


ÉDOUARD

Hum-hum.


CAROLINE

Qu'est-ce que

t'as compris au juste?


ÉDOUARD

Ce que tu m'as dit,

rien de plus. Tu veux divorcer,

c'est bien ça, n'est-ce pas?


CAROLINE

Oui.


ÉDOUARD

Mais je suis entièrement

d'accord.


CAROLINE

Oh, c'est merveilleux.

Alors, tu es d'accord?


ÉDOUARD

Puisque je te le dis.


CAROLINE

J'en reviens pas.

J'avais tellement peur

que tu fasses des difficultés.


ÉDOUARD

Pourquoi? C'est tout naturel.

Je t'ai giflée, tu veux

divorcer. Tu me le dis,

j'accepte. Voilà.

Bon bien, je vais y aller, hein.

Mon public a assez attendu.

Tu viens?


CAROLINE

C'est drôle. Ma famille

m'a toujours dit

qu'on finirait par divorcer.


ÉDOUARD

Tiens. Eh bien, ma famille

à moi qui est pourtant beaucoup

moins chic que la tienne,

m'a toujours dit la même chose,

figure-toi.


ÉDOUARD se dirige vers les portes et s'arrête avant de traverser au salon. CAROLINE le rejoint et tous deux entrent rejoindre les invités.


[INVITÉE:] Tiens,

voilà Caroline!


MME DELMAR

En effet!


Un petit groupe accueille CAROLINE.


OLIVIA

Caroline!

Enfin!

Chérie, ta robe

est sensationnelle.


CAROLINE

Tu trouves?


OLIVIA

Une réussite.

Merveilleux, merveilleux!


INVITÉ 2

Je déteste les robes du soir

courtes, mais j'adore celle-là.


INVITÉ 1

Chère Caroline!


CAROLINE

Bonsoir!


INVITÉE

Chère amie,

vous êtes adorable.


CAROLINE

Oh, merci.


ALAIN, FLORENCE et SPENCER observe de plus loin.


FLORENCE

Pauvre Édouard.


ALAIN

Il est tout à fait délicieux,

vraiment très sympathique,

vous ne trouvez pas?

Tout à fait mignon.


SPENCER

(propos en anglais)

I don't like you, mister.


ALAIN

Je vous demande pardon?

J'ai pas très bien compris

ce qu'il a dit.


FLORENCE

Aucune importance.


ALAIN

Mais encore?


FLORENCE

Mon mari est persuadé que

vous êtes l'amant de Caroline.


ALAIN

Tiens, tiens.


FLORENCE

Ça vous fait rire?


ALAIN

Oui, votre mari est parfait.


SPENCER

Je trouve vous avez

beaucoup talent.


ALAIN

C'est très gentil, mais j'ai

vraiment pas joué grand-chose.


SPENCER

Je vois très vite.


ÉDOUARD

Tant mieux pour moi.


OLIVIA

Tu sais que ton mari

joue divinement.


CAROLINE

Je n'ai pas dit bonsoir

à Florence, vous permettez?


FLORENCE

Bonsoir.

Tout le monde a dû vous dire

que vous aviez une robe

sensationnelle.

Alors moi, je ne vous dis rien.


ALAIN

Oh, tu me plais,

Caroline. Tu me plais.


SPENCER

Votre femme est très jolie.


ÉDOUARD

Oui. La vôtre aussi.


SPENCER

(Riant)

Nous allons arroser

cette chose au bar.


ÉDOUARD

Absolument.


ÉDOUARD et SPENCER se dirigent vers le bar.


SPENCER

J'ai soif.


ÉDOUARD

Et moi aussi.


FLORENCE est assise sur le canapé. Près d'elle sont assis CAROLINE et ALAIN qui a passé son bras sur l'épaule de CAROLINE.


FLORENCE

Votre mari est épatant.

Il m'a conquise.

Je ne l'ai pas quitté

de la soirée.

Rassurez-vous, Caroline.

Édouard est incorruptible!

Il n'y a rien à faire!


ALAIN

Alors c'est un saint.

Édouard est un saint.

Je pense que Florence

a dû lui faire tous ses tours,

y compris l'oeil de biche,

un de ses plus gros succès.

Tiens, il faut absolument

que vous le fassiez à mon père!


FLORENCE

Oh, Alain, ne soyez pas idiot!


ALAIN fait signe à M. BEAUCHAMP de s'approcher.


M. BEAUCHAMP

Alors, on s'amuse

bien tous les trois?


ALAIN est maintenant debout.


