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Li´l QuinQuin

An outrageous slapstick police investigation of bizarre crimes in a small coastal village near the Boulonnais. But police presence won´t stop a gang of thuggish youngsters, led by Li´l Quinquin and his girlfriend Eve.



Réalisateur: Bruno Dumont
Acteurs: Alane Delhaye, Lucy Caron, Bernard Pruvost
Production year: 2014

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VIDEO TRANSCRIPT

Titre :
P'tit Quinquin


Intertitre :
L'bêt'humaine


Dans une petite ville de campagne, un enfant observe de loin deux jeunes filles. L'une joue du cor français et l'autre chante en se bouchant les oreilles.


L'enfant qui regarde au loin porte une prothèse auditive.


La fillette qui joue du cor français regarde Quinquin de l'autre côté de la barrière.


VOIX D'ENFANT

Eh-oh, Quinquin!


QUINQUIN se retourne et marche vers la ferme pendant que la petite fille reprend son air au cor français.


QUINQUIN ressort de la maison en tenant un bol et une tartine.


MÈRE DE QUINQUIN

Cours pas avec ça,

tu vas en mettre partout.


QUINQUIN

Non, je vais pas

en foutre partout.

Putain!


MÈRE DE QUINQUIN

Eh-oh!


QUINQUIN

Tu fais chier, maman!


QUINQUIN traverse la cour et se dirige vers un bâtiment de ferme qu'il traverse pour se rendre face aux champs.


QUINQUIN s'arrête, s'appuie sur le mur de la grange et observe le paysage champêtre.


EVE entre dans la grange pour chercher QUINQUIN.


ÈVE

Ptit Quinquin?

Ptit Quinquin?

(Sortant de la grange)

Ah, je savais que t'étais là.


QUINQUIN

Putain, tu vas te faire

engueuler par ta mère.

Ta soeur, elle va passer

à la télé?


ÈVE

Elle répète, elle sait pas

si elle va être prise.


QUINQUIN

Putain, regarde.

(Mettant sa tartine dans sa bouche)

Je vais te montrer

un truc extraordinaire.


QUINQUIN fouille dans sa poche d'une main et tenant son bol de l'autre.


QUINQUIN

(Parlant en tenant la tartine dans sa bouche)

Des pétards.

J'ai acheté ce matin,

tout neuf!

Ils font un boucan phénoménal.

C'est intense, hein?

Après, on va aller voir

le machin.

Allez, viens.


QUINQUIN trouve un mulot mort dans un piège de sa confection.

Bien, il te fait pas peur?

(Mettant le mulot sous le nez de ÈVE)

Non.

Tu veux que je te le mette au cul?


ÈVE

Arrête, Ptit Quinquin.


QUINQUIN

C'est bon.

Viens, on dégage d'ici.


QUINQUIN et ÈVE sortent du bosquet et retournent vers la ferme. En cours de route, QUINQUIN lance le mulot au loin.


QUINQUIN

Tiens, le mulot.


QUINQUIN et ÈVE marchent dans la prairie où des chevaux paissent. QUINQUIN et ÈVE prennent ensuite le chemin du village. QUINQUIN sur son vélo, ÈVE à pied.


QUINQUIN

(S'arrêtant)

Vas-y, monte.


ÈVE monte derrière QUINQUIN.


QUINQUIN

C'est bon?


ÈVE

Ouais.


QUINQUIN roule à vélo vers le village.


Sur les berges des garçons s'amusent à faire sauter des pétards.


GAMIN 1

Prenez ça,

bande de fils de pute!


GAMIN 2

La maison a pété!


QUINQUIN

Vous êtes

des poules mouillées!


GAMIN 1

Bande d'enculés!

Pousse-toi.


QUINQUIN et ÈVE sont parmi les gamins qui jouent sur les berges.


QUINQUIN

Regardez, il y a un hélico.


GAMIN 1

Oh, putain!


Un hélicoptère approche vers les berges et survole en stationnaire l'endroit où sont les gamins. Puis l'hélicoptère repart et les gamins courent chercher leurs vélos pour le suivre.


QUINQUIN

(S'adressant à Ève)

Vite, grouille, monte!

C'est bon?


ÈVE

Ouais.

Vas-y, là-bas, vite.


LES GAMINS roulent à toute vitesse dans les rues de la petite ville, pourchassant l'hélicoptère.


QUINQUIN

On va le rattraper!


ÈVE

Rattrapez-le!

Accélère, vite!


QUINQUIN

Ouais!


ÈVE

Allez, plus vite!


QUINQUIN

Plus vite, je peux pas.

Je t'y verrais, toi!


ÈVE

Il est là-bas!


JORDAN

Vite, allez!


KEVIN

Allez, on va le rattraper!


JORDAN

Allez, les mecs!


Les enfants arrivent à vélo près d'un sentier . Au loin un rocher se dresse à la verticale et l'hélicoptère se dirige à cet endroit précis.


Des curieux en voiture se sont arrêtés près du sentier et observent l'hélicoptère.


QUINQUIN et ses amis courent sur le sentier en tenant leurs vélos pour s'approcher des lieux.


Près du rocher, les enfants grimpent pour venir plus près encore.


QUINQUIN

Il est là-bas.


KEVIN

Oh, putain, il est trop beau!


L'hélicoptère survole un champ tout près du mur dressé contre le rocher. Trois personnes attendent dans le champ.


KEVIN

Hé, putain, y a les gendarmes!


QUINQUIN

Venez, on va de l'autre côté.


KEVIN

Ouais.


QUINQUIN

On verra carrément mieux.

Allez, allez!


En contournant le mur, on aperçoit un immense bunker ouvert. L'hélicoptère est stationnaire au-dessus d'une plate-forme et un câble pend vers le sol.


L'hélicoptère transporte une vache blessée et la dépose plus loin dans le champ.


Le LIEUTENANT, Rudy Carpentier, et le COMMANDANT Van der Weyden s'approchent de la bête.


L'hélicoptère repart.


CARPENTIER et le COMMANDANT approchent du bunker où des policiers attendent. Ils montent une échelle pour atteindre la plate-forme donnant un immense puits.


CARPENTIER

Vous voyez, mon commandant,

ce que je vous ai dit.

Cette bête n'a pas pu

arriver là toute seule.

Il n'y a pas d'accès.

Il y a des ouvertures,

mais elles sont inaccessibles

pour elle.


Au fond du puits, deux médecins légistes en combinaisons aseptisées font des prélèvements.


LÉGISTE 1

C'est du sang humain

dans la vache, mon commandant.


COMMANDANT

Qu'est-ce que vous dites?

Y a du sang humain

dans la bête?


LÉGISTE 1

C'est du sang humain dans

la vache, mon commandant.


COMMANDANT

Vous êtes sûrs?


CARPENTIER

On est où, là?

La Bête humaine.

C'est du Zola, mon commandant.

C'est du Zola.


COMMANDANT

On n'est pas là

pour philosopher, Carpentier.


CARPENTIER

Quand même...

C'est incroyable!


Le COMMANDANT s'éloigne un peu cherchant un indice et il aperçoit les enfants cachés dans les hautes herbes.


COMMANDANT

Vous faites quoi là-bas?

C'est pas la peine de vous

cacher, je vous ai vus.

Eh, vous me dégagez de là.

Allez!

Dégagez là-bas!

Gendarmerie, dégagez!


Les enfants repartent en courant.


COMMANDANT

(S'adressant à CARPENTIER)

Virez-moi ces gosses, là!


En marchant sur la rambarde, CARPENTIER trébuche et tombe en emportant avec lui le COMMANDANT auquel il s'accroche.


Les deux hommes se retrouvent sur le sol.


CARPENTIER

Oh... et merde!


COMMANDANT

Eh! Vous foutez de ma gueule?


CARPENTIER

Je suis désolé,

mon commandant.


COMMANDANT

Eh, le costard!


CARPENTIER

Je suis désolé,

mon commandant.


COMMANDANT

Ah ouais, bien ouais.

Faites attention quand même!

Si vous savez pas descendre,

vous apprenez.


CARPENTIER

Vous étiez tout près aussi.


COMMANDANT

Ouais...


QUINQUIN

C'était trop énorme!


Les enfants roulent à vélo sur la route du retour.


KEVIN

Mais je sais pas comment

ils ont fait

pour mettre la vache, là.


QUINQUIN

À mon avis, la vache,

elle a voulu faire la teuf,

elle a trop bu

et c'est mal parti.


ÈVE

Et comment elle vole?

Je me demande pourquoi,

elle a peut-être des ailes.


JORDAN

Bien ouais, pour voler...


Le COMMANDANT et CARPENTIER retournent à leur voiture.


COMMANDANT

Vous êtes vraiment trop con,

Carpentier.

Bon, vous envoyez cette vache

à l'autopsie.

Puis après, on va aller

voir l'éleveur.


COMMANDANT et CARPENTIER montent dans la voiture et démarrent.


COMMANDANT

(Regardant au loin)

C'est quoi ces gosses là-bas,

Carpentier?


CARPENTIER

Je sais pas, mon commandant.


COMMANDANT

Ouais, bien,

ils ont rien à foutre là.

Ça fout le bazar là-bas.

Bon, allez, on y va!


Les enfants roulent à vélo au milieu de la route principale.


La voiture approche des vélos qui circulent d'un bord à l'autre de la route.


COMMANDANT

(S'adressant aux enfants)

Oh, c'est quoi ce bordel, là?

Vous avez fini?

Et le code de la route?


La voiture s'engage sur une route secondaire, mais le COMMANDANT continue de râler, le corps sorti par la vitre latérale de la voiture.


COMMANDANT

Eh, je vous ai dit

d'aller droit là-bas!

Eh, je vais prévenir

vos parents, moi!

Et le Code de la route, là-bas,

nom de Dieu!

Hein? Vous vous croyez où?

(Frappant sur le toit de la voiture)

Et vous, Carpentier,

vous pouvez pas ralentir

quand j'engueule, là?

Vous vous foutez de ma gueule?


La voiture de police arrive dans la cour de la ferme.


COMMANDANT

C'est dégueulasse, quoi. Hein?

C'est quoi, ce bordel, là?

(Descendant de la voiture)

Pourquoi vous vous êtes pas

arrêté pour que j'engueule

les gosses

comme il faut, là?

Je vous dis d'arrêter,

vous arrêtez. Hein?


CARPENTIER

Désolé, mon commandant.


COMMANDANT

Au prochain coup,

faites attention.

(Avançant vers la maison)

Bien, y a personne.


CARPENTIER

Je comprends pas, commandant,

y a personne.


Le COMMANDANT marche en faisant de grandes enjambées.


CARPENTIER

Vous avez mal aux jambes?


COMMANDANT

Ouais.


CARPENTIER

Bien, que...


Le COMMANDANT sort son pistolet et tire en l'air sans raison.


CARPENTIER

Ça va pas, ça?

Oh...


LEBLEU

(Voix au loin)

Qu'est-ce qui se passe là?


CARPENTIER

Il y a quelqu'un.

Je me le demande.

Ça vous prend souvent

de tirer comme ça?


COMMANDANT

Ouais.


LEBLEU

(Revenant de la grange)

Qu'est-ce qui se passe?


COMMANDANT

Monsieur Lebleu?


LEBLEU

Oui, c'est moi.


COMMANDANT

Bonjour, gendarmerie nationale.

Commandant Van der Weyden

de Boulogne-sur-Mer, Rogier.


CARPENTIER

Rudy Carpentier.


COMMANDANT

Bon, on est venus vous voir

parce qu'on a retrouvé

une de vos bêtes.


LEBLEU

Certainement un enfant

qui a ouvert la clôture.


COMMANDANT

Ça m'étonnerait

parce qu'en plus,

elle est morte, donc...


LEBLEU

Morte?


COMMANDANT

Ouais, dans un blockhaus.

Donc... Ça, c'est pas

une clôture qui a été défaite.

Donc faudrait venir avec nous

pour l'identifier.

D'accord?


LEBLEU

C'est même pas une personne.


COMMANDANT

Ouais, mais faut voir si

c'est une de votre troupeau.

Parce que...

D'accord?


LEBLEU

Hum, d'accord.


COMMANDANT

Bon, nous, on y va,

Carpentier.

Au revoir, monsieur Lebleu!


CARPENTIER et le COMMANDANT retournent à la voiture. La voiture fait trois tous dans la cour et part.


QUINQUIN et ÈVE sont toujours à vélo et reviennent vers la maison, loin du village.


QUINQUIN

C'était trop marrant!

Terminus, tout le monde descend.


ÈVE reste là à regarder QUINQUIN. Au bout d'un moment ÈVE serre QUINQUIN dans ses bras.


QUINQUIN

Mon amour.


ÈVE

Mon amour.


Après une longue accolade, QUINQUIN repart à vélo vers chez lui.


Dans la cour, QUINQUIN laisse aller le vélo tout seul. Son PÈRE le remarque.


PÈRE DE QUINQUIN

Eh, merde, qu'est-ce que t'as fait?

Reviens, ramasse et range!

C'est ton premier jour

de vacances

et c'est toujours pareil.

Regarde-le.

On dirait que t'as mis

tout à l'envers.


QUINQUIN prend son vélo et le range près du mur de la maison.


PÈRE DE QUINQUIN

Merde alors!

Hein, nénette?


MÈRE DE QUINQUIN

(Voix au loin)

Alors, Quinquin, c'est à

cette heure-ci que tu rentres?


QUINQUIN

(Ressortant aussitôt de la maison)

Putain, fais chier, maman!

Je me fais toujours

engueuler ici.


PÈRE DE QUINQUIN

Dis, Quinquin, c'est pas parce

que c'est les vacances

qu'il faut rien foutre!


QUINQUIN

Bien, à quoi ça sert les

vacances si on peut rien foutre?


PÈRE DE QUINQUIN

(Prenant la patte de son cheval pour lui nettoyer les sabots.)

Dis... Donne, donne-le!

Putain, donne!


QUINQUIN sort de sa poche un briquet et un pétard. Il allume le pétard et le lance à l'intérieur de la maison puis s'éloigne en courant.


PÈRE DE QUINQUIN

(Voix au loin)

Putain, Quinquin, qu'est-ce que

c'est que ce bordel?

(Courant rejoindre son fils)

Vraiment, tu embêtes le monde!

Viens ici.


QUINQUIN

Non!


PÈRE DE QUINQUIN

Viens, je te dis.


QUINQUIN

Non!


PÈRE DE QUINQUIN

Viens ici!


QUINQUIN

Non.


PÈRE DE QUINQUIN

Viens ici!


QUINQUIN

Non.


PÈRE DE QUINQUIN

Et merde.

C'est toujours pareil

avec ce môme-là.

Tu perds rien pour attendre!


La voiture du commandant s'approche de la ferme de la famille de QUINQUIN.


La voiture arrête devant QUINQUIN et le COMMANDANT descend de la voiture.


COMMANDANT

Vous faites quoi, là,

avec les vélos, là?

Hein, les gamins?

Ouais, tu peux me regarder

un peu... puis rigoler.

C'est pas sérieux,

ce que vous faites, du slalom.

Allez, viens un peu ici.

Gendarmerie nationale,

s'il te plaît.

Alors, c'est quoi le code de

la route, on sait pas, non?

On t'apprend quoi à l'école?

Et t'habites où?

Dans le coin?

Ah, t'as... bien c'est bien ça,

t'habites à la campagne.

J'aurais bien voulu, aimé être

à la campagne, étant jeune.

Faut pas pleurer. On est

la gendarmerie nationale,

on est là pour la sécurité

de tout le monde.

On va pas te...

Faut pas pleurer.

On est là pour...

Comment? La sécurité,

Les gens, puis bon,

faut faire attention

à toi aussi.

J'espère que je vais plus

te voir traîner dans le coin.

Faut pas pleurer, ça va aller.

Faut être sérieux.


QUINQUIN feint de pleurer mais dans son dos, un doigt d'honneur se lève.


COMMANDANT

Tu sais, moi, étant jeune,

j'aurais voulu rester

à la campagne.

Les animaux, tout ça,

ça m'aurait plu aussi.

Fais attention, on t'a à l'oeil.

Quand même, fais attention.

Bon, on y va, Carpentier?


Le PÈRE de QUINQUIN voit tout de loin.


La voiture démarre.


PÈRE DE QUINQUIN

Qu'est-ce qu'ils voulaient,

ces connards-là?


QUINQUIN

Me raconter des conneries.


PÈRE DE QUINQUIN

Te raconter des conneries

ou c'est toi qui as fait

des conneries?


QUINQUIN

Non, j'ai pas fait

de connerie, moi.


PÈRE DE QUINQUIN

Allez viens.

Toujours à chercher

le bordel où y en a pas.

Viens à la maison.


QUINQUIN suit son père vers la maison.


Plus tard, TERRIER mène ses vaches vers la ferme, AURÉLIE et ÈVE marchent au bord de la route en suivant leur père.


TERRIER

Allez! Allez!

Allez, avance!

Allez!

Quinquin, mets-toi à la barrière.

Aurélie, viens.

Ève! Allez!

Allez, avance.

Allez!

Avance, allez!

Allez! Allez, avance, allez!


QUINQUIN reste au bord de la route à regarde s'éloigner ÈVE qui suit son père et sa sœur.


QUINQUIN retourne chez lui. Sa MÈRE attend sur le seuil.


MÈRE DE QUINQUIN

Vraiment, Quinquin,

t'es pas bien.

Mais tu te rends compte?

Un pétard dans la maison.

Je crois que tu devais aller

aider pépé et mémé

à mettre la table parce que je

pense que ça va être le bordel.


Dans la cuisine, MÉMÉ dresse les couverts pendant que PÉPÉ lui lance la vaisselle, morceau par morceau.


