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Life of Riley

George´s days are numbered. During rehearsals for an amateur play, three women are seduced by the dying man. Their spouses are not all that happy about it…



Réalisateur: Alain Resnais
Acteurs: Sabine Azéma, André Dussolier, Hippolyte Girardot, Sandrine Kiberlain
Production year: 2013

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VIDEO TRANSCRIPT

Début générique d'ouverture


[Aimer, boire et chanter]Puis u

Texte informatif :
D'après la pièce de Alan Aychkbourn « Life of Riley »


Fin générique d'ouverture


On avance tranquillement sur une route de campagne.


Une carte de la Grande-Bretagne apparaît et grossit pour que le détail s'arrête sur la région du Yorkshire, plus précisément sur les villes de York, Harrogate et Leeds.


Texte narratif :
C'est le printemps. Un jour de mai...


Un panneau routier annonce : Leeds A65 et Harrogate A59.


Un autre panneau annonce : B6160 Burnsall B6265 Skipton.


Un nouveau panneau annonce en anglais : « Welcome to Skipton Historic market town Gateway to the Dales »


Puis un autre panneau annonce en anglais : « City of York Council Welcome to the city of York »


On avance dans la ville de York en passant par plusieurs rues.


Un quartier de York apparaît sous la forme de dessin.


Dans un jardin qui semble artificiel, un homme apparaît assis à la table du jardin.


Une femme sort de ce qui semblait être une palissade. La femme s'assoit près de l'homme sur l'autre chaise du jardin.


KATHRYN

Ah!


COLIN

Ah.


KATHRYN

(Se raclant la gorge)

Voilà.


COLIN

"Je ne peux pas dire que je

sois fou de cette marmelade."


KATHRYN

"Non. Moi non plus."


COLIN

"Tu n'avais

qu'à ne pas l'acheter."


KATHRYN

"Comment savoir?

Je ne suis pas dans le bocal."


COLIN

"Hum."


KATHRYN

"Il n'avait pas--"


COLIN

"J'aimerais mieux m'en

passer que de bouffer ça."


KATHRYN

Attends, mais attends!


COLIN

Quoi?


KATHRYN

J'ai pas fini.


COLIN

Ah, bon?


KATHRYN

Mais non, j'ai

encore du texte.


COLIN

Tu es sûre?


KATHRYN

(Ouvrant un carnet)

Regarde.

Hum...

Je dis:

"Ils n'avaient pas celle

qu'on prend d'habitude."


COLIN

Hum.


KATHRYN

Et alors, toi, tu dis:

"J'aimerais mieux m'en passer

que de bouffer ça."


COLIN

Ah, j'ai cru

que tu l'avais dit.


KATHRYN

Quoi donc?


COLIN

"Ils n'avaient pas

celle qu'on prend d'habitude."

J'ai cru que tu l'avais déjà dit.


KATHRYN

Mais non. Tu m'as pas laissé

le temps de le dire.


COLIN

Ah, bon.


KATHRYN

Mais non.

Tu as enchaîné tout de suite

avec "J'aimerais mieux

m'en passer que de bouffer ça."

Avant même que je dise

"Ils n'avaient pas celle

qu'on prend d'habitude."

Alors, forcément,

ça voulait plus rien dire.

(Soupirant)

Ce serait possible que tu

écoutes ce qu'on dit parfois?

Colin! Tu écoutes pas!

Tu écoutes jamais!

Si?


COLIN

Mais j'écoutais.


KATHRYN

C'est comme dans la vie,

tu écoutes jamais rien.


COLIN

Enfin, tu ne disais rien.

J'ai cru que tu avais fini.


KATHRYN

Je marquais un temps.

C'est dans la brochure.

J'ai laissé un petit temps.


KATHRYN se lève pour montrer la brochure.


COLIN

Oui et comment

je suis censé savoir? Hein?


KATHRYN

Eh bien, tu n'as

qu'à suivre dans la brochure!


COLIN

Oh!


KATHRYN

Tiens. Là.


COLIN

Oh, tu laisses des temps partout.

Comment je suis censé

le savoir? Hein?

Quand tu parles plus,

moi, j'enchaîne.

Il y a deux personnages

dans cette scène.

Si tu t'arrêtes, c'est à moi.


KATHRYN se rassoit en lançant la brochure sur la table.


KATHRYN

D'abord, je ne sais vraiment

pas pourquoi tu as accepté de

jouer cette pièce. Franchement!


COLIN

Ha! Moi non plus.


KATHRYN

Non, mais c'est vrai, euh...

Tu prends pas sérieusement,

tu sautes une réplique sur deux,

tu coupes les répliques

des autres.

Pff! Je vois vraiment pas

pourquoi Peggy Parker

t'a choisi.

Alors, ça, ça me dépasse!


Un téléphone sonne.


KATHRYN

Hum...


COLIN

Sauvée par le gong.


KATHRYN

Oh! C'est pas vrai ce téléphone!


COLIN

(Sortant par le décor de palissade)

J'y vais. J'y vais.


KATHRYN

Depuis la minute

où je suis rentrée,

il a pas arrêté de sonner.

On part dans une minute!

Peggy Parker a horreur qu'on

soit en retard à la répétition.


Sur une route de campagne, on avance lentement.


Une maison de campagne apparaît sous la forme d'un dessin.


Cette fois une femme entre dans un décor de forêt. Le reste du décor fait croire à un jardin à la campagne avec des fleurs, un potager et du bois de chauffage cordé.


La femme s'accroupit près du bois de chauffage et sort une cigarette.


SIMÉON

(Voix au loin)

Monica?

Monica?

Tu fais quoi? Monica?


Une voiture s'avance sur le sentier qui mène à un manoir.


Le manoir apparaît sous la forme d'un dessin.


Dans un décor qui prétend être le jardin d'une résidence cossue, une femme marche dans une allée en récitant à voix basse.


La fermeture d'une portière de voiture annonce l'arrivée d'un homme qui entre par ce qui semble être un mur de pierre. L'homme porte une valise.


JACK

Oh, tu es là?


TAMARA

Bonsoir.


JACK

Tu faisais quoi?


TAMARA

Je rangeais la salle de jeu.


JACK

Ah, oui. C'est vrai.

Tes répétitions, ça avance?


TAMARA

On n'a pas commencé.

J'attends les autres.


JACK

(Embrassant TAMARA)

Bonsoir.


TAMARA

Ton voyage, ça a été?


JACK

Comme d'hab.

Conférence, tu sais. Emmerdant.


TAMARA

Ah...


JACK

Bref, tu vois le genre.


TAMARA

Ça fait loin

pour aller s'emmerder.


JACK

Tilly n'est pas là, si?


TAMARA

Ta fille est encore à une fête

avec un de ses copains.


JACK

Quoi? Mais c'est la deuxième

cette semaine, non?


TAMARA

Troisième.


JACK

Bon. Je vais défaire mon sac.


TAMARA

Si tu as du linge sale,

mets-le là. Je...

Je le prendrai avec le reste.


JACK

Ah, merci.


JACK ouvre sa valise et dort du linge qu'il laisse sur un banc.


TAMARA

L'hôtel, ça allait?


JACK

Quoi?


TAMARA

Ton hôtel. Ça allait, oui?


JACK

Sommaire. Une chaîne.

Tu sais, genre placard

à balai sympa avec bouilloire.

Paquet de biscottes

d'il y a deux ans,

petit lit rikiki à une place.


TAMARA

Tu aurais pu au moins

te prendre une chambre

avec un grand lit.


JACK

Un grand lit? Pour quoi faire?

(Riant)

Au fait, je pensais à ça en

rentrant. Tilly, elle a bien un

méga anniversaire bientôt, non?


TAMARA

En septembre.

On a le temps. Mi-septembre.


JACK

Il faut qu'on lui organise

une tête à tout casser.

Marquer le coup.


TAMARA

Tu avais déjà dit ça

pour ses 13 ans.

Des anniversaires à tout

casser, tu comptes lui

en organiser combien?


JACK

Reconnais. Ça se fête, 16 ans!

Majorité sexuelle, quand même.


TAMARA

Hum... Sur la question, elle a

pris de l'avance à mon avis.


JACK

Je sais pas de quoi tu parles.

C'est pas ce qu'elle m'a dit.


TAMARA

Évidemment.


JACK

Bon, je vais me changer.


JACK reprend son sac et quitte le jardin par un autre panneau aux allures de mur.


TAMARA prend une chemise et la renifle.


TAMARA

Salopard.


On retourne au décor champêtre où MONICA est toujours près du bois de chauffage cordé.


SIMÉON

(Approchant de MONICA)

Ça va?

J'ai comme l'impression que

tu étais sortie en fumer une.

Allons, Monica.

(Enroulant les épaules de MONICA)

Allez. Vieux frère.


MONICA

Je suis venue vivre

avec toi ici trop vite.

On aurait dû attendre.


SIMÉON

J'aurais pas pu attendre.


MONICA

Tu es gentil.

Je suis une emmerdeuse, non?


SIMÉON

Tu es sûre que ça va, oui?


MONICA

Oui, oui.


MONICA sort du décor.


SIMÉON

Putain!

Quelle merde de putain de merde!


On revient au décor citadin, dans un jardin de ville. KATHRYN est assise à la place que COLIN occupait. COLIN rentre par la palissade.


Une pendule sonne l'heure


KATHRYN

(Prenant une gorgée à même une flasque)

C'était qui?


COLIN

Rien. Le boulot.


KATHRYN

Bien, dis donc. Ça

n'en finissait pas!

Quelle heure il est?


COLIN

Euh...


KATHRYN

Non. Parce que la pendule de

l'entrée, il y a un quart

d'heure, a sonné 6h

et juste à l'instant, l'horloge

de la salle à manger a sonné 5h.


COLIN

Ouf... Je sais pas.

Elles sont de nouveau décalées.


KATHRYN

Eh bien, il faudrait que

tu les arranges, elles

me rendent folle!


COLIN

Je m'en occupe dès que...


KATHRYN

D'ailleurs, laquelle

est à l'heure?


COLIN

Aucune des deux. Je--


KATHRYN

Mais il est quelle heure à la fin?


COLIN

6h43.


KATHRYN

Hein?


COLIN

Ah, bien. Ça y est. On va être

en retard. On est en retard. Oh!

(Expire en prenant son cahier)

Ça va?


COLIN, lui est assis à la table et ne bronche pas.


COLIN

Oui.


KATHRYN

Oh.


KATHRYN se dirige vers la fausse palissade pour sortir.


COLIN

C'était un collègue

spécialiste à Manchester. Voilà.


KATHRYN

(Rebroussant chemin)

Ah.


COLIN

Il n'avait pas de très

bonnes nouvelles. C'est tout.


KATHRYN

Manchester?


COLIN

Oui.

Oh, il est connu. Hinchwood.

Jeremy Hinchwood.


KATHRYN

Hinchwood? On le connaît?


COLIN

Non. Je ne crois pas.

Cancérologue. Une sommité.

Je lui avais adressé un de mes

patients il y a huit jours.

Il vient de me communiquer

le diagnostic.

Pas très bon.


KATHRYN

Ah, d'accord.


COLIN

Comme tu dis.


KATHRYN

(Retournant vers la palissade)

C'est la vie.


COLIN

Enfin, en l'occurrence,

il n'en aurait plus que

pour un ou deux mois de vie.


KATHRYN

Un mois?


COLIN

Six tout au plus.


KATHRYN

(Rebroussant chemin)

C'est horrible!

Il est au courant, ton patient?


COLIN

Pff! Hinchwood dit

qu'il lui a écrit.

Il l'a appelé ce matin

pour lui expliquer la situation,

les ramifications possibles.

Mais moi, je suis là pour...

ramasser les morceaux.


KATHRYN

Oh!

Oh! Mais quelle horreur!

Six mois!

Ça laisse le temps de rien.

Si on m'annonçait ça, le choc!

J'en mourrais.


COLIN

Enfin, lui n'en mourra pas.

C'est pas le genre.

Quand ça... Quand ça arrivera,

ça devrait aller vite.

En attendant, il a quelques mois

pénards devant lui.


KATHRYN

(Se rassoyant près de COLIN)

C'est qui? Je le connais?


COLIN

(Saisissant la brochure de KATHRYN)

Oh, Kathryn!


KATHRYN

Non, mais je sais pas.

Qu'est-ce qu'il fait? Son

métier. Dis-moi au moins ça.


COLIN

Mais enfin! Pour l'amour

du ciel! Je ne vais pas

répondre à un interrogatoire.

Enfin, ce que tu es pipelette!

Je ne peux rien dire.

Je n'ai pas le droit.

Je suis son médecin traitant.

Il y a le secret professionnel.


KATHRYN

Tu peux quand même le dire

à ta propre femme, quand même?


COLIN

Non. Même pas à ma propre

femme et surtout si cette

femme, c'est toi. Hein?

Tu vas le crier

sur tous les toits.


KATHRYN

À quoi bon être mariée

à un docteur

si on n'a pas l'information

avant tout le monde, s'il

fait des cachotteries?

Veux-tu me dire à quoi ça rime

d'être mariée avec toi?


COLIN

Oh, bien, ça, c'est encore

un autre débat, hein.

Mais qu'est-ce que cela fait,

le métier qu'il a?


KATHRYN

Eh bien... Si... il

est chauffeur de bus,

tiens, par exemple,

ça pourrait être très dangereux.


COLIN

Hum hum?


KATHRYN

(Faisant le geste de s'effondrer sur un volant)

S'il meurt subitement

au volant, avec un bus

plein d'enfants des écoles.


COLIN

Ah, oui. Et que ce bus

se renverse dans un lac gelé.


KATHRYN

Parfaitement.


COLIN

Hum hum.

Eh bien, ce genre

d'incident est prévu

par les assurances de la société

de bus. Je suppose.


KATHRYN

Et le chauffeur est couvert,

tu veux dire?


COLIN

Hum.

Noyé et couvert.

(Riant)

Je me demande si c'est pareil

pour les instituteurs.


KATHRYN

Les instituteurs?

C'est un instit, donc!


COLIN

Peut-être. Non!


KATHRYN est contente de son coup. COLIN se lève et presse KATHRYN.


COLIN

Non. Bon, il faut

vraiment qu'on y aille.

C'est presque moins huit. On va

avoir une demi-heure de retard.

Peggy va péter un câble.

Je sors la voiture.

Oh non, Kathryn!

Kathryn, je te connais par coeur.

Tu vas tout faire

pour me tirer les verres du

nez, mais tu ne sauras rien!

Hein? Et je compte sur toi pour

ne parler de ça à personne.

Tu m'entends? Personne.


KATHRYN

Ça, quoi?


COLIN

Bien, George. Pas un

mot à personne. Promis?

Je t'attends devant.


COLIN sort par la fausse palissade.


KATHRYN

George. Instituteur? George Riley.