ALAIN

Vous ne pouvez pas refuser.

Écoutez, papa, vous allez vous

prêtez à une petite expérience.


M. BEAUCHAMP

Très volontiers.


FLORENCE

Alain, c'est ridicule!

C'est une invention

diabolique! Il veut--


ALAIN

Ah non! Je vous défends

de le prévenir. Ce sera plus

drôle s'il ne s'y attend pas.


M. BEAUCHAMP

Vous me faites peur!

Qu'est-ce que je dois faire?


ALAIN

Mettez-vous là devant Florence

et vous allez la regarder

les yeux dans les yeux.

Levez-vous, Florence.


M. BEAUCHAMP

Non, non, non!

Je m'agenouille, c'est le jeu!


ALAIN

Bravo, voilà.


M. BEAUCHAMP

Et alors, qu'est-ce que je fais?


ALAIN

Rien, vous ne faites rien.

Regardez bien Florence

et attendez. Allez-y, Florence.


FLORENCE

C'est idiot!


ALAIN

Florence!


INVITÉ 2

Qu'est-ce qu'on fait ici?


OLIVIA

Nous pouvons jouer aussi?


Tous les invités se rassemblent autour du canapé où FLORENCE et CAROLINE sont toujours assises.


ALAIN

Non, non, non.

Que personne ne bouge.

Allez, Florence.

Chut, taisez-vous!


FLORENCE cesse de sourire et lance un regard enjôleur à M. BEAUCHAMP.


M. BEAUCHAMP

C'est très agréable tout ça.


Les convives éclatent de rire.


ALAIN

Chut!


M. BEAUCHAMP

Mais on ne m'a pas donné mon

rôle et je n'ose pas improviser.


M. BEAUCHAMP avance ses mains vers le corps de FLORENCE.


ALAIN

Non, pas ça, pas ça!

Alors, papa? Donnez-nous

vos impressions. C'est fini,

vous pouvez vous lever.


M. BEAUCHAMP

Déjà? L'expérience est faite?


ALAIN

Bien oui? Vous n'avez

rien éprouvé? Racontez!


M. BEAUCHAMP

Pas grand-chose, j'avoue.


LES INVITÉS

Oh!


ALAIN

Désastreux, Florence!

Désastreux!


FLORENCE

(Se levant vers M. BEAUCHAMP)

Mon cher, j'ai fait

tout ce que j'ai pu! Avouez!


M. BEAUCHAMP

Tout ce que je peux dire,

c'est que notre amie a

des yeux ravissants.


LES INVITÉS

Ah!


ALAIN

Bravo!


M. BEAUCHAMP

Ça me plaît, ça me plaît!

Je recommence!


INVITÉ 2

Ah non, pas toujours

les mêmes! À moi maintenant!

La même chose qu'à Beauchamp!


FLORENCE

Non, non, non, non!

J'en ai assez!


FLORENCE s'éloigne vers le fond la pièce, suivie de l'INVITÉ 2.


INVITÉ 2

Florence!


À la table de service, IGOR sert un verre à SPENCER et ÉDOUARD.


SPENCER

(Propos en anglais)

Here's help.

Well, tell me all about it.


ÉDOUARD

Pardon?


SPENCER

Racontez.


ÉDOUARD

Ah. Mais j'ai rien

à raconter, moi.


SPENCER

Oh oui, je sais exactement.

Votre jolie femme...

et cet imbécile?


ÉDOUARD

Alain?


SPENCER

Yeah.


ÉDOUARD

Non, mais dites donc,

qu'est-ce qui vous prend?


SPENCER

(Propos en anglais)

Now don't get excited.

Moi aussi je suis cocu.


ÉDOUARD

Vous peut-être, mais pas moi!

Enfin...


SPENCER

Moi, je suis!


ÉDOUARD

Ah oui, vraiment? Florence...


SPENCER

C'est égal.

J'ai une petite amie française.

Une simple midinette.


FLORENCE est toujours poursuivie par l'INVITÉ 2.


INVITÉ 2

Florence!


FLORENCE

Non, maintenant, c'est fini!

(S'accrochant au cou de SPENCER)

Houhou!

(S'adressant à ÉDOUARD)

Vous arrivez à

comprendre ce qu'il dit?


ÉDOUARD

Oui, je comprends assez bien.


FLORENCE

Parfait!


INVITÉ 2

Un rouge.


FLORENCE

Deux! C'est une très

bonne idée!


SPENCER

Édouard, je vais expliquer.