MÉMÉ

Oh!


QUINQUIN

(S'assoyant au bout de la table)

Vas-y, lance un verre!


MÉMÉ

Pépé y va, hein?

C'est comme le bruit de pétard

qu'on a entendu tout à l'heure,

c'est quoi qu'on a entendu,

hein?

Toi, tu rigoles, hein? Oh...

On voit que c'est les vacances.

Oh, pépé, qu'est-ce

que t'as fait?


MÈRE DE QUINQUIN

Qu'est-ce que c'est

que ce bordel? Quinquin!

Pas possible, un enfant pareil,

pas possible! Oh...


QUINQUIN court dehors rejoindre son père.


PÈRE DE QUINQUIN

C'est quoi ce bordel que

j'ai entendu dans la maison?


QUINQUIN

C'est mémé et pépé,

ils foutaient le bouzin.


PÈRE DE QUINQUIN

En quoi faisant?

Ils te taquinaient?


QUINQUIN

Non... Tu peux me passer des sous

pour une frite, s'il te plaît?


PÈRE DE QUINQUIN

Quoi? Allez, prends dans ma veste.

Donne.

Là, c'est tout.


QUINQUIN fouille les poches de son père et prend la monnaie. QUINQUIN prend son vélo et repart vers le village.


QUINQUIN est seul à la friterie au bord de la route.


RENÉ

Ça va, Ptit Quinquin?


QUINQUIN

Ouais.

Putain, y a personne ici, René.


RENÉ

Bien, c'est normal,

Ptit Quinquin,

t'as vu l'heure que tu manges?


QUINQUIN

Bien j'ai faim.


RENÉ

Bien oui,

mais t'as vu l'heure?

T'es bien le Ptit Quinquin,

hein?


QUINQUIN

Hum...


RENÉ

Ça va?


QUINQUIN

Oui.


RENÉ

Elles sont bonnes?


QUINQUIN

Ouais, Super.


RENÉ

Ça se voit que t'as faim.


QUINQUIN

Ouais.


Deux touristes passent à vélo sur la route.


RENÉ

T'as vu, Quinquin,

les deux touristes passent,

ils s'arrêtent même pas.


QUINQUIN

Ouais, ils pourraient

au moins t'acheter une frite.


JORDAN arrive par l'arrière et tente d'enlever la frite de QUINQUIN.


RENÉ

Eh, eh, Jordan, Jordan!


QUINQUIN

Putain, mais fais gaffe!


RENÉ

Quinquin, Quinquin,

allez-vous battre ailleurs!

Jordan! Quinquin, arrête!


KEVIN

Allez, Ptit Quinquin,

mets-lui la branlée!


JORDAN et QUINQUIN se tiraillent plus loin et KEVIN arrive pour se joindre à la mêlée.


RENÉ

Jordan! Quinquin! Arrêtez, là!


QUINQUIN

Je t'emmerde, Kevin.


RENÉ

Kevin, arrête!

Vous n'êtes plus des gamins!


KEVIN

Oh, ça va.


Les garçons repartent vers la route principale.

,

RENÉ

Et le vélo? Et le vélo?


QUINQUIN

Bien tu peux le garder.


RENÉ

Bien sûr! Eh bien, t'es bien!


KEVIN

Toi, ta gueule.

(S'adressant à JORDAN)

Ah, tu t'es fait défoncer.

Ah là là, tu vas te taper

la honte.


QUINQUIN et les garçons s'approchent d'un champ. S'enfonçant dans les herbes hautes, ils avancent dans la lande pour surprendre les touristes à vélo qui font un pique-nique.




QUINQUIN

Vas-y, on va leur carotter

des pétards.


JORDAN et KEVIN

Ouais. Ouais.


QUINQUIN et les autres lancent des pétards sur les touristes.


Le touriste court vers eux en vociférant en allemand.


Les garçons s'éloignent en courant vers la mer.


KEVIN

Aïe!

Putain, ça brûle!

Ah!


Le cycliste s'arrête et regarde s'éloigner les garçons.


QUINQUIN

(S'adressant à KEVIN)

Pourquoi tu tiens ta main

comme ça, toi?


KEVIN

Bien, à cause du pétard.

Regarde, je me suis ouvert,

putain, ça fait mal.


JORDAN

Il sait même pas lancer

un pétard.


KEVIN

Ta gueule, toi!

Arrête de te foutre

de ma gueule.


Les garçons marchent sur la grève vers la ville.


Plus loin, le COMMANDANT et CARPENTIER sont chacun de leur côté de la voiture, sans parler. Un gendarme sort d'un grand bâtiment de ferme.


GENDARME

Mon commandant!


Dans le hangar à machinerie agricole, le COMMANDANT et CARPENTIER arrivent sur la scène de crime. Une vache est écartelée et éventrée au-dessus d'une bassine dans laquelle le sang a coulé.


UN VÉTÉRINAIRE arrive masqué et habillé d'une combinaison étanche.


VÉTÉRINAIRE

Bonjour, mon commandant.

Mon lieutenant.


COMMANDANT ET CARPENTIER

Bonjour.


VÉTÉRINAIRE

Excusez-moi du retard,

parce que j'avais un problème

de voiture.

À 10 h 30, j'ai eu l'adresse.

11 h 30, je l'ai coupée.

Euh... Qu'est-ce que je peux

dire d'autre?

Bien, j'ai ouvert le corps,

la vache entière.

J'ai retiré les boyaux, le foie,

tout ça.

J'ai retrouvé un petit doigt,

l'index, le pouce et un pied.


COMMANDANT

Bordel!


CARPENTIER

Incroyable!

Un corps humain tout entier,

découpé en morceaux

et fourré dans le cul

de cette bête.


VÉTÉRINAIRE

Mais je peux pas vous dire

à quelle heure que...

Parce que j'ai eu

un appel de ma femme.

Je pourrais pas dire...


COMMANDANT

Bon, allez, on y va.


Les trois hommes sortent du bâtiment. Avant d'arriver à la voiture, le COMMANDANT fait demi-tour et s'arrête en prenant la pose.


COMMANDANT

On est au coeur du mal, là,

Carpentier.


CARPENTIER

C'est La Bête humaine,

mon commandant.

Une bête humaine.


COMMANDANT

J'ai jamais vu une atrocité

pareille, moi.


CARPENTIER

Moi non plus.


VÉTÉRINAIRE

C'est une femme

âgée de 45 ans, blanche,

sans tête.


COMMANDANT

Sans tête?

Sans tête, en plus.


VÉTÉRINAIRE

Sans tête.


COMMANDANT

Vous avez pas la tête?


VÉTÉRINAIRE

Je suis que vétérinaire, moi.


COMMANDANT

On va appeler le laboratoire.

Bon, vous pouvez y aller.


VÉTÉRINAIRE

Au revoir.


COMMANDANT

Bon, Carpentier,

téléphonez à Boulogne, là,

la scientifique.

Puis faut me retrouver la tête.


CARPENTIER

Bien, mon commandant.

J'envoie.

(Entrant dans la voiture)

Allô, Boulogne,

ici lieutenant Carpentier.

(Parlant au téléphone)

Oui, on aurait besoin

d'une équipe ici, là...

D'accord, pour...

un prélèvement.

Alors on a un corps féminin,

sans tête.

Donc il me faut la tête, quoi.

Donc, une équipe au plus vite.

Dans combien de temps?

(S'adressant au COMMANDANT)

Dix minutes, mon commandant.


COMMANDANT

C'est bien, on va attendre.


CARPENTIER

Bon, OK, on fait ça.

À tout de suite.


COMMANDANT

Parce qu'il me faut la tête.

Il me faut la tête, Carpentier.


CARPENTIER

Oui, oui.


La voiture du COMMANDANT file sur la route. Dans un champ, en bordure de la route, la tête attend sur une motte de terre.


Un gros titre à la Une du Courrier du Nord annonce : « La tête de Mme Lebleu retrouvée. Les obsèques ont lieu ce matin.


La mère de QUINQUIN emmène les enfants aux funérailles.


QUINQUIN, vêtu en enfant de chœur attend à l'extérieur de l'église avec le bedeau.


QUINQUIN

Passe une taf.


BEDEAU

Attends, je te la donne,

j'en prends une.


QUINQUIN

(Prenant une bouffée de cigarette)

Tiens.


BEDEAU

Merci.


QUINQUIN

Repasses-en une.


BEDEAU

Attends, j'en reprends une.


QUINQUIN

Viens, on y va.


QUINQUIN regarde le prêtre et l'abbé qui arrangent leurs vêtements avant les funérailles.


Le BEDEAU précède la procession, suivi de QUINQUIN, puis de l'ABBÉ et les prêtres.


En arrivant dans la nef, le BEDEAU cogne deux coups sur le sol avec le sceptre.


QUINQUIN tient l'encensoir.


Pendant que l'organiste fait des cabrioles sur son clavier, le bedeau tente de trouver une position pour le micro afin d'éviter les effets Larsen.


PRÊTRE

One.

Chers amis...


L'ORGANISTE continue de jouer. QUINQUIN crache dans l'encensoir.


PRÊTRE

Mes amis...

La famille Lebleu...

La fa... La famille Lebleu...

Pour toute sa famille...

...qui nous rassemble

ce matin,

je vous salue, Marie,

Pleine de grâce.

Le Seigneur soit... avec vous.

Vous êtes bénie

dans toutes les femmes.


Le micro instable renvoie des phrases hachurées dans l'église.


L'ABBÉ ET LE PRÊTRE

Sainte-Marie,

mère de Dieu.

Priez pour vous,

pour les pécheurs...

Et de notre mort.


PRÊTRE

Amen.


FIDÈLES

Amen.


Le PRÊTRE tape sur l'épaule de QUINQUIN qui range l'encensoir.


Au fond de l'église, le COMMANDANT attend.


Le BEDEAU frappe encore avec le sceptre. AURÉLIE se lève et marche vers l'autel.


AURÉLIE

(Chantant en anglais)

♪ I've been asleep a long time ♪

♪ But then I wake up

I saw your face ♪

♪ And I kissed you ♪

♪ I've been all around here ♪

♪ Trying to be yours ♪

♪ And you treat me

like you never do ♪

♪ But I keep my place

by your side ♪

♪ 'Cause I knew ♪

♪ That it's you ♪

♪ And you're taking the time

you need ♪

♪ And I'm still here ♪

♪ Waiting for you ♪

♪ 'Cause I knew ♪

♪ That it's you ♪

♪ That it's you ♪

♪ Waiting for you ♪

♪ 'Cause I knew ♪

♪ That it's you ♪

♪ Oh it's you ♪

♪ 'Cause I knew ♪

♪ That it's you ♪

♪ And you're taking the time

you need ♪

♪ And I'm still here ♪

♪ Waiting for you ♪

♪ 'Cause I knew ♪

♪ That it's you ♪

♪ That it's you ♪

♪ 'Cause I knew ♪

♪ That it's you ♪

♪ And you're taking the time

you need ♪

♪ And I'm still here ♪

♪ Waiting for you ♪

♪ 'Cause I knew ♪

♪ That it's you ♪

♪ That it's you ♪

♪ And I knew ♪

♪ That it's you ♪

♪ And I knew ♪

♪ That it's you ♪♪


AURÉLIE retourne s'asseoir.


L'ABBÉ

Quinquin.


PRÊTRE

Tu es béni, Dieu de l'univers.

Toi qui donnes ce vin,

au fruit de la vigne

et du travail des hommes.


FIDÈLES

Béni soit Dieu,

maintenant et toujours.


QUINQUIN s'occupe de faire sonner les clochettes.


Le PRÊTRE et l'ABBÉ sont agenouillés derrière l'autel et attendent la clochette pour se relever.


PRÊTRE

Faut regarder

le... Quinquin.

(Au son de la clochette)

Baisse, baisse, baisse...


QUINQUIN ayant compris qu'au son des clochettes, les prêtres montent et descendent, s'amuse à faire tinter les clochettes pour son bon plaisir.


Les PRÊTRES semblent s'amuser et font le décompte avec leurs mains. Au bout d'un moment, avant d'éclater de rire, QUINQUIN dépose les clochettes et le PRÊTRE se ressaisit.


PRÊTRE ET L'ABBÉ

Prions pour...

pour la famille d'Irène...

et pour son mari.


PRÊTRE ET L'ABBÉ

♪ Seigneur écoute-nous ♪

♪ Seigneur exauce-nous ♪♪


FIDÈLES

Seigneur, écoute-nous,

Seigneur, exauce-nous.


L'assemblée sort de l'église mais l'organiste continue de jouer. Le COMMANDANT et CARPENTIER s'approchent de l'orgue et attendent la fin.


Le COMMANDANT ET CARPENTIER se tiennent en retrait dans le cimetière, attendant la fin de la cérémonie.


Un GARÇON, plus brave que ceux de sa bande qui attendent derrière, s'approche du COMMANDANT.

Monsieur.

GARÇON

Excusez-moi, monsieur,

est-ce que la dame qui est dans

le cercueil, elle est recollée?


COMMANDANT

Toi puis tes copains,

vous êtes des petits cons.

De toute façon, vous avez rien

à foutre dans un cimetière.

Ça vous fait rire?

Bande de petits cons!

On dégage du cimetière!

On a rien à foutre là!

Nom de Dieu!

Bande de petits cons! Dégagez!

(Retournant vers CARPENTIER)

Sont cons, tous ces gamins, là.


CARPENTIER

Ils sont jeunes.

C'est normal de...

poser des questions cons.


COMMANDANT

D'être cons comme ça, non,

y a mieux. Parce que là...

Pour être cons, ils sont cons.


CARPENTIER

Ceci dit...

Je me demande comment

ils ont fait pour le corps.


COMMANDANT

Je sais pas, moi...


Les villageois quittent le cimetière, toutes les filles portent le même costume.


COMMANDANT

L'assassin est peut-être

parmi eux, là, non?

(Remarquant un homme portant une cagoule)

Qu'est-ce que vous en pensez,

Carpentier?


CARPENTIER

Peut-être, mon commandant,

mais...


Le COMMANDANT approche de monsieur LEBLEU et lui serre la main.


COMMANDANT

Sincères condoléances,

monsieur Lebleu.


CARPENTIER

Sincères condoléances.


PRÊTRE

Quel malheur!

Quel malheur!


COMMANDANT

Vous allez vous faire du mal,

monsieur le curé.


PRÊTRE

(Bégayant)

On est au coeur du mal, là.


COMMANDANT

Oh oui, certain, là.


PRÊTRE

Ça, c'est certain.

On peut s'imaginer à ça.


L'ABBÉ pose ses mains sur la tête de QUINQUIN.


L'ABBÉ

La seule espérance,

c'est les enfants.


PRÊTRE

Les enfants.


LE PRETRE pose ses mains aussi sur la tête de QUINQUIN.


PRÊTRE

Les enfants.


COMMANDANT

Tu parles d'une espérance!

Il se fout de ma gueule,

ce morveux!

En plus, tous ces gamins aussi.

Bon, on y va, Carpentier.


QUINQUIN prend son vélo et quitte le cimetière pour rentrer chez lui.


Au bord de la route, le COMMANDANT et CARPENTIER attendent près de la voiture.


COMMANDANT

(Répondant au téléphone)

Oui, allô. Quoi?

Vous avez découvert un corps

d'une vache, Ancre au Poulet?

Oh là là! Carpentier, allez!


CARPENTIER et le COMMANDANT démarrent en trombe et roulent à toute vitesse sur la route de campagne. [COMMANDANT

(Passant près de QUINQUIN sur son vélo)

Oh! Gendarmerie nationale!


QUINQUIN

Eh!


COMMANDANT

Hé! on se gare, là,

gendarmerie!


Intertitre :
Au cœur du mal


La voiture du COMMANDANT roule sur une route de campagne à travers champs.


CARPENTIER

Commandant,

j'aimerais bien rouler

sur deux roues.


COMMANDANT

T'as le droit.


CARPENTIER

Ça vous dérange pas?


COMMANDANT

Non. T'as le droit d'essayer.


CARPENTIER

Bon...

C'est une passion,

c'est une passion.


COMMANDANT

C'est bien.


CARPENTIER

Bon, je vous avouerai

que je suis plus à l'aise

sur quatre roues.

Mais deux roues,

c'est assez excitant.

Mais le tout, c'est de rester

sur deux roues.


CARPENTIER et le COMMANDANT marchent sur un sentier de bord de mer près d'un escalier qui mène à une niche abritant la statue de la vierge.


CARPENTIER et le COMMANDANT descendent sur la grève où plusieurs gendarmes attendent.


COMMANDANT

(S'adressant à un gendarme)

Alors, c'est où,

mon capitaine?


CAPITAINE

Par ici.


Le corps d'une vache gît sur la grève.


CARPENTIER

Mon commandant,

c'est identique.

Ouais, c'est tout pareil.


COMMANDANT

Hum, hum, hum...

Ça commence à me gonfler,

cette histoire, Carpentier.


Du sang s'écoule sous la queue de la vache.


CARPENTIER

Vous savez, mon commandant,

je crois que c'est reparti

pour un tour.


COMMANDANT

Ouais, bien, vous allez

m'ouvrir le cul de la vache,

je veux voir ce qu'il y a

dedans, moi.


CARPENTIER

Quoi, l'ouvrir? Quand?


COMMANDANT

Là, tout de suite. Je prends

l'initiative moi-même.


CARPENTIER

Oh, vous en prenez

la responsabilité?


COMMANDANT

Ouais, ouais, c'est moi qui...

Je suis responsable,

je prends.

Allez hop, on y va.

Vous ouvrez.


Le VÉTÉRINAIRE ouvre la vache à la tronçonneuse.


LE COMMANDANT se tient à distance en tournant le dos à la scène.