Oh, mon Dieu, pas George!

Pas George Riley!

Pitié!


KATHRYN au bord des larmes fouille son sac et prend son téléphone.


JACK

(Voix au téléphone)

Allô?


KATHRYN

Jack? C'est Kathryn.

Oh! J'ai une nouvelle horrible.

Je me suis dit que tu devais

le savoir avant tout le monde.

Vous êtes si proches.

C'est George.


JACK

(Voix au téléphone)

George?


KATHRYN

Oui. George Riley.


COLIN

(Voix au loin)

Kathryn?


KATHRYN sursaute en entendant COLIN l'appeler.


KATHRYN

J'arrive! Une seconde!

Oh! Colin...

a laissé échappé ça

au détour d'une phrase.

Tu sais comme il est incapable

de garder un secret.

Voilà. Bien, il vient

de me le dire.

Tu me promets de le dire à

personne, hein?

(En sortant par la fausse palissade.)

Tu me le jures? Promis?


On retourne au décor du jardin de manoir anglais.


JACK et TAMARA sortent par le faux mur de pierre.


TAMARA

Tu es vraiment sûr?

Six mois?


JACK

C'est ce qu'elle vient de me

dire. D'après Colin.


TAMARA

Mais ils peuvent

se tromper, non?


JACK

Je sais pas.

J'en sais rien. Peut-être.

(S'assoyant sur un banc)

George! Pas George!


TAMARA

Je suis désolée pour toi.

(Entourant les épaules de JACK, par derrière)

Proches comme vous êtes.


JACK

Mon meilleur ami.

Mon ami de toujours.

Putain! Ça te coupe l'air,

un truc pareil.

Ça te sèche d'un coup! Wô!


TAMARA

Peut-être ils se sont trompés.

Des erreurs de diagnostic, il

y en a plein les journaux.


JACK

Oui, oui.


TAMARA

Je te serre un verre?

Tu veux un scotch?


JACK

Oui.


TAMARA

Je te sers un scotch.

Reste là.


TAMARA s'apprête à se lever quand le carillon de la porte d'entrée sonne.


TAMARA

Peut-être que c'est eux.

J'y vais. Bouge pas.


TAMARA embrasse JACK et se dirige vers le faux mur.


JACK

Il faut que j'appelle George.

C'est clair.

Tu crois qu'il est au courant?


TAMARA

Je sais pas.

Fais attention

à ce que tu lui dis.

Ça serait horrible qu'il

l'apprenne par toi, non?


JACK prend son téléphone.


JACK

Ça sonne.


Une nouvelle maison apparaît dans un décor champêtre, toujours sous la forme de dessin.


Puis on revient au manoir anglais.


TAMARA

(Voix au loin)

Oui, oui. Il est là,

dehors. Il téléphone.


TAMARA revient au jardin par le mur, suivie de COLIN et KATHRYN.


JACK

(Tenant toujours son téléphone)

Chez lui, ça répond pas.


JACK accueille ses invités.


COLIN

Salut, Jack.

Content de te voir.

Ça va?


JACK

Excuse-moi une

minute, vieux. Désolé.


KATHRYN

Bonjour, Jack.


KATHRYN s'avance vers JACK qui s'éloigne en retournant vers le décor au fond du jardin.


JACK

Je vais essayer

son portable au cas

où il serait en vadrouille.


KATHRYN retire son manteau et s'assoit sur le banc pentagonal.


KATHRYN

Pauvre Jack.

Ça doit le toucher. Surtout lui.


TAMARA

Quelle nouvelle horrible, non?

Ça lui a mis un coup.


COLIN

Quelle nouvelle?


TAMARA

À propos de George.


COLIN

George?


KATHRYN

George Riley, chéri.


TAMARA

Bien, oui. Son cancer.


COLIN

Son cancer?


TAMARA

Oui. Il est à l'article,

apparemment. Il lui

reste six mois.


COLIN

C'est pas vrai?


TAMARA

Tu n'étais pas au courant?

Je croyais que tu savais.


KATHRYN

Bien sûr que si,

il est au courant.


COLIN enlève aussi son manteau.


COLIN

(En colère)

Bien sûr que je suis

au courant!

Je croyais être

le seul dans ce cas!

Toi, tu l'as appris comment?


TAMARA

C'est Jack qui me l'a dit.


COLIN

Et il le tenait de qui?


TAMARA

Bien, de Kathryn.

Kathryn le lui a dit.


COLIN

Et comment tu

as fait pour savoir

que c'était George Riley?


KATHRYN

C'était pas bien malin.


COLIN s'éloigne en soupirant et s'assoit près d'une table de jardin.


COLIN

Bonjour le secret

professionnel, hein!


TAMARA

Et George,

il est au courant, lui?


COLIN

Oui! Le spécialiste

lui a écrit il y a deux jours,

l'a appelé ce matin...


KATHRYN

Mais pourquoi est-ce que

George n'en a parlé à personne?


TAMARA

Probablement parce

qu'il ne veut pas vous

affoler. Vous le connaissez.

Jack essaie de le joindre.

Il ne répond pas.

Oh, c'est... C'est horrible.

En plus, il habite tout seul

dans ce petit cottage et...


KATHRYN

Depuis que cette affreuse

bonne femme l'a plaqué.


COLIN

Quelle affreuse bonne femme?


KATHRYN

Sa femme, chéri.

La femme de George.

Comment elle s'appelait déjà?


TAMARA

Monica.


COLIN

Monica! C'est ça.

Il faut la prévenir elle aussi.


KATHRYN

Bien, pourquoi?


Un grincement de barrière annonce le retour de JACK dans le jardin de manoir anglais.


TAMARA

Alors?


JACK

Il répond pas non

plus sur son portable.

J'ai laissé un message.

Je me disais que peut-être,

on devrait y passer, non?


TAMARA

Tu crois?


JACK

Ça a dû le ficher par terre.

Il va avoir besoin de nous.

Il faut resserrer

les rangs autour de lui.


KATHRYN

Oh! À sa place, je redouterais

de nous voir débarquer

tous en choeur.


TAMARA

C'est évident.

Il préfère rester seul.

Tu lui as laissé un message.

Tu peux rien faire de plus.

Il appellera s'il a besoin de nous.


COLIN

Moi, je vous conseille

de le laisser tranquille.

Laissez-le digérer tout ça.

Absorber. Contempler au calme.


KATHRYN

George? Ha! J'arrive pas

à l'imaginer calme.

Alors, contemplatif.


TAMARA

Il y avait le répondeur

quand tu as appelé sur son fixe?


JACK

Non. Ça sonnait dans le vide.


TAMARA

Tu vois bien.

Il est chez lui.

Il veut pas répondre.


JACK

Oui sauf s'il est tombé par

terre inanimé parce qu'il

a pris des trucs.


KATHRYN

Oh! Jack! Franchement!


TAMARA

Je suis sûre qu'il va bien.

George ne ferait jamais

une chose pareille.


JACK

(Pleurnichant)

Pourquoi George?

(S'assoyant sur le banc pentagonal)

Pourquoi faut-il

que ça tombe sur lui?

C'est toujours les gens

qui pètent de vie

qui partent les premiers.

Alors qu'il y a tellement de

gens incolores et inodores

qui vivent éternellement.


KATHRYN et TAMARA rejoignent JACK.


TAMARA

Oh! Je t'avais promis

un scotch.

Non, chéri?

Vous voulez quelque chose.

Je sais que ce

n'est pas très conseillé

avant une répétition, mais bon.

Euh... Un thé, un café?


KATHRYN

Non. Un scotch, bonne idée!

C'est bien quand on a un choc.

Ils le disent.


COLIN

Pas du tout.

C'est une idée fausse.


TAMARA

Ah, bon? J'ai toujours cru--


COLIN

Un grand verre d'eau te fera

autant de bien sinon plus.


KATHRYN

Oui. Bien, tu expliqueras ça

aux saint-bernards.


TAMARA

Oh, je... j'apporte le scotch.


JACK

(Se levant)

Non, j'y vais. Te dérange pas.


TAMARA

Tu es sûr?


JACK

Je vais essayer de le rappeler.


TAMARA

Il est effondré.

Ils sont tellement amis,

il faut dire.


JACK

(Voix au loin)

Putain!


TAMARA

Et Peggy et sa bande,

elles sont où?

Elles, d'habitude si ponctuelles.


JACK

(Voix au loin)

Pourquoi George?

Pourquoi?


TAMARA

Je... Euh...

J'ai beaucoup hésité

à accepter ce rôle en fait.

C'est vraiment parce

que Peggy ne trouvait personne.


JACK pleure au loin.


KATHRYN

Tu es parfaite.

Tu vas être une Ginny

magnifique.


TAMARA

Oui. Enfin, elle est censée

avoir 20 ans, non?


KATHRYN

Tu as vu ça où?


TAMARA

Elle est censée avoir dans

les 27 ans ou dans le genre.


KATHRYN

Non, mais c'est écrit où?

Écoute. J'ai déjà joué

la pièce trois fois

et je peux te dire

que tu es la Ginny idéale.

La meilleure,

mais de très, très loin.

Crois-moi.

(Propos en anglais)

Casting parfait.

Tu as l'air jeune,

tu es vive

avec juste un soupçon de

"je connais la vie" dans le

regard, "j'ai traîné ma bosse".


TAMARA

Tu es gentille.


KATHRYN

Non. Tu vois ce que je veux dire?

C'est ça le personnage.

Sous l'innocence, l'idée qu'elle

a quelques heures

de vol, quoi.


COLIN s'assoit sur un des côtés du banc pentagonal.


TAMARA

N'en jetez plus!


COLIN

Oui. Elle est quand même

censée flirter sérieusement

avec moi, je veux dire,

dans la pièce.


KATHRYN

(Ricanant)

Oui, ça, à mon avis.

C'est n'importe quoi.


TAMARA

Tu es méchante, Kathryn.

Pourquoi on n'aurait pas un

flirt sérieux Colin et moi?


KATHRYN

Un flirt sérieux,

c'est un oxymore, non?


JACK revient au jardin, tenant un plateau de service.


TAMARA le rejoint et prend le plateau.


JACK

Excusez-moi.


TAMARA

Alors, chéri, tu

as réussi à le joindre?


JACK

Non. Il répond toujours pas.


TAMARA

Je le fais.


Les deux couples s'assoient près de la table de service.


TAMARA

Kathryn?


KATHRYN

Merci. Juste

une petite goutte.

Là. Oh! Encore un peu.

Stop.


TAMARA

Colin?


COLIN

Non, merci. Je boirai

dans celui de Kathryn.


KATHRYN

Pas question!


COLIN

Merci.


TAMARA

Chéri?


Finalement TAMARA se verse un verre et se rassoit.


TAMARA

(Se relevant pour trinquer)

Bon, bien, à...


KATHRYN

Oui. À...


Tous se rassoient


JACK

Écoutez. J'ai pas mal réfléchi

à tout ça ces dernières heures.

On est tous des amis de George.

Bon, surtout moi, évidemment.

Je suis un peu à part.

Son meilleur ami.

Son plus vieil ami.

(Sanglotant)

J'adore ce mec.

Avec plus ou moins d'intensité,

on a tous ça avec lui.

L'affection.

Je connais George depuis

qu'on allait ensemble à l'école.

Cette même école, bien sûr,

où maintenant il enseigne.

On était tous les deux fils

uniques.

(Sanglotant)

Avec les mêmes rêves,

les mêmes idéaux de départ.

Des frères.

Jusqu'à ce que George

choisisse un chemin

et moi, un autre.

Lui, il est resté ici.

Il a épousé une collègue.

Il a épousé Monica.

Alors que moi, je...

J'ai rencontré Tamara

et grillé du fric.

On a eu Tilly.

On est revenus ici.

Mais George, lui, il est resté

fidèle à notre ancien rêve,

à nos idéaux.

Alors que moi, bien, j'ai...

(Avec une voix chevrotante)

J'ai pactisé.

Mais lui, il ne m'a jamais fait

la moindre critique, m'a

jamais reproché de...

d'avoir vendu mon âme.

(Soupirant)

Et voilà venu le temps

où il va avoir besoin de

la moindre parcelle d'amour

que nous serons

capables de lui donner.

Il me semble que tous ici,

chacun à notre manière,

on lui doit bien ça au fond.


KATHRYN

Bien parlé.


TAMARA

100% d'accord.


COLIN

Absolument.


JACK

(Se levant pour trinquer)

À George.


ENSEMBLE

(Se levant aussi)

À George.


Les deux couples boivent à GEORGE.


JACK

(Sortant en pleurant)

Excusez-moi.

Désolé.


KATHRYN

Mais où est-ce

qu'il s'en va maintenant?


Un téléphone sonne


TAMARA

Ah, peut-être c'est lui.


JACK reste au fond de la cour et continue de sangloter. COLIN et KATHRYN se servent un autre verre.


COLIN

En tout cas, tout ça,

ça le fout en l'air, Jack.


KATHRYN

Il connaît George depuis

toujours. Tu as entendu

ce qu'il a dit.


COLIN

À ce compte-là, toi aussi,

tu le connais depuis longtemps.


KATHRYN

Pas autant que Jack.


JACK

(Revenant vers ses amis)

Excusez-moi.

C'est plus fort que moi. Désolé.


KATHRYN

Oh, ne t'en fais pas.

C'est naturel.

(Embrassant Jack avant de se rasseoir)

Le chagrin est une réaction

tout à fait normale

chez la plupart des gens.


TAMARA

C'était Peggy.

Jeff était chez elle à

l'instant et il veut quitter

le spectacle apparemment.


KATHRYN

Sympa de nous

annoncer ça maintenant.


COLIN

Ah, oui, franchement, c'est...


KATHRYN

Le premier jour

des répétitions en plus.

Timing parfait.


TAMARA

Peggy essaie de le

convaincre, mais...


KATHRYN

Non. On se passera

de lui, c'est tout.


TAMARA

Oui, enfin, bon.

Il était jeune, hein.

Bref, Peggy lui

cherche un remplaçant.

En attendant, elle dit

que puisqu'on n'est plus

que trois pour jouer un quatuor,

c'est plus la peine

de se voir ce soir.


KATHRYN

Enfin, on connaît qui?

Il doit bien en exister

des jeunes.


TAMARA

Forcément.

(S'adressant à COLIN)

Toi, dans tes patients,

tu n'as personne de jeune?


COLIN

Je crains qu'ils soient

tous plus vieux que moi.


JACK

Et George?


TAMARA ET KATHRYN

Quoi?


JACK

Oui, George.

Il pourrait pas le faire?

Bon, c'est vrai,

j'ai pas lu la pièce,

mais si vous n'avez personne.


KATHRYN

Il est plus tout jeune, non?


TAMARA

Attends!

Tu as vu l'âge qu'on a nous?


KATHRYN

Oui, peut-être.