ÉDOUARD

Bien, je crois

que c'est très clair.


SPENCER

J'explique.

La midinette,

toute la journée, travaille.


ÉDOUARD

Oui.


SPENCER

Good. Pas cocu.

La femme riche,

toute la journée...

fait rien. Cocu.


FLORENCE

J'entends que mon mari

vous expose sa théorie favorite,

la midinette et la femme

du monde!

Il la raconte à tous les hommes.


ÉDOUARD

Mais c'est très intéressant.


FLORENCE

Ah? Il faudra que

vous m'expliquiez, Spencer.


SPENCER

(Propos en anglais)

Yeah.


INVITÉ 2

Quelle est cette théorie?


FLORENCE

Oh, je ne sais pas. Je n'ai

jamais fait très attention.

Vous voyez comme vous êtes?

Je viens de vous faire

un petit oeil de biche

et vous n'avez rien remarqué.


INVITÉ 2

Non?


FLORENCE

Si, un tout petit!

Ha ha! Mais je ne recommence

pas. Tant pis pour vous,

c'est trop tard.

Édouard, vous avez une femme

délicieuse. Je l'adore!


SPENCER

Florence aime

qu'on s'occupe d'elle.

Elle est alors très heureuse.


ÉDOUARD

Vous me plaisez bien,

M. Borch.


SPENCER

Moi aussi. Édouard?

Jouez, s'il vous plaît.


ÉDOUARD

Vous savez, je ne sais pas

si ça va amuser les gens.


SPENCER

Quoi? Vous êtes

un grand pianiste.

Jouez. Il faut.


ÉDOUARD

Ah?


SPENCER

J'ai des projets chez vous.


ÉDOUARD

Comment?


SPENCER

Hum-hum.

Allez jouer.


ÉDOUARD et SPENCER retournent vers le salon. SPENCER s'arrête près de M. BEAUCHAMP.


M. BEAUCHAMP

C'est tout à fait dommage

que vous ne soyez pas venue

l'été dernier.


OLIVIA

Oui, je l'ai regretté.


M. BEAUCHAMP

Nous avons eu là--


M. BEAUCHAMP s'interrompt en voyant SPENCER.


SPENCER

Édouard va jouer.


M. BEAUCHAMP

Ah? Édouard va jouer.


SPENCER

Chut! Chut!

Édouard va jouer.


FLORENCE

Oh good!


SPENCER

Chut, s'il vous plaît!

Chut. Édouard va jouer.

Chut!


FLORENCE

(S'adressant à l'INVITÉ 2 )

Allons là-bas.


INVITÉ 3

Alors on remet ça?


MME DELMAR

Il paraît, venez vous asseoir.


CAROLINE s'assoit sur le canapé et ALAIN la rejoint.


ALAIN

Je m'assieds près

de toi, tu permets?


SPENCER prend un siège près du piano. ÉDOUARD joue.


Pendant qu'ÉDOUARD joue, ALAIN en profite pour courtiser CAROLINE discrètement.


ÉDOUARD remarque le manège de ALAIN et s'arrête au milieu d'une pièce. ÉDOUARD se lève et quitte les lieux.


CAROLINE est stupéfaite et ALAIN lui jette un regard convenu.


SPENCER ne semble pas comprendre ce qui se passe.


INVITÉ 2

Mon cher Claude,

à mon tour maintenant!


L'INVITÉ 2 retire son jonc, se frotte les mains et s'apprête à jouer.


FLORENCE

Il joue?


M. BEAUCHAMP

Oui, il joue.


FLORENCE

Mais c'est merveilleux!


LES INVITÉS

(S'attroupant autour du piano)

Bravo! Bravo!

Quelle bonne idée!


Tous fredonnent La Raspa.


INVITÉ 2

Je n'irai pas jusqu'au bout.


LES INVITÉS

Oh!


INVITÉ 2

Je sens que je n'irai pas

jusqu'au bout!

C'est très intimidant,

vous savez.

Allez, je m'en vais

et je quitte cette maison.


LES INVITÉS

Oh non!

La Raspa! La Raspa! La Raspa!

La Raspa! La Raspa!


Certains invités chantent, d'autres dansent, pendant que l'INVITÉ 2 joue.


SPENCER ne comprend rien et sort du salon.


OLIVIA vient chercher ALAIN, toujours assis près de CAROLINE, pour danser.


OLIVIA

Je vous l'enlève.


ALAIN

Tu permets?


CAROLINE

Je t'en prie.


OLIVIA

Merci, Caroline.