QUINQUIN regarde de loin la scène, caché sur une butte.


CARPENTIER

Commandant!

Commandant, vous aviez raison.

Il y a bien un corps humain.


Le COMMANDANT soutient CARPENTIER sur le point de défaillir. Tous les deux marchent sur la grève vers le corps de la vache. CARPENTIER pose sa main sur l'épaule du COMMANDANT en marchant péniblement.


COMMANDANT

Pas d'intimité quand même,

Carpentier.


Les deux hommes s'éloignent.


QUINQUIN reprend son vélo et disparaît dans la lande.


La voiture du COMMANDANT roule sur la route de campagne.


COMMANDANT

Ah... Téléphone.

Ah, c'est un SMS.


CARPENTIER

Ah? Qu'est-ce qu'il dit?


COMMANDANT

Gendarmerie scientifique.


CARPENTIER

Oh là...


COMMANDANT

Ils vont avoir du mal à

identifier la bête parce que...

avec les indices, la bête,

elle s'est pris la marée...

Mais bon...

On a eu de la chance quand même,

on a retrouvé des traces

de sabots sur la plage,

donc on sait que la bête est

venue d'elle-même là-bas.

Et là, on a retrouvé de la

bouse de vache sur le chemin.


CARPENTIER

D'accord.


COMMANDANT

Et comment...?

On sait que c'est une vache

de M. Lebleu

parce qu'ils ont retrouvé

son anneau qu'elle avait dessus.

Donc on est certain-



CARPENTIER

Vous voulez dire?

Son anneau, son numéro?


COMMANDANT

Ouais, son numéro qu'elle a...

Donc, on sait.


CARPENTIER

Bien, tiens!

Bien tiens, en parlant de ça,

en parlant du loup, regardez.

Regardez.

Le blockhaus où qu'on a

retrouvé la première vache.

Là-haut, le bunker, là-haut.


COMMANDANT

Ah ouais.

Bien, vous voyez, Carpentier.

Toute notre affaire,

elle tourne autour d'ici.


CARPENTIER

Il me semble, ça commence,

hein? Ça commence à tourner

quand même.


COMMANDANT

L'affaire... dans le coin.


CARPENTIER

Ouais, ouais.

Donc, d'après vous, ça serait

ici que ça se passerait?


COMMANDANT

Ouais, tout...


CARPENTIER

Tout tourne--


COMMANDANT

Dans ce secteur-là,

Carpentier.


CARPENTIER

D'accord.


COMMANDANT

En avant!


QUINQUIN marche à côté de son vélo en montant sur une colline. En haut de la colline, QUINQUIN suit la voiture du COMMANDANT sur la route de terre.


QUINQUIN est de retour chez lui et à son habitude, laisse son vélo tomber dans la cour. PÉPÉ est assis seul dehors devant la maison.


PÉPÉ

Attention, Quinquin.


QUINQUIN

Ça va, papi?


PÉPÉ

Hein?


QUINQUIN

Ça va?


PÉPÉ

Dis donc, on jette pas

son vélo comme ça, hein.


QUINQUIN

Elle est partie où, mémé?


PÉPÉ

Je sais pas.


QUINQUIN

Tu sais pas?


PÉPÉ

Elle est partie, je sais pas,

vu qu'elle est partie...

Elle est partie par là,

je sais pas.


QUINQUIN

Tu prends le soleil.


PÉPÉ

Je prends le soleil,

personnellement.


QUINQUIN

T'as pas peur d'attraper

un coup?


PÉPÉ

Ah bien oui.


QUINQUIN

Hein? T'as pas peur d'attraper

un coup?


PÉPÉ

Non, non.


QUINQUIN

Sinon, ça va?


PÉPÉ

Ça va?


QUINQUIN

La forme?


PÉPÉ

La forme.


QUINQUIN

T'as déjà vu une vache

sur la plage, morte?


PÉPÉ

Une vache?


QUINQUIN

Ouais, sur la plage, morte.


PÉPÉ

Sur la plage, j'ai jamais vu

une vache sur la plage, non.


QUINQUIN

Et est-ce que tu penses

qu'une vache,

elle pourrait rentrer

dans un blockhaus?


PÉPÉ

Oh bien non.


QUINQUIN

Est-ce qu'on peut rentrer

dans le cul d'une vache?


PÉPÉ

Hein?


QUINQUIN

Est-ce qu'on peut rentrer

dans le cul d'une vache?


PÉPÉ

Bien, les vaches,

elles rentrent dans l'étable.


QUINQUIN

Tu veux que je te rentre?


PÉPÉ

Bien oui.


QUINQUIN

Allez, viens, je vais

te rentrer. Viens.


QUINQUIN

(Laissant entrer PÉPÉ)

Tu leur diras

que je mange pas ici.


PÉPÉ

Oui.


QUINQUIN reprend son vélo. À la foire du village, QUINQUIN retrouve JORDAN et KEVIN devant les autotamponneuses.


QUINQUIN

Je sais pas, y a un mec,

il lui a tronçonné le cul.

Je sais pas, c'était...

Ils étaient sur la mer, moi,

j'étais en haut de la falaise.

Ancre au Poulet.

(Jetant son goûter)

J'en veux plus.


Des filles sont rassemblées avec d'autres garçons.


QUINQUIN

Qu'est-ce qu'ils font les mecs

avec nos meufs?

Eh, la piste, elle est fermée.


GAMIN

Et alors, ça te dérange?


ÉLODIE

Alors, Ptit Quinquin,

la piste, elle est pas qu'à toi.


QUINQUIN

Je t'ai pas sonnée, Élodie.


JORDAN

Alors, qu'est-ce que vous

foutez avec cette racaille?


ÉLODIE

Et alors, Jordan,

on traîne avec qui on veut.


QUINQUIN

Non, t'as pas à traîner avec

des gars qui sont pas d'ici.


PATRICIA

On parle avec qui on veut!


QUINQUIN

Mais ta gueule, Patricia!


PRÉPOSÉ

Oh les jeunes, sur le côté,

on est ouverts, là!


QUINQUIN allume un pétard.


QUINQUIN

Cassez-vous, les mecs!


PATRICIA

Oh, Quinquin,

la prochaine fois que je te

vois, tu n'as plus de tête!


QUINQUIN

Bien oui!


QUINQUIN et ses amis marchent dans les rues du village.


KEVIN

Regarde, y a les bâtards

là-bas!


JORDAN

Vas-y, viens, on va leur

démonter leur gueule, là.


QUINQUIN

On va les niquer même.


KEVIN

Ouais!


KEVIN, QUINQUIN et JORDAN poursuivent les jeunes qui étaient avec ÉLODIE et PATRICIA.


Très vite, tous se retrouvent à courir sur la plage, puis remontent une rue. [QUINQUIN

(S'arrêtant pour souffler)

C'est là où ils habitent,

les bâtards.


UNE FEMME

Mon mari!

Je sais pas

qu'est-ce qui se passe,

qu'est-ce qui se passe?


Au loin, le COMMANDANT et CARPENTIER sont dans la rue avec d'autres personnes. Les jeunes garçons qui fuyaient rejoignent le groupe.


QUINQUIN

Y a les gendarmes.


KEVIN

C'est peut-être les gendarmes

de ce matin que t'as vus.


JORDAN

Qu'est-ce que c'est

que ce bordel?


QUINQUIN

Tu veux y aller?


KEVIN

Pourquoi moi?


QUINQUIN

Bien, parce que moi, le gros,

il me connaît déjà.

Il m'a déjà repéré.

Puis on a besoin de savoir

ce qui se passe.

Allez, vas-y.


KEVIN court à moitié accroupi vers la voiture du COMMANDANT.


Devant une maison, une femme pleure.


De sa cachette au bout de la rue, QUINQUIN, fait des signes à KEVIN.


QUINQUIN

Mais vas-y! Vas-y!


KEVIN

Eh, y a les gendarmes!


QUINQUIN

Mais de l'autre côté.

De l'autre côté, clochard.


KEVIN

(Accroupi devant la voiture du COMMANDANT)

Je fais quoi là?


Le COMMANDANT et CARPENTIER reviennent vers la voiture. KEVIN ne les voit pas venir et s'avance droit sur le COMMANDANT qui le prend par le chignon.


QUINQUIN

(Voyant KEVIN se faire prendre)

Oh, putain!


COMMANDANT

Eh, on espionne, là?


QUINQUIN

Non, j'ai rien fait, monsieur!


COMMANDANT

Ouais, bien c'est

gendarmerie nationale.

En plus, je t'ai déjà vu

quelque part, toi, certain.


KEVIN

Oh bien non.


COMMANDANT

Ouais, ouais.


QUINQUIN

On va le tirer de là.


QUINQUIN allume quelques pétards et les lance vers la voiture du COMMANDANT.


KEVIN profite de l'occasion pour courir et rejoindre ses amis.


COMMANDANT

C'est quoi ce bordel, là?

Gendarmerie nationale!

(Tirant en l'air avec son arme)

Faut arrêter un peu

les conneries, là, non?

(Remontant dans la voiture)

Ils commencent à me faire chier

tous ces morveux, là.


CARPENTIER

J'en mettrais ma main

à couper, moi, mon commandant.


COMMANDANT

Quoi?


CARPENTIER

Le mari de cette dame, là,

Bhiri...


COMMANDANT

Ouais.


CARPENTIER

...a peut-être un lien avec

le corps humain découpé

qu'on a retrouvé dans la vache

sur la plage.


COMMANDANT

Peut-être bien que oui,

peut-être bien que non,

mais bon, bien...

Tant que j'ai pas les analyses,

moi... je dis rien.

Les analyses, c'est les analyses.

Les analyses, c'est sacré.

Et c'est pas parce qu'il a

disparu depuis deux jours

qu'il y a à voir avec ça.


CARPENTIER

C'est qu'une intuition.


COMMANDANT

Hum, bon...

En tout cas là, sa femme est

malheureuse, on le voit.

Chagrin d'amour, là...


CARPENTIER

Ses gosses aussi, hein.


COMMANDANT

Elle pleure comme une vache

qui pisse.


CARPENTIER

Eh oui.


COMMANDANT

Allez, on y va.

Ces garçons-là, ils commencent

à me faire chier, ces gosses.


La voiture du COMMANDANT démarre en trombe.


QUINQUIN est ses amis sont dans les autos tamponneuses. Ils foncent sur la voiture du BEDEAU qui s'amuse comme un enfant.


BEDEAU

Je suis coincé.


KEVIN

(Attaquant la voiture du BEDEAU)

Monsieur! Monsieur!


JORDAN

Prends ça dans ta gueule.


KEVIN

Oh là là!


JORDAN

Alors, bedeau!


Les trois jeunes s'amusent à persécuter le BEDEAU.


KEVIN

Eh, le bedeau, tu veux que

je te nique? Vas-y, viens!


KEVIN

Tiens, prends ça dans ta gueule.

Allez, viens, mon petit bedeau!


QUINQUIN

Vas-y, vas-y, eh, tout droit,

tout droit.

Allez!


Le BEDEAU quitte son véhicule et s'assoit sur un banc au bord de la piste.


QUINQUIN

Bon alors, tas de merde?


KEVIN

Eh, bedeau.

Oh, tarlouze!


QUINQUIN

Eh, tu tiens plus debout

pour le prêtre.


KEVIN

Grosse tarlouze!


JORDAN

Va passer ton permis, gros,

avant de venir ici.


KEVIN

Ouais, grosse tarlouze!


ENSEMBLE

(Remontant sur leurs vélos)

♪ Le bedeau il pue

Le bedeau il pue ♪

♪ Il pue du cul

Il pue du cul ♪

♪ Pue du cul

Il pue du cul ♪♪


CARPENTIER et le COMMANDANT poursuivent leur enquête auprès de travailleurs étrangers dans une maison en construction.


CARPENTIER

Vous comprenez ce que je dis?

Est-ce que vous comprenez?


UN TRAVAILLEUR traduit à son collègue.


CARPENTIER

Eh! Eh, les gars, vous pouvez

pas parler français?

Ici, on est en France.

Ah vous... quand même,

vous me comprenez?

Vous comprenez ce que je dis?

Bon, allez, eh!

Ça va aller très vite.

Je vais vous dire

pourquoi je suis là.

J'ai Mme Bhiri...

M. Bhiri, vous connaissez?


TRAVAILLEUR 1

Pas une semaine,

non, pas...


CARPENTIER

Une semaine?

Quoi, une semaine?


TRAVAILLEUR 1

Une semaine.


TRAVAILLEUR 2

Pas vu, M. Bhiri,

une semaine.


CARPENTIER

Pas vu M. Bhiri

pendant une semaine.


TRAVAILLEUR 2

Non, une semaine,

pas vu M. Bhiri.


CARPENTIER

Bizarre, ça.


COMMANDANT

Alors, Carpentier?

C'est quoi ça?


CARPENTIER

On avance pas, mon commandant,

on avance pas.


COMMANDANT

Voilà.

Voilà.


CARPENTIER

Donc, M. Bhiri, il serait pas là

pendant une semaine...

ça fait une semaine

qu'il est pas venu.


COMMANDANT

M. Bhiri, connaît pas,

comprend pas?


TRAVAILLEUR  2

Une semaine. Demande au chef,

nous, pas chef.


Les deux TRAVAILLEURS africains discutent dans leur dialecte.


COMMANDANT

Faudrait pas, hein,

se foutre de nous, hein?

Oh, je te parle, moi.

Sur un chantier, puis il y a

personne qui parle français.


CARPENTIER

Bon, trouvez-moi quelqu'un.


CHEF DE CHANTIER

(Voix au loin)

Oui...

Oui, bonjour.


COMMANDANT

Oh, un Arabe

qui parle français.


Le COMMANDANT se dirige vers le CHEF DE CHANTIER.


CHEF DE CHANTIER

M. Bhiri...

Il travaillait là, M. Bhiri,

mais il y a une semaine qu'il

est pas venu pour travail.

Mais il est pas venu non plus

sur le deuxième travail.


COMMANDANT

Ah bon?

On le savait pas, ça,

qu'il avait un deuxième travail.


CHEF DE CHANTIER

Oui, il fait des heures

à l'abattoir de Marquise.


COMMANDANT

En plus?


CHEF DE CHANTIER

Oui. Voilà.

Oui...

Il vient pas au travail.

Peut-être il est amoureux?


COMMANDANT

C'est Dallas ici, Carpentier.

Les abattoirs, les abattoirs.


CHEF DE CHANTIER

Monsieur colonel.

J'ai oublié...

Je dis des choses, encore plus.

Le monsieur, sa femme qui est

coupée en morceaux,

c'était son amoureuse.


COMMANDANT

Carpentier, c'est pour nous.

On s'en va.

En avant! En avant!


Le COMMANDANT court vers la voiture.


La voiture du COMMANDANT file à toute allure dans la campagne et revenant vers le chantier.


COMMANDANT

Vous êtes sûr

de ce que vous dites, là-bas?


CHEF DE CHANTIER

Oui, c'est sûr,

ce que je dis est vrai.


COMMANDANT

Parce que c'est grave.


CHEF DE CHANTIER

Oui, c'est sûr, oui.


COMMANDANT

Ouais, on y va, Carpentier.


La voiture repart à vive allure jusqu'à la ferme de LEBLEU.


Dans son étable, LEBLEU prend soin de ses bêtes.


LEBLEU

J'ai pas encore assez souffert

comme ça, moi, vous me posez

encore des questions.


COMMANDANT

Monsieur Lebleu, vous étiez

pas au courant que votre femme,

elle avait un amant?

Non? Tout le monde le sait

quand même.


LEBLEU

Vous connaissez la réponse,

pourquoi vous me posez

la question?


COMMANDANT

Ouais, mais...

peut-être que non.

Vous êtes peut-être un suspect

aussi, vous, non?

Non? Vous avez peut-être

un mobile, non?

Non? C'est quand même bizarre.

Vous le savez pas puis que

les autres, ils le savent.


LEBLEU

Si toutes les femmes

trompaient leur mari,

il en resterait pas beaucoup

entières, mon commandant.


COMMANDANT

Vous avez compris, Carpentier?


LEBLEU

Non, mon commandant.


COMMANDANT

Bon, bien...

Si toutes les femmes qui

quitteraient leur mari

auraient été coupées

en morceaux...

De toute façon, on y va,

mais on reviendra.

(Retournant vers la voiture)

Difficile de savoir ce que

cet homme a sur la conscience.

Il savait peut-être pas

que sa femme avait un amant.


CARPENTIER

Un Noir, mon commandant.


COMMANDANT

Doucement, il a disparu

seulement.


CARPENTIER

Ce Noir couche avec la femme

de cet homme et lui,

il les a découpés en morceaux.

C'est aussi simple que

deux et deux font quatre.


COMMANDANT

Vous avez vu

ce qu'a dit M. Lebleu,

si toutes les femmes

qui disparaissaient

étaient retrouvées mortes

et découpées en morceaux,

il y en aurait pas beaucoup

d'entières.


CARPENTIER

Je comprends même pas

ce que ça veut dire.


COMMANDANT

Ça veut peut-être dire

qu'il est peut-être innocent

aussi, lui. Donc...

(Montant dans la voiture)

Il est peut-être innocent.

Tuer sa propre femme,

la démembrer, la découper

en morceaux,

puis la mettre dans sa...

propre vache, ça fait gros

pour un seul homme, là, non?


CARPENTIER

Vous pensez qu'ils étaient

plusieurs alors?


COMMANDANT

Vous êtes con ou vous

comprenez pas, Carpentier?

Parce que bon, ça fait...

Pour un seul homme,

ça fait beaucoup de... non?

Parce que bon...

découper ses vaches...

Donc...