C'est pas con en fait.


JACK

Enfin, il sait jouer

la comédie? Vous pensez

qu'il peut faire l'acteur?


KATHRYN

Dans les spectacles de Peggy,

c'est pas indispensable.

Ça peut aider, mais bon.


JACK

Il était pas mal

dans le spectacle

de fin d'année de l'école.

Tu te souviens, on l'avait vu.

Tilly avait un petit rôle.


TAMARA

Quoi? « My Fair Lady »?


JACK

En tout cas,

il chantait juste.


KATHRYN

Là, il aura pas

besoin de chanter.


JACK

Raison de plus.


KATHRYN

Bien, c'est peut-être

une solution.


TAMARA

Oui. Il a sûrement

autre chose à penser.

Il ne va pas vouloir se lan--


JACK

Et pourquoi pas?

Ça lui fera un but, une

diversion, de s'investir

là-dedans avec ses amis.


KATHRYN

(S'adressant à COLIN)

Il lui donne

six mois, c'est ça?


COLIN

Plus ou moins.


KATHRYN

Bon, le spectacle

est en septembre.

Il sera là pour la première,

c'est sûr.


TAMARA

On peut lui poser la question.

Qu'est-ce qu'on risque?


COLIN

Il faut demander

son feu vert à Peggy.


KATHRYN

George est un chouïa

grisonnant pour le rôle.

Mais s'il accepte de se teindre?


JACK

À mon avis, c'est pile

ce qu'il nous faut.


KATHRYN

Tu en penses quoi, toi, Tamara?

C'est à toi de le dire.

Il a beaucoup de scènes avec toi.

(Propos en anglais)

Il joue ton boyfriend

après tout. Hum?


TAMARA

Voyons d'abord

ce qu'il en pense, lui. Non?


On retourne au cottage illustré, celui de George. Dans le décor de jardin de George, toujours pas âme qui vive.


On quitte la campagne par la route d'où on est arrivé.


Texte narratif :
Le printemps est passé. C'est l'été. Un jour de juillet...


COLIN et KATHRYN sont attablé dans le décor de jardin de ville et répète le texte de la pièce. COLIN lit un journal tandis que KATHRYN s'applique du vernis à ongle.


COLIN

"Je ne peux pas dire que

je sois fou de cette marmelade."


KATHRYN

"Non. Moi non plus."


COLIN

"Tu n'avais

qu'à ne pas l'acheter."


KATHRYN

"Comment savoir?

Je ne suis pas dans le bocal."


COLIN

"Hum..."


KATHRYN

(Soupirant)

"Ils n'avaient pas

celle qu'on prend d'habitude."


COLIN

"J'aimerais mieux m'en passer

que de bouffer ça."


KATHRYN

"Oui. Tu dis ça, mais..."


COLIN

"Si tu veux mon

avis, tu n'avais qu'à

acheter de la confiture."


KATHRYN

"Tu dis n'importe quoi."


COLIN

"Pas du tout.

"Je le pense."


KATHRYN

(Décrochant de son personnage)

Oh! Colin, je t'en supplie,

arrête.


COLIN

Quoi?


KATHRYN

Tu fais du bruit avec ton

journal à chaque syllabe

que je prononce.


Tu le froisses.

Crac! Crac! Crac!


COLIN

Enfin, je fais

ce que je suis censé faire.


KATHRYN

(Soupirant)

Ce bruit de journal

froissé, ça me rend folle.


Une horloge sonne l'heure au loin.


COLIN prend la brochure contenant le texte et les indications de scène et en fait la lecture à KATHRYN.


COLIN

Voilà. C'est écrit là. Hum?

(Lisant)

"Ils lisent tous les deux

les journaux du dimanche."


KATHRYN

Et tu peux pas le faire

délicatement?

Ça couvre toutes mes répliques.

Ça me bouffe mes effets.


COLIN soupire d'exaspération.


KATHRYN

Comment veux-tu

tenir un effet comique

avec le boucan que tu fais?


COLIN

J'essayais juste

de combler les temps morts.


KATHRYN

Quels temps morts?


COLIN

Tous ces temps morts

que tu laisses quand on

ne dit rien ni l'un ni l'autre.


KATHRYN

C'est pas des temps morts!


COLIN

Ah?


KATHRYN

C'est des temps habités.

Des temps pour les rires.


COLIN

Ah, oui?


KATHRYN

Pour laisser venir

les rires au cas où.

Parce qu'il y aura des rires.

Du moins, on l'espère.


COLIN

Ah...


KATHRYN

Hum.


COLIN

C'est une chance d'avoir

George avec nous,

tu trouves pas?


KATHRYN

Si. C'est pas faux.


COLIN

J'ai vu un bout de sa scène

avec Tamara hier soir.


KATHRYN

Hum.


COLIN

Elle va être très bien,

elle aussi. Très bien.


KATHRYN

Hum.


COLIN

Elle était à fond.

Et lui aussi d'ailleurs.


KATHRYN

Ouais. Ils sont beaucoup

trop vieux pour leurs

rôles, mais bon.


COLIN

Hum.


Le téléphone sonne et KATHRYN se lève et sort par la palissade en geignant.


Une seconde horloge sonne l'heure.


COLIN

Ah, c'est de pire en pire.


Une voiture roule sur un chemin de campagne.


On se retrouve dans le jardin champêtre chez MONICA et SIMÉON.


JACK parle au téléphone en arrivant dans la par le fond du jardin.


JACK

Encore? Non, c'est pas vrai.

Oui, ma chérie,

qu'est-ce qu'il y a? Oui.

Non, c'est pas possible, mon

amour, parce que j'ai...

J'ai trop de...

Oui, voilà.

Je sais.

Je sais que c'est pas top.

Écoute. Il faut que j'y aille, là.

Je suis en pleine réunion.

Oui. Oui. Moi aussi, je t'aime.

Oui, oui. Je t'embrasse.


MONICA arrive par le faux mur. [MONICA

Excuse-moi. Tu étais là?


JACK

Tu vas bien?


MONICA

Oui, bien. Enfin, ça va.


JACK

Du boulot?


MONICA

Ah, oui. à l'école, débordée.

De plus en plus de paperasse

administrative.

Presque plus le temps

d'enseigner.


JACK

Et la vie au champ, alors?


MONICA

Formidable.


JACK

Vous êtes vraiment

hors de tout, ici.

C'est calme.


MONICA

Reposant.


JACK

Heureuse?


MONICA

Très. C'est à propos

de George, j'imagine.


JACK

Il t'a appelée?


MONICA

Non.


JACK

Ah. Il a dit qu'il allait

t'appeler?


MONICA

Non. Comment il va?


JACK

Les choses étant ce qu'elles

sont... Bon, on n'en est

qu'au début.


MONICA

Oui.


JACK

Avec les médicaments

qu'ils lui donnent,

physiquement, il est plutôt

en forme. En tout cas,

il souffre pas.


MONICA

Tant mieux.


JACK

Non, c'est psychologiquement

que ça va pas.

J'ose pas imaginer

ce qui se passe dans sa tête.


MONICA

Non, mais ça, avec lui, ça a

jamais été tellement

possible. Si?


JACK

Comment ça?


MONICA

Même quand ça allait bien,

savoir ce qui se passait

dans sa tête,

au bout de 11 ans,

j'ai arrêté d'essayer.

J'ai essayé de l'appeler,

en fait. Sans succès.

Non. C'est pas tout à fait vrai.

Chaque fois, j'ai raccroché.

Dès que j'entendais

le répondeur.

Je savais pas quoi lui dire.

Du tout.

Un message pour dire quoi?

"George, c'est moi,

ton ex-femme.

"J'appelle juste

pour te dire que je suis

désolée de cette nouvelle

"et que tout

ce que j'ai pu te dire

"quand je t'ai quitté,

je le pensais pas."

Oh, mais je me suis dit:

Non, c'est pas possible!

Ce serait mentir.

C'est hypocrite.

Parce que je pensais toutes les

choses que je lui ai balancées.

Chacune d'elles.

Rien à retrancher.


JACK

Il est tout seul, Monica.


MONICA

Non.



JACK

Il a plus personne

depuis que tu es partie.


MONICA

Je lui ai laissé

plusieurs chances.


JACK

Tous ses amis,

on essaie de serrer les

rangs du mieux qu'on peut.



MONICA

Dieu sait que je suis restée

avec lui autant qu'il était

humainement possible, Jack.


JACK

Il a besoin de toi, Monica.

George a besoin

que tu reviennes.


MONICA

Il a dit ça?


JACK

Oui.


MONICA

Il veut que je revienne

ou c'est toi qui dis ça,

qui parles à sa place?


JACK

Il a dit une chose

équivalente. Peut-être, il a

pas employé exactement ces mots,

mais je connais George.

Je sais que dans son coeur,

il veut que tu reviennes.

Dans son coeur--


MONICA

Oui. Alors, ça, c'est

encore un autre mystère, non?

Le coeur de George!

Une énigme que j'ai jamais

pu déchiffrer. Pire que sa tête.


JACK

Si... Si c'est lui qui faisait le

premier pas, tu l'envisagerais?


MONICA

Non.


JACK

S'il te suppliait,

s'il te demandait pardon?


MONICA

J'ai une nouvelle vie, ici,

Jack. C'est trop tard.


JACK

À peine deux, trois mois.

Les petits mois qu'il lui reste.


MONICA

J'ai trouvé un autre homme

qui a vraiment besoin de moi.

Et Dieu merci, pour la première

fois, un homme dans lequel, je

peux lire, un livre ouvert.


JACK

Mais tu pourrais prendre congé

de lui juste pendant

un mois, non?


MONICA

Comment ça

prendre congé de lui?


JACK

Ce type, il peut quand même

comprendre que tu as besoin

de mettre la touche "pause"

pendant un petit moment.


MONICA

Enfin, de quoi tu parles?

Tu es comme George.

Vous êtes aussi barrés

l'un que l'autre.

"Mettre la touche 'pause'"?

Mais c'est pas un lecteur DVD!

Play, pause, écran arrêté,

avance rapide de merde,

marche arrière!

Mais c'est pas

la vraie vie, ça.

C'est le piège où je tombais

à chaque fois avec George.

Chaque fois qu'on s'engueulait

et c'était devenu tout le temps,

dix minutes plus tard,

il revenait dans la pièce,

tout penaud, avec sa tête penchée

d'un côté et cette expression

de petit garçon, tu sais,

qu'il a.

Et il me disait: "Excuse-moi,

vieille branche, on oublie

tout et on recommence."

Alors, on rembobinait

la dernière heure

et on réenregistrait dessus

comme s'il s'était rien passé.

Tu sais quoi? C'est à cause

de ça que rien n'a jamais

changé entre nous,

qu'on n'a jamais rien appris,

qu'on n'y faisait plus

jamais allusion comme si

ça n'avait jamais eu lieu.

Maintenant, il y a

quelqu'un dans ma vie

qui simplement m'aime.

Non. Plutôt,

qui m'aime simplement.

Qui m'aime beaucoup.

Je crois. J'espère.

Qui a jamais dit une chose

blessante de toute sa vie.

Qui est gentil, doux, délicat

et qui veut me rendre heureuse

et pour qui j'éprouve

la même chose.


JACK

George, je le laisserai pas tomber

à aucun prix. C'est mon ami.

Je veux qu'il ait

une fin de vie heureuse

J'abandonnerai pas, Monica.

Je reviendrai.


MONICA

Fais comme tu veux, Jack.

Bonne chance.


SIMÉON entre dans le jardin par le faux mur.


JACK

Salut.


SIMÉON

Salut.


JACK

Bon, je vais y aller.

Content de t'avoir vue,

Monica.

On se reparle.


MONICA

Peut-être.


JACK

Heureux de vous avoir

rencontré, même brièvement.


SIMÉON

Oui.


MONICA

Tout va bien. T'en fais pas.

Tout va bien.


MONICA et SIMÉON sortent du jardin par le faux mur. Au loin, on entend la portière et une voiture qui démarre.


La voiture roule sur la route qui mène au manoir anglais.


KATHRYN et TAMARA entre par un faux mur dans le jardin anglais.


KATHRYN

Mais c'est pas vrai!

Quoi? Vous en êtes toujours

pas à mon entrée?


TAMARA

Pas tout à fait.


KATHRYN

On aurait pu me prévenir

quand même.

(Soupirant)

Ça ressemble pas à Peggy, hein.

Avec elle, les répétitions,

c'est réglé comme du

papier à musique.

C'est même sa qualité principale

comme metteur en scène.


TAMARA

Je t'ai expliqué que ça

n'était pas tout de

la faute de Peggy.

George est encore arrivé

40 minutes en retard.


KATHRYN fait les cent pas dans le jardin.


KATHRYN

Non, mais j'ai quitté

le cabinet comme une folle

pour être ici à temps

et c'est pas commode.

C'est la période de l'année où

ça se bouscule parce que tout

le monde part en vacances.

Alors, ils prennent leur

rendez-vous à la dernière minute

parce que la moitié

de leurs plombages a sauté.


TAMARA

Thé ou citronnade?


KATHRYN

Oh! Citronnade.


TAMARA

Oui.


KATHRYN

Voilà. Juste une goutte.


TAMARA

Je t'accompagne.


TAMARA sort par le

faux mur pendant que

KATHRYN s'approche

de la table de service.]


KATHRYN

Oui. En attendant

que ça soit moi.


KATHRYN se remet à faire les cent pas.


KATHRYN

Enfin, quand même!

C'est pas sorcier de

passer un coup de fil!


TAMARA

(Voix au loin)

C'est vrai.


KATHRYN

(Parlant fort)

C'est pas son boulot

à cette assistante

de merde?

Comment elle s'appelle déjà?

Anthéa ou quelque chose?


COLIN

(Sortant la tête du mur)

Kathryn!


KATHRYN

Ah!


COLIN

Peggy te demande

de baisser d'un ton.

On essaie de répéter ici.


KATHRYN

Ah. Ça va être à moi, bientôt?


COLIN

Mais non, pas encore.

Parle moins fort. On travaille.


COLIN disparaît. KATHRYN s'approche et entrouvre le panneau du faux mur.


KATHRYN

Dis-leur d'activer un peu.

Sinon, je rentre chez moi.

J'ai pas que ça à faire, moi.


TAMARA

(Revenant en portant un pot de limonade.)

Et voilà.

J'espère qu'elle n'est pas

trop froide. Elle était

dans le frigo.


KATHRYN

Oh! Ça a l'air délicieux.


TAMARA

Hum... Oh, attends.

J'apporte des petites

serviettes.


KATHRYN

Ah.


KATHRYN sort une flasque et verse de l'alcool dans son verre.


KATHRYN

Oh, ça a l'air merveilleux.

Euh... Tu me donneras

la recette.


TAMARA

Oh, c'est rien que des citrons.

Des citrons et de l'eau.