M. BEAUCHAMP

(S'assoyant près de CAROLINE)

Tu es bien trompée,

ma pauvre Caroline.

Édouard est un raté. Il ne

fera jamais rien, tu verras.


FLORENCE approche du canapé.


FLORENCE

Allez, Claude, La Raspa!


M. BEAUCHAMP

Non, non...


FLORENCE

Allez, allez!


FLORENCE tire M. BEAUCHAMP vers elle pour danser la Raspa.


Les INVITÉS dansent et chantent.


L'INVITÉ 3 s'approche de CAROLINE qui ne s'amuse pas du tout.


INVITÉ 3

Vous permettez, madame?

J'espère que vous m'accorderez

la prochaine danse.

Malheureusement,

je connais mal

La Raspa.


De son côté SPENCER est de retour à la table de service.


SPENCER

(S'adressant à IGOR)

Whisky.


INVITÉ 3

Ça n'a pas l'air

si difficile que ça.

Nous pourrions

peut-être essayer.


CAROLINE peine à se contenir et se lève pour changer de pièce.


SPENCER observe la scène en fumant un cigare.


ÉDOUARD est chez lui et fait un peu de rangement. Il sort une valise de sous le lit. ÉDOUARD vérifie le contenu de la valise et la referme. Le téléphone sonne.


ÉDOUARD

Allô?


ALAIN et SPENCER sont près du téléphone, dans le vestibule.


ALAIN

Allô, Édouard?

Ne quitte pas,

je te passe M. Borch.


SPENCER

(Propos en anglais)

Thank you.


FLORENCE

(Approchant de SPENCER)

Quel est ce mystère?


SPENCER

Pas de mystère, je téléphone.

Laissez-moi, s'il vous plaît.


FLORENCE

Ouh...


ALAIN

Florence.


Aussitôt FLORENCE et ALAIN se mettent à danser et s'éloignent de SPENCER.


Pendant la conversation téléphonique, on passe de la soirée à la maison tranquille d'ÉDOUARD.


SPENCER

Allô, Édouard?

Comment ça va?


ÉDOUARD

Ça va, M. Borch, ça va.

Dites donc, je m'excuse

pour tout à l'heure.


SPENCER

J'ai toujours

confiance en vous.


ÉDOUARD

Vous êtes très gentil,

M. Borch.


SPENCER

Je vais organiser un concert.


ÉDOUARD

Non?


SPENCER

Un grand concert.

La salle Pleyel, peut-être.

Je vais y réfléchir.


SPENCER raccroche sans dire au revoir.


ÉDOUARD entend la serrure de la porte d'entrée. Il prend sa valise et la met au centre du salon, puis s'assoit avec une revue.


CAROLINE entre et voit la valise.


ÉDOUARD

C'est déjà fini la soirée?


CAROLINE

Non, mais j'en avais assez.

Bon, eh bien, je vais

me changer.


CAROLINE va vers la salle de bain et retire sa robe.


CAROLINE

Édouard?

Oh!


ÉDOUARD entre pendant que CAROLINE est à demi nue.


ÉDOUARD

Je m'excuse.


CAROLINE

J'arrive.


CAROLINE enfile un chemisier et ÉDOUARD va s'étendre sur le lit.


CAROLINE

Écoute, voilà ce que

je voulais te demander.


ÉDOUARD

Hum-hum?


CAROLINE

Tout à l'heure, j'avais

l'intention d'aller chez maman.

Maintenant, il est tellement

tard, que si j'arrive chez elle

à cette heure-ci, elle va

être complètement affolée.

Étant donné ce qui se passe, ça

ne va pas simplifier les choses.

Alors voilà, si ça ne

t'ennuie pas trop,

il vaudrait peut-être

mieux que je reste ici

et puis toi, tu t'en irais.


ÉDOUARD

Où ça?


CAROLINE

Chez tes parents.


ÉDOUARD

Ils dorment aussi,

mes parents, figure-toi.


CAROLINE

Évidemment...

Bon, bien alors, j'y vais.


ÉDOUARD

Mais non, reste ici,

t'inquiète pas.

Moi, je vais aller

passer la nuit à l'hôtel.


CAROLINE

Ça t'ennuie pas trop.


ÉDOUARD

Non, non, non.


CAROLINE

Écoute, je vais te faire

une autre proposition.

Ne t'occupe pas de moi.

Mets-toi au lit.

Maman se lève toujours

très tôt alors j'irai

chez elle vers 7h30.

Je vais lire un petit peu

en attendant.