CARPENTIER

Ouais. Ouais, vous avez peut-être

raison. C'est vrai

que ça fait beaucoup

pour un seul homme.


UN FERMIER conduit ses vaches.


Le COMMANDANT sort de la voiture.


COMMANDANT

Eh, monsieur!

Monsieur, gendarmerie nationale.

D'où il vient ce troupeau?


JEAN-MICHEL

De... à côté du blockhaus.


COMMANDANT

Ah, du bunker,

vous voulez dire, là-bas?


JEAN-MICHEL

Oui.


JEAN-MICHEL

Où on a retrouvé Mme Lebleu,

dans la vache.


JEAN-MICHEL

Oh, pauvre bête.


COMMANDANT

Il vous en manque pas une

aujourd'hui?


JEAN-MICHEL

Si, elle a été s'échapper.


COMMANDANT

Ah... Et c'est vous

qui les trayez?



JEAN-MICHEL

Non, c'est M. Lebleu,

comme sa femme est décédée.


COMMANDANT

C'est lui qui les trait

maintenant?


JEAN-MICHEL

Oui.


COMMANDANT

C'est bien.

Et la bête où on a découvert

le corps de la femme,

vous la connaissiez?


JEAN-MICHEL

La vache qui est morte?

Oui, je la connaissais.


COMMANDANT

Et c'est Mme Lebleu

qui la trayait le soir?


JEAN-MICHEL

C'est Mme Lebleu.


COMMANDANT

Et la veille

qu'on a retrouvé Mme Lebleu

dans le corps de la vache,

elle a été traite ici la bête?


JEAN-MICHEL

Elle a été traite ici.


COMMANDANT

Et qui est-ce

qui l'a ramenée à la pâture?


JEAN-MICHEL

C'est M. Lebleu,

il les ramène dans le pré.


COMMANDANT

C'est comme ça tous les jours?


JEAN-MICHEL

Oui.

C'est comme ça tous les jours.


COMMANDANT

Bon, vous pouvez y aller.


JEAN-MICHEL

Merci.


COMMANDANT

(Croisant LEBLEU)

Pas encore parti, vous?


LEBLEU

Vous pouvez m'aider

pour la traite des vaches.


Le COMMANDANT remonte dans la voiture où CARPENTIER parle au téléphone.


CARPENTIER

Ouais, d'accord.

Je vais lui dire là, d'accord.

Mon commandant, c'était

l'institut médico-légal, là.

C'est bien ce que je pensais.

C'est le... C'est bien un corps

d'un homme de race noire,

qu'on a retrouvé à l'intérieur

de la vache sur la plage.

Mais le pire, vous savez quoi?


COMMANDANT

Non.


CARPENTIER

C'est qu'à l'intérieur,

on a retrouvé un morceau

de Mme Lebleu.


COMMANDANT

C'est quoi, ce bordel, là?

Un morceau de quoi?


CARPENTIER

Un doigt de la main.


COMMANDANT

C'est quoi, ce bordel?

Y a des morceaux

dans tous les coins maintenant

qui se baladent?


CARPENTIER

Ouais.

Ouais...


COMMANDANT

Bon, vous allez chercher

madame...

Faut l'apporter à l'institut

médico-légal,

qu'elle reconnaisse le corps.



CARPENTIER

En morceaux?


COMMANDANT

Ouais, bien oui.


CARPENTIER

Bon.


COMMANDANT

En tout cas, ça, Carpentier,

nous sommes sur un crime

passionnel, là.


CARPENTIER

Vous croyez?


COMMANDANT

Ouais, ça, ça change tout.

Allez, on y va, Carpentier.

En avant, Carpentier, allez!


CARPENTIER démarre la voiture et fait le tour de la cour avant de partir.


QUINQUIN et ÈVE sont ensemble derrière un bâtiment de ferme.


ÈVE

Est-ce que tu m'aimes?


QUINQUIN ne répond pas, mais il se serre contre ÈVE. Puis, QUINQUIN embrasse ÈVE.


ÈVE

Je te donne du plaisir?


QUINQUIN

Oui.


Un klaxon interrompt les deux jeunes amoureux.


QUINQUIN

C'est mon oncle Dany

qui revient.


PÈRE DE QUINQUIN

Salut, Dany.

Déjà revenu?


QUINQUIN et ÈVE restent derrière le mur et observent ONCLE DANNY qui descend de voiture.


QUINQUIN

Il revient

de l'hôpital de Boulogne.


ÈVE

C'est parce qu'il est fou?


QUINQUIN

Je m'en fous,

c'est mon tonton.


ÈVE

Moi, il me fait marrer.


QUINQUIN

Viens, on se tire.


QUINQUIN et ÈVE montent sur le vélo et partent vers le village.


QUINQUIN

C'est bon?


Dans la cour de la ferme TERRIER, AURÉLIE chante.


AURÉLIE

♪ Waiting for you ♪

♪ 'Cause I knew ♪

♪ That it's you ♪

♪ Waiting for you ♪

♪ 'Cause I knew ♪

♪ That it's you ♪

♪ Oh it's you ♪

♪ And I knew ♪

♪ That it's you ♪

♪ And... ♪♪


Un klaxon au loin interrompt AURÉLIE qui disparaît dans un bâtiment.


ÈVE et QUINQUIN sont à la plage.


ÈVE

Ptit Quinquin?


QUINQUIN

(Sortant d'un bunker démoli)

Y a plein de tunnels

là-dedans,

tu y vois que dalle en plus.

Ça va pas.

Regarde-moi ça.

J'en ai plein partout.


QUINQUIN revient auprès d'ÈVE en tenant une vieille grenade.


QUINQUIN

Regarde ce que j'ai trouvé,

c'est une grenade.

Elle est pas magnifique?

Ça fait la 60e.

J'y retournerai dans le

blockhaus parce que, hein...

on en trouve plein.

Putain, je suis tout crade.

Faut que j'aille à la mer

et me rincer, là.


ÈVE

Tant mieux,

j'ai envie de pisser.


QUINQUIN et ÈVE avancent dans la mer.


QUINQUIN

Putain, je suis tout crade!


ÈVE

Oh putain,

j'avais trop envie de pisser!


QUINQUIN

Putain, ça caille trop ici!

(Retournant vers le bunker)

Eh, il y a des gamins

sur notre bunker.

Viens, on va aller voir.


Les deux gamins du parc d'autotamponneuses sont assis sur les blocs de béton cassé du bunker.


GARÇON

Regarde, ils arrivent.


QUINQUIN

Putain, elle est où

ma grenade?

Eh, ma grenade, elle a disparu.

(S'adressant à l'autre garçon.)

Eh, rends-moi ma grenade, toi!

Putain, mais rends-la-moi!

Eh, je t'ai dit: rends-la-moi,

c'est simple.

Putain, rends-la-moi!


QUINQUIN prend son vélo et ses vêtements et s'éloigne du bunker. ÈVE suit QUINQUIN.


Le GARÇON 2 tient une arme dans ses mains et fait comme s'il tirait sur quelque chose.


QUINQUIN et ÈVE ont enfilé des vestes et marche sur le sentier de la plage.


QUINQUIN

En fait, j'ai pas voulu...

les taper devant toi

parce qu'après,

ils allaient peut-être...

j'allais peut-être te mettre

en danger, je voulais pas.

Sinon, avec mes copains,

on les aurait tabassés.

T'inquiète, ils vont se prendre

une branlée dès que je pourrai.


ÈVE

Tu viens au concours

à ma soeur, ce soir?


QUINQUIN

Ouais.


Le soir tombé, DANY, atteint de trisomie, sort de la maison.


DANY se rend jusqu'au chemin et regarde le village au loin.


PÈRE DE QUINQUIN

(Voix au loin)

Dany! Dany, t'es où?

(Trouvant son frère)

Ah bien, t'es là.

Qu'est-ce que tu fais?

Tu regardes le concert?

Ptit Quinquin, il est là-bas.

Il est parti voir le concours

de chant de la fille Terrier.

Bon, viens, on va rentrer.


Une scène est dressée dans un champ pour le concours.


QUINQUIN et KEVIN se chamaillent plutôt que d'écouter les chanteurs.


THOMAS

(Chantant)

♪ I remember when I saw you ♪

♪ I felt something

that I wanted ♪

♪ For the first time ♪

♪ You don't remember... ♪♪


PRÉSENTATEUR

C'était notre avant-dernier

candidat, Thomas Delmaie,

qui nous a interprété Remember.

Alors, messieurs, dames,

comme les autres candidats,

nous allons maintenant

demander à l'applaudimètre

de le départager.

Alors à trois,

je vais vous demander

de l'applaudir comme il se doit.

Pour Thomas, un, deux, trois.

Je vous rappelle

que nos jeunes artistes

concourent pour une télévision

sur Paris.

Donc voilà, on peut les encourager,

si vous voulez les revoir.

Maintenant,

notre dernière candidate

pour ce radio-crochet

de la côte de Bâle.

Je vous demande de l'accueillir

comme il se doit,

rien que pour vous,

Aurélie Terrier!


QUINQUIN et KEVIN rejoignent ÈVE et JORDAN sur un banc.


PRÉSENTATEUR

Ça va, Aurélie?


AURÉLIE

Très bien, merci.


PRÉSENTATEUR

Alors, qu'est-ce

que tu vas nous interpréter?


AURÉLIE

Cause I knew.


PRÉSENTATEUR

D'accord. Pas trop stressée?


AURÉLIE

Non, ça va.


PRÉSENTATEUR

Bon, très bien.

On peut l'applaudir bien fort.

Aurélie Terrier!


AURÉLIE

♪ I've been asleep a long time ♪

♪ But then I wake up ♪

♪ I saw your face ♪

♪ And I kissed you ♪

♪ I've been all around here ♪

♪ Trying to be yours ♪

♪ And you treat me

like you never do ♪

♪ But I keep my side

by your side ♪

♪ 'Cause I knew ♪

♪ That it's you ♪

♪ And you're taking

the time you need ♪

♪ And I'm still here ♪

♪ Waiting for you ♪

♪ 'Cause I knew ♪

♪ That it's you ♪

♪ Oh it's you ♪

♪ I've been asleep a long time ♪

♪ But then I wake up

I saw your face ♪

♪ And I kissed you high ♪

♪ I've been all around here ♪

♪ Trying to be yours ♪

♪ And you treat me

like you never do ♪

♪ But I keep myself

by your side ♪

♪ 'Cause I knew ♪

♪ That it's you ♪

♪ And you're taking

the time you need ♪

♪ And I'm still here ♪

♪ Waiting for you ♪

♪ 'Cause I knew ♪

♪ That it's you ♪

♪ Oh it's you ♪

♪ 'Cause I knew ♪

♪ That it's you ♪

♪ And you're taking the time

you need ♪

♪ And I'm still here ♪

♪ Waiting for you ♪

♪ 'Cause I knew ♪

♪ That it's you ♪

♪ And I knew ♪

♪ 'Cause I knew ♪

♪ That it's you ♪

♪ 'Cause I knew ♪

♪ 'Cause it's you ♪♪


PRÉSENTATEUR

Et voilà,

c'était Aurélie Terrier!

Ça va, ça a été, Aurélie?

Alors, Aurélie, comme les autres

candidats, bien sûr,

nous allons demander au public

de t'applaudir pour te noter.

Attention, pour Aurélie,

un, deux, trois!


La foule acclame AURÉLIE.


PRÉSENTATEUR

Voilà, c'est ainsi que

s'achève notre radio-crochet.

Notre prochain concours

aura lieu à Boulogne-sur-Mer...


QUINQUIN

(S'adressant à ses amis)


QUINQUIN

Eh, regardez, y a le négro.


PRÉSENTATEUR

Nous comptons bien sûr

sur votre présence.

Une bonne soirée,

à très bientôt,

merci beaucoup!


QUINQUIN

Putain, on va les niquer,

ces raloufs!


KEVIN

Bande de fils de pute,

on va vous niquer,

espèces de bâtards!


QUINQUIN et ses amis pourchassent les deux garçons d'origines étrangères.


KEVIN

Bande de bougnoules!


QUINQUIN et ses amis approchent de la plage.


KEVIN

Eh, ils sont peut-être là-bas.


JORDAN

Ta gueule, Kevin.


QUINQUIN

Putain, mais silence.

Chut!


Les deux garçons sont cachés dans les herbes hautes au bord de la mer.


Un téléphone sonne.


GARÇON 1

Putain, Mohamed,

ton téléphone!


QUINQUIN

Ils sont là, ces bâtards?


QUINQUIN et ses amis découvrent la cachette des deux garçons et leur sautent dessus.


KEVIN

Sales bougnoules de mes

couilles! Sales bâtards!

Nique ta mère, sale bâtard!


JORDAN

Allez!

Au revoir, les connards!


KEVIN

Bande de fils de putes!


GARÇON 1

Ta mère!


Les deux garçons s'enfuient à toutes jambes.


QUINQUIN

Ça sert à rien

de leur courir après,

ils se sont déjà pris

une bonne dérouillée.


KEVIN

T'as raison, Quinquin.


QUINQUIN

Allez, venez.


Aux abattoirs de Marquise, le COMMANDANT et CARPENTIER cherchent des informations. D'abord sur le quai de déchargement ou un EMPLOYÉ explique la démarche.


EMPLOYÉ

Ici, les camions,

ils arrivent par là,

on décharge les bêtes

pour aller les ramener dans

la bouverie ici à l'intérieur.


COMMANDANT

Et vous connaissiez M. Bhiri?


EMPLOYÉ

Oui, je connais M. Bhiri.

Malheureusement, j'ai su

qu'il a été découvert mort,

sur une plage, dans une vache.

On faisait le même métier

ensemble.

Il était sacrificateur

comme moi.

(Entrant dans l'abattoir)

Et ici, les bêtes,

quand elles arrivent,

on les rentre ici dans la

bouverie, on les parque ici.


COMMANDANT

Il est où le vétérinaire?


Le COMMANDANT et CARPENTIER ont enfilé des combinaisons aseptisées pour passer dans les salles de faisandage.


EMPLOYÉ

Il est de l'autre côté.

On peut aller le voir.

M. Delaye est là.


COMMANDANT

C'est quoi ce massacre, là?

Je vais me mettre au poisson,

moi. Ça va, monsieur Delaye?

Vous vouliez me voir, non?


DELAYE

Lieutenant...


CARPENTIER

Bonjour.


COMMANDANT

Oui. Alors, ça dit quoi

les examens?


DELAYE

Bien, ça dit que...

j'ai fait les analyses

des deux vaches,

de la plage et du bunker...


COMMANDANT

D'accord.

Vous avez découvert quoi?


DELAYE

Qu'elles étaient malades

de la vache folle.


COMMANDANT

La vache folle?

Deux vaches folles?


DELAYE

Oui.


COMMANDANT

On est tranquille avec ça.


DELAYE

Et c'est tout?


COMMANDANT

Non, j'ai retrouvé

un autre truc.

On est pas passé par la queue

mais par la bouche.


COMMANDANT

Par la bouche?


DELAYE

Oui.


CARPENTIER

Attendez, si je vous suis bien,

vous dites que les corps

humains n'ont pas été introduits

par le cul, mais par la bouche?


DELAYE

Oui.


CARPENTIER

Bien alors là, commandant, je

crois qu'on a fait fausse route.

Donc ça voudrait dire

que quelqu'un a découpé

un corps humain,

l'a laissé dans le champ

et les vaches les ont mangés.


DELAYE

C'est ça.


CARPENTIER

C'est ça.

Et au fait, docteur,

les vaches, c'est pas carnivore.


DELAYE

Non.


CARPENTIER

Bon alors?


DELAYE

Bien c'est des vaches folles.


CARPENTIER

Donc vous voulez dire

qu'une vache folle

serait capable de manger

un corps humain?


DELAYE

Oui.


CARPENTIER

Alors là, commandant,

on rentre dans un...

domaine rationnel.

De quoi est capable

une vache folle?

De manger un corps humain.

Où va-t-on?

Bon, nous avons encore

des choses à nous dire?


DELAYE

Pour le moment, non.


CARPENTIER

Bon, vous savez

où nous trouver?


CARPENTIER

Allez, on va vous laisser.

Et un petit coup de fil.


DELAYE

OK.


Le COMMANDANT et CARPENTIER sortent de l'abattoir.


COMMANDANT

Bon, en un,

Mme Lebleu et M. Bhiri

étaient amants.

Deux, on les retrouve

assassinés.

Trois, découpés en morceaux.

Quatre, dans des vaches.


CARPENTIER

Deux vaches folles.


COMMANDANT

Ouais, mais bon...

Une dans un bunker,

on sait pas comment

elle est arrivée là.

L'autre sur la plage,

on sait pas pourquoi.

Là, c'est le diable en personne,

là, Carpentier.

Bon, on y va.


QUINQUIN prend son bol de chocolat assis sur le seuil de la porte, chez lui.


QUINQUIN

(Pour effrayer les oiseaux)

Eh!


Un gamin arrive dans la cour.


CHTIDERMAN

Eh, Ptit Quinquin!

Chtiderman!


QUINQUIN

T'es qui, toi? Qu'est-ce

que tu viens faire ici?


CHTIDERMAN

Chtiderman!


QUINQUIN

Quoi, Chtiderman?


CHTIDERMAN court dans la cour et fonce sur une porte de grange.


QUINQUIN

Eh, fais gaffe à mes murs!

(Observant la course folle de CHTIDERMAN.)


QUINQUIN

Putain, tu serais pas

le cousin d'Ève, toi?


CHTIDERMAN

Chtiderman!

Chtiderman!


CHTIDERMAN saute sur un mur et grimpe comme un lézard.


ÈVE

Guy, putain!