KATHRYN

Oh.


TAMARA et KATHRYN s'assoient en buvant leur limonade.


KATHRYN

Hum! Merveilleux.


TAMARA

Hum.


KATHRYN

(Se levant pour trinquer)

À la tienne.


TAMARA se lève aussi


KATHRYN

À notre pièce.


TAMARA

Hum.


KATHRYN

C'est pas très bon signe que

George soit encore arrivé

en retard à la répète.


TAMARA

Ah.


KATHRYN

George a toujours été

comme ça. Toujours en

retard pour tout.


KATHRYN

Je ne me souviens pas.

Sûrement.


TAMARA

Non, mais vous vous

connaissez depuis

des années. Non?

Presque aussi longtemps

que Jack.


KATHRYN

Des années.


TAMARA

George est peut-être

beaucoup de choses,

mais ce n'est sûrement pas

un maniaque de l'exactitude.


KATHRYN

Ah! ça, c'est sûr.

(Riant)

Moi qui vis avec un maniaque

des horloges. Colin.

Il passe son temps à remettre

les horloges à l'heure.

C'est quasi anal

comme obsession.


TAMARA

Vu qu'il est médecin,

ça va avec son métier.

Les rendez-vous et tout--


KATHRYN

Colin?

Il a une horloge dans le cul.

Quand on est au lit,

j'entends tic-tac.

C'est un homme à retardement.

C'est une bombe.


TAMARA

Tu en as de la chance.


KATHRYN

Ah, non! Je voulais pas

dire une bombe dans ce sens-là.

Sexuellement, c'est plutôt

le calme plat depuis longtemps.

Comme ils disent

dans les westerns,

ça fait longtemps que les

caravanes ne passent

plus par ici.


TAMARA

Oh?


KATHRYN

Hum hum.

(Chuchotant)

Dieu merci! Avec Jack,

toi, tu as pas ce problème-là.

Au moins, hein?


TAMARA

Non.


KATHRYN

Ah!


TAMARA

Enfin, pas celui-là.


COLIN vient chercher les femmes pour la répétition.


COLIN

Ça y est.


KATHRYN

Oh.


COLIN

On en est juste à l'entrée

de Sheila.



KATHRYN

♪ Oh! Alléluia ♪


TAMARA

Bravo!

On est dans les temps alors?


COLIN

Apparemment, on n'aurait

pas plus que 17 minutes de

retard sur le planning du jour.


KATHRYN

(À voix basse)

Tic-tac, tic-tac, tic-tac!


COLIN

George s'en tire

comme un chef. Il sait

pratiquement tout son texte.


KATHRYN

Toi aussi, j'espère.


COLIN

Plus ou moins. En gros.


KATHRYN

En gros!


KATHRYN et COLIN repartent par le faux mur.


TAMARA s'étend sur une couverture pour lire.


JACK arrive.


JACK

Hello.


TAMARA

Hello.


JACK

Je pensais te trouver

en répétitions.


TAMARA

Non, c'est pas encore à moi.


JACK

Et George? Il s'en sort?


TAMARA

Il va être très bien.

Beaucoup mieux que moi,

en tout cas.


JACK

Tu vas être géniale. Tu dis

toujours ça puis tu es géniale.

(S'agenouillant près de TAMARA)

Tu fais quoi?

TAMARA

Je revois le

texte de ma scène.


JACK

Oh, pardon. Je te dérange?

Tu veux que je t'aide

à le revoir? Ton texte?


TAMARA

Non, non. Ça va.


JACK

Tu es sûre?

Mais ça ne me dérange pas.

C'est avec plaisir. Non?

Je me disais, on aurait pu

installer, tu sais, une tente,

un petit chapiteau,

pour l'anniversaire de Tilly.


TAMARA

Elle veut un chapiteau?


JACK

Mais non! Un petit... Enfin,

je lui ai même pas demandé.


TAMARA

Pourquoi tu lui demandes pas

si elle veut un chapiteau?


JACK

Ce serait plus une surprise.


TAMARA

(Se levant)

Elle a pas besoin

de chapiteau.


JACK

Où tu vas?


TAMARA

Il faut que

je revoie mon texte.


JACK

Je t'ai dit

que je voulais bien t'aider.


TAMARA

Non, non. Ça ira.


JACK

Mais si. Allez!

Comme on faisait avant

quand tu étais actrice.

C'est moi qui t'aidais

à apprendre ton texte,

tu te souviens à l'époque?

En général, je le savais mieux

que le type qui jouait avec

toi, d'ailleurs.

Je venais toujours

à ta première.

Je m'asseyais au premier

rang, je lisais les répliques en

même temps que lui à voix basse.

Mieux que lui la plupart

du temps.


TAMARA

Pas toujours

à voix basse d'ailleurs.

Bon, d'accord. Tiens.

En haut de la page,

là. Tu lis le texte

de George, tu fais Greg.


JACK

En haut de la page?


TAMARA

En haut de la page, oui.

(Lisant le texte)

"Tu sais quoi? Je me disais:

"Ce serait pas une mauvaise idée

qu'on se marie.

Bientôt."


TAMARA

"C'est une demande

en mariage, alors?"


JACK

"Oui.

"Ça y ressemble, non?

On peut voir ça comme ça."

(Décrochant)

Alors, qu'est-ce que je te

disais? Je suis aussi

bien que George.

Vrai ou faux?


TAMARA

Faux! Tu n'es pas

aussi bien que George.

(Reprenant le rôle)

"C'est une demande

en mariage, alors?"


JACK

(Reprenant Tamara)

Non, c'est: "C'est une

demande, oui ou non?"


TAMARA

Oh, flûte!

(Récitant son texte)

Euh... "C'est une demande,

oui ou non?"


JACK

"Oui. C'en est une."


TAMARA

"Je sais pas quoi dire.

Je... je t'aime beaucoup.

Plus que je n'ai jamais aimé

personne, je crois."

(Embrassant JACK)

Là, ils sont censés s'embrasser.

"Et probablement--"


JACK

S'embrasser?


TAMARA

Juste un petit bisou.


JACK

C'est pas marqué

dans la brochure.


TAMARA

Non, non. On l'a rajouté.

(Reprenant son texte)

"Et probablement,

j'accepterai un jour,

mais pas pour le moment."


JACK

"Je vois."


TAMARA

"Qui tu as connu à part moi?

Combien d'autres filles?"


JACK

"Eh bien..."


TAMARA

"Connues vraiment.

Tu sais ce que je veux dire."


JACK

"Eh bien, je...

...À vrai dire."

(S'adressant à TAMARA)

Et là, elle dit:

"Je suis la première?" C'est ça?


TAMARA

Je sais.

Je sais ce qu'elle dit.


JACK

Tu es la première

et la seule. Tu sais bien,

Tamara, la première.

Pour toujours. La seule.


TAMARA

Oui.


COLIN

(Cherchant TAMARA)

Tamara! Tamara!

Ça va être à toi, bientôt.


TAMARA

J'arrive. OK.


Le téléphone de JACK sonne. JACK regarde l'afficheur avant de répondre.


JACK

Oh, non. C'est pas le moment.


On avance lentement dans la campagne.


MONICA et SIMÉON sortent dans le jardin champêtre.


SIMÉON

C'était qui?


MONICA

Quoi?


SIMÉON

À l'instant, au téléphone.

Rien de grave?


MONICA

Non.


SIMÉON

Le gars de l'autre jour

avec la grosse voiture?

Il voulait quoi encore?


MONICA

Rien!


SIMÉON

Comment ça, rien?

Si c'est rien, pourquoi

ça te met dans un état pareil?


MONICA

Mais quoi? Mais pas du tout.

C'est juste...


SIMÉON

Quoi?

C'est quoi?


MONICA

Mais c'est rien!

Rien, je te dis. Rien!


MONICA retourne vers le faux mur et SIMÉON reste seul dans le jardin. Il donne un coup de pied sur un vieux tronc et s'exclamant.


On avance sur une route pavée. Un illustration d'un cottage apparaît.


Dans le jardin du cottage, KATHRYN s'avance vers le faux mur se glisse dans une fente puis recule pour revenir dans le jardin.


TAMARA sort par le faux mur.


TAMARA

Oh! Tu es là?


KATHRYN

Ah bien, qu'est-ce

que tu fais là?


TAMARA

Euh... J'ai.. j'ai promis

à George de... de venir chercher

son linge sale et de la mettre

dans la famille chez nous.

La sienne est en panne.


KATHRYN

Ça m'étonnait que la porte

d'entrée soit pas fermée à clé.


TAMARA

J'étais en haut.

Et toi, tu es là pourquoi?


KATHRYN

Je suis passée à l'improviste

au cas où...

Enfin, je dois l'aider

à apprendre son texte.


TAMARA

Ah... Il n'est pas là.


KATHRYN

Hum.


TAMARA

Cette maison

est une porcherie.

À croire que personne

n'est venu faire le ménage

depuis que Monica est partie.


KATHRYN avance dans les hautes herbes qui poussent dans le jardin abandonné.


KATHRYN

Oh.


TAMARA

Tu m'as suivie, alors?


KATHRYN

Pardon?


TAMARA

Là, tout de suite,

tu m'as suivie, non?


KATHRYN

(Rigole)

Tu plaisantes?

Pourquoi voudrais-tu

que je te suive?

(Riant)

Mais non! Je t'ai croisée comme

ça, complètement par hasard

en ville.

Alors, je me suis dit que tu

venais ici... C'est vrai.

Je t'ai suivie, oui.


TAMARA

Tu voulais voir si George

et moi, on était en train

de s'enfiler comme des lapins?


KATHRYN

Je me suis dit que tu étais

sur le point de faire

une connerie

qu'aussitôt faite,

tu regretterais.


TAMARA

Comme tu vois, il n'est pas

là. Sinon, effectivement,

on serait en train.


KATHRYN

(Chuchotant)

Vraiment?

Tu es sérieuse?


TAMARA

Non. Pas vraiment, non.

Ah, excuse-moi.

J'ai du pain sur la planche.


KATHRYN

Oh! Je peux t'aider

si tu veux.


TAMARA

Non, non, non. Tu n'es pas

habillée pour. C'est gentil.


KATHRYN

Ça? Mais c'est un vêtement

pour tout aller.


TAMARA

Mais tu vas te dégueulasser,

je te préviens.


KATHRYN

(Disparaissant par le faux mur)

Eh bien, dégueulassons-nous

ensemble, alors.


On avance vers le manoir et on se retrouve dans le jardin anglais où JACK termine une bière. JACK se dirige vers l'allée au fond du jardin.


COLIN entre par le fond du jardin et serre la main de JACK.


JACK

Merci d'être venu, vieux,

hein. Je l'apprécie.

D'avoir pris ton après-midi...

Assieds-toi.

Tu bois quelque chose?

Une bière, un coca?


COLIN

Non, non, merci.

J'ai déjà descendu une

pleine théière chez moi.

J'avais du boulot en retard.


JACK

Ah, oui. La paperasse,

c'est chiant.


COLIN

Non. Le dimanche après-midi,

c'est ma corvée d'horloge.


JACK

Quoi?


COLIN

Oui. Je cours partout pour

synchroniser toutes

nos horloges.


JACK

"Vos" horloges?

Vous en avez combien?


COLIN

Principalement,

celles des deux grands-pères

plus une que j'ai hérité

de mes parents

et une autre que j'ai achetée

à Kathryn pour notre

12e anniversaire.

Malheureusement, aucune n'est

très performante pour garder

l'heure exacte.


JACK

C'est quand même un peu ce

qu'on attend d'une horloge.


COLIN

Oui. Mais il y en a une

qui a tendance à avancer,

bon, dans les deux,

trois minutes par semaine,

et une autre qui

retarde et soudain, sans

raison, s'arrête complètement.

Ce qui est agaçant comme tout

parce que ça dérègle le carillon.


JACK

Le carillon?


COLIN

Il se décale par

rapport à l'aiguille des heures.


JACK

Ah oui. Ça, c'est un problème.


COLIN

Oui. Oui parce que les

aiguilles indiquent

7h et l'horloge sonne 4h.

Ce qui signifie qu'il faut

remonter tout le cycle

du carillon en fait.

C'est-à-dire l'équivalent

de neuf à dix heures de temps

avec le truc qui peut sonner

55 fois en l'espace de

quatre, cinq minutes.

Ce qui rend Kathryn

absolument dingo.

Du coup, j'essaie d'ajuster les

bécanes quand elle n'est pas là.

Que ça ne dérange personne.

(Soupirant)

Elle doit être sortie d'ailleurs.

Quelque part.

Je sais pas du tout

où elle est aujourd'hui.

Bon, je te saoule avec

les histoires de pendules, hein?

Tu voulais me voir?


Les deux hommes s'assoient près de la table de service.


JACK

C'est... Je voudrais avoir

ton opinion sur un truc.


COLIN

En tant que médecin?


JACK

Non, plutôt comme ami.

Ton opinion comme ami. C'est

personnel. C'est même intime.


COLIN

Ah.


JACK

En principe, ce genre de

chose, j'en parle avec Tamara.

C'est vrai. Quand on a une femme,

c'est l'interlocuteur naturel.


COLIN

Oui.


JACK

Ou alors, ton meilleur ami.

Ce qui dans mon cas,

évidemment, serait George.

Normalement, je me tournerais

en premier vers George.

Il aurait la priorité.

En l'occurrence,

c'est pas possible.


COLIN

Pourquoi non?


JACK

Parce qu'en l'occurrence,

ça a à voir avec George.


COLIN

Ah...


JACK

Et Tamara.


COLIN

Tamara.


JACK

George et Tamara.


COLIN

Hum.


JACK

Tu as rien remarqué?


COLIN

Comment ça?

(Chuchotant)

Ah, d'accord.

Non. Pas spécialement.

(Soupirant bruyamment)

Ils ont l'air de s'entendre

super bien pendant les répètes.

Beaucoup de fous rires,

c'est chaleureux.


JACK

Mais trop chaleureux

peut-être?


COLIN

Mais non. C'est la pièce.

Les rôles qu'ils jouent.

Ils sont amants dans la pièce.

Alors, forcément, ils

se donnent à fond. C'est normal.


JACK

Tu trouves ma réaction

exagérée, donc?


COLIN

Mais oui.

Enfin, Jack,

c'est pas le genre de Tamara

de te faire un coup tordu.

C'est le type même de l'épouse

dévouée, loyale.


JACK

Oui.


COLIN

Et puis, réfléchis

un instant. Quelle raison

veux-tu qu'elle ait

de vouloir te tromper?


JACK

Bien, c'est vrai.


COLIN

Aucune, en fait.

Mais George,

c'est ton ami de toujours, non?


JACK

Probable que oui,

mais maintenant

qu'il n'a plus Monica,

il est un peu comme, disons,

un canon détaché de son sabord

qui roulerait d'un côté

et l'autre du pont pointant

tous azimuts et menaçant de

faire feu à tout moment.