CAROLINE défait les couvertures et s'assoit sur un fauteuil pour lire.


CAROLINE

Tu ne te couches pas?


ÉDOUARD

Non, j'ai pas sommeil.


ÉDOUARD soulève le couvercle du clavier de son piano et voit une note qu'il a écrite.


Texte narratif :
Nous nous sommes tout dit. Adieu.


ÉDOUARD prend la note et la dépose sur le piano.


ÉDOUARD

J'ai pas sommeil.


ÉDOUARD joue du piano.


CAROLINE

Ne te crois pas obligé de

rester habillé à cause de moi.

Tu peux te mettre à ton aise.


ÉDOUARD

Merci, c'est pas la peine.


CAROLINE

(Regardant sa montre)

Moi, c'est ce que

je vais faire.


CAROLINE va dans la penderie et sort un déshabillé élégant, puis se rend à la salle de bain.


CAROLINE revient au salon et se rassoit.


CAROLINE

Ne crois surtout pas

que j'ai mis ce déshabillé

pour te séduire.


ÉDOUARD

Il te va très bien.

Je regrette que tu ne l'aies pas

mis plus souvent.

J'en ai profité deux ou

trois fois pendant notre voyage

de noces et puis c'est tout.


CAROLINE

Je ne savais pas que tu aimais

le genre vaporeux.


ÉDOUARD se lève pour aller verrouiller la porte. Puis, ÉDOUARD s'approche de CAROLINE.


CAROLINE

Qu'est-ce qui te prend?


ÉDOUARD

Rien, je voulais

te faire peur.


CAROLINE

Très drôle.

Pourquoi as-tu fermé le verrou?


ÉDOUARD

Pour les voleurs.

Tu sais bien que nous le

fermons tous les soirs.


CAROLINE

Ah.


ÉDOUARD

Tu croyais peut-être

que je voulais te violer?


CAROLINE

Mais pas du tout.

J'ai jamais cru ça.


ÉDOUARD

Eh bien tu as tort.

J'ai très envie de toi.


CAROLINE

Tu dis?


ÉDOUARD

Je dis que

j'ai très envie de toi.


CAROLINE

(Se levant d'un trait)

Il en est pas question!


ÉDOUARD

Écoute, je voudrais qu'on

reste sur une bonne impression.

Alors quittons-nous

bons camarades.


CAROLINE

Édouard! Ah non!


ÉDOUARD et CAROLINE sont de part et d'autre du piano. S'en suit un jeu de chat et de souris.


CAROLINE

Édouard, reste où tu es!

Attention, je vais crier!

Je compte jusqu'à trois!

Un! Deux! Tr...

Trois.


ÉDOUARD

Qu'est-ce que t'attends

pour crier?


CAROLINE

Bien, je ne crie pas

puisque tu ne bouges plus.


ÉDOUARD profite de cet instant pour saisir CAROLINE par le bras.


CAROLINE

Édouard! Lâche-moi!

Lâche-moi! Je te prie

de me lâcher! Édouard!


ÉDOUARD soulève CAROLINE et la porte jusqu'au lit.


CAROLINE

Édouard, je hurle!

Je vais hurler!


Le téléphone sonne et CAROLINE en profite pour hurler.


ÉDOUARD

Allô?


Toujours chez M. BEAUCHAMP, SPENCER parle au téléphone avec ÉDOUARD.


SPENCER

Allô, Édouard.

J'espère que vous ne dormez pas.


De son côté, ÉDOUARD essaie de calmer CAROLINE.


ÉDOUARD

(Au téléphone)

Une seconde.


CAROLINE

Oh, lâche-moi! Je t'ordonne

de me lâcher. Brute!


SPENCER

Allô?


CAROLINE

(Criant moins fort)

Aah!


ÉDOUARD

(Au téléphone)

Ne quittez pas, cher monsieur!


CAROLINE

Qui est-ce?


ÉDOUARD

J'écoute?


SPENCER

(Au téléphone chez M. BEAUCHAMP.)

Je voulais seulement dire:

venez demain midi à mon office.

Rue de Berri numéro 4.

Je réglerai toutes questions.

(Propos en anglais)

Good night, kid.


EDOUARD raccroche en souriant.


CAROLINE

Mais enfin, qu'est-ce

qu'il voulait?

Qu'est-ce qui se passe?


ÉDOUARD

Je te raconterai

ça tout à l'heure.


ÉDOUARD et CAROLINE se sourient et sont de nouveau amoureux. Ils s'enlacent et s'embrassent.


FIN


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