Qu'est-ce que tu fais là?

Ta mère, elle t'attend

pour aller aux moules.

Allez, grouille.

Grouille.


CHTIDERMAN saute par terre et marche rejoindre sa mère.


QUINQUIN

Eh, ton cousin,

il s'y croit trop,

ça le fait carrément

son Chtiderman.

Ça le fait trop.


ÈVE

Pourquoi t'es parti hier,

au concours de ma soeur,

sans attendre les résultats?


QUINQUIN

Ah, c'est parce qu'on a revu

les deux bâtards, là.

Du coup, on les a coursés.

Après, ils se sont pris

une raclée, mais pas possible.

Au fait, elle a gagné, ta soeur?


ÈVE

Oui.


QUINQUIN

Ça va être une star,

elle va passer à la télé.


DANY sort de la maison.


DANY

Bonjour, excusez-moi.

Je ne fais que passer,

je vais faire mon tour.


QUINQUIN

D'accord, va faire ton tour.

Tiens, hop.


CHTIDERMAN

(Courant derrière DANY)

Chtiderman!

Chtiderman!


DANY

Tu crois me faire tomber, toi!


CHTIDERMAN

Chtiderman!


DANY

J'ai pas peur.

Reviens, t'en fais pas.


CHTIDERMAN

Chtiderman!


ÈVE

Putain, Guy,

qu'est-ce que tu fous là?


CHTIDERMAN

(Tournant autour de DANY)

Chtiderman!


QUINQUIN

Putain, mais tu vois pas

qu'il va tomber?

Arrête tes conneries

avec Chtiderman, là.


DANY finit par tomber d'étourdissement.


QUINQUIN

Putain, ça va, Dany?

Putain, connard.

(Courant pour attraper CHTIDERMAN)

Je vais t'avoir!

Putain, connard!


CHTIDERMAN court et monte dans la voiture de sa mère.


PÈRE DE QUINQUIN

Alors, Quinquin, qu'est-ce

que t'as fait à ton oncle Dany?


QUINQUIN

Mais c'est pas moi.


PÈRE DE QUINQUIN

C'est qui alors?


QUINQUIN

C'est Chtiderman.


PÈRE DE QUINQUIN

C'est qui, celui-là?


QUINQUIN

Chtiderman.


PÈRE DE QUINQUIN

Mais de où qu'il sort?


QUINQUIN

Mais je sais pas, moi.


PÈRE DE QUINQUIN

Alors tu joues avec des gens

que tu connais pas?


QUINQUIN

Je sais pas, ce matin,

il est venu dans la ferme,

sans que je lui donne

une invitation,

il a fait ses conneries.


PÈRE DE QUINQUIN

Bon, c'est tout!

Je m'en vais m'occuper

de ton oncle et après,

t'auras affaire à moi.

T'as compris?


La voiture du COMMANDANT passe devant la ferme.


COMMANDANT

(S'adressant à QUINQUIN)

Je t'ai à l'oeil.


ÈVE

Pourquoi il t'a fait ça?


COMMANDANT

Je sais pas.

Il commence à me courir,

ce gros lard.


ÈVE

Tu m'emmènes au défilé?


COMMANDANT

Oui.


ÈVE

Je vais chercher

ma trompette.


QUINQUIN

OK. Je vais chercher mon vélo.


Dans la voiture, le COMMANDANT continue de râler.


COMMANDANT

Je t'ai à l'oeil, gamin!

Maintenant, on sait

où que t'habites.


ÈVE porte sa tenue de majorette.


QUINQUIN

(Arrivant à vélo)

Ah, bien te voilà.

Vas-y, monte.

T'es prête?


ÈVE

Ouais.


QUINQUIN

C'est parti.

Pas trop stressée?


ÈVE

Non, ça va.


Intertitre:R [L'diable in perchonne


Le COMMANDANT et CARPENTIER sont à l'extérieur de la voiture au village. Les majorettes et la fanfare se préparent pour le défilé.


Le COMMANDANT fait le tour des personnes présentes en donnant la main.


COMMANDANT ET VILLAGEOIS 

Bonjour.

Bonjour, commandant.

Bonjour.

Bonjour, commandant.

Bonjour.


COMMANDANT

(S'adressant à une majorette)

Bonjour.

Je peux parler à votre chef?

- C'est la blonde là-bas.


COMMANDANT

(S'adressant à la CHEF)

Bonjour. Je peux vous parler,

s'il vous plaît?


CHEF DE MAJORETTES

Bonjour.


COMMANDANT

Je me présente, commandant

der Weyden de Boulogne.


CHEF DE MAJORETTES

Bonjour.


COMMANDANT

Je... j'enquête...

Ah.

C'est moi qui flanche...

Au sujet de Mme Lebleu.


CHEF DE MAJORETTES

Oui.


COMMANDANT

Donc... ces derniers temps,

y avait rien d'inhabituel?


CHEF DE MAJORETTES

Non. Elle était toujours

présente à nos entraînements

avec nous.


COMMANDANT

Oui. Vous êtes certain

qu'il y avait rien?


CHEF DE MAJORETTES

Non... Elle était comme d'habitude.


COMMANDANT

Oui?


CHEF DE MAJORETTES

Oui.


COMMANDANT

Et M. Bhiri?


CHEF DE MAJORETTES

Monsieur?


COMMANDANT

M. Bhiri, ça te dit rien

non plus?


CHEF DE MAJORETTES

C'est le père de la petite

Aicha qui est dans notre groupe.


COMMANDANT

Ah, bon? Je savais pas

qu'ils avaient une fille.


CHEF DE MAJORETTES

Si, si. Aicha,

viens dire bonjour.

Aicha, viens dire bonjour

au monsieur.

Dis bonjour.


COMMANDANT

Donc Mme Lebleu connaissait

bien son père?


CHEF DE MAJORETTES

Oui. Son père l'accompagnait

à chaque entraînement

et Mme Lebleu,

en tant que présidente,

était la chef de répétition.

Maintenant, va falloir que

je vous laisse,

parce qu'on doit se mettre

en place.

Allez, les filles, on y va!


QUINQUIN arrive à vélo avec ÈVE.


COMMANDANT

Carpentier...

Ils se foutent de nous.

C'est certain que Mme Lebleu

et M. Bhiri... se connaissaient mieux

que ça avant, parce que...

Là, tout le monde se fout

de nous, non?

Parce que... personne

ne va rien dire.

C'est clair comme...

Comment...

Un rocher sur une...

Parce que, bon...

En plus, y a Aicha, qui est

la fille de M. Bhiri,

qui fait les majorettes.

Donc certain qu'ils étaient

amants, moi.

Ouais. Bon, on y va.


Le défilé commence.


La voiture du COMMANDANT ouvre la marche. Dans la rue, des gens se sont réunis le long du parcours pour voir le défilé. Le COMMANDANT salue les gens de la main.


COMMANDANT

Vous voyez tous ces gens qui

nous regardent, Carpentier?

S'il y aurait pas la gendarmerie,

ça serait le bordel.

Faudrait pas qu'ils nous

rappellent.

Parce qu'on est partis,

on est partis.


Une main se tend à la fenêtre de la voiture


COMMANDANT

Salut, Rogier,

comment ça va?


ROGIER

Salut, ça va, ça va.


COMMANDANT

Le diable est parmi nous.

Il nous regarde du haut, là.


Le défilé est arrêté devant un monument.


CHEF DU CORPS DE CLAIRONS

Garde-à-vous!


Après quelques notes, le corps de clairons se tait. Le silence s'installe comme suspendu dans le temps.


Au loin un klaxon trouble le moment solennel.


QUINQUIN

Ève! Ève!


COMMANDANT

Oh, va voir!


Au bout d'un moment, les tambours et les clairons entament la Marseillaise.


Puis les porteurs de drapeaux descendent du tertre où le monument se dresse. Et le défilé reprend.


Les villageois sont ensuite réunis dans une salle de réception pour un goûter.


COMMANDANT

(Approchant du marie)

Bonjour, monsieur le maire.

Belle cérémonie.


MAIRE

Hum... écoutez,

c'est très bien,

les forces de l'ordre.


COMMANDANT

Impeccable.


MAIRE

Ça marche?


COMMANDANT

Ouais. Tout s'est bien passé.


MAIRE

Y a pas eu trop d'ennuis

la nuit?


COMMANDANT

Non, non. Impeccable.


MAIRE

Voyez, je vous présente

nos anciens combattants

de la commune.

Notre section qui...


COMMANDANT

Bonjour.


MAIRE

...se réduit d'une année

sur l'autre. J'espère

qu'à un moment donné,

y aura de la relève

pour refaire des nouveaux

anciens combattants.


COMMANDANT

Vous savez, les guerres,

il va y en ravoir,

parce que, bon... certain que

les gens vont en refaire,

donc certain, nos jeunes...

parce que, bon... ça va venir, ça.

Les soldats...


MAIRE

La guerre, ce sera

pour quel secteur?


COMMANDANT

Je sais pas.


MAIRE

L'Afrique?


COMMANDANT

Non. Un peu partout

maintenant.


MAIRE

Partout? Guerre totale alors.


COMMANDANT

Ouais.


MAIRE

Dis donc, c'est pas rassurant.


COMMANDANT

On va vous laisser,

monsieur le maire.


MAIRE

D'accord. À la prochaine.


COMMANDANT

À la prochaine.


COMMANDANT

Ce brave Rogier,

il est idiot ou quoi?

Il raconte n'importe quoi.


VILLAGEOIS 1

Il sait pas ce que c'est.


MAIRE

Il sait pas ce que c'est

que la guerre.


ANCIEN COMBATTANT

Moi, je crois qu'il a pas

la carrure d'un chef.


MAIRE

Y a besoin d'autorité.


Des fillettes sont rassemblées autour de QUINQUIN.


QUINQUIN

Il commence à me courir,

ce gros-là.

On dirait qu'il est pédé.


LEBLEU chante la pomme à la CHEF des majorettes.


Le COMMANDANT fait signe à CARPENTIER de suivre LEBLEU tandis qu'il va parler à la CHEF des majorettesé.


COMMANDANT

Alors, vous connaissez bien

M. Lebleu, là.


CHEF DE MAJORETTES

Monsieur?


COMMANDANT

Lebleu.


CHEF DE MAJORETTES

Qui?


COMMANDANT

Je vous ai vus.

Donc... c'était plus qu'un ami

pour vous, non?

Comment vous étiez affichés là.


CHEF DE MAJORETTES

M. Lebleu?

C'est juste un ami,

comme je vous ai déjà dit, oui.


COMMANDANT

Mais là, vous vous foutez

de moi carrément, tous les deux.


CHEF DE MAJORETTES

Non. Désolée.


COMMANDANT

Ah, si, c'est certain.


CHEF DE MAJORETTES

Non. Vous savez quoi?

On va appeler mon avocat.


COMMANDANT

Y a du monde qui nous regarde

puis en plus...

On fait un scandale ici. Donc...

Y a le maire en plus qui

nous regarde là-bas.


CHEF DE MAJORETTES

Mais qu'est-ce que c'est

que ce business?

Rogier, t'es en train de foutre

le fourbi, comme un jour de 14-juillet.

Avec notre majorette?

Je te la prends.


COMMANDANT

Je voudrais pas gâcher

votre fête nationale,

monsieur le maire.


CHEF DE MAJORETTES

Merci.


Le COMMANDANT sort de la salle et rejoint CARPENTIER à l'extérieur.


COMMANDANT

Alors, vous l'avez interrogé,

cet homme?


CARPENTIER

Non, mon commandant,

je vous attendais.


COMMANDANT

M. Lebleu, vous pouvez

y aller, on se verra plus tard.

On voudrait pas vous déranger

aujourd'hui.


LEBLEU soupire et s'en retourne vers la salle.


CARPENTIER

Mon commandant,

je comprends pas

pourquoi vous le laissez partir.


COMMANDANT

Pourquoi?


CARPENTIER

Bien oui.


COMMANDANT

C'est le 14-juillet.

En plus, c'est sacré.

Ça a toujours été sacré,

le 14-juillet.

Ça va pas changer.

C'est sacré, c'est sacré.

Compris? Hein?

Sacré, le 14-juillet.

Et en plus, c'est mystique.

Allez, on y va.


Le COMMANDANT et CARPENTIER se dirigent vers leur voiture.



COMMANDANT

J'arrive, j'arrive.


QUINQUIN et ÈVE montent sur le vélo de QUINQUIN. [QUINQUIN

Monte.

Tu t'accroches, hein?

On va au bunker.

Ça te va?


Arrivés au blockhaus, QUINQUIN et ÈVE s'amusent à courir partout.


ÈVE s'amuse à marcher en équilibre sur le pourtour du puits. QUINQUIN est déjà à l'intérieur.


QUINQUIN

Ève!


COMMANDANT

J'arrive, Ptit Quinquin.


Au fond du puits, des roses ont été déposées sur une mare de sang. ÈVE, qui a gardé son uniforme de fanfare, tient son cor français sous le bras, très solennellement. Au bout d'un moment, ÈVE joue un air de cor français.


QUINQUIN

Tu joues de la musique

d'enterrement?


ÈVE

Oui.


QUINQUIN

C'est triste, hein?

Je me demande comment la vache,

elle a pu atterrir ici.

Et comment la dame,

elle a pu aller dedans.

(Montrant de vieilles douilles)

Regarde ce que j'ai trouvé.

Y en a plein là-bas.


ÈVE

Prends-moi dans tes bras.


QUINQUIN serre ÈVE dans ses bras.



QUINQUIN

Viens, mon amour.

On s'en va.


Sur un chemin de grève, le COMMANDANT et CARPENTIER se sont arrêtés et marchent vers la mer.


COMMANDANT

Allez donner un coup de main

aux pompiers.

C'est quoi cet abruti?

Il est allé à la plage

pour quoi?


Les pompiers tirent sur une corde pour sortir une voiture de la mer.


Un hélicoptère arrive et se place au-dessus de la voiture pour pousser l'eau.


COMMANDANT

Eh, oh!

Dégagez!

Allez!

Dégagez!


Nuisant plus qu'aidant, l'hélicoptère quitte les lieux.


COMMANDANT

Je comprends pas comment

on peut être aussi bête.

Dépenser l'argent

des contribuables.


Des reporters et des badauds arrivent sur la plage.


COMMANDANT

Carpentier!


JOURNALISTE

(Voix au loin)

Bonjour, monsieur.

Vous êtes le propriétaire

du véhicule?


CONDUCTEUR

(Voix au loin)

Oui, madame.


CARPENTIER rejoint le COMMANDANT près de la voiture.


COMMANDANT

Vous voulez passer à la télé?


CARPENTIER

Non.


COMMANDANT

Vous voyez, les pompiers ont

la situation en mains.


CARPENTIER

Oui.


COMMANDANT

Et vous n'êtes pas pompier.


CARPENTIER

Non.


COMMANDANT

Bon, on y va, parce qu'on a

du boulot là. Hein?

Faudrait peut-être penser

à travailler.


Le COMMANDANT et CARPENTIER remontent dans la voiture et partent.


QUINQUIN et ÈVE marche dans un sentier de forêt.


QUINQUIN

Regarde, c'est mon bunker

préféré.

Il est fantastique.

Trop extraordinaire.


Le bunker est dissimulé à flan de falaise, comme une grotte.


QUINQUIN

Je pars en exploration là.

Ils l'ont coulé. Les murs...

vont s'effondrer, mais...

j'ai repéré une galerie

où j'avais jamais été.

Bon, j'y vais.

(Entrant dans le bunker)

Tu m'attends, hein?

Pars pas sans moi.


ÈVE

Ptit Quinquin!


QUINQUIN revient par les champs.


QUINQUIN

Coucou!


ÈVE

Qu'est-ce que tu fous là?


QUINQUIN

J'ai trouvé un passage secret.

Ce bunker communique

avec l'autre.

T'aurais dû voir, j'étais dans

le noir, je voyais plus rien.

Attends, tu te rends compte?

Là, ça tombe, la vache,

elle est sans doute passée ici.

Parce qu'elle est pas tombée

du ciel. Tu comprends?


ÈVE

Allez, viens, on se tire.


QUINQUIN

Pourquoi? T'as peur?


ÈVE

C'est le diable qui habite

ici.


Aussitôt que QUINQUIN et ÈVE sont retournés dans les bois, DANY sort de sa cachette dans le bunker et court sur le sentier de la forêt.


Une journaliste se tient à l'extérieur d'un hangar pour un reportage télé.


JOURNALISTE TÉLÉ

Est-ce que ça va?

Bon, bien, je commence.

Bonjour. Alors je viens

d'arriver dans cette ferme,

d'un petit village bien

tranquille au bord de la plage,

où des crimes atroces

ont été commis.

Beaucoup de crimes.

Deux cadavres auraient été

découverts sur la plage,

les corps démembrés-


JEAN-MICHEL

(Se tenant derrière la journaliste)

Non. Y en a un à côté

des bunkers.


JOURNALISTE TÉLÉ

La stupéfaction est totale

ici. C'est un petit village

où d'habitude-


JOURNALISTE TÉLÉ

C'est un grand village ici.


JOURNALISTE TÉLÉ

Où d'habitude, il ne se passe

pas grand-chose.

Donc après les deux cadraves...

les deux cadavres, pardon,

un 3e cadavre est sur le point

d'être annoncé.

Il serait retrouvé

dans cette ferme.

Les habitants sont sous le choc

face à ces crimes terrifiants.

Nous avons, je pense,

un habitant qui pourrait

témoigner.

Bonjour, Jean-Michel.


JEAN-MICHEL

Bonjour.


JOURNALISTE TÉLÉ

Bonjour. Jean-Michel,

est-ce que vous pouvez nous dire

comme réagit la population

face à ces crimes mystérieux

et un peu terrifiants?