(Riant)

"Aux abris, les gars!

Fermons femmes et écoutilles!"

C'est un peu ça, non?


COLIN

Oui, oui. Je t'entends, oui.

Encore que pour Kathryn...

Enfin, à mon avis, ça ne risque

rien. Pas besoin de lui

fermer l'écoutille.


JACK

Ah, elle est à l'épreuve des

boulets de canon ta femme?


COLIN

Hum!


JACK

C'est récent, alors?

C'est ta gentille épouse

bien rangée. C'est ça?

Et le reste est

de l'histoire ancienne?


COLIN

Quelle histoire ancienne?


JACK

L'histoire ancienne.

Quand elle faisait les cent coups.


COLIN

Kathryn? Les cent coups?

De quoi tu parles?


JACK

Oh, peut-être pas 100 coups,

mais 70, 80, quoi.

Comme toutes les femmes

quand elles sont jeunes.


COLIN

Non! Toutes sauf Kathryn.

Enfin, quand on s'est

mariés, elle était...

J'étais son premier.


JACK

Ah, oui?


COLIN

Hum.


JACK

Mais c'est super.

Génial. Et rare.

Elle s'était réservée

pour toi en somme.


COLIN

Oui. Moi aussi.

J'étais pas le genre de canon

à rouler d'un côté et de

l'autre du pont, hein.


JACK

Génial. Bon, Colin,

je veux pas te retarder

plus longtemps.

Il faut que tu rentres

t'occuper de tes pendules.


COLIN

Hum. J'espère que je t'ai

un peu aidé, Jack.


JACK

Mais, si, vieux.

C'est gentil. Vraiment.

Je te raccompagne.


On quitte le manoir anglais par la route pavée.


C'est le soir au cottage. Dans le jardin abandonné, TAMARA et KATHRYN sortent prendre l'air.


KATHRYN

Oh! Ça fait du bien

de sortir de ce nid

à poussière.

Oh! Jamais

vu une saleté pareille.


TAMARA

Bon. On s'assied où?

Ah, attends.


TAMARA donne sa tasse à tenir à KATHRYN et se dirige vers le fond du jardin pour chercher des caissons qui serviront de sièges et de table.


KATHRYN

Oh, là, là. Les hommes,

quand ils vivent seuls,

c'est vraiment un problème.

Il y en a, je me demande

comment ils arrivent à survivre.

Jack est pas comme ça, si?


TAMARA

Je suis parvenue

à le civiliser un peu

au fil des années.

Je suis jamais

absente longtemps.

(Essouflée)

Et Tilly est là

pour s'occuper de lui.

Voilà.

Tiens. Attends.

(Essuyant les caissons)

Tu peux t'asseoir.

Ça devrait tenir le coup.


KATHRYN

(Reniflant les tasses)

Merci. Je suis toujours pas

convaincue que ce thé soit encore

buvable.


TAMARA

(Haletant)

J'ai rincé les mugs

à l'eau bouillante.

Dommage qu'il y ait pas de lait.

Enfin, il y avait du lait,

mais bon...


KATHRYN

Ah! Beurk! Tais-toi.

Oh, on aurait dit des poussins

verts, des excroissances,

(Propos en anglais)

des  aliens. Mais comment

on peut laisser

du lait devenir comme...

George a toujours été comme ça.

Même au début.

(chuchotant)

Quand je pense

qu'on a failli vivre ensemble.


TAMARA

Toi et George?


KATHRYN

Hum. Ça fait des lustres.

L'âge des cavernes.

On était gamins. Enfin, lui.

Moi, j'étais à peine

un peu plus âgée.

Longtemps avant que je rencontre

Colin, bien sûr.

Des années avant

qu'il se mette avec Monica.

Mais il fut un temps

où j'ai pensé que c'était lui.

Que j'allais faire ma vie

avec lui.


TAMARA

Je savais pas que vous étiez

si proches.


KATHRYN

Très peu de gens savaient.

À part... ma chère mère,

évidemment, quand je suis

revenue chez elle en courant...

(Inspirant entre les dents)

... et que je me suis réfugiée

dans les jupes de maman.


TAMARA

Pourquoi tu as fait ça?


KATHRYN

J'avais pas le choix, chérie.

J'étais enceinte.


TAMARA

Oh? On prenait jamais

de précautions

avec George, alors...

Moi, j'étais naïve comme

une oie. Lui, il s'en foutait.

(Soupirant)

Hum.

J'ai été forcée

de m'en débarrasser.


TAMARA

Adoption?


KATHRYN

Non, non.


TAMARA

Ah, OK.

Et Colin, il le sait?


KATHRYN

Non. Personne sait,

je t'ai dit.

(Inspirant entre les dents)

À part ma pauvre maman.

Je crois pas que George en ait

parlé à qui que ce soit.

Sauf peut-être à Jack.

Peut-être même pas.

Tu connais les hommes, hein?

Quand ils sont entre eux,

ils ne parlent jamais

de rien d'important.


TAMARA

Oui.


TAMARA porte sa tasse à sa bouche, mais KATHRYN lui enlève avant.


KATHRYN

Si. Beurk!

Hum. Dans mon expérience,

c'est toujours comme ça

avec les hommes.

Et puis, il y a George.

George, lui, il t'écoute.

Il t'accorde toute

son attention.

Tu ne trouves pas?

Tu as remarqué,

en tant que femme...

... comme c'est une sensation

rare et merveilleuse?

Comme si tout à coup,

tu étais la seule, l'unique.

À quel point, pour lui,

tu deviens importante

et vitale. Ces mois

où j'ai vécu avec lui

dans ce studio qu'il avait,

il parvenait comme par magie,

par un tour de magie...

... à ralentir le temps...

... jusqu'à le rendre immobile.

Alors qu'autour de nous,

tout continuait de s'agiter,

nous, on était là, lui et moi...

... comme suspendus

dans les limbes.

(Chuchotant les paroles de GEORGE)

"Laisse faire, mon amour.

Laisse courir."

À mon avis, il en est encore

capable après toutes ces années.

La magie opère toujours.


TAMARA

Oui. Oui. L'année où Tilly

était dans la classe de George,

elle en était folle.

Elle avait le béguin.

(Soupirant)

Elle n'avait que 9 ans et tous

les soirs, j'avais droit

à sa sérénade.

"Je l'aime, maman.

Je l'aime! Je l'aime!"


KATHRYN

Jack, il réagissait comment?


TAMARA

Jack? Il n'en a jamais rien su.

Tu rigoles?

Sa petite file chérie.

Il était incapable d'entendre ça.


KATHRYN

Oh! Ce thé est horrible.

(Soupirant)

Il va falloir que je m'attaque

à ce triste petit jardin aussi.


Les deux femmes se dirigent vers la partie du jardin où les herbes sont hautes et prennent des outils pour le jardin.


KATHRYN

Hum. Tiens.


Une illustration de maisons de ville apparaît.


On se retrouve en soirée dans le jardin de ville. COLIN sort le premier et met l'éclairage. COLIN s'assoit seul à la petite table avec un verre.


COLIN affiche un air tourmenté.


C'est la nuit dans le jardin champêtre. MONICA sort fumer une cigarette.


SIMÉON arrive en trombe dans le jardin.


SIMÉON

Écoute, s'il rappelle encore

pour te mettre dans cet état,

moi je te préviens,

j'arrache le téléphone du mur.

Il peut pas te faire ça.

Nous faire ça,

c'est du harcèlement.

Je vais le faire arrêter, moi.

Je vais aller chez lui

et lui casser la gueule.

Ça peut pas continuer.


MONICA

Excuse-moi.


SIMÉON

Tu vas y retourner, alors?

Revenir avec ce George,

c'est ça?


MONICA

Je sais pas.

J'en sais rien.


MONICA retourne à l'intérieur par le faux mur.


SIMÉON

Putain de merde de saloperie

de merde!


SIMÉON donne un coup de pied sur le tronc coupé en poussant un cri exaspéré.


Dans le jardin anglais, JACK sort avec un verre de bière. JACK va s'asseoir sur le banc pentagonal.


COLIN est toujours attablé, l'air accablé dans son jardin de ville.


KATHRYN arrive par le faux mur.


KATHRYN

Oh? Mais enfin,

qu'est-ce que tu fabriques

assis là dans le noir?


COLIN

Bien, j'étais dans le noir...

à boire, à cogiter.


KATHRYN

C'est du whisky?


COLIN

Hum hum.


KATHRYN

Tu ne bois du whisky que quand

tu te sens venir un rhume.

Tu serais pas en train de nous

couver quelque chose par hasard?


COLIN

Me demande pas ça.

Je ne suis que toubib.


KATHRYN

Oui, mais moi, j'ai aucune

envie de l'attraper. Tiens,

je vais me prendre un whisky

aussi à titre préventif.

Tu as fait les horloges?


COLIN

J'ai fait les horloges.

Ça durera ce que ça durera.


KATHRYN

(Retournant à l'intérieur par le faux mur.)

Je te signale que celle

de l'entrée s'est arrêtée!


COLIN

Putain.


TAMARA rejoint JACK au jardin anglais.


TAMARA

Ah! Bonsoir.


JACK

Tu étais où?


TAMARA

(Embrassant JACK)

Je... je suis passée chez

George. Je te l'avais dit.


JACK

Ah, oui. Il était là?


TAMARA

George? Non.

J'ai rapporté son linge sale.

Sa machine est en panne.

Il y en a une montagne.


KATHRYN revient se joindre à COLIN dans leur jardin de ville.


KATHRYN

Et tu cogitais à quoi,

assis là dans le noir?


COLIN

Rien. Les cent coups.


KATHRYN

Les cent quoi?


COLIN

Coups.


KATHRYN

Les gens sans cou,

les animaux? Quoi?

Comme les cochons?


COLIN

Non. Pas les cochons.

Les cent coups.

Pas les animaux sans cou.

Quoique les cochons...

Tu crois? Après tout,

pourquoi pas?

Qu'est-ce que j'en sais, moi?


KATHRYN

Je crois que tu dérailles,

mon pauvre Colin.

Bon, je vais prendre un bain.

(Expirant avant de se lever)

Je suis dégoûtante.


COLIN

Tu étais où?


KATHRYN

Je suis passée chez George.

Avec Tamara, on a fait le grand

nettoyage. Ça en avait besoin.


COLIN

Bon.


KATHRYN

Rentre, maintenant.

Tu vas attraper froid.


KATHRYN retourne à l'intérieur.


Dans le jardin anglais, JACK, SIMÉON et COLIN se sont regroupés.


SIMÉON soupire et les deux autres ne disent rien en regardant leur verre.


Dans un champ, une bête lève la tête et observe.


C'est le matin dans le jardin remis en ordre du cottage.


Texte narratif :
Lété est passé. C'est l'automne. Un jour de septembre...


Une illustration nous indique

que nous sommes en ville.]


KATHRYN et COLIN prennent leur petit déjeuner dans leur jardin.


KATHRYN

Oh!

(Se levant en portant la théière)

J'envisage de prendre

des petites vacances bientôt.


COLIN

Tu dis?


KATHRYN

Je dis que je vais peut-être

prendre des petites vacances.


COLIN

Quoi?


KATHRYN

Mais enfin!

Tu es sourd ou quoi?

Je te dis--


COLIN

Mais pardon. Pardon.

Excuse-moi. On est en train

de répéter la pièce, là?


KATHRYN

Mais non. On n'est pas

en train de répéter la pièce.


KATHRYN se dirige à l'intérieur par le faux mur.


COLIN

Ah, bon, parce que

je reconnaissais plus rien.

Normalement, tu es censée dire:

"Je vais faire une petite virée

dans le Kent ce week-end."


KATHRYN

(De retour avec un linge)

Eh bien, ce n'est plus

dans le Kent.


COLIN

Hum... Si.

C'est dans le Kent.

Je t'assure.

Dans la brochure, c'est le Kent.


KATHRYN

Pas du tout.

C'est Tenerife.


COLIN

(Toussotant)

Tenerife?

On a changé pour Tenerife?

Je me souviens pas.


KATHRYN

Non. Je suis en train

de te dire que je vais

peut-être aller à Tenerife.


COLIN

Pour le week-end?

Ha! Tu plaisantes!


KATHRYN

Non, Colin. Écoute-moi bien.

Moi, Kathryn, ta femme, et

si ça continue comme ça,

bientôt, ton ex-femme,

j'ai l'intention d'aller passer

quelques jours à Tenerife.


COLIN

Ah, bon?

Qui t'a invitée?


KATHRYN

George.


COLIN

George?


KATHRYN

Oui.


COLIN

Ça alors!

Pourquoi il t'invite, toi?


KATHRYN

Hum... Parce qu'il est

en train de prévoir

ce qui sera peut-être

ses dernières vacances

quand on aura fini la pièce.

Et qu'il veut que quelqu'un

l'accompagne et que c'est

à moi qu'il a demandé.


COLIN

Mais... et sa femme, Monica?


KATHRYN

Monica?


COLIN

Hum.


KATHRYN

(Petit rire moqueur)

Elle est plus là depuis longtemps.

Elle a disparu de sa vie.

Elle est très heureuse

avec son agriculteur.

Non, elle va pas revenir

avec George.

Malgré tous les efforts de Jack.

C'était évident

qu'il me demande à moi.


COLIN

Je vois pas pourquoi.


KATHRYN

Bien, parce qu'il a besoin

que quelqu'un s'occupe de lui,

quelqu'un qui ait un peu

de compétences médicales,

qui soit là au cas où, quoi.


COLIN

Mais tu n'as aucune compétence

médicale. Tu es réceptionniste.


KATHRYN

Au cas où il y aurait une urgence.


COLIN

Réceptionniste

dans un cabinet dentaire.


KATHRYN

J'ai été infirmière

dans le passé.

Je me suis occupé de maman.

Et puis là, c'est juste

pour être là.

Aller à la pharmacie.

Je sais pas, moi. Euh...

Quelqu'un sur qui compter.

Je te parle pas des perfusions.


COLIN

Ça vaudrait mieux pour lui.


KATHRYN

Ah! Tu vois

comme tu es méprisant?

Tu me rabaisses constamment.


COLIN

Non, mais c'est sûr

que pour demander de l'aspirine

à un pharmacien en espagnol,

oui, tu devrais y arriver.


KATHRYN

Je ne vois pas pourquoi

tu es sarcastique.

Ce voyage avec George,

c'est en tout bien tout honneur.

Ne va pas t'imaginer.

Je l'accompagne, c'est tout.

Il y a rien de chelou!


Retournant à l'intérieur avec un bruit de claquement de porte.


COLIN

Rien de chelou?

Il manquerait plus que ça.


L'horloge sonne.


Au manoir anglais, JACK dirige des travaux de loin. TAMARA est assise sur le banc pentagonal et regarde JACK.


JACK

Oui! C'est mieux!

Un peu plus vers là.

Encore! Encore!

Encore un peu!

Là! Voilà! C'est parfait.

Je les fais juste déplacer un

peu la tente par là. Que

ça dégage bien le hêtre.

C'est pas trop près

de la maison, non?


Des voix et des bruits lointains indiquent que des gens travaillent plus loin dans le jardin.


JACK va s'asseoir près de TAMARA.


JACK

Regarde-moi ces types.

C'est vraiment des pros.

Ils vont monter cette tente

en moins de deux.

Il y a quelque chose

d'apaisant à regarder

travailler les autres.


TAMARA

Tu es pas crevé après ta nuit?


JACK

Quoi? Ah, ça?

Tu dormais pas?


TAMARA

Le téléphone sonne

à des heures pas possibles.

Toi, tu décroches.


JACK

Je croyais que tu dormais.


TAMARA

Tu réponds.

Tu dis: "Une seconde, mon coeur,

je peux pas te parler, là.

Je te prends sur un autre poste."

Tu poses le téléphone.

Tu descends comme un voleur.


JACK

Je croyais que tu dormais.


TAMARA

Tu vas répondre

dans ton bureau.

Moi, je t'entends dire

par le récepteur décroché:

"Je suis à toi, chérie.

Une seconde."


JACK

J'ai pas dit "chérie".


TAMARA

Tu remontes à tâtons.


JACK

J'ai jamais dit "chérie".


TAMARA

(Haussant le ton)

Tu remontes à tâtons.

Tu raccroches le téléphone

près du lit délicatement

pour ne pas me réveiller.


JACK

Je croyais que tu dormais.


TAMARA

Tu redescends en bas

comme un voleur.

Là, je t'entends parler avec

cette connasse pendant

une heure et demie.

Et tu reviens te glisser dans

le lit les pieds glacés

à 5h du matin.


JACK

Pardon de t'avoir réveillée.

Tu as écouté?


TAMARA

Non. J'allais pas m'abaisser

jusque-là. Je m'en fous

complètement.

Mais pourquoi tu lui donnes

pas ton portable à cette pute?

Qu'au moins, je puisse dormir.


JACK

Je le lui ai donné. Je sais

pas pourquoi elle s'en sert pas.

Va savoir pourquoi

elle m'appelle sur le

fixe depuis quelque temps.


TAMARA

Pour que j'en profite, Jack.

C'est tout.


JACK

Je...


TAMARA

Pour que je sache bien qu'elle

est toujours dans les parages.


JACK

J'essaie de régler ça, Tamara.

Mais Sally n'est pas

très conciliante.

Elle est difficile.

Intransigeante.


TAMARA

Mon pauvre lapin.


JACK

Merci.


TAMARA

Hum. Et tu crois pas du tout

que tout ça est un peu de

ta faute depuis le début, non?


JACK

C'est pas exclu.


TAMARA

Un peu que c'est pas exclu.

Espèce d'enfoiré

d'égoïste à la CON!


TAMARA se lève et jette le contenu de son verre au visage de JACK.


JACK

Hé!


TAMARA retourne vers la maison en rageant.


JACK

Oh! Mais qu'est-ce que tu fais?

Tu fais quoi, là? Ah...

Bon.

(S'adressant aux ouvriers au fond du jardin.)

OK, les gars.

Non. Tout va bien.

Continuez. Petite scène

de ménage. C'est rien.

Vous êtes super. Tout bien.

Putain!


Dans le jardin champêtre, SIMÉON et MONICA discutent. MONICA porte un sac en bandoulière.


MONICA

Je suis pas en train

de te quitter. Je te promets.

Je reviendrai tous les soirs,

Siméon. Tous les soirs.

Je me remets pas avec

lui. Je vais m'occuper de

lui dans la journée, c'est tout.

Et puis la nuit, bien, il se

débrouillera parce que moi,

je serai là avec toi.

Je suis pas en train de partir.

Et après, je repartirai plus

jamais. Je te l'ai dit. Promis.

Mais Jack a raison.

Techniquement, je suis

toujours mariée avec George.

Et maintenant qu'il est...

à quoi ça ressemble

si je l'abandonne tout

seul là-bas dans cette...?

Que vont dire les gens?

Et puis moi, surtout,

comment je pourrais me...?

(Enserrant SIMÉON)

Oh, si tu savais

comme je t'aime.

J'y vais.

À ce soir.

Tu es sûr que tu as pas besoin

du break aujourd'hui, oui?

Tu me manques déjà.

Bisous.


SIMÉON

Salut.


MONICA

(Se dirigeant vers le fond du jardin.)


MONICA

À tout à l'heure.

À tout de suite.


SIMÉON

Putain de merde

de saloperie de merde!


SIMÉON frappe du pied le tronc coupé en hurlant.


SIMÉON

Merde! Je me suis cassé le pied.


Une illustration évoquant le manoir anglais apparaît. [Voix de JACK

Et on installe l'orchestre.


JACK et COLIN marchent ensemble dans le jardin anglais.


JACK

C'est une petite formation

rock, des mecs du coin.

Des pots à Tilly.

Juste là-bas. Tu vois?


COLIN

Oui, là-bas. Oui.


JACK

Je leur ai fait construire

cette estrade. Tu as vu?


COLIN

Hum.


JACK

C'est bien, non?


COLIN

Hum.


JACK

Ça en jette, hein?

Viens.

(Se dirigeant plus au fond du jardin)

Et les guirlandes?


COLIN

Impressionnant.

Le chapiteau,

il est grand, non?


JACK

C'est le plus petit

qu'ils avaient.

D'ailleurs, plus petit,

ça existe pas.

Puis je voulais faire les choses

en grand pour ma petite fille.


COLIN

Ça a dû vous coûter bonbon.


JACK

On s'en fout. C'est qu'une

fois dans la vie, pas vrai?

Ses 16 ans à ma petite princesse.


COLIN

Elle en a de la chance, hein.


JACK

Tamara dit qu'à cause de moi,

elle est gâtée pourrie.

Mais je suis son papa, non?


COLIN

Hum.


JACK

Il faut ce qu'il faut, hein.

Ah, au fait, tu voulais me

parler d'un truc. Euh... Pardon.

Avec tout ça, j'ai oublié.


JACK et COLIN s'assoient sur un petit banc en bordure des arbustes.


JACK

Viens. Asseyons-nous.


COLIN

Merci.


JACK

Voilà. Je t'écoute.


COLIN

Je voudrais pas t'embêter

avec ça, mais... voilà,

j'ai eu une conversation

bizarre avec Kathryn ce matin.

Et je me demandais

ce que tu en penserais.


Un téléphone sonne.


JACK

Pardon.

Excuse-moi. Désolé.

(Répondant à son téléphone en se levant)

Allô? Oui.

Oui.

Non.

Oui.

Oui, oui. Non, non. Non!

(Avec fermeté)

Je te dis que oui.

Mais oui, oui!

(Fermant son téléphone)

Merde!

Le bureau. Excuse-moi.

Je suis désolé.

(Retournant s'asseoir)

Vas-y.


COLIN

Eh bien, je parlais

avec Kathryn et elle a dit...

Elle m'a annoncé

qu'elle partait en vacances.


JACK

Ah, c'est sympa.

Vous partez tous le deux?


COLIN

Non, justement. Elle

part avec quelqu'un d'autre.


JACK

Ah... Désolé.


COLIN

Elle a l'intention

de partir avec George.


JACK

George?


COLIN

Oui.


JACK

George et Kathryn?


COLIN

Oui.


JACK

Et pas toi?


COLIN

Non. Apparemment pas.

À Tenerife.

Quinze jours.

Oh! "En tout bien

tout honneur", dit-elle.

"Rien de chelou", c'est son mot.


JACK

Tu parles!

Elle dit ça, mais...


COLIN

Elle me l'a assuré.


JACK

Oui. Enfin, avec George, même

s'il est pas à 100% de sa...

Avec George,

ça peut vite devenir...


COLIN

Chelou.


JACK

Risqué.


COLIN soupire longuement.


JACK

Tu vas la laisser partir, alors?


COLIN

Je vois pas comment

l'en empêcher.

Quand Kathryn a quelque chose

dans la tête...


JACK

Moi, je laisserais jamais

partir ma femme en

vacances, hein.

Avec George.

Je l'enfermerais

sous l'escalier.


COLIN

Kathryn prétend

qu'elle y va pour ses

compétences d'infirmière.


JACK

Pour George?


COLIN

À ce qu'elle dit.


JACK

Ils vont jouer

au docteur, alors?

(Soupirant)

C'est assez coton comme

situation, hein?


COLIN

Hum hum.


JACK

Je vois pas bien

comment tu peux t'en tirer.

Sauf à lui interdire carrément.


COLIN

Je me vois mal enfermer

Kathryn sous l'escalier.


JACK

Non, c'était une image.


COLIN

(Soupirant)

Bon, bien, merci, Jack,

pour tes conseils.


JACK

Pardon d'être

si peu constructif.


COLIN

Non, non. Mais, vraiment,

je t'assure. C'est pas inutile.

Ça me donne du grain à moudre.

C'est bien.


JACK

Si j'ai une autre idée

qui me vient, je te rappelle.


COLIN

Hum.


JACK

Hein?


Les deux hommes se font l'accolade.


Le soleil inonde les terres vallonnées de la lande. Au cottage de GEORGE, KATHRYN s'occupe des fleurs dans le jardin.


Un claquement de portière annonce une arrivée.



KATHRYN

Hello.


TAMARA arrive en portant un panier de linge propre.

Hello.

Wow!

Oh, c'est déjà beaucoup mieux.

Bravo.


KATHRYN

Oh, c'est moins tristoune,

en tout cas.

Ça sera moins un choc

pour Monica.


TAMARA

Elle est arrivée?


KATHRYN

Non. Elle a dit dans la matinée.

Elle a pas dit quand.


TAMARA

Et George, il est où?


KATHRYN

Il doit pas être réveillé.

Je l'ai pas encore entendu

en tout cas.


TAMARA

Ah. Je vais attendre

qu'il se lève

pour lui préparer

le petit déjeuner.


KATHRYN

Oh! Oh!

(Riant en courant vers le faux mur et en bloquant l'accès à TAMARA)

Ne te dérange pas.

Le petit-déj, je m'en occupe.


TAMARA

Mais non, je le fais.


KATHRYN

Non.

J'ai acheté des oeufs

exprès. Je m'en charge.


TAMARA

Mais non, puisque

tu es occupée à faire ça.


KATHRYN

Je prépare le petit déjeuner.

Je m'en occupe.

Tu peux laisser le linge

dedans et retourner voir Jack.


TAMARA

Mais j'ai acheté

des saucisses.


KATHRYN

Le petit-déj, c'est moi, OK?

D'abord, George

n'aime pas les saucisses.


TAMARA

Ah, bon?


KATHRYN

Hum.


TAMARA

Pourtant, il les mange.

Chaque fois, je...


TAMARA

Hum.


TAMARA

Je lui ai apporté les

journaux du dimanche.


KATHRYN

Oui. Moi aussi.


TAMARA

Oh, il peut bien les lire deux

fois. Distrait comme il est.


TAMARA se glisse à l'intérieur.


KATHRYN

Tamara? Vraiment!

Tu peux ne pas rester avec moi

et retourner voir Jack.

Viens. Il va t'attendre.


TAMARA

(Revenant dans le jardin)

Non. Il m'attend pas.

Il y avait de l'orage dans

l'air. On s'est engueulé.

Je lui ai balancé la citronnade

sur sa chemise préférée.


J'étais tellement furax

en fait que j'étais prête à...

Enfin, bref.


KATHRYN

Prête à quoi?


TAMARA

À accepter illico

l'invitation de George.


KATHRYN

Oh? Quelle invitation?


TAMARA

À partir avec lui à Tenerife.


KATHRYN

Tenerife?


TAMARA

Il me l'a proposé l'autre

soir après la répète.

Tu le crois, ça?

Tout à trac, il me dit

comme ça, euh...:

"Tu veux partir en vacances,

ma petite, quand on aura

fini la pièce?"


KATHRYN

Tu as dit quoi?


TAMARA

Bien, à ton avis?

J'ai dit: Non, George.

Pas question.


KATHRYN

Oh, tu as bien fait.


TAMARA

Mais j'étais tentée,

je le reconnais.

Sûrement qu'une femme

avec moins de scrupules

aurait sauté sur l'occasion.


KATHRYN

Hum...


TAMARA

Sûrement.

(Éclatant de rire)

Oh, là, là!

Tu imagines, si j'avais

dit oui, la tronche de Jack?

Sa femme et son meilleur ami!

Tu imagines?


MONICA arrive à ce moment portant un journal et un bol.


MONICA

Hello. Vous êtes là

toutes les deux?

On s'amuse bien?


KATHRYN

Bonjour, Monica.


TAMARA

Bonjour, Monica.


KATHRYN

Bienvenue dans

ton ancien chez toi.


MONICA

Provisoirement.

Merci d'avoir gardé

la forteresse.

Je prends le relais. J'ai

apporté les journaux

du dimanche,

ses rognons d'agneau préférés

que j'ai pris à la

ferme en passant.

Qu'il ait un petit déjeuner

consistant. Il est où?


KATHRYN

Il dort toujours.


MONICA

Il change pas au moins.

Il avait la voix guillerette

hier au téléphone. Il a l'air

enchanté de faire la pièce.

Vous avez eu une sacrée bonne

idée de l'impliquer avec

vous tous là-dedans.

Il est heureux comme tout.


MONICA disparaît par le faux mur puis revient dans le jardin.


MONICA

C'est ce qu'il lui fallait.

Un truc qui l'absorbe

complètement.

Sinon, il s'ennuie tout de suite

et il broie du noir.

C'est un gosse.

Mais en ce moment, il va bien.

Figurez-vous qu'il a même lancé

l'idée qu'on parte en vacances

tous les deux.

Ce qui montre bien

à quel point il a confiance.

C'est vrai. D'habitude,

George a horreur des vacances.

C'est fou, non?

Je lui ai dit:

Oublie! Plus jamais je partirai

en vacances avec toi.

Oublie!


MONICA retourne à l'intérieur et TAMARA et KATHRYN se regardent sévèrement.


Le soir venu, c'est la fête dans le jardin anglais. Des cris de joie et de la musique rock proviennent des festivités.


COLIN

Jack.


COLIN aide JACK à transporter un énorme sac rempli de verres de plastiques de couleurs.


JACK

Vise un peu la descente.


COLIN

Quoi?


JACK

Le groupe, là.

Ils ont une sacrée descente.


COLIN

Oui. Peut-être.


JACK

Tu danses pas?


COLIN

C'est un peu violent

comme musique pour moi.


JACK

La cinquantaine.