JEAN-MICHEL

Je sais pas.


JOURNALISTE TÉLÉ

Vous savez pas?

Mais... vous, Michel,

comment réagissez-vous

face à ces crimes?


JOURNALISTE TÉLÉ

Moi, je peux pas dire.

Les gens, il sait pas.


JEAN-MICHEL

Mais vous, Michel, vous,

comment réagissez-vous

face à ces crimes atroces?


JOURNALISTE TÉLÉ

Il faut demander aux habitants

de la ferme.

Après, il faut demander

aux gens du village.


JEAN-MICHEL

Merci. Merci, Jean-Michel.

Donc vous voyez derrière moi,

les gendarmes et

la police scientifique

sont à l'oeuvre.


Le COMMANDANT sort du hangar avec CARPENTIER.


COMMANDANT

Putain. Manquait plus que ça.

Hein, Carpentier?

Un troupeau de journalistes

excités.

Comme des mouches à brun.


JOURNALISTE TÉLÉ

Mon commandant!

Mon commandant!

Commandant!


COMMANDANT

Vous pouvez me regarder.

Je me coiffe un peu

avant d'y aller.


JOURNALISTE TÉLÉ

Commandant? Commandant?


CARPENTIER

Ça va, ça va.


COMMANDANT

Ouais?


CARPENTIER

Ouais. Vous êtes beau.


COMMANDANT

Bon, on va y aller.


CARPENTIER

Oui.


JOURNALISTE TÉLÉ

Commandant, mon commandant,

s'il vous plaît!

Commandant! Commandant!

Mon commandant, bonjour.

Où en est l'enquête?

Qu'est-ce que vous venez

de découvrir

dans cette petite ferme?


COMMANDANT

On a découvert un cadavre.

Donc après le premier examen

de la scientifique,

il s'agirait de M. Lebleu,

le propriétaire de la ferme.


JOURNALISTE TÉLÉ

D'accord. Dans quel état

avez-vous découvert ce cadavre?


COMMANDANT

Pour l'instant,

on peut rien dire.

On avait déjà retrouvé sa femme

y a une semaine.


JOURNALISTE TÉLÉ

Oui. Et...


COMMANDANT

Pour l'instant,

tous les analystes y sont

encore. Donc on peut...

on peut rien vous dire.

Non.

Tous les examens sont en cours,

donc... désolé.


JOURNALISTE TÉLÉ

D'accord. Mon commandant,

où en est l'enquête,

alors qu'un 3e cadavre vient

d'être découvert

dans des conditions extrêmement

violentes?


COMMANDANT

C'est terminé

pour aujourd'hui.

On verra une autre fois.


JEAN-MICHEL arrive avec les vaches qui foncent sur les gens dans la cour.


JOURNALISTE TÉLÉ

La caméra, attention!


JEAN-MICHEL

Poussez-vous! Poussez-vous!

Oh!


COMMANDANT

Les mouches à brun,

ils ont peur des vaches.

Vous voyez comment

ils sont cons, hein?

Allez, on y va.

Allez!

(Retournant à la voiture)

Voyez, Carpentier,

vous croyiez cet homme

coupable d'avoir assassiné

sa femme et son amant.

Quand même bizarre qu'on l'ait

retrouvé dans sa fosse à purin.


CARPENTIER

Il s'est peut-être suicidé.


COMMANDANT

Vous vous foutez de ma gueule?

Dans sa fosse à purin, on l'a

retrouvé. Ça, c'est un meurtre.

Pas besoin d'avoir des analyses

pour ça.


CARPENTIER

C'est vous qui m'avez dit

pour les analyses

qu'il fallait attendre.

Les analyses, c'est la règle.

Et la règle, c'est la règle.


COMMANDANT

Vous savez, vous êtes un bon

flic, Carpentier, au fond.

Si ça continue, vous allez

prendre ma place.

Je vous la donne.

Mais là, y en a sûrement une

qui doit savoir quelque chose.

Allez, on y va.

Putain! C'est quoi toutes ces

mouches à brun dans la bagnole?

Hein?


Au village les filles répètent des chorégraphies de majorettes.


CHEF DE MAJORETTES

On va reprendre le mouvement

du défilé.

Le premier. Deux fois comme ça.

Trois, quatre.

Un... deux...

C'est bon pour tout le monde?

On le refait une fois?

Trois, quatre.

Un... deux...

On va le faire avec la musique.

On va le refaire une fois.

Trois... quatre.

Donc le prochain,

ça fera un, deux...

Un, deux...

Vous prenez main gauche.

Pareil de l'autre côté

Un, deux...

Un, deux...

En haut, derrière, côté, devant.


Le COMMANDANT se plante derrière la CHEF des majorettes.


COMMANDANT

Madame Campin.


CHEF DE MAJORETTES

Sur le côté et on se retourne.


COMMANDANT

Madame Campin.

Madame Campin,

faudrait peut-être

qu'on finisse la conversation

d'hier, non?


CHEF DE MAJORETTES

Vous connaissez mon nom?


COMMANDANT

Oui. Je vous ai vue hier

avec M. Lebleu. Donc...


CHEF DE MAJORETTES

Quel crime affreux!


COMMANDANT

Vous étiez en relation

avec lui?


CHEF DE MAJORETTES

Ça se voit. Vous voyez pas

dans l'état où je suis?

Et en quoi ça vous regarde?


COMMANDANT

Y a une enquête de gendarmerie

quand même qui est ouverte.

Y a mort d'homme, tout ça.

Vous étiez ensemble hier ou pas?


CHEF DE MAJORETTES

À la cérémonie.

Pourtant, vous nous avez vus

dans la salle.


COMMANDANT

Vous avez fait quoi après?



CHEF DE MAJORETTES

Après, j'étais chez moi

avec mon mari.

D'ailleurs, le voilà qui arrive.


Un motocycliste arrive en pétarade.


CHEF DE MAJORETTES

Les filles, on se voit

la semaine prochaine.


ENSEMBLE

Au revoir.


La CHEF des majorettes monte sur la moto qui part aussitôt.


COMMANDANT

Je comprends pas

qu'elle s'est amourachée

d'un cultivateur, moi.

Elle a un si beau motard.


CARPENTIER

Vous savez ce qu'on dit,

grosse moto, petite quéquette.


COMMANDANT

C'est un gars qui aurait pu

mettre l'amant de sa femme

dans la fosse à purin, ça, non?

Qu'est-ce que vous en pensez?


ÈVE

(Approchant du commandant)

Monsieur.


COMMANDANT

Ouais. Quoi?

Mademoiselle.

Qu'est-ce qu'il y a?

Ah, une petite fille qui

s'intéresse à la gendarmerie.

C'est bien ça. Qu'est-ce que tu

veux à la gendarmerie? Hein?


ÈVE

Ptit Quinquin, il a découvert

un souterrain hier.


COMMANDANT

Et puis y a lui là-bas aussi.

Les petits enfants de la France.

C'est bien ça. Attends, on va

aller le voir là-bas.

Allez! Hop!

♪ Quinquin le petit poussin

Le gros raisin ♪

Alors, t'as découvert quoi?



ÈVE

Le souterrain qui ramène

à l'autre bunker

où on avait retrouvé

la vache morte.


COMMANDANT

Ah, bon? T'as trouvé l'entrée?

Bien, vous allez nous y emmener.

Allez, Carpentier,

on va y aller.

Tu nous fais voir

le passage secret.


Le COMMANDANT et QUINQUIN marchent dans le souterrain.


COMMANDANT

Allez, passe devant.

C'est comme ça que la vache,

elle est venue?


QUINQUIN

Je sais pas, moi.


COMMANDANT

Tu sais pas...

Tu sais que... normalement,

on a rien à foutre

dans les bunkers.


QUINQUIN

Tant mieux.


COMMANDANT

C'est interdit par la loi.

C'est fini ça, parce que...


QUINQUIN

(Sortant du bunker)

C'est ici, monsieur.


COMMANDANT

Ouais. T'as mis le doigt

dans le mille.


QUINQUIN

Monsieur, vous avez marché

dans de la bouse.


COMMANDANT

Dans quoi?


QUINQUIN

Dans de la bouse.


COMMANDANT

Putain! De la merde!

Donc elle est passée ici,

nom de Dieu!


QUINQUIN et ÈVE sont assis sur la banquette arrière de la voiture du COMMANDANT.


La voiture s'arrête dans la cour de la ferme de QUINQUIN.


DANY court, effrayé par la voiture.


COMMANDANT

(S'adressant au PÈRE de QUINQUIN venant à sa rencontre)

Bonjour, monsieur!


PÈRE DE QUINQUIN

Bonjour.


COMMANDANT

Je vous ramène votre gamin

et une gamine.


PÈRE DE QUINQUIN

T'es un as.


COMMANDANT

Ouais.


Tous restent têtes baissées et muets.


ÈVE

(Partant chez elle)

Bon, allez, je reviens.


COMMANDANT

Ah! Vous avez un beau

corps de ferme ici.


PÈRE DE QUINQUIN

Oui.


COMMANDANT

Puis en plus, vous avez

une vue magnifique, non?

Et là-bas, la personne qui

se promène, c'est qui?


PÈRE DE QUINQUIN

C'est mon frère.


COMMANDANT

Ah? C'est votre frère?


COMMANDANT

Bon, bien moi,

je vais vous laisser

Et au fait, c'est monsieur

comment?


PÈRE DE QUINQUIN

M. Lebleu.


COMMANDANT

Ah? M. Lebleu?

C'est bizarre, ça.

Vous êtes parent

avec la ferme d'en bas?

Non?


PÈRE DE QUINQUIN

Ouais.


COMMANDANT

Oui?

C'est bien.

Ptit Quinquin, j'aurais su

quelque chose

en venant ici, quoi.

C'est bien, gamin.

Grâce à toi aujourd'hui,

on a appris des trucs.

Passage secret dans le bunker

et tout, c'est bien.

Comme ça, on va pouvoir avancer,

nous.

Et vous, monsieur Lebleu,

faites gaffe,

parce que, bon, y a quand même

eu vos cousins qui sont morts.

Donc... on risque de se revoir.

OK?


PÈRE DE QUINQUIN

OK.


COMMANDANT

Parce que, bon,

y a quand même eu des morts.

On se reverra.


Aussitôt la voiture partie, le PÈRE empoigne QUINQUIN par le col.


PÈRE DE QUINQUIN

Viens par ici.

Faut que t'aies besoin

de me ramener tout ça ici?


QUINQUIN

C'est pas moi. C'est Ève.

Elle a tout cafté.


PÈRE DE QUINQUIN

Elle a cafté quoi?


COMMANDANT

Elle a cafté que j'avais

trouvé un passage secret

entre les deux blockhaus.


PÈRE DE QUINQUIN

Qu'est-ce que t'as été traîné

dans les blockhaus?

Tu sais que t'as pas le droit.

Mince alors! Ça fait deux fois

qu'ils viennent.


QUINQUIN

En même temps,

c'est ce gros lard.

Il commence à courir.

En même temps,

il vient toujours m'emmerder.


PÈRE DE QUINQUIN

Mais tu fais que des troubles.


QUINQUIN

Bien non.


PÈRE DE QUINQUIN

Bien si! Ils ont ramené le vélo

même!


QUINQUIN

En même temps, si ÈVE,

elle a été cafter,

je suis obligé de leur montrer.


PÈRE DE QUINQUIN

Tu auras plus le droit

de sortir!

T'as compris?


QUINQUIN

C'était tes cousins?

T'aurais pu me le dire.


PÈRE DE QUINQUIN

On ne les fréquente plus.

(Faisant rentrer DANY)

Viens, Dany.


ÈVE

Alors, tu t'es fait engueuler?


QUINQUIN

Tu crois quoi?

C'est ses cousins

qui sont morts.


ÈVE

Ses cousins, à ton père?


QUINQUIN

Ouais.


Le COMMANDANT et CARPENTIER sont devant la maison de la CHEF des majorettes.


COMMANDANT

(Regardant la moto de près)

Vous voyez, Carpentier, ça,

un bel engin comme ça,

ça me fait penser à une belle

bête aussi.

Un être humain peut-être,

mais mieux.

Le corps d'une femme,

ça serait encore mieux ça.


CARPENTIER

Ouais.

Mon commandant, les Lebleu...

ils sont pas cousins.

Ils sont frères.


COMMANDANT

Quoi? Ils sont frères?

Hum-hum.

Il m'a menti, cet animal.


CARPENTIER

Il vous a pas menti.

C'est vous qui avez parlé

de cousin.

Lui... il a rien dit.


COMMANDANT

Mais c'est un malin

quand même.

Donc il va falloir...

tirer cette affaire au clair

quand même, Carpentier. Donc...

Y a personne ici là-bas?

Allez voir. Faut sonner.


CARPENTIER

Je vais re-sonner

encore une fois.

Ça répond pas.


COMMANDANT

(Sortant son arme)

Je vais tirer un coup,

ils vont se réveiller.

Allez, re-sonnez!


CARPENTIER

Y a personne à cette heure.


COMMANDANT

Bon, on y va.


CHEF DE MAJORETTES

C'est quoi cette manière de

sonner comme ça chez les gens?


COMMANDANT

Qu'est-ce qu'il y a?


CHEF DE MAJORETTES

C'est pas assez de s'avoir vus

comme ça ce matin?


COMMANDANT

Madame, on vous a réveillée

à cette heure?


CHEF DE MAJORETTES

Oui. Je suis de nuit, moi.


COMMANDANT

Désolé, mais bon...

Votre mari est pas là?


CHEF DE MAJORETTES

Non. Il travaille. Pourquoi?


COMMANDANT

Ce matin, j'avais pas terminé

de vous poser des questions.


CHEF DE MAJORETTES

Pas devant lui, merci.


COMMANDANT

Et votre mari savait

quelque chose

à propos de vous et M. Lebleu?


CHEF DE MAJORETTES

Et votre femme, elle sait

que vous avez une maîtresse?


COMMANDANT

Madame Campin, vous allez pas

recommencer.

Gendarmerie.

Une garde à vue qui vous pend

au nez.


CHEF DE MAJORETTES

Mon mari savait rien, non.


COMMANDANT

Ça fait combien de temps que

vous avez des relations

avec M. Lebleu?


CHEF DE MAJORETTES

Trois mois.


COMMANDANT

Vous étiez où hier soir

vers 8 h?


CHEF DE MAJORETTES

Au travail. C'est pas

difficile à savoir.

Vous savez, je suis très

éprouvée et très fatiguée.

J'aimerais bien rentrer

me coucher.


COMMANDANT

On va vous laisser,

mais faut rester

à la disposition de

la gendarmerie, d'accord?


CHEF DE MAJORETTES

Je resterai

à votre disposition.


COMMANDANT

C'est un beau brin de femme

quand même.


CHEF DE MAJORETTES

Elle vous impressionne,

mon commandant.


COMMANDANT

Ouais, mais... comme cette

moto qui m'impressionne aussi.

Mais bon...

Mais elle...

Je suis jamais tombé avec

une coriace comme ça, moi.

Elle est coriace quand même.


CARPENTIER

Ouais.


COMMANDANT

On va pas se laisser émousser.

Parce qu'elle a peut-être tué

tout ce joli petit monde aussi,

elle.


CARPENTIER

Vous croyez?


COMMANDANT

Ouais.

Allez, on y va, Carpentier.


MOHAMED marche avec AURÉLIE dans la rue. Le COMMANDANT les remarque et monte dans sa voiture.


MOHAMED

C'est génial avant-hier

le concert.


AURÉLIE

C'est gentil.


MOHAMED

Je suis sérieux

quand je te dis ça.


AURÉLIE

Hum-hum.


MOHAMED

Tu fais des petits concerts

comme ça,

mais tu devrais vraiment faire

des gros concerts.

T'en as vraiment dans la voix.


AURÉLIE

Tu t'appelles comment?


MOHAMED

Mohamed, comme le prophète.


AURÉLIE arrive à l'arrêt de bus.


JENNIFER

Salut, Aurélie.


AURÉLIE

Salut, Jennifer.


JENNIFER

Ça va?


MOHAMED

On peut se voir ce soir?


JENNIFER

C'est ton copain?


AURÉLIE

Non.


JENNIFER

T'es qui, toi?


MOHAMED

T'as pas à le savoir.


JENNIFER

Je demande qui t'es.

J'ai le droit de savoir.


MOHAMED

Est-ce que je te cause? Non.

Alors ferme-la.


JENNIFER

Tu vas me parler autrement.

Moi, je suis pas ta copine.


MOHAMED

Ouais. Justement.

Et j'en suis bien heureux.


JENNIFER

Moi aussi, parce que

franchement,

avoir un sale négro

comme toi, non, merci.


MOHAMED

Tu sais ce qu'il te dit,

le sale négro?

T'es qu'une grosse pute.


JENNIFER

Mais la pute, elle t'emmerde!

Retourne dans ton pays,

espèce de macaque!


MOHAMED

Allahu Akbar!


JENNIFER

Pauvre merde.


MOHAMED

Allahu Akbar.


L'autobus arrive, et QUINQUIN et ÈVE roulent à côté en vélo.


QUINQUIN

Regarde, y a ta soeur.


Ils sont suivis de KEVIN et JORDAN qui fredonne l'air qu'AURÉLIE chantait au concours.


ÈVE

Arrêtez.


AURÉLIE

C'est malin.


ÈVE

Arrêtez.


QUINQUIN et ses amis allument des pétards et les jettent dans la cour d'une maison.


MOHAMED

(Observant QUINQUIN et ses amis)

Allahu Akbar.

Allahu Akbar.

Allahu Akbar.

Allahu Akbar.

Allahu Akbar.