COLIN

Oui, oui.


JACK

Ça pulse, hein.

Mais c'était aussi fort quand

on avait leur âge, non?

Peut-être même plus.

Je me rappelle

avec George quand on mixait.

On s'éclatait. AC/DC,

Def Leppard, Pink Floyd.

Regarde-moi Tilly

qui danse avec George, là.

C'est un tableau, non?

Moi, je les aurais peints

à une époque.

Préraphaélite?

Avec ses cheveux coiffés

comme ça, sa robe.

Tu trouves pas?

Préraphaélite?


COLIN

Oui, peut-être.


JACK

Bien, je suis pas expert.

Je laisse ça à George.

George, il peut baratiner sur

la peinture et tout le cirque

pendant des plombs.

Enfin, voilà.

Seize ans et belle

comme le jour.


COLIN

Ça, c'est vrai.


Des cris proviennent des fêtards.


TAMARA arrive dans le jardin avec une caisse de bouteilles d'alcool.


TAMARA

Jack?

Pour la énième fois,

est-ce que tu veux apporter

ces verres propres là-bas?

Ils n'ont plus de verres.


JACK

Bien sûr, pussycat.

Tout de suite.


TAMARA

Et dis à Tilly d'arrêter

de danser avec George.

Qu'elle danse avec un autre

garçon de son âge. Ça changera.


TAMARA donne la caisse à JACK et retourne vers la maison.


JACK

Dis-lui, toi. C'est sa soirée.

Elle danse avec qui elle veut.

Moi, je m'en mêle pas.

(Se tournant vers COLIN)

Elle est à prendre

avec des pincettes.

Au fait, je t'ai pas demandé.

Comment ça s'est terminé

l'histoire de George

et Kathryn?

Leurs vacances ensemble.

C'est arrangé?


COLIN

Pas vraiment, non.


JACK

Ils partent toujours?


COLIN

À ce que je sais.


JACK

Ça te fait rien?


COLIN

Non.

Si. Si, ça me fait...

Ça me fait chier, Jack.

Pour être honnête.

Enfin, ça ressemble à quoi?

Ma femme qui se tire

aux Canaries avec un autre mec!

Mais qu'est-ce qu'ils vont

dire les gens?


JACK

Bien, c'est sûr.

Et Monica, elle en dit quoi?


COLIN

Monica? Mais aucune idée!


JACK

Enfin, quand même!

Elle a quitté son paysan, là,

pour revenir vivre avec George.

Ça va lui faire drôle

s'il se barre 15 jours

dans les îles avec une autre.


COLIN

Peut-être il a l'intention

de les emmener toutes les deux.


JACK

Un truc à trois?

(Riant)

George, peut-être.

Mais ça m'étonnerait que les

deux, là, elles soient d'accord.


COLIN

Ah, c'est pas le genre

de Kathryn, ça.

Je suis perdu, Jack.

Je suis... perdu.


JACK

Tu devrais en parler

ouvertement avec Monica, vieux.


COLIN

Ouvertement?


JACK

Oui. Cash.


COLIN

Avec Monica?


JACK

Je vois que ça.


COLIN

Pourquoi?


JACK

Tiens. Elle est là-bas.

Tu la vois?

(Appelant en faisant de grands gestes)

Monica?

Monica?

Hé! Tu viens nous voir?

Tu préfères que je lui parle?


COLIN

Oh, oui. Je veux bien. Oui.


JACK

D'accord, d'accord.


TAMARA sort et aperçoit JACK qui tient toujours sa caisse de bouteilles.


TAMARA

Tu les as toujours pas portés?

C'est pas vrai!

(Criant)

C'est moi qui me tape tout,

alors!


JACK

Il y a tous ces gens payés

pour faire ça. Je vois pas

pourquoi c'est à toi de...

Le personnel du traiteur,

il est là pour t'aider.


TAMARA

Tu vas apporter ces verres

là-bas, oui ou MERDE?


JACK

Enfin, Tamara, putain!

Tu vas te calmer ou quoi?


COLIN

Je le fais. Je le fais.


TAMARA ET JACK

Non. Toi, tu poses ça!


JACK

Calme-toi, pussycat.

Calme-toi. Les gens

nous regardent.


TAMARA

(Pleurant)

Eh bien, qu'ils nous regardent!

J'en ai plus rien à foutre.


TAMARA entre dans le salon et se jette sur le canapé en pleurant.


JACK rejoint TAMARA.


TAMARA

Mais qu'est-ce que je m'en fous

de notre mariage de merde!


JACK

C'est l'anniversaire de Tilly,

chérie. Fais-le pour elle.


TAMARA

(Criant)

J'emmerde Tilly!

Je l'emmerde!


JACK

Mais comment tu parles?

C'est notre fille!


TAMARA

(Hurlant en défaisant le coussin qu'elle tient)

Non! C'est ta fille.

C'est ta fille.

Et c'est une petite pétasse

pourrie gâtée

qui ne pense qu'à elle.


TAMARA est en crise. Elle déchiquette le coussin et lance le rembourrage à JACK.


TAMARA

Et c'est entièrement

de ta faute!


TAMARA se lève en larmes et se dirige vers l'escalier


TAMARA

Ou George!

(Se tournant vers JACK qui la suit)

Va-t'en!


MONICA arrive en catastrophe.


MONICA

Il y a un problème, Jack?


JACK

Ah, Monica.


MONICA

Tamara, ça va?


JACK

Oui, oui. Elle a juste

pété un câble, là. C'est rien.


MONICA

Tu veux que j'aille lui parler?


JACK

Ah, non. Pitié.

Laisse-la tranquille. Vraiment.


MONICA

Tu es sûr?


JACK

Tout va bien.

Tu es venue avec George,

je vois.


MONICA

Oui. On a pris

le bus tous les deux.


JACK

Ah, c'est bien de vous voir

de nouveau ensemble.

Même si c'est juste

pour un temps.


MONICA

Oui. Pour un temps.

George s'exhibe sur la piste

de danse comme d'habitude.

J'ai pas dansé avec lui

une seule fois.

Bonjour, le carnet de bal.


JACK

Tu veux danser avec George?


MONICA

Pas spécialement.


JACK

Parce que je peux

demander à Tilly de...


MONICA

Non, non, non, non, non.

Vraiment. Laisse-les. C'est

son anniversaire et puis cette

musique, c'est pas pour moi.

George, lui, a toujours été

dans le coup à chaque époque.

Tu avais un truc à me dire?

Tu m'as appelée.


JACK

Oui. Je voulais

te parler tranquillement.


MONICA

Tranquillement?

C'est pas le lieu.


JACK

(Se dirigeant vers la fenêtre)

Oui, je sais.

Il y a un petit problème.

Colin m'a demandé

de t'en toucher un mot.

C'est... Bien, je sais pas

si tu es au courant, mais c'est

cette histoire avec George

et Kathryn.


MONICA

George et Kathryn?


JACK

Oui. Qui partent en

vacances ensemble.


MONICA

En vacances?


JACK

À Tenerife, paraît-il.


MONICA

George et Kathryn?


JACK

Tu savais pas?


MONICA

À Tenerife? Qui t'a dit ça?


JACK

Colin.


MONICA

Il sort ça d'où?


JACK

Eh bien, de Kathryn.


MONICA

Qu'elle part en vacances

avec George?


JACK

Elle dit que George

l'a invitée.


MONICA

Kathryn ne part pas

en vacances avec George.


JACK

Ah, non?


MONICA

Absolument pas.


JACK

Comment tu le sais?


MONICA

Bien parce que c'est moi qui

pars en vacances avec George.


JACK

Ah, d'accord.

Il part avec toi, alors?


MONICA

Bien, évidemment.


JACK

Donc, c'est pas comme si vous

partiez avec lui toutes les

deux, toi et Kathryn?


MONICA

Enfin, tu plaisantes?

C'est pas moi, peut-être,

la femme de George?

Kathryn, elle en a un mari, non?

Elle a qu'à partir avec lui.

C'est vrai.

J'aurais l'air de quoi?


JACK

Entièrement d'accord.

Mais peut-être George espère

que vous l'accompagnerez

toutes les deux.

Kathryn pour l'assistance

médicale et toi...

Bien, toi, pour le reste.


MONICA

George et moi et Kathryn?

Les trois ensemble?

Non, mais c'est grotesque.

C'est dégueulasse.

Ah, non, mais tu plaisantes,

j'espère. Excuse-moi.

(Hélant vers la cour)

George! George!


JACK

Putain!


TAMARA revient dans le haut de l'escalier


TAMARA

Qu'est-ce que

tu as fait encore?

Qu'est-ce que tu as été

dire à Monica?


JACK

Il semblerait qu'il y ait

un problème. George a

réservé en doublon.


TAMARA

Quoi?


JACK

Il aurait demandé à Monica

de partir en vacances avec lui.


TAMARA

Je sais. à Tenerife.


JACK

Mais tu sais qu'il a

aussi demandé à Kathryn.


TAMARA

Kathryn? C'est pas

avec Kathryn qu'il part.


JACK

Non, c'est ce que Monica

me disait.


TAMARA

Ni non plus avec Monica.


JACK

Ah, non?


TAMARA

Bien sûr que non. D'ailleurs,

elle en a même pas envie.


JACK

C'est pas ce qu'elle avait

l'air de dire à l'instant.


TAMARA

Eh bien, tant pis.

Parce qu'elle n'ira pas.


JACK

Pourquoi ça?


TAMARA

Parce qu'entre temps,

George m'a demandé à moi.

C'est moi qu'il emmène.

J'ai accepté.


JACK

Putain! C'est pas vrai.


COLIN surgit à son tour dans le salon.


COLIN

Ça va, Jack? Alors,

tu as été cash avec elle?


JACK

Oui. J'ai été cash.

Pour être cash,

on a été cash!


JACK sort du salon en colère.


On avance sur la route vers la maison de SIMÉON.


KATHRYN vient voir MONICA dans le jardin champêtre.


KATHRYN

Ça demande quand même

une explication.


MONICA

Je l'ai déjà dit. Il y a rien

à expliquer. Il vient avec

moi. C'est tout.

Vous deux n'avez aucun

droit sur lui.


KATHRYN

Pardon?

On a autant de droits que toi.


MONICA

Je suis sa femme.


TAMARA

Mais tu l'as quitté.

Tu l'as laissé tomber pour t'en

aller vivre avec ce...

cet agriculteur

qui est sûrement très gentil.

C'est pas ce que je veux

dire, mais bon.


MONICA

Il est gentil. Il est très

gentil. Siméon est agriculteur.

Il est la bonté même.


TAMARA

Eh bien, voilà. Super.


MONICA

Comme l'est aussi, entre

parenthèses, ton propre mari.


KATHRYN

Il le serait,

encore plus gentil

si elle avait pas eu une

aventure avec George

dans son dos.


TAMARA

Pour la centième fois, je n'ai

pas une aventure avec George.


KATHRYN

Appelle ça comme tu veux,

chérie. À vous faire

des mamours,

vous tenir la main,

vous faire des petits signes,

des minauderies tout le

temps en répétitions.

Quand vous croyez

qu'on vous regarde pas.

Tiens. Encore l'autre jour,

en plein milieu de ma scène.


TAMARA

On répétait.


KATHRYN

Oh! À ce rythme, je t'assure

que tu vas être... au point.


TAMARA

Jalouse?


KATHRYN

Écoutez-moi.

J'ai connu George bien

longtemps avant chacune de vous.

On avait... une complicité,

une intimité, une proximité.


MONICA

Jusqu'à ce que tu le laisses

tomber pour épouser Colin.


KATHRYN

J'étais là au début

de la vie de George.

Au seuil de ma propre vie.

J'étais là aux avant-premières

et à la première.

Alors, je crois vraiment

avoir mérité le droit

d'être là avec lui...

pour les saluts.


TAMARA

Mais tu t'entends parler?

C'est quoi ce sentimentalisme

de bal? Ta connerie lyrico-machin?

Mais on n'est pas au théâtre!


KATHRYN

Tu mériterais une tarte,

espèce de belette!


TAMARA

(Levant les poings)

Essaie pour voir!


KATHRYN et TAMARA entame une bagarre.


MONICA

Bon. Je vais faire un tour.

Vous n'avez qu'à régler

ça entre deux gamines idiotes

que vous êtes.

(Criant)

George part avec moi,

un point, c'est tout.


TAMARA et KATHRYN continuent de se chamailler et MONICA s'éloigne.


TAMARA

Arrête. Arrête. Arrête.

Excuse-moi. Excuse-moi.

Excuse-moi.


TAMARA prend le visage de KATHRYN entre ses mains et baisse le ton. KATHRYN serre TAMARA dans ses bras.


KATHRYN

Non. Moi.

Excuse-moi.


KATHRYN embrasse TAMARA et la prend par les épaules. Toutes deux marchent vers les troncs coupés pour s'asseoir. TAMARA s'assoit.


KATHRYN

Ah! Pourquoi on pose pas

la question à George

pour savoir

ce qu'il veut au juste?


TAMARA

Parce que ce qu'il veut au

juste, c'est probablement ça.


KATHRYN

C'est-à-dire?


TAMARA

Bien, c'est pas mal.

Toutes ces femmes

qui se bagarrent pour lui.

Pour un homme,

c'est le rêve, non?


KATHRYN

Oui... Euh...

Pas forcément pour George.

C'est pas son genre.


TAMARA

Mais il cherche quoi, alors?


KATHRYN

Avec lui, on sait jamais.

(Soupirant)

Peut-être, il essaie juste...

d'arranger nos vies...

... de nous ouvrir les yeux

avant de partir.

Va savoir.


Texte narratif :
C'est la fin de l'automne. C'est la nuit. C'était la dernière représentation de la pièce...


COLIN sort dans son jardin couvert de feuilles mortes et retire son manteau pour le poser sur une chaise. COLIN retire aussi son écharpe et défait sa cravate en soupirant.


Dans le jardin anglais, JACK enjambe le parapet. JACK porte une couronne et marche vers le banc pentagonal, une bière à la main.


Une voiture roule sur une route sinueuse de campagne dans la nuit.


SIMÉON avance dans son jardin en se soutenant avec une canne.


SIMÉON entre dans la cuisine où MONICA vient de déposer un plateau avec du thé.



SIMÉON s'assoit et dépose son pied sur le banc pour se reposer.


MONICA

Super soirée, non?

La pièce était vachement bien,

tu as pas trouvé?

Moi, j'ai adoré.

Et Colin m'a étonnée.

Je pensais pas

qu'il jouerait aussi bien.

Bon, Tamara, c'était un peu

artificiel et forcé par moments.

Quant à Kathryn, elle reste

Kathryn. Elle pourra

jouer qu'elle-même.

Ce qui est très bien,

hein, remarque.

Et George, enfin, qui était...

bien. Ça t'a plu?

Tu leur as rien dit.


SIMÉON

J'aime mieux le ciné.


MONICA se blottit contre SIMÉON en s'assoyant près de lui.


MONICA

La prochaine fois,

on ira au cinéma.

À mon retour.


SIMÉON

Tu pars toujours, alors?

Demain matin?


MONICA

À la première heure.

Le vol du matin.


SIMÉON

Tu as pas changé

d'avis, alors?


MONICA

Il faut que j'y aille, Siméon.

Je le fais pour...


SIMÉON

Pour lui.

Pour George.


MONICA

Pour moi.


KATHRYN sort dans le jardin rejoindre COLIN.


KATHRYN

Il fait encore très doux

pour septembre.


COLIN

Hum hum.


KATHRYN

En tout cas, le dîner

après a été top!

C'est vrai.

Les spectacles de Peggy

sont ce qu'ils sont,

mais elle sait donner

un dîner de dernière.

Ses soirées sont toujours

très réussies.

Oh! Au fait, excuse-moi.

J'ai merdé notre première scène.

J'ai eu un trou.


COLIN

Ah.


KATHRYN

J'avais la tête

complètement vide, d'ailleurs.

Tu m'as sauvé le coup.


COLIN

J'hésitais à enchaîner,

mais... il y avait ce silence

interminable, même pour toi.

Je me suis dit que tu le

laissais exprès pour les rires,

mais comme les rires venaient

pas, je me suis dit: Allons-y.


KATHRYN

Tu as bien fait.


COLIN

Ah!


KATHRYN

J'avais l'esprit ailleurs.

Je sais pas.


COLIN

(Soupirant)

Peut-être à ton départ

demain matin.


KATHRYN

En partie, oui.


COLIN

Toujours décidée?


KATHRYN

Oui. Ça va aller très bien.

J'ai tout organisé pour toi.

J'ai fait des courses.


COLIN

Même...

si je te demandais

de pas partir...

tu partirais quand même?


KATHRYN

Oui. Mais tu me l'as pas demandé.

Si?


JACK et TAMARA sont ensemble dans le jardin.


TAMARA

Tilly est allée se coucher

direct. Elle était morte.

C'était la fête de trop,

faut croire.

La pièce t'a plu, alors?

Finalement, je suis contente

que vous ayez attendu la

dernière pour venir.

C'était enfin bien ce soir.

Plutôt bien.

Ça a plu à Tilly?

Qu'est-ce qu'elle a dit?


JACK

Oui. Ça lui a beaucoup plu.

Je l'observais à côté de moi.

Elle était pliée en huit.


TAMARA

Et toi, tu as été plié

de rire aussi?


JACK

J'ai plutôt ri.


TAMARA

Plutôt?


JACK

Pour être honnête,

j'ai eu du mal pendant

tes scènes avec George.

Vous arrêtiez pas de vous

tripoter. C'était pénible.


TAMARA

On jouait la comédie.

George est doué comme acteur.


JACK

Oui. Vous m'avez bluffé.

Toi comme lui.

Écoute. Ne pars pas demain,

Tamara. C'est stupide.

Je te le demande à nouveau.

Je te supplie à genoux.

(Serrant TAMARA, à genoux devant elle)

Ne pars pas. Si tu pars,

tu me retrouveras en petits

morceaux. Je te le promets.

Écoute. Excuse-moi.

C'est moi qui ai tout merdé.

Je le sais. Je ne te mérite pas. Je le sais.

Mais je t'aime, Tamara.

Je t'aime énormément.

Tu le sais. Tu sais ça, oui?


TAMARA

Oui, je le sais.


JACK

Tu sais ça?


TAMARA

Tout va bien.

Je ne pars pas.


JACK

Tu pars pas?


TAMARA

Quoi? Pour te laisser

seule avec l'autre folle

qui téléphone à pas d'heure?

Pas question.

Tu es à moi, petit salaud.


TAMARA et JACK s'embrassent.


TAMARA

Viens. J'ai froid. Rentrons.


JACK

Oui.


Dans la maison de SIMÉON, MONICA s'apprête à monter à l'étage.


SIMÉON

Pour l'amour de Dieu,

n'y va pas!

Qu'est-ce que tu as besoin

de partir? Tu l'aimes pas, tu

as dit. C'est moi que tu aimes.


MONICA

Deux semaines et je reviens.

Promis. Et je serai là.

Du moins, si tu veux me

reprendre. Tu es tout ce

que j'ai au monde, Siméon.

Et tu le sais en plus.


SIMÉON

Oui.


MONICA

Mais fais-moi confiance.

S'il te plaît!

(S'arrêtant au milieu de l'escalier)

Oh, là, là, là, là.

Oh, là, là, là, là!

(Pour elle-même)

Mais alors, je vais le perdre.


COLIN est seul dans le noir. COLIN entre dans la cuisine.


COLIN

Kathryn!

(Se dirigeant vers l'escalier.)

J'aimerais vraiment

que tu n'y ailles pas.

Je serais vraiment

beaucoup plus tranquille

et heureux que tu restes ici.


KATHRYN

Quoi?


COLIN

J'insiste.

Reste avec moi.

J'insiste.

(Montant quelques marches)

Tu m'entends?

Kathryn?

Tu entends ce que je dis?


KATHRYN est quelques marches plus haut.


KATHRYN

Oui. Je marque un temps.


COLIN

Pour les rires?


KATHRYN

De stupeur.

Ça fait des années que tu m'as

pas parlé avec cette force.


COLIN

Tu réponds quoi?

Tu pars? Ou tu restes?


KATHRYN

(Descendant d'une marche)

(À voix basse)

Si c'est comme ça, je reste.


COLIN

Quoi?


KATHRYN

Je reste puisque tu insistes.


COLIN

Tu restes?


KATHRYN

Je te dis que je reste.

Écoute-moi pour une fois.

Tu n'écoutes jamais.


COLIN

George compte

beaucoup pour toi.


KATHRYN

Oh, oui. Enfin...

il a compté un jour,

il y a des siècles.

(Inspirant profondément)

On est tous passés à autre

chose. On a mûri.

J'aurais pas pu lui donner

ce dont il avait besoin

à la longue.


COLIN

Ah, tu veux dire

au lit et tout?


KATHRYN

Non. Pas au lit.

Je parle pas niveau cul.

Je parle de cette vivacité

sans fin de la jeunesse.


COLIN

La vivacité?


KATHRYN

Oui.

Ha! Au risque de t'étonner,

Colin, il fut un temps

où j'étais joyeuse,

j'étais gaie.


COLIN

Gaie?


KATHRYN

Ha! George et moi, on riait

tout le temps à cette époque.

On n'arrêtait pas.

Surtout au moment de...

Bref. Le problème,

c'est qu'il voulait

qu'on reste jeunes toujours.

Alors que moi,

comme les femmes en

général, je voulais devenir...

À la fin, il faut bien devenir...

responsables.


COLIN

Bien content

que tu aies grandi.

Mûri. J'aurais pas supporté

de vivre avec une femme qui

rigole du matin au soir.


KATHRYN

Merci, Colin.

Oh! Toi, tu sais parler

aux femmes.


KATHRYN descend se jeter dans les bras de COLIN.


COLIN

Moi, même jeune, j'étais pas

tellement joyeux, du reste.


KATHRYN

Non. C'est vrai.

C'est même pour ça que je

t'ai épousé. Entre autres.


COLIN

Euh... Mais, c'était quoi

l'autre raison?


COLIN et KATHRYN s'embrassent.


KATHRYN

C'est que tu n'as jamais été

jeune, Colin.


Au manoir anglais, JACK appelle TILLY.


JACK

(Voix au loin)

Tilly?

(Sortant dans le jardin en hélant.)

Tilly? Tilly?


TAMARA

(Ahurie par les cris de JACK)

Jack?


JACK

Tilly?


TAMARA

(Paniquée)

Elle est plus dans la maison.

Elle est partie.

Elle a laissé un mot sur son lit.

Tilly est partie.


JACK

Attends. Elle est peut-être

dans sa cabane dans l'arbre.


TAMARA

Mais non! Jack, je te dis

qu'elle est partie!

Je te dis qu'elle est plus

là. Elle a laissé un mot

sur son lit. Elle est partie.


JACK

Mais où ça?


TAMARA

(Pleurant)

Avec George.

Elle est partie avec George.


JACK

George?


TAMARA

Oui. Elle a pris son passeport.


JACK

Elle est partie avec George?

Mais non, c'est pas vrai!

Pas ma petite fille. Il a pas

pris ma petite princesse?

(Hurlant)

Tilly! Tilly!


TAMARA

Jack! Jack!


JACK et TAMARA rentrent dans la maison.


JACK

(Hurlant sa rage)

George!

Espèce de salaud!


Texte narratif :
Deux semaines passent...


L'illustration de la ville apparaît.


COLIN et KATHRYN se retrouvent dans le jardin couvert de brouillard.


COLIN

Ça va?


KATHRYN

Hum hum.


COLIN

Tu es sûre?

Il pleut plus. Je prends quand

même un pépin. Au cas où.


KATHRYN

Bon. Je vais commencer

à y aller.


COLIN

Déjà?

On a tout le temps.

C'est à peine moins 20

et 30 secondes.


KATHRYN

Je voudrais arriver

en avance à l'église.


COLIN

Ah, OK.

Je sors la voiture alors.


KATHRYN

Non. Je vais marcher.


COLIN

Marcher?


KATHRYN

Toute seule.

Tu me rejoindras en voiture.

J'ai besoin d'un moment seul.


COLIN

Tu es sûre? Tu veux pas

que je vienne avec toi?


KATHRYN

Non. Pas aujourd'hui.

Ça va aller. Vraiment.


COLIN

Comme tu veux.

Ça fait une sacrée trotte, hein.

Ça grimpe.


COLIN rentre et laisse KATHRYN seule au jardin.


La neige a recouvert la campagne au cottage de GEORGE.


SIMÉON attend MONICA dans le jardin du cottage.


SIMÉON

Tu as vu tout

ce que tu voulais voir?

Ah, mais prends ton temps.

Je te presse pas.


MONICA

Non. Je voulais jeter

un dernier coup d'oeil.


SIMÉON

Oui.


SIMÉON

Bon, alors, on peut y aller?


MONICA

Oui.


SIMÉON

C'est quand tu veux.


MONICA

Siméon?


SIMÉON

Oui?


MONICA

Merci d'être venu.

J'apprécie.


SIMÉON et MONICA quittent les lieux ensemble.


JACK attend TAMARA dans le jardin anglais couvert de feuilles mortes.


JACK

Tamara?

Tamara?


TAMARA

(Voix provenant de la maison)

Oui! Une seconde.


JACK

On va finir par être en retard.


TAMARA

(Voix provenant de la maison)

J'arrive!


JACK

Ah, les femmes!


TAMARA rejoint JACK finalement.


TAMARA

Tilly descend.

Elle est presque prête.


JACK

Je croyais qu'elle avait

décidé qu'elle venait plus.

Qu'elle croyait pas

aux enterrements.


TAMARA

Oui. Mais comme tu lui as dit

que c'était son devoir,

c'était à qui hurlerait

le plus fort de vous deux.


JACK

Bien, oui. Elle ne peut pas

ne pas venir,

par respect pour George.


TAMARA

C'était ton ami à toi.

Elle le connaissait à peine.


JACK

À peine?

Elle a partagé une chambre

d'hôtel avec lui à Tenerife.

Qu'est-ce qu'il te faut?


TAMARA

Ça ne s'est pas passé

comme ça.


JACK

Et tu la crois? Tilly?

(Appelant vers la maison)

Tilly, tu descends maintenant.

Tu m'entends?


TAMARA

J'y vais. J'y vais.

Je vais la chercher. Ne lui crie

pas dessus. Pas aujourd'hui.

Elle a sans doute autant

de peine que nous.


TAMARA retourne dans la maison.


JACK

(Parlant seul)

J'arrive pas à encaisser.

Non, mais qu'est-ce

qu'il avait besoin de faire

de la plongée sous-marine,

George, pour commencer?

Sans surveillance.

Un homme dans son état.

(Criant vers la maison)

Bon, elle vient, oui ou merde?


TAMARA

(Revenant au jardin)

Jack. Jack.

S'il te plaît, reste calme

aujourd'hui.

Allez.


JACK

C'était mon ami.

Pourquoi?

Pourquoi, pourquoi il a fait ça?

C'était ma petite fille.


TAMARA

Elle a 16 ans.

Et c'est une femme.

Et je t'assure qu'il ne

s'est rien passé entre eux.


JACK

Comment tu le sais?


TAMARA

Je suis sa mère.


JACK

Dis-moi pourquoi

elle est partie avec

lui si c'est pas pour ça.

Dis-le-moi.


TAMARA

Elle dit que c'était fun.


JACK

Fun? Tu parles.


TAMARA

Oui. Fun.

Tu te souviens comme notre vie

l'était au début? Fun.

Allez. Viens.


Un bête rentre dans sa tanière au milieu d'un champ.


TAMARA

Viens.


Des oiseaux migrateurs volent dans le ciel brumeux.


Dans un cimetière, tous sont réunis autour de la tombe de GEORGE. Tous défilent devant la tombe en jetant une rose.


UN PRÊTRE (Narrateur)

Nous sommes tous

réunis ici aujourd'hui

pour dire adieu

à George Riley.

Encore que, et je le regrette,

je n'ai jamais rencontré

George personnellement.

Mais j'ai le sentiment qu'il

était une personne très aimée

par toutes celles et tous ceux

qui ont eu la chance de

croiser sa route.

George, tel qu'on l'a décrit,

avait une passion débordante

pour la vie. Et un sens de la

gaieté communicatif.


Le téléphone de JACK sonne.


UN PRÊTRE (Narrateur)

Pour le résumer,

il était un homme joyeux

dans un monde trop souvent

dépourvu de joie.

Alors, voyez, en faisant

connaissance avec

George ces derniers temps,

en partageant les souvenirs

heureux, que garderont de

lui sa femme aimante,

Monica, ses amis

Jack et Tamara,

Kathryn et Colin

et bien sûr, bien sûr, Tilly...


Le groupe quitte le cimetière et TILLY entre à ce moment.


UN PRÊTRE (Narrateur)

... laquelle, à ce que je

comprends, était avec lui

dans ses derniers moments.


TILLY s'agenouille et fouille son sac à main pour sortir une carte postale qu'elle embrasse avant de la déposer sur la tombe.


Générique de fermeture


CHANSON DU GÉNÉRIQUE

♪ Sachons aimer boire et chanter ♪

♪ C'est notre raison d'exister ♪

♪ Il faut dans la vie ♪

♪ Un brin de folie ♪

♪ Heureux celui qui chaque jour ♪

♪ Se grise de vin et d'amour ♪

♪ Et par une chanson ♪

♪ De sa joie, emplit la maison ♪



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