Allahu Akbar. Allahu Akbar.

Allahu Akbar.

Allahu Akbar.

Allahu Akbar.

Allahu Akbar.

Allahu Akbar.


MÈRE DE MOHAMED

(Voix au loin)

Mohamed.


MOHAMED

Allahu Akbar.


MÈRE DE MOHAMED

(Voix au loin)

Mohamed!


Le COMMANDANT s'est endormi dans la voiture.


Le téléphone réveille le COMMANDANT.


COMMANDANT

Vous dormiez, Carpentier?


CARPENTIER

Non. C'est vous qui dormiez,

mon commandant.


COMMANDANT

Non, je réfléchis.

En plus, la mer, ça me donne

le tournis, moi.


CARPENTIER

Moi, la mer, elle me fait

réfléchir.


COMMANDANT

Ouais, bien c'est que

de l'eau.

Si vous êtes si malin, pourquoi

vous avez pas encore trouvé...

celui qui a tué tous ces gens?


CARPENTIER

Je ne sais pas,

mon commandant.

Je ne sais pas.

Mais ce que je sais,

c'est combien le mal est

profond. Et étendu.


COMMANDANT

En même temps, vous avez qu'à

prendre un bain,

ça va vous rendre les idées

encore plus claires.

J'ai un philosophe maintenant

avec moi.

N'importe quoi.

Bon, quand c'est l'heure,

c'est l'heure.


Le COMMANDANT et CARPENTIER sortent de la voiture et se dirigent vers un restaurant.


Le PROCUREUR, assis à une table, appelle le COMMANDANT.


PROCUREUR

Tiens!

Commandant Van der Weyden.


COMMANDANT

Là-bas, Carpentier.


PROCUREUR

Je vous en prie.

Installez-vous.

Ça va bien?


COMMANDANT

Ouais. Ça va,

monsieur le procureur.


PROCUREUR

Ça va bien?


COMMANDANT

Ouais.


PROCUREUR

Ce beau temps,

ça ne peut qu'aller.


COMMANDANT

Ouais. Il fait beau.


PROCUREUR

Très joli. Belle vue.

C'est exceptionnel.


COMMANDANT

Ouais. En plus...

il va faire beau, parce que là,

on voit les côtes anglaises.

Donc... c'est signe

de beau temps.


PROCUREUR

Vous voyez où, ça,

les côtes d'Angleterre?


COMMANDANT

Là-bas, tout au loin.


PROCUREUR

Tout ce qu'on voit là-bas,

ce sont les côtes d'Angleterre?


COMMANDANT

Ouais. Y a pas de problème.


PROCUREUR

Tout ce que je vois là-bas

au bout? Là-bas au bout,

les côtes anglaises?

Je pensais que c'était

la continuité

de la Côte d'Opale, dis donc.


COMMANDANT

Non. Nous, on est pas surpris.

C'est comme ça.


PROCUREUR

C'est assez impressionnant.

J'avais jamais vu ça de ma vie.


COMMANDANT

Quand on voit

les côtes anglaises,

c'est qu'il va faire beau

toute la journée.

Donc là, il va faire beau.


PROCUREUR

Ah, oui?


COMMANDANT

Et en plus, y a un autre dicton.

Quand il fait brume au matin,

c'est qu'il va pleuvoir.


PROCUREUR

J'ai jamais entendu ça,

chez moi. Je connais pas.


COMMANDANT

Donc s'il pleut, c'est

le mauvais temps après. Bon.


PROCUREUR

Qu'est-ce que c'est que

cette histoire?

C'est votre dicton?


COMMANDANT

Ouais. Aussi.


PROCUREUR

S'il pleut? Mais il pleut pas.


COMMANDANT

Le matin un peu, donc c'est

que c'est foutu pour la journée.


PROCUREUR

Ah? On en apprend

tous les jours.


COMMANDANT

Hum-hum.


PROCUREUR

Et quand il fait beau?

Vous avez d'autres explications

peut-être.


COMMANDANT

Bien non. Il fait beau, parce

qu'on voit les côtes anglaises.


PROCUREUR

Fallait que je vienne

vous voir pour entendre ces...

ces dictons locaux.

Enfin, on va quand même revenir

dans le vif du sujet,

mon commandant.

Parce que j'ai vu votre belle

frimousse à la télévision.


Un client anglais fait des siennes en frappant sur un bol de service et en criant. Les parents du jeune homme qui semble avoir un léger handicap intellectuel s'excusent auprès de la serveuse.


PROCUREUR

Commandant, on va recentrer

un petit peu le sujet.

J'ai vu votre belle frimousse

au journal de 20 h.


SERVEUSE

Vous désirez quelque chose?


COMMANDANT

Non. Merci. Je ne bois pas.


SERVEUSE

Bonne continuation.


PROCUREUR

Van der Weyden. Commandant,

je vous parle.

On va recentrer un petit peu

le sujet. On vous voit beaucoup

à la télé actuellement, commandant.


COMMANDANT

J'ai pas la télé, donc...


PROCUREUR

Voyez-vous, l'enquête,

ça en est où? Ça avance?


COMMANDANT

Là, y a trois cadavres

reliés ensemble, donc...


PROCUREUR

Oui. Ils sont tellement bien

reliés qu'on a quand même

deux équipes découpées

en rondelles.


COMMANDANT

Ouais. Y a la femme, le mari,

l'amant. L'amant, il est mort.


PROCUREUR

Les trois sont morts,

d'ailleurs.


COMMANDANT

Donc ce n'est plus lui qui

doit faire les autres,

donc... On est sur du lourd là,

mais bon...


PROCUREUR

Vous appelez ça du lourd?

Pour l'instant, y a trois morts,

on a toujours récupéré personne.

L'assassin court toujours.


Le jeune ANGLAIS fait encore une crise à table.


PROCUREUR

Je voudrais du résultat,

commandant.

C'est quand même du sérieux.


COMMANDANT

On enquête sérieusement,

donc...


PROCUREUR

On a peut-être pas

la même définition du mot

sérieux, commandant.


COMMANDANT

Ouais, mais...


PROCUREUR

Faut du résultat.


COMMANDANT

Y a pas de problème.


PROCUREUR

Trois morts,

trois crimes non élucidés.


COMMANDANT

Ouais...


PROCUREUR

Et les vaches alors?


COMMANDANT

Elles ont mangé de l'être

humain découpé en morceaux.

Donc c'est la vache folle.

En plus. Donc là...

On a en retrouvé une

dans un bunker.


CLIENT ANGLAIS

(Propos en anglais)

You don't finish?


MÈRE ANGLAISE

Yes, we have finished.

We're finished.


Le client ANGLAIS jette le bol de service en l'air.


La mère essaie de calmer le jeune ANGLAIS.


COMMANDANT

On sait pas comment

ils sont arrivés là-bas.

On a trouvé le passage secret.

Une deuxième sur la plage.

Donc...


PROCUREUR

Et le mari, dans tout ça?


COMMANDANT

Le mari...

On sait qu'il a une maîtresse.

Donc... c'est pas le cocu.

Peut-être son frère.


Le jeune ANGLAIS continue ses frasques dans le restaurant.


PROCUREUR

Commandant, je voudrais qu'on

se recentre un petit peu

sur le sujet, s'il vous plaît.


Le COMMANDANT fait des signes à CARPENTIER assis à une autre table.


PROCUREUR

Commandant Van der Weyden,

je vous parle.

J'aimerais des résultats.

On a trois morts.

Vous n'arrêtez personne.

Va falloir vous exciter.

On compte sur vous,

sur votre sérieux.


COMMANDANT

OK.


Le PROCUREUR se lève pour partir. Le COMMANDANT et CARPENTIER font de même.


PROCUREUR

C'est pas trop vous demander?


COMMANDANT

OK.


PROCUREUR

En tout cas, je vais

vous laisser, Van der Weyden.

On se reverra très vite.


SERVEUSE

Bonne continuation, messieurs.


COMMANDANT

Vous aussi.


PROCUREUR

Commandant.


COMMANDANT

Hum?

Qu'est-ce qu'il y a,

monsieur le procureur?


PROCUREUR

On reste en contact.

Et cette fois-ci,

pas de vague avec la presse.


COMMANDANT

De façon...

la presse, les caméras,

la télévision, tout ça,

je peux pas les encadrer,

donc...

Comme je dis toujours,

c'est des mouches à brun.


PROCUREUR

Commandant, pas de brun,

pas de mouche.


COMMANDANT

Ouais, mais là, c'est...


CARPENTIER

Alors, mon commandant?

Bon rapport?


COMMANDANT

Pas de mouche, pas de brun,

Carpentier.

Maintenant, on se tient

au secret.

Bon, on y va, Carpentier.


Le COMMANDANT et CARPENTIER sortent du restaurant.


Le PROCUREUR passe devant eux en voiture.


COMMANDANT

Au revoir, monsieur le procureur!

Je comprends pas qu'on peut

venir au restaurant

avec des gosses comme ça qui

foutent le bordel, Carpentier.


CARPENTIER

Dites donc, vous auriez

un enfant comme ça,

vous feriez quoi, vous?


COMMANDANT

Je ferais pas un enfant

comme ça, moi.


CARPENTIER

Vous êtes dur là.


COMMANDANT

Ouais.

Peut-être dur, mais non.

Bon...


CARPENTIER

Quand même.


COMMANDANT

Je m'excuse quand même,

mais bon, on est tous des

hypocrites de toute façon.

Bon, on y va. Allez.


CARPENTIER et le COMMANDANT repasse devant la porte du restaurant en voiture, au moment où la famille anglaise sort.



COMMANDANT

Stop.

Vous voulez un coup de main,

monsieur-dame?


MÈRE ANGLAISE

(Propos en anglais)

No. Thank you.


COMMANDANT

Je peux vous aider, hein?


MÈRE ANGLAISE

(Propos en anglais)

No. Everything is under control.


COMMANDANT

Yes, sir! OK.

Vous voyez, c'est réparé,

Carpentier.


Le téléphone sonne.


COMMANDANT

Oui, allô!

Ah? GIGN? Ouais.

Oui. Ouais.

Bon, on y va.

Allez, chez Bhiri, Carpentier.

Vite fait.

Il tire sur tout ce qui bouge

là-bas. Allez, hop!


Le COMMANDANT dépose le gyrophare sur le toit de la voiture.


Intertitre :
Allahu Akbar!


MOHAMED est au dernier étage de la maison en forme de tour. Il est penché au-dessus de la fenêtre en tenant un drapeau de la France. Les gendarmes sont dans la rue et le surveillent.


MOHAMED

Allahu Akbar.

Allahu Akbar.


MOHAMED tire des coups de feu.


MOHAMED

Honte aux Français!

Honte à la France!


Le COMMANDANT et CARPENTIER courent rejoindre les gendarmes près d'un garage.


COMMANDANT

Il est où, votre chef?

Hein?


CAPITAINE

Vous êtes le commandant

Van der Weyden?


COMMANDANT

Ouais.


CAPITAINE

C'est un jeune. Il tire

sur tout ce qui bouge.


COMMANDANT

On va y aller.

Oh! J'ai pas d'arme là.

(Entrant dans la cour)

Oh! Timbré!


COMMANDANT

Allahu Akbar.

Honte aux Français!


COMMANDANT

(Revenant se mettre à couvert)

Il est timbré!

Il a pété un plomb!


MOHAMED

(Continuant de tirer)

Allahu Akbar.

Allahu Akbar.


COMMANDANT

Il a carrément pété

les plombs.


CARPENTIER

Peut-être à cause

de la mort de son père.


COMMANDANT

Quoi?


CARPENTIER

Je dis que c'est peut-être

à cause de la mort de son père.


COMMANDANT

C'est pas ça.


CARPENTIER

Vous avez peut-être raison.

Si tout le monde faisait pareil,

y aurait du monde au balcon.


COMMANDANT

Son pays, la France...

c'est ça qu'il digère pas.

Parce que, bon...

On l'a pas accepté,

il est devenu timbré et bon...

Puis en plus, il est entré

en religion, l'islam, tout ça.


CARPENTIER

Vous croyez que c'est ça?


COMMANDANT

Ça fait beaucoup pour

des gamins comme ça.

Ils deviennent timbrés.

Donc...

ils sont amenés à faire ça.

Et ce qu'il fait maintenant,

faut plus chercher à comprendre.

C'est ça.


MOHAMED ne cesse pas de tirer. Dans la rue, des gens viennent voir de la plage. QUINQUIN et ses amis arrivent aussi.


QUINQUIN

Qu'est-ce qui se passe,

monsieur?


GENDARME

Il se passe rien.

On passe pas.


MOHAMED

(Voix au loin)

Honte aux Français!


QUINQUIN

Regardez. C'est Mohamed.


MOHAMED tire encore


MOHAMED

Encore ce détraqué qui tire

partout. Il est devenu fou.


Le COMMANDANT décide soudainement de passer de l'autre côté de la porte en faisant une roulade au sol.


COMMANDANT

Attention à vous.

(S'adressant au CAPITAINE)

Alors, capitaine,

vous allez faire quoi?


CAPITAINE

On va attendre qu'il s'épuise,

commandant.


COMMANDANT

Ouais.

Nos jeunes sont devenus fous.


CAPITAINE

Ouais. En tout cas,

on va essayer de l'avoir vivant,

commandant.


COMMANDANT

C'est bien.


CARPENTIER

Alors, mon commandant?


COMMANDANT

Ouais.


CARPENTIER

Qu'est-ce qui se passe?


COMMANDANT

Ils vont essayer d'y aller,

mais bon, ça va être

une boucherie.

Je le sens, ça.

Donc je vais le chercher

moi-même.


CARPENTIER

Vous?


COMMANDANT

Ouais.


MOHAMED tire toujours.


COMMANDANT

Oh, putain...


Le COMMANDANT entre finalement dans la cour.


Le COMMANDANT redescend en transportant le corps de MOHAMED qui s'est suicidé.


LE COMMANDANT cligne des yeux abondamment. Puis CARPENTIER et le COMMANDANT retournent à leur voiture et passent le cordon de sécurité bordé par un groupe de curieux.


La radio de police diffuse un message.


MESSAGE RADIO

L'enfant est décédé.

L'enfant est décédé.

Je répète. Terminé.


QUINQUIN et ses amis ont été témoins de la scène. Et retournent vers la plage où la marée montante a noyé leur château de sable.


ÈVE

Ce n'est plus de la rigolade.


KEVIN

Putain, il est mort.

Nous, on voulait le tuer.

Ça fait drôle qu'il est mort.

Putain! Le château est détruit!


QUINQUIN

En même temps, y a une marée,

imbécile.


AURÉLIE

(Arrivant en courant sur la plage)

Qu'est-ce qui se passe?


QUINQUIN

Y a le noir qui s'est mis

une balle dans la tête.


AURÉLIE

Mohamed?


KEVIN

Ouais, le négro.


ÈVE

(S'adressant à sa sœur sous le choc)

Allez, viens, je te ramène.


QUINQUIN

On va pas rester comme ça,

les gars.


QUINQUIN et ses amis vont se rincer à l'eau. Puis ils marchent péniblement sur les galets jusqu'aux escaliers qui remontent vers le village.


QUINQUIN

Putain de merde!

Ah! Aïe...


Dans un pré, le PÈRE de QUINQUIN parle à son cheval.


PÈRE DE QUINQUIN

Tu bouges pas, hein?

Bon cheval.

On va aller promener.


Le COMMANDANT et CARPENTIER arrivent dans le champ.


COMMANDANT

M. Lebleu, bonjour.


PÈRE DE QUINQUIN

Bonjour.


COMMANDANT

C'est votre femme qui m'a dit

que vous étiez ici.

Belles bêtes, ça.

C'est des boulonnais, c'est ça?


PÈRE DE QUINQUIN

Oui.


COMMANDANT

Ils sont magnifiques,

vos chevaux.

Vous voyez, Carpentier...

cette bête-là, c'est la plus

belle chose au monde.

Ça puis un corps de femme.

Hein, bébelle?

Hein, t'es belle.

(Caressant le cheval)

Wow!

Vous voyez, Carpentier,

étant jeune,

j'avais un rêve de petiot.

C'était de monter à cheval.


CARPENTIER

Peut-être que M. Lebleu va

vous laisser monter.


COMMANDANT

Qu'est-ce que vous en pensez,

monsieur Lebleu?

Ça sera possible?


PÈRE DE QUINQUIN

On peut essayer.


COMMANDANT

On va essayer.


PÈRE DE QUINQUIN

On y va.

Allez, viens là, ma grande.

Alors?

Non, mais attendez, attendez!

On monte pas comme ça.

Il faut que je l'habille avant.


Le PÈRE de QUINQUIN harnache son cheval.


PÈRE DE QUINQUIN

Doucement.

Vous êtes prêt?

Votre collègue, il va venir?

Il va se rendre utile.


COMMANDANT

Viens là, bébé.


PÈRE DE QUINQUIN

Mettez-vous tout près.

Mais faut monter tout le long,

faut pas monter en biais.


CARPENTIER fait la courte échelle au COMMANDANT qui s'accroche au cheval sans réussir à la monter.


PÈRE DE QUINQUIN

Allez!

Avancez, avancez!


COMMANDANT

Ah! Putain! Ah!


PÈRE DE QUINQUIN

Voilà.


Le COMMANDANT finit par s'asseoir sur le dos du cheval.


COMMANDANT

Doucement.


PÈRE DE QUINQUIN

Avancez devant.

Oui.


COMMANDANT

Beau...


PÈRE DE QUINQUIN

Allez, marche.


COMMANDANT

Doucement.


PÈRE DE QUINQUIN

Tenez bien la crinière.

Allez, marche.

Allez!

Tenez bien la crinière.

Marche. Bien, là.


COMMANDANT

Eh! Doucement, mémère!

Oh, t'es belle!

Hein, t'es belle!

Oh, t'es belle, dis!

Eh, Carpentier, j'y arrive!


PÈRE DE QUINQUIN

Viens.


COMMANDANT

Allez, bébelle!


PÈRE DE QUINQUIN

Allez, viens.


COMMANDANT

Hein?

Allez, ma belle.

Alors, monsieur Lebleu?

Pourquoi vous avez jamais dit

que c'était votre frère et son

épouse qui ont été assassinés?


PÈRE DE QUINQUIN

Vous me l'avez jamais demandé.


COMMANDANT

Ah, bon?

C'est vrai, ça?

Allez, ma belle.


PÈRE DE QUINQUIN

Non, mais là, vous êtes pas

sur une belle.


COMMANDANT

Ah, bon? Pourquoi?


PÈRE DE QUINQUIN

Vous êtes sur un mâle.


COMMANDANT

Vous vous foutez de ma gueule?


PÈRE DE QUINQUIN

Non.

Je suis toujours sérieux, moi.


COMMANDANT

(Descendant du cheval)

Oh, putain!

C'est quoi ça?


PÈRE DE QUINQUIN

Je vous le dis, c'est un mâle.


CARPENTIER

C'était magnifique,

mon commandant. Magnifique.


COMMANDANT

Oui, mais...

j'ai pris ce garçon

pour une fille, moi.


CARPENTIER

Ah...


COMMANDANT

Monsieur Lebleu,

on peut se voir?

Je voudrais savoir pourquoi

vous vous êtes brouillé

avec votre frère,

parce que...


PÈRE DE QUINQUIN

Y a 30 ans que ça dure.

Depuis l'héritage

de mes parents.

Voilà. Lui, il a eu une ferme

et moi, mon frère Dany.


COMMANDANT

C'est souvent ça quand y a

un problème d'héritage, donc...

c'est un peu le bazar

dans les familles.

On connaît ça un peu.


PÈRE DE QUINQUIN

Donc je vais pas verser

de larmes pour mon frère.

Je me suis marié

des années après.

Ma femme est même pas

au courant.

Donc vous continuez

votre travail.


COMMANDANT

Ouais, mais là, on mène une

enquête criminelle, quand même,

qui est sur la mort de votre

frère et de sa femme, donc...

ce que vous dites,

ça vous rend pas plus...

plus innocent.


PÈRE DE QUINQUIN

Comment?


COMMANDANT

Je dis que ça vous rend pas

plus innocent.


PÈRE DE QUINQUIN

Je vous dis,

faites votre travail.


COMMANDANT

Faudra que je m'entretienne

avec votre frère Dany

quand même.


PÈRE DE QUINQUIN

Si vous voulez.


COMMANDANT

Mais je voudrais quand même

vous remercier, parce que...

d'avoir monté votre cheval,

ça m'a ému quand même,

parce que bon...


PÈRE DE QUINQUIN

Ça vous a pas rappelé

des petits souvenirs?


COMMANDANT

Oui. Étant jeune... j'aurais

voulu monter dessus déjà,

donc, ça, c'est un rêve

d'enfance

que je viens de réaliser.

Bon, monsieur, on y va.

D'accord?


PÈRE DE QUINQUIN

On va aller où?


COMMANDANT

Là-bas.


Le COMMANDANT, CARPENTIER et le PÈRE de QUINQUIN marchent vers la voiture.


Dans la maison des LEBLEU, le COMMANDANT continue son interrogatoire.


COMMANDANT

(Interrogeant DANY)

Alors, monsieur Lebleu, le frère

qui est mort à la ferme...

jamais vous y allez? Non?

Vous restez dans la vôtre?

Ouais...

Il venait pas ici,

il restait dans l'autre?

(Impatient devant le silence de DANY)

Pff... Pfff...

Gendarmerie nationale

quand même. Donc...

Une enquête, c'est du sérieux.

Parce que là, y a quand même

plusieurs morts. Donc...

Non?

Ça vous fait rien, quoi...

Et pourquoi

vous me répondez pas? Non?

Pff...

Bon, Carpentier, je vais prendre

l'air, parce que là...

il m'énerve.

On va rien en tirer, donc...


Le COMMANDANT sort dans la cour et DANY se tourne pour ne plus voir CARPENTIER.


Le COMMANDANT reste sur le pas de la porte.


MÈRE DE QUINQUIN

(Arrivant dans la cour)

Vous avez réussi à tirer

quelque chose de mon beau-frère?


COMMANDANT

Non, pas grand-chose.

Le malheureux.


La MÈRE de QUINQUIN rentre à la maison.


CARPENTIER

(Sortant de la maison)

Alors, commandant?


COMMANDANT

Quoi?


CARPENTIER

Non, rien.


COMMANDANT

On ne peut plus aller pisser

tranquille ou quoi,

dans cette cour?


Le COMMANDANT se rend dans une petite cabane pour aller pisser.


QUINQUIN arrive à vélo et le laisse rouler dans la cour pour effrayer les poules en liberté.


CARPENTIER

Alors, gamin?

Qu'est-ce que tu fais

avec ton vélo là?


QUINQUIN entre dans la maison.


COMMANDANT

(Revenant dans la cour)

Le gamin est rentré?


CARPENTIER

Oui, commandant.

Commandant, votre braguette

est ouverte.


COMMANDANT

C'est une belle femme,

Mme Lebleu, hein.


Après un long silence, le COMMANDANT va ranger la bicyclette.


COMMANDANT

Carpentier, j'aurais fait

ce petiot à cette femme,

y a longtemps qu'il aurait pris

une volée.

Puis là... là, j'attends la résurrection

des morts.


Le COMMANDANT et CARPENTIER retournent à leur voiture.


AURÉLIE

(Voix au loin)

Bien... c'est le fils

de l'imam.


AURÉLIE parle au téléphone devant la grille de la ferme de ses parents.

Ah, merde, y a les flics.

Bien il m'a draguée...

Nous, avec Jennifer,

on a rien dit.

Il m'a dit que j'étais

formidable,

qu'il voulait me voir ce soir.

Bien oui, je sais.

Je sais pas.

Il a dû péter un plomb,

avec sa religion...

Oui, OK.

Salut.


AURÉLIE est sous le choc et semble très affectée. Elle rentre dans la cour où les cochons sont en liberté. AURÉLIE caresse les cochons et s'assoit parmi eux.


La nuit tombée, DANY marche dans la forêt., puis s'arrête dans un champ pour tourner sur lui-même et tomber.


Le lendemain, le COMMANDANT est assis dans la voiture.


CARPENTIER

(Revenant vers la voiture)

Tenez, mon commandant,

c'est pour vous.


COMMANDANT

Alors là, je comprends pas

que les cochons, ils ont...

dévoré cette gamine.

Le corps tout entier.

À peine 20 ans.

En plus, on l'a vue hier soir.


CARPENTIER

Je sais, mon commandant.

Je l'ai vue aussi.


COMMANDANT

C'est un vrai bordel là,

hein? Tous ces corps.

Comment quelqu'un peut faire ça?


CARPENTIER

C'est peut-être un accident.

Elle a peut-être glissé.


COMMANDANT

Mais non, c'est pas

un accident.

Comme là, Lebleu,

on l'a retrouvé dans sa fosse.

Non, non. Ce sont des cas

de même, des crimes.

C'est même épouvantable.

C'est pire que la "Shoyah" ici.

Bon, je vais faire un tour, moi.


Le vétérinaire sort de la porcherie au moment où le COMMANDANT avance.


VÉTÉRINAIRE

Ah, mon commandant,

je voulais vous voir.

Hier soir, j'ai coupé le porc

en deux.

Les os sont très broyés.

Mais elle est morte

à minuit et demi.

Mon... lieutenant.


CARPENTIER

Comment?


VÉTÉRINAIRE

Il est pas simple,

votre commandant.


CARPENTIER

Vous savez comment on l'appelle?


VÉTÉRINAIRE

Non.


CARPENTIER

Le Brouillard.


Le COMMANDANT marche le long de la route qui borde les fermes.


Le COMMANDANT est maintenant assis dans l'église. L'organiste s'installe pour jouer. Au bout d'un moment la musique commence.


Le COMMANDANT sort de l'église et marche en grandes enjambées. Puis il attend au bord de la route où CARPENTIER arrive en conduisant la voiture sur deux roues.


COMMANDANT

(Montant dans la voiture)

Ouais, c'est pas le jour,

Carpentier!


CARPENTIER

C'est la majorette,

mon commandant.

Mme Campin.


COMMANDANT

Eh bien quoi?


CARPENTIER

On a retrouvé son cadavre.

À la Pointe-aux-Oies.


COMMANDANT

On aurait dû la protéger,

cette femme, Carpentier.

Et elle est entière?


CARPENTIER

Par chance, elle est entière,

mais morte.


Le corps de la CHEF des majorettes est attaché avec un filet de pêche à un rocher sur la plage.


Le COMMANDANT et CARPENTIER arrivent sur les lieux.



COMMANDANT

Pfff...

Bordel, Carpentier!

Vous croyez qu'elle est venue

là toute seule,

comme une moule sur son rocher?

Hein?

Faut prévenir son mari.

Bon, une minute de silence

là derrière, s'il vous plaît.


Le COMMANDANT se rapproche du cadavre et s'agenouille.


COMMANDANT

(Revenant vers CARPENTIER)

C'est l'enfer ici sur Terre,

Carpentier.


CARPENTIER

Tout ceux qui tournent

autour des Lebleu

tombent comme des mouches.

Épouse, amant, maîtresse.


COMMANDANT

Non, mais celle-là, on aurait

peut-être pu la sauver.

Une belle femme, hein?

Qui avait chaud aux fesses.

On dirait comme les toiles

flamandes, les nues.

Vous savez, avec ces grosses

femmes à poil.

Y a quelqu'un qui a décidé

de mettre de l'ordre là-dedans,

Carpentier.


CARPENTIER

Qu'est-ce que vous voulez

dire, mon commandant?


COMMANDANT

Un exterminateur.

L'extermination

de tous les dépravés.

Le diable, quoi.


CARPENTIER

Et la petite Terrier?


COMMANDANT

Vous vous souvenez quand on

est sortis de chez Mme Campin?

Vous avez vu le jeune Bhiri

et la petite Aurélie TerrIer

ensemble. Lisez ça.

On a trouvé ça dans l'ordinateur

du jeune.

Elle l'a humilié, Carpentier.

Humilié.

Et ce gamin a pété un câble.

Il a trouvé la religion, l'islam

et toutes ces conneries.


CARPENTIER

C'est pour ça qu'elle s'est

fait bouffer par les cochons.


COMMANDANT

Non. Exterminée.

Exterminée, Carpentier.

C'est pas pareil.

C'est l'enfer ici.

C'est l'enfer ici.

Il va falloir affronter

le diable, Carpentier.

Allez, on y va. À moi!


CARPENTIER et LE COMMANDANT courent dans les galets.


QUINQUIN et ÈVE marchent sur un sentier dans les landes. QUINQUIN soutient ÈVE qui est très attristée par la mort d'AURÉLIE.


La moto du mari de la CHEF des majorettes roule à toute vitesse sur la route qui borde la mer.


QUINQUIN ramène ÈVE chez elle. Les gendarmes sont toujours sur place.


ÈVE regarde vers la porcherie puis vers QUINQUIN, et rentre.


DANY

(Voix au loin)

Allez, allez, les chevaux!


QUINQUIN

(Reconnaissant la voix de son oncle)

Eh! Qu'est-ce que tu fais,

Dany, là?


DANY

(Voix au loin)

Allez, les chevaux.


QUINQUIN

(S'approchant de chez lui)

Eh! Mais arrête ça.

Tu vas prendre un coup de sabot.


Les chevaux bloquent l'entrée de la cour des LEBLEU.


DANY

(Voix au loin)

Allez, allez!


QUINQUIN

Dany, arrête ça.


DANY

(Voix au loin)

Allez, allez!

Allez!


QUINQUIN approche de son oncle et le calme.


DANY donne des coups de cravache aux chevaux.


QUINQUIN

Arrête!

Mais non, mais t'es fou là.

Mais arrête!

Mais t'es fou.

Mais regarde ce que

t'as fait, là.

Arrête. Mais regarde

ce que tu fais.

Papa! Papa, viens vite!

Papa, y a Tigre

qui s'est échappé!

Dany, arrête!


Le PÈRE DE QUINQUIN arrive en courant.


PÈRE DE QUINQUIN

Putain, vous faites chier,

vous deux!


DANY

Allez!


PÈRE DE QUINQUIN

Merde!


DANY

C'est jamais l'heure!


PÈRE DE QUINQUIN

(Prenant un cheval)

Viens ici, mémère.

C'est pas possible.

Donne ton nez.

Donne-moi le fouet.


QUINQUIN

Eh, c'est pas moi.

C'est lui, il a voulu faire

du cirque.


PÈRE DE QUINQUIN

Vous arrêtez pas de faire

des conneries.


QUINQUIN

Mais c'est lui.


PÈRE DE QUINQUIN

Je cherche pas à savoir

qui c'est, moi. Allez, viens.


QUINQUIN

Il a voulu faire le dompteur.


PÈRE DE QUINQUIN

On va rentrer. Fais attention.


En arrivant à la maison, le PÈRE de QUINQUIN arrive face à PÉPÉ et MÉMÉ qui sortent de la maison avec la MÈRE de QUINQUIN.


PÈRE DE QUINQUIN

Ah, vous êtes là?


MÈRE DE QUINQUIN

On est parties visiter

les Terrier.

Quel grand malheur quand même!


PÈRE DE QUINQUIN

Ouais.


MÈRE DE QUINQUIN

(S'adressant à MÉMÉ)

Donne tes mains.


QUINQUIN

Viens, pépé.


MÉMÉ

Merci.


PÈRE DE QUINQUIN

Voilà.


PÉPÉ, MÉMÉ et la MÈRE de QUINQUIN traversent le chemin pour aller voir la famille d'AURÉLIE.


La voiture du COMMANDANT arrive au même moment.


Le COMMANDANT descend de la voiture et s'attarde aux chevaux avant d'aller voir le PÈRE de QUINQUIN.


CARPENTIER

C'est des grosses bêtes, hein,

mon commandant?


COMMANDANT

Ouais. On dirait...

les toiles flamandes du...

du peintre que je me souviens

plus du... On dirait...

comme le corps de la femme

qu'on a retrouvée ce matin

sur la plage, nue.


CARPENTIER

C'est-à-dire?


COMMANDANT

Bien...

Ça me fait penser à ça,

toutes ces bêtes-là.

C'est comme les femmes

à poil, c'est pareil.


CARPENTIER

Ah, bon?


COMMANDANT

Ils sont nus.


Le COMMANDANT caresse la croupe d'un cheval.


CARPENTIER

Ouais.


COMMANDANT

Moi, ça m'émeut.

Hein? Bon, on y va.

Ah, ça y est. Ça me revient.

Le peintre flamand

dont je me souvenais plus.

Pierre Paul Rubens.


CARPENTIER

Qui?


COMMANDANT

Rubens.

Drôle de zèbre, là-bas, hein?


DANY est dans la cour, il danse. Puis il tourne sur lui-même pour s'étourdir.


CARPENTIER

Ouais.


Le PÈRE de QUINQUIN sort de l'étable avec QUINQUIN.


PÈRE DE QUINQUIN

Dany!


Le COMMANDANT s'agenouille devant DANY.


COMMANDANT

On a trouvé le corps

d'un cadavre ce matin,

sur la plage, monsieur Lebleu.

Une femme qui était la maîtresse

de votre frère défunt.

Tous les suspects ont été

assassinés. Donc...

En plus, on a retrouvé le corps

de votre petite voisine

égorgée par les cochons.

Donc ça fait que tout tourne

autour d'ici.

Je ne sais pas pourquoi,

ni comment, mais...

tout tourne autour d'ici,

vous savez.

(Grattant le sol)

Monsieur Lebleu,

ça sent bon, la terre, mais...

ici, elle est aigre.


PÈRE DE QUINQUIN

Vous allez vous salir

par terre. Moi, j'ai pas matin

à passer avec vous,

je m'en vais au concours.


COMMANDANT

Ouais... C'est bien.

C'est un concours de quoi?


PÈRE DE QUINQUIN

De chevaux.


COMMANDANT

Ah? C'est bien, ça!


PÈRE DE QUINQUIN

Avec vos conneries, je vais

prendre du retard toujours.

Je serai jamais à l'heure.

Allez, viens, ma puce.

( [Le PÈRE de QUINQUIN détache ses chevaux et part sur le chemin.)

Viens, ma belle. Allez, marche.

Marche! Marchez!

Marche! Marche!


Pendant ce temps, les autres rentrent de chez les TERRIER.


COMMANDANT

(S'adressant à la MÈRE de QUINQUIN)

C'est triste, hein, madame.


ÈVE revient aussi chez les LEBLEU.


Dans la cour, DANY tente de tordre le bras de CARPENTIER qui offre de la résistance, comme un jeu.


ÈVE pleure dans les bras de QUINQUIN.


Le COMMANDANT marche à grandes enjambées pour approcher de DANY et CARPENTIER.


COMMANDANT

Vous lui passez les menottes?

Attention de pas vous faire

exterminer, Carpentier.

Vous êtes dans les ongles

du démon.


CARPENTIER

Qu'est-ce que vous voulez

dire, commandant?

À moi, Carpentier!

Je rigole!

Venez, je rigole là!


Le COMMANDANT et CARPENTIER retournent vers la voiture. DANY regarde au ciel. QUINQUIN sourit.


Générique de fermeture